Sébastien LLado en quartet charme le Duc des Lombards

Publié le par Guillaume Lagrée

 

Sébastien Llado Quartet

Paris. Le Duc des Lombards.

Samedi 31 août 2013. 20h.

 

Sébastien Llado : trombone, conques, compositions, direction musicale

Rémi Decormeille : piano

Yoni Zelnik : contrebasse

Gautier Garrigue : batterie

 

« Tea for two », standard de chez standard pour commencer. Ils le jouent sur un tempo lent. Sébastien au trombone. Gautier aux baguettes. Ca swingue tranquille. C’est étonnamment classique de la part du sieur Sébastien Llado mais c’est bien agréable. Belle accélération jusqu’au faux final et ça repart jusqu’au vrai final.

 

« Duke Ellington’s Sound of Love » (Charles Mingus). Le batteur est aux balais. Seb a mis la sourdine. Ca ronronne. Si nous n’étions pas par une chaude soirée du mois d’août, cela donnerait envie de se glisser sous la couette en bonne compagnie. La rythmique tourne portant le leader qui barrit élégamment.

 

Un morceau plus récent. Une composition de Wayne Shorter «  Sacagewea » dédiée à l’Indienne Shoshone qui servit d’interprète à l’expédition Lewis et Clarke en 1805 (la première mission d’explorateurs américains à atteindre l’Océan Pacifique en partant de Saint Louis). Ca attaque et la rythmique tourne dans tous les sens. C’est du Wayne Shorter. Batteur aux baguettes. Sébastien garde la sourdine. Il reprend la main en enlevant la sourdine. Ca éclaircit le ton. Il passe à une petite conque donnant à la mélodie une tonalité plus ludique, plus mystérieuse, plus shortérienne. Il repart au trombone, à gorge déployée. Ca nous remue dans tous les sens et nous sommes bien. Du Shorter vous dis-je. «  Le plus grand compositeur du Jazz depuis la mort de Duke Ellington »  (Stan Getz).

 

 A la rythmique de s’en donner à cœur joie, nous réjouissant à son tour. Le tromboniste revient mais moins en soliste, avec plus d’interaction entre les quatre. Solo de batterie en roulements de tambour. Ca court dans la garrigue avec Gautier. Le quartet repart avec le pianiste qui frotte dans les cordes de l’instrument. Ca balance pas mal à Paris. La rythmique reprend la main. Ca repart dans une bonne vibration ascendante.

 

Le trio sort de scène pour laisser Sébastien Llado en solo. Il utilise une pédale pour se sampler, produire une ligne continue et improviser par-dessus. C’est très funky. Je retrouve le Sébastien Llado expérimentateur. Sortent des sons suraigus, graves, des claquements de langue. Bref, il fait le brass band à lui seul. Il enchaîne avec la conque toujours sur cette ligne. Il arrête toute la machinerie pour un petit son de conque ludique et ça repart. Beau mélange homme/machine comme sait le faire son ami Médéric Collignon. C’étaient «  Les joujous » (Llado) suivi d’un solo sans titre. Je propose «  Brasse bande ». 

 

« Belse » (Hermeto Pascoal). Duo piao/trombone. C’est elegant, dansant, ludique, bref digne d’Hermeto Pascoal.

 

« Parazozo » (Sébastien Llado), cela viendrait d’un champ de patates, le champ du parazozo. Le quartet est reconstitué.  Batteur aux baguettes. Sébastien fait du wah wah avec un déboucheur de WC sur le trombone mais sans le manche. La rythmique part énergiquement. Seb a remis la sourdine avec un son aigu, agressif. Ca laboure férocement dans ce champ. Sourdine enlevée. Ca pète plus. Vagues du trombone. Dialogue contrebasse/batterie ponctué par le piano et divers bruitages de Seb avec la sourdine, les conques bref avec tout ce qui est petit et soufflable. 

 

Ils enchaînent sur un standard dont le titre m’échappe. Le trombone pète, la rythmique tourne. Retiour au son Blue Note des 60’s mais ça ne sent pas la copie. Beau solo de contrebasse, classique, tranquille, soutenu par la batterie, ponctué par le piano, comme il faut. Nickel chrome jusqu’au final. Sourd que je suis ! C’était » Nightbird » d’Enrico Pieranunzi, composition que jouait Chet Baker.

 

« La part des anges » (Sébastien Llado). Après, un truc bizarre annonce Sébastien Llado. Ca fait mal ? demande un spectateur. C’est possible lui répond Sébastien. Le batteur est aux maillets. Trombone avec sourdine. Morceau très doux, caressant comme son titre l’indique. La part des anges, c’est l’alcool qui s’évapore durant le processus de maturation et un joli film de Ken Loach. C’est charpenté comme un bon vin laissant un goût délicieux derrière. 

 

Le quartet va nous interpréter un pot pourri (medley in english) spécial tubes de l’hiver et de l’été. Ca commence avec Rage against the machine. J’étais à la première mondiale de cette interprétation avec un trio spécialement composé pour l’occasion de Sébastien Llado, Olivier Calmel (clavier) et Bruno Schorp (contrebasse).Ici duo trombone/contrebasse tonitruant. S’ensuit un tube qui revient chaque hiver en France depuis 1985, «  Aujourd’hui on n’a plus le droit ni d’avoir faim, ni d’avoir froid » de Jean-Jacques Goldman pour les Restos du cœur. Le quartet fait swinguer le thème, le rendant jazzy. Sébastien passe à la conque pour le tube de l’été 1972 «  Pop corn », le premier tube électronique de l’histoire de la musique. Brak de batterie bien sec, bien funky. Le pianiste passe au clavier électrique portatif. Un petit clin d’œil à la Macarena. Yoni Zelnik joue de la guitare hawaïenne tout en haut de sa contrebasse. Le batteur tient le rythme. Ca balance tranquillement. C’est une version lente, façon ballade jazzy de la lambada, autre tube estival. Ca le fait.

 

« Sur le sol » (Sébastien Llado), composition basée sur la note Sol. Le trombone introduit puis ça part groupé, énergique. Un morceau tonique pour finir.

 

Des standards, des compositions, de l’expérimentation, de l’humour, de la tendresse, il y a tout ce qu’il faut pour réjouir l’auditeur dans un concert de Sébastien Llado.

 

Voici le quartet de Sébastien Llado jouant " Sur le sol " lors d'un précédent concert à Paris au Sunside. Rien à ajouter.

 

 

 

 

 

 

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