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Leçon de Jazz d'Antoine Hervé: Antonio Carlos Jobim et la Bossa Nova

Publié le par Guillaume Lagrée

 

Leçon de Jazz d’Antoine Hervé.

Antonio Carlos Jobim (1927-1994) et la Bossa Nova
Mercredi 13 janvier 2010. 19h30. Auditorium Saint Germain des Prés. Paris.

Antoine Hervé



La photographie d'Antoine Hervé est l'oeuvre du Méticuleux Juan Carlos HERNANDEZ.


Antoine Hervé : piano, docteur en bossa nova
Rolando Faria : chant, docteur en bossa nova





Je tiens à prévenir mes sympathiques lecteurs et mes aimables lectrices que, n’étant pas lusophone, ma transcription des titres de chansons  a été corrigée par Antoine Hervé. Merci Antoine. Les erreurs qui restent après correction sont miennes.

En fond sonore, Seu Jorge, excellent chanteur, compositeur, musicien brésilien, grand mixeur musical capable de consacrer tout un album à David Bowie en portugais entre autres prodiges.

Jobim est né en 1927 à Rio de Janeiro. Il a pris des cours de piano à partir de 1941 avec un Allemand, compositeur ayant fui le nazisme. Il a fait des études d’architecture, discipline qu’il jugeait proche de la musique. 1er enregistrement à 36 ans. Il fuyait la scène. Plus de 50 albums et plus d’une centaine de chansons entre 36 et 67 ans.

« Desafinado » (Désaccordé). La quinte bémol, symbole du bebop, est censée être la note désaccordée dans le thème. Si vous ne connaissez pas cette chanson, cela fait plus de 45 ans que vous n'écoutez pas la radio ! Stan Getz en donna une version instrumentale sublime au saxophone ténor. Joli petit scat final du chanteur. Dommage que Nelson Veras n’ait pu venir ce soir avec sa guitare.

Elis Regina, chanteuse, réalisa un album complet avec Jobim « Ellis e Tom ». « So tinha de ser com voce ". C’est une ballade qui se balance en douceur, bref une bossa nova, la nouvelle vague venue de la Baie de Rio. Le chanteur est très bien placé rythmiquement, avec une voix voilée ou claire selon les besoins.

Joao Gilberto, guitariste et chanteur, est la voix de la Bossa Nova. Il n’a écrit que 4 chansons. C’est un interprète.

« Chega de saudade ». La saudade n’est pas triste nous explique Rolando à rebours de tout ce que j’ai lu et entendu sur le sujet. En anglais « No more Blues » (cf l'album " Dizzy Gillespie on the French Riviera " , Festival de Jazz d'Antibes Juan les Pins, 1962). La Bossa Nova ça marche toujours pour le rapprochement des couples. Je le vois dans le public. Un joli petit scat dans le final. C’est la signature de Rolando.

La Bossa Nova c’est la rencontre de cultures différentes, comme le Jazz. C’est une musique de bourgeois blancs de Rio qui ont écouté la musique des pauvres, des Noirs, la Samba. Il y a beaucoup d’influence de la musique classique aussi. Exemple avec « Insensatez » (Insensitive que Sting a chanté en anglais avec Jobim au piano). Antoine Hervé a mixé un prélude de Chopin avec Insensatez. Il commence par un prélude de Chopin, dont on fête les 200 ans de la naissance en 2010, qui ressemble en effet beaucoup à Insensatez. Rolando enchaîne et chante Insensatez. Ca sonne très romantique. Une très belle version allant du classique au Jazz.

Rolando est un excellent showman. Il nous explique que Jobim a inventé des formules poétiques en portugais. Il nous explique en portugais la licence poétique. Personne, à part les lusophones, ne comprend l’explication mais c’est très drôle.

Enfin ils nous parlent de Vinicius de Moraes (1913-1980), diplomate et poète brésilien. En 1956, il rencontre Jobim. Tous deux partagent cette conception du temps liée au plaisir. La Bossa Nova se joue, s’écoute en prenant son temps comme toutes les bonnes choses. Vite fait, mal fait dit un vieux dicton français.

« Samba de una nota so » (One Note Samba jouée par Dizzy Gillespie, Stan Getz, chantée par Ella Fitzgerald). Jobim réalise là une prouesse harmonique, trouvant des accords intéressants à partir d’une note.Au démarrage Antoine joue et scatte avec Rolando. Rolando scatte puis chante. Ca swingue plus. C’est une samba tout de même. Kubicek, le président brésilien des années 1950, un président élu, le fondateur de Brasilia, était surnommé le Président Bossa Nova. J’ai un couple à ma gauche : elle applaudit, pas lui. Pourtant il reste et il n’a pas l’air de s’ennuyer.

Vinicius de Moraes écrivit une pièce de théâtre « Orfeu de Concecao », adaptation du mythe d’Orphée au Brésil des années 1950. Le Français Marcel Camus en fit un film « Orfeu Negro » palme d’Or au festival de Cannes 1959, film dont la Bossa Nova est la BO. Jobim détestait ce film, trop cliché à son goût. Rui Castro, écrivain : « La Bossa Nova est la bande sonore du Brésil idéal ».

« Din-di » chanson composée pour Silvinha, une chanteuse qui a fait le lien entre la Samba et la Bossa Nova. Version très lente.

1964 : album « Getz and Gilberto ».C’est là que figure le Méga Tube : « The girl from Ipanema » (Garota de Ipanema) la chanson la plus diffusée au monde. C’est un album de « fond de catalogue ». Ca se vend tout le temps et ça s’entend partout même dans les sonneries de téléphones portables. Astrud Gilberto, épouse de Joao, a chanté en englais parce que Joao ne parlait pas un mot d’anglais. Joao ne voulait pas qu’elle chante. Non seulement elle a chanté pour Stan Getz mais, en plus, elle a quitté Joao pour Stan. De quoi avoir la saudade…

« So danço samba » est tiré de cet album. « So danço samba, vai,vai, vai, vai, vai ». Plusieurs fausses fins. Un régal !

Sur la plage d’Ipanama, Antoine Hervé a vu des gens applaudir au spectacle d’un coucher de soleil. « Inutil Paisagem » c’est la tristesse de l’amoureux abandonné devant un beau paysage. D’après Rolando, cette tristesse ne dure que le temps d’une chanson. En tout cas, c’est très triste.

« Si une chanson ne parle pas d’amour, elle n’est pas bonne » Vinicius de Moraes.
« Agua di beber » (Eau à boire). Antoine siffle l’air en le jouant. Antoine scatte, grogne, joue alors que Rolando chantonne, scatte.

Jobim habitait à Rio au pied du Corcovado, la montagne au somment de laquelle se trouve le Christ rédempteur de Paul Landowski (père de Marcel Landowski, compositeur français). « Corcovado », belle chanson avec un beau solo de piano, rêveur et rythmé.

« Luiza » musique d’un feuilleton. Et jolie chanson.

Ils n’ont joué pour l’instant que du Jobim. Ils vont jouer du Baden Powell, guitariste dont le père était un grand admirateur du général anglais Baden Powell, fondateur du scoutisme. « Salutacao » une chanson qui figure dans « Un homme et une femme » de Claude Lelouch. C’est un petit bijou. Rolando y ajoute les paroles françaises qui figurent dans le film « Il est nègre, bien nègre dans son cœur ». Le « sa ra va » de la chanson a donné son nom à Saravah, la maison de disques de Pierre Barouh, l’homme qui fit fortune en produisant les chansons d’ " Un homme et une femme », le premier producteur de Jacques Higelin. La devise de Saravah est « Il est des années où l’on a envie de ne rien faire », ce qui ressemble à des paroles de Bossa Nova…

Rappel

La Bossa Nova que tout le monde attend depuis le début du concert, l’histoire d’une demoiselle que Jobim regardait aller de l’Ecole normale d’institutrices à la plage d’Ipanema à Rio, « Garota de Ipanema » (The Girl from Ipanema). Tout le monde chante, poussé par Antoine et Rolando. Sans connaître les paroles c’est difficile mais on chantonne l’air. Comme d’habitude, les filles chantent plus et Rolando doit pousser les garçons à chanter.

Très belle soirée ludique et légère avec un duo qui sait mêler la leçon et l'improvisation avec élégance.

Prochaine leçon de Jazz le mardi 9 février 2010 à 19h30 au même endroit avec Wayne Shorter, « le plus grand compositeur du Jazz depuis la mort de Duke Ellington " (Stan Getz). Dans le rôle de Wayne Shorter, l’excellent saxophoniste français Jean Charles Richard.

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Giovanni Falzone et Bruno Angelini en concert à Radio France le samedi 23 janvier

Publié le par Guillaume Lagrée

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Mélomanes, réjouissez vous!


Le somptueux duo Giovanni Falzone (trompette)/Bruno Angelini (piano) sera en concert à Paris, à la Maison de la Radio, le samedi 23 janvier 2010 à 17h30.


Entrée libre dans la limite des places disponibles.


La photographie du duo Giovanni Falzone/Bruno Angelini est l'oeuvre de Juan Carlos HERNANDEZ.


Pour ceux qui n'auront pas la chance de pouvoir y assister, ce concert sera diffusé sur France Musique le samedi 27 février à 23h dans l'émission Jazz sur le Vif de Xavier Prévost.


Dans l'attente de ce concert, je me permets de vous renvoyer à la lecture d'une chronique d'un précédent concert de ce duo.

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Les nuits manouches à l'Alhambra du 19 au 30 janvier

Publié le par Guillaume Lagrée

Django Reinhardt (1910-1953), le plus grand guitariste du XX° siècle, le seul apport de l'Europe au Jazz, aurait eu 100 ans en 2010.

Pour lui rendre hommage, de nombreuses festivités seront organisées tout au long de l'année.

Par un choix totalement arbitraire et personnel, je recommande les Nuits Manouches à l'Alhambra de Paris du mardi 19 au samedi 30 janvier 2010.

Je serai aux concerts de Tchavolo Schmitt, Maître de la guitare acoustique, le mardi 19, de Christian Escoudé, Maître de la guitare électrique, le mercredi 20 janvier.

Au plaisir de vous y retrouver, sympathiques lecteurs, aimables lectrices.

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Médéric Collignon met du piano dans son Jus de Bocse

Publié le par Guillaume Lagrée

 

Médéric Collignon « Jus de Bocse ».

Paris. Le Sunside.
Jeudi 7 janvier 2010. 21h.


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Médéric Collignon
: cornet de poche, voix
Mathieu Jérôme : Fender Rhodes
Frédéric Chiffoleau : contrebasse
Philippe Gleize : batterie

Invité:
Yvan Robillard : piano

La photographie de Médéric Collignon est l'oeuvre de Juan Carlos HERNANDEZ.





Médéric Collignon et son « Jus de Bocse » ont pris possession du Sunset et du Sunside du mercredi 6 au samedi 9 janvier 2010. Le « Jus de Bocse » est une réinterprétation de la musique de Miles Davis entre 1968 et 1975 (cf le livre " Electrique de Miles Davis 1968-1975 " de Laurent Cugny). Chaque soir, un invité différent. J’étais au concert du mercredi 7 janvier avec le pianiste Yvan Robillard.

Son étouffé, prolongé de la trompinette. Très davisien. Ca commence à péter, à grogner. Le groupe devient une immense caisse de résonnance. La contrebasse est électrifiée, sonne comme une basse mais c’est une contrebasse. Dans l’instrumentation, Médéric reste proche du Miles Davis de 1969 mais il n’y a personne pour jouer le rôle de Wayne Shorter au saxophone. Il n’a pas non plus recruté son Michael Henderson, bassiste que Miles prit à Stevie Wonder et conserva de 1970 à 1975. En tout cas, la musique groove comme bien peu de Français peuvent le faire. Je persiste cependant à penser que Médo devrait changer de groupe pour passer au stade supérieur de la Force, dans la quête du Saint Groove. Ca avance, ça recule, ça tourne, ça creuse. Depuis la mort de Don Cherry (1995), Médéric Collignon a repris en main le cornet de poche.

Attaque du piano. Médo siffle, gorgne, encourage. Superbe ligne de basse sur laquelle Médo fait des bruits de bouche mouillée. Tou tou, Tou tou, Tiu tou tou…Retour à la trompinette avec ce son mouillé bien particulier. Il reproduit le même genre de son avec la bouche et la trompinette. J’espère que Miles Davis s’amuse bien à écouter cela de là haut. Ca accélère et nous emmène. Alors que j’ai la sensation de ne pas entendre le piano, le voilà qui se fait entendre. Le clavier joue plus calmement alors le piano se dégage. Montée orgasmique musicale. Ca vibre dans le ventre. Ca commence à prendre. Des jolies filles dansent sur leur chaise, des hommes arborent un sourire béat de contentement.

Transition directe sur un morceau de « Bitches Brew ». Gros son de contrebasse. Médo fait vibrer, gronder, miauler sa trompinette. Il cherche sans cesse à dépasser les limites de son petit instrument. Il passe aux borborygmes bien graves, au scat, revient à la trompinette. Finalement, le point commun entre Médéric Collignon et Martial Solal, car il y en a un, c’est la volonté constante de se surpendre, de nous surprendre. La son suraigu de trompette qui vous vrille par surprise en une fraction de seconde, ça aussi ça vient de Miles. Médéric c’est une fusion de Miles Davis (pour la musique), Dizzy Gillespie (pour le côté clown génial et le scat) et Don Cherry (pour l’instrument mais sans la curiosité multiculturelle pour l’instant). Et puis, pour lier tout ce mélange, il y a Médéric Collignon lui même. Retour à cette ligne de basse sourde, entêtante dans la Danse du Pharaon (Pharaoh’s Dance) du Brouet des Putains (Bitches Brew). Philippe Gleize n’est pas Jack de Johnette et ça s’entend. Il porte bien son nom, ce garçon. Il est trop ancré dans la Terre à mon goût. Solo de Fender dans l’aigu, assez intéressant. La tension monte. Le Fender sonne bien trafiqué, saturé. Médo chante, hurle. Par instants, j’entends le piano derrière le groupe.

Les morceaux s’enchaînent, comme chez Miles il y a 40 ans. A cette époque Miles jouait avec Chick Corea (Fender Rhodes), Wayne Shorter (sax ténor, soprano), Dave Holland (contrebasse), Jack de Johnette (batterie). Médéric peut toujours essayer, il n’arrivera jamais au niveau de cette bande de génies. En tout cas, il fait revivre, rajeunir cette musique et c’est déjà bien. Pour écouter l’original, écoutez de Miles Davis « Live Evil », « Live at Fillmore », « Live at the Isle of Wight », « Live at the Cellar Door » tous enregistrés en 1970. Médéric est plus dispersé dans son jeu que Miles car c’est sa façon d’être, de vivre, de jouer. Swing ultra rapide du piano sur le groove implacable de la rthmique. Explosion finale de trompinette.

Médéric commence à taper dans les cordes du piano. Puis il joue dans le piano produisant un son de flûte à la trompinette. La contrebasse commence à poser le rythme. La batterie la rejoint. Philippe Gleize passe aux balais pour pétrir la terre. Médo est passé au bugle. Son plus grave, plus souple, lus chaud que la trompette de poche. Belle ballade chaude, virile. Enfin Fender et piano échangent, se répondent au lieu de se succéder. La contrebasse ne bouge pas de sa ligne. Le batteur malaxe doucement aux balais. Les claviers distillent les notes en perles de rosée. Médo nous fait le moine tibétain avec la voix. Puis il déploie son chant comme un aigle ses ailes. Retour des baguettes à la batterie. La musique s’énerve.

Retour au Miles des 70’s. Après une série de bêtises, Médéric et le groupe se lancent. C’est « Jack Johnson ». Médo a repris la trompinette. Steve Grossman avait 17 ans lorsqu’il participa à l’enregistrement de cet album. Il succédait à Wayne Shorter dans le groupe et il était pétrifié. Miles lui a juste dit : « Joue comme tu sais jouer » et il a joué. Médo scande le rythme par la voix, les gestes et les sifflements. Puis il repart en jouant, se balançant comme un culbuto. Gros son de la contrebasse très amplifiée. Le son vibre, gronde. Médo contre attaque. Le groupe enchaîne sur le final rapide de Jack Johnson. Ca s’énerve vraiment. Bataille entre piano et Fender. Ca pousse et la trompinette gémit, crie, vibre.

PAUSE

Miles des 70’s. Solo de trompinette pour commencer. Certains spectateurs bavardent, d’autres leur font chut…Le groove s’installe. La rythmique ne lâche rien alors que Médo place des petites phrases sèches par dessus à la Miles. Cette fois, le piano se distingue bien de la masse sonore de la rythmique. Ca vient de l’album « Big Fun » (Miles Davis) je pense. Rupture chaotique puis ça repart. Ca frotte, c’est chaud. Rythmique très soudée, piano et trompinette volent au dessus. En gardant la même ligne de basse, le rythme accélère et le Fender commence à briller de mille feux. Le piano se met au diapason et ça monte synchrone dans une musique gorgée de désir.Le son de la trompinette reste calme au dessus du groupe en fusion.

Retour à « Bitches Brew » et à un certain calme. Quoique. Ca va moins vite mais ça reste puissant. Je sens quelque chose se préparer. Médo vocalise et scatte. Puis ça repart sur un tempo rapide par la contrebasse puis le reste du groupe. Médo vocalise, scatte alors que le groupe monte en puissance. Ca tourne à la course folle de voitures. Même le piano se fait entendre dans la masse sonore. Médo repart à la trompinette avec le groupe. Ca envoie comme une escadrille de chasseurs sur la cible.

« On va faire un Funk qui s’appelle « Billy Preston » annonce Médéric. Ce morceau de Miles Davis a été écrit en hommage à un joueur de claviers électriques Noir américain. Ca se trouve sur l’album « Get up with it ». Le batteur installe le groove aux baguettes. La contrebasse le rejoint. « We gonna make it funky right now » comme dit Maceo Parker. Les claviers entrent dans la danse. La trompinette survole cette masse sonore.Au tour du Fender de déployer ses ailes. Basse et batterie ne perdent pas le groove d’un poil. Médo prend son bugle. Il joue face à son batteur comme Miles. Là ça groove vraiment. Médo scatte. Le groupe lui obéit d’un geste. Le rythme ralentit avec le scat. Exemple du scat à la Médo: « Auscultation cardiaque ».

Petites notes répétitives des claviers. . Le batteur est aux balais. Retour à la douceur. Son avec pédale wah wah sur la trompinette. Une berceuse funky. Solo de Fender tout en douceur, légèrement planant. Le piano vient reprendre derrière, romantique à souhait. Médo chantonne. Ca plane pour nous. Philippe Gleize prouve qu’il ne sait pas seulement frapper aux balais. Il sait aussi malaxer aux balais. Médo joue de la main droite en tenant la partition de la main gauche. Curieux personnage décidément. La musique serpente, ondule, s’envole. « C’est beau, non ? » demande Médéric. Oui ça l’est. C’était « Conda » que Médéric a rebaptisé « Anaconda » dans cet arrangement.

Arrangement sur « Agharta » (concert de Miles Davis à Tokyo en février 1975) et « Turnaround »(in phase) qui lui date de 1973 (Miles Davis à l’Olympia, Paris). Contrebasse et batterie commencent à poser le rythme. Médéric souffle dans une bouteille en plastique (Les Head Hunters d’Herbie Hancock soufflaient dans des bouteilles de bière). Il reprend la trompinette pour un morceau bien funky, un morceau au groove bondissant qui s’écoute ou se danse. J’adore ce truc. Ca sonne comme des trampolineurs légers, aériens, bondissant et dansant dans l’air. Le Saint Groove est bien préservé dans les mains de ces jeunes gens. Le piano attaque. Le Fender contreattaque. Contrebasse et batterie tiennent le rythme.Le batteur, par un break, relance sur un beat plus rapide, plus nerveux. C’est le même air mais plus vif, plus tranchant. Médo vocalise, scatte comme il est le seul à savoir le faire. Il reprend la partie de trompinette en plus vif, plus fou, plus fort. Ca sent l’assaut final. Ils donnent tout. Médéric est le feu du groupe mais, derrière lui, personne ne s’en laisse compter, pas même le piano. Reprise de la trompette qui tranche dans le vif, à la Miles. Plusieurs spectateurs dodelinent du chef. C’est dansable mais il n’y a pas la place et personne n’oserait.

Je suis parti alors que le dernier morceau commençait. Il était 0h15 et j’avais école le lendemain. Ce groupe est toujours stupéfiant sur scène mais j’attends que Médéric passe à l’étape suivante et crée son propre répertoire, passant d’interprète à compositeur. Le veut-il ? Le peut-il ? Le temps nous le dira.

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Jérôme Sabbagh en trio sans piano

Publié le par Guillaume Lagrée

Paris. Le Duc des Lombards.
Mercredi 6 janvier 2010. 22h



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Jérôme Sabbagh Trio

Jérôme Sabbagh
:saxophone ténor
Yoni Zelnik : contrebasse
Karl Jannuska : batterie



La photographie de Jérôme Sabbagh est l'oeuvre de Juan Carlos HERNANDEZ.





J’arrive un peu en retard et je prends le concert en route. C’est un trio sans piano. Forcément me revient à la mémoire Sonny Rollins « Live at the Village Vanguard » (1957) avec Wilbur Ware à la contrebasse et Elvin Jones à la batterie. C’est dans cette lignée là avec un son de Blancs. Solo de contrebasse accompagné de roulements légers de baguettes sur les cymbales. C’est grave, profond, bondissant. Ca sautille souplement. Karl remet la pédale pour préparer une ponctuation du sax. Petit break de batterie sur les tambours et ça repart. C’était un standard du Be Bop, « Conception » de George Shearing.

« Fall » (Wayne Shorter). Une ballade sombre, veloutée, mystérieuse, tout à fait shorterienne de l’époque du dernier quintette acoustique de Miles Davis (Shorter/Hancock/Carter/Williams). C’est très bien joué. Mystérieux, agaçant, entêtant. Ca monte et ça tombe comme le dit le titre du morceau. Karl est aux balais, caressant tambours et cymbales alors que Yoni trace son chemin. Puis le trio progresse avec des virages, des écarts, des chemins de traverse tout à fait shorteriens. La musique se balance comme un bouleau au gré du vent. Un solo de ténor pour nous perdre encore plus sans l'assise rythmique. Le sax joue sans micro ce qui est bien agréable. La contrebasse, elle, est amplifiée. Quel contrebassiste aujourd’hui est capable de se faire entendre sans amplificateur dans un big band comme Jimmy Blanton chez Duke Ellington ou Ray Brown chez Dizzy Gillespie ?

Enchaînement direct sur « This I dig of You » (Hank Mobley). Rerour à un swing impérieux. Solo véloce de contrebasse, finement soutenu par les baguettes de Karl. Solo tranchant et précis de batterie. Avec son air d’enfant sage, Karl Jannuska assure méchamment.

« Three in one » (Thad Jones). Karl a repris les balais. Un jeune couple bourgeois est à ma gauche. La jeune fille est très belle (joli visage encadré par de longs cheveux blonds, longues jambes). Lui est frileux. Il garde son bonnet et son écharpe. Ils mangent, ils boivent et ils parlent. Je pense que de temps en temps ils écoutent la musique. A ma droite, une dame d’environ 50 ans se plaint d’être fliquée, d’être à Guantanamo, pas dans un concert de Jazz. J’ignore la raison de son ire. Pendant ce temps là, sur scène, le groupe tourne bien. La tradition du son Blue Note des 60’s est bien maintenue par ces jeunes gens. Le contrebassiste danse avec son instrument, se pliant et se dépliant, montant et descendant sur les genoux. Karl travaille au corps sa caisse claire avec ses balais en soutien du solo de contrebasse que souligne parfois un voile léger du ténor. Série de breaks souples de batterie entre des phases en trio. Ca punche avec élégance.

Une ballade de TS Monk « Ask me now ». La version chantée par je ne sais plus quelle chanteuse me revient en tête. Betty Carter logiquement. C’est dire si c’est bien joué émotionnellement, dans l’esprit du Jazz, le plus près possible de la voix humaine. Là on écoute, on n’applaudit pas, de peur de rompre le charme. Le contrebasssiste a repris sa danse. Il va chercher l’émotion au fond de sa contrebasse. Aux balais, Karl est félin, d’une patte de velours. Légers applaudissements pour le solo de contrebasse puis le trio repart. Fausse fin. Nous applaudissons à tort et ils repartent.

« Trip » (Jérôme Sabbagh). Morceau vif, bondissant. Ca monte et ça descend comme des montagnes russes. C’est une façon animée de voyager. La tension monte, le pouls s’accélère. Le voyage est mouvementé, surprenant, passionant. Jérôme Sabbagh est aux commandes, le moteur étant fourni par la rythmique. Le chauffeur s’arrête, le moteur ronronne doucement. Break de batterie aux baguettes énergique et sans esbroufe.

« There will never be another You », un standard chanté par Chet Baker, joué par Sonny Rollins en trio avec Henry Grimes (contrebasse) et Pete La Roca (batterie) à Stockholm en 1959 (sublime version). Ca tourne bien. Ca joue viril mais correct., bien charpenté. Une séquence qu’ils aiment jouer et qui est toujours délectable : solo de contrebasse, accompagnement léger et subtil des balais sur les tambours, ponctuations voilées, espacées du sax ténor. Karl a repris les baguettes en main pour des breaks de batterie bien épicés. Ca se termine dans un dernier souffle du saxophone ténor.

Ma voisine profite de la fin du concert pour clamer son courroux. Les lumières lui paraissent trop fortes pendant le concert. Cela perturbe la qualité de son écoute. Je ne partage pas son avis d’autant plus que cela facilité ma prise de notes et donc la qualité de mon article sympathiques lecteurs, aimables lectrices. Jouer sans piano donne moins de soutien et plus d'espace au saxophoniste. Pour tenir la route dans ces conditions il faut un moteur à toutes épreuves et un chauffeur au coup de volant sûr. Avec Jérome Sabbagh au volant, Yoni Zelnik et Karl Jannuska au moteur, la route est belle. Il suffit de monter à bord et de se laisser conduire.

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Bex/Catherine/Romano le trident du Swing

Publié le par Guillaume Lagrée

Bex/Catherine/Romano

Paris. Le Sunset. Mercredi 30 décembre 2009. 22h

Emmanuel Bex : orgue Hammond
Philip Catherine : guitare électrique
Aldo Romano : batterie

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La photographie d'Aldo Romano est l'oeuvre de Juan Carlos HERNANDEZ.






Ce groupe existe depuis 10 ans sur scène sans avoir enregistré d’album. Il faut aller les écouter pour prendre une leçon de vie, de musique et d’amitié.

Intro de Catherine tout en douceur. Les balais le rejoignent sur la batterie. L’orgue s’introduit subrepticement. « Alone together ». Morceau normal pour commencer un concert entre vieux amis comme Lee Konitz et Martial Solal par exemple. Pas de doute. Ces trois gars là sont rodés mais toujours créatifs. Philip Catherine brille de mille feux à la guitare. La batterie pousse. L’orgue fait la basse. C’est bien animé pour une ballade entre amis. Philip se rasseoit et ça ronronne chaudement. Bex creuse le tempo. Il fait monter la pression en douceur. Cela sonne carrément comme dans les albums Blue Note des années 60. C’est dire que ça chauffe et bien.

Bex commence une petite danse ondulante. Catherine utilise des effets électroniques pour faire vibrer ses notes. Le rythme s’installe, cool et chaud à la fois. C’est vraiment le trio trois en un. Chacun ajoute sa personnalité pour en créer une 4e, celle du trio. Bex en solo nous fait une sorte d’orgue de Barbarie sur les grave qu’il allège avec un petit chant sur les aigus à la fois plaintif et ludique, bref du Bex. Puis le trio repart comme un vieil homme solide. Coupure d’électricité. Aldo garde le tempo puis le groupe repart avec la fée Electricité. Le trio ronronne à ravir comme un gros chat. « Three cool cats » dit la chanson (chantée sous le titre « Nouvelle vague » par Richard Anthony).

Intro à la guitare sous effets électroniques, avec modération. Le titre de ce standard m’échappe. La salle est comble. Le patron a d’ailleurs remercié le public d’être venu si nombreux au Sunset/Sunside en 2009. Je ne suis pas nombreux mais je suis venu souvent au Sunset/Sunside en 2009.Comme quoi la musique vivante peut vivre encore. Bex a enlevé ses lunettes noires. C’est donc qu’il ne chantera pas. Par contre, il joue et ça pulse. Solo de guitare sur un tapis de velours rouge tissé par l’orgue et la batterie. Du psysché, du funk, du cool, du planant dans le même morceau. La classe, Messieurs !

Petite ballade innocente qui démarre à trois. Bex a remis ses lunettes noires. Va t-il chanter ? Ils se promènent sur un tempo dandinant. Tout à coup Bex accélère, monte à un palier sur lequel il se maintient soutenu par ses deux complices. La guitare reprend la main, cinglante et relax à la fois. Du grand Art. Et toujours ce délicieux dandinement qui invite à dodeliner du chef. D’un coup ils reviennent au tempo calme du début toujours sur le même air. Ca fusionne entre ces 3 gaillards. Ils se connaissent mais ne se répètent pas.

Un autre morceau relax qui balance doucement. Oui, c’est bon pour nous. Ca chauffe le cœur et l’âme. Puis ça s’énerve, vrombit, gronde tout en gardant le balancement de départ. La classe vous dis-je !

Bex attaque en profondeur. Romano suit aux balais. Un standard. Catherine est entré dans la danse. Dans le cadre de ce trio, Bex joue plus sagement que dans son propre groupe. Pas de chant, pas de Vocoder, pas de bruitage cosmicomique. Les poufs pour enfants du Sunset sont toujours aussi inconfortables pour des fessiers d’adultes. Quel fournisseur de matériel scolaire en difficulté financière a bien pu les brader au patron du Sunset/Sunside ? Solo de batterie. Le 1er de la soirée pour Aldo. Le matelot souque ferme. Encore un standard dont le titre m’échappe.

A la pause minuit approche. Quelle idée de commencer un concert en club en semaine à 22h30 ! Tout le monde n’est pas en vacances. Il me faut rentrer avant le 2e set à mon grand regret car la musique est superbe. Philip Catherine en est le leader mais un leader démocrate respectueux de la liberté de ses associés. A voir et écouter de nouveau.

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Eric Le Lann en quintette à tête

Publié le par Guillaume Lagrée

 

Lundi 28 décembre 2009. 21h30.

Paris. Le SunsideQuintette d'Eric Le Lann.

Eric Le Lann
: trompette
Olivier Temime : saxophone ténor
Pierre de Bethmann : piano
Sylvain Romano : contrebasse
Jean-Pierre Arnaud : batterie

Intro à la trompette, voilée et acide. Du Le Lann. Une ballade. Le sax d’Olivier sonne mal. Alors Eric joue poussé solidement et tranquillement par la rythmique. Eric apporte du feu, du piment à la ballade. Au tour d’Olivier. Ca y est, le ténor sonne bien. Ca sonne chaud, viril, rollinsien. C’est bon mais Eric Le Lann avec Rick Margitza au sax ténor c’est mieux. Solo de piano. Ca trille, ça décale. Eric est le supplément d’âme de ce groupe de virtuoses.

Intro au feeling latin. Ca swingue tranquille. C’est un morceau d’Eric écrit pour l’une de ses filles, des jumelles, « Le bleu d’Hortense ». C’est un morceau signature.Une belle manifestation d’amour paternel. Il le joue plus vite, plus joyeusement que d’habitude. La rythmique pousse énergiquement sans contester le patron, Eric Le Lann. Olivier à son tour lâche les vannes. Ca pulse. Solo virtuose de piano. Très beau final où le chant de la trompette émerge de la masse sonore du groupe. Puis tout s’adoucit pour accompagner le souffle d’Eric.

« Black and white » ( Tom Jobim). Le Lann revisite ses classiques ce soir. Il a joué ce morceau en duo avec Martial Solal au piano (Jazz à Vannes 1999) puis en duo avec Jean Marie Ecay à la guitare (album Le Lann/Ecay play Jobim). Duo piano/trompette puis le contrebassiste vient poser le rythme et le batteur malaxe aux balais. Eric surfe sur la vague de la rythmique. « Et l’unique cordeau des trompettes marines » (Guillaume Apollinaire). C’est l’Océan Atlantique qui relie la Bretagne d’Eric Le Lann au Brésil d’Antonio Carlos Jobim. Au tour d’Olivier. Son son est plus viril, plus brusque que celui d’Eric mais efficace. En jouant plus tranquillement, en faisant moins étalage de sa virtuosité, Pierre de Bethmann gagne en émotion. Premier solo de contrebasse : grave, solo, bondissant. Un surf élégant sur les vagues de Copacabana. Le groupe repart bien synchrone en virages souples vers le final.

Un morceau plus dynamique, plus punchy. Après l’exposé du thème, c’est à Olivier de mener la danse. Gros son velu du sax ténor qui vrombit, gronde, grogne poussé par la contrebasse et la batterie. Rollinsien. Le groupe n’est pas rodé. Les morceaux ne s’enchaînent pas. Mais, une fois lancés, ça tourne bien. De Bethmann distille mieux ses notes. Il étale moins et me touche plus. La salle est archi comble. Des gens sont assis sur des poufs dans le couloir de circulation. D’autres sont assis au bar. Pourvu qu’il n’y ait pas d’incendie ce soir au Sunside ! Le Lann est en grande forme. Il nous vrille sur place. Olivier Temime remet sa casquette avant de jouer. Comme certains tennismen, ça doit compter dans sa concentration. Breaks de batterie bien sentis sans en faire trop. Ca lance et relance entre le batteur et le reste du groupe.

PAUSE

Ballade jouée par le piano et la trompette. « The man I love », un standard qu’Eric affectionne. Le groupe est parti. Olivier en solo bien soutenu par la rythmique. Eric ajoute de l’urgence, de la passion à cette musique. Beau chant/contrechant final entre trompette et sax.

« C’est la nuit Lola » écrit pour l’autre fille jumelle d’Eric. Sur une ballade, Eric n’emploie jamais la sourdine Harmon. Certes il est influencé par Miles Davis mais il ne veut pas le copier. C’est une ballade très émouvante. Le Lann est un musicien lunaire, pas solaire. Le groupe est bien soudé derrière la trompette d’Eric qui polit élégamment la mélodie.

Un morceau vif, swing. « You don’t know what love is ». Une ballade traitée sur un tempo vif bien sympathique. Le Lann très en verve au dessus de la rythmique, rapide et brûlant comme l’éclair. Le solo de Temime est bon techniquement mais moins émouvant. Le 2e solo de Pierre sur ce morceau est plus fin, plus retenu, plus émouvant que le premier. Il lance idéalement le chant/contrechant final des cuivres.

« Today I fell in love » (Le Lann). A écouter notamment sur le dernier album d’Eric Le Lann. Gros son de contrebasse. Le piano et la batterie entrent dans la danse. Morceau bien funky, joyeux. Il n’y pas de raison d’être triste quand on tombe amoureux. Solo de ténor funky, charpenté reposant sur l’assise souple et ferme de la rythmique. Bonnes prises d’appui du ténor qui collent bien avec la rythmique. Comme dit Prince : « Let the groove on ! ». La pression diminue. Avec Le Lann en solo, ça joue plus relax mais la tension demeure sous-jacente. Elle monte tranquillement, progressivement. Le groupe reprend. Pas d’applaudissements. Le public est scotché, attend la suite. La grande brune et belle demoiselle à ma gauche bat la mesure de ses doigts sur son menton. Pierre de Bethmann fait fumer le piano. Fin comme un stop : brusque et nette.

Il se faisait tard et pour ne pas trouver le métro fermé je suis parti à la 2e pause. Le groupe était plus soudé, plus cohérent à la deuxième qu’à la première partie. Il le fut sûrement plus encore lors du 2e concert le mardi 29 décembre mais j’y étais le lundi 28. Dans le matériau sonore, rien de neuf si ce n’est le plaisir sans cesse renouvelé d’entendre Eric Le Lann en grande forme mener sa barque musicale entre standards et compositions qui vous restent en tête. C’est assez pour mon bon plaisir.

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Hommage aux images de Juan Carlos HERNANDEZ

Publié le par Guillaume Lagrée

La lecture de ce blog serait bien fade sans les images de Juan Carlos HERNANDEZ, photographe professionnel basé à Genève, Suisse, citoyen du monde, ouvert à tous les chants de conscience.

A l'approche de l'an 2010, pensez à offrir, à vous offrir, ses oeuvres notamment son calendrier sur New York.

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La photographie de Peter Giron est évidemment l'oeuvre de l'Hispano-Helvétique Juan Carlos HERNANDEZ.

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New York, 1969: les deux saisons de Miles Davis

Publié le par Guillaume Lagrée

 

New York. 1969. Les deux saisons de Miles Davis.

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La photographie de New York est l'oeuvre de l'Immarcescible Juan Carlos Hernandez.





40 ans après, replongez avec moi, sympathiques lecteurs, charmantes lectrices dans deux albums qui changèrent la musique populaire du XX° siècle et dont l'influence se fait toujours sentir.

« In a silent way » ou l'hiver.

« Ce qui compte en musique, ce ne sont pas les notes. Ce sont les silences entre les notes » (Miles Davis). Il fallait s'appeler Miles Davis, être surnommé le « Sorcier », le « Prince des Ténèbres » pour intituler un album « De façons silencieuse ».

Nous sommes en février 1969. Miles Davis a écouté James Brown et Jimi Hendrix. Il a aussi écouté le rock anglais. De passage à Londres, il en ramène deux gamins blancs surdoués, le guitariste John Mac Laughlin et le contrebassiste Dave Holland. En 1989, j'ai entendu John Mac Laughlin jouer sur scène « In a silent way ». Le lendemain j'achetai l'album. Depuis je l'écoute sans me lasser.

Ah cette ligne de basse de Dave Holland sur le morceau titre ! Aujourd'hui encore, en concert, Sting fait hurler les jeunes filles avec.

Depuis 1964, Miles a trouvé son équilibre avec son dernier quintet acoustique : Herbie Hancock au piano, Ron Carter à la contrebasse, Tony Williams à la batterie, Wayne Shorter au saxohone ténor. Passant du Jazz acoustique au Jazz électrique, Miles change ses accompagnateurs. Comme un bon entraîneur de sport collectif, il change le personnel à petites doses pour assurer la cohésion et la créativité.

Dave Holland a remplacé Ron Carter à la contrebasse. Herbie Hancock est passé au piano électrique, rejoint par Chick Corea et Josef Zawinul aux claviers. . Ces trois là furent les trois chevaliers des touches des années 70. Seul Miles pouvait les réunir sous sa direction.Enfin John Mac Laughlin ajoute sa guitare électrique , ce blues blanc des Anglais

Tony Williams assure une pulsation à rendre dingue n'importe quelle boîte à rythmes. Quant à Wayne Shorter il joue juste au saxophone soprano. La pochette de l'album prétend qu'il joue du sax ténor mais si mes oreilles ne me trompent pas c'est bien du soprano qu'il joue.

La musique est froide et tranchante comme une lame de rasoir, chaude comme la pulsation de la ville, saisissante comme le vent venu de l'Océan Atlantique tout proche.

C'est l'hiver 1969 à New York. Pour y retourner il suffit d'écouter « In a silent way ».

« Bitches Brew » ou l'été.

« Bitches Brew. Directions in music by Miles Davis » tel est le titre complet de l'album. Cet été là, en août 1969, Miles Davis se lance dans une orgie de musique. Six mois après « In a silent way » le climat et le groupe ont changé. Herbie Hancock est parti mais il reviendra plus tard. Tony Williams n'est plus là et ne reviendra pas. A sa place, Jack de Johnette, autre tambour majeur, découvert avec Keith Jarrett chez Charles Loyd. Keith, lui, rejoindra Miles l'année suivante. Bennie Maupin vient ajouter le son étrange de sa clarinette basse. Le groupe et le son ont grossi, épaissi. Trois claviers, trois batteurs, un percussionniste, une contrebasse, une guitare basse électrique et la guitare électrique de John Mac Laughlin qui a droit à un morceau à son nom.

Plus encore qu' « In a silent way », « Bitches Brew » marque la naisssance du Jazz Rock, du Jazz Fusion. Le rock'n roll n'aurait pas existé sans le Jazz disait Louis Armstrong et la fusion est consubstantielle au Jazz, musique métisse.

Il n'empêche. Jazz fusion est bien le terme qui convient pour cette « bière des putains », ce « brouet des sorcières » préparée et mijotée par le « Sorcier » Miles Davis.

Cette musique est New York l'été. Les yellow cabs en maraude tournent dans la ville. L'ambiance est chaude, moite, vibrante. Touristes et salariés se croisent dans le subway. Ca suinte, ça chauffe, ça vit, ça baise, ça pue, ça enivre.

Toutes ces vibrations sont contenues dans cette musique et bien plus encore.

« Dans la musique contemporaine, Miles Davis définit les termes. C'est tout. C'est son boulot. » (Ralph J.Gleason, notes originales de l'album).

A partir des fondations posées dans « In a silent way » et « Bitches Brew » se bâtiront les groupes phares du Jazz Rock des années 1970 : Weather Report de Zawinul et Shorter, Return to forever de Chick Corea, Tony Williams Lifetime, Herbie Hancock et ses Headhunters. Tous ces musiciens, tous ces leaders, participèrent comme sidemen à ces sessions de 1969 pour Miles Davis.

Un détail pratique pour finir :
« In a silent way » et « Bitches Brew » enregistrés pour Columbia/CBS en 1969 sont disponibles sous la forme de l'album original ou sous forme de coffrets avec d'autres morceaux enregistrés à la même période. Pour les découvrir, les albums originaux suffiront d'autant plus qu'ils sont les seuls à refléter l'unité de pensée et de vision de Miles Davis et de son producteur Teo Macero.

 

Voici ce que cela donnait sur scène à Paris, salle Pleyel, en 1969. Concert filmé en couleurs par l'ORTF et présenté par André Francis. Miles Davis (trompette), Wayne Shorter (saxophones ténor et soprano), Chick Corea (clavier électrique), Dave Holland (contrebasse), Jack de Johnette (batterie). Ouvrez en grand vos oreilles et votre cerveau. C'est parti.

 

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CODONA ou le brassage universel

Publié le par Guillaume Lagrée

 

ECM. The CODONA Trilogy.

 

CODONA  ce n’est pas une bière mexicaine, c’est une musique universelle.

COllin Walcott

+ DOn Cherry

+ NAna Vasconcelos

= CODONA

 

Que jouent ils ?

Des instruments étranges voire inconnus et une musique de fusion universelle voire interstellaire.

COllin Walcott (1945-1984), citoyen caucasien des Etats Unis d’Amérique, joue du sitar, des tablas, du dulcimer, de la sanza, des tympani et chante.

Don Cherry (1936-1995), citoyen métis des Etats Unis d’Amérique, joue de la trompette de poche, du douss n’gouni, des flûtes, de l’orgue, du mélodica et chante.

Nana Vasconcelos (1944), citoyen noir du Brésil, joue du berimbau, du tambour, des percussions et chante.

Ce coffret , dû à la maison bavaroise ECM, réunit les trois albums de ce groupe nommés tout simplement CODONA (sorti en septembre 1978), CODONA 2 (mai 1980), CODONA 3 (septembre 1982).

Cette musique échappe à la classification. Trop variée pour être de la musique planante, trop ancrée dans les musiques du monde pour être du Jazz, trop Jazz pour être classé dans la World Music, ce terme fourre-tout qui n’a d’autre sens que de placer là des musiques qu’on ne sait pas mettre ailleurs. Pour autant, chez votre disquaire réel ou virtuel, vous la trouverez au rayon JAZZ.

Pour résumer cette musique, je dirait qu’elle est simple d’apparence, acoustique, en harmonie avec le silence. «  Si ce que tu as à dire n’est pas plus beau que le silence, alors tais toi » (proverbe marocain).

Elle est jouée par trois hommes dont les âmes se répondent et se confondent pour notre plus grande joie d’auditeur.

Collin Walcott, Blanc américain, a appris la musique traditionnelle indienne avec les Maîtres, Ravi Shankar notamment mais est toujours resté ouvert à sa culture d’origine, le Jazz.

Don Cherry, fruit du mélange entre les deux minorités les plus opprimées d’Amérique du Nord, Noir et Indien (Chocktaw), cofondateur du Free Jazz avec son ami d’enfance Ornette Coleman, fut le seul musicien capable de jouer aussi bien avec des moines tibétains qu’avec John Lee Hooker.

Nana Vasconcelos, percussionniste brésilien, alliance de mots qui est presque un pléonasme. « La musique est partout dans l’air au Brésil, même quand vous allez prendre un café » dit Nana.

« Nous pouvons jouer cette musique dans une salle de concerts, dans la rue, dans un temple ou au sommet d’une montagne » disait Don Cherry de CODONA.

Ecouter cette musique, c’est entrer en fusion avec l’Univers, aussi beau que de voir le soleil se lever et monter avec vous sur un sentier des Pyrénées ou se fondre dans l'Océan Atlantique, plein Ouest, au Cap de la Chèvre.

Nul besoin de religion, de gourou, de mystique, de prière, de substance illicite pou se connecter. Il suffit d’orner le silence par CODONA et de se laisser aller. Ces hommes étaient connectés entre eux et avec l’Univers. Leur musique est si simple, évidente, originale qu’elle est inimitable.

Grâce à ce coffret ECM, il est possible de pousser l’expérience jusqu’au bout en écoutant les trois albums à suivre, dans l’ordre de leur enregistrement, afin de sentir la progression de cette musique cosmique.

Il est difficile de distinguer un morceau, un musicien tant ce trio est cohérent, fusionnel. Ces trois hommes voyagent à travers l’Amérique, l’Afrique, l’Asie, l’Europe et d’autres univers encore, connus d’eux seuls, qu’ils nous font découvrir.

La percussion est au cœur de cette musique. Le cœur n’est il pas notre premier instrument de percussion celui qui nous donne notre rythme vital ?

Si à l’écoute de CODONA, votre cœur ne fait pas « Hey da da boom » sincèrement, je vous plaindrai.

 

Voici CODONA en concert à New York en 1984. Rien à ajouter.

 

 

 

 

 

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