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L'élégance s'invite à la table des fêtes

Publié le par Guillaume Lagrée

 

 

pierrick-pédron.jpg

 

La photographie de Pierrick Pédron est l'oeuvre de l'Exquis Juan Carlos HERNANDEZ.Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

 

Lectrices d'hiver, lecteurs divers, il ne vous reste plusqu'à quelques jours avant de vous régaler avec famille et amis de cadeaux,de victuailles et de breuvages divers. Si les propositions de la société du spectacle vous rebutent, vous pouvez naviguer du connu à l'inconnu en lisant le numéro de décembre du BSC News intitulé " L'élégance s'invite à la table des fêtes ". Vous y trouverez une longue et riche entrevue avec la graphomane belge Amélie Nothomb, la rubrique Jazz Club de votre serviteur aux pages 146 à 153 illustrée par le Fidèle  Juan Carlos HERNANDEZ, un voyage au Kirghizistan,des illustrateurs inconnus, Prokofiev par Damien Luce, l'actualité du Rock'n Roll par Eddie Williamson et mille autres grandes délices.

 

La lecture et l'abonnement au magazine sont gratuits.

 

S'il vous reste des sous après les dépenses festives de fin d'année, n'hésitez pas à financer le documentaire sur Charles Mingus réalisé par son petit fils Kevin Ellington Mingus. Le dollar au service de l'art!

 

 


 

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Eric Löhrer Quartet en concert à La Jonquière

Publié le par Guillaume Lagrée

Eric Löhrer Quartet.

Paris. Théâtre de la Jonquière. Mardi 13 décembre 2011.20h

 

 

Eric Löhrer : guitares 

Jean Charles Richard : saxophone soprano

Eric Surmenian : contrebasse

Patrick Goraguer : batterie

 

Rubrique People:

Patrick Goraguer est le fils d'Alain Goraguer pianiste et arrangeur pour Boris Vian, Serge Gainsbourg, Bobby Lapointe et tant d'autres.

 

Ca commence par un solo de contrebasse grave, mélodieux à souhait. Le quartet enchaîne et ça chante joliment. Malgré un look rock’n roll, le guitariste joue jazz, classieux. Il est bon d’entendre le sax soprano sans micro dans une salle à l’acoustique agréable. Jean Charles Richard décolle poussé par la rythmique. Ca défrise les bigoudis. Personne n’en porte dans la salle d’ailleurs. C’était « Bonne fortune » (Eric Löhrer).

 

« Dolce Vita » (Eric Löhrer). Le batteur passe aux balais. Une ballade tranquille comme son titre l’indique. Ca sent la terrasse à l’ombre sous la pergola, la vue sur les collines, l’aranciata spremuta fresca nel bicchiere. Bref, c’est l’Italie telle qu’on la rêve. La contrebasse part en ballade à son pas tranquille de vieille dame. Mademoiselle F apprécie. Comment se fait-il que ce groupe ne passe pas dans un club parisien prestigieux ? Tant mieux pour moi en fait d’abord parce que le concert a lieu dans mon quartier ensuite parce que c’est un concert à entrée libre et que je vérifie, avec plaisir, que mes impôts locaux sont bien utilisés. Il eût été vraiment dommage que je me prive de ces grandes délices sonores.

 

Solo de guitare en intro avec un son blues africain. Batteur aux balais et contrebassiste l’épaulent en douceur. Le soprano siffle comme un oiseau sur sa branche. La guitare reprend la main. Ca balance, ça sonne. Encore de la belle musique qui ne passe pas sur les grands media. Il faut dire qu’elle n’est pas faite pour abrutir les masses. Le sax soprano revient du fond de la scène apportant un accent nouveau. Une bonne vibration parcourt l’air. Solo de batterie avec les mains sur les tambours. Ca roule bien. Contrebasse et guitare maintiennent le tempo. Le batteur reprend les baguettes. Ca frappe plus sec, plus fort. La rythmique sonne rock alors que le sax soprano mitraille à tous vents, pacifiquement bien sûr. C’était « Selene Song » (Eric Löhrer), titre album de ce quartet.

 

« Tetradrome » (Eric Löhrer). Logique, ils sont quatre. Un morceau plutôt vif, joyeux.Ca se calme en jouant à trois, sans le saxophone. Eric gratte dans l’aigu de l’instrument. Contrebasse et batterie pulsent. Le sax revient sur un coup de cymbales.

 

« Boréale » (Eric Löhrer). Eric Löhrer range la guitare électrique et prend une guitare électro acoustique. Un souffle du soprano, la pulsation de la contrebasse, celle de la guitare, quelques notes scintillantes de batterie. C’est l’ambiance boréale, pure, froide, blanche et pourtant une onde de chaleur passe dans l’atmosphère. Mademoiselle F bat la mesure, captivée par la musique. C’était court et beau.

 

Cette guitare se joue assise alors que l’électrique se joue debout. La position a aussi un effet sur le son. Ca chaloupe doucement. Le soprano ajoute son chant aigre doux. Très jolie vague finale qui vient mourir sur la rive.

 

Retour à la guitare électrique. Un morceau de Jean Charles Richard « Moons ». Solo de soprano en intro puis la rythmique démarre avec un son bien rock de la guitare. Par-dessus la pulsation bien puissante, Jean Charles Richard fait briller son soprano de mille feux. Il joue haut, haut, haut. Ca décape les neurones.

 

Retour à la guitare électro acoustique et à la position assise. Le batteur revisse sa batterie. Ca démarre comme une bossa nova. Le batteur est aux balais. Soprano tout en douceur. Le contrebassiste joue en bon père de famille. C’est du miel pour les oreilles.

 

« India » (John Coltrane). Un son de sitar en boucle est lancé par une machine. Eric Surmenian le relaie à l’archet. Eric Löhrer prend une troisième guitare, électrique. La contrebasse sonne comme un sitar en plus grave. Bien joué. La guitare se glisse tout doucement dans la musique. Le contrebassiste revient au pizzicato pour lancer la mélodie d’India. Le sax soprano arrive pour jouer la mélodie. C’est parti. En avant la magie. Même si ce n’est pas John Coltrane au soprano, Jean Charles Richard est à la hauteur de cette musique qui nous traverse et nous transporte. Beau blues à la guitare avec des distorsions à l’indienne. Comme la nage, sur le côté. Sans micro, le soprano tient le choc face à la guitare électrique. C’est dire la puissance et la maîtrise de Jean Charles Richard. A quatre, ils soulèvent nos âmes.

 

Fin du concert. Pas de rappel. Qu’ajouter après « India » ? . Pour ceux qui ne connaissent pas ce thème, écoutez le joué par John Coltrane en concert au Village Vanguard à New York City, USA, le 5 novembre 1961. John Coltrane au sax soprano, Eric Dolphy à la clarinette basse, Mac Coy Tyner au piano, Reggie Workman et Jimmy Garrison aux contrebasses, Elvin Jones à la batterie. Votre vision du monde changera.

 

Voici ce quartet en concert au Sunside il y a plus de 30 mois jouant " Bonne fortune ". Bonne chance, divines lectrices, sublimes lecteurs.

 

 

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Le trio de Bill Carrothers de retour au Duc des Lombards

Publié le par Guillaume Lagrée

Bill Carrothers Trio

Paris. Le Duc des Lombards.

Lundi 12 décembre 2011. 20h.

 

 

 

Bill Carrothers : piano

Nicolas Thys : contrebasse

Dré Pallemaerts: batterie

 

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La photographie de Bill Carrothers est l'oeuvre de l'Imperturbable Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

 

Ca commence par une ballade fluide, tranquille avec le batteur aux balais. Ca pulse doucement par ondes successives. Joli tapotis final des mains sur les tambours. Le temps s’arrête avant les applaudissements.

 

Un morceau plus vif, plus fort, aux baguettes. C’est un bon tonique. Joli dialogue contrebasse/batterie.

 

« You don’t know what love is ». Une ballade. Ca joue pas mal mais moins bien que dans mon souvenir. Longue intro en piano solo. Maintenant, le thème a changé alors que le trio joue. C’est « Joyspring » d’après ma voisine. Le batteur est aux balais. Ca roucoule, ronronne. Beau solo de contrebasse, grave, boisé. Ca résonne bien dans le ventre. Le niveau du trio a monté. C’est plus chaud, plus dense, plus émouvant. Bill Carrothers enchaîne sur un troisième thème. Toujours en ballade. Contrebasse et batterie semblent sonner le glas.

 

Ils ont donc joué successivement « Waterbabies » (Wayne Shorter), « Discombined » ? (Bill Carrothers) et « Joyspring » (Clifford Brown. Compliments à ma voisine).


Le contrebassiste a l’air plus grand que son instrument. C’est rare. Beau solo méditatif de contrebasse pour commencer. Une musique faite pour bâtir un rêve dessus comme le chantait Louis Armstrong. Lentement, ils accélèrent. Ca chante bien. Ca monte en puissance. La batterie scintille, la contrebasse vibre et le piano brille.

 

Un air swinguant. Ca sonne comme un standard. Ils attaquent à trois. Une citation de « Summertime » au piano. Un peu de chaleur dans cette fraîche nuit d’automne. Breaks fracassants de batterie.

 

Une ballade. Un standard. Le titre m’échappe. Ma voisine ne veut pas m’aider cette fois-ci. Solo de piano très élégant. Le batteur tapote doucement les tambours. Il ajoute des percussions. La contrebasse est doucement pincée. C’est « Lonely Woman » (Ornette Coleman). Ma voisine me félicite pour ma perspicacité. Un thème inépuisable, une superbe romance sans paroles au départ même si elle a été chantée depuis. Les cordes sont tapotées, les cymbales grincent sous le frottement des baguettes, tout glisse jusqu’au final.

 

C’était « Junior’s arrival » de Clifford Brown (écrit pour la naissance de son fils) puis une composition de Bill Carrothers dont le titre m’a échappé.

 

Cela finit par une sorte de ballade plus vive toutefois que Lonely Woman.

 

Au final, un concert agréable mais pas transcendant. Pour le bébé qui écoutait cela depuis le ventre de sa mère, j’espère que la berceuse fut agréable mais pour des adultes, ça manquait de sensations fortes.

 

Ci dessous, le même trio dans le même club en 2010. Bonne écoute.

 

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Goldberg Variations/Variations. JS Bach&Dan Tepfer

Publié le par Guillaume Lagrée

 

Goldberg Variations/Variations

JS Bach&Dan Tepfer

Sunnsyside Records. 2011.

Dan Tepfer: piano

Les Variations Goldberg de Jean Sébastien Bach sont surnommées l'Ancien Testament de la musique. Cela vaut bien sûr pour cette musique savante européenne dite " classique " ou " précise " comme aimait dire Leonard Bernstein. Cette musique peut être qualifiée de précise parce que l'usage imposé par les conservatoires veut qu'on la joue à la note près sans rien y enlever, ni y ajouter. Conservatoire a la même racine que conserve, conserver, conservatisme. La musique, c'est comme les ananas, si vous la gardez trop longtemps en conserve, elle vieillit, rancit et devient impropre à la consommation. Max Roach, batteur surnommé The Professor ", lorsqu'il vint à Paris pour la première fois en 1949 en compagnie de Charlie Parker, Kenny Dorham, Miles Davis, rencontra des musiciens classiques qui lui dirent: vous en avez de la chance. Vous créez votre musique, vous la jouez comme vous voulez et on vous paie pour ça. Max ajoutait qu'il ne se rendait pas compte de sa chance. Dans la musique classique, on vous donne une partition et vous devez la jouer, point barre. Si vous voulez qu'on joue votre musique, vous devez la composer, jouer au Maître et exiger d'autres musiciens qu'ils vous obéissent à leur tour.

Dan Tepfer est d'une autre génération, d'un autre monde. Ce n'est pas un New Growth (traduction de Negro par Max Roach). il est l'héritier de siècles de musique européenne, formé dans d'excellents conservatoires et il crée en Jazzman comme son illustre aîné, le pianiste italien Enrico Pieranunzi. Il lit donc l'Ancien Testament de façon personnelle et actuelle. D'abord, il le joue au piano alors que Jean Sébastien (Johann Sebastian pour les puristes) Bach écrivait pour clavecin. Les puristes baroques voudraient que cette musique soit exclusivement jouée au clavecin, de préférence sur un clavecin fabriqué à l'époque de Bach, voire, mieux encore, sur lequel le Meister a joué. Le but avoué est de retrouver la pureté originelle de cette musique. Pari perdu d'avance. D'abord parce qu'il est contraire à l'esprit du baroque, ensuite parce qu'un clavecin fabriqué en 1685 ne sonne pas en 2011 comme en 1685 et qu'un claveciniste de 2011 ne joue pas comme un claveciniste de 1685 parce qu'il ne vit pas la même vie. Il ne mange pas, ne boit pas, n'aime pas, ne se déplace pas, ne communique pas comme son ancêtre. 

Après tout, les Variations Goldberg sont-elles autre chose que des variations couchées sur le papier, prêtes à engendrer d'autres variations? Le papier ne vit pas s'il n'est pas joué. Partant de là, avec tout le respect dû à Bach, rien ne vous interdit de créer à partir de cette musique, si ce n'est l'habitude. Fonder une oeuvre sur l'habitude, quel ennui! 

L'ennui, voici le mot que Dan Tepfer a banni dans son interprétation des Variations Goldberg. En lisant la pochette de l'album, vous remarquerez qu'il alterne une variation et une improvisation tout du long, à part un aria d'ouverture et un aria de clôture composés conjointement par Jean Sébastien Bach et Dan Tepfer. S'ils n'ont pu se rencontrer physiquement, les âmes de Jean Sébastien et Dan dialoguent tout au long de cet enregistrement. Evidemment, Dan Tepfer n'a pas la prétention outrecuidante d'être un compositeur à la hauteur de Jean Sébastien Bach qui, malgré quelques vicissitudes, traverse les siècles mais il tente, il ose, il se lance dans cette musique pour la revivifier, la faire découvrir à ceux qui ne la connaissent pas et redécouvrir à ceux qui croient la connaître.

A l'écoute, plus encore en le voyant mais, à l'écoute déjà, vous sentirez, lectrices attentives, lecteur concentrés que l'attitude, l'état d'esprit du pianiste change selon qu'il joue une Variation ou qu'il improvise à partir d'elle. Les connaisseurs des standards du Jazz reconnaîtront " Round about midnight ", " Never let me go ", " Everytime we say goodbye " glissés subtilement au fil de cette musique. 

En résumé, il s'agit d'un album hautement recommandable que vous pouvez aussi bien mettre en fond sonore agréable qu'écouter attentivement, partition à la main, en regardant les indications techniques portées sur la pochette. 

Je gage que cette interprétation fera date pour les amateurs de piano qu 'il soit classique ou jazz. Espérons que les inconditionnels du clavecin ouvriront leurs oreilles et leurs lobes cérébraux à cette musique. Sinon, tant pis pour eux. De toute façon, il suffit d'aimer la musique pour aimer cette musique. Nul besoin d'aimer le piano. N'hésitez pas à écouter avec de grandes délices Dan Tepfer en concert jouer ses Variations Goldberg. " Dieu doit beaucoup à Bach " selon Friedrich Nietzsche. Dan Tepfer aussi et il le lui rend bien. Profitons en pleinement.

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Mingus on Mingus: un documentaire dont le financement reste à boucler

Publié le par Guillaume Lagrée

 

Lectrices aisées, lecteurs fortunés, je vous ai déjà parlé du documentaire  Mingus on Mingus, un documentaire en cours de réalisation par Kevin Ellington Mingus, petit fils de Charles Mingus. Le père de Kevin était issu du deuxième mariage de Charles Mingus. Sa quatrième épouse, Sue, avec qui Charles Mingus n'a pas eu d'enfant possède les droits sur l'oeuvre de Charles Mingus. Elle n'a pas versé un cent pour ce documentaire et a même refusé de répondre aux demandes de Kevin. Voici ses explications en anglais dans une lettre ouverte.

S'il vous reste quelques dollars, euros de côté, plutôt que d'investir en Bourse (trop fluide), investissez sur du solide, l'Art et contribuez à la réalisation de ce documentaire qui a besoin de l'aide des fans de Charles Mingus dans le monde entier pour être réalisé et diffusé.

En attendant que Kevin Ellington Mingus publie son recueil de documents et témoignages sur son grand-père, voici la fameuse tournée européenne de 1964 avec Eric Dolphy (sax alto, clarinette basse, flûte), Clifford Jordan (sax ténor), Johny Coles (trompette), Jaki Byard (piano), Dannie Richmond (batterie) et Charles Mingus à la contrebasse, bien sûr. A Oslo, Norvège, ils jouent " So long Eric " de Charles Mingus dit aussi " Goodbye Eric. Don't stay over here too long " car Dolphy restait en Europe après la tournée. Eric Dolphy est mort en Europe après cette tournée, en 1964, laissant le souvenir d'un homme qui sonnait comme un serpent à sonnettes sur une plaque brûlante.

 

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Marc Copland&Dave Liebman: le rendez-vous des amis à Paris

Publié le par Guillaume Lagrée

 

Paris. Le Sunside. Mardi 6 décembre 2011. 20h.

 

Marc Copland : piano 

Dave Liebman: saxophones soprano, ténor, flûte

 

Marc Copland

 

La photographie de Marc Copland est l'oeuvre du Viril Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette photographie sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

 

“ In your own sweet way “ (Dave Brubeck). Marc commence. La magie s’installe dans les chuchotements de l’arrivée des spectateurs en retard. Dave est au soprano. C’est une ballade. Nous voyageons avec eux, à leur douce manière. Un voisin est entré dans la vibration, fermant les yeux et grimaçant comme Dave Liebman en train de jouer. Le piano miroite doucement, le sax souffle, grince parfois. Solo de piano brillant comme un étang à la lueur des étoiles, à peine agité par le vent. Si calme et si profond à la fois. Il y a de la communication extra sensorielle entre ces deux hommes. Mon âme balance doucement.

 

« Lost arising » ( Dave Liebman). J’ai pu écorcher le titre. Dave Liebman et Marc Copland sont des distillateurs de parfums musicaux. Un voile de nostalgie, sans tristesse, sans mollesse, plane dans l’air, s’agrandit ou se réduit au gré de l’imagination de Marc Copland. A deux, ils font le flux et le reflux. Cela vous prend et vous emporte au loin si vous vous laissez aller.

 

« The puzzle » (Dave Liebman). Les musiciens doivent reconnaître d’après Dave. Il joue assis du saxophone ténor comme le Président Lester Young mais avec le sax moins horizontal. Cela fait trop longtemps que je n’ai pas entendu Dave Liebman au ténor. Il sait toujours le faire grogner, chanter. Il ajoute des groumpfs bien virils. Marc Copland reprend la main. Personne n’applaudit, tout le monde écoute. Le duo repart, subtilement mouvant. Un tempo medium qui accélère sans avoir l’air. Il y  a la flamboyance rauque du saxophone, la passion chantante du piano. C’est la soirée des magiciens. Ca joue au volant. Un coup sec, ça file, vole, monte puis descend doucement pour repartir tout à coup sans jamais toucher terre. Cela ferait une bonne musique de polar, la nuit chaude, sombre, menaçante sans savoir pourquoi, pour qui.

 

Dave Liebman

 

La photographie de Dave Liebman est l'oeuvre du Subtil Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette photographie sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

 

« Cantalupe Island » (Herbie Hancock). Marc Copland commence. Ca chaloupe doucement. Ca groove sans basse ni batterie. Mademoiselle I cesse de regretter l’absence de Billy Hart. Tout en légèreté, en puissance contenue. Son chaud, velouté du ténor alors que le piano déroule le tapis volant. Marc Copland, en solo, sort du thème pour entrer dans le rêve. Au retour du sax, les rares applaudissements cessent vite. On écoute. Shhh peaceful comme disait Miles Davis, ex employeur de Dave Liebman.

 

« Time was » (Marc Copland). C’est Marc Copland qui parle français mais c’est Dave Liebman qui présente les morceaux. Dave a pris son jouet, une petite flûte en bois qui disparaît dans ses grandes mains. Le son du piano vient du fond d’un manoir hanté. La flûte, elle, crie comme un fantôme perdu dans la lande. Dave reprend son soprano et en sort un son brumeux, lointain. Les gouttes du piano tombent comme la pluie le long des feuilles. C’est une ballade nostalgique à souhait. Logique vu son titre. Retour à la flûte qui joue aigre doux.

 

Dave reprend le ténor en mains. Ca repart plus vite, plus viril. Beau solo de saxo en intro. C’est sévèrement rythmé. Le piano arrive. « Impressions » de John Coltrane, le Maître de Dave Liebman. Combien de fois l’ont-ils joué ? Eux-mêmes ne doivent pas le savoir puisque chaque fois est la première pour eux. C’est fougueux, viril, emporté, impétueux, bref joué comme il faut. Ca s’apaise avec le solo de piano vif mais retenu. L’art de la maîtrise. Jeu de question réponse entre piano et sax ténor. Retour au thème à deux, en glissant doucement. Ca repart en montant.

 

« Pastorelle » une nouvelle composition de Marc Copland. Sax soprano. C’est une ballade. Manifestement, le berger a un gros chagrin d’amour. Cela s’entend. Joli échange final piano-soprano.

 

« All that’s left » (Marc Copland). Dave a repris le sax ténor et le fait sonner comme un oud avec beaucoup de souffle, de vibration, de bruits de clefs. Est-ce tout ce qui reste ou tout ce qui est gauche ? Il y a de beaux restes en tout cas. Jeu sautillant, ludique du piano un peu inquiétant mais la pression se relâche, revient. Ca swingue délicieusement. Nul besoin de basse et de batterie pour sentir le rythme. Chaque musicien semble plongé dans son univers intérieur mais c’est pour mieux s’écouter et se répondre. Pour la première fois, Dave Liebman se lève pour jouer. Il envoie du puissant. Ces gaillards ne savent pas jouer que les ballades. Marc Copland en solo. Dave Liebman écoute, les yeux clos, avec la mine d’un chat réjoui. Le duo repart. Ca bondit, balance souplement.

 

RAPPEL

« You don’t know what love is », un standard. « Actually, I don’t know what love is » ajoute Marc Copland en souriant. Dave s’est rassis et a repris le soprano. C’est bien le theme de ce standard. Ca joue, nom de Zeus ! Si, si, ils savent ce qu’est l’amour, le chagrin d’amour en tout cas. Solo passionné de sax soprano qui cogne même dans le micro. Puis, la vague du final.

 

Marc Copland remercie le public pour la qualité de son écoute. En échange, ils nous ont régalé. L’ambiance était effectivement bien différente lors d’un précédent concert de ce duo il y a trois ans au Duc des Lombards.

 

Si la magie de ce duo vous est inaccessible en concert, écoutez le enregistré. Ca se trouve dans le commerce. Vous en sortirez émerveillés, aimables lectrices, sympathiques lecteurs.

 

La dessinatrice  Hélène Poisson créait son oeuvre discrètement dans un coin de la salle.

 

Marc Copland y sera de retour en duo avec le guitariste John Abercrombie le mercredi 18 janvier 2012 à 21h.

 

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Eric Ferrand N'Kaoua gymnaste du piano

Publié le par Guillaume Lagrée

Théâtre du Gymnase

Paris. Lundi 6 décembre 2011. 20h30.

Eric Ferrand N'Kaoua: piano

 

Le programme de ce concert allait de Franz Lizst à Martial Solal en passant par Chopin et Mendelssohn. Je ne m'exprimerai pas sur la partie classique du concert. Il y a des experts pour cela. Je constate seulement que même transcrit par Franz Lizst, Richard Wagner n'est décidément pas ma tasse de thé. Je constaste aussi que, sauf sur Wagner, Eric Ferrand N'Kaoua swingue terrible. Wagner est incompatible avec le Swing comme Thierry Jonquet l'a démontré dans " Les treize morts d'Albert Ayler ".

Le programme Jazz était dans la deuxième partie du concert.

D'abord trois Préludes de Georges Gershwin.

Dès les premières notes, nous sommes dans le New York de Paul Morand, celui d'avant la crise de 1929. Ca swingue, court, sautille. Le deuxième prélude est un Blues lent, paresseux comme un dimanche après-midi à  Central Park (pour comparer, écoutez " Skating in Central Park " du pianiste John Lewis).Il y a le clapot des vagues de l'Océan Atlantique par temps calme, la chute lente des feuilles par une belle journée d'automne. Le troisième prélude marque le retour d'un thème vif, ailé. Les bateaux bougent dans le port. Le métro aérien fait vibrer les immeubles.

Le Voyage en Anatolie de Martial Solal n'a rien à voir avec La Marche turque de Mozart. Cf extrait audio au dessus de cet article.

Dans le Jazz français, un Anatole est une série de 32 mesures de type AABA généralement basée sur les accords de I got rhythm (Gerswhin) ou des variantes de cette structure. Dans le Jazz américain, cela s'appelle " Rhythm changes ". Certains emploient le mot anatole dans une acception plus large l'assimilant à n'importe quel thème de structure AABA. C'est ainsi que le définit le Nouveau Dictionnaire du Jazz ( Bouquins, Laffont, Paris, 2011). Il s'agit d'inventions enchaînées sur l'anatole. Même si Martial Solal n'est que spectateur ce soir, c'est bien lui l'auteur du thème. C'est vif et tordu comme l'éclair. Il faut de sacrées mains pour jouer cela. Eric Ferrand N'Kaoua les a. Avec Martial Solal, comme dans la géométrie non euclidienne, le chemin le plus court d'un point à un autre ne va pas en ligne droite et il y en a plus d'un. Ce sont des exercices de style, à la Raymond Queneau, en Jazz.

Jazz Prelude n°1 (Martial Solal). Une ballade à la Solal, élégante, chatoyante, émouvante, surtout pas larmoyante. Le deuxième mouvement est plus vif avec des phases de suspense, d'attente, des mouvements rapides, bref tout l'art du maître d'armes Martial Solal. 

Etudes (Martial Solal). N°7 La chantante. Pour chanter cette étude, il faut être Claudia Solal, la fllle de Martial. Si Claudia chante déjà dans le Décaband de Martial, ils n'ont pas encore enregistré un album en duo. Cette mesure de salubrité publique ne figurera dans aucun programme électoral en 2012. Cela ne signifie pas qu'il ne faut pas la défendre pour autant. Revenons au jeu. Cela va vertigineusement vite comme des vagues déferlantes. Le pianiste surfe dessus élégamment. La main gauche vrombit alors que la main droite virevolte. C'était enchaîné avec la n°10, la Trépidante.

Démonstration sur Humoresque. D'abord un extrait de la composition d'Anton Dvorak puis la version qu'en donna Art Tatum, un des grands prédécesseurs de Martial Solal comme dit Eric Ferrand N'Kaoua. Il la joue dans un style romantique qui n'est pas celui de Tatum mais le Swing finit par l'emporter.

Pour finir le concert, Eric Ferrand N'Kaoua revint à Lizst et à Chopin sans perdre son swing.

Voici, extrait de ce concert, le Jazz Prelude n°1 de Martial Solal. La classe internationale. Figure  aussi dans cette vidéo un extrait de la rencontre entre les pianistes Martial Solal, Olivier Calmel et Eric Ferrand N'Kaoua organisée par le scribe de ce blog autour d'André Hodeir (1921-2011). 

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Pierrick Pédron " Cheerleader "

Publié le par Guillaume Lagrée

Pierrick Pédron

" Cheerleader "

Act Music. 2011.

Avec le soutien du Conseil général des Côtes d'Armor.    

Pierrick Pédron: saxophone alto

Chris de Pauw: guitares

Laurent Coq: piano, Fender Rhodes, claviers

Vincent Artaud: guitare basse électrique

Fabrice Moreau&Franck Agulhon: batteries

Ludovic Bource: orgue Farfisa sur Esox Lucius

Fanfare et choeur détaillés dans l'album. Participation exceptionnelle d' Elise Caron sur Esox Lucius.

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La photographie de Pierrick Pédron est l'oeuvre de l'Intègre Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette photographie sans l'accord de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

Cet album basé sur la fanfare, son de l'enfance bretonne de Pierrick Pédron, déroule un scenario autour de la vie d'une majorette (Cheerleader en anglais), ses grandes joies, peines et amours. D'où la charmante photographie dans la pochette de l'album.

Pierrick Pédron est bien trop curieux pour ne jouer que du Jazz quoiqu'il soit saxophoniste alto de passion et de profession. Après un précédent album aux couleurs pyschédéliques mêlées d'orientalisme, Omry, qui suscite toujours mon enthousiasme, Pierrick Pédron a réuni le même groupe augmenté d'une fanfare et d'un choeur pour jouer autour de la musique de fanfare.

La fanfare est à l'origine du Jazz, les fameux brass bands de la Nouvelle Orléans, cette ville où même les enterrements se font en musique comme le notait un voyageur en 1819 déjà. Pas de fanfare sans majorette. Cet album part donc des racines du Jazz en y ajoutant de la Pop, de l'électro, de la ballade. C'est nickel chrome. Tout brille. C'est composé, interprété, produit avec le plus grand soin. Le résultat est propre et lisse. Il manque la chaleur, la rudesse, les aspérités de la fanfare. Il y a des moyens engagés sur cet album et cela s'entend. C'est un très bel objet, agréable à écouter mais qui, au final, me laisse insatisfait étant donné la qualité des musiciens et la joie que me procure leur précédent album, Omry

Heureusement, avec des musiciens de ce calibre, la chaleur revient dès qu'ils sont sur scène. Allons donc les écouter en concert, saperlipopette!

Lectrices perverses, lecteurs vicieux, sachez que " Cheerleaders " est le titre d'un film X américain du début des années 1970, un classique du genre. Je vous laisse le trouver.

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Denis Colin et la Société des Arpenteurs à l'Européen les 12 et 13 décembre 2011

Publié le par Guillaume Lagrée

 Denis Colin et la Société des Arpenteurs seront en concert à Paris, à l'Européen les lundi 12 et mardi 13 décembre 2011 à 20h en compagnie de Jean Marie Machado et son spectacle Republicalma.

Sur ce blog, vous trouverez pour vous allécher une chronique de l'album studio " Subject to change ", de l'album live " Subject to live " et d'un précédent concert de Denis Colin et la Société des Arpenteurs.

Bonne dégustation musicale, joyeuses lectrices, heureux lecteurs.

 

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Jean-Charles Richard sur scène en France et en Algérie en décembre 2011

Publié le par Guillaume Lagrée

Eric LOHRER Quartet
Avec Eric Lohrer (guitares), Eric Surménian (contrebasse), Patrick Goraguer (batterie), et Jean Charles Richard (saxophone soprano, bansuri)
Le 3 décembre au Théâtre de  Roanne à 20h30

    +
Diffusion sur France Musique dans "le matin des musiciens" d'Arnaud Merlin
Thème "Steve Lacy"
Le 6 décembre entre 11h et 12h30
Cette émission sera accessible à l'écoute pendant une semaine sur le site de France Musiques, et 
également 
téléchargeable. (ou pour ceux qui aiment le franglais en streaming et podcastable!)
    +

Arnault CUISINIER Quartet
Avec Arnault Cuisinier (contrebasse), Guillaume de Chassy (piano), Fabrice Moreau (batterie), et Jean Charles Richard (saxophones)
Le 8 décembre à 20h30 à l'Auditorium du CRD de Charleville Mézières
  +

Eric LOHRER Quartet
Avec Eric Lohrer (guitares), Eric Surménian (contrebasse), Patrick Goraguer (batterie), et Jean Charles Richard (saxophone soprano, bansuri)
Le 13 décembre au centre culturel La Jonquières à 20h30
88, rue de la Jonquières 75017 Paris, métro Porte de Clichy. 
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Diffusion sur France Musique dans "le matin des musiciens" d'Arnaud Merlin
Thème "David Liebman"
Le 27 décembre entre 11h et 12h30
Cette émission sera accessible à l'écoute pendant une semaine sur le site de France Musiques, et également téléchargeable. 
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Sortie du DVD "la leçon de Jazz" d'Antoine Hervé, consacrée à Wayne Shorter
Avec Antoine Hervé (piano, présentation) et Jean Charles Richard (soprano)
Ce DVD a été enregistré en public à l'Arsenal de Metz en avril 2011

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Le souffle des Marquises Roman musical de Muriel Bloch
Avec Michaela Stapleton (saxophone soprano), Katarina Piotrowska (alto), Camille Maussion (ténor) et Morgane Carnet (baryton) et Muriel Bloch (conte)
Mise en scène : Olivier Balazuc et Mise en Musique : Jean Charles Richard
Algérie : centres culturels français d'Alger (le 1er décembre) et d'Oran (le 3.12)
Le 17 décembre à 21h à Paris au Théâtre 13
dans le cadre du festival des conteurs du 13, 30 rue du Chevaleret 75013 Paris
01 45 88 62 22 / theatre13.com

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Voici une vidéo de présentation de ce spectacle tout public :  http://vimeo.com/22239103

 


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