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Steve Kuhn Trio Mostly Trane au Duc des Lombards

Publié le par Guillaume Lagrée

Steve Kuhn TrioMostly Trane.

Paris. Le Duc des Lombards.

Mardi 8 février 2011. 22h.

 

 

 

Steve Kuhn : piano

Dean Johnson : contrebasse

Joey Baron: batterie

 

La photographie de Joey Baron est l'oeuvre du Percutant Juan Carlos HERNANDEZ.

 

Joey Baron 


Ca attaque hard bop. Ca sonne comme en 1959. Belle contrebasse rouge. Beau son d’ensemble. C’est à la fois très agréable et un peu vain. En même temps, Steve Kuhn jouait en 1959 avec Scott LafaroJohn Coltrane. Il a le droit de refuser de vieillir. Beau vibrato de la contrebasse en solo. Breaks de batterie très secs, très brefs. Joey Baron c’est bon mais c’est la classe en dessous de Tom Raney à mon goût. C’est tout de même très bien construit avec des plages qui se succèdent, un mouvement tourbillonnant. C’était « Super Jet » de Tadd Dameron.

 

Maurice Ravel « Pavane pour une infante défunte ». Voilà un titre difficile à dire pour un anglophone. Steve Kuhn m’apprend que ce morceau a été transformé aux Etats-Unis d’Amérique en une chanson dont je n’ai pas capté le titre. Le batteur est aux balais. C’est une ballade qui swingue élégamment. Par contre, ça perd en mélancolie, en nostalgie par rapport à l’original. « J’en perçois fort bien les défauts : l’influence de Chabrier, trop flagrante, et la forme assez pauvre. L’interprétation remarquable de cette œuvre incomplète et sans audace a contribué beaucoup, je pense, à son succès.» (Maurice Ravel à propos de sa Pavane).  En l’espèce, l’interprétation est fort agréable mais ne me touche pas.

 

« Jitterbug waltz » de Fats Waller, un des héros de l’enfance de Steve Kuhn.  Intro au piano, bluesy, ralentie par rapport à l’original. Le trio part, sautille, se dandine. C’est très agréable mais il me manque toujours un petit quelque chose, un petit supplément d’âme. Cette musique glisse sur moi sans y entrer. Joli scintillement du piano en dialogue avec une cymbale malaxée aux balais.

 

« Slow hot wind » (Henry Mancini). Pour l’instant je ne vois pas le rapport avec John Coltrane dans le programme. Démarrage contrebasse/batterie dans l’esprit de la Panthère rose, le plus célèbre thème d’Henry Mancini. Ca évoque bien le vent chaud et lent d’une journée d’août . Ca déroule toujours très bien comme un beau tapis. A côté de moi se trouve un jeune homme enthousiaste. Il est le seul à applaudir pendant les morceaux alors que tout le monde écoute. Il se calme vite pour écouter lui aussi. Joli final en distillant dans l’aigu du piano. Contrebasse et batterie concluent.

 

« Adagio » (Steve Kuhn). Morceau écrit pour orchestre à cordes et chanteur. Version instrumentale en trio. Le batteur est aux balais. Toujours pas de John Coltrane à l’horizon. JC ne nous est pas encore apparu. La musique devient plus émouvante. Ils entrent dedans au lieu de la surplomber. C’est une ballade mélancolique. Il est aisé d’imaginer une chanson dessus. Justement Steve Kuhn en a écrit une. Un silence s’impose avant les applaudissements.

 

« Airegin » (Sonny Rollins). Non seulement ils ne jouent pas de John Coltrane mais ils jouent du Sonny Rollins, son rival et ami. Intro en piano solo. C’est bien du hard bop. Joey Baron hache vite et fin le tempo aux baguettes sur une cymbale. Solo de batterie où les tambours sonnent à l’africaine. Logique pour un morceau dont le titre est l’anagramme de Nigeria. Joey Baron se lance, propose beaucoup de choses, virevolte sur les tambours, claque les cymbales, accélère, ralentit.

 

Rappel : « The zoo » (Steve Kuhn). Mon jeune voisin est décidément un fan. Il chantonne l’air. Toujours pas de Coltrane. Ca sonne délicatement, ça balance légèrement. Steve Kuhn chante tenant le micro de la main droite, jouant de la main droite. Quelques secondes de « A love supreme » jouées et chantées par Steve Kuhn. Pour un programme intitulé Mostly Trane, j’hésite entre deux qualifications juridiques : publicité mensongère ou tromperie sur les qualités substantielles de la marchandise ?

 

Peut-être les deux finalement car il n’y avait ni l’âme ni la flamme de John Coltrane dans ce concert fort agréable mais pas mémorable.

 

 

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Ecoutez moi sur TSF Jazz le lundi 14 février à 19h

Publié le par Guillaume Lagrée

      La photographie de la Tour Eiffel est l'oeuvre du Sensuel Juan Carlos HERNANDEZ.

Tour Eiffel

 

Respectables lectrices, estimables lecteurs, j'ai le plaisir de vous annoncer ma participation à l'émission spéciale Saint Valentin de  TSF Jazz le lundi 14 février 2011 de 19h à 20h en direct du Duc des Lombards.

Mon article sur Jazz et Erotisme a attiré l'attention de Laurent Sapir un des deux journalistes de l'émission les Lundis du Duc.

Cet article avait été rédigé pour le numéro spécial Erotisme du magazine BSC News paru en février 2010.

Je ne puis vous annoncer le programme car je ne le connais pas moi même.

Pour mes lecteurs les plus anciens cela ravivera de vieux souvenirs puisque j'ai animé une émission de Jazz sur Radio Campus Rennes de 1996 à 1998. Bonne émission.

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Jubilé Spécial Martial Solal au théâtre du Châtelet le 15 mars 2008

Publié le par Guillaume Lagrée

Martial Solal Special Jubilee.

Paris. Théâtre du Châtelet.

Samedi 15 mars 2008. 20h

Martial Solal

La photographie de Martial Solal est l'oeuvre du Majestueux Juan Carlos HERNANDEZ.

Martial Solal: piano

Stefano Bollani: piano

Mats Vinding: contrebasse

Roy Haynes: batterie

Bireli Lagrène: guitare électrique

Eric Le Lann: trompette

Claudia Solal: chant

Adorables lectrices, charmants lecteurs, j'avais eu l'honneur et le plaisir d'être invité au Théâtre du Châtelet à Paris le samedi 15 mars 2008 pour le jubilé de Martial Solal. J'avais perdu mes notes. Je viens de les retrouver. Les voici. 

 

Deux piano à queue se trouvent côte à côte sur la scène, leurs rondeurs s'épousant harmonieusement. 

" Nulle part ailleurs je n'ai lu que jubilé correspondait à 63 années de pianiste de Jazz " dit Martial Solal. Le programme de la soirée nous est annoncé par le principal intéressé: " Histoire de Blues " en solo, " My funny Valentine " en duo avec sa fille Claudia. J'attends toujours l'album en duo de ces deux là. " Coming Yesterday " et " Incoercible " avec Eric Le Lann et Mats Vinding. Duo de pianos avec Stefano Bollani. PAUSE. Trois morceaux avec Bireli Lagrène. " Roy Haynes avec qui j'ai enregistré dans les années 50. Roy Haynes à cause de qui je ne peux être le doyen de la soirée ". Rappel avec tout le monde. Où est la surprise avec un programme aussi clairement annoncé? Lisez la suite et vous le saurez.

Histoire de Blues en piano solo. C'est la pompe bien particulière de la main gauche de Martial Solal. La gravité de la main gauche est sans cesse perturbée par des fantaisies de la main droite. 

Arrivée de la chanteuse préférée de Martial Solal, Claudia, sa fille. En toute subjectivité, il n'a pas mauvais goût. Claudia commence par ses vocalises si reconnaissables. Puis elle chante. L'avantage d'une voix de femme c'est qu'elle ne peut être comparée à Chet Baker sur cette chanson. Mats Vinding et Eric Le Lann les rejoignent pour Coming yesterday ( à écouter sur l'album " Suite for trio " avec NHOP (contrebasse) et Daniel Humair (batterie), MPS, 1978). Le Lann joue de la trompette bouchée. Claudia vocalise. Le Lann est inspiré ce soir. Ce quartette sans batteur fonctionne à merveille. Claudia vocalise. Eric Le Lann enlève la sourdine, devient plus acide comme Claudia. Sa voix colle à l'archet de la contrebasse alors que Martial trille. Le Lann ajoute un supplément d'âme à cette musique de virtuoses. Claudia transforme un simple " Aah! " en un souffle chaud, grave et envoûtant. Incoercible  tiré de l'album " Exposition sans tableau " du New Decaband de Martial Solal. Réduit de dix à quatre musiciens, le charme fonctionne toujours. Musique labyrinthique et cosmicomique. Solo déchirant, griffant de Le Lann. Le dialogue Solal/Le Lann nourri depuis 1981 ne cesse de nous enrichir.

Solal reste seul sur scène. Arrivée de Stefano Bollani. Martial change de piano. Stefano lance Tea for two  une des scies qu'affectionne Martial Solal. Dialogue de virtuoses. De véritables " ivory ticklers ". Deux vrais crocodiles dans une vraie salle de concert maniés par deux dompteurs de cette classe, ça dégage. Ils sont tellement ailés, légers qu'ils semblent jouer du hautbois. La scène est filmée. Je l'ai retrouvé depuis dans le documentaire sur Martial Solal " Jazz never ends ". Ils se lancent dans  Caravan  (Duke Ellington). Ils changent de piano. Vous reprendrez bien une coupe de Solal?  Embraceable You torrentiel, fougueux, passionné. Ils s'amusent comme des petits fous. Après un tel duo, il faut une pause pour se remettre de ses émotions. " Nous tenons la partition de ce que nous venons de jouer à votre disposition " nous lance en gentil défi Martial Solal. Un autre standard ellingtonien, Take the A train ( Billy Strayhorn). Ce n'est pas Ellington/Strayhorn, c'est Solal/ Bollani, plus démonstratif, plus volubile, plus méditerranéen. Harlem sent le soleil et la mer aux rivages sans nuages, au ciel enchanté comme la chantait Tino Rossi. Ils terminent par une chanson de Barbara, " Y a un arbre, je m'y colle dans le petit bois de Saint-Amand ". Un pur délice.

ENTRACTE

Duo Martial Solal/Bireli Lagrène.

En 1953, Martial Solal fut le pianiste de la dernière séance en studio de Django Reinhardt, une rencontre qui le marqua à jamais. Bireli Lagrène porte une belle vieille guitare électrique américaine à caisse en bois. Il commence seul une ballade. What is this thing called love? Manifestement, eux savent de quoi ils parlent. Nuages (Django Reinhardt). Une belle batterie a été installée dans l'attente de Mr Roy Haynes. Bireli est absolument somptueux, Martial au diapason. Dans un tel moment de grâce chaque seconde se savoure. On voudrait que le temps s'arrête mais il reste toute une vie pour profiter des émotions laissées par cette musique. All the things You are. La musique vole, virevolte comme des papillons sur un champ de fleurs au printemps. Quelle fraîcheur sur un morceau si rebattu joué par des musiciens si expérimentés! Bireli fait la base, le galop du cheval pendant que Martial survole le clavier. Il ne s'agit plus de maîtriser l'instrument mais de le subjuguer, le sublimer. Ces grands standards sont inépuisables s'ils sont joués par des Maîtres de cette dimensions.

Bireli s'en va. Mats Vinding et Roy Haynes arrivent. Roy Haynes commence seul, en étrange, en finesse, faisant parler les tambours. Il sonne très africain. Il est la dernière légende vivante de la batterie. Puis il lance une pulsation de cymbales implacable relancée par la contrebasse alors que le pianiste tricote. Roy Haynes défie le temps et le tempo! Solo de contrebasse ponctué par un cliquetis sur le bord de la caisse claire précis, léger, ponctuel. Série de breaks piano/batterie. Roy Haynes n'a rien perdu de sa finesse, de sa puissance, de son invention. Conversation de haut vol, stimulante, entre piano et batterie. La contrebasse assure le lien. Roy prend les balais après l'intro piano/contrebasse de I remenber April. c'est une ballade certes mais ça pulse. Joli solo de contrebasse ponctué par le hachis ultra fin de la batterie. Solo de piano pour introduire une ballade. Roy reste aux balais. Someone to watch over me. Ca balance puissamment et doucement à la fois. S'ensuit un morceau joyeux, rapide. Nouvelle série de breaks piano/batterie. Solal vole, Haynes ancre. Pour conclure, Solal en trois notes nous joue " Salt peanuts " (Dizzy Gillespie) clin d'oeil amical au bebop et à Roy Haynes.

RAPPEL

Tout le monde revient sur scène pour Yesterdays, un standard des années 30. Curieux d'entendre Claudia Solal dans ce répertoire. Ca aussi, elle sait le faire. Elle n'a pas chanté My heart belongs to daddy mais le coeur y était. Le Lann à la trompette bouchée, véloce, précis et émouvant. 

Martial Solal reste seul sur scène. " J'espérais du renfort mais ils sont un peu âgés. Il faut les comprendre. " Une composition solalienne ouï les trilles mirifiques. La musique est un élixir de jouvence. Une dernière révérence et un geste pour saluer le piano. 

Martial revient encore jouer pour nous remercier d'avoir été très bien. Nous fîmes ce que nous pûmes. Nous essayâmes de suivre. C'est une ballade grave, profonde. Lover Man. Martial Solal au piano, c'est un grand orchestre à lui tout seul. Il termine par Happy birthday to You!

Trois ans après, des souvenirs me reviennent en écrivant ces mots. Des émotions de cette soirée mémorable. Le souvenir d'une discussion quelques jours après, à une autre soirée, chez un voisin de palier. Un couple de ses amis avait été à cette soirée, avait détesté et était parti à l'entracte. J'essayai de défendre Martial Solal, sa musique, ses invités mais nos points de vue étaient incompatibles. Ils le restent encore. Nul n'est obligé d'apprécier l'oeuvre de Marcel Proust, d'entrer dans ses méandres, de s'y laisser emporter mais personne ne peut en nier l'importance, la recherche, la nouveauté, l'originalité. Avec Martial Solal, à mon sens, nous sommes dans le même ordre de grandeur.

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Où écouter Jean Charles Richard en février 2011?

Publié le par Guillaume Lagrée

 

 

La multiplicité des talents de    

Jean Charles Richard: saxophones soprano, baryton.

se retrouve dans les créations musicales qu'il éclaire des reflets cuivrés de ses saxophones.

 

Leonardo GARCIA 

Avec Leonardo Garcia (flûtes traditionelles), Arnault Cuisinier (contrebasse), Min Hye-Sung 

(voix), et Jean-Charles Richard (saxophones, bansuri) 

Le 3 février à 20h30 

Fondation Danoise 

Cité Universitaire de Paris 

 

+  

 

Jean-Marie MACHADO – Jean-Charles RICHARD Duo 

Avec Jean Marie Machado (piano) et Jean Charles Richard (Saxophones - Bansuri)  

Le 4 Février à 20h30 

La Passerelle à Sète (34) 

 

+  

 

David PATROIS "Trio + 2" 

avec Pierre Durand (guitare), Sébastien Llado (trombone), Luc Isenmann (batterie), Jean 

Charles Richard (sax) et David Patrois (vibraphone) 

Le 5 Février 21h 

Jazz au Confluent, Conflans Sainte Honorine 

 

+  

 

Antoine HERVE-Jean Charles RICHARD Duo 

Leçon de Jazz sur le thème «  Wayne Shorter » 

Avec Antoine Hervé (piano) et Jean Charles Richard (Saxophones)  

Le 10 Février à 20h 

LʼArsenal à Metz 

 

+  

 

Eric LONGSWORTH Quartet  

Eric Longsworth (cello - compositions), Rémi Charmasson (guitares), François Verly 

(percussion), Jean-Charles Richard (saxes) 

Le 18 février à 20h30 

Lavoir / Théâtre Georges Brassens à Epinal 

 

+  

 

Pascal BERNE trio & Ensemble à cordes 

Avec Pascal Berne (basse électrique), Andy Barron (batterie) et Jean Charles Richard 

(saxophones – flûte) – Ensemble à cordes du Conservatoire de Grenoble 

Le 22 février à 20h30 

Salle LʼOdyssée à Eybens 

 

 

 

Février,  mois des résidences avec le Claudia Solal SPOONBOX à Achères (78) et

Le trio de Pascal BERNE à Grenoble.

 

 

 

 

France Musique a mis en ligne la diffusion du concert du

 

 

Marc BURONFOSSE 

Sounds Quartet

 

,

 avec Marc Buronfosse (contrebasse), Benjamin Moussay (claviers), 

Antoine Banville (Batterie), et J. C. Richard (saxophones, bansuri).  

Cʼest sur le site de France Musique (émission le Bleu, la nuit) 

 

 

 


 

 

 

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Riccardo del Fra en trio con brio au Sunside

Publié le par Guillaume Lagrée

Riccardo del Fra Trio

Paris. Le Sunside. Samedi 29 janvier 2011. 21h30.

Riccardo del Fra: contrebasse

Marc Copland: piano

Dré Pallemaerts: batterie

Marc Copland

La photographie de Marc Copland est l'oeuvre du Superbe Juan Carlos HERNANDEZ

Un an après un concert dans le même club voici que Dré Pallemaerts s'ajoute au duo Marc Copland/Riccardo del Fra. Billy Hart était pourtant annoncé au programme.

Del Fra commence seul tout en haut de l'instrument. Le silence se fait dans la salle. Il semble tester cette grande contrebasse au beau bois brun. Marc Copland fait signe à une spectatrice bavarde de se taire. Il fait bien. Riccardo continue de parcourir les cordes de son bel instrument. Ca commence à gronder doucement, à swinguer légèrement. Le trio démarre. Personne n'applaudit. Tout le monde écoute. Ca balance subtilement. Jeu très fin, léger, précis des baguettes. Le piano fait la mer. Marc Copland joue plus énergiquement que d'habitude sans rien perdre de son sens de l'espace, du grand air.

Contrairement aux habitudes de la maison personne n'est venu présenter les musiciens avant le concert. Leur musique les présente d'elle même. La contrebasse entre en résonance avec les graves du piano. Ca vibre dans le ventre du spectateur. C'était " L'âme des poètes " (Charles Trénet) puis " I am old fashioned ". Je n'en ai reconnu aucun.

Jeu de cordes entre la contrebasse et l'intérieur du piano. Un standard assez funky dont le titre m'échappe. Duel contrebasse/batterie aux maillets. La contrebasse enchaîne sur un autre standard. On ose à peine applaudit de peur de les déranger dans la construction de leur oeuvre. Le batteur est passé aux baguettes. Il distribue bien. Le piano est heurté., fougueux. Marc Copland me surprend. Il sort du style dont j'ai l'habitude. C'est la marque des grands. Retour au thème de départ. C'était du Monk mais je ne retrouve plus le titre. 

" Someday my prince will come ". Mademoiselle F le reconnaît dès les premières notes. Je lui ai fait découvrir joué par Miles Davis et John Coltrane. Ca démarre entre le piano et la contrebasse. Marc Copland retrouve les airs aérés au tempo suspendu dont il a le secret. Le batteur se glisse aux balais dans la mélodie que la contrebasse impulse et que le piano enlève. Superbe solo du Maestro Riccardo del Fra. Il le porte jusqu'au final. " I am a fool to want You " annonce Riccardo del Fra. Pourtant si Mademoiselle F et moi n'avons pas été victimes d'une hallucination auditive commune, c'est bien la chanson de Blanche Neige que nous avons écouté.

" Talking Blues " (Marc Copland). En effet, c'est un Blues. Marc commence seul. Ce Blues est si parlant qu'il chantonne en le jouant. Ca gronde, vibre, ondule. Le trio démarre. Ca swingue et c'est inquiétant. C'est un Blues de fantômes dansant et riants. Une douce brise envoûtante nous emporte au loin. Au lieu de finir en force comme prévisible, le batteur conclut en douceur.

" A little max " (Duke Ellington) tiré de l'album " Money Jungle " de Duke Ellington ( piano) avec Charles Mingus (contrebasse) et Max Roach (batterie). Del Fra présente le morceau en regrettant qu'il soit peu joué. S'il est peu joué c'est parce que tout l'album " Money Jungle " est un sommet inaccessible. Plus qu'un trio, un triumvirat. Aussi malgré le grand talent des musiciens qui jouent ce soir, je ne peux ôter de ma tête l'original. D'ailleurs, j'ai réécouté l'original dès le lendemain. Même s'il s'agit de musique, il n'y a vraiment pas photo. 

PAUSE

Piano et contrebasse commencent, imposant le silence. Une femme dit: Chut! En quelques secondes, la rumeur des conversations cesse. Le batteur vient s'ajouter aux balais. " Everything happens to me " qu'aimait chanter Chet Baker dont Del Fra fut le contrebassiste attitré dans les années 1980. Enfin c'était juste une citation dans un morceau que je ne reconnais pas. Un air lancinant, obsédant tourne dans l'air. Ils vous emmènent dans un autre monde, en boucles, en spirales. Nom de Zeus, que c'est beau! C'était " It could happen to You " transformé par Del Fra en " It happened to us ". La citation de " Everything happens to me " était donc logique. C'était un hommage au pianiste français Michel Graillier avec lequel Riccardo del Fra a beaucoup joué notamment derrière Chet Baker.

Début assez vif et souple en trio. Une vague de douceur nous envahit. Il y aussi des étrangetés, des aspérités dedans. C'est un standard joué par Bill Evans. C'est bien travaillé pour cacher et dévoiler des standards. Après un beau déroulé au trio, solo de batterie aux baguettes fin, puissant. Les cymbales chantent. En trio, la musique s'écoule comme une source vive. Jeu très fin, léger, subtil qui pulse irrésistiblement sans monter le volume sonore. Une vraie leçon de musique. Le dialogue monte en puissance entre le piano et la batterie aux baguettes. La contrebasse arbitre et calme le jeu. 

Marc Copland commence. Riccardo del Fra le rejoint. Une ballade. Le batteur ajoute quelques coups de maillets en douceur. Encore un standard bien masqué. Le batteur est aux balais. Je pense qu'il s'agit de " In a sentimental mood " (Duke Ellington).

Riccardo del Fra: " On va terminer ce set... " Une spectatrice: " Non! ". Marc Copland: " Ok. You play. " Ils finissent par un mélange de deux morceaux. Sans annoncer lesquels. Trop facile sinon. Ca pulse tout en douceur. C'est leur truc. Je ne reconnais pas le premier morceau. Le deuxième est plus facile: " It might as well be spring ". Solo de batterie aux baguettes puissant, subtil, varié, aéré. Le fluide sympathique circule.

PAUSE

Gorgés de musique et de beauté, Mademoiselle F et moi ne sommes pas restés pour le troisième set et sommes partis ravis.

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Leçon de Jazz d'Antoine Hervé: Charlie Parker

Publié le par Guillaume Lagrée

Leçon de Jazz d'Antoine Hervé

Charlie Parker dit Bird (1920 - 1955)

 

Vendredi 28 janvier 2011. 19h30.
La photographie d'Antoine Hervé est l'oeuvre du Puissant  Juan Carlos HERNANDEZ.
Antoine Hervél
Pierrick Pédron: saxophone alto
 
Ca commence par un Blues en si bémol " Bloomdido " (le nom d'un chien). C'est étrange d'entendre ce morceau sans contrebasse ni batterie. Pierrick le joue fidèlement avec les accents qu'il faut. Pour les puristes, je conseille la version jouée par Charlie Parker,  Dizzy Gillespie,  Thelonious Monk, Curly Russell, Buddy Rich sur l'album " Bird and Diz " ( 1950). Le saxophone alto a pris son envol avec Charlie " Yardbird " Parker. Phil Woods, sax alto qui l'a bien connu, dit que Charlie Parker est un " génie pur ". Parker était métis: père Noir, mère Amérindienne (Chocktaw). Il est né à  Kansas City Missouri ville capitale du Jazz pendant la Prohibition ( le maire était en cheville avec la Mafia qui faisait jouer les musiciens dans les bars. Bref le Paradis des Jazzmen!)
 
" Donna Lee " une composition de Parker en hommage à une prostituée. La musique de Bird vole et tranche comme un rasoir. Belles variations du piano entre medium et grave. Ca swingue! 
 
Bird commença le saxophone à 11 ans ce qui est tard. Il intégra l'orchestre de son école à 14 ans au sax baryton. Un jour à Kansas City lors d'une jam session, le batteur Papa Joe Jones lui lança sa cymbale aux pieds pour le faire taire. Alors Charlie rentra chez lui travailler son sax comme un fou. Quand il en sortit il n'était plus le " Yardbird"  (le " bleu " dans l'armée) mais Bird, l'oiseau du saxophone alto. 
 
" All the things You are " une ballade sur laquelle tout Jazzman a improvisé. Ca se termine par cette fameuse coda jouée avec un son charnu, velouté du saxophone.
 
Charlie Parker a appris en regardant les doigts des saxophonistes ce qui est proprement ahurissant. 
 
Ses influences: Coleman Hawkins, Lester Young pour le saxophone ténor, Johny Hodges ( de l'orchestre de Duke Ellington) pour le saxophone alto. Il a aussi étudié les musiques de fanfare et de cirque. Il a aussi écouté Marcel Mule, saxophoniste classique français.
 
" Embraceable You " (George Gershwin). C'est une ballade que Bird aimait jouer. Toujours le Blues derrière.
En 1937, il intègre l'orchestre de Jay Mac Shann à Kansas City, tourne, arrive à New York.
 
" Au Privave " un morceau d'inspiration latino mais toujours avec le Blues.
 
En 1939, il s'installe à New York. Pour écouter le pianiste  Art Tatum, il devient plongeur dans le restaurant où joue Art. 
 
Charlie Parker était drogué. Quand il arrêtait l'héroïne c'était pour mélanger alcool, tabac et médicaments. Son aura a fait que des jeunes musiciens ont cru pouvoir approcher son génie en se droguant aussi. Erreur fatale. " Moose the mooche " dédié à un dealer. Bird mettait son saxophone au clou pour payer ses doses. Dans les variations les plus sidérantes de Bird, il y a toujours le Blues qui l'ancre dans la communauté noire américaine. 
 
En 1942, il joue 8 mois avec Earl Hines le pianiste attitré de  Louis Armstrong. Bonne école. A force de transformer des morceaux banals, il  a inventé un style le Be Bop. Nouveau look, nouvelle musique, premier mélange de Noirs et de Blancs. Il crée une musique totalement différente du Swing, une nouvelle virtuosité. 
" Confirmation " (Parker) un autre classique du Be Bop toujours joué aujourd'hui. Be Bop est le titre d'une composition de Dizzy Gillespie inspirée disait il par le  " bruit de la matraque du flic sur la tête du nègre ". 
 
Antoine Hervé explique les innovations techniques du Be Bop au piano. Parker avait étudié la musique contemporaine. Il appréciait Debussy, Stravinski, Bartok. Par exemple, l'intervalle de quarte augmentée du Be Bop se retrouve chez Bartok: on passe du fa au fa dièse. La quinte diminuée c'est la même chose que la quarte augmentée. Pourquoi donner deux noms différents à la même chose? Au Moyen Age, la quarte augmentée était l'intervalle du Diable! Cet accord a donné sa couleur au Be Bop. Diminuer la quinte d'un demi ton revient au même qu'augmenter la quarte d'un demi ton. Démonstration au piano. Le saxophone ne joue pas des accords (plusieurs notes en même temps) mais des arpèges (une note après l'autre).
 
Au tour de Pierrick Pédron de jouer au Professeur Be Bopstein (un des noms de scène de Dizzy Gillespie). D'abord une phrase classique de Blues. Puis il les enrichit en installant des cadences. Exemple de cadence 2-5 la base du Jazz. Le style de Parker c'est l'accentuation, l'appui sur des croches. Antoine Hervé transforme la Marche turque de  Mozart en Jazz. De même avec la Marseillaise. Une vraie patriote sort, choquée par le traitement réservé à l'hymne national de la République française. Elle ne doit pas apprécier Django Reinhardt, Serge Gainsbourg et la Marmite infernale non plus.
 
" Cherokee " transformation d'un standard par Charlie Parker. Ca commence à accélérer. Pierrick se lance et décolle. Antoine Hervé n'est pas en reste. 
 
Enfin, le Professor Bop alias Antoine Hervé parle de Dizzy Gillespie et  Miles Davis. Miles savait qu'il ne pouvait pas jouer comme Dizzy. Quand il joua avec Bird, il fit autre chose. De même pour Chet Baker, un petit Blanc qui va vous causer bien du souci disait Bird à Miles et Dizzy.  Pour les cinéphiles, rappelons le film " Bird " de Clint Eastwood (1988) sur la vie et l'oeuvre de Charlie Parker. Miles Davis a refusé de le voir parce que c'est un film de Blancs. Que cela ne vous empêche pas de le voir ou le revoir.
 
Ils terminent par " Now is the time " que  Prince jouait sur scène lors de la tournée " Sign o' the times " en 1987. Cf extrait audio au dessus de cet article.
 
Une bien belle leçon de Jazz. Mademoiselle F a révisé avec joie son solfège. Mademoiselle A est enchantée et reviendra avec des amies à la prochaine leçon de Jazz. J'y serai aussi.
 
Thème: Pat Metheny, guitariste
Invité: Manu Codjia, guitariste
Lieu: Auditorium Saint Germain des Prés à Paris
Date: lundi 14 février 2011 à 19h30
 
" La première fois que j'ai entendu Bird et Diz jouer ensemble ce fut la plus forte émotion de ma vie habillé. Toute ma vie j'ai cherché à atteindre l'émotion que j'ai ressenti la première fois que j'ai entendu Bird et Diz ensemble. Je m'en suis parfois approché de très près mais je n'y suis pas encore arrivé. Je cherche encore " (Miles Davis).

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Les En chanteuses Claudia Solal et Elise Caron sur terre et en mer en février 2011

Publié le par Guillaume Lagrée

Elise-Caron.jpg

La photographie d'Elise Caron est l'oeuvre du Virtuose Juan Carlos HERNANDEZ.

"Léo Ferré : Poète... vos papiers!" 2
Avec le soutien de la Ville d'Argenteuil , de la DRAC Ile de France, de l'ADAMI , de la SPEDIDAM et de la Région Ile de France
par le sextet d'Yves ROUSSEAU 

avec Maria Laura Baccarini et Claudia Solal, voix
Régis Huby, violons - Jean-Marc Larché, saxophones - Christophe Marguet, batterie - 
et Yves Rousseau, contrebasse, compositions et arrangements.
dimanche 6 février 2011 à 16h
à l'Onde - théâtre et centre d'art
8bis, av. Louis Breguet
78140 Vélizy-Villacoublay



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Elise CARON (voix) , Christine Chazelle (piano) et Michel Mussseau (piano-jouet, scie musicale)
dans "Chansons pour les petites oreilles"
- le dimanche 6 février à 16h 
Salle Pablo Picasso, située 60, chemin de la Garenne à La Norville (91).

- l
e samedi 12 février à 17h au Sax - 20 rue des champs à Achères (78)

- les mardi 22 à 15h et mercredi 23 février 2011 à 15h à l'ARCHIPEL
1, rue des iles
29170 Fouesnant-les Glénan

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Quelques concerts de Jazz et de Blues de Paris à Chambéry en février 2011

Publié le par Guillaume Lagrée

Lectrices raffinées, lecteurs esthètes, voici une sélection personnelle personnelle, arbitraire, subjective de concerts pour le mois de février 2011 de Paris (Ile de France)  à Chambéry (Savoie).

Sarah Murcia

La photographie de Sarah Murcia (Caroline) est l'oeuvre du Merveilleux Juan Carlos HERNANDEZ.

Au Sunset à Paris:

Samedi 5 février à 22h le saxophoniste ténor  Olivier Temime et son " Intruder " Quartet

Vendredi 25 et samedi 26 février à 21h30 Magic Malik Orchestra. Il m'est arrivé de quitter un concert de Magic Malik avant la fin du premier morceau. Il m'est arrivé aussi d'écouter ses albums en boucle. C'est dire si ce flûtiste est surprenant.

Au Sunside à Paris:

Lundi 7 et mardi 8 février à 21h le trio du pianiste italien Giovanni Mirabassi à l'occasion de la sortie de son album "  Live in Tokyo ". Attention: ces concerts auront lieu au Théâtre du Châtelet

Vendredi 11 février à 21h  Eric Le Lann en quartet avec  Laurent de Wilde.

Samedi 19 février à 21h le Quartet " Résistance poétique " du batteur Christophe Marguet.

Au Duc des Lombards à Paris:

Lundi 7 et mardi 8 février à 20h et 22h le trio du pianiste Steve Kuhn " Mostly Trane ". Steve Kuhn joua avec John Coltrane avant que celui-ci ne choisisse Mac Coy Tyner comme pianiste.

Au Café de la Danse à Paris:

Mardi 15 février à 20h30 Lalo Zanelli le pianiste du Gotan Project réunira sur scène des amis d'Argentine, de Paris et d'ailleurs pour un concert mêlant Jazz, tango, électro et autres plaisirs inavouables.

Samedi 26 février à 19h30: Régis Huby et Maria Laura Baccarini présenteront sur scène le splendide album " All around ".

Au Studio de l'Ermitage à Paris:

Mercredi 16 février à 20h30. Elise Caron et Lucas Gillet pour une merveille de mélange Jazz/ British Pop " A thin sea of flesh " sur des textes du poète gallois Dylan Thomas ( l'homme en hommage auquel Robert Zimmerman s'est fait appeler Bob Dylan).

Jeudi 24 février à 20h30 dites Yes à Caroline le groupe de la contrebassiste Sarah Murcia.

Au Sentier des Halles à Paris:

Les dimanches 13, 20 et 27 février à 17h30, le Fluturiste André Stochetti vous emmènera dans son univers cosmicomique.

A l'Auditorium Saint Germain des Prés à Paris

Le lundi 14 février à 19h30, leçon de Jazz d'Antoine Hervé. Thème: Pat Metheny, guitariste. Invité: Manu Codjia, guitariste.

Au Triton aux Lilas (Seine Saint Denis, Ile de France):

Samedi 19 février à 20h30 duo entre les pianistes François Raulin et Yvan Robillard. Parents qui payez à vos enfants des leçons de piano, emmenez les, ça leur ouvrira les oreilles et les mains.

La ville d'Ermont (Val d'Oise, Ile de France) organise des concerts de découverte du Jazz à entrée libre au foyer du théâtre Pierre Fresnay:

jeudi 3 février à 20h30 avec le quartette du contrebassiste François Méchali.

A l'Espace Malraux à Chambéry (Savoie):

Le Festival " Les enfants du Rock " aura lieu du jeudi 17 au dimanche 20 février.

" The Blues had a baby and they named it Rock'n roll " (Muddy Waters)

" Sans le Jazz, il n'y aurait jamais eu de Rock'n roll " (Louis Armstrong)

Le concert final du dimanche 20 à 20h30 réunira l'Alsacien Rodolphe Burger (guitariste, chanteur, auteur, compositeur, directeur de festival) monté de sa vallée à l'Américain James Blood Ulmer, le premier guitariste électrique d'Ornette Coleman.

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Prince vu par Médéric Collignon et Sébastien Llado

Publié le par Guillaume Lagrée

 

 

 

Cet article est dédié à mon frère préféré, Benoît, avec qui j'allai voir Prince en concert au Palais Omnisports de Paris Bercy le 1er septembre 1993.  RIP Brother Ben.

 

Entretien avec Médéric Collignon et Sébastien Llado au sujet de Prince.

 

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La photographie de Médéric Collignon est l'oeuvre du Superfunkycalifragisexy Juan Carlos HERNANDEZ.

 

«  ¨Prince est le Duke Ellington des années 80 » (Miles Davis)

«  Je suis un fan invertébré de Prince » (Michel Petrucciani)

« Prince est le Mozart du Rock’n roll » (Serge Gainsbourg et Nina Hagen)

« Prince est l’incarnation vivante de ce qu’il y a mieux dans la musique » (Eric Clapton)

«  Prince est le guitariste le plus sous estimé que je connaisse » (Carlos Santana)

« Prince a pris à James Brown, à Jimi Hendrix et à Charlie Chaplin. Avec tout ça ensemble, comment voulez vous vous planter ? » (Miles Davis).

 

Des trois superstars mondiales nées en 1958, Michael Jackson est mort, Madonna fait des affaires et Rogers Prince Nelson dit Prince continue une œuvre unique de créateur d’univers sonores. Voici comment il présente son œuvre : « On a à peu près tout fait en musique. Ce qu’il reste à faire, ce sont des nouvelles alliances de sons. C’est ce que j’essaie de faire ». « Je fais de la musique parce que si je n’en faisais pas, j’en mourrais. J’enregistre parce que c’est dans mon sang. C’est presque un sort de savoir que vous pouvez toujours faire quelque chose de neuf ». « Créer une nouvelle musique, c’est comme rencontrer un nouvel ami. C’est toujours ce à quoi je pense quand je compose. »

 

Médéric Collignon, Sébastien Llado et moi sommes tous nés vers 1970. Cela fait  plus de 30 ans que le petit génie de Minneapolis, Minnesota, USA (la ville natale de Robert Zimmerman dit Bob Dylan qui, lui , en est vite parti) nous plonge dans son bain pourpre. Cela méritait bien un entretien dans un café parisien le samedi 22 janvier 2011. Café où Médéric retrouva une amie actrice qui partait le lundi 24 pour Minneapolis. Etonnant, non ?

 

Médéric Collignon :

Prince est le seul qui contrôle tout, tout seul depuis le début depuis l’écriture de la musique jusqu’à sa distribution dans le commerce. Depuis le début de sa carrière en 1978, plus il est bizarre, plus ça excite les gens. Il s’appelle Prince Rogers Nelson, le nom que son père John L Nelson, plâtrier et pianiste de Jazz, portait sur scène et lui a donné. Prince a toujours une fibre de Jazzman. Il a commencé à travailler en studio à 16 ans. Parfois il passe en 24h en studio pour enregistrer un morceau, trois ingénieurs du son se relayant en 3*8 face à lui. Prince enregistre piste, par piste, couche par couche, ajoutant et éliminant pour donner de la fraîcheur. Il a ainsi déclaré à propos du double album « Sign o’ the times » (1987) qu’il avait travaillé l’album de façon à lui donner l’apparence d’une démo. 

 

Prince est une des rares stars qui laisse place à l’improvisation sur scène, y compris pour ses musiciens. Il suffit d’aller l’écouter en concert pour s’en apercevoir. Il a toujours un contrat spécial lui laissant toute liberté pour créer. 

 

Sébastien Llado :

C’est un musicien très exigeant, perfectionniste. Un workaholic comme disent les Américains. Quant tu penses qu’il n’est pas satisfait de l’album « Parade » (1986) qui est un chef d’œuvre. Sur « Kiss », il n’y a pas de basse. C’est la grosse caisse qui fait la ligne de basse.

 

Médéric :

Il y a des cimes et des m… dans ses albums. Sur scène, il déménage toujours. 

 

A New York, en décembre 2010, il jouait avec Esperanza Spaulding et Cassandra Wilson. Un autre signe de son lien avec le Jazz. Prince est Témoin de Jéhovah depuis 2004. Il ne chante plus certaines chansons de son répertoire. Rappelons que c’est parce qu’elle a découvert sa fille de 12 ans écouter « Darling Nikki » (album « Purple Rain » (1984) qu’une mère de famille américaine a créé une association qui a abouti à ajouter sur certains albums l’autocollant « Parental advisory : explicit lyrics ».

 

Sébastien :

Pour les gens de notre génération, nés vers 1970, Prince est une énorme influence. Par exemple, quand j’étais l’élève du Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris, un camarade a pris le tutti de cuivres de « It’s gonna be a beautiful night » (album « Sign o’ the times », chanson enregistrée en concert au Zénith de Paris en 1986) et l’a présenté comme son travail à l’examen de sortie. Le jury n’a rien vu et a trouvé cela excellent. Prince ne faisait pas partie des musiciens « légitimes » que les jurés connaissaient.

 

Adolescents, Sébastien Llado et Médéric Collignon voulaient être bassistes de Prince. Pour compenser cet échec relatif, Médéric s’est mis à faire la human bass avec ses cordes vocales et Sébastien  à jouer du tuba. Tous deux remarquent qu’il y a une marque de fabrique, le Minneapolis Sound qui a séduit, en France, des musiciens aussi divers que France Gall, les Rita Mitsouko et Michel Portal.

 

Pour Médéric, même les musiciens classiques sont impressionnés par Prince, son perfectionnisme, son insatisfaction perpétuelle. Sa place sera reconnue plus tard, après sa mort peut-être.

 

Sébastien , lui, joue dans Purple House, un groupe de 14 musiciens et chanteurs, venus du Jazz, qui ne joue que du Prince.

 

Parlons musique. Qu’apporte Prince ? «  Mon truc, c’est d’attaquer dès la première mesure » dit-il.  Exemple : « Erotic City » en tête de cet article.

 

Médéric :

Prince capte l’auditeur. La caisse claire est sur l’afterbeat. La grosse caisse est un miroir, décalée d’une croche. Prince fait bouger latéralement un élément. C’est très sexuel. On n’en attend pas moins de lui. Il écrit avec deux basses ou un effet de basse avec un delay

 

Sébastien :

Prince a aussi une utilisation particulière du synthétiseur, et notamment du son insupportable de Hit Orchestra  (« Housequake », « It » , tous deux dans « Sign o' the times »).Il utilise aussi sur scène le SPD 8, une batterie électronique mais sans mauvais goût, ce qui est très difficile vu l’instrument.

 

Médéric :

Prince joue avec les sens comme Mahler dans sa 8e symphonie lorsqu’il ajoute au milieu de l’orchestre une guitare et une mandoline.

 

Finalement, malgré son image sulfureuse, Prince n’a jamais eu d’histoire de mœurs, d’alcool, de drogue.

 

Pour Sébastien, Prince a un rapport religieux au travail. Il n’a ni le temps ni l’envie pour autre chose

Médéric ajoute qu’il a eu une enfance propre qui lui a transmis des valeurs saines. Il peut avoir mauvais goût, faire des mauvais albums. Il a soixante albums en réserve. Il calcule tout, veut être le maître du jeu. Quand Prince fait un funk ultra noir et des ballades mielleuses, il est monstrueux. Le problème est que la religion le bride actuellement.

Pour Sébastien, Prince est proche de Frank Zappa (un des musiciens favoris de Prince d’ailleurs) qui lui aussi voyait la chute de l’industrie du disque. C’est un animal scintillant et défricheur. Dans la Pop des années 1980, il n’y avait pas grand-chose à part Prince.

 

Quels sont vos albums favoris de l’Artiste ?

 

Sébastien :

« Parade » et « Sign o’the times » tournent en boucle sur mes écouteurs depuis des années. 

Médéric :

« New Power Soul » (1998). « N.E.W.S », 4 morceaux instrumentaux de 14mn chacun. « Rave un2 the joy fantastic » : il met en même temps le son live et le son studio et c’est presque identique avec ce petit truc en plus du live. 

 

Sébastien :

Prince est un multi instrumentiste monstrueux. Personne dans la jeune génération ne dégage autant. C’est un perfectionniste. Ca doit être dur de jouer avec lui.

 

Quelle est l’influence de Prince sur votre musique ?

 

Médéric :

Je m’inspire de certaines rythmiques de Prince. Par exemple, pour jouer du Miles Davis. Prince a le souci de la grosse caisse sur la caisse claire, le souci du rajout, le souci de la charleston et de son ouverture. Prince est plus intelligent que le Rock, plus fin.

En résumé, pour Médéric, Prince est un grand cuisinier.

Ajoutons d’ailleurs qu’il a été jugé le Végétarien le plus sexy au monde.

 

Avec sa complice Sheila E, batteuse et chanteuse, en 1986, " Love Bizarre ". Sheila Escovedo est la fille de Peter Escovedo, batteur de Carlos Santana, le guitariste préféré de Prince, né d'un père Noir américain et d'une mère Latina.

 

 

 

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Manuel Rocheman rend hommage à Bill Evans au Sunside

Publié le par Guillaume Lagrée

Manuel Rocheman Trio 

Paris. Le Sunside. Vendredi 21 janvier 2011. 21h.

Concert diffusé sur TSF Jazz 

 

 

 

 

Manuel Rocheman : piano

Mathias Allamane : contrebasse

Matthieu Chazarenc : batterie

 

Ce soir la salle est archi comble. Je suis assis le nez sur le piano. Manuel Rocheman vient présenter son album hommage à Bill Evans enregistré avec ce trio. « Suicide is painless » thème du film « M.A.S.H » de Robert Altman joué par Bill Evans sur son album « You must believe in spring ». Pour ceux qui n’ont pas vu le film, je ne raconte pas la scène où les infirmières chantent cette chanson. C’est à mourir de rire comme le titre du morceau l’indique.

Ca swingue bien, délicatement. Les balais fricotent tout en douceur sur les tambours. La contrebasse impulse. Le piano part en ballade. Je vois les mains du pianiste se refléter, détachées du corps, sur le piano. Matthieu est passé aux baguettes. Ca monte en puissance

 

Solo de piano pour introduire une ballade. Je ne capte pas le thème. Une vieille dame élégante écoute la musique religieusement derrière le pianiste, les yeux clos, en communion avec la musique. C’est une valse comme souvent chez Bill Evans. Le batteur est aux balais. Le contrebassiste devient leader. Ca mijote bien à la batterie. La contrebasse est d’un beau brun sombre. La musique coule comme une belle fontaine vive, joyeuse, claire. Les cymbales vibrent sous les maillets pour le final. C’était « We will meet again » de Bill Evans.

 

« The touch of your lips », standard qu’aimait jouer Bill Evans. Ca roule tranquille. Les tambours frémissent sous les balais. La contrebasse ancre alors que le piano virevolte clair, léger. Manuel Rocheman n’est pas un disciple de Martial Solal pour rien. En étant si près, le nez sur le piano, je vois que le pianiste bat la mesure des pieds mais n’utilise pas les pédales. De sa formation classique (mettre le lien avec la page sur piano bleu), il a appris à jouer legato sans les pédales. La musique s’anime avec les baguettes sur les cymbales. Son chaud, souple, bondissant de la contrebasse en solo.

 

Introduction au piano. Une nouvelle ballade. Normal, c’est un programme dédié à Bill Evans. Ca s’anime avec l’arrivée de la contrebasse et de la batterie. Ca tourne vraiment bien et ça fait du bien par où ça passe.

Au Sunside, si vous arrivez à l’heure, vous vous asseyez sur des chaises d’église de campagne, en bois, sans paille. Si vous arrivez un peu tard, vous vous retrouvez assis sur des poufs d’école maternelle. Bref, vous avez le choix de l’embarras. Pour vous faire oublier cet inconfort, il y a la musique. Elle est belle ce soir. C’est une composition originale dont je n’ai pas capté le titre.

 

« Valse des chipirons » (Manuel Rocheman). C’est un hommage à un ingrédient de la cuisine basque. Ca doit être délicieux vu le joli résultat que cela donne en musique.

 

La grand-mère élégante écoute religieusement le solo de piano, les yeux clos. La musique se développe dans le grave, la contrebasse l’épouse puis les cymbales sur les balais. Le trio chante. Le tempo ralentit. Ca touche plein cœur sans vous faire souffrir. Emouvant final.

 

Arrêt pour cause de consultation de partitions. « Rhythm changes », une nouvelle composition de Manuel Rocheman. C’est énergique. Cela part, s’arrête, bifurque. Bref cela me rappelle Martial Solal dans l’esprit mais sans copie. La grand-mère élégante a bien mieux vieilli que son mari mais ils restent unis. C’est le plus important. Petite citation de John Coltrane. Ca pulse, saperlipopette ! Matthieu Chazarenc en profite pour faire fumer la batterie aux baguettes. Fouette, cocher !

 

PAUSE

 

La musique est bien agréable mais Mademoiselle F et moi sommes vraiment trop mal assis ce soir. Le concert s’est donc arrêté là pour nous.

 

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