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Louis Armstrong, l'invention du Swing

Publié le par Guillaume Lagrée

 

 

Mardi 6 octobre 2009. 19h30. Paris. Auditorium Saint Germain des Prés.

Leçon de Jazz d’Antoine Hervé.

Louis Armstrong, l’invention du Swing.

Antoine Hervé
: piano
Médéric Collignon : cornet de poche, euphonium (saxhorn)
Véronique Wilmart : électro biglophone

Le photomontage d'Antoine Hervé et Médéric Collignon est l'oeuvre du Professionnel Juan Carlos Hernandez.

Les frères Moutin ne sont pas là ce soir. Antoine Hervé présente l’époque, la Jazz Era (les années 1920), en lisant un texte d’Alain Gerber.

« Struttin with some barbecue ». Duo piano/cornet. Ils jouent le Swing années 20, bien dans l’esprit. Médéric respecte sa partition, joue clair, brillant. Antoine Hervé en solo, dans le style d’Earl Hines. Médéric scatte sur le piano. Il fait aussi la walkin bass d’époque.

Antoine raconte l’enfance de Louis Armstrong, son séjour en maison de correction où il apprit la musique. « Sweet Sue, just You ». C’est un blues. Médéric joue de l’euphonium, le plus petit des tubas, dont le son est proche du bugle, chaud et velouté. Je connaissais ce morceau sous forme rapide et joyeuse. Ici, c’est un Blues lent. Pour comparer, écouter le duo Louis Armstrong/Earl Hines sur « Weather Bird ». Médéric chantonne l’air pendant qu’Antoine trille au piano. Tout en restant fidèle au thème, Médéric fait du Collignon.

« Je viens d’une ville où tout le monde rit, chante, danse et tape du pied » (Louis Armstrong). Cette ville, c’est la Nouvelle Orléans, modèle de démocratie musicale. En 1894, la ségrégation est adoptée par la mairie de la Nouvelle Orléans. Les Créoles, métis baignés de musique classique européenne doivent quitter le Downtown pour s’installer avec les Noirs Uptown. La rencontre de ces deux communautés donne naissance au Jazz.
« Do You know what it means to miss New Orlans ? ». Médéric a mis la sourdine. C’est dansant et nostalgique à la fois. Version brève et dense.

Avec sa voix, Médéric nous joue le trombone de Kid Ory ( Ory’s creole trombone) avec de grands effets de tailgate (la queue d’alligator c’est-à-dire la coulisse du trombone).

1923 : Louis Armstrong est à Chicago où il joue dans l’orchestre de King Oliver. « I found a new baby ». Morceau swing, joyeux au cornet de poche. Médéric joue de la batterie new orleans (basée sur des rythmes d’origine congolaise) en scattant. Il reviste le scat, inventé par Louis Armstrong improvisant sur les paroles d’Heepers Jeeppers. C’est un hommage, pas de la copie.

1924 : Louis Armstrong enregistre à New York avec l’orchestre de Fletcher Henderson, Bessie Smith (surnommée l’impératrice du Blues. Leur version de « Saint Louis Blues » est la plus belle jamais enregistrée), Sidney Bechet.

1925 : Louis Armstrong devient leader poussé par son épouse, Lil Harding, pianiste. Il revient à Chicago crée le Hot Five, le Hot Seven, devient chanteur.

« Savoy Blues ». Le Savoy, salle de danse (ball room) à qui Count Basie dédia « Stompin at the Savoy ». Le cornet est bouché, ça swingue sec et cool. Je ne cesse de battre la mesure du pied. C’est bon signe. Médéric nous explique qu’il chante parce que c’est un prolongement de son expression et que ça la repose du jeu de trompette. Sans la sourdine, le cornet sonne plus clair, plus aigre. Médéric nous joue l’orgue à chiens puis l’orgue à chats, aboyant puis miaulant en rythme.

Véronique Wilmart nous fait écouter quelques notes du solo introductif de Louis Armstrong sur un de ses chefs d’œuvre « West End Blues ». Antoine nous lit ensuite la critique très élogieuse de Gunther Schuller sur ce solo.

1928 : Earl Hines remplace Lil Hardin au piano. Seul le duo Charlie Parker/Dizzy Gillespie est aussi essentiel dans l’histoire du Jazz que celui de Louis Armstrong avec Earl Hines.

« Basin Street Blues » que Louis Armstrong aimait jouer et chanter avec son complice Jack Teagarden (trombone). Il décrit une rue de la Nouvelle Orléans. C’est un morceau particulièrement lazy comme on dit dans le Sud. Version fidèle tant dans le thème que dans l’esprit. Médéric scatte la batterie aux balais. Un seul regret : Médéric ne chante pas les paroles de la chanson. Ils s’amusent bien et nous régalent.

Médéric nous fait ensuite une démonstration du son à la Louis Armstrong. Très large, très puissant. Louis pouvait faire 3 concerts par jour. A 70 ans, en se plaçant à 3m du micro, il était encore capable de couvrir tout l’orchestre sur une note. Louis affranchit le soliste, invente le chorus, le swing. Il joue hot.

« Tin roof blues ». Blues avec un gros vibrato au cornet. C’est le growl. Médéric nous fait même du wah wah avec la main gauche sur le pavillon du cornet. Ils y sont les gars. Ils ont attrapé le virus du Blues et nous le transmettent. Médéric s’amuse à crier, à chanter le Blues des Ardennes.

« Pourquoi souriez vous toujours ? » demandait-on à Louis Armstrong.
« Parce que je suis payé pour ça » était sa réponse.

Antoine Hervé nous explique le trumpet piano style d’Earl Hines, ex trompettiste devenu pianiste, le meilleur accompagnateur de Louis Armstrong. Ils jouent « High Society », un morcau vif, joyeux, qui sent la fête. Le cornet pète le feu et le piano sautille. Solo de piano accompagné du scat qui alterne contrebasse et batterie.

Louis Armstrong était très attentif au public et avait le souci d’être entouré de musiciens plus faibles que lui pour paraître le meilleur. Il faut ajouter qu’il avait le plus gros manager et le plus contrat du show business aux Etats Unis mais qu’il ne choisissait pas ses accompagnateurs. Evidemment quand il quittait ses sidemen habituels pour enregistrer avec Duke Ellington (cf l’album Louis and Duke) ça sonne bien mieux.

« What a wonderful world » morceau qui permit à Louis Armstrong de trôner en tête du Bill Board (le hit parade aux USA) pendant plusieurs semaines en 1968, devant les Beatles. Antoine est au piano et Médéric improvise sur le thème avec la voix. Comme il peut beaucoup, parfois Médéric en fait trop alors qu’à d’autres moments il est simplement parfait.

Leçon de Jazz à l’image de Louis Armstrong : simple, ludique, touchante, vivante.
J’y ajouterai deux anecdotes qui n’y figuraient pas.
Louis Armstrong enregistra son dernier album en 1970 sous la direction de l’arrangeur Oliver Nelson. Il y joue et chante « The Creator has a master plan » de Pharoah Sanders, saxophoniste free jazz. Plus étonnant encore, dans le chœur qui chante derrière Louis figurent Ornette Coleman et Miles Davis venus lui rendre hommage.
Un jour, en Angleterre, un journaliste demanda à Louis Armstrong :
« Monsieur Armstrong, pouvez nous expliquer ce qu’est le Swing ? »
« Si tu le demandes, c’est que tu ne le sauras jamais, mec » répondit Louis en éclatant de rire.

Place maintenant à l’improvisation.

Véronique Wilmart s’installe derrière son électro biglophone, hommage au Biglotron de Pierre Dac. Si vous ne savez pas ce que c’est, sachez qu’il y a un ordinateur portable avec une pomme dessus. Mais il n’y a pas que ça. Pour en savoir plus, venez à la prochaine leçon de Jazz d’Antoine Hervé.

La voix de Louis Armstrong parlant pour commencer, remixée. Piano et cornet commencent à improviser dessus. Le son du cornet est prolongé par l’électronique. Phrases brèves, répétitives de piano. Médéric fait aussi des percussions avec son cornet à pistons. Après un petit scat, Médéric passe à l’euphonium. Furtive citation de Caravan au piano. Une boucle rythmique avec des sons aquatiques et la voix de Louis passe dans l’air. Un haut parleur tombe sur la scène. Ce bruit là n’était pas prévu. Médéric scatte doucement.

Ca se termine vivement et joyeusement comme toute cette leçon de Jazz consacrée à Louis Armstrong.
Tout autre univers pour la prochaine leçon de Jazz : Weather Report, groupe phare du Jazz fusion des années 1970. Même heure, même endroit le mardi 10 novembre 2009.


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Ohad Talmor en trio intergénérationnel

Publié le par Guillaume Lagrée

 

Ohad Talmor Trio. Paris. Le Sunside . Mercredi 30 septembre 2009.21h.

Ohad Talmor
: saxophone ténor
Steve Swallow : guitare basse électrique
Adam Nussbaum : batterie

La photographie d'Ohad Talmor est l'oeuvre du Surpuissant Juan Carlos Hernandez.

Steve Swallow tapote et étouffe ses cordes. Caresses des balais. Sax ténor au son chaud, viril. Jeu économe, qui respire. Ca change des débordements post coltraniens. C’est élégant, pointilliste comme un paysage de Sisley. La salle est à moitié vide. Malheur aux absents. Solo de Steve Swallow. Ses cordes tintent comme une guitare avec la profondeur de la basse par en dessous. Musique enjoleuse, charmeuse mais pas mielleuse. Elle tient chaud comme une écharpe légère autour du cou. Pas étonnant qu’Ohad joue avec Lee Konitz. Comme lui, il fait chanter son saxophone comme un oiseau. Peu d’appuis, peu d’attaque, un fluide léger et apaisant vole dans l’air.

Enchaînement direct sur un duo batterie/sax plus énergique mais toujours avec retenue. Les tambours chantent et lui aussi. Steve Swallow vient s’intercaler entre les deux, tranquille et efficace. Ca joue, nom de Zeus ! Fin claire et nette.

Solo de basse pour commencer. Léger et sautillant. Adam Nussbaum joue des claquettes sur ses tambours avec les balais. Le chant joyeux du saxophone les rejoint. Le batteur est passé aux baguettes. Faut que ça brille et que ça scintille. Beau duel sax/batterie. Ils se rendent coup pour coup, en gentlement corrects mais virils. Fin en un éclair

C’étaient « Days of old » (Nussbaum), « Here comes everybody » (Swallow), « Playing in Traffic » (Nussbaum).

A suivre « Quiet inside » (Tahor) puis « Thingin » de Lee Konitz revisité par Tahor, sahcnat que « Thingin » est basé sur un standard « All the things you are ». A écouter « Thingin " titre album de Lee Konitz enregistré en concert en Suisse (album publié par le label helvétique Hat Hut).

Comme son titre le laissait supposer « Quiet inside » est une ballade. Le batteur est aux baguettes. La musique serpente, se love au soleil, paresseuse et colorée comme un lézard. Adam Nussbaum est passé aux balais. Steve Swallow se promène sur le thème. Adma le fait monter en neige et Ohad écoute les deux vieux Maîtres ponctuant avec des notes volant comme des papillons. Ils glissent sur le parquet ciré d’un palais.

Le « Thingin » est plus viril, plus dynamique que la version de Lee Konitz. La balle circule bien entre les trois joueurs. Elle ne retombe jamais. Adma Nuusbaum envoie sec, précis, fort mais jamais assourdissant. Steve Swallow lit-il partition ou joue t-il penché pour mieux se concentrer ?

Un standard du bebop joué de façon assez free. Ca envoie. C’est énergique mais toujours sous contrôle. Dialogue subtilissime entre la basse qui chante, la batterie qui cliquète, vibre, ponctué de quelques volutes de sax ténor.

« Ohad Talmor. Remember that name » nous dit Steve Swallow. Pour finir le set « Up too late » de Swallow. Personne ne fait chanter une basse comme Steve Swallow. Il démarre en solo. La batterie relance, bien funky sur les cymbales. Debout trop tard peut-être, en forme sûrement. A l’écouter, il est évident qu’Ohad Talmor est le nouveau Wayne Marsh de Lee Konitz. Les papys déménagent sévère et le petit jeune ne s’en laisse pas conter. Solo de batterie mirobolant ponctué de relances de basse. Fin tout en relâchement.

PAUSE

Démarrage tout en douceur par un solo de basse. Les balais massent les tambours. Son de velours du saxophone. Adam passe des baguettes pour chauffer aux balais pour apaiser. Le son de la basse est rond et souple.

Morceau plus agité commencé à l’unisson. Ca interagit entre les roulements de tambours, le hachis des cymbales, le grondement de la basse et les interjections du saxophone. C’était « Carolina Moon » joué par Thelonious Monk, réarrangé par Steve Swallow.

« Accordeon » (Talmor). C’est une sorte de menuet. Steve Swallow, tranquille, pose les fondations que batteur et saxophone s’amusent à démolir. Chacun est bien dans son jeu. C’est vraimentr un grand trio. Peu de gens pour l’apprécier mais ils l’apprécient vraiment.

Le jeu se calme avec un démarrage tout en douceur, métronomique à la basse. Les cymbales vibrent, le sax se fait liquide, vaporeux. Adam tapote ses tambours de ses mains. La musique devient lunaire, stellaire, pure, aérienne. Elle irait bien dans un film de Tim Burton. Je visualise Johny Depp errant dans un cimetière sous la lune au son de cette musique. Steve Swallow fait chanter sa basse, les maillets font gronder doucement les tambours et le sax joue lazy. Bien belle berceuse. C’était « Warmer in heaven » en hommage à un saxophoniste décédé récemment (je n’ai pas capté son nom).

Le blues « Accordeon » était joué pour la première fois en concert ce soir. Steve Swallow nous invite à les suivre dans la tournée européenne pour écouter les morceaux s’améliorer ou non.

« Ups and downs » (Swallow). C’est une musique qui nous mène vers le haut même s’il lui arrive de descendre dans le grave, le sombre. Breaks de batterie très énervés, ponctués par des notes de basse posées, calmes. Une dernière claque du batteur pour la fin.

Steve Swallow et Adam Nussbaum font rouler le bon temps. Le sax ténor, solide et tranquille, s’y superpose. Ils nous propulsent avec douceur et vigueur.

Enchaînement sur un morceau rapide, funky. Basse et batterie grondent, le sax est toujours la force tranquille dans ce chaos. Le batteur s’énerve, soutenu par la basse. Retour au calme d’un souffle du sax. Ils ne lâchent pas l’affaire. Steve Swallow fait gronder, vibrer la basse mais il ne slappe jamais. A croire que sa religion le lui interdit ! Il tend à faire sonner la guitare basse plus comme une guitare que comme une basse. Curieux pour un ancien contrebassiste. Adam Nussbaum alterne le déchaînement en solitaire et un accompagnement énergique au millimètre.

Concert d’un trio magnifique et démocratique. Ohad Talmor en est le jeune leader mais il respecte ses aînés et leur laisse toute la place nécessaire. A suivre attentivement.

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Sylvain Beuf New Sextet: Première!

Publié le par Guillaume Lagrée

 

Paris. Le Sunside. Sylvain Beuf Sextet.
Vendredi 25 septembre 2009. 21h.

Sylvain Beuf
: saxophone ténor, saxophone soprano, composition, arrangements, direction
Pierrick Pédron : saxophone alto
Denis Leloup : trombone, bugle
Jean Yves Young : piano
Manuel Marchès : contrebasse
Franck Agulhon : batterie

Le photomontage réunissant Sylvain Beuf, Denis Leloup et Pierrick Pédron a été réalisé par le Compétent Juan Carlos Hernandez.

Démarrage plutôt Cool Jazz. Assez rare pour être signalé. Bien synchrone. C’était « Joy » de Sylvain Beuf. Sage et élégant.

« Baïkal Late » (Beuf). Démarrage avec la rythmique légère, évanescente, mystérieuse. Frank Agulhon a l’art des petites trouvailles du bout des baguettes. Les souffleurs enchaînent. Dans un souffle long, Pirrick Pédron enchaîne sur son solo. C’est un charmeur de serpents. Son son envoûte, captive, enlève. Beau final funky de velours.

« Spatio temporis » (Beuf). « Les frères Bogdanoff sont dans la salle » commente un spectateur. C’est plutôt funky et cool, pas Bogdanoff du tout. Solo de sax ténor bien punché par la rythmique. Frank Agulhon multiplie les pains même si ce n’est pas le bal des noces de Cana. Transition à six puis Franck Agulhon, souple et chaud, prend les devants. La rythmique ne lâche pas l’affaire. Ca ondule bien. Final super groovy.

Denis Leloup passe du trombone au bugle. Solo de sax alto aigre, puissant, envoûtant. La rythmique vient à sa rencontre tout en douceur. Ballade veloutée jouée par le sextet. La musique nous caresse l’échine. Un vrai massage sensuel. Solo en apesanteur de sax alto avec une rythmique discrète et précise derrière. Le bugle sonne un peu comme un cor anglais, sombre, mystérieux, lointain. Ce n’est plus du velours, c’est de la soie quand le sextet joue le thème. Une sensualité ellingtonienne. Sylvain Beuf fait le chef et dirige des mains. C’étaient « Les notes bleues » (Sylvain Beuf).

« Line broke » nouvelle composition de Sylvain Beuf qui n’a que dix jours d’existence. Retour au hard bop. Rythmique sèche derrière les volutes de ténor.Denis Leloup a repris son trombone. Les tambours roulent et moussent, les cymbales tranchent.

Un court morceau funky finit le set et sert à présenter les musiciens. C’est du Watt Sax !

PAUSE

Redémarrage sans Pierrick Pédron. Feeling oriental. Solo caravanesque du trombone. Solo envoûtant, coltranien du sax ténor. Le batteur fracasse avec classe. C’était « Suspect noise » (Beuf).

« Sushi » morceau de Sylvain Beuf qui figurera sur l’album qui sortira début 2010 sur le label Such Records. Mon voisin de gauche bat la mesure en claquant des doigts et en tapant du pied. Deux jeunes hommes noirs comme voisins dans un club de Jazz parisien c’est rare. Au son du ténor, je visualise le gars qui roule des mécaniques dans la décapotable au ralenti pour épater les filles. La belle vie comme la chantait Sacha Distel. Le son Blue Note n’est pas mort. Ces petits Français le font vivre aujourd’hui à leur manière. Ca aère la tête.

Ca continue dans le swing funky. Les baguettes du batteur nous matraquent en douceur. Solo de sax alto. Pierrick Pédron vole à travers champs comme un essaim de moineaux à lui seul. Il est surprenant, virevoltant, zigzaguant.

Une ballade pour calmer le jeu. Sylvain Beuf est passé au saxophone soprano. C’est le premier concert de ce sextet. Les musiciens jouent avec application, suivent les partitions, « le nez dans le guidon » comme dit Pierrick Pédron. Il n’empêche, la musique est fraîche. Petit chant d’oiseau du soprano en solo. Libre et nostalgique. Fin voluptueuse, savoureuse, délicieuse à l’unisson.

« Trouble in my glass »(Beuf). C’est le morceau bien funky qu’ils jouèrent en interlude à la fin du premier set. Cette fois ci, pour finir le deuxième set, nous avons droit à la version longue. Ca donne envie de danser. Franck Agulhon nous met la tête au carré et on en redemande. Piano et contrebasse creusent le groove. Denis Leloup glisse aux pas de son nom. Pas mal de blancs - becs made in USA pourraient prendre de la graine en écoutant ces petits Français. Pierrick Pédron acide et velouté au sax alto. Ca c’est de la bonne sauce nourrissante pour les oreilles, l’esprit et le cœur. La rythmique est impeccable et implacable derrière le sax ténor. Légère transition de la rythmique puis les souffleurs reprennent leur marche en avant. Ca échange, ça vibre, ça glisse. Présentation des musiciens, toujours sur le groove. Comfortably hip, respectably cool comme disait Duke Ellington.

Je n’avais pas école le lendemain mais le marchand de sable était passé. Je n’ai donc pas assisté au troisième set. Ce sextet est en devenir. Il est déjà très prometteur, à suivre sur scène en attendant la sortie de l’album début 2010.

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Eric Le Lann un Quartet granitique

Publié le par Guillaume Lagrée

 

 

Eric Le Lann Quartet.
Paris. Le Duc des Lombards.
Mercredi 16 septembre 2009. 22h.

Eric Le Lann
: trompette
Dave Kikoski : piano
Thomas Bramerie : contrebasse
Billy Hart : batterie

La photographie de Dave Kikoski est l'oeuvre du Viril Juan Carlos Hernandez.

Par rapport au nouvel album d’Eric, joué ce soir, Thomas Bramerie remplace Douglas Weiss et Billy Hart Al Foster.

Intro à la trompette. Le trio les rejoint vite. Billy Hart n’a rien perdu de son punch. Eric est revenu à un certain classicisme avec ce projet. Ca tourne tranquille. Eric déroule ses arabesques de trompette. Billy Hart swingue comme un démon, léger, puissant, précis. Le jeu de Dave Kikoski est élégant, classique. De la belle ouvrage. Pour me démentir, il sort un passage franchement original mais toujours de bon goût. Beau solo classique, à la Paul Chambers, de contrebasse. Ostinato de contrebasse, cliquetis de batterie, ponctuation de piano et Eric improvise par dessus. Retour au thème.

« Le bleu d’Hortense ». Mon morceau fétiche d’Eric. Simple, direct, émouvant. Les tambours chantent, les cymbales craquent. Piano et contrebasse stimulent Eric qui se promène sur son thème. Le groupe pousse beaucoup plus fort sur scène que sur l’album. La ryhtmique swingue constamment et élégamment. Billy Hart y met du poids, Dave Kikoski de la légèreté, Thomas Bramerie de l’assise. Solo de contrebasse avec une attaque puissante, un son boisé, profond. Dialogue finement ciselé contrebasse/batterie. Le thème est sensuel, langoureux, amoureux mais pas mielleux. Ce n’est pas le genre de la maison. Jolie fin decrescendo.

Solo de piano pour ce morceau. Une ballade. La manche droite du sweat shirt de Dave est retroussée jusqu’au coude alors que la manche gauche descend jusqu’au poignet. Ce déséquilibre ne semble pas le gêner. Le jeu est élégant, un peu apprêté à mon goût. Il joue dans le médium, accélère sur place. C’est assez élégiaque.

Duo batterie/trompette pour introduire un autre morceau d’Eric. « C'est la nuit Lola ». La rythmique s’installe. Eric, bien reposé, repart à l’attaque. Le sens du décalage, de la relance, du soutien de Billy Hart est imparable. Ca pulse poussé par un batteur en grande forme, Billy Hart, septuagénaire fringant. Une dernière plainte de trompette et tout s’arrête.

Piano et contrebasse vibrent à l’unisson. C’est une ballade d’Eric jouée aussi dans son album breton « Origines ». Billy Hart reste aux baguettes. Ce morceau sent la mer et la lande. Eric creuse le thème, l’explore porté par sa rythmique.tchouc-tchouc-thcac de Billy Hart pendant que Dave glisse sur le Blues et que Thomas pose les fondations. Roulement de tonnerre avec les maillets sur les tambours, marche lente du piano et de la contrebasse. Le son est grave, mat et dru.

« You don’t know what love is ». Standard qui figure sur le nouvel album d’Eric. Une version pêchue et sexy. Solo de piano qui surfe sur le tempo. Transition par un court solo de contrebasse. Le quintet reprend le thème. Depuis que Chet Baker n’est plus là, il reste Eric Le Lann pour le jouer aussi bien. Avec Billy Hart, la ballade devient funky.

Solo de trompette pour introduire une bossa nova « Black and white » (Jobim) qu’Eric a enregistré en duo avec Martial Solal au piano (Jazz à Vannes 1999) puis avec Jean Marie Ecay à la guitare (Le Lann/Ecay play Jobim). Duo piano /trompette beau, classieux. Contrebasse et batterie les rejoignent. Eric lévite au dessus du thème, léger et déchirant. Billy Hart tapote doucement. Piano et contrebasse ondulent en rythme. La rythmique vole comme le serpent à plumes, (é)mouvante, chatoyante. Très beau final gâché par un couple de bavards devant la scène. Au moins quand ils mangeaient, ils ne parlaient pas.

« Today I fell in love » (Eric Le Lann). Sur l’album, ce morceau est joué au Fender Rhodes. Au piano, ça reste funky, joyeux, puissant. Aujourd’hui, Eric est tombé amoureux et ça s’entend. Ah le groove implacable de Billy Hart ! Il peut donner des leçons sur le sujet à nombre de batteurs. D’ailleurs, Philippe Soirat, batteur , est dans la salle pour en profiter. En grand professionnel, Dave Kikoski sait jouer ça aussi. Ah si je pouvais donner à manger au couple de bavards pour qu’il se taise ! Fausse fin et ça repart avec un pain du batteur.

Concert bref, dense, efficace, riche en couleurs et en émotions diverses. Un vrai stimulus pour l’esprit et le corps.

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Une soirée pour deux pianos à Paris

Publié le par Guillaume Lagrée

 

Paris. La Cité de la Musique. Vendredi 11 septembre 2009. 20h.

Jacky Terrasson : piano
Hank Jones : piano

Dans le cadre du festival de Jazz de la Villette, la Cité de la Musique organisait une soirée piano avec deux Maîtres, le Jeune et l’Ancien, Jacky Terrasson et Hank Jones. Alors que le jeune cherche encore, l’ancien a trouvé.

Première Partie


Jacky Terrasson


Jacky a laissé pousser ses cheveux. Il a quasiment une coupe afro. Démarrage dans le style du piano romantique. Il alterne la ballade et les passages agités. Il se prend au sérieux. Où sont passés la joie, la sensualité de Jacky Terrasson ? Quand il cesse de marteler le piano pour revenir à la ballade, il est tout de suite émouvant.

Un petit Blues joué avec un stride modernisé. Les notes aiguës tintinabulent.Enfin il swingue. Il enchaîne sur une ballade hantée. La musique devient magique, sortilège mais sans enfant. Utilisation intéressante des pédales comme percussion, en transition entre deux thèmes. Il travaille le piano aux cordes, s’inspirant de la guitare flamenca. Ce sont « Les feuilles mortes » de Prévert et Kosma bien transformées. Pas de micro ce soir. Nous entendons le vrai son du piano.

Une ballade. Je crains que Jacky Terrasson ne tombe dans l’élégiaque à la Brad Met de l’eau. Dommage, son charme n’est pas là. Jacky sue tellement qu’il s’éponge dans une serviette bleue. Il digère mal Keith j’arrête en ce moment.

Il commence en tapotant dans les cordes du piano. Joli son de percussions. Là je retrouve Jacky Terrasson. Ca sonne comme des congas en sourdine. Le son est boisé, profond, africain. Puis il se rasseoit et commence à jouer « Caravan » de Duke Ellington. Les chameaux surfent sur les dunes. L’air est bien là, superbement prolongé par les pédales.C’est du grand piano virevoltant et maîtrisé.

Petites trilles dans l’aigu pour commencer. Il travaille un son de source cristalline. Petit à petit il revient vers le medium de l’instrument. tout en gardant cette magie de chant d’eau.

Morceau joyeux, presque un calypso. Ca sautille et donne envie de danser. Jacky grogne de joie en jouant. Je hoche la tête, bats du pied. Je suis pris par la musique, cet air répétitif et joyeux, avec un voile derrière. Il arrive à faire sentir basse, batterie et percussions absentes. Ca sonne antillais. Jacky Terrasson disciple d’Alain Jean Marie ? La tension s’allège, se resserre et le rythme ne s’arrête jamais.

Il commence par une pompe lente avec la main gauche seule. La main droite la rejoint pour un Blues bien funky à l’ancienne. Il ne manque plus que Jimmy Rushing, Mr 5*5, pour chanter « I am going down slow ». Passage monkien. Ce Blues est un jolie façon d’annoncer le concert suivant, celui d’Hank Jones.

En rappel, une sorte de Blues qui débouche sur « Take the A train » (Duke Ellington). L.e morceau est superbe, enrobé de chocolat. Petit à petit, on en déguste le cœur.

PAUSE

Deuxième Partie


Hank JONES

« J’espère que vous avez eu une agréable soirée jusqu’ici. Je vais essayer de vous donner encore plus de plaisir. Je ferai de mon mieux. » nous dit l’aîné des frères Jones.

« Bluesette » (Toots Thielemans). Douceur, grâce, légèreté. Nous partons en promenade avec M. Hank Jones. Rien ne pèse et pourtant le poids des doigts sur les touches est bien là. Il grogne doucement. Pendant que j’écris, mon voisin de gauche dessine au fusain de la main gauche.

« Our love is here to stay » chanté magnifiquement par Louis Armsntrong et Ella Fitzgerald en leur temps. Devant mon voisin une femme que le bruit du fusain perturbe lui jette de l’eau de sa bouteille pour le faire cesser. Je profite de l’arrosage gratuit ainsi que ma voisine de droite Le dessinateur se lève pour mettre une tape sur la tête à l’arroseuse. Bref la musique n’adoucit pas les mœurs de tous les auditeurs ce soir. Pendant ce temps, Hank Jones déroule. Il ne maîtrise pas le piano, il le domine. Les morceaux sont courts, denses et vont droit au cœur.

« Peedlop »( ?). Ne me demandez pas ce que cela signifie car je ne le sais pas explique Hank Jones. Swing léger, gracieux. C’est la quintessence du piano Jazz, classique et intemporel. La musique est ourlée, pressée, tressée. Ce sont des haïku musicaux.

« A child is born » écrit par mon frère Thad. Maintenant qu’Elvin est mort, seul Hank Jones peut présenter ce morceau ainsi. Quelle grâce ! Quel toucher ! Il joue juste techniquement, émotionnellement. Le temps n’a pas de prise sur cet homme et cette musique.

« Star eyes », un standard. « Ce thème m’est plutôt familier ». Il l’a joué toute sa vie. Ca s’entend. Il ne l’ennuie toujours pas. Hank Jones est né en 1918. Un exemple pour les gérontologues que cet homme.Leçon d’émotion, de densité au piano avec le thème main gauche. Un silence et on applaudit.

« Lonely woman ». Ce n’est pas le thème d’Ornette Coleman. Existe t-il un autre morceau sous ce titre ? C’est un beau Blues. Chaque note coule comme une goutte de rosée.

« Lady lock » écrit par Frank Wess et Thad (Jones bien sûr). La leçon de swing et d’élégance se poursuit. « La mode passe. Le style reste » (Coco Chanel).

« Oh what a beautiful morning » (Rogers/Hart). Effectivement, malgré l’heure tardive, je sens le soleil briller par un beau matin de printemps où la nature s’éveille. C’est ce genre d’émotions que nous suggère Hank Jones en jouant du piano.

« We will be together again ». Une ballade. Pas de fioriture mais un sens aigudu décor, de l’illustration sans jamais oublier le thème. L’émotion est ciselée comme un diamant. Même sa façon de finir un morceau est gracieuse.

« Monk’s mood » (Thelonious Monk). Il le joue en arrondissant des angles que Monk accentuait par défaut de technique comme l’explique Martial Solal.

« Stella by starlight ». Mr Jones présente chaque morceau avec un petit mot gentil. Qu’elle est belle cette étoile ! Elle brille pour nous sous les doigts du pianiste. Elle va, court, vole, bondit.

« Body and Soul ». « Une belle ballade. Je suis sûr que vous l’avez déjà entendue ».Bien sûr, il la joue corps et âme.

« Twisted Blues » (Wes Montgomery). Hank Jones a accompagné le guitariste Wes Montgomery notamment dans un fameux « Live at Tsubo’s » (1962) avec le saxophoniste ténor Johnny Griffin. Ce Blues twiste comme son nom l’indique. Il donne envie de danser. Heureusement qu’il reste Hank Jones pour jouer le Jazz de cette manière. Ce n’est plus de la musique, c’est un art de vivre qu’il nous transmet.

« I guess I will have to change my plans ». Hank Jones illumine l’instant présent. Il aime tant la vie qu’elle le lui rend bien.

« In a sentimental mood » du grand Duke Ellington. Il nous distille un nouvel alcool fort, doux et enivrant. Rien ne manque, rien n’est en trop.Les spots multicolores se reflètent le long du piano en une ligne courbe. Du piano sortent des couleurs plus vives et plus belles encore.

« On green dolphin street ». Hank Jones m’apprend que ce standard est une musique de film. Je redécouvre ce thème que je connais par cœur.

RAPPELS

One more ? Yeah, Yes, Oui, Ouais répond le public. La salle est archi comble de bas en haut, avec des gens assis par terre.Heureusement il n’y pas eu d’incendie…

« Blue Monk » (Thelonious Sphere Monk). C’est ça la musique. C’est grave, ça roule, nous enveloppe, nous frotte et nous caresse.

« Oh look at me now ». Ca swingue comme un enfant sur une balançoire. Hank Jones allie l’expérience et l’innocence, mélange rare et délicat.

Sous la pression populaire, un troisième rappel. « Polka dots and moonbeans ». Une ballade si ancienne que plus personne ne la joue. Ca glisse comme des danseurs sur le parquet. C’est juste parfait.

« Speak low (sweet child) » un standard écrit par Thad Jones. Nous pourrions écouter Hank Jones jusqu’au bout de la nuit tant il nous enchante. Personne ne veut partir. Ni lui, ni le public. Il a de l’humour en plus. Une fausse fin et il repart sur le thème.

« Round about midnight ».(Thelonious Sphere Monk). Ce morceau manquait à ce concert. Silence religieux dans la salle. On célèbre la musique et la beauté. Il y a d’ailleurs des fidèles debout devant la scène, en prière silencieuse. Et aussi des photographes qui ont enfin le droit de photographier. J’espère qu’il y a des pianistes dans la salle venus prendre une leçon de piano. Plmus tard, ils pourront dire qu’ils ont découvert « Round about midnight » grâce à Hank Jones le vendredi 11 septembre 2009 à la Cité de la Musique à Paris.

Sensualité, gravité, émotion, maîtrise, humour, il y avait tout dans ce récital de piano Jazz par M.Hank Jones.

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Jobic Le Masson construit en trio

Publié le par Guillaume Lagrée

Le 9 Jazz Club. Paris. Jeudi 10 septembre 2009. 20h30.

Jobic Le Masson
: piano
Pete Giron : contrebasse
John Betsch : batterie

La photographie de Pete Giron est l"oeuvre du Généreux Juan Carlos Hernandez.

Démarrage du concert à 21h20. Au 9 les musiciens mangent sur place avant le concert. Ce soir, le dîner s’est prolongé.

Solo aux baguettes de John Betsch pour commencer. Ca résonne dans la salle. L’ancien batteur de Steve Lacy est toujours là. Le trio démarre. Air grave, viril, dansant. Des petites pièces harmoniques s’emboitent. Solo de Pete Giron avec lunettes noires. Les balais caressent les tambours.Le fluide sympathique circule bien entre les émissions. Ca swingue. L’esprit de Monk flotte dans l’air. Il y a de la puissance dans ce trio. Leur son pourrait aisément remplir une grande salle.

Solo de piano pour commencer. Ici c’est le club à l’ancienne. Bar et restaurant fonctionnent pendant le concert. Certains clients parlent assez fort pour dominer la musique. Impossible de faire leur éducation pendant le concert. Jobic Le Masson aime travailler les graves. Ca ressemble de loin à "« Round about midnight » de Thelonious Sphere Monk. Ballade avec balais. Je ne suis pas sûr que ce soit bien « Round midnight » mais ça ressemble bien à du Monk. Les notes sont choisies, pesées. Ca roule avec douceur et vigueur.

Intro au piano. Toujours un petit air à la Monk mais délié car le gars le Masson possède la technique du jeu de piano. A force, la musique s’impose et les bavardages baissent voire cessent. La musique s’envole impulsée par le trio. Les musiciens rient souvent entre eux. L’ambiance est bonne et la musique s’en ressent, en bien. Peter Giron chantonne sur son solo, soutenu par les balais du batteur, ponctué par les touches du piano.Solo de John Betsch passant des balais aux baguettes. Ca cogne, vibre, chante, balance.

Intro au piano. Décidément Jobic Le Masson aime le registre grave de l’instrument jusqu’au medium. L’aigu l’intéresse moins. Solo de contrebasse accompagné par la vibration du ventilateur : grave, pensif, élégant. Le public se tait. Seuls quelques rares braillards se font entendre en arrière fond. Piano et batterie s’insinuent doucement sur l’air joué par la contrebasse en lui laissant la maîtrise. Le piano reprend la main et le trio repart à l’attaque.

Intro au piano. Encore du Monk. Je reconnais le thème mais pas le titre. Ces thèmes sont immortels. La musique se tend, se relâche au gré de leurs volontés. Solo chanté de contrebasse caressé par les balais, parsemé de notes de piano.Ca repart en blues à trois. Low down. Ma voisine, Mme John Betsch adore ce trio et le manifeste.

PAUSE

A la pause, Billie Holiday passe en fond sonore.

22h48 : le concert repart. Le tabouret de Jobic est excentré sur la gauche du piano. Pas étonnant qu’il insiste sur les graves et mediums. Le ventilateur a été tourné vers le public. Je bénéficie de bouffées d’air en plus de bouffées de musique.Ca swingue du tonnerre avec les coups de gong.

Solo de contrebasse, grave, profond pour introduire le morceau suivant. Une pause pour permettre au public d’applaudir et aux deux autres musiciens d’entrer dans la musique. Morceau faussement rapide avec des aller-retours, des phrases déliées et des phases heurtées. Ils creusent et trouvent des pépites.

Solo de piano en intro. Il accélère sur place. Contrebasse et batterie aux baguettes le rejoignent. Main gauche ferme sur le temp, la main droite court sur le piano. Ca pulse ! Marche lente de la contrebasse en solo. Musique propice au rêve, à l’évasion. Suit un solo de batterie fait de roulements de tambours fulgurants. La marche a changé d’allure. Elle est plus martiale, plus énergique. Le trio swingue, viril et grave. Retour au Blues toujours sur tempo rapide. Ca se finit sur un dernier roulement de tambours.

Intro au piano. Ca swingue vraiment. Ils ne la ramènent pas. Ils amènent leurs émotions et nous emmènent. Les vagues se creusent, le vent se lève. Pas de souci. Le navire du trio est piloté par un Breton, Jobic Le Masson.

Intro au piano. Morceau plus rapide. Du Monk, non ? Steve Lacy, l’ancien patron de John Betsch, adorait jouer (avec)Monk. Le trio est chaud bouillant. Cependant le jeu du piano souffre de monochromie. Pourquoi s’interdire l’aigu ? Monk ne s’en privait pas lui. Solo bien nerveux de John Betsch. La contrebasse se perçoit derrière. Quelques notes plaquées au piano de temps en temps pour relayer. Puis la relance.

PAUSE

J’avais école le lendemain. Je n’ai donc pas assisté au 3e set. Ce trio rodé aux 7 Lézards, club parisien aujourd’hui disparu, se distingue par sa cohésion, sa joie de vivre, son swing moderne. Il est juste dommage que le pianiste n'utilise pas toutes les touches de son piano.

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Eric Le Lann de retour de New York

Publié le par Guillaume Lagrée

 

 

Le Lann/Kikosky/Foster/ Weiss

Label Plus Loin Music distribué par Harmonia Mundi (2009)

 

Sortie de l'album le jeudi 10 septembre 2009.

 

Eric Le Lann : trompette

David Kikosky : Piano, Fender Rhodes (6)

Douglas Weiss : contrebasse

Al Foster : batterie

 

20 ans après « New York », le Breton Eric Le Lann est revenu à New York enregistrer avec Al Foster, le batteur qui fit le plus long séjour dans la Miles Davis University (1973-1975 puis 1981-1986). S’ajoutent à eux, deux représentants de la jeune garde new yorkaise David Kikosky et Doug(las) Weiss.

 

Le Breton est voyageur. C’est là la moindre de ses qualités. Après des albums où il s’était totalement remis en question, partant dans diverses directions géographiques et stylistiques (Bossa Nova pour " Eric Le Lann - Jean Marie Ecay play Jobim ", Bretagne avec " Origines ", Fusion avec " Le Lann/Top "), Voir ces albums dans la rubrique discographie, en tant que leader,  sur son site. Eric Le Lann revient à un certain classicisme, histoire de rappeler à ceux qui oseraient encore en douter que le digne héritier de Miles Davis et Chet Baker, c’est lui et personne d’autre. Pour ce faire, New York - avec des musiciens du cru - était l’endroit idéal.

 

Au menu, deux ballades prisées par Miles Davis (Yesterdays) et Chet Baker (You don’t know what love is) et six compositions d’Eric Le Lann dont il a fait ses propres standards, remettant cent fois l’ouvrage sur le métier. Il a joué «  Le bleu d’Hortense » en duo avec le pianiste Martial Solal au festival de Jazz à Vannes 1999 et l’a fait chanter en version bretonne sur Origines. D’autres morceaux ont eux aussi déjà été joués, enregistrés par Eric Le Lann. Libre aux auditeurs intéressés de se livrer à un jeu de piste musical pour les retrouver dans ses trente ans de carrière.

 

Eric Le Lann est un musicien lunaire, nocturne et discret. Ici, personne ne la ramène. Pas d’esbroufe, pas d’épate. Ils jouent les notes justes et jouent juste les notes qu’il faut. Tous les morceaux ont été enregistrés en une ou deux prises, comme chez Thelonious Monk, pour s’assurer une fraicheur d’âme. C’est une musique à écouter au calme, en comité restreint, à des heures hindoues. La rythmique est claire, nette, précise. L’efficacité américaine au service du voile de brume qui se dégage de la trompette d’Eric.

 

Qui est cette Hortense au bleu d’hortensia, fleur qui pousse si bien en Bretagne stimulée par le climat et l’ardoise pilée à ses pieds ? Un morceau plus funky, plus joyeux avec le Fender Rhodes sur « Today I fell in Love ». Oui « c’est la nuit Lola » et le Voyage continue jusqu’au bout, conduit par Eric et ses amis made in USA.

 

Eric Le Lann défend cet album sur scène en ce moment avec Dave Kikoski mais sans Doug Weiss et Al Foster remplacés par Thomas Bramerie et Billy Hart. Toutes les informations sur ses concerts se trouvent sur sa page.

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Eddie Rosner, le Jazzman du Goulag

Publié le par Guillaume Lagrée

 

 
 

 

Histoire juive :

« Pourquoi y a t-il tant de Juifs parmi les violonistes ?

Tu te vois traverser l’Europe avec un piano ? »

 

Eddy Rosner, né à Berlin en 1910, mort à Berlin en 1976, jouait de la trompette. Il en jouait si bien qu’après un concours de trompette à New York en 1932, Louis Armstrong lui dédicaça sa photographie en ces termes : «  Au Louis Armstrong blanc, l’Eddie Rosner noir ».

 

En 1933, à Berlin, être Juif et Jazzman revient à signer son arrêt de mort deux fois. Django Reinhardt, Gitan et Jazzman , survécut à l’Ocupation grâce à la protection de Jean Cocteau. Eddie Rosner, entre la mort et l’exil, choisit l’exil. Son erreur fut de ne pas partir dans la bonne direction. Vers l’Ouest, il aurait pu rejoindre Londres puis New York. Il partit vers l’Est, la Pologne et Varsovie.

 

Pourquoi une telle erreur d’orientation? Par amour. L’amour fou pour une Juive polonaise, fille de la reine du théâtre yiddish. A Varsovie, Eddie survit. En 1939, Staline et Hitler se mettent d’accord pour se partager l’Europe de l’Est. Premières victimes : les Polonais, envahis par l’Armée Rouge à l’Est et la Wermacht à l’Ouest. Blague polonaise : «  Dieu  a fait une sale blague à la Pologne. Il l’a mise juste au milieu entre l’Allemagne et la Russie ». Amoureux fou de sa Polonaise, Eddie Rosner passe à l’Est déguisé dans un uniforme allemand. Fait prisonnier par l’Armée Rouge, il se fait reconnaître.

 

La chance lui sourit enfin. Le Premier Secrétaire du Parti Communiste de Biélorussie est un fou de Jazz et possède tous les albums de l’orchestre d’Eddy  Rosner. Il demande à Eddy de créer l’Orchestre de Jazz de l’Armée Rouge. Il lui confie un train, des instruments, des uniformes et l’envoie faire la tournée des troupes pour soutenir leur moral avec du Swing.

 

Comment Eddy Rosner constitua t-il son orchestre ? Avec d’autres rescapés de la barbarie nazie, le plus souvent Juifs, le plus souvent musiciens de formation classique. Des violonistes devinrent saxophonistes, passèrent de Gustav Malher à Duke Elington. Nécessité fait loi.

 

Voici comment l’un des musiciens de l’orchestre raconte son passage à l’Est. Arrêté par la Wermacht, un officier allemand ordonne à un soldat d’aller l’abattre d’une balle dans la tête au coin d’un bois. C’est ce que les historiens appellent aujourd’hui «  La Shoah par balles ». Le soldat et le musicien s’en vont dans la forêt. En chemin, le musicien siffle un air de Schoenberg. Pour siffler du Schoenberg, il faut être musicien. Le soldat intrigué, lui demande : «  Mais c’est du Schoenberg ! Comment connais tu cette musique ?».  «  Je la jouais comme premier violon au Wiener Philarmoniker » lui répond le musicien. «  Moi aussi, je jouais du violon au Wiener avant la guerre ! «  Le soldat regarde le musicien, le reconnaît et lui dit : «  Ecoute mon gars, je ne peux pas descendre un ancien collègue du Wiener. Tu vois le bois là bas ? Les Russes y sont. Je te laisse partir, je vais tirer un coup de feu en l’air. Personne n’ira vérifier que tu es mort. Bonne chance. » Et c’est ainsi que le musicien eut la vie sauve, passa à l’Est et rejoignit l’orchestre de Jazz de l’Armée Rouge dirigé par Eddie Rosner.

 

Pendant toute la grande guerre patriotique (expression russe) de 1941 à 1945, l’orchestre  d’Eddie Rosner, dans son train spécial, joua pour les troupes de l’Armée Rouge, des réservistes de ‘Extrême Orient au front de l’Ouest face à la Wermacht. Un jour, à Bakou, Crimée l’orchestre donna un concert devant une salle vide. Ordre du Parti. Après le concert, Eddie apprit qu’il avait joué devant Staline, seul, caché dans l’ombre de la salle.

 

En juin 1945, triomphe de l’Orchestre qui joue sur la Place Rouge, à Moscou, devant Staline, le Comité central du Parti communiste de l’Union Soviétique et l’Armée Rouge pour fêter la victoire.

 

Après guerre, Staline se rappelle qu’Eddie Rosner est un Juif Allemand né de parents polonais. Cela fait au moins trois raisons de l’envoyer au Goulag. Une seule était déjà de trop. Eddie Rosner se retrouve en Sibérie, dans l’Archipel du Goulag, comme l’a décrit Soljenitsyne. Il n’y se retrouve pas tout seul. D‘autres musiciens de l’orchestre s’y retrouvent aussi, eux aussi Juifs allemands, polonais bref suspects par naissance et par essence pour Staline et ses sbires.

 

Une fois au Goulag, Eddie Rosner crée un orchestre. Il persuade son chef de camp de lui fournir des instruments. Eddie trouve les musiciens et réussit à faire tourner l’orchestre dans divers camps de Sibérie, toujours pour soutenir le moral des troupes. De cette manière, Eddie et ses amis survivent. Staline meurt en 1953, Krouychev lance la déstalinisation. Eddie Rosner et ses musiciens sont libérés. L’orchestre se reforme, joue, enregistre, tourne mais seulement en URSS.

 

Eddie Rosner né à Berlin, veut y retourner, dans une Allemagne républicaine et fédérale. Avec la décrispation kroutchevienne, les contacts avec l’Ouest se multiplient. Louis Armstrong, Duke Ellington, Benny Goodman viennent en URSS, jouent avec Eddie Rosner et lui proposent de venir jouer en Amérique avec eux . Leurs impresarios envoient des courriers officiels proposant des contrats, des concerts, des engagements. L’URSS reste l’URSS et Eddie Rosner y reste enfermé, dans la plus grande prison du monde.

 

En 1973, enfin, Eddie Rosner arrive à Berlin Ouest. Le gouvernement soviétique lui retire sa nationalité et lui bloque ses comptes. Eddie a fait fortune en URSS avec ses albums et ses concerts. Il est à l’Ouest mais son argent est à l’Est. A Berlin Ouest, Eddie est pauvre, vieux, oublié. Il écrit au gouvernement de Bonn pour demander une indemnité comme victime de la Guerre. La lettre lui octroyant des indemnités est arrivée dans sa boîte aux lettres à Berlin le lendemain de sa mort.

 

L’histoire d’Eddie Rosner est racontée dans son autobiographie et un documentaire. Les deux sont passionnants. Des extraits de la musique d’Eddie Rosner sont disponibles ici. Eddie Rosner, de par ses voyages, dans l’immensité terrestre de l’Empire russe, rencontra des cultures caucasiennes, orientales et s’en inspira dans sa musique. Sa version en big band du Caravan de Duke Ellington est absolument unique. Elle vous donne l’impression de voyager à dos de chameau (deux bosses) dans le désert de Gobi.

" Etre Juif et jouer une musique de nègres à Berlin en 1933, c'était vraiment une mauvaise situation. Même quand vous vous appellez Adolf " (Adolf Ignatievitch Rosner dit Eddie Rosner)

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Giovanni Mirabassi en trio

Publié le par Guillaume Lagrée

 

Paris. Le Sunside. Mercredi 19 août 2009. 21h30.

Giovanni Mirabassi: piano
Gianluca Renzi: contrebasse
Leon Paker: batterie

La photographie de Giovanni Mirabassi est l'oeuvre de l'Impétueux Juan Carlos Hernandez.

Démarrage dur au piano. La contrebasse reprend. Tout à coup, la musique s'allège. Retour au thème grave de départ. Et hop, ils brodent. Solo de contrebasse bien encadré par le piano et la batterie. Quelques breaks de batterie pour relancer.Toujours, en fligrane, cette figure rythmique dans le grave, irrésistible. Elle revient par la contrebasse alors que piano et batterie jouent autour.

Ca roule comme la Mer. Leon Parker précis, ferme, léger offre un soutien en acier trempé. Gianluca Renzi tient sa place au centre de l'attaque. Duo funky basse/batterie alors que le piano virevolte autour. La musique commence vraiment à décoller, funy et légère à la fois. C'est une vedette rapide qui file sur les flots. La conrebasse chante en solo. Derrière, ça tourne! La fin descend tout en douceur. Cet effet là marche toujours.

Solo de contrebasse pour introduire une ballade. Grave, méditatif. Duo piano/contrebasse. Le batteur les rejoint con dolcezza. Un peu mièvre à mon goût.

Ca repart plus véloce puis se calme. Je sens qu'ils vont varier rythmes et plaisirs dans ce morcau. Ca swingue bien. Giovanni mène le bal et ses compères suivent sans peine. Breaks de batterie accompagnés par un gimmick rythmique grave. Ca groove. Dans le jeu de Leon Parker sur les tambours, l'influence des congas cubaines est évidente.

Solo de piano pour introduire. Giovanni nous fait le ruisseau tempêtueux qui dévale la montagne. L'ensemble sonne cubain de par le jeu du batteur. Solo véloce de contrebasse. Le piano ponctue, le batteur frotte les peaux de ses mains. Le torrent court à nouveau dans la montagne. Piano contrebasse, batterie aux balais. C'est beau comme un récit de Mario Rigoni Stern.

PAUSE

Attaque à la contrebasse dans l'aigu. Puis retour au grave. Ponctuations du piano. Le cliquetis de baguettes les rejoint. La musique se déplie, se déploie. Solo de batterie: les tambours chantent et grondent. Mon voiin de droite est un passionné. Il mime les gestes du batteur. Il est dedans. Solo de batterie soutenu par une figure rythmique grave qui tourne en boucle jouée par le piano et la contrebasse. Influence africaine dans le jeu de Leon Parker. La tension est palpable. Mon voisin mime le pianiste et chante l'air. Sa compagne est dedans aussi mais plus sagement. Retour à un air léger, chantant en trio.

Giovanni attaque seul une ballade. Le trio joue au ralenti, décomposant le temps comme une montre molle de Dali. Les balais frottent, les cordes de la contrebasse vibrent, les notes du piano s'écoulent goutte à goutte. Tout est sensuel. Ca marche. Malgré la chaleur, devant moi, un homme enlace sa bien aimée. Leon Parker tient un maillet dans la main droite, un balai dans la main gauche. Cela fait un joli effet sonore. Tout est souple, arrondi, tactile.

" You don't know what love is " est introduit sur un tempo rapide au piano. Mon voisin chantonne. Leon Parker joue avec les mains sur les tambours. Ca swingue. Leon a repris les baguettes et ça balance. Ce n'est plus une ballade mais un chant d'allégresse. Solo tout en douceur de Leon Parker, une rareté chz les batteurs (sauf Max Roach bien sûr). Ses maisn roulent sur les tambours. La batterie chante, vibre, résonne, gronde. Le voisin hoche la tête en mesure. Retour au thème en trio toujours en version accélérée. Le voisin chantonne joyeusement. Le piano entraîne les deux autres dans sa farandole. Ils dansent. Mon voisin mime tour à tour le batteur, le contrebassiste, le pianiste.

Une nouvelle ballade. Le couple de voisins passionnés est parti. Il est 23h50. Ils devaient avoir peu que leur carrosse ne se change en citrouille à minuit. La barque fend les flots au rythme synchrone des rameurs. Le contrebassiste chantonne pendant son solo. Mon voisin est remplacé! Ils accélèrent, ralentissent comme un seul homme.

Solo énergique de batterie aux baguettes pour commencer. Roulez tambours! C'est sec, ça frappe mais ça reste mélodieux. C'est " Impressions " de John Coltrane. C'est étrange de l'écouter sans saxophone. Le trio décolle emmené par le pilote Giovanni Mirabassi. Beau solo de contrebasse qui permet d'enchaîner sur " So What " de Miles Davis. Ils vont à rebours de l'Histoire puisque " So What " a précédé et inspiré " Impressions ". Un break de batterie pour enchaîner et relancer le trio. Leon Parker est un batteur coloriste. Il sait trouver des sons avec les bords des caisses, des cymbales cinglés par ses baguettes magiques. Retour à " Impressions " en trio. Ils s'amusent à décomposer le tempo. Ca joue.

PAUSE

Je ne suis pas resté pour le 3e set car j'avais école le lendemain. Giovanni Mirabassi ressemble à Nanni Moretti en plus petit. Son trio  avec Gianluca Renzi et Leon Parker est une vraie trinité. Ces trois hommes n'en font qu'un. Je leur souhaite une longue vie commune en espérant qu'ils ne finiront pas dans le ronronnement ennuyeux du trio Keith Jarrett/Gary Peacock/Jack de Johnette.

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Nelson Veras tout neuf au Neuf

Publié le par Guillaume Lagrée

Paris. Le Neuf Jazz Club. Vendredi 7 août 2009. 20h30.

Nelson Veras : guitare
Gildas Boclé : contrebasse
Marcello Pellitteri : batterie

Ils commencent sans prévenir. Un standard. Contrebasse à l’archet. C’est Paris au mois d’août. La salle est déserte. La musique est belle quand même. Nelson, assis, jambes croisées, déroule tranquille conforté par la contrebasse et la batterie aux balais. C’est « Stella by Starlight ». Nelson joue avec sensibilité, virtuosité en toute décontraction.Le batteru se cherche un peu. Il doit s’intégrer à un duo formé depuis des années. En cherchant, il les trouve.

« Brasil Nativo ». Comme le titre l’indique, ça sonne brésilien. Après des années à Paris, Nelson n’a pas perdu ses racines, heureusement. Contrebasse et batterie se trouvent et propulsent Nelson plus vite, plus haut, plus fort. Nelson nous emmène à la plage sur l’Atlantique Sud. Quel bonheur ! Gildas en solo à l’archet.Ca vibre.

Retour au Jazz. Swing léger et pugnace. « Fly like a butterfly, sting like a bee » (Mohamed Ali). Jeu de guitare vif, nerveux, haché. Ca suit derrière. Marcello les a vraiment trouvés. Solo de contrebasse finement ponctué de ciselures de guitare. Solo de batterie dynamique, nerveux, aux balais. Bonnes vibrations. C’était un morceau de Steve Coleman.

« Marie Louise » une composition originale. De Gildas je suppose puisqu’il entame à l’archet une ballade. Ca ressemble beaucoup aux harmonies d’ « I love You Porgy » (Gershwin). La guitare et la batterie entrent dans le morceau alors que Gildas passe au pizzicato. La musique coule de source. Le temps devient paresseux à les écouter. Langoureux même.

« The Song is You ». Un standard. Gildas lance le morceau, Marcello puis Nelson le rejoignent. Ce swingue, vole, aérien et charnel à la fois. Jeu de questions réponses entre guitare et batterie. Chauffe Marcel !

PAUSE

La salle résonne un peu comme une église. En grand professionnel, Marcello Pellitteri s’adapte et évite de jouer trop fort. Ca repart tranquille et swinguant. Le batteur martèle une sorte de marche funky. C’était un morceau de Steve Coleman. Avec eux, c’est chaud en plus d’être mathématique comme toute composition qui se respecte.

Démarrage en solo de contrebasse. Le batteur malaxe aux balais ; le contrebassiste fonde le tempo et Nelson glisse dessus comme un surfer. C’était « Windows » de Chick Corea.

Marcello Pellitterai a appris certains morceaux du premier coup il y a deux heures lors de la balance. Un grand professionnel. Introduction à l’archet. Gildas continue à l’archet jouant dans l’aigu de l’instrument. Il y a peu de spectateurs mais certains sont bavards. Ils ont des oreilles et ils croient entendre. C’était « Waltz » de Nelson Veras.

« Lilia » (Milton Nascimento). Je retrouve des morceaux que j’ai entendus joués par Nelson en duo avec Jonathan Keisberg dans le même club il y a quelques semaines. Brasil ! Ca danse. Marcello joue puissamment mais tout en retenue pour ne pas déborder sur ses compères. Gildas pose le rythme. Nelson est dans son élément. Ca sent le Brésil, le soleil, la mer et les petits culs des Brésiliennes qui bougent en cadence.

PAUSE

Ca repart à trois avec un standard « I am old fashioned ». Le batteur est aux balais. Comme la musique semble facile, respire avec ces gars là !

« Evidence » (Thelonious Sphere Monk). C’est curieux d’entendre Monk joué par un trio guitare/contrebasse/batterie. Ca le fait. Les compositions de Monk sont si puissantes qu’elles peuvent passer toutes les épreuves. Beau dialogue contrebasse/batterie aux balais. Ca monte en puissance et ça swingue. Old man rebop !

« Besame mucho » un standard immortel, inusable joué comme si c’était la première fois (la primera vez). Tout à coup, Nelson trouve une attaque aiguë, étonnante. La tension monte.

« Body and Soul » pour finir, standard dont la version absolue a été gravée par le saxophoniste Coleman Hawkins en 1939. Introduction par un solo de contrebasse à l’archet. Les ventilateurs font un bruit de fond mais les musiciens ne jouent pas avec. Ils ne doivent pas les entendre depuis la scène. Les balais pétrissent la pâte sonore. La guitare prend le dessus doucement. Après le déroulé de la guitare, le frottement de l’archet sur la contrebasse. Marcello joue tête baissée sur sa batterie, concentré. Ca finit en frottement, glissement, pincement. Con dolcezza. Même les bavards du fond se sont tus sur la fin.

Mieux que la plage, le Brésil à Paris et tant d’autres plaisirs encore. Merci à Nelson, Gildas et Marcello pour cette soirée de grandes délices.

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