Rodolphe Burger&Olivier Cadiot " Psychopharmaka "

Publié le par Guillaume Lagrée

 

 

 

Rodolphe Burger

&Olivier Cadiot    

 

«  Psychopharmaka » 

Dernière bande. 2013.  

 

Lectrices rêveuses, lecteurs voyageurs, cet album est fait pour vous réunir. J’ai déjà pu en vérifier l’efficacité et la magie en concert. A moi d’essayer de décrire cet obscur objet du désir, l’album « Pyschopharmaka » de Rodolphe Burger&Olivier Cadiot.

 

Il faut écouter cette musique comme si vous lisiez un carnet de route, par exemple « Le Rhin » de Victor Hugo, le seul de ses récits de voyage qu’il ait publié. Il s’agit en effet d’un voyage en Allemagne à travers des lieux, des musiques, des livres, des gens. Toutes ces impressions, ces sensations passées au filtre de ces deux créateurs dont l’un, Rodolphe Burger, est germanophone de naissance puisqu’il est Alsacien (« L’Alsacien parle en allemand et sabre en français » disait Napoléon Bonaparte du Général Kellerman).

 

Chaque chanson raconte une histoire. Tout s’enchaîne depuis la première « Sing mir ein neues Lied » jusqu’à la dixième et dernière « Gute nacht » from Schubert dans laquelle les fanatiques de Ziad Kreidy reconnaitront le son caractéristique d’un pianoforte Pleyel du XIX° siècle mêlé à la guitare électrique, des bruits de campagne, une conversation.

 

Cette musique est bourrée d’allusions, de références culturelles sans aucun pédantisme, sans que cela nuise à la compréhension de l’auditeur. Il y a plusieurs niveaux d’écoute, de lecture comme la Bible ou les aventures d’Astérix le Gaulois (du temps où Goscinny était scénariste). Rodolphe Burger n'a pas oublié qu'il fut professeur de philosophie avant d'être musicien professionnel.

 

Voici quelques clefs de compréhension mais je ne prétends pas les avoir trouvé toutes, lectrices rêveuses, lecteurs voyageurs.

 

« Dadasophe » (n°2) fait allusion à l’évidence au mouvement Dada né au Cabaret Voltaire, à Zürich, en Suisse alémanique, en 1917. La Suisse alémanique est aussi présente avec « Eisbär » (n°3) de l’Helvète Stephan Eicher. « Dada Bewegung » (n°6) fait allusion à la chanson n°2 et à « Cheval mouvement » chanson de Rodolphe Burger&Olivier Cadiot (1993). « Celibidache » (n°8) est un hommage au chef d’orchestre et compositeur Sergiu Celibidache, Roumain qui dirigea, vécut, mourut et repose en France alors qu’il a fini sa carrière comme directeur de l’orchestre philarmonique de Munich. « Da Da Da » (n°9) est une reprise de Kraftwerk, groupe allemand qui inventa la techno (« Machine music » disent-ils, en 1970). « Gute nacht » (n°10) est une variation sur un lied de Schubert, auteur qui fait partie des dédicaces de l’album comme Goethe, Celan, Brahms, Nietzsche entre autres créateurs. Ensuite, il n’y a plus qu’à repartir en voyage en remettant l’album au début et en chantant un nouveau Lied.

 

Quant à la musique, elle mêle toutes sortes de musiques allemandes du romantisme à la techno. Je n’ai pas reconnu Johann Sebastian Bach. Tout cela mêlé au blues métallique de Rodolphe Burger, avec une instrumentation minimale, une utilisation judicieuse et pleine de goût des possibilités offertes par l’électronique (mixage de sons, de voix,  d’ambiances).

 

Bref, c’est une musique qui peut être dansée, écoutée, rêvée, méditée, chez soi ou en voyage. Si c’est en voyage, il faut que ce soit dans un pays de langue germanique avec, pour les francophones, suggestion de ma part, « Le Rhin » de Victor Hugo entre les mains, textes et dessins compris.

 

Pour celles et ceux qui préfèrent le Jazz et le Blues, voici Rodolphe Burger jouant Jimi Hendrix avec John Tchicai (sax ténor) et Antoine Berjeaut (trompette) au festival Banlieues Bleues, édition 2006.

 


 

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