Rodolphe Burger&Olivier Cadiot " Psychopharmaka " à la Gaîté Lyrique

Publié le par Guillaume Lagrée

 

 

Rodolphe Burger

&Olivier Cadiot (

 

 «  Psychopharmaka »


Paris. La Gaîté Lyrique.

Jeudi 14 février 2013. 20h.

 

 

Rodolphe Burger : guitare électrique, voix

Olivier Cadiot : sample.

Jeanne Added  : voix

Julien Perraudeau : basse

Arnaud Dieterlen : batterie

 

Première partie : Jennifer Cardini, DJ.

Electro minimaliste à l’allemande car cette DJ française vit à Cologne (Köln pour les germanistes et les fanatiques de Keith Jarrett). Pas du tout à mon goût. Par contre, les sandwiches servis au bar de la Gaîté Lyrique le sont, eux. Faits sur place, devant vos yeux, avec des ingrédients frais que vous choisissez. Un régal. 6€ le sandwich certes mais il le vaut.

 

Deuxième partie : Rodolphe Burger&Olivier Cadiot « Psychopharmaka ». Un voyage réel et imaginaire à travers l’Allemagne, ses musiques, ses dialectes. Ne jamais oublier que Rodolphe Burger est Alsacien de Sainte Marie aux Mines (68) où il a fondé en 2001 le festival C’est dans la vallée qu’il anime toujours lorsque la mairie ne l’annule pas comme en 2012.

 

Le bassiste se sert d’un clavier. Le batteur d’une batterie minimaliste et électronique.

 

En introduction, un monologue incompréhensible en français. Ensuite, l’ambiance germanique commence. Les chants d’oiseaux, une voix en allemand, la guitare électrique, le blues métallique de Rodophe Burger. Ca nous emmène Outre Rhin entre les sons enregistrés et ceux joués. C’est mélancolique et électrique.

 

Le son d’un piano. Une voix de femme en allemand. Ce n’est pas un lied à l’ancienne puisque c’est « Sing mir ein neues lied ». Une pulsation électronique se déclenche, pétrissant nos ventres alors que la guitare mord doucement en arrière plan. Pas de chaises. Tout le monde est debout et écoute. Personne ne danse. C’est l’inverse des concerts de Jazz où tout le monde est assis alors que, parfois, on aurait envie de danser. La guitare monte en saturation mais sans vulgarité ni brutalité. Cette musique est à la fois trop savante, trop complexe pour être du rock, de la pop pour radio commerciale mais elle garde l’énergie, la brusquerie de ces genres musicaux. Le public réagit plus.

 

« Le dadasophe » nous récite quelques poèmes de 1918. Pour entretenir le mythe de Dada, allez en Suisse alémanique, à Zurich au Cabaret Voltaire  où le mouvement est né. A vous de me dire, lectrices curieuses, lecteurs voyageurs, si l’esprit  Dada s’y est conservé depuis 1917. Je n’y ai jamais été. Une rythmique bien lourde, une guitare qui griffe, tranche comme l’éclair et cette voix de poète qui joue au fou. Ca plane pour nous. Jusqu’où peut mener le Blues ? Jusque là en tout cas car la guitare de Rodolphe Burger est gorgée de Blues (souvenez vous de son duo avec James Blood Ulmer. La voix du poète jouant au fou revient pour finir.

 

Une chanson centrée sur le cheval au galop. Rodolphe Burger est fasciné par les chevaux. Souvenez vous de « Cheval-mouvement » écrit par Olivier Cadiot pour Rodolphe Burger en 1993. La musique galope, un cheval hennit, la guitare court en liberté. Rodolphe Burger chante en allemand (en alsacien ?) avec sa voix grave, râpée. C’est à la fois grave et léger. Il me suffit de fermer les yeux pour visualiser un cheval qui galope dans un champ clos. La musique dense, qui tourne en boucle, m’entraîne dans le vortex.

 

L’orchestre symphonique démarre stimulé par la voix de Sergiu Celibidache . «  Certains me considèrent comme un fou, d’autres comme un dictateur, d’autres comme un mégalomane. Que leur répondez-vous ? Je ne leur réponds pas ». La rythmique électronique avec boucle et éclairs se lance par-dessus l’orchestre en répétition qui, lui aussi, tourne en boucle. Puis la guitare griffe franchement, se reprend avec le chant des oiseaux que Celibidache aimait tant. Ca décolle. Nous sommes à la fois dans le jardin de Celibidache à Neuville-sur-Essonne (28), dans la fosse d’orchestre, dans une usine en furie, une aciérie tournant à plein régime. Celibidache explique qu’il se débarrassait de son expérience pour voir Bruckner, dont il pouvait écrire la musique tant il la connaissait par cœur, comme un enfant de 10 ans. Sergiu Celibidache (1912-1996) finit sa carrière comme directeur de l’orchestre philarmonique de Munich. D’où le lien avec l’Allemagne pour ce Roumain qui vécut, mourut et repose en France.

 

Clin d’œil à Kraftwerk groupe allemand fondé en 1970, pionnier de la musique électronique et industrielle. Très électro, dense, sombre avec la guitare qui allège de temps en temps. « It’s machine music ». Rodolphe Burger ajoute sa voix chaude et teutonique. Une voix jeune, féminine, reprend la chanson. Celle de Jeanne Added. Cela devient plus sexy tout en restant glacial. Le cube métallique qui sert de salle correspond bien à la musique. L’acoustique est bonne. Je l’avais déjà remarqué avec Dan Tepfer pour une autre musique et dans une autre configuration.

 

Rodolphe Burger lance un Blues épuré. C’est le slove. Jeanne Added ajoute sa voix toujours si impressionnante venant d’une femme si menue. Je l’ai entendu chanter en français, en italien. En allemand, c’est nouveau. Ca marche. Devant moi, un jeune couple s’enlace. Pas besoin de « My funny valentine » pour fêter la Saint Valentin.  C’est presque trop sage par rapport au reste du concert.

 

Une voix masculine allemande au débit rapide, haletant, murmuré. Les machines repartent à l’attaque. Nostalgie de la guitare tranquille alors que la voix et les machines, elles, semblent pressées. Sur l’écran, en fond de scène, une sorte de personnage essaie de marcher à grand peine.

 

« C’est pire qu’un crime, c’est une faute » dit une voix qui reprend le mot du Prince de Talleyrand-Périgord sur l’assassinat du Duc d’Enghien. Ensuite une voix dit en français, avec un fort accent allemand, « mais je ne prends jamais de psychopharmaka ». C’est le titre album. Pyschopharmaka = médicaments psychotropes. Ca part vite, haletant, sur un rythme cardiaque accéléré. La guitare tranche, vibre, déchire mais en finesse. Nous replongeons dans un maelstrom musical. Le seul trip ici c’est la musique. C’est licite et non nocif pour la santé.

 

Une jeune Allemande amoureuse dit en français : « Je veux regarder en toi, je veux me balader en toi. Je veux te respirer comme l’air ». La musique est planante. Je ne sais plus si c’est Jeanne Added qui chante ou une voix enregistrée. En fait, les deux se mêlent. C’est la confusion des sensations. Maintenant c’est Jeanne seule avec sa voix grave qui plane au dessus du groupe. Elle ne chante pas des paroles mais des sons.

 

Des cloches sonnent, un air classique s’élève, une symphonie allemande (de Bach je pense). Une voix en allemand. Puis l’électro et une guitare qui frappe comme un marteau pilon. Ca fouaille les entrailles.

 

« Da Da Da » (Kraftwerk). Un des morceaux les plus samplés au monde, certainement. La voix et la guitare de Rodolphe Burger s’ajoutent avec Jeanne Added à cette ritournelle électronique irrésistible. Seul le personnage dessiné sur l’écran bouge son corps. «  Bouge ton corps, Parisien ! » comme disait un spectateur lors d’un concert cubain à la Cité de la Musique.

 

Pour conclure le concert, en toute logique, « Gute nacht » (Bonne nuit pour les non germanistes comme moi). Retour aux bruits de campagne. Les oiseaux, les chiens, la sonnette de vélo. Quand on pense à l’Allemagne, on pense à la forêt (noire de préférence), à l’industrie lourde, aux villages bavarois, éventuellement à la montagne mais jamais à la Mer. Comme s’il n’y avait pas la mer en Allemagne alors que c’est dans le port d’Hambourg que les Beatles ont joué leur premier concert hors d’Angleterre. Jeanne Added chante en allemand une berceuse avec sa voix d’enchanteuse. Il y a aussi des bruits de basse cour, un son de piano. C’est un bien joli capharnaüm musical que tout cela.

 

RAPPEL

 

« Radioactivity » (Kraftwerk). Un final énergique et nucléaire.

 

C’est la première fois que je vous parle, lectrices électrisantes,  lecteurs électriques, d’une musique à dominante électronique. Elle vaut le voyage, en Allemagne, une Allemagne vécue et rêvée qui nous emmène au delà de nous mêmes. En attendant que je vous parle de l’album, vous pouvez aller assister à d’autres concerts parisiens de ce groupe pangermanique :

-       à la Bibliothèque Nationale de France , site François Mitterrand, le samedi 23 février de 18h30 à 20h avec Jeanne Added. Entrée libre dans la limite des places disponibles.

-       Au Centre culturel suisse le mardi 26 février à 20h avec Stefan Eicher, le mercredi 27 février à 20h avec Anna Aaron. 12€.

 

Une très courte video de l'album " Psychoparmaka " de Rodolphe Burger &Olivier Cadiot se trouve ici.

 

 

 

 

 

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