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Edouard Ferlet " Think Bach " avance au Café de la Danse

Publié le par Guillaume Lagrée

 

 

Edouard Ferlet

«  Think Bach »

Paris. Le Café de la Danse.

Mercredi 24 octobre 2012. 20h.

 

Edouard Ferlet : piano, recompositions

Edouard Ferlet

 

 

La photographie d'Edouard Ferlet est l'oeuvre du Tonique Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette photographie sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

 

Impitoyables lectrices, inflexibles lecteurs, j'ai retranscrit dans cette chronique les explications d'Edouard Ferlet sur l'art et la manière dont il a déconstruit et reconstruit l'oeuvre de Johann Sebastian Bach pour construire ce programme. Toutes les erreurs et imprécisions sont miennes.

Ca commence par une ballade. A moins que ce ne soit du Jazz ou plutôt du Bach transformé par Edouard Ferlet. A mon goût, c’est un peu trop joli pour être honnête. 

 

Plus intéressant. Il commence par taper dans les cordes. Une troupe marche en cadence dans les cordes du piano. Main gauche sur le clavier, main droite dans les cordes. Ca balance, ça danse, c’est beau. La fusion de Bach et du Jazz prend corps alors qu’Edouard remet ses deux mains sur le clavier. Une pompe baroque à la main gauche, une fantaisie jazzy à la main droite. Il revient plus près de la mélodie de Bach qui swingue terrible. Il y met un peu de chaos tout en gardant l’ordre implacable du rythme bachique. 

C’était « La Passion selon Saint Matthieu » suivie de « Analecta » (basée sur un Prélude en ré majeur). 

 

« Dictame », prélude de Bach déconstruit puis reconstruit par Edouard Ferlet. Le prélude est reconnaissable dès les premières notes. 

 

Une jolie ritournelle travaillée dans l’aigu de l’instrument. Il décale l’air vers le medium. Ca plane tout de suite. Je commence à reconnaître un thème de Bach. C’est devenu plus sombre, plus orageux. Retour à la jolie mélodie qui surgit comme la lumière d’une bougie dans les ténèbres (prochain défi pour Edouard Ferlet, mettre en Jazz « La leçon de ténèbres » de Marc Antoine Charpentier avec les bougies évidemment).

 

« A la suite de Jean » tiré du premier prélude pour violoncelle seul. Edouard explique qu’il a lu la partition dans un miroir. Il la joue donc à l’envers. 

 

«  Jésus que ma tristesse demeure » (« Jésus que ma joie demeure » joué en mineur). L’idée est opposée à l’esprit même du morceau ce qui me semble gênant. Edouard Ferlet nous explique qu’une partition de JS Bach est belle à voir sans même la jouer. Il a osé prendre les partitions, les griffonner, les gribouiller, les décaler, les travailler pour refaire Bach à sa manière. Jolie ritournelle plutôt joyeuse malgré le titre du morceau. Ca y est, le thème d’origine apparaît. Sonny Rollins le jouait lors d’un sublime solo en concert à Paris, à la Mutualité le 19 janvier 1963 (je n’étais pas né mais l’enregistrement existe). Maintenant, ça swingue très efficacement sur un ton grave. 

 

Utilisation d’un bidouillophone électronique dans les cordes du piano pour prolonger des sons. Edouard se remet au clavier avec une vibration de sitar dans les cordes du piano. C’est curieux mais où veut-il en venir ? C’était une « Suite française ». 

 

Un Prélude en do mineur joué main droite Bach, main gauche Ferlet. Il commence en tapotant le corps du piano des paumes. Cela en fait un grand instrument de percussion, ce qu’est le piano d’ailleurs même si Claude Debussy estimait que « le pianiste doit faire oublier que le piano est un instrument composé de marteaux qui frappent des cordes ». Prélude de piano joué très vite à la main gauche. Ca va et vole au vent.

 

Une ballade. Ca plane.

 

« Round about midnight ». Ce n’est pas de Johann Sebastian Bach mais de Thelonious Sphere Monk. Edouard fait dériver Monk vers Bach tout en demeurant totalement contemporain. Ca brille de mille feux, c’est du Bach.

 

Un extrait des Variations Goldberg. A comparer avec la version d’un autre pianiste de Jazz, Dan Tepfer. Tempo trop lent à mon goût.

 

Edouard fait sonner son bidouillophone électronique dans le piano tout en faisant tourner une boucle rythmique à la main gauche. Curieux mais pas essentiel. Il s’assoit au piano, joue sérieusement qui tourne à la main gauche alors que la main droite part en ballade. Ca c’est du piano et de la danse. Ca sonne même un peu Caraïbes. Il allège tout à coup en jouant plus haut sur le piano. Cela devient une danse d’elfes mais pas celle de Puck déjà écrite par Debussy. Ca s’envole tout en revenant à Bach. Superbe. 

 

RAPPEL

 

Après les remerciements d’usage, un petit morceau de Bach à peine trafiqué cette fois-ci explique Edouard Ferlet. Effectivement, ce tempo lent est très connu. Il le joue de façon romantique ce qui horrifierait les puristes baroqueux. Bien joué !

 

Face à l’enthousiasme général, un deuxième rappel s’imposait. Le voici.

 

Un tempo rapide. Bach est bien le swinguant des compositeurs classiques. C’est un Bach passé par la plage de Copacabana. Ca le rajeunit. Il regorge de vie et de soleil.

 

Mademoiselle A fut enchantée de ce concert au point d’acheter l’album " Think Bach " et d’obtenir un autographe de l’auteur. Pour ma part, je conserve quelques réserves sur cette musique qui m’emporte moins que les Variations sur les Variations Goldberg de Dan Tepfer. C’était tout de même une belle soirée. Je n'appelerai pas Edouard Ferlet Jean Edouard car, grâce aux dieux et aux muses, il ne jouera pas Bach dans le Loft.

Trêve de sornettes et de billevesées. Laissons Edouard Ferlet expliquer et jouer son projet sur Bach. 

 

 

 

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Le trio de Sylvain Cathala de passage à l'Improviste

Publié le par Guillaume Lagrée

 

Sylvain Cathala Trio

Paris. Péniche l’Improviste.

Samedi 20 octobre 2012 .21h

 

Sylvain Cathala : saxophone ténor, compositions

Sarah Murcia : contrebasse

Christophe Lavergne : batterie

Sarah Murcia

 

La photographie de Sarah Murcia est l'oeuvre du Vertigineux Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible da sanctions civiles et pénales.

 

21h c’est l’heure officielle. En fait, le concert a commencé à 21h30 par «  Moonless ». Gros son de contrebasse amplifiée. Le batteur tapote de façon saccadée. Beau son plein du ténor. Ca sonne moins coulant que le trio de Lenny Popkin. Logique, c’est une autre esthétique. C’est abrupt, stimulant, plutôt réservé à un public de connaisseurs. Ils lisent la partition avec attention mais ça joue. Vu la taille de la salle, aménagée dans une péniche et fort confortable pour le public, je ne saisis pas l’intérêt de mettre des micros sur la scène. Pour la contrebasse, à la limite pour la batterie et le saxophone ténor, franchement… A moins que ce ne soit enregistré. Strawl du sax. Dialogue contrebasse/batterie aux balais. De bonnes vibrations circulent. Le contraste entre la carrure de Sarah Murcia et la puissance de son jeu de contrebasse est toujours saisissant. Jolie fin surprise.

 

Un morceau sans titre pour l’instant. Ca démarre entre sax et contrebasse. Les notes du sax glissent sur celles bondissantes de la contrebasse. Ce trio aime les rythmes hachés, saccadés. Un peu de liant ne ferait pas de mal. C’est l’école de Steve Coleman. Le batteur a l’air de résoudre un problème d’arithmétique lorsqu’il joue.

 

Le trio démarre en bloc et à bloc. Le Coltrane d’après 1965 continue de faire des ravages en 2012. Heureusement, ils baissent le volume sonore pour produire une musique plus puissante, plus intéressante. C’est plus structuré, coordonné, soudé.

 

Je n’ai pas saisi le titre du morceau. Une sorte de ballade. Pas moelleuse tout de même. Ils aiment l’abrupt. Gros son souple et bondissant de la contrebasse. Le batteur ponctue avec ses rythmiques bizarres que mes faibles connaissances arithmétiques ne me permettent pas de compter. Sarah travaille le son. Les notes s’allongent, s’étirent. Christophe lui répond avec les vibrations des cymbales. L’espace se dilate. Ca, c’est beau. Le batteur est aux baguettes et tapote légèrement, souplement. Le sax ténor se fait velouté avec une pointe d’acidité. Délicieux. 

 

« Constantine », souvenir d’un concert en Algérie je suppose. Ce n’est ni du Raï ni du Chaabi. Le trio attaque brutalement. Ah si, l’influence orientale arrive avec le son du ténor comme un appel du muezzin et de la batterie jouée à mains nues. Bonne vibration impulsée par la contrebasse, fouettée par la batterie, ventilée par le sax ténor. Le batteur a pris une puis deux baguettes. Groove oriental très spécial mais bien agréable, stimulant.

 

PAUSE

 

Une sorte de marche militaire décalée pour commencer. Ce n’est pas la « Blues March » d’Art Blakey tout de même. Encore un beau dialogue contrebasse/batterie où la batterie mène la danse. Le sax revient. Ca balance bien. Grosse vague de la rythmique. Son majestueux du ténor. C’était « Entremêlée ». 

 

Je n’ai pas saisi le titre du morceau. Une sorte de ballade décalée. Musique élastique qui s’étire, revient. La pulsation de la contrebasse résonne dans le ventre.

 

Intro en solo de contrebasse. Ca sonne oriental mais à sa façon. Ca vibre en haut du manche. Elle travaille la contrebasse au corps. Le batteur enchaîne aux balais. Le sax ténor arrive velouté, brumeux. Personne n’applaudit ce superbe solo. Le public est concentré. Le duo batteur aux balais/contrebassiste tripote bien. Bonne vibration, bonne vibration, oui. Un instant, j’ai entendu de l’oud à la place de la contrebasse. La classe. Joli solo tintinnabulant de batterie sur les cymbales puis le trio repart. Un break de batterie basé sur les tambours et ça repart. C’était « Black Dance ».

 

« Cinquième ballade ». Je progresse puisque je comprends les titres des morceaux. Sarah Murica joue maintenant à l’archet. Le batteur est aux maillets. Ca grince, ça gronde. Nous sommes dans un château écossais hanté par une nuit de brume glacée. Dans un film d’épouvante, ce serait parfait. Genre psychologique, pas sanglant. Le sax ténor vient se joindre à la célébration du mystère. La procession des elfes serpente dans la lande. Avec un son de tambour qui n’est pas guerrier.

 

Encore un titre que je n’ai pas compris. Pourtant, je suis au premier rang, à 1m de la scène. Christophe a ajouté des éléments de percussions. Solo de batterie pour introduire. Ca tinte, sonne, s’arrête, repart. Sarah vient ajouter quelques vibrations de contrebasse avec une baguette sur les cordes. C’est ludique. Ca bataille ferme entre contrebasse et batterie. Personne ne lâche l’affaire. Sarah est repartie à mains nues. Ca vibre, bondit. Le sax ténor vient se mêler à la sarabande. Batteur et sax se déchaînent alors que la contrebasse pose les bases, tranquille.

 

Parfois fatiguant, souvent stimulant, le trio de Sylvain Cathala ne m'a pas laissé indifférent même s'il ne m'a pas fait oublier celui de Sonny Rollins. Ce qui transpire de cette musique, c'est qu'elle est généreuse et audacieuse. Ca, ça fait du bien à l'auditeur.

Voici les prochains concerts de Sylvain Cathala pour la fin de l'année 2012:

15.11 : PRINT @ Royale Factory (Versailles)

07.12 : Sylvain Cathala Trio @ Péniche Improviste (Paris)

13.12 : Sylvain Cathala Trio @ Le Cercle des Voyageurs (Bruxelles / Belgique) 

14.12 : Sylvain Cathala Trio @ Le Caméléon (60490 Conchy les Pots / France)

15.12 : Sylvain Cathala Trio @ Salle de l’Horloge (60170 Tracy-le-Mont / France)
16.12 : Sylvain Cathala Trio @ Roskam  (Bruxelles / Belgique)
 

17.12 : Résidence ‘Flow & Cycle’  Sylvain Cathala Trio @ Périscope (Lyon)

18.12 : Résidence ‘Flow & Cycle’ Sylvain Cathala Trio @ Périscope (Lyon)

19.12 : Résidence ‘Flow & Cycle’ Sylvain Cathala Trio @ Périscope (Lyon)

20.12 : Sylvain Cathala Trio @ Périscope (Lyon) concert de création

21.12 : Sylvain Cathala Trio @ Puy de le Lune (Clermont-Ferrand)

22.12 : Sylvain Cathala Trio @ le 3 Pièces (Rouen)  

Voici " Black Dance " par le trio de Sylvain Cathala lors d'un précédent concert. Bonne découverte, lectrices artistes, lecteurs danseurs.

 

 

 

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Ziad Kreidy " Les avatars du piano "

Publié le par Guillaume Lagrée

 

 

Ziad Kreidy

" Les avatars du piano "

 Editions Beauchesne. Collection L'Education musicale.Paris. 2012.77 p.

 

Martial Solal

 

La photographie de Martial Solal au piano est l'oeuvre du Généreux Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

 

" Là où il y a un piano, il n'y a plus de grossièreté " (Chateaubriand, Mémoires d'Outre Tombe).

 

Lectrices musicologues, lecteurs mélomanes, avant de commencer la chronique des " Avatars du piano " par le pianiste et musicologue libanais Ziad Kreidy, je dois vous avertir qu'il n'est pas du tout question de Jazz dedans. Par esprit de contradiction, j'illustre cette chronique par du Jazz.

De quoi parle donc ce livre court, dense et passionnant? De l'évolution technologique d'un instrument de musique créé à Florence, Toscane, Italie vers 1700 sous le nom de pianoforte (nom qu'il porte toujours en italien d'ailleurs) par Bartolomeo Cristofori (1655-1731) et des effets de cette évolution sur le jeu des pianistes. Est-il possible en 2012 de jouer des concerti de Mozart, des sonates de Beethoven, des études de Chopin comme leurs compositeurs l'entendaient (quoique Beethoven n'entendait plus rien à la fin de sa vie!)? La réponse de l'auteur est pessimiste et argumentée. A son avis, non. En effet, le développement technologique du piano depuis sa création est allé vers toujours plus de puissance et de standardisation. Des pianos produits à la chaîne comme des motocyclettes ne peuvent donner qu'une musique pétaradante. Ce qui est gagné en puissance est perdu en finesse, en expressivité, en singularité.

Certes, l'auteur prêche pour sa paroisse puisqu'il est musicologue et joue sur des instruments anciens. Joue t-il sur ceux de l'association Ad Libitum basée à Etobon, Haute Saône, Franche Comté, France (Ziad Kreidy enseigne d'ailleurs à l'université de Franche Comté à Besançon)? Toutefois, le lecteur ignorant que je suis a été captivé par son propos à la fois richement argumenté et passionné, dans un format bref. Ne sachant ni lire, ni écrire, ni jouer de la musique, j'ai pourtant dévoré son livre en sautant les partitions. Même en passant les partitions, comme l'on peut passer les longues descriptions botaniques, géologiques et zoologiques dans les romans de Jules Verne, ce livre est passionnant. Evidemment, si vous êtes capable de suivre ses indications en jouant sur un piano, vous profiterez bien plus des leçons de l'auteur.

Il n'est pas question en 2012 de fabriquer des pianos comme ils l'étaient en 1812. Ce ne serait pas rentable. La musique est une industrie comme les autres. Theodor Adorno, qui ne comprenait rien au Jazz, l'a démontré il y  a déjà longtemps. Curieusement d'ailleurs, Adorno n'est pas cité dans ce livre. Un regret tout de même: cet ouvrage ne comprend ni bibliographie ni discographie. Certes il y a des notes en bas de page mais c'est un peu juste. Il est possible que le format très court ne l'ait pas permis.

Par rapport au Jazz, voici quelques réflexions que m'inspire ce livre. D'abord, il ignore totalement qu'il existe un autre répertoire pianistique que celui dit classique. Certes, le Jazz est bien plus une musique d'improvisation que de composition mais pour jouer il faut un instrument, un piano qu'il soit droit comme souvent dans les petits clubs de Jazz (l'auteur réhabilite d'ailleurs le piano droit), à quart, demi ou queue (le crocodile disent les Jazzmen) et les pianistes de Jazz (Ivory ticklers) ont souvent tiré parti des limites de leur instrument voire même de leur technique comme Thelonious Monk. A part le classique, seul le Jazz a développé une école de piano et vu éclore des pianistes virtuoses respectés de leurs pairs du Classique. Sviatoslav Richter admirait la technique de Martial Solal et Alexis Weissenberg était un fan de Serge Gainsbourg pour en rester à deux musiciens qui illustrent cet article. Ensuite, il ignore qu'au XX° siècle a été inventé le microphone qui permet de diffuser et d'enregistrer le son. Il est vrai que les pianistes classiques jouent sans micro même avec orchestre. Sauf quand ils doivent être enregistrés. Le seul fait de passer par le truchement de câbles électriques, de hauts parleurs, change le son de l'instrument, la perception du musicien et de l'auditeur. Même avec sa puissance moderne, le pianiste de Jazz ne peut rivaliser avec le batteur. Quand il joue un solo, soit le batteur cesse de jouer, soit il joue en sourdine. C'est pour pouvoir jouer à fond avec le batteur à fond qu'Eddy Louiss est passé du piano à l'orgue Hammond.

Tous mes arguments d'amateur de Jazz sont en fait fallacieux puisque l'auteur ne parle que de musique classique. Il n'empêche que même si le Jazz est d"abord une musique d'interprètes, il a aussi un répertoire. La grande différence avec le classique c'est que le Jazz est né avec le disque et la radio, que nous savons donc comment jouaient et dirigeaient Duke Ellington, Count Basie, Bill Evans, Thelonious Monk, Bud Powell, Jelly Roll Morton pour en rester aux pianistes. Alors que nous n'avons pas la moindre trace sonore de Bach, Mozart, Beethoven, Chopin. Sans oublier que le Jazz compte des compositeurs noirs, blancs, métis, européens, américains, catholiques, juifs, protestants, musulmans, scientologues, athées, agnostiques, alors que le classique, à part le Chevalier de Saint Georges, c'est une musique de blancs le plus souvent européens. La question de la fidélité à l'oeuvre écrite est bien moins importante en Jazz puisque l'improvisation est toujours possible alors qu'en Classique, seuls les organistes ont conservé cette liberté (cf les interprétations de Bach par Jean Guillou à l'église Saint Eustache à Paris). Il n'empêche que lorsque Martial Solal a interprété Duke Ellington avec son orchestre, il lui a été reproché de lui être infidèle alors même que Duke Ellington a dit grand bien de Martial Solal et que Martial Solal a mûri, grandi avec la musique du Duke.

Bref, lectrices musicologues, lecteurs mélomanes, vous avez compris qu'il faut lire " Les avatars du piano " par Ziad Kreidy parce que c'est un livre passionnant, stimulant, dérangeant, instructif. " Le rôle de l'intellectuel est de semer des doutes, pas de cueillir des certitudes " (Norberto Bobbio). C'est ce que fait superbement Ziad Kreidy. A lire avec du bon piano en fond sonore. Par exemple, Mal Waldron jouant seul sa composition " All alone ". Silence, beauté.

 

 

 


 

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Sélection de concerts de Jazz à Paris en novembre 2012

Publié le par Guillaume Lagrée

 

Honorables lectrices, respectables lecteurs, si vous ne passez pas l'automne à New York, vous pouvez toujours écouter du Jazz qui se joue à Paris comme la version de ce standard (Autumn in New York) par  Chet Baker. Voici donc, choisi avec l'approbation des plus hautes autorités morales et religieuses, c'est-à-dire moi (contrairement à Pierre Desproges, je n'écris pas avec un chat sur mes genoux) une sélection parfaitement arbitraire et totalement partiale de concerts de Jazz à Paris pour le mois de novembre 2012.

Je vous recommande d'abord deux festivals parisiens destinés aux curieux impécunieux car les musiciens sont souvent peu connus, viennent parfois de loin et que leurs concerts sont peu chers :

- Jazzycolors du mardi 6 au vendredi 30 novembre 2012 réunit des jeunes Jazzmen venus de l'Europe entière qui jouent dans les centres culturels étrangers à Paris sous le haut parrainage de Bojan Z, musicien slave du Sud qui ouvrira les débats en duo avec le saxophoniste français Julien Lourau.

Bojan Z

 

La photographie de Bojan Z est l'oeuvre du Fameux Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

- Sons 9 du mardi 6 au mardi 13 novembre 2012, à Paris 6e arrondissement, dans le quartier de Saint Germain des Prés, vous permettra de retrouver dans des contextes originaux des musiciens inconnus de mes services et d'autres déjà chroniqués sur ce blog comme Denis Colin, Anne Pacéo, Frédéric Eymard, Benjamin Moussay, Christophe Marguet.

Salle Pleyel:

2 concerts avec Brian Blade à la batterie. Je ne présente pas les leaders. Sauf si vous n'écoutez pas de Jazz depuis 50 ans, vous les connaissez forcément.

- Samedi 3 à 20h: Wayne Shorter Quartet.

- Dimanche 18 à 20h: Chick Corea Trio.

Auditorium Saint Germain:

- Lundi 26 à 19h30: Leçon de Jazz d'Antoine Hervé " L'électro Jazz: la révolution informatique ".

 

Sunset-Sunside:

- Samedi 10 à 22h: Boulou et Elios Ferré (guitares) en quartet avec Alain Jean-Marie (piano) et Pierre Boussaguet (contrebasse). A écouter avant ou après avoir été à l'exposition Django Reinhardt, le Swing de Paris à la Cité de la Musique.

- Dimanche 11 à 20h: The Claudia Quintet avec John Hollenbeck et Chris Speed. Un démenti terrible pour les ignorants qui croient que le Jazz est une musique de bar, tranquille. Chris Speed porte bien son nom!

- Mercredi 14 à 21h30: Hommage à Charlie Parker avec Manu Codjia (guitare), Géraldine Laurent (saxophones) et Christophe Marguet (batterie). Faisons leur confiance pour sortir des sentiers battus.

- Mercredi 21 à 21h, jeudi 22 à 20h: Kurt Rosenwikel Trio. Un guitariste américain dont j'ai entendu grand bien.

- Vendredi 30 à 21h, samedi 1er décembre à 21h: Stéphane Kerecki Trio invite Bojan Z et Logan Richardson. Des chercheurs et trouveurs de beauté.

Le Triton:

- Mercredi 7 deux concerts pour les enfants par John Greaves (basse, chant) et Thomas de Pourquery (chant,saxophone alto). De 14h30 à 15h15 pour les 4-6 ans, de 15h30 à 16h15 pour les 7-10 ans. Parents, grands-parents, oncles, tantes, professeurs des écoles, éveillez les enfants, emmenez les à ces concerts, saperlipopette! Entrée libre sur réservation.

- Samedi 10 à 21h: Marc Ducret Tower Bridge. Le guitariste électrique Marc Ducret réunit 3 groupes sur scène pour raconter toutes sortes d'histoires violentes, étranges, mystérieuses.

- Vendredi 30 à 21h: trio Aldo Romano (batterie)/Michel Benita (contrebasse)/Baptiste Herbin (saxophone alto). Ordre, beauté, luxe, calme et volupté.

Studio de l'Ermitage:

- Lundi 19 à 20h30: Antoine Hervé Quartet. Présentation du nouvel album dont j'ignore tout. C'est Antoine Hervé donc cela ne peut être ignoré.

- Mardi 20 à 21h30: Yvan Robilliard en trio. Un pianiste à l'énergie communicative.

Duc des Lombards:

- Lundi 5, mardi 6, mercredi 7 à 20h et 22h: The Bad Plus. Un trio piano/contrebasse/batterie made in USA, francophile et qui déménage comme un Power Trio de Rock'n Roll.

- Mercredi 14, jeudi 15, vendredi 16, samedi 17 à 20h et 22: le trompettiste Christian Scott en sextet. Un trompettiste de Jazz noir né à La Nouvelle Orléans en Louisiane, ça ne vous rappelle rien? Celui là est né en 1983 et prouve que la relève est bien là.

- Lundi 19, mardi 20 à 20h et 22h: le batteur Billy Hart en quintette. Une valeur sûre. 

New Morning:

- Lundi 5 à 20h30: Mike Manieri (vibraphone) avec le trio de Frank Tortiller (vibraphone). Ca va vibrer!

- Jeudi 15 à 21h: Fiona Montbet (violon) en quartet. L'ancienne élève de Didier Lockwood, née en 1989, viendra jouer le répertoire de son premier album en quartet qui sortira début 2013.

- Vendredi 16 à 20h30: John Scofield (guitare)/ Steve Swallow (basse)/ Bill Stewart (batterie). Plus qu'un trio, un triumvirat.

La Java:

- Mardi 6 à 20h30: Son libre. Malik Mezzadri (flûte)&Sarah Murcia (contrebasse)+ Smadj (DJ).

- Vendredi 9 de 22h à l'aube: Electro Swing Paris. Pour faire danser les cool cats...

- Lundi 19 à 20h30: Jazz à la Java. 2 groupes pour le prix d'un. Richard Bonnet (guitares)+Tony Malaby (saxophone ténor) puis le quartet de Jef Sicard (saxophones, clarinettes, flûtes)

- Vendredi 30 de Oh à l'aube: Jazz Attitudes Party. Une nouvelle occasion de faire danser les cool cats...

Péniche l'Improviste:

- Vendredi 9, samedi 10 à 21h: Mauro Gargano Mo'Avast Band. Il Jazz all'italiana. 

- Jeudi 22 à 21h: Maxime Fougères Guitar Reflections. Si c'est aussi bon sur scène qu'en studio, Miam Miam!

- Mercredi 28 à 21h: Marc Buronfosse Sounds Quartet. Voici ma chronique enthousiaste d'un précédent concert de ce quartet de musiciens magiciens.

- Vendredi 30 à 21h: Pierre Durand " Around Nola ". Si c'est aussi bon sur scène qu'en studio, Miam Miam!

Les Disquaires:

Un bar près de Bastille. Presque chaque soir à 20h, un concert gratuit de jeunes Jazzmen. Si la musique ne vous plaît pas, vous aurez étanché votre soif. Si elle vous plaît, vous aurez étanché votre soif de beauté. Tentez l'expérience. Je ne connais pas les musiciens. Je ne recommande ni ne déconseille personne. A vous de juger sur pièces et sur place.

 

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Leçon de Jazz d'Antoine Hervé sur Chick Corea le lundi 22 octobre à Paris

Publié le par Guillaume Lagrée

 

Antoine Hervé

Leçon de Jazz sur Chick Corea

Paris. Auditorium Saint Germain.

Lundi 22 octobre 2012. 19h30.

 

Antoine Hervé

 

La photographie d'Antoine Hervé est l'oeuvre du Sensible Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

 

Lectrices fidèles, lecteurs assidus, vous avez certainement remarqué que je suis un élève studieux des Leçons de Jazz d'Antoine Hervé, pianiste, chef d'orchestre, compositeur et pédagogue inspiré. Voici qu'elles reprennent à Paris à l'Auditorium Saint Germain avec le plus célèbre des pianistes scientologues, Chick Corea. Après Keith Jarrett (Leçon de Jazz sortie le 9 octobre 2012 en DVD) et Herbie Hancock (en tournée solo en France ce mois-ci), il est tout à fait logique qu'Antoine Hervé nous fasse découvrir l'oeuvre du troisième pianiste et claviériste de Miles Davis entre 1963 et 1971, accompagné par François Moutin (contrebasse) et Louis Moutin (batterie).

N'étant pas à Paris ce soir là, je compte sur vous pour y assister à ma place et je compte spécialement sur un fidèle abonné à ce blog, élève assidu des Leçons de Jazz d'Antoine Hervé (il se reconnaîtra) pour nous faire part, en commentaire de cet article, de ses impressions sur cette leçon là. Merci à lui par avance.

 

 


 

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Elina Duni en concert au Théâtre Traversière à Paris le 20/10/2012 à 20h

Publié le par Guillaume Lagrée

 

Elina Duni

Théâtre Traversière. Paris.

Samedi 20 octobre 2012. 20h.

 

Elina Duni

La photographie d'Elina Duni est l'oeuvre du Brillant Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

 

Lectrices volcaniques, lecteurs balkaniques, sachez que la chanteuse albano-helvète Elina Duni sera en concert à Paris au Théâtre Traversière le samedi 20 octobre 2012 à 20h. Elle viendra lancer son nouvel album " Matanë Malit "  paru chez ECM que je n'ai pas encore écouté. J'ai déjà apprécié cette chanteuse pour son précédent album " Lume, Lume "  et lors d'un précédent concert dans le même théâtre. Une voix superbe, de la présence, de l'humour, une langue incompréhensible pour moi mais qui sonne superbement, l'albanais, en compagnie d'un trio de Jazz helvétique piano/contrebasse/batterie avec qui elle fusionne, ce sont là des plaisirs que je vous recommande vivement.

 

L'album " Matanë Malit " n'est pas encore sur deezer mais en voici une présentation sur Youtube. Et hop!

 

 

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Jean-Philippe Viret " Supplément d'âme "

Publié le par Guillaume Lagrée

 

Jean-Philippe Viret

" Supplément d'âme "

Mélisse. Abeille Musique. 2012.

Sortie physique le jeudi 22 novembre 2012.

Concert de lancement à Paris au Café de la danse,

le vendredi 21 décembre 2012 à 20h.

 

Jean-Philippe Viret: contrebasse, compositions (sauf n°2)

Eric-Maria Couturier: violoncelle

David Gaillard: violon alto

Sébastien Surel: violon

 

Jean Philippe Viret

 

La photographie de Jean-Philippe Viret est l'oeuvre de l'Esthète Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

Lectrices baroques, lecteurs romantiques, voici une musique faite pour vous plaire. J'avoue que lorsque j'ai assisté au premier concert de ce quartet à cordes le 31 juillet 2011 au Parc floral de Paris dans le cadre du Paris Jazz Festival, je ne fus pas vraiment convaincu par cette musique. Maintenant qu'elle est enregistrée en studio et à ma disposition, est ce moi, elle ou les deux qui avons gagné un supplément d'âme? En tout cas, j'aime.

Le quatuor à cordes est fixé dans sa composition depuis Joseph Haydn au XVIII° siècle: un violoncelle, un alto, deux violons. Les plus grands compositeurs de la musique savant européenne dite classique s'y sont illustrés: Haydn, Mozart, Beethoven, Schubert, Brahms, Lizst mais surtout des compositeurs de langue allemande. Pour connaitre le sujet de fond en comble, je recommande L'histoire du quatuor à cordes de Bernard Fournier en 3 volumes chez Fayard.

Jean-Philippe Viret, contrebassiste français de Jazz, a remplacé un violon par sa contrebasse, réuni autour de lui trois solistes classiques de classe internationale, composé pour ce groupe une musique qui relève bien du Jazz puisqu'il ne s'agit pas d'un concerto tel qu'il en a été écrit des centaines pour quatuor à cordes mais d'une série de morceaux aux ambiances diverses, avec une musique extrêmement écrite même si elle respire comme si elle était improvisée. C'est pourquoi il est loisible de parler de quartet comme l'on dit en Jazz pour ce groupe.

Par rapport au concert que j'avais entendu, je maintiens mon avis sur un point: la plus belle composition est celle de François Couperin " Les barricades mystérieuses ", pièce de clavecin superbement arrangée pour le quartet par Jean-Philippe Viret. La musique jouée ici me semble plus dense, plus concentrée, moins dispersée que ce que j'avais perçu au concert. Chaque morceau est une saynète parfois grave (Coalescence, n°2), ludique ( Esthétique ou pathétique? n°1), aérienne (Le rêve usurpé, n°6).

Vivement le prochain concert de ce quartet que je puisse renouveler les vives et riches impressions que procure cette musique.

A l'album s'ajoute un DVD qui fait le portrait de Jean-Philippe Viret, de l'homme, du créateur et de ses différents projets. Voici le film pour découvrir un homme de bien et de beauté.

 

 

 

 


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Pierrick Pédron " Kubic's Monk "

Publié le par Guillaume Lagrée

 

Pierrick Pédron

" Kubic's Monk "

Act Music.2012.

Pierrick Pédron: saxophone alto

Thomas Bramerie: contrebasse

Franck Agulhon: batterie

Ambrose Akinmusire: trompette (5, 8, 11)

Toutes les compositions sont l'oeuvre de Thelonious Sphere Monk.

 

pierrick-pédron.jpg

 

La photographie de Pierrick Pédron est l'oeuvre du Splendide  Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

 

Subtiles lectrices, fins lecteurs, je vous propose deux interprétations du titre du nouvel album de Pierrick Pédron, " Kubic's Monk ". D'abord, puisqu'il s'agit d'un trio qui explore la musique de Thelonious Sphere Monk, il va à la racine, racine cubique évidemment. Ensuite, puisque la musique de Thelonious Monk est réputée pour sa complexité sous des abords ludiques, le titre pourrait faire allusion à un fameux jouet mathématique hongrois qui a conquis le monde.

Thelonious Monk (1917-1982) était pianiste, un pianiste qui cultivait l'ugly beauty (cf n°4 de l'album), l'antivirtuosité, affirmant ses limites et créant à l'intérieur d'elles un univers parallèle, bref l'opposé de Martial Solal. Pour les pianistes, jouer sa musique relève de la gageure tant Monk s'ingéniait à faire tout ce qu'un pianiste n'est pas censé faire. Chick Corea y arrive pourtant très bien tout en restant lui même. " Jouer avec Monk, c'est entrer dans un ascenseur, voir l'ascenseur arriver, les portes s'ouvrir, faire un pas en avant et s'apercevoir qu'il n'y a pas d'ascenseur " (John Coltrane).

Thelonious Monk a, dans ses groupes, privilégié le saxophone ténor (Johnny Griffin, Sonny Rollins, John Coltrane, Coleman Hawkins). Il faut dire que pour le saxophone alto, il avait accompagné Charlie Parker (écoutez l'album " Bird and Diz " 1950 avec Charlie Parker et Dizzy Gillespie et vous comprendrez pourquoi il n'avait pas besoin de sax alto dans ses groupes).

Pour rendre hommage à TS Monk en évitant les comparaisons avec les milliers de versions de sa musique, Pierrick Pédron, saxophoniste alto, a choisi de jouer sa musique sans piano en sélectionnant des morceaux qui ne figurent pas parmi les plus joués du " Prophète ". Ni " Round about midnight " ni " Blue Monk " ni " Epistrophy " ni " Straight no chaser ". Pour jouer cette musique si escarpée, glissante, périlleuse, mieux vaut s'entourer de bons compagnons de cordée. C'est ce que fait Pierrick Pédron avec une rythmique qu'll pratique depuis des années, Thomas Bramerie à la contrebasse et Franck Agulhon à la batterie. Thomas Bramerie fournit l'assise nécessaire à l'auditeur pour ne pas être perdu dans les méandres de la pensée monkienne. Franck Agulhon fournit la couleur, le scintillement, le chatoiement qui font de Monk, un des Jazzmen préférés des enfants avec Charles Mingus. Sur trois morceaux vient s'ajouter le trompettiste noir américain Ambrose Akinmusire qui fait passer ici l'ombre de Don Cherry qui aimait tant Monk. C'est dire s'il est dedans. 

Rappelons d'ailleurs que Don Cherry jouait Monk sans piano sur l'album " Evidence " de Steve Lacy (sax soprano) en 1961.

Quant au leader Pierrick Pédron, la formule du trio ne lui laisse pas le droit à l'erreur tant il est exposé. Il n'en commet pas. L'album a été enregistré en une journée. Monk enregistrait toujours en première prise pour être frais. Aux musiciens d'être à la hauteur. Lui était toujours lui même, c'est-à-dire unique, identifiable dès le premier accord. A prendre ou à laisser. Pierrick Pédron vole avec cette musique tour à tour tranchant, mordant, ondoyant, velouté.

Un seul léger regret: le respect des interprètes pour cette musique fait que leur jeu manque de l'humour new yorkais typique de Monk, humour auquel Sonny Rollins répondait si bien ( " Bolivar Ba lues balues are " par exemple).

Thelonious Monk a tout de même joué avec deux saxophonistes alto, Gigi Gryce et Phil Woods. D'ailleurs Phil Woods apprécie grandement " Kubic's Monk " de Pierrick Pédron. Je suis son avis avisé.

Ne boudons pas notre plaisir. Des Jazzmen de 2012 nous font redécouvrir la puissance d'un immense compositeur avec vigueur, chaleur, ferveur. Profitons en pleinement. 

 

Pour comparer l'interprétation du trio de Pierrick Pédron avec celle du compositeur, voici " Think of one " de et par Thelonious Monk avec Sonny Rollins au saxophone ténor. La vision de la partition permettra à celles et ceux qui savent lire la musique de mieux comparer encore.

 

 

 

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Rêve d'Afrique: Donald Byrd " Ethiopian Knights "

Publié le par Guillaume Lagrée

 

Donald Byrd

" Ethiopian Knights "

Blue Note. 1972.

 

Lectrices panafricaines, lecteurs africanistes, je vous ai déjà chanté les louanges de Barney Wilen et d'Art Blakey partis à la recherche des racines du Jazz en Afrique de l'Ouest.

Partons maintenant pour l'Afrique de l'Est et l'an 1971, cher à mon coeur et à celui de  Juan Carlos HERNANDEZ, photographe exclusif de ce blog.

Donald Toussaint l'Ouverture Byrd, trompettiste né en 1932, est devenu docteur en ethnomusicologie en 1966. Pour poursuivre ses études sur le terrain, il partit rendre visite au berceau de l'humanité, l'Ethiopie alors dirigée par le Roi des Rois, le Negus Hailé Sélassié que Bob Marley et les rastas n'avaient pas encore rendu mondialement célèbre (pour ceux qui ne connaissent pas cet étrange personnage, je recommande vivement la lecture de " Le Negus " par Richard Kapucinszki.

De retour aux Etats Unis, Donald Byrd, célèbre pour son Hard Bop qui n'a jamais dérivé vers le Free Jazz, se lance dans un Funk à la fois orgiaque et cérébral avec un groupe au son épais et chaud comme de la lave en fusion.3 guitares, un orgue, un piano, une basse électrique, une batterie, Harold Land au sax ténor, Thurman Green au trombone, Bobby Hutcherson au vibraphone.

3 morceaux pour 40mn d'une musique qui balance terrible, mêlant le son de la rue new yorkaise à celui des hauts plateaux éthiopiens, une fusion électrique, organique lancant une série d'albums qui firent de Donald Byrd un acteur majeur de la musique populaire noire des années 70 et un des artistes les plus samplés à partir des années 90. " The Emperor ", " Jamie " et " Little rasti " tous composés par Donald Byrd s'enchaînent implacablement rivant l'auditeur à la piste de danse ou à son fauteuil, selon qu'il a envie de danser ou d'écouter. 

Si vous savez slammer, vous pouvez lire aussi à haute voix le poème contenu dans le livret de l'album au rythme de cette musique tribale et tripale. Lancez cette musique en soirée. Croyez moi, ça le fait.

The Emperor qui ouvre l'album sera diffusé dans mon émission de novembre 2019, le vendredi et le dimanche à 1h du matin et 18h (heure de Paris) sur Couleurs Jazz Radio. 3e et dernière partie du cycle: L'Afrique, c'est chic! L'Afrique rêvée et vécue par les Jazzmen. 

Je vous laisse en compagnie du petit rasta (Little Rasti). 17'42 de groove surpuissant. Oh Yes!

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Lenny Popkin " Time Set "

Publié le par Guillaume Lagrée

Lenny Popkin

" Time Set "

Paris Jazz Corner. 2012.

 

Lenny Popkin: saxophone ténor

Gilles Naturel: contrebasse (5-10)

Carol Tristano: batterie (5-10)

Lectrices attentionnées, lecteurs attentifs, je vais vous parler maintenant d'un musicien au talent notoirement méconnu, Lenny Popkin.

J'ai fréquenté le magasin Paris Jazz Corner pendant des années en raison de son choix hallucinant de disques d'occasion. L'immense avantage d'un disquaire ou d'un libraire réel par rapport au virtuel, c'est que vous y trouvez ce que vous ne cherchez, n'imaginez même pas qu'un être humain nommé vendeur a pris le temps de vous conseiller, de vous faire découvrir. Paris Jazz Corner réédite aussi des pépites discographiques devenues introuvables sur le marché comme ces enregistrements de Lenny Popkin effectués entre 1971 et 2006.

Lenny Popkin aime tellement Lennie Tristano qu'il porte le même prénom, a étudié sous sa direction, joué avec lui, épousé sa fille Carol avec qui il joue. Pour autant, comme Lee Konitz, tristanien plus célèbre, Lenny Popkin ne se résume pas à son influence majeure. Il se reconnaît au son de son instrument, fondé sur le registre haut ce qui le différencie aisément de la foule d'épigones de John Coltrane qui occupe la majeure partie des places au saxophone ténor depuis 45 ans.

Les quatre premiers morceaux de cet album ont été enregistrés en 1971, année chère à mon coeur et à celui du photographe exclusif de ce blog, l'Eminent Juan Carlos HERNANDEZ. Lenny Popkin joue seul, utilisant une technique dont Lennie Tristano était le maître, le rerecording permettant de faire entendre en même temps plusieurs jeux du même instrument par le même musicien (écoutez par exemple le " Requiem " de Lennie Tristano pour Charlie Parker). Lenny Popkin laisse courir son imagination sur deux morceaux de JS Bach (une Fugue en n°1 et un Prélude en n°3), en n°2 un Gloria tiré d'une Messe de Johannes Ockeghem, compositeur flamand du XV° siècle (cf extrait audio au dessus de cet article) et une improvisation personnelle " Circular Logic " dont le titre résume à lui seul son style, progresser par des cercles d'une logique qui lui appartient, vous emmènent toujours plus loin pour mieux se retrouver.

Ensuite viennent 6 morceaux enregistrés entre Paris et New York de 2000 à 2006 avec ce trio toujours actif en 2012, Lenny Popkin au sax ténor, Carol Tristano  à la batterie, Gilles Naturel à la contrebasse. Le dialogue musical entre le mari et l'épouse devrait servir de modèle aux conseillers  matrimoniaux tant il est riche, varié, subtil, précis. Gilles Naturel s'y glisse avec discrétion, élégance, fermeté et naturel bien sûr. Ici, toutes les compositions sont de Lenny Popkin mais comme pour Lee Konitz, elles viennent souvent de relectures de standards comme le titre album " Time Set " (n°8) basé sur " Cherokee " lui même déjà repris par Charlie Parker sous le titre de " Koko " (les musicologues raffinés liront avec profit sur la transformation de " Cherokee " en " Koko " par Charlie Parker, " Du Be Bop au Free Jazz " de Jacques Aboucaya, Toulouse, Presses Universitaires du Mirail, 2001).

Cette musique nécessite une écoute attentive car elle proscrit la démonstration, l'étalage, la brutalité au profit de variations subtiles, de changements imperceptibles, de superpositions, d'interversions, d'infinies délicatesses. Bref, pour parler hip, c'est du Jazz Cool mais pas Smooth.

 

Dans la vidéo ci-dessous, le trio de Lenny Popkin en concert à Linz, Autriche en 2011 joue avec un standard " What is this thing called love ". Bonne dégustation.    

 

 

 

 

 

 

 

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