Rhoda Scott Lady Quartet au Sunset

Publié le par Guillaume Lagrée

Rhoda Scott Lady Quartet

Paris. Le Sunset.

Jeudi 30 décembre 2010. 21h30.

 

 

 

Rhoda Scott: orgue Hammond

Julie Saury: batterie

Lisa Cat Berro: saxophone alto

Sophie Alour: saxophone ténor

 

Une jeune femme enceinte est assise au fond de la salle. L'éducation musicale de cet enfant commence bien. Avant même de naître, il saura déjà que, dans le Jazz, les femmes ne sont pas obligatoirement chanteuses. Il y a aussi des musiciennes de valeur.

 

Le concert est annoncé pour 21h30 et commence à 22h15. C'est se moquer des spectateurs surtout en semaine. Tout le monde n'est pas en vacances. Monsieur P est prêt à demander le remboursement de son billet. Monsieur S et Mademoiselle I sont plus patients.

 

Ca démarre à quatre. Rhoda Scott est bien la  Boss de ce groupe. Quelle ligne de basse de l'orgue! Ca vous prend aux tripes et ne vous lâche plus. Le solo de la Patronne c'est autre chose que ceux des servantes.

 

" Tempus " (Wayne Shorter). Wayne Shorter à l'orgue Hammond ça sonne bien aussi. Les deux souffleuses entrent dans la danse. Ca swingue étrangement. Bref c'est du Wayne Shorter, le plus grand compositeur du Jazz depuis la mort de Duke Ellington comme disait Stan Getz. Chaque concert de Rhoda Scott est une claque de vie, de joie, d'énergie, d'envie. Joli chant/contrechant entre les saxs. Derrière, ça pulse, nom de Zeus!

 

" Eboness " (Roy Brooks). Rhoda Scott présente morceaux et musiciennes en français avec un délicieux accent américain que n'ont pas altéré plus de 40 ans de vie en France. C'est une ballade au tempo grave et dense. Jolie plainte de l'alto sur ce tempo lourd, marqué mais pas pesant. Joli solo de batterie aux maillets, en souplesse, en douceur. Les peaux parlent.

 

" Shaker " (Sophie Alour). C'est une première mondiale sur scène pour une nouvelle composition. C'est plutôt groovy. Ambiance bar coquetèle bref shaker. Avec des stop and go. Un morceau bien adapté au groupe.Des fans au fond de la salle battent la mesure des deux mains. Solo de batterie funky aux baguettes.C 'est un boogallo style Blue Note des années 60 et c'est toujours bon pour nous.

 

" Liza " une ballade. Lisa Cat Berro a le premier rôle forcément. L'orgue devient un tapis léger et mordoré sur lequel le sax alto n'a plus qu'à se lancer pour s'envoler. Pas loin de moi se trouve un jeune couple avec une fillette de 4 ans qui écoute sagement. J'assistai à mon premier concert de Jazz à 6 ans sur les pas de mon père. La jeunesse actuelle est plus précoce. C'est le progrès.

 

" Moanin " (Bobby Timmons). Morceau du pianiste des Jazz Messengers d'Art Blakey devenu une signature du groupe. A écouter dans la version jouée en concert au Club Saint Germain à Paris en 1958. L'ogarniste Hazel Scott, présente dans le public, s'y fait entendre. Sophie Alour se défend mais ne fait pas oublier Benny Golson. Rhoda Scott is The Boss! Ca s'entend nettement sur son solo. Ses demoiselles ne dégageront jamais autant qu'elle je le parie. Rhoda nous fait sa spéciale à l'orgue sans les mains. La ligne de basse est jouée avec les pieds. D'où l'importance de jouer pieds nus pour obtenir plus de finesse dans le jeu.

 

Un standard de Pop. C'est " Bad " de Michael Jackson. Après " Beat it " joué par Manu Codjia et " Billie Jean " par Sébastien Llado. Les Jazzmen français attendront ils la mort de Prince pour jouer " Kiss " ou " Pop Life "? Bad c'est la chanson que Prince refusa de chanter en duo avec Michael Jackson. " Je ne peux pas chanter une chanson qui commence par " Your butt is mine ". C'est trop idiot. " Version bien funky. Le public conclut de lui même " Who's bad? ".

 

PAUSE

 

Pour appeler Sophie Alour sur scène, Julie Saury joue un air de marche militaire, la " Blues March " d'Art Blakey. Ca marche. La demoiselle au ténor revient sur scène.

 

Un standard. " Stompin at the Savoy ". En finesse, en douceur. Reprise du concert à minuit sachant que le métro ferme à 1h, c'est trop juste. Pour les horaires, ça ne va pas; Pour la musique, Rhoda envoie du chaud, du puissant, bien relayée par Julie Saury à la batterie.

 

" Adam's Apple " (Wayne Shorter). Gros son de ténor pour commencer. Ca groove sévère. Ah les accents de Rhoda Scott! Quelles grandes délices que ces grandes orgues chantant de grandes amours!

 

Vu l'heure avancée, Mademoiselle I, Monsieur S, monsieur P et moi dûmes quitter le concert à l'entame du troisième morceau du deuxième set. Je ne peux donc publier le résultat du match qui se jouait au meilleur des trois sets. Dans ce double féminin, je ne puis que constater la supériorité tant technique qu'émotionnelle de Rhoda Scott et Julie Saury sur Lisa Cat Berro et Sophie Alour. C'était mon idée avant le concert. Celui ci n'a fait que le confirmer.

 

 

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