Thierry Péala Trio " Move is "

Publié le par Guillaume Lagrée

 

 



 

     

Thierry Péala Trio «  Move is ».

Paris .
Le Duc des Lombards. Vendredi 12 février 2010. 20h.

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Thierry Péala : chant, voix

Bruno Angelini : piano

Francesco Bearzatti : clarinette, saxophone ténor

 

 

 

La photographie de Francesco Bearzatti est l'oeuvre de l'Exquis Juan Carlos HERNANDEZ.

 

 

 

Un extrait du concert se trouve ici.

 

 

 

 

« Move is » est un film imaginaire. Chaque séquence est inspirée d’un film choc, de ceux qui marquent une vie.

 

 

 

« Mulholland Drive » (David Lynch). Intro au piano, étrange et dérangeante. Francesco a pris le sax ténor. Thierry et Francesco partent d’un souffle commun. Des images passent en fond de scène. La musique évoque la fuite, l’errance, la route. Bruno fait tourner une figure rythmique, augmente et relâche la pression autour. Francesco lance le son du saxophone au gré des vents. Thierry le rejoint dans la mélopée, le souffle. De la main, Thierry dirige le sax et se dirige lui-même.

 

« Mortelle randonnée ». Claude Miller dirige Michel Serrault et Isabelle Adjani. « Il ouvrit la porte et entra dans la photo ». C’est un morceau que Thierry jouait dans son précédent programme. La clarinette chantonne comme un oiseau entêté. Le piano fournit le tapis sur lequel la voix de Thierry s’envole. Il n’y a plus d’image. A nous de les créer, stimulés par cette musique. Si, des images de paysages fantasmatiques reviennent. Beau dialogue voix/piano. Thierry scande, scatte en fusion rythmique avec le piano. Il fait toujours aussi bien le crissement des balais sur les cymbales. Solo où Bruno va chercher l’âme du piano. La clarinette reprend son chant d’oiseau entêté.

 

Roma.1962. « Il Sorpasso » di Dino Risi con Vittorio Gassman e Jean Louis Trintignant. « Le Fanfaron » chef d’œuvre de la comédie italienne. La Lancia décapotable roule joyeusement enlevant les virages comme Gassman les jolies filles. Sous la joie  perce une menace sourde, celle de la fin solitaire du Fanfaron. Francesco déchaîne la clarinette sans évoquer un instant le klemzer. Très fort ! Fin claire et nette.

 

« Umberto D » hommage de Vittorio de Sica à son père Umberto. Plainte douce de la clarinette apaisée par la gravité chaude du piano. Thierry chante en italien et s’en sort bien. Ce n’est pas de l’opéra. Le piano accompagne le chant dans le meilleur sens du terme. Quel beau couple ! La clarinette se fait grave pour entrer dans ce chant.

 

« Pas de printemps pour Marnie » (Alfred Hitchcock). Pour le suspense, rien ne vaut un solo de sax ténor chuintant, sussuré, qui s’élève dans l’air. Francesco lance un air bien charpenté avec lequel Thierry  chante, dialogue. Souffle contre souffle. Bruno ajoute la gravité du piano. Thierry fait la contrebasse. Ce suspense là swingue bien, funky même par moments. Tous les trois lâchent les vannes en même temps et ça chauffe !

 

«  A bout de souffle » (Jean Luc Godard). La musique du film est de Martial Solal. La première partie de ce morceau est dédiée à Jean Seberg. Duo piano/chant. La preuve que le morceau précédent chauffait c’est que Francesco a enlevé son pull over. Duo piano/chant mélancolique, sombre.  Le tempo accélère. Thierry scatte, bat la mesure de la voix. A nouveau un thème de fuite. C’est le sujet d’A bout de souffle d’ailleurs. Francesco dodeline de la tête en attendant d’emboucher son ténor. Puis le ténor déploie ses ailes de géant et s’envole. Thierry tient le rythme avec la voix alors que le piano pousse derrière. Ca dérive pas loin du Free Jazz pour revenir au calme l’instant d’après. Les voix de Jean Seberg et Jean Paul Belmondo s’élèvent dans l’air. Le piano improvise par-dessus. « Qu’est ce que c’est dégueulasse ? » conclue le film et le trio repart. Ca n’avait rien à voir avec Martial Solal mais bien à voir avec « A bout de souffle ».

 

Francesco improvise à la clarinette. Thierry improvise en italien. Images du trio à l’écran. Deux discours se croisent, se rencontrent puis le trio repart sur un air comique. Francesco reprend le sax ténor. Thierry chante sérieusement en italien. La musique pétarade, virevolte.

 

« L’important c’est d’aimer » (Andrej Zulawski). Francesco a repris la clarinette. Solo de piano accompagné par les bruits de verre du barman, pas très synchrone sur ce coup là. Ils n’ont pas répété ensemble. et ça s'entend. Numéro à revoir. Sur l’écran, des images d’Istanbul. Musique envoûtante, mystérieuse. Comme Istanbul, cette musique est un pont entre deux rives, le rêve et la réalité.

 

« Do the right thing ». Spike Lee. Images de New York avec les yellow cabs. Boite à rythmes + scat + sifflements + quelques notes distillées de piano. C’est léger, funky, euphorisant. Do the right thing, baby ! Duo bien funky chant/sax ténor. Le piano entre dans la danse. C’est funky et cool.

 

« Gloria » John Cassavetes. Bruno attaque au piano. Il creuse, pioche, remue énergiquement. New York en noir et blanc à l’écran. Musique vive, dynamique, angoissée. Le piano creuse, le ténor tournoie. Thierry scatte le rythme sans compter ses claquements de doigts et de mains. Bruno introduit une ambiance plus grave. Stop and go entre chant et saxo. Break de piano puis le trio repart joyeusement. Les images sont de Gildas Boclé, contrebassiste de Jazz, sauf pour le premier morceau. Ces Bretons sont partout !

 

« Into the wild » ou l’histoire d’un jeune homme qui part vivre seul face à la Nature. C ’est en français. Duo piano/chant. Le ténor les rejoint tout doux, tout chaud. Belles images de vagues s’étalant sur la grève. Serait-ce filmé en Bretagne ? Ca monte en puissance, tout en douceur pour s’apaiser l’instant d’après. Les images s’arrêtent avant le son. Dernier paroxysme sax/chant. Une lente descente harmonique au ténor pour conclure.

 

RAPPEL

 

« Una giornata particolare » Ettore Scola. Dans une journée particulière, celle où le Duce accueille le Führer à Rome, Marcello Mastroianni rencontre Sofia Loren. Retour à l’anglais tout en douceur. Duo chatoyant piano/chant. Le ténor se fait caressant. Morceau bref, très dense en émotions.

 

Avec ce nouveau répertoire, qui n’est pas composé de musiques de films, mais composé par Bruno Angelini inspiré par des films, le trio de Thierry Péala se renouvelle tout en restant fidèle à son essence légère et envoûtante. Une invitation au voyage qu’il suffit de suivre.

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