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Franz Schubert raconte sa vie de Jazzman à Boulogne-Billancourt les 6, 7 et 8 avril

Publié le par Guillaume Lagrée

 

Si vous souhaitez mieux connaitre le destin de Franz Schubert 
à travers sa correspondance et ses lieder,venez écouter

Julia Migenes, chant
Philippe Calvario, comédien, mise en scène 
 

Edouard Ferlet

Edouard Ferlet, piano photographié par le Vivace Juan Carlos HERNANDEZ.

mercredi 6, jeudi 7 et vendredi 8 Avril 2011 
à 20h30 au
THEATRE DE L'OUEST PARISIEN
1 place Bernard Palissy 
92100 Boulogne-Billancourt
resa: (0)1 46 03 60 44

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Le Jazz en France: inventaire avant liquidation? Entretien avec Laurent Coq

Publié le par Guillaume Lagrée

 

 

« Pourquoi le coq est le symbole de la France ?

Parce que c’est le seul animal qui chante avec les pieds dans la m… ! » 

Coluche.

 

Laurent Coq

La photographie de Laurent Coq est l'oeuvre de l'Indépendant Juan Carlos HERNANDEZ

 

 

The World Belongs To Those Who Dare

 (Paroles et musique de Laurent Coq)


The world belongs to you and me

if only we know how to see

the beauty that lies in a tree

a smile, a kiss, a symphony

 

The world one day will dance with you

cause you won't fake the things you do

but rather try to remain true

to the kid that once was in you

 

It's easier to follow the crowd 

Than to walk in the narrow path 

That leads to who you really are

 

The world belongs to those who dare

to blow a new song in the air

so we can sing and be aware

that music is the thing to share


Le Jazz ce n’est pas seulement un parfum ou une voiture. C’est d’abord une musique produite par des musiciens vivants héritiers d’un siècle de création et de métissage.

 

C’est pour rappeler ces principes de base que le pianiste, compositeur, professeur Laurent Coq a pris sa plume pour s’attaquer à un système oligarchique qui phagocyte la créativité tout en prétendant l’entretenir.

 

Dans le Jazz, en France, se retrouve un mal typiquement français, le cumul des mandats. C’est ainsi que ceux qui programment la musique, sont aussi ceux qui la produisent, la diffusent et distribuent les prix. 

 

Voici le fruit de mon entretien avec Laurent Coq sur ce sujet le dimanche 3 avril 2011 à Paris.

 

Question : pourquoi t’attaquer à TSF Jazz, la radio de tous les Jaaazzz ?

Réponse : Parce que le même homme, M. Sébastien Vidal, dirige la programmation de cette radio, celle du Duc des Lombards, un des grands clubs parisiens, produit des albums, dirige une soirée annuelle à l’Olympia où les musiciens sont invités à jouer sans être payés. Finalement, refuser de passer par ce système, c’est s’exposer à une censure économique : ne pas être produit, diffusé.

Dans la littérature, c’est dénoncé tous les ans lors de la remise des prix littéraires trustés par la famille « Galligrasseuil ». Dans le Jazz, tout le monde se tait, par peur.

 

Question : d’où vient ce système ?

Réponse : Le Jazz, c’est bon pour l’image. C’est classieux comme disait Serge Gainsbourg. Cette musique souffre d’une dérive mercantiliste. TF1 dit clairement les choses. Son PDG, Nonce Paolini, est un fou de Jazz ( une collection de plusieurs de dizaines de milliers d’albums en vinyle et en CD) mais il n’en passe pas sur sa chaîne. TSF Jazz prétend diffuser tous les Jazz alors que c’est faux. Il suffit de regarder sa grille de programmes pour s’en apercevoir. 

 

Question : quelle utilité de prendre ainsi la parole ?

Réponse : Les musiciens de Jazz autrefois étaient des durs, des indomptables. Mingus, Miles Davis, Monk. Aujourd’hui, ils sont soumis, ils ont peur. Les musiciens sont trop individualistes. Chacun essaie d’exister dans son coin. A Hollywood, les scénaristes ont fait grève et les producteurs ont dû céder parce qu’ils ne pouvaient pas s’en passer. Le Jazz c’est pareil. Sans musiciens, pas de spectacle, pas de business.

 

Q : qu’est ce qui ne passe pas sur TSF Jazz ?

R : nous sommes dans une période bénie pour le Jazz, pour la production. Il y a une nouvelle génération de musiciens formidables, qui pousse et qui ne passe jamais sur TSF Jazz. Rien que pour la guitare : David Doruzka, Nelson Veras. Pourtant, ce sont eux qui laisseront des traces dans l’histoire de cette musique.

 

Q : comment y remédier ?

R : Il y a un phénomène corporatiste autour du Jazz. Le musicien est le dernier à avoir la voix au chapitre. J’avais un projet d’émission pour TSF afin de passer de la musique qui, justement, n’y passe pas, afin que cette radio soit vraiment, comme elle le prétend, la radio de tous les Jazz. Je n’ai pas eu de réponse, pas même négative.

 

Q : pourquoi est-ce toi qui t’exprime ?

R : tous les musiciens le disent en privé. Mais ils n’osent pas l’écrire. Cela arrive dans un climat particulier (proximité des élections en France, printemps arabe, catastrophe nucléaire au Japon). L’air du temps est au changement, à la remise en cause. Le blog est un cahier de doléances. Ensuite on verra ce que cela donnera. Peut-être que les virages que j’ai opérés ces dernières années avec la création de mon propre label, et mes choix artistiques avec des musiciens intègres, me protègent de possibles pressions ou représailles.

 

Q : quels sont les effets de cette censure économique ?

R : Le Jazz coûte si cher aujourd’hui (production, diffusion, attachés de presse, festivals à démarcher…) que les jeunes musiciens sont désormais issus de milieux très aisés pour une grande majorité d’entre eux. Cela n’enlève évidemment rien à leur talent. Qu’on écoute le jeune Antonin Tri Hoang qui vient d’enregistrer son premier disque avec Benoit Delbecq pour Bee Jazz pour s’en convaincre. Mais il faut bien comprendre que ces systèmes verrouillés produisent de la ségrégation sociale. Il y des tas de jeunes musiciens magnifiques qui viennent de milieux modestes – nous en voyons pas mal à l’Edim, l’école où j’enseigne – dont je me demande comment ils vont faire pour percer ce plafond de verre. Quand je suis arrivé à Paris en 1988, au CIM il y avait des musiciens qui venaient de partout. Les gars de Sixun n’étaient pas issus des beaux quartiers. Aujourd’hui, c’est une perte de sève. Il ne faut pas oublier que cette musique est aussi née des bas fonds. Louis Armstrong a appris à jouer du cornet en maison de correction ! Maintenant, c’est devenu un produit d’appel, confisqué par des marques.

 

Q : comment se manifeste cette position dominante du duopole Duc des Lombards/TSF ?

R : d’abord au Duc, tous les concerts sont filmés. En léger différé ce qui est désagréable pour le spectateur. Et puis, à ma connaissance, rien n’est prévu pour les droits d’auteur des artistes sur ces films. Pourtant les lois sur la propriété intellectuelle prévoient bien une autorisation de l’artiste pour tout enregistrement et diffusion de son travail ainsi qu’une rémunération dudit travail.

 

 

Article L111-1du Code de la propriété intellectuelle :

Modifié par Loi n°2006-961 du 1 août 2006 - art. 31 JORF 3 août 2006

L'auteur d'une oeuvre de l'esprit jouit sur cette oeuvre, du seul fait de sa création, d'un droit de propriété incorporelle exclusif et opposable à tous. 

Ce droit comporte des attributs d'ordre intellectuel et moral ainsi que des attributs d'ordre patrimonial, qui sont déterminés par les livres Ier et III du présent code. 

L'existence ou la conclusion d'un contrat de louage d'ouvrage ou de service par l'auteur d'une oeuvre de l'esprit n'emporte pas dérogation à la jouissance du droit reconnu par le premier alinéa, sous réserve des exceptions prévues par le présent code. Sous les mêmes réserves, il n'est pas non plus dérogé à la jouissance de ce même droit lorsque l'auteur de l'oeuvre de l'esprit est un agent de l'Etat, d'une collectivité territoriale, d'un établissement public à caractère administratif, d'une autorité administrative indépendante dotée de la personnalité morale ou de la Banque de France. 

Les dispositions des articles L. 121-7-1 et L. 131-3-1 à L. 131-3-3 ne s'appliquent pas aux agents auteurs d'oeuvres dont la divulgation n'est soumise, en vertu de leur statut ou des règles qui régissent leurs fonctions, à aucun contrôle préalable de l'autorité hiérarchique. 

 

TSF diffuse des concerts live tous les soirs. Soit, c’est une excellente initiative. Mais quid de la rémunération des musiciens là aussi ? Ils sont venus enregistrer mon Blowing trio au New Morning il y a quelques années. Je n’ai pas le souvenir que nous ayons eu une quelconque rétribution. Ensuite TSF fonctionne avec la sacro-sainte playlist. Qui me dit que ce n’est un moyen de clientélisme, et que le morceau qui a été sélectionné n’a pas fait l’objet d’une tractation avec achat de publicité par le producteur sur l’antenne ? Pourquoi pas, après tout, me direz-vous ? TSF Jazz est une entreprise privée qui doit être rentable. Elle fait ce qu’elle veut de son argent mais qu’elle ne nous raconte pas d’histoire. Ce n’est pas la radio de tous les Jazz. 

 

Enfin le même homme, Sébastien Vidal, dirige TSF Jazz, le Duc des Lombards, le festival de Samois sur Seine, produit des albums. Bref il exerce une position dominante dans cette profession. En abuse t-il ? A vous de juger.

 

Q : quel est ton message final ?

R : il ne faut jamais oublier que, dans le Jazz, l’individu est au service du collectif. C’est ce qui fait la force et la richesse du travail de Steve Coleman depuis plus de trente ans par exemple. Il est hors de question de laisser cette richesse collective confisquée par quelques individus fussent-ils d’un abord souriant et sympathique comme Sébastien Vidal.

 

Je n’avais pas d’agenda, de plan préétabli quand j’ai lancé ces emails. Aujourd’hui, il y a un débat de très bonne tenue, très vivant, avec de nombreux acteurs de ce petit monde. C’est déjà magnifique ! Il y a moins d’une semaine, nous étions encore tous silencieux. J’entends dire qu’il faut vite en faire quelque chose de concret, ne pas laisser retomber, faire des propositions, une table ronde, une pétition… Certes, mais laissons dans un premier temps la parole se libérer. C’est une chose trop rare pour ne pas s’en réjouir et prendre le temps de la contempler et de l’entendre. On dirait parfois que tout ce déballage dérange. Ça fait désordre. 

 

Bien entendu, très bientôt viendra le temps d’en faire quelque chose qui laissera une trace plus pérenne.  Des pistes ont déjà été lancées. La Mairie de Paris réfléchie actuellement à casser l’image de Ville morte que la capitale a développé à l’étranger. C’est peut-être le moment d’aller frapper à leur porte et de proposer qu’ils nous octroient une salle qui serait gérée par une association de musiciens qui souscrivent à l’idée que ce lieu manque à Paris, sur le modèle de l’AMR à Genève.  Un lieu qui serait ouvert aux jeunes musiciens, à des jams, avec des prix abordables et qui verraient revenir vers nous toute une jeunesse qui adore notre musique mais ne peut pas se l’offrir rue des Lombards et qui, comme un grand nombre d’entre nous, est otage d’un système fermé.

 

Ces jours-ci,  je me disais aussi que ce serait extraordinaire d’avoir un texte, un manifeste, qui dise des choses aussi simples que « le Jazz appartient avant tout aux musiciens, et que sans leur dévouement, leur abnégation, et leurs années d’effort, tous ceux qui vivent de lui seraient au chômage ». Ou bien « nous déclarons que, par notre engagement total à notre musique, quel que soit notre génération, style, chapelle, influence, origine sociale, nous avons fait le choix de la liberté et de l’intégrité sur celui de la cupidité », avec en bas de page des centaines de signatures de musiciens de tous âges et nationalités, des connus, des moins connus… oui, décidemment, ça aurait de la gueule. Car encore une fois, plus nous serons nombreux à le dire, plus ces vérités auront des chances d’être entendues.

 

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Dan Tepfer dialogue avec Lee Konitz à Paris

Publié le par Guillaume Lagrée

 

 

Paris. Vendredi 1er avril 2011. 20h.

 

Lee Konitz

La photographie de Lee Konitz est l'oeuvre du Vif Juan Carlos HERNANDEZ.

 

Dan Tepfer : piano

Lee Konitz : saxophone alto

 

Ils jouent sans micro. Lee se tâte au sax. Puis il commence seul la mélodie de « Just Friends ». C’est par ce morceau que commence l’album en duo Martial Solal/Lee Konitz enregistré en concert à Hambourg le 11 novembre 1983. Dan Tepfer avait un an. Dan expose à son tour la mélodie avec de subtils décalages. Puis ils jouent  ensemble. Certes Lee Konitz vieillit mais si j’arrive à 84 ans comme lui aujourd’hui, j’espère avoir autant d’énergie. Il transmet l’art de la ballade, de la liberté dans le cadre d’un classicisme qu’il a inventé. En jouant, l’énergie lui revient. Dan le stimule et Lee s’envole encore. C’est rare d’entendre en 2011 un jeune musicien qui sait jouer les standards du Jazz en n’ayant pas l’air de réciter une leçon. Merci à Dan Tepfer d’être là avec Lee Konitz. Belle acoustique sans truchement électrique. C’est bon pour les oreilles.

 

Dan introduit seul une ballade. Les notes coulent de ses doigts comme des gouttes d’eau claire. Ca lave l’âme tout en douceur mais la pulsation est bien là. Lee joue maintenant lui aussi. Tranquille, aigre-doux. Je ne reconnais pas ce standard. Le plafond de la salle est surtout constitué d’une baie vitrée. Le soleil descend lentement alors que la musique, elle, s’élève. Dan est merveilleusement à l’écoute. Superbe final.

 

Lee commence seul un autre morceau pour dormir, d’après lui. « It’s ok boys if you want to sleep on this tune if you like too”. Dan fait vibrer lentement une corde du piano tenant la note avec une pédale. Puis il joue un autre standard que je ne reconnais pas. Le piano martèle alors que le saxo serpente. Le piano, un marteau avec maître, qui décale les sons. En solo, Lee s’arrête pour reprendre son souffle, reprend la musique où il l’avait laissée et l’emmène plus loin encore. Au tour de Dan de déployer ses ailes. La musique tournoie, enveloppe le saxophone.

 

Ils enchaînent sur un autre standard dont je reconnais l’air pas le titre. « Thingin » de Lee Konitz je crois. Basé sur je ne sais plus quel standard. Surpris, le public n’a pas pris le temps d’applaudir. « Thingin » c’est le titre d’un album live de Lee Konitz. Après ce bref morceau, le public peut se lâcher.

 

Intro au piano. Le son du piano évoque maintenant le château hanté dans la brume. Lee s’est assis pour ajouter des volutes de fumée de son saxophone. Cela sonne comme un rêve étrange et familier. Il y a une grande part d’improvisation dans cette musique. Banalité certes mais qui doit être rappelée car ce niveau d’entente et de possibilité des imaginations conjuguées est rare. Il n’est pas nécessaire de connaître les codes pour écouter cette musique. Il suffit de se laisser porter. Ah, la touche du pianiste classique dans le fortissimo ! Lee loupe une note, s’agace et le morceau s’arrête.

 

« Star by starlight » une variation sur « Stella by starlight » je suppose. Lee commence seul. C’est bien l’air du standard mais subtilement manipulé, décalé. A son âge, Lee Konitz a toujours la volonté de se remettre en question même s’il reste dans son domaine, les standards. D’où ce choix d’un pianiste qui pourrait être son petit-fils, le stimule sans le contester, conscient de son privilège sans rien perdre de sa personnalité. Beau solo de Dan que Lee ponctue d’un « Oh, oh, oh » admiratif. Lee s’y remet et c’est la fin du morceau.

 

Lee commence seul. Puis vient le son très grave du piano qui tourne en boucle. Lee se promène sur la mélodie. Petite citation de Bach il me semble. Quelle faculté d’écoute et de soutien de Dan Tepfer ! C’était « Carrie’s Trance » de Lee Konitz. Ils avaient bien commencé avec « Thingin ». La nouvelle m’est confirmée.

 

« Now we are not gonna play of composition of mine. We are not gonna play a composition of Dan. We are gonna play a composition of somebody else “ dit Lee Konitz. Un standard. Une ballade. Attention, cela ne signifie pas que l’écoute soit de tout repos. Il faut suivre, se laisser séduire par cette beauté. La qualité d’écoute du public est à la hauteur de celle des musiciens. Comme dans un concert de classique, on n’applaudit qu’à la fin du morceau. Solo de piano inspiré. Duo final somptueux. « Music to commit suicide to » dit Lee qui mime le pendu ! Se moquer de la mort à cet âge, c’est une forme de sagesse.

 

Lee commence seul. Le piano vient creuser dans le grave. Le sax alto est lui léger, aérien, sinueux. L’air et la terre se mêlent dans la musique. C’était « Subconscious Lee » la composition la plus célèbre de Lee Konitz

 

Dan commence à jouer dans les cordes et sur le clavier. Je pense que c’est « Body and Soul ». Etrange intro mais c’est bien le thème. Lee chante « eeeh » (« iii » pour les francophones) . Lee commence à jouer le thème alors que Dan fait de la harpe dans les cordes de l’instrument. Lee chante « Oo, oh ». Un vrai gamin. C’est la version la plus ludique, la plus étonnante que j’ai jamais entendu de Body and Soul parmi une centaine.

 

Lee est prêt à jouer. Il démarre. Dan le rejoint. Ca chante. Un nouveau morceau ludique et beau. « Out of nowhere ». Un standard. Puis Lee discute avec un spectateur à propos d’une avenue de New York.

 

Dan démarre. Lee se repose et écoute comme nous. Une ballade composée par Dan. Une promenade dans une avenue de New York par un beau jour de printemps. Le piano sonne plus grand qu’il n’est (c’est un quart de queue). Lee applaudit avec nous.

 

« A last piece before a glass of wine » annonce Lee. Il commence seul. Superbe solo mouvant, émouvant. La musique oscille doucement. C’est frais et ça tient chaud en même temps. Au tour de Dan d’écouter, de déguster. Il se met à jouer. Personne n’applaudit. Tout le monde est concentré. Dan chantonne, monte et descend le torse et les bras. Enfin, bref, il s’exprime joliment. Lee le rejoint. Duo enflammé, passionné. Une dernière trille de piano. Un dernier « Oh, oh » de Lee et c’est fini.

 

Lee convainc Dan de jouer seul un extrait des « Variations Goldenberg ». Vous avez bien sûr reconnu les « Variations Goldberg » de Jean Sébastien Bach, surnommées « L’Ancien Testament de la musique ». Dan prépare un album d’interprétation et d’improvisation sur ces « Variations ». Son interprétation est un pur délice qui rendrait fou furieux les baroqueux. Quoique le risque soit minime vu que les puristes n’écouteront jamais Bach joué sur un piano par un Jazzman. Horresco referens !

 

Lee revient sur scène. Après la « joky version » de Body and Soul, ils jouent une « non joky version » de « Darn that dream ». Ils la jouent subtilement comme cela doit être joué.

 

Pour conclure, je vous offre en cadeau lectrices exigeantes, lecteurs sélectifs, Dan Tepfer et Lee Konitz jouant avec La Marseillaise lors d'un précédent concert en duo à Paris, au Sunside. Leur entente s'est bien affinée depuis.

 

 

 

 

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Sélection de concerts de Jazz pour avril 2011 à Paris

Publié le par Guillaume Lagrée

 

 

Lectrices raffinées, lecteurs distingués, c'est avec une mauvaise foi digne de Schopenhauer et une partialité digne de Caligula que je vous recommande quelques concerts de Jazz en avril 2011 à Paris.

 

Jérôme Sabbagh

 

La photographie de Jérôme Sabbagh est l'oeuvre du Fastueux  Juan Carlos HERNANDEZ.

 

Au Sunside:

lundi 4 avril à 21h le percussionniste argentin Minino Garay et sa Cordoba Reunion. Muy caliente!

Mercredi 20 avril à 21h le pianiste guadeloupéen Alain Jean Marie jouera ses  " Biguine Reflections" dans le cadre de la soirée Jazz Outre Mer de la rue des Lombards, 75001 Paris. Un billet à 25€ vous donnera l'entrée dans les 4 clubs de la rue des Lombards (Sunset-Sunside-Baiser Salé-Duc des Lombards) ce soir là. Chofé biguine la!

Jeudi 21 avril à 21h le quartet du tromboniste et conquiste Sébastien Llado vient fêter au Sunside son album Live au Sunside. Logique, non?

 

Au Sunset:

vendredi 8 et samedi 9 avril à 22h le trio Jérôme Sabbagh/Ben Monder/Daniel Humair dont l'album est chroniqué avec éloge dans ce blog.

lundi 11 avril à 21h le trio Mark Helias/Tony Malaby/ Tom Raney. Elégantes lectrices, soigné lecteurs, attention à vos brushings et à vos franges! Ca décoiffe!

Lundi 18 et mardi 19 avril à 21h le trio de Lenny White le batteur du groupe " Return to forever " de Chick Corea, un des batteurs de " Bitches Brew " de Miles Davis. Bref un des Dieux de la fusion Jazz Rock.

 Vendredi 29 et Samedi 30 avril à 21h00  carte blanche à Manu Codjia/Géraldine Laurent/ Christophe Marguet.

 

Au Duc des Lombards:

Mercredi 13 et jeudi 14 avril à 20h et 22h le trio du guitariste belge Philippe Catherine qui n'a rien à voir avec le chanteur vendéen.

Lundi 18 et mardi 19 avril à 20h et 22h le quartette du tromboniste et souffleur de conques américain Steve Turre ancien membre du Dizzy Gillespie United Nations Orchestra.

Lundi 25 et mardi 26 avril à 20h et 22h le contrebassiste breton Henri Texier présentera son Nord-Sud Quintet.

Samedi 30 avril à 20h et 22h le contrebassiste Jean-Philipe Viret vous permettra de voter Pour son trio.

 

Au Baiser Salé:

mardi 5 avril à 21h30 le quartette du dernier saxophoniste ténor de Miles Davis, Rick Margitza.

 

Au New Morning:

lundi 11 avril à 21h le vibraphoniste Roy Ayers nous servira son fameux cocktail de Jazz et de Soul.

Jeudi 14 avril à 21h le pianiste cubain Omar Sosa viendra vous enchanter avec sa Clave intergalactique.

mercredi 27 avril à 21h la chanteuse canadienne Patricia Barber viendra nous envoûter.

vendredi 29 avril à 21h le saxophoniste ténor Pharoah Sanders, un des deux fils spirituels de John Coltrane sera sur scène dans  toute sa majesté.

 

Salle Pleyel:

Dimanche 17 avril à 20h, Dave Holland, contrebassiste anglais de renommée mondiale depuis son passage chez Miles Davis en 1969 donnera sa leçon de sagesse musicale.

 

Atelier Charonne:

Mercredi 27 avril à 21h le trio du guitariste Sean Gourley, digne fils de son père Jimmy, donnera un concert Coolissimo.

 

 

Grande Halle de la Villette:

Jeudi 28 avril à 20h Rue tzigane avec le violoniste Didier Lockwood et le guitariste Bireli Lagrène.

 

Atelier du Plateau:

Jeudi 28 avril à 20h le quartette du clarinettiste cosmi comique Sylvain Kassap. Décoince les zygomatiques et ouvre l'esprit.

Cité de la Musique:

Mardi 12 avril à 20h, Dave Douglas Brass Ectasy rend hommage à Lester Bowie. L'hommage sera t-il aussi chaud, bouillonnant, passionné, fusionnel que l'original, la Brass Fantasy de Lester Bowie? Aucun rapport avec le dandy de la Pop anglaise.

Mercredi 20 avril à 20h, Diction & Contra Diction avec Cecil Taylor (piano) et Amiri Baraka (poésie). Deux des pères fondateurs du Free Jazz, paroles et musique, pour la première fois ensemble sur scène à Paris. Concert hautement recommandé pour les slammeurs, rappeurs, rimeurs désireux de se plonger aux sources vives de la création.

Le Sentier des Halles:

Mardi 5, 12 et 19 avril à 21h45, André Stocchetti, Le Fluturiste dont je cesserai de chanter les louanges le jour où il perdra son talent unique cosmi comique. Plaise aux Dieux que cela n'arrive jamais!

Auditorium Saint Germain des Prés:

Lundi 11 avril à 19h30 leçon de Jazz d'Antoine Hervé: " Les deux grands quintettes de Miles Davis " avec Eric Le Lann (trompette). Spectacle hautement recommandé pour l'éducation des masses laborieuses!

 

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L'Enchanteuse Claudia Solal charme le Triton des Lilas

Publié le par Guillaume Lagrée

Claudia Solal Spoonbox Quartet.

Les Lilas. Le Triton.

Jeudi 31 mars 2011. 21h.

 

 

Joe Quitzke

La photographie de Joe Quitzke est l'oeuvre du Précieux Juan Carlos HERNANDEZ.

 

Claudia Solal : chant

Benjamin Moussay : piano, claviers

Jean Charles Richard : saxophones soprano, baryton

Joe Quitzke : batterie

 

Rubrique people : Claudia Solal a changé de coupe et de couleur de cheveux. Opération réussie.

 

Jean Charles Richard commence au baryton. Le clavier gronde. Le baryton fait des ondes agitées. Ca démarre. « Suffer me to kiss thy mouth ». Demandé aussi élégamment et impérieusement, il est difficile de résister. Passage au sax soprano plus aigu. Joe Quitzke bâtit, derrière, le mur du son. Ca enchaîne sur un rythme plus heurté , plein de petits bruitages cosmi comiques tout en restant dans la même chanson. Oh le son planant du soprano ! C’était un extrait de la « Salomé » d’Oscar Wilde.

 

« A thought went out of my mind today » (Emily Dickinson). Claudia Solal a lu, chanté pendant des années sur scène, en duo avec Benjamin Moussay, des poèmes d’Emily Dickinson. De cette union musicale naquit l'album " Porridge Days " toujours hautement recommandable. Elle chante ce poème ci sans le lire. Benjamin mêle clavier électrique et acoustique en introduction de cette poignante ballade. Il frotte sur nos cordes sensibles. Pourquoi le système nous interdit-il d’écouter cette merveille à la radio, à la télévision, à des heures et dans des émissions de grande écoute ? Peut-être justement parce que c’est trop beau pour l’idée que se font les diffuseurs des auditeurs.Nonce Paolini, PDG de TF1, est un des plus grands collectionneurs de disques de Jazz en France. De là à ce qu’il passe du Jazz sur sa chaîne… Après cette chanson, un soupir passe dans le public avant qu’il n’applaudisse.

 

« Blocks » (Jean Charles Richard). Les bruits de la ville. New York CityLes voitures. Une musique speedée, stressée comme la ville meme. “Elle était debout leur ville “ comme l’écrit Céline dans “ Le voyage au bout de la nuit “. Le sax baryton grogne. La batterie hache. Le piano virevolte. Et la voix de Claudia court au rythme de la ville sans herbe, sans oiseau. C’est un cocktail très énergétique que cette chanson là.

 

Retour au piano. Une sorte de ballade . Joe est passé aux balais. Superbe chant du sax baryton auquel répond le chant plus haut de Claudia. Du nanan pour les portugaises aurait écrit Boris Vian. « All right ! » s’exclame une spectatrice avant les applaudissements. C’était « Soundscape » de Benjamin Moussay.

 

DJ Benji lance des bruits d’oiseau avec l’électronique. Bruitages divers du piano, du soprano et de la batterie. Nous sommes dans l’humour absurde musical. Le public est perturbé. Il ne sait plus quand applaudir. Claudia nous encourage.

 

DJ Benji sort maintenant des bruits d’hélicoptère. Il y a plusieurs adolescents dans la salle. Ils sont accrochés. Ils écoutent. Le sax soprano répond aux bruitages de l’électro alors que la voix de Claudia passe de la douceur à la brisure. Belles vibrations des cymbales. Des vagues contrôlées. Ca monte à quatre en pyramide. Claudia est la pointe, bien sûr. Superbe solo de soprano, aérien, touchant, du souffle au chant. Seul sur scène face au public, Jean Charles Richard nous emmène loin, loin. L’album est toujours là, le groupe aussi. La musique, elle, évolue. C’est le privilège des improvisateurs. Benjamin ajoute le clavier. Le groupe reprend et nous applaudissons. Ca balance. Les demoiselles devant moi hochent leurs têtes en cadence. C’était « Room Service » le titre éponyme de l’album.

 

« Double rabbit ». C’est l’histoire d’un hôtel étrange. DJ Benji lance des bruits bizarres. Le téléphone ne fonctionne plus. DJ Benji sort une grosse ligne de basse sourde, menaçante. Joe distille les sons en vrai barman (« Le batteur est un barman de sons » Jean Cocteau). Benjamin revient au piano pour un air joyeux et entraînant interrompu par le fracas de la batterie et le retour de cette terrible ligne de basse. Jean Charles Richard fait gémir le baryton. Le batteur martèle avec subtilité, art délicat. Les demoiselles devant moi sont dans le truc, prêtes à danser. Pour le final, Jean Charles Richard est passé au soprano. Cela devient dansant et grinçant à la fois. Cet homme est bien le digne successeur de Dave Liebman. Ne cherchez pas plus loin. C’est lui. « It might rain or something really grand might happen » chante Claudia. Quelque chose de grand se passé en effet. La musique de ce quatuor ultra moderne. Le texte se dérègle alors que les bruitages du départ reviennent.

 

PAUSE

 

Je n’ai pas assez dormi la veille et je dois aller à l’école le lendemain. Le concert s’arrête donc là pour moi. Je passe saluer la chanteuse et ses hommes en compagnie de Dan Tepfer et de Lee Konitz que j’irai écouter en concert le vendredi 1er avril. Et ce n’est pas une blague !

 

En cadeau, rien que pour vous, aimables lectrices, sympathiques lecteurs, Claudia Solal et ses hommes chantent la Salomé d'Oscar Wilde lors d'un concert au Studio de l'Ermitage à Paris le 5 mai 2010. La musique a évolué depuis, la coiffure de Claudia aussi.

 

 

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Cultivez votre printemps avec le BSC News

Publié le par Guillaume Lagrée

Ravissantes lectrices, charmants lecteurs, le numéro de mars du magazine Best Seller Consulting News vient de sortir. Thème: Cultivez votre printemps. 124 pages de culture au programme. Avec notamment une interview de Pierre Jourde, écrivain français qui pourfend le politiquement correct et le culturellement bienséant avec talent. La rubrique Jazz Club constituée d'une sélection d'articles de ce blog le clôt à partir de la page 115. Elle est illustrée par l'Impérieux Juan Carlos HERNANDEZ auteur de la photographie de Manhattan ci dessous. Bonne lecture.

Manhattan

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Tigran le Seigneur du Châtelet

Publié le par Guillaume Lagrée

 

 

 

Paris. Théâtre du Châtelet.

Vendredi 25 mars 2011. 20h30.

 

Tigran Hamasyan

La photographie de Tigran est l'oeuvre de l'Immense Juan Carlos HERNANDEZ.    

 

Tigran : piano

Solo pour la première partie.

Invités pour la deuxième partie dont Trilok Gurtu : percussions.

 

Après les Rennais, c'est aux Parisiens déjà émerveillés par son premier album solo «  A fable », que Tigran vient se livrer seul et avec quelques complices dans cette superbe bonbonnière Second Empire qu’est le théâtre du Châtelet. La soirée est présentée par son plus fidèle ami français, Stéphane Kochoyan avec qui j’ai eu l’honneur de partager une heure avec Tigran sur TSF Jazz.

 

Quelques secondes de concentration. Puis une ballade. Beau crocodile (un vrai piano à queue), belle salle, belle acoustique, grand pianiste. Que demande le peuple ? L’envoûtement commence. La musique se déploie comme un voile de soie au gré du vent. C’est pour ces moments là que je suis heureux de vivre à Paris. Une source vive parcourt la salle et rafraîchit l’air. Je suis Tigran sur scène depuis 2003. Il avait seize ans. Je le savais capable de se trouver seul un jour dans une salle de cette classe. Et m’y voici face à lui. Il monte en puissance, en vitesse tout en restant sur son thème. Ca décolle sec.  C’était « The Spinners ».

 

« Samsara » (Tigran). Une autre ballade venue de l’Orient mystérieux. Ca tourne, tourne, nous enivre doucement. Puis il se lance, les chevaux galopent à travers champs et forêts. Ce garçon atteint des sommets que bien des pianistes verront de loin, d’en bas sans jamais pouvoir s’en approcher. Sa musique fait le même effet de grands espaces, de passions enflammées que les grands écrivains russes : Tolstoï, Dostoïevski. Tigran exécute le piano à grands gestes et met le public à sa merci.

 

« Longing » une des chansons de l’album. Sur l’écran géant derrière la scène est projetée une image de plancton vert géant. Quel intérêt ? « Music speaks for itself » comme disait Miles DavisLa Grâce est là, caressée du bout des doigts par Tigran. Sa voix n’est pas celle d’un chanteur professionnel. Elle n’est pas toujours bien posée, bien placée mais elle touche au cœur par sa fraîcheur, sa pureté, sa maladresse même. La technique mise au service de la pureté et de la bonté, c’est ce qu’il y a de plus beau. Le public est aussi concentré que le pianiste. Il a la salle à sa main comme il a toujours su le faire.

 

« Someday my prince will come ». Le seul standard de l’album. Traité en mode marche funèbre. Par jeu. Ce jeune homme peut tout se permettre tant il a de goût. Un jeu de virtuose avec de l’âme. Cela devient une pavane. Pas pour une infante défunte mais pas loin. Nom de Zeus, que c’est beau ! Tigran est un vrai champion. Il savait qu’il devait être au sommet de son art ce soir. Il s’est entraîné et il est au sommet. Il finit dans l’aigu de l’instrument, distillant l’air lentement, agaçant et troublant. Ce petit truc là me rappelle Martial Solal avec qui Tigran jouera en duo au Festival Jazz sous les pommiers à Coutances en Normandie le samedi 4 juin 2011.

 

Retour à l’Arménie avec un air dansant, léger et libre comme l’air. Les jeunes filles arméniennes dansent dans ma tête. Il lâche les chevaux et cela avance comme le flux et le reflux de la Mer, puissant, vif, impérieux. Bref, c’est ce qui s’appelle du Grand Piano. Je me retrouve sur la plage de Longchamp à Saint Lunaire par un beau jour de printemps grâce à la magie de cette musique. Libre à vous d’imaginer ce que vous voulez. Cette musique libère l’esprit. Les mains giflent ou caressent le clavier mais nous font toujours vibrer. Parfois c’est le pilote de Formule 1 tant il maîtrise sa machine, accélérant, virant, changeant de vitesse. C’est vertigineux de beauté et de virtuosité. Il semble jouer de la harpe à certains instants tant son jeu est fluide. Après une telle démonstration, il n’a plus qu’à saluer et passer à l’entracte pour laisser le public reprendre son souffle.

 

ENTRACTE

 

Pendant l’entracte, j’ai salué Giovanni Mirabassi, pianiste confirmé, venu assister au triomphe du jeune Maître.

 

Tigran est rejoint sur scène par le trompettiste Shane Endsley. Ils jouent « Les gens de la lune » à moins que ce ne soit « Les Jean de la lune ». C’est un morceau tiré de l’album mais avec un titre français. C’est une ballade lente, grave, en suspension dans l’air. Le son doux de la trompette s’infiltre par-dessus le piano. J’aurais préféré Eric Le Lann et sa griffe bretonne sur cette musique qui, là encore, m’évoque la Mer. Techniquement le gars sait jouer mais, pour rester courtois, il ne me fait ni chaud ni froid.

 

Le trompettiste s’en va. Ben Wendel le remplace au saxophone ténor. Il est le saxophoniste habituel de Tigran. Est-il apparenté à la fameuse famille Wendel de Lorraine ? Je l’ignore. Le public n’applaudit pas assez alors Tigran le gronde : «  That’s all Ben Wendel deserves ? ». Le public se reprend et applaudit plus vigoureusement. Ils jouent «  A fable » le morceau éponyme de l’album. Le sax ténor sonne comme une flûte. Très fort ! La musique ondule, serpente, enchante. Ben monte et descend sur ses genoux à la recherche du son parfait et il le trouve. Ils se trouvent. Ces deux hommes sont en symbiose musicale. En arrière plan sur l’écran, une image de feuille en bleu. Curieuse manie que de mettre des images pour illustrer une musique qui stimule autant l’imaginaire. Ils vibrent à l’unisson et nous avec eux. Quelle belle fable ils nous racontent ! Ils nous emmènent par delà la nuit et le jour.

 

Ben Wendel s’en va. Trilok Gurtu le remplace. La seule fois où j’ai entendu Trilok Gurtu sur scène, c’était à Rennes en 1989 dans le trio de John Mac Laughlin (guitare électrique) avec Kaï Eckhardt (guitare basse électrique). Cela ne s’oublie pas. Ils commencent par un air traditionnel arménien sans titre. Trilok commence à chauffer son tambour. Tigran entre dans le piano pour en sortir une mélodie vive, légère. Trilok commence ses bruitages fins, délicats. Il faut le voir pour croire que cet homme n’a que deux mains. Ca, c’est de la pulsation ! Il a aussi des sortes de maracas. Il fait à la fois le « tip tap » sur les rebords des tambours avec les doigts et les « mop mop » au cœur des peaux avec les paumes. Tigran, lui, file droit devant. Après la symbiose mélodique avec Ben Wendel, la symbiose rythmique avec Trilok Gurtu. Quoique avec un artiste de la finesse de Trilok Gurtu, les percussions deviennent mélodiques.

 

En première mondiale, un morceau écrit par Tigran pour Trilok. «  Oh la la » dit Trilok. Tigran commence main gauche dans le piano, main droite sur le clavier. Rythmiquement, ça démarre doucement, puissamment. Tigran chantonne. Trilok bat la mesure et ponctue de son mouillés. Tigran chantonne joyeusement. Depuis les frères de Broglie, nous savons que l’Univers est constitué d’ondes. C’est ce que les physiciens appellent « la mécanique ondulatoire ». Cette expression constitue une bonne définition de la musique jouée par Tigran Hamasyan et Trilok Gurtu. Le dialogue se fait vif sans tourner au duel. Puis ça s’apaise. La musique est si riche rythmiquement qu’elle en devient palpable. Je sens les bonnes ondes me traverser. Dieux, quelles grandes délices ! Duel de scat, rap ultra rythmique entre Tigran et Trilok à base de « tac tac ». Tigran a quitté son piano et se trouve debout face à Trilok pour mieux dialoguer. Lui reste assis, chantant et jouant. Le public bat la mesure au rythme des mains du percussionniste indien. Tigran revient au piano sans lâcher le micro et le scat. Ils reprennent leurs instruments sous un tonnerre d’applaudissements.

 

Ben Wendell revient sur scène avec un basson. Shane Endsley avec sa trompette. Le fidèle Nate Wood, batteur de Tigran et directeur musical de l’album «  A fable » se joint à la fête avec un tambour et deux baguettes. Trilok se lance dans un solo ahurissant. Il fait le vent, la forêt, des bruits d’eau, de crécelle. Sans électronique, cet homme est plus riche et imprévisible qu’une boîte à rythmes. Il lance aussi des bruits de locomotive, de machines molles et folles. Après cette introduction inouïe, Tigran lance un morceau de son album. Tout le groupe se lance dans le " Carnaval ". Le seul morceau de l'album où Nate Wood joue. Sans basse. Les percussions y pourvoient. La main gauche du pianiste aussi. Tigran joue, chantonne. La musique s’envole et le public avec. La transe est proche. La joie explose de partout sur la scène. Le trompettiste est plus mordant qu’en duo. Nate Wood cesse de jouer pour déguster le jeu subtil et puissant de Trilok Gurtu. Celui-ci fait des rythmes avec son souffle, sa bouche. L’homme orchestre, c’est lui. Voilà, c’est fini. Ils s’inclinent devant le public. Trilok le fait les mains jointes, à l’indienne.

 

RAPPEL

 

Tigran revient seul sur scène prolonger son triomphe. Ballade très douce, très calme pour faire descendre la pression. Il part en ballade et nous avec. Je crois bien que c’est le titre album « A fable ». Nous ne sommes pas loin de Chopin mais avec la touche orientale. Cela rappelle les promenades en calèche de Swann avec Odette au Bois de Boulogne. Nostalgique et actuel à la fois. Après cela, il n’y a plus rien à ajouter. Le public le comprend, applaudit mais ne demande plus de bis.

 

Après Martial Solal et Antoine Hervé, c’est un jeune Maître du piano que je viens d’écouter au Châtelet en compagnie de Mademoiselle F et de quelques amis ravis eux aussi. Gageons que nous l’y reverrons ainsi que dans des salles, des festivals plus prestigieux encore. Que les Dieux protègent Tigran, Seigneur du Châtelet !

 

Pour prolonger le voyage avec cette musique, je vous conseille " Le voyage au Caucase "(1860) d'Alexandre Dumas père, l'homme qui, comme disait son fils, Alexandre Dumas fils, n'a jamais écrit une ligne ennuyeuse parce que cela l'aurait ennuyé. Souhaitons la même fécondité et la même longévité à ce digne fils du Caucase qu'est Tigran Hamasyan dit Tigran.

 

 

 

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Festival de Jazz de l'AMR à Genève du 5 au 10 avril 2011

Publié le par Guillaume Lagrée

L'ex Association des Musiciens Romands  devenue l'Association pour l'encouragement de la Musique impRovisée dite l'AMR ou la Mémère pour les intimes organise son festival de Jazz annuel du mardi 5 au dimanche 10 avril 2011 à Genève, Suisse.

Dave Douglas

Vous ne m'y verrez pas car je vis à Paris en France. Par contre, vous y verrez mon honorable associé Juan Carlos HERNANDEZ armé de son appareil photographique. Il est l'auteur de la photographie de Dave Douglas qui illustre cet article. Quand vous verrez un petit Suisse barbu à lunettes prendre des photographies, saluez le de ma part. C'est Juan Carlos HERNANDEZ.

Au programme des musiciens suisses évidemment, comme le trio Plaistow mais pas seulement. Des musiciens américains aussi comme Dave Douglas justement.

L'AMR prouve que des musiciens peuvent gérer une salle de concert, un festival, des formations depuis bientôt 40 ans. C'est dire s'ils méritent d'être encouragés.

Pour les Français qui n'ont jamais franchi cette frontière là, Genève est accessible en TGV depuis Paris gare de Lyon, par le TER Rhône Alpes depuis Lyon Part Dieu ou Lyon Perrache, en véhicule automobile, en avion, à pied par le GR5 et ses embranchements, à bicyclette, à cheval, en bateau par le Rhône. Au cas où vous passeriez un contrôle douanier, montrez votre passeport ou votre carte nationale d'identité et dites en souriant que vous vous rendez au Sud des Alpes pour vous abonner au Jazz et à l'Electricité. Il est possible de se loger et se nourrir à des prix raisonnables à Genève.

Bon festival de l'AMR 2011!

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Le Jazz uni pour le Japon

Publié le par Guillaume Lagrée

 

 

Généreuses lectrices, compatissants lecteurs, vous savez le drame qui frappe le Japon, grand pays de Jazz. Pour venir en aide au peuple nippon, des stars américaines du Jazz se réunissent pour produire un album dont le produit des ventes ira à la Croix Rouge japonaise. Tous les détails se trouvent ci dessous en anglais.

 

Jazz Stars Unite For Disaster Victims In Japan

 

“Jazz for Japan”

 

Los Angeles, CA - "Jazz for Japan" is a "We are the World" type gathering of 25 of the top jazz musicians in the world to benefit the earthquake and tsunami victims in Japan. The recordings will take place March 23rd and 24th in Los Angeles at Capitol Studios. This project features an album along with a DVD release including interviews with the artists manifesting their support for the Japanese people. Performers include:  

Rickey Minor, Alex Acuna, Nathan East, Clarence McDonald, Ndugu Chancler, Billy Childs, Boney James, Lee Ritenour, Terrence Blanchard, Kenny G, Steve Gadd, George Duke, Bob James and many others.

 

These musicians have come together to pay tribute to those who have lost their lives and to a community that continues to support Jazz music. Their gift called “Jazz for Japan” will aid in the relief efforts needed for thousands of people affected by this disaster. 

 

The album is being produced by Avatar Records and will be released April 5th worldwide via iTunes with profits benefiting the International Red Cross in Japan. 

 

 

 

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Arat Kilo " A Night in Abyssinia "

Publié le par Guillaume Lagrée

Arat Kilo

" A Night in Abyssinia "

Only Music.2011.

Bernard Lubat a dit un jour que grâce à Kenny Clarke il a découvert qu'il ne serait jamais un batteur de Be Bop parce qu'il n'était ni Noir ni Américain. Il était Blanc, Français, Gascon même. Replongeant dans ses racines, il s'est ouvert au monde et a donné de forts beaux fruits.

Voilà une leçon que devrait, à mon avis, méditer le groupe Arat Kilo. Des Français, Blancs qui veulent jouer en 2011 à Paris de la musique éthiopienne des années 1960-1970. Erreur. Evidemment, ils savent jouer. C'est propre, c'est lisse. Tous les ingrédients sont là sauf les épices, le feu, la flamme originale. Même quand un musicien ou une chanteuse éthiopienne les rejoignent, ça ne prend pas sur moi.

Ca s'écoute. C'est agréable. Il n'empêche que la copie est loin de l'original. Pour revenir aux sources vives de cette musique, il suffit de piocher dans la collection des Ethiopiques.

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