Roy Haynes en quartet au Duc des Lombards: la leçon de jeunesse du Drummer Master

Publié le par Guillaume Lagrée

 

 

Roy Haynes Quartet.

Paris. Le Duc des Lombards.

Mercredi 26 octobre 2011. 22h.

 

Roy Haynes: batterie

Jaleel Shaw: saxophones alto, soprano

Martin Bejerano: piano

David Wong: contrebasse

 

Dix-sept mois après un précédent concert, me voici de retour au Duc des Lombards pour écouter le quartet de Roy Haynes, 86 ans.

Au concert de 20h, il y avait Daniel Humair dans le public. Au concert de 22h, il y a Leon Parker et Steve Coleman, mon voisin de table.

 

Solo de sax alto pour commencer. Tout en douceur. La contrebasse s'y met à son tour. Problèmes de son. Ca grésille dans les haut parleurs. Ca se règle. Une pause. Solo du Boss maintenant. La contrebasse reprend. Un standard du Bebop. Le piano arrive, puis le sax. Roy Haynes, tranquille, propulse son groupe. Claude Carrière et Leila Olivesi arrivent. Ce concert est le lieu où être ce soir à Paris. Ca swingue naturellement. Rien de neuf sous le soleil mais c'est bon. La précision, la finesse, la puissance, l'invention, à 86 ans, Roy Haynes est toujours au sommet. Solo de contrebasse ponctué avec un art de mandarin chinois par les baguettes du Boss et quelques notes de piano. Quand Leon Parker et Steve Coleman discutent à côté de vous pendant le morceau, que dire? Qu'ils finissent par écouter. Snap, crack, tchik fait Roy Haynes.  Aldo Romano arrive à son tour. Tous les Jazzmen de Paris sont là ce soir, ma parole.

 

Le piano commence une ballade. Le quartet démarre. Même sur tempo lent, le quartet pousse fort. Sax soprano en duo avec la contrebasse. Beau blues. Le Boss encourage ses musiciens: " All right, all right ". Soprano et contrebasse creusent ensemble la mélodie. Ca sonne puissamment. Le quartet revient. Penché sur son soprano, Jaleel Shaw le fait parler. La rythmique part en ballade, sans sax. Ca coule de source. Stéphane Belmondo arrive avec son pianiste Kirk Lightsey. La rythmique accélère progressivement sous l'impulsion du batteur. Quelques coups de cymbales puis les tambours se mettent à rouler, danser. Le solo de Roy Haynes se trouve entre une Afrique rêvée et une Amérique vécue ici, ce soir, à Paris. Leon Parker regarde et écoute attentivement le Maître. Même quandvous l'avez déjà entendu, un solo de Roy Haynes, ça reste un autre monde. "86? Incredible! " me dit Steve Coleman, admiratif. Roy Haynes nous met la claque. Il fait le tour de sa batterie et joue avec, fait tinter les cymbales. Bref, il s'amuse et nous émerveille. Il est passé aux maillets et sort des sons inouïs au sens littéral du terme. Il revisite la marche militaire, le cliquetis de l'horloge. Des trucs à vous rendre fou. Un coup de cymbales au milieu des roulements de tambours. Baam! Plus personne ne parle. La musique s'impose à nous. Il lance des vagues, les arrête. Applaudissements. Silence obligatoire après un tel solo. Solo de sax alto tout en douceur pour nous remettre de nos émotions. Ca repart à quatre sur une ballade. Des spectateurs arrivent après la bataille. Tant pis pour eux. Roy Haynes est aux balais et joue sur du velours, tranquille. Je trouve Jaleel Shaw plus intéressant, plus émouvant que l'an dernier. Est ce lui qui a progressé ou moi? Solo de contrebasse tout confort entre piano et batterie maniée de main de maître. Fin tout en douceur au son du saxophone alto.

 

Démarrage au piano dans les graves. Joli solo de piano qui swingue bien. Sans Swing, cette musique ne voudrait rien dire. Retour au morceau de Monk. Excellent piano solo. C'était " Monk's Dream " de  Thelonious Sphere Monk.

 

Roy Haynes nous raconte sa vie. Elle est riche en anecdotes. Son premier concert en France avec Sarah Vaughan. Puis il se rasseoit à la batterie, joue des phrases et nous demande ce qu'il a voulu dire. Pas facile. Il relance une sorte de marche et le groupe enchaîne. Ca swingue joyeusement en sautillant. Bref, c'est du Jazz. Duo contrebasse:sax alto. Le groupe repart prestement. Final très tonique.

 

Roy Haynes danse des claquettes sur scène. Une autre façon de jouer de la batterie. Cet homme a 86 ans, je le rappelle. Il chante " Think " d'Aretha Franklin en dansant des claquettes. Il jouait au Village Vanguard avec le guitariste Kenny Burell, un gars de Detroit (Aretha Franklin est aussi native de Detroit). Aretha est venue les voir parce qu'elle avait écouté ce que faisait Roy Haynes derrière Sarah Vaughan. Il nous explique aussi que jouer de la batterie, c'est émettre des syllabes: " Tic tac, tic, tac, tic tic tic tac " par exemple. Et il danse des claquettes, en duo avec le piano maintenant. Cet homme devrait être étudié dans les congrès de gérontologie si ce n'est déjà fait. Un exemple vivant du bien vivre et bien vieillir. Il s'amuse comme un enfant. Chaque musicien est invité à dire au revoir par le Patron. Roy Haynes finit le concert en chantant et en dansant.

 

Merci à Steve Coleman et Leon Parker pour leur écoute silencieuse, à Kirk Lightsey pour ses rires tonitruants qui ne l'empêchaient pas d'écouter.

 

Pour vous donner une idée de ce que donne cet homme et ce quartet, le voici à la télévision américaine le 8 juin 2011.

 


 
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article