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Why Cie enflamme les Combustibles

Publié le par Guillaume Lagrée

Why Cie?+ Invités.

Les Combustibles. Paris. Jeudi 1er avril 2010. 20h30.

 

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Why Cie:

Yann Cléry: flûte traversière, chant, MC

Olivier Calmel: claviers

Martin Guimbelot: contrebasse

Rémy Voide: batterie

 

Invités:

Pierrick Pédron: saxophone alto

Jérôme Barde: bardophone (guitare électrique)

Juan Rozoff: chant

 

La photographie de Pierrick Pédron est l'oeuvre du Funkallero Juan Carlos HERNANDEZ.

 

 

Le concert a démarré à 21h20 au lieu de 20h30. En semaine, sachant que de nombreux spectateurs doivent se lever le lendemain matin pour aller gagner leur pain à la sueur de leur front, ce n'est pas respectueux du public.

 

Après une intro à la flûte, genre Ka, le serpent du Livre de la Jungle, ça tourne en boucles groovy, puissantes. La flûte plane au dessus d'un gros brouet sonore. Le flutiste chante, brame en angliche. La contrebasse, très amplifiée, sonne comme une basse.

 

C'est tout de même le son boisé de la contrebasse. Tchik, poum, tchik du batteur. Décidément, le flutiste aime l'ambiance Livre de la Jungle. Enfin, option jungle urbaine. Olivier Calmel quitte l'habit du compositeur raffiné ultra contemporain pour celui du Keyboard Wizard à la Bernie Worrell. Y aurait il du Dr Jekill et Mr Hyde chez cet homme? La musique prend forme. C'est hypnotique, puissant, allégé par la flûte et ça ne ressemble pas à une énième copie de Bitches Brew ou des Head Hunters. Personne n'ose encore danser sur la piste. 

 

Je pense que Yann chante en français sur cet air de ballade mais l'hypothèse reste à confirmer. La musique s'accélère, le chant aussi. Ca devient bondissant, sautillant pour replonger dans la volupté langoureuse l'instant d'après.

 

S'ensuit une sorte de ragga plein de bonnes vibrations. Là, il me semble que Yann chante en anglais mais cela reste à démontrer. Indéniablement, ces petits Blancs groovent bien derrière ce grand Noir. Deux avantages majeurs à ce concert: les filles sont plus belles que dans les clubs de Jazz et les places 3 fois moins cher. C'est vrai que ce n'est pas du Jazz et que la Why Cie n'est pas encore dans le Star System. Profitons en avant qu'ils ne s'y vautrent. Je préfère Yann Cléry flutiste à Yann Cléry chanteur. Certes le chant lui permet de déployer son goût pour l'extraversion. C'est le Cab Calloway du raggamuffin en fait. Quand il joue de la flûte, c'est plus sérieux. Derrière ça tourne bien. Olivier est un bon trafiquant de sons, comme disent les Colombiens, aux claviers.

 

Voici venu le temps non pas des rires et des chants mais du morceau de Jazz. Intro par un solo de flûte. Le groupe le rejoint. Ca sonne plus cool, plus jazz en effet. Ah un vrai solo de contrebasse Jazz! Ca allège agréablement. Olivier bondit comme un jeune cabri derrière ses claviers. Joli bruitage entre chant et souffle sur la flûte.

 

Premier invité: Jérôme Barde et son bardophone, guitare électrique qu'il a dessiné et conçu lui même (la caisse a une forme de haricot rouge ). Kouti Kouti. Jolis bruitages entre chant, souffle et flûte qui rappellent le regretté Rahsaan Roland Kirk. Un son mouillé, tordu sort des claviers. C'est fait pour danser debout alors que le précédent morceau était fait pour écouter assis. Nette influence ouest africaine dans les rythmes.

 

Deuxième invité: Pierrick Pédron au saxophone alto. La sonorité délicatement acidulée du saxophone vient alléger ce son très compact. Joli solo de claviers à partir duquel Pierrick s'élance joyeusement. Le son de Pierrick tranche à vif la masse sonore de la rythmique.

 

Le groove s'étire comme un accordéon. Ca balance joyeusement. Jérôme et Pierrick se joignent à la fête. Il y a aussi un coté Babs Gonzales, Monsieur Be Bop, chez ce chanteur. La rythmique pousse derrière un Pierrick de haute volée. Fausse fin puis ça repart joyeusement tous ensemble, tous ensemble, ouais!

 

PAUSE

 

" Summertime " de George Gershwin traité en électro groove. J'ai entendu récemment Jozef Dumoulin procéder à la même opération. Gershwin est décidément inusable. Là je reconnais les paroles. Pierrick prend possession de la scène. Ca tourne bien compact derrière et, en bon demi de mêlée, Pierrick distribue le jeu en stratège.

 

Pierrick s'en va et cède sa place à Jérôme accompagné de Juan Rozoff. Juan Rozoff est le seul Français capable de chanter du Prince en étant lui aussi Superfunkycalifragisexy. Il commence par chanter " Feel U up " une face B de Prince.

 

Groove léger. Son agréable de la flûte. Ca chaloupe bien. La rythmique est dense mais avec des superpositions.

 

Un nouveau morceau aux rythmes ouest africains. Quelques audacieux dansent.

 

S'ensuit un morceau très funky, dans le style de la programmation de Couleur 3 sur la Radio Suisse Romande. Le groove est dense, compact et le chanteur rappe impeccablement. Il semble qu'une certaine Lucille ( comme la guitare de BB King) lui ait brisé le coeur. retour à la flûte.

 

Pierrick et Jérôme remontent sur scène. Groove très profond et souple de la contrebasse. Le batteur martèle sans matraquer. La flûte plane au dessus. Ca fait onduler les gazelles. Groove très dense, sombre que viennent éclairer guitare et sax alto. Ca finit sur un solo de sax Hyperbolicsysquadellimystic. Au moins.

 

Ca repart sur un funk souple, princier, doux et humide.

 

Ma chronique s'arrête là. Ensuite j'ai dansé. La Why Cie et ses amis avaient gagné la partie.

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La tournée du Grand Viret au Duc

Publié le par Guillaume Lagrée

 

Trio de Jean Philippe Viret

Paris. Le Duc des Lombards. Mardi 30 mars 2010. 20h.

 

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Jean Philippe Viret: contrebasse

Edouard Ferlet: piano

Fabrice Moreau: batterie

 

 

La photographie de Jean Philippe Viret et Edouard Ferlet est l'oeuvre de l'Unique Juan Carlos HERNANDEZ.

 

 

 

 

Plus d'un an après, me voici à nouveau face au trio équilibré et créatif de Jean Philippe Viret.Introduction à la contrebasse qui chante tout de suite sous les doigts ailés de Jen Philippe Viret. Les maillets caressent la batterie. Edouard Ferlet vient ajouter une touche de sfumato à la toile. Nom de Zeus, c'est beau! Quelle finesse dans l'échange.Baguette main droite, balai main gauche, Fabrice Moreau varie nos sensations. La musique vole comme un grand catamaran au dessus des flots: légère, rapide, sans se poser. Viret creuse alors que les deux autres nettoient l'espace. La musique monte en puissance avec équilibre et mesure. Le thème obsédant revient par instants. De quoi hanter nos nuits en douceur. C'était " Not yet " (Viret).

 

" Vert " (Fabrice Moreau). intro au piano romantique en diable. Des petits coups d'archet marquent des pas de danse lente. Serait ce " Vert " ou " Verre " tant ce morceau est fragile et clair? Retour au vert avec la musique qui s'agite comme un pré sous le vent. Puis le calme. C'est somptueux, tout simplement.

 

Un morceau plus pêchu mais toujours dans la finesse. Fabrice tient ses baguettes comme un gourmet chinois. Ca pulse, ça gronde.Jeu d'alliances sonores entre les cordes du piano et celles de la contrebasse. Ca pince et ça vibre. Un type bizarre ne cesse de faire des allées et venues à côté du bar. Il passe, s'arrête, reste 1 ou 2mn debout à écouter la musique, s'en va puis revient et reprend le même manège. C'est dire si cette musique inspire la passion. Effets de souffle, de vibration. Ils s'arrêtent et le silence devient leur musique. Ils jouent des nouvelles compositions avant de les enregistrer en studio alors qu'habituellement les musiciens viennent défendre sur scène un nouvel album. C'est la méthode de Prince. Tester la réaction du public à de nouveaux morceaux avant de les enregistrer.

 

Nouvelle composition d'Edouard Ferlet que j'appelerai " Shine " pour simplifier. Ca brille derrière la brume. Ce tro aime les jeux d'ombre et de lumière, comme des marines du Lorrain en musique. Le jeu du pianiste est très nettement inspiré de l'école française: Debussy, Satie. Cette musique est comme le flux des vagues venant inlassablemnt mourir et renaître sur la plage. Mon ame rêveuse s'envole. Tout ce qui brille n'est pas or mais ce " Shine " n'a pas de prix.

 

Un petit swing grave. Une sorte de Blues décalé. Ca change. Le piéton du Duc a cessé son manège. Jeu de bruitage entre percussions, contrebasse, piano. Fabrice fait tinter les rebords métalliques d'un tambourin. Ca monte en transe mais, à la française, sans mysticisme. C'était " Page 345 " (Ferlet).

 

" La barge rousse " (Viret) est un oiseau migrateur capable de faire 11500km sans escale. Chapeau, l'oiseau! Viret fait des passes magiques sur ses cordes. Fabrice tapote ses tambours. Retour du piéton pour 1mn. Peut-être est-ce le gars de la plonge qui s'octroie une pause de temps en temps? Edouard joue du cymbalum avec les cordes de son piano. C'est d'une beauté saisissante évoquant le voyage, la liberté, la fidélité. L'oiseau sait d'où il vient, où il va. Les notes bondissent de la contrebasse comme des dauphins hors de l'eau. Edouard a pris des maillets pour tapoter les cordes du piano. Le trio se lance, file haut et droit comme l'oiseau dans l'azur. " Bravo! " comme dit la dame derrière moi.

 

" Peine perdue ", morceau du dernier album du trio. Intro par un jeu d'archet classique, très rapide. Le piano court au même rythme. Ca sonne comme une belle voiture de sport, rouge vif, montant une route en lacets à vive allure. Le héros va t-il arriver à temps pour délivrer sa belle du château du Roi Krogold? La contrebasse chatonne sous les tapotis de l'archet. Puis elle chante à pleine voix quand l'archet la masse. Quelle somptueuse musique de film romantique! Du sentiment mais pas du sentimental. Fin nette comme un Stop.

 

Le répertoire change, l'identité du trio de Jean Philippe Viret demeure. Réjouissons nous et profitons en.

 

 

 

 

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Antoine Herzog chante l'amour dans la Loge

Publié le par Guillaume Lagrée

Antoine Herzog en quintette.

Paris. La Loge. Dimanche 28 mars 2010. 19h

 

Antoine Herzog: chant

Rose Kroner: chant

Nicola Sergio: claviers

Pierre Jean Fasan: guitare basse électrique

Ariel Tessier: batterie

 

Plus d'un an après, me voici de nouveau à un concert d'Antoine Herzog, jeune auteur/compositeur/interprète français pour apprécier ses progrès. Le groupe s'est étoffé. Au fidèle Nicola Sergio sont venus s'ajouter un bassiste et un batteur. La chanteuse a changé.

 

La première chanson porte sur l'amitié, la famille. Le thème n'est pas fréquent et l'hommage ne sent pas l'épreuve imposée.

 

Suit une chanson d'amour, une ballade qui appelle à suivre son instinct. C'est naïf, pas idiot quoique le conseil puisse s'avérer dangereux à suivre...

 

" Beau salaud " est une chanson qui envisage la relation amoureuse des deux côtés homme/femme. Ce n'est pas bête du tout, délicieusement ironique. C'est dans la lignée de Serge Gainsbourg, dans l'esprit pas dans la singerie comme certaines vedettes actuelles.

 

" Chanson pour un connard " est une chanson sur les moutons, les bénis oui oui. L'esprit de Brassens souffle encore sur la chanson française. Bonne nouvelle.

 

Même sur des claviers électriques, en accompagnant un chanteur, Nicola Sergio reste un pianiste de Jazz. Il sera d'ailleurs sur la scène du Sunside à Paris le mercredi 5 mai 2010 pour défendre son nouvel album. Un nouveau pianiste italien de Jazz à découvrir, recommandé par Giovanni Mirabassi en personne. A suivre donc.

 

" Les mystères de l'espace " sont liés aux souvenirs de rencontres au hasard d'un voyage au Brésil. Belle chanson. La rythmique groove somptueusement.

 

" Jamais je ne t'ai dit je t'aime " est une belle chanson d'amour comme son titre l'indique. Je ne comprends pas pourquoi cette chanson n'est pas encore un tube. Faute de soutien médiatique je suppose. Peut-être faudrai-il qu'une star(lette) la reprenne pour la faire connaître.

 

La chanson suivante porte sur les nuages. Nicola Sergio nous régale mais je préfère écouter Django Reinhardt.

 

La chronique s'arrête avec mon carnet de notes. Antoine Herzog a progressé. Le duo avec la chanteuse est original car il sort du jeu habituel de séduction. Quant aux thématiques, être capable à la fois d'écrire des chansons d'amour romantiques et cyniques, c'est le signe d'un indéniable talent. Je continue de parier sur l'avenir d'Antoine Herzog tant que le Ciel ne lui tombe pas sur la tête.

 


 

 

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Nelson Veras de 3 à 5 au 9

Publié le par Guillaume Lagrée

 

 

 

Nelson Veras Trio.

Paris. Le 9 Jazz Club. Samedi 27 mars 2010. 20h30.

 

Nelson Veras: guitare

Gildas Boclé: contrebasse

Matthieu Chazarenc: batterie

Invités:

Olivier Ker Ourio: harmonica

Helena Dennis: chant

 

 

J'arrive en retard. Je crois entendre un piano et c'est une guitare. C'est dire les pouvoirs magiques de Nelson Veras. C'est très Jazz, très agréable. Deux pies jacassent à la table voisine, gâchant mon plaisir. Je l'écris et elles se taisent. Aurais je moi aussi des pouvoirs magiques?

 

Ca pulse aux balais. La contrebasse pose les bases. Sur ce tapis, la guitare s'envole. L'aisance de cet homme sur sa guitare est toujours aussi sidérante. Joli thcik tchak de batterie derrière le solo de contrebasse. Gildas passe à l'archet, caresse virilement les cordes de la contrebasse. Même en accompagnateur, Nelson est merveilleux. Mes pouvoirs magiques ont cessé leur effet. Les pies jacassent à nouveau. Pendant ce temps là, sur scène, les trois décollent sans effort, construisant leur univers de beauté. L'atterissage se fait tout en douceur comme une plume d'oiseau tombée du ciel. C'était " In our own sweet way " (Dave Brubeck) puis " Triste " (Antonio Carlos Jobim ).

 

" Falendo de amor " (Jobim). Intro à l'archet sur la contrebasse. C'est la saudade. Duo de cordes. Gildas repasse au pizzicato. Le batteur tapote tout doucement de peur de briser la magie. C'est beau, triste et apaisant. Retour à l'archet qui souligne mieux la nostalgie grave de cette chanson. Puis les mains de Gildas reviennent sur les cordes accompagnées du doux frottement des balais sur la batterie. La guitare chante les erreurs amoureuses.

 

Un morceau plus vif, plus dynamique, plus joyeux mais toujours avec une pointe de saudade dessus. Nelson sait aussi faire la basse avec sa guitare électro acoustique. Après le solo de contrebasse impeccable, forcément impeccabl, breaks de batterie aux balais. Un garçon de 10 ans écoute attentivement, la tête dans les mains. Un jeune guitariste peut-être. 

 

" Body and Soul ". Les balais massent les tambours. Du Blues avec une touche  brésilienne. Les notes de guitare scintillent comme des étoiles. Des rustres parlent et rient sur cette musique au prétexte fallacieux qu'ils ont payé leur place. Superbe solo à l'archet de Gildas: grave, glissant, léger.

 

La batterie attaque vive et joyeuse aux balais. Ca balance. " Besame mucho " sur un tempo rapide. Un petit bijou. Matthieu a repris les baguettes. La guitare virevolte, brille de mille feux. J'espère que Barney Wilen déguste cette version de là où il se trouve. Solo de batterie où les tambours chantent, roulent, ponctués par les vagues précises des cymbales. La guitare s'élance, bifurque, s'arrête, repart, sans cesse surprenante.

 

PAUSE

 

Une bossa nova très tranquille, relax et pourtant, ça pulse. Au milieu de rustres qui parlent, se mouchent, la beauté de la musique plane, s'élève. Des vagues de bonheur, de chaleur se succèdent sans cesse. C'était " Brasil nativo " composé par un Brésilien dont les musiciens ont oublié l'identité.

 

Une ballade Jazz lancée à l'archet. Je reconnais l'air mais pas le titre. Gildas le joue parfaitement juste, ponctué par quelques accords de guitare. Matthieu fait chatoyer les cymbales. Gildas ponctue souplement à la contrebasse. La guitare se ballade, tranquill sur ce standard dont le titre m'échappe encore. La musique devient plus virile, plus énergique. La guitare est touchée par la Grâce. C'est " How deep is the Ocean " que Chet Baker chantait magnifiquement. Beau solo à l'archet, profond comme l'Océan. Normal, c'est un Breton qui joue. Le lien entre la Bretagne et le Brésil, c'est l'Océan Atlantique. Ce soir, c'est la musique. Grave plantage. C'était " Stella by starlight ". En gage, je vais réécouter Chet Baker jouer et chanter ces deux standards pour bien saisir tout ce qui les sépare.

 

Olivier Ker Ourio, un Réunionnais descendant de marins bretons comme son nom l'indique, s'ajoute au groupe. Intro en solo de l'harmonica. Ca doit être un standard. Je cherche. Ce gaillard dépasse nettement les limites de son petit instrument. Il sort de la guitare de Nelson des paillettes d'or, des bulles irisées. Pendant le solo de contrebasse, les mangeurs mangent mais les parleurs se taisent. L'harmonica devient chaud, tendre.

 

J'avais repéré dans le public une dame Noire Américaine qui avait tout l'air d'être chanteuse de Jazz voir de Blues. C'en est une. Helena Dennis monte sur scène pour chanter " Boy from Ipanema ". Version en anglais, au féminin pour un beau garçon. C'est charmant. Cette dame sait chanter, swinguer, jouer avec le micro. La chanteuse s'asseoit, la rythmique ronronne et Nelson nous fait la plage d'Ipanema, la Mer, le soleil, le vent, les vagues, les jolies filles et les beaux garçons. Enfin, tout ce qu'il faut pour être heureux. Olivier prend le relais avec l'harmonica. Il descend de scène, passe le micro à Helena qui repart. Cette femme là sait faire le show. Elle improvise même des paroles pour nous dire au revoir. Assis à sa table, Olivier l'accompagne sans micro.

 

" Alone together " un standard. C'est léger, frais comme un vent du matin sur une plage déserte. Il y a du soleil et un voile de brume. Au départ, c'est une ballade et maintenant c'est devenu un tapis persan chatoyant, mordoré et multicolore. Retour  au thème clair, lumineux à la guitare.

 

Dernier morceau avec Olivier Ker Ourio. Le batteur est aux maillets. " Cool, quoi " a indiqué Olivier.  Effectivement, c'est plutôt cool. On dirait qu'il joue de l'accordéon. " Estate " chanson italienne que Claude Nougaro adapta sous le titre " Un été ". Nous ne sommes qu'au début du printemps. C'est un été nostalgique. Harmoniciste, guitariste, contrebassiste, chacun déroule son solo tranquillement. Puis le quartet repart léger, vibrant comme une brise parfumée d'un soir d'été.Fin tout en souplesse, en douceur.

 

Nelson Veras est Brésilien et guitariste. C'est un Géant et il vit à Paris.

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Des Bretons débarquent à Paris: Eric Le Lann et Pierrick Pédron au Duc des Lombards

Publié le par Guillaume Lagrée

Eric LE LANN en Quintette.

Paris. Le Duc des Lombards. Vendredi 26 mars 2010. 20h.

 

 

 

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La photographie de Pierrick Pédron est l'oeuvre du Véridique Juan Carlos HERNANDEZ.

 

 

Eric Le Lann: trompette

Pierrick Pédron: saxophone alto

Pierre de Bethmann: piano

Sylvain Romano: contrebasse

Jean Pierre Arnaud: batterie

 

 

Ca commence par une ballade, une composition d'Eric prise sur un tempo latino. C'est soudé. Premier solo d'Eric, puissant et émouvant. Ca swingue tranquille. Au tour de Pierrick de s'envoler. Pas de doute, il y a de la maîtrise. Au tour de la rythmique de chanter cette ritournelle pour une demoiselle. Fin decrescendo avec Eric Le Lann qui tient la mélodie sur le fil de l'émotion.

 

Pierrick cherche sa partition. Le piano commence à tripoter. C'est une autre composition d'Eric. Je bats la mesure du pied droit tout le temps. C'est bon signe. Toujours ce son écorché vif d'Eric. J'attends toujours le troisième joueur de biniou entre ces deux Bretons, l'Américain Rick Margitza au saxophone ténor. Le Lann et Margitza, ça sonne. Le Lann et Pédron, ça sonne. Eric, Rick et Pierrick, qu'est ce que ça sonnerait! Par Toutatis, Pierrick envoie sévère à l'alto, bien poussé par la rythmique. C'est rapide, fort et bon. Il ne s'enferme pas dans la virtuosité démonstrative. La rythmique monte en puissance avec un swing léger et impérieux. Petits breaks de batterie, bien sentis. Un dernier pain du batteur pour finir.

 

Un Blues lent. Ca sonne breton. D'ailleurs Eric le joue sur son album " Origines ". Pierrick met le feu à cette ballade entêtante que ne lâche pas la rythmique. C'est une sorte de marche, de procession, bref un truc de Bretons. Jolie fin dans un murmure entre piano et batterie.

 

La rythmique se lance sur un air au swing latin. Là c'est du Jazz. " You don't know what love is ", une ballade prise sur un tempo rapide. Pierrick démarre à fond les manettes. Le groupe reprend la mélodie. Ca tourne bien, souple dans les virages. Au tour d'Eric de mener énergiquement le bal. Accompagnement léger de la contrebasse pour le solo de sax alto. La rythmique accélère, chauffe, surfe. Premier solo de contrebasse. Les notes bondissent relayées par la batterie qui swingue mezzo voce. Le pianiste vient placer quelques accords puis le quintette repart. Petit final swinguant, léger, pétillant. Le batteur tapote les tambours de ses mains pour donner encore plus de chaleur à la musique.

 

Une Bossa Nova, " Night and Day " (Jobim) que Le Lann a joué en duo avec Martial Solal au piano (Jazz à Vannes, 1999) et Jean Marie Ecay à la guitare ( Le Lann & Ecay play Jobim). Duo piano/trompette. Les notes s'envolent dans l'air comme des bulles de nostalgie. La rythmique démarre en douceur mais, curieusement, le batteur n'est pas passé aux balais.C'est une musique pour caliner sa belle amie. Solo de contrebasse souple, relax avec le tapotis de la batterie et quelques accords de piano. Le groupe repart, emmené au large par la trompette d'Eric. Pierrick est assis au bord de la scène et déguste la musique en hochant la tête en mesure. 

 

Intro du piano en solo. Au tour de PIerrick d'être le seul souffleur sur scène. C'est une ballade, un standard " I can't get started ", cheval de bataille de Dizzy Gillespie. Duo piano/sax alto. L'expression " jouer sur du velours " a été créée pour cette musique. Le batteur est enfin passé aux balais. Applaudissements timides quand Pierrick se tait. On n'ose pas déranger. La rythmique se promène tout le long de la mélodie. Solo total de saxophone alto. S'il y a des altistes dans la salle, ils se prennent une claque. C'est dense, puissant, émouvant. Final avec les maillets qui font vibrer tambours et cymbales.

 

Un morceau joyeux, funky, " Today I fell in love " (Eric Le Lann). La contrebasse pulse, tchak tchak tchak de la batterie, le piano ponctue. Même en acoustique, ça sonne électrique. Le quintette part à l'attaque entre souplesse et énergie.

 

Le duo Eric Le Lann/Pierrick Pédron reste une valeur sûre sur scène. Le spectateur en a pour son pesant d'émotion. Le jeu est généreux, chaleureux, émouvant, la technique étant au service de la musique et non l'inverse comme certains virtuoses aussi excitants que des théorèmes de physique nucléaire. Par contre, le répertoire ne varie guère. Vous le retrouverez sur divers albums d'Eric Le Lann dont le dernier en date enregistré à New York avec des Américains. Il est vrai que ce groupe joue peu car Pierrick Pédron a ses propres projets en leader qui, grâce aux Dieux, marchent bien. Si j'avais les compétences et l'argent du regretté Teo Macero, je mettrais dans un studio Eric Le Lann, Pierrick Pédron et Rick Margitza, après les avoir laissé choisir leur rythmique ( Dan Tepfer, François Moutin, Nasheet Waits au hasard) et ne les laisserait sortir qu'après avoir enregistré du neuf, de l'exigeant, du subtil, du sublime comme ils peuvent le faire si on leur en laisse le temps et les moyens. En attendant, toute occasion d'entendre jouer ensemble sur scène les deux Bretons, Eric Le Lann et Pierrick Pédron est à saisir sans barguigner.

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Le Blues au piano par Antoine Hervé

Publié le par Guillaume Lagrée

Le Blues au piano

Leçon de Jazz d’Antoine Hervé

 

Mardi 16 mars 2010. 19h30. Auditorium Saint Germain des Prés. Paris.

 

 

 

Antoine Hervé

La photographie d'Antoine Hervé est l'oeuvre du Bluesy Juan Carlos HERNANDEZ.

 

 

Le professeur Hervé nous explique le rôle du piano pneumatique dans l’apprentissage des pianistes de Jazz. Thelonious Sphere Monk a appris le piano en regardant le piano pneumatique. En regardant, en restituant, en se trompant, les musiciens ont créé. Pour jouer le Blues au piano, Antoine Hervé porte un beau chapeau que le mélomane averti retrouve sur certaines de ses pochettes d’albums. En bref, cet homme travaille avec chapeau, pas du chapeau.

 

Au début, la musique est très simple. Démonstration avec un Blues basique et une petite pulsation. La Blue Note  : les degrés 3, 5 et 7 sont abaissés d’un demi ton. C’est une complainte car cela vient de la voix humaine. Effectivement, cela sonne bluesy. «  Pendant longtemps j’ai cherché à jouer les blue notes et je n’y arrivais pas. Et puis je me suis dit que j’étais Blanc, Juif et que je devais jouer ma musique : Gershwin, Kern, Hammerstein, Irving Berlin. J’ai laissé tomber les blue notes » (Lee Konitz).

 

La musique de la Nouvelle Orléans est faite pour danser, jouer dehors. Le Blues est monté en ville, avec la nostalgie du Sud. « Do You know what it means to miss New Orleans  ? ». Certains esthètes raffinés comparent le thème de cette chanson avec la célèbre prière juive " Si je t'oublie, O Jérusalem ". C’est le Blues du campagnard émerveillé par la grande ville, la démarche hésitante du péquenot sur le trottoir goudronné.

 

« Blue Monk » le morceau par lequel Thelonious Sphere Monk introduisait tous ses concerts. Le Blues urbain et extra terrestre de Thelonious Monk (1917 – 1982).

 

Dans les années 1930 apparaît le boogie woogie qui fait valser les fauteuils. Mon premier concert de Jazz,  ce fut du boogie woogie à l’âge de 6 ans, sous la conduite paternelle. Beau souvenir. C'est là que j'ai attapaé le virus du Jazz. Pinetop Smith, auteur de « Pinetop Boogie Woogie ». basée sur la grille du Blues, cette musique vient du rythme des trains (les bogies sur lesquels les vagabonds voyageaient cachés sous les trains). Le piano romantique vient du rythme du cheval (démonstration par Antoine), le boogie woogie du rythme des trains à vapeur (démonstration). Quant au TGV, il  a inspiré un morceau à Eric Le Lann.

 

Dans le boogie woogie, des duels d’improvisation avaient lieu entre musiciens, after hours (Voir le film de Martin Scorsese ou  écouter Dizzy Gillespie avec les deux Sonny, Rollins et Stitt). Les musiciens jouaient jusqu’au bout de la nuit, jusqu’à ce que l’adversaire craque et cesse de jouer. Démonstration du shuffle avec Just a gigolo.

 

Après la démonstration, Antoine joue sur du velours avec « Learning the Blues ». A ma montre, il est 20h10, au feeling, il est 3h10 du matin. Petite citation de « Smoke gets into your eyes » (Cole Porter), la chanson préférée d’Eva Braun.

 

Meade Lux Lewis et ses tremolos d’accords, un Maître du Boogie Woogie. Démonstration par l’exemple de trémolos, pas mollos. Le Chicago breakdown de Big Maceo. La main gauche est lourde et rapide à la fois. Menphis Slim, pianiste et chanteur, pilier des clubs de Jazz parisiens des années 1950 aux années 1980.

 

La pulsation peut être binaire ou ternaire. Style Fast and Furious dont le nom révèle l’essence.

 

Autre genre, le style lazy de La Nouvelle Orléans et le « Blueberry Hill » de Fats Domino qui a fait le tour du monde.

 

Le Blues peut avoir un rythme latin. 3 notes dans une mesure. 2 longues puis une courte. Démonstration de habanera avec Bizet « L’amour est enfant de Bohême » dans « Carmen ». Petit à petit, en accélérant le rythme, Antoine Hervé traverse l’Atlantique pour arriver de l’Espagne à l’Amérique.

 

Le Blues peut aussi se jouer en binaire. Comme le chantait Muddy Waters : «  The Blues had a baby and they named it Rock’n roll ». A la main droite, les appoggiatures comme on dit rue de Madrid (Paris, 8e arrondissement, siège du Conservatoire supérieur de Paris, conservatoire national de région pour l’Ile de France), la rue où vous pouvez entendre répéter des clarinettistes à 8h30 le matin. Dans le chant classique européen, le chanteur doit sonner comme un instrument, le plus propre et le plus net possible. Au contraire, dans le Jazz, ce sont les instrumentistes qui doivent sonner comme les chanteurs qui eux imitent des bombardiers, des mitraillettes, des loups, des camions, des locomotives, des chevaux…

 

Autre école, le trumpet piano style d’Earl Hines, ancien trompettiste qui fut le meilleur pianiste de Louis Armstrong, transposant au piano les innovations de Louis à la trompette. Les trémolos d’Eral Hines imitent la trompette, l’harmonica. Earl « Father » Hines, le père des pianistes de Jazz.

 

Antoine Hervé ne tient pas parole. Il chante. Toutefois il ne pleut pas dans la salle. Dans le cadre des 12 mesures, les accords de passage passent très bien. Les doigts sont écartés au maximum pour couvrir une palette plus large sur le clavier. Démonstration de walking bass : la basse marche, même au piano. Des pianistes comme Count Basie, Duke Ellington ont emprunté des solutions harmoniques à Debussy, Satie, Ravel, Stravinsky.

 

Exemple de Blues en mode mineur avec Expressions de John Coltrane. Puis d’un Blues à 6 temps avec Footprints de Wayne Shorter. John Coltrane est allé vers l’Afrique, le modal avec un son énorme. Antoine Hervé nous imite Mac Coy Tyner le pianiste de John Coltrane. En ré majeur, c’est un Blues classique. En ré mineur, c’est un Blues à la Mac Coy Tyner.

 

Un autre Blues en mode mineur, rapide, « Steps » de Chick Corea (album « Now he sings, now he sobs » avec Miroslav Vitous et Roy Haynes. Attention, chef d’œuvre !).

 

« Rambling » d’Ornette Coleman, un Blues inspiré par la Nouvelle Orléans.

 

Après ce panorama de l’influence du Blues sur le Jazz, le Professeur Hervé aborde celle du Blues sur le Rock’n roll. 

 

Muddy Waters, Howlin’ Wolf, Chuck Berry, autant d’influences majeures pour les rockers anglais des 60’s. Les Rolling Stones firent passer Howlin Wolf et Muddy Waters à la télévision américaine, les sortant des studios de Chess Records où ils les avaient trouvé employés à repeindre les murs. « Si vous deviez donner un autre nom au Rock’n Roll, vous devriez l’appeler le Chuck Berry « (John Lennon). «  Je me demandais pourquoi Chuck Berry parlait toujours de son putain de pognon et jamais de sa putain de guitare. La première fois que j’ai joué sur scène avec lui, j’ai compris pourquoi il ne parlait jamais de sa putain de guitare »  (Keith Richards). « Seuls ces crétins de Blancs Américains croient qu’Elvis Presley est le Roi du Rock’n Roll. Le reste du monde sait que c’est Chuck Berry »  (Miles Davis). Exemples de Blues des Rolling Stones avec « Love in vain » et « Back street girl ».

 

Le Blues est devenu classique. Il est imité, joué. Chez Baudelaire, c’est le spleen. Le bleu est la plus profonde des couleurs. En breton, glaz signifie à la fois bleu et vert car la Mer passe sans cesse de l’un à l’autre.

 

En rappel, « Satisfaction » des Rolling Stones. Jolie improvisation dans l’esprit du Blues traditionnel sur un standard du Rock’n roll. Le public, lui, est satisfait.

 

Un regret tout de même: le professeur Hervé n'a pas évoqué le plus flamboyant des pianistes de la Nouvelle Orléans, Mr Jelly Roll Morton bien connu des lecteurs de Jazz et Erotisme.

 

Voici les dates et les thèmes des prochaines leçons de Jazz à l’Auditorium Saint Germain des Prés, toujours à 19h30 :

Jeudi 1er avril « Richard Clayderman et le complexe du chandelier » (Richard Clayderman est un Premier prix du Conservatoire de Paris comme Michel Legrand et Jean Luc Ponty. Respect.). Je ne serai pas à Paris ce soir là.

Lundi 28 juin : « Les rythmes africains » avec Mokhtar Samba, batteur et percussionniste sénégalais. Je veillerai à y être.

 

 


 

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Des Belges à Paris: Jozef Dumoulin&Lidlboj au Sunset

Publié le par Guillaume Lagrée

 

Jozef Dumoulin & Lidlboj.

Paris. Le Sunset. Samedi 20 mars 2010. 22h.

 

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Jozef Dumoulin : Fender Rhodes, claviers

Eric Thielemans : batterie

Bo Dewerf : saxophone baryton, ordinateur personnel

Linn Cassiers : chant, jouets, effets

 

La photographie de Jozef Dumoulin est l'oeuvre de l'Explosif Juan Carlos HERNANDEZ.

 

L’ambiance s’installe doucement. Jozef sort une étrange ballade de son clavier. Linn Cassiers chante assise. Le saxophoniste joue de l’ordinateur pour l’instant. Le batteur pétrit aux balais. Je reconnais les sonorités étranges et familières de l’album «  trees are always right ». A part le batteur, tout le monde bidouille de l’électronique dans ce groupe. La salle est presque vide. Les Parisiens manquent de curiosité. Les instruments, la voix glissent sur une lame de son enregistré. Une sorte de descente harmonique en boucle vient conclure le morceau. Je n’ai pas capté le nom du premier morceau. Le deuxième s’appelait « Upside down ».

 

Frappe très sèche sur les tambours. Le son grave du batteur vient ajouter une touche grave à l’ensemble. Linn s’amuse à jouer avec des jouets sonores. La climatisation est glaciale, trop forte par rapport au nombre de spectateurs présents. La musique est parsemée d’éclairs sonores, tendre, douce. Dialogue voix/claviers. De l’ordinateur sortent des grincements de gonds qui manquent d’huile. La voix et les claviers viennent fluidifier l’ensemble. Rythme planant, ambiance éthérée. Ca me donne un frisson à la racine des cheveux. Très rares sont les musiques qui me font cet effet là. Bessie Smith chantant « Saint Louis Blues » accompagnée par Louis Armstrong par exemple. Le saxophoniste joue vraiment de l’ordinateur personnel, étant donné ce qu’il sort des entrailles de la machine. Ils nous emmènent dans des pays imaginaires. Au fond de la salle, des fâcheux viennent perturber ce bel agencement sonore par la rumeur de leur conversation. Plusieurs ambiances se croisent et se mêlent. En montant le volume sonore, ils couvrent les conversations. Malheureusement, ils tombent dans le bizarre et le bruyant. Cela devient désagréable. Ils finissent pourtant par arriver à une mélodie que j’aime sur l’album mais après trop de détours et de trafic à mon goût. Ils feraient bien de régler la circulation des sons. Pour la première fois, saxophone baryton et voix chantent ensemble. Ah, enfin une mélodie de l’album, sombre, planante.  Ca redevient beau, envoûtant.

 

PAUSE

 

Je ne suis pas le seul à souffrir de la climatisation. La chanteuse a mis un gilet avant de monter sur scène. Ils jouent « Roger et ses gâteaux » puis « Lips ». Ils ne contentent pas de jouer le nouvel album. Sont ce des morceaux anciens ou nouveaux ? Je l’ignore. Le saxophone baryton a repris un son habituel. Le batteur martèle bien. Morceau ludique, bien structuré avec des hachures, des surprises et toujours ce sens du mystère propre à ce groupe. Ca progresse par zigzags et à coups comme une équipe de rugby mais ça progresse.

 

Diffusion du discours enregistré et incompréhensible d’une femme. Bo a repris sa place devant le clavier d’ordinateur. Le batteur entame une marche. Son trafiqué du baryton. Jeu de batterie léger et puissant qui fait monter la sauce. Claviers scintillant dans un aigu métallique. Dans le deuxième set, saxophoniste et chanteuse jouent bien plus souvent ensemble que dans la première. Jolie montée harmonique entre voix et sax. Jozef joue sa comptine alors que les tambours roulent. Un vieux monsieur que je vois régulièrement au Sunset/Sunside se lève et s’en va. Décidément il n’aime pas. Le chant devient murmure, le sax pur souffle, la batterie frappe et malaxe, le clavier distille les ambiances entre lent et grave, rapide et aigu.

 

«  I loves You, Porgy » (George Gerswhin). Un duo voix/claviers qui sonne étrange et familier à la fois. Linn est fidèle au texte et à la mélodie. Jozef brode joliment autour. Ils prolongent le plaisir, Linn  chantant plusieurs fois la même chanson.

 

Retour du son enregistré avec une voix de femme étrange dans une langue étrangère. Le clavier brode autour. Jozef Dumoulin est un amateur de sons froids. Un héritage du climat belge ? Le quartet est parti. Grosse ligne de basse. Le batteur martèle.

 

Ma compagne ne supporte plus ces bruitages et s’en va. Moi-même je fatigue et je la suis peu de temps après.

 

Autant je suis émerveillé par l’album « trees are always right » de Jozef Dumoulon & Lidlboj, autant ce concert m’a  le plus souvent déçu, malgré quelques instants de grâce. Ce qui était étonnant est devenu énervant, ce qui était surprenant agaçant. Trop de dissonances, pas assez de repères pour l’auditeur à mon sens. Je continuerai d’écouter l’album et je pense que je reviendrai à un prochain concert de ce groupe pour vérifier s’il est mieux structuré sur scène.

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Stan Getz&Kenny Barron People Time

Publié le par Guillaume Lagrée

 

People Time. The Complete Recordings. 7 CD.

Emarcy. Universal Music France. 2009.

Stan Getz: saxophone ténor
Kenny Barron: piano

Enregistré en concert au Café Montmartre, Copenhague, Danemark, les 3, 4, 5 et 6 mars 1991.

" En fait, nous aimerions tous sonner comme cela. La vérité est que nous ne le pouvons pas " (John Coltrane parlant de Stan Getz au nom de la confrérie des saxophonistes ténors).

Amateurs de bruit et de fureur, fuyez cette musique. Elle n'est pas pour vous. Plus que d'une musique, d'un concert, il s'agit ici d'une leçon de vie. Trois mois avant de mourir du cancer, Stan Getz nous livre son chant du cygne en compagnie de son dernier accompagnateur, le dernier pianiste selon lui, Kenny Barron. La souffrance est là. Stan Getz a du mal sur les tempos rapides. Son son n'est plus si pur, si aérien. En échange, jamais il ne s'est autant livré, mis à nu.

Quel courage pour commencer ces concerts par " I am all right, I am okay " alors que le crabe le ronge!

Quelle élégance pour cette dernière version des "Feuilles mortes " ('" Autumn leaves " pour les Américains).

Ils jouent aussi une autre chanson française " Que reste t-il de nos amours?" de Charles Trénet ( " I wish You love " pour les Américains).

Pour cette version de " First song (for Ruth) ", Charlie Haden écrit un mot de remerciement dans la pochette de l'album. C'est bien le moins. Charlie Haden a écrit ce morceau pour son épouse, Ruth et Stan Getz le joue tellement bien... Cf extrait audio au dessus de cet article.

Enfin, il y a " People Time " de Benny Carter, le temps des gens, de s'aimer, de se retrouver, de dire adieu comme Clément Marot. Cf vidéo sous cet article.
" Adieu la cour, adieu les dames
Adieu les filles et les femmes
Adieu la vie, adieu la danse
Adieu mesure, adieu cadence
"

L'accompagnement de Kenny Barron est au delà des superlatifs. Il soutient, il supplée, il emmène Stan Getz au delà de la souffrance, jusqu'au bout du voyage.

Merci au producteur français Jean Philippe Allard pour avoir produit cette musique.

Elle peut se déguster de deux manières: soit avec le double CD People Time qui contient les meilleurs moments des concerts sélectionnés par Stan Getz lui même avant son décès, soit l'intégrale en 7 CD à déguster à petites gorgées comme les heureux spectateurs de ces concerts au café Montmartre à Copenhague.

" Stan Getz, quel cadeau pour le monde! " ( Joe Henderson)

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PEDRON OMRY

Publié le par Guillaume Lagrée

 

PEDRON OMRY

Album produit par le label rennais Plus Loin Music. 2009. Avec le soutien du Conseil général des Côtes d'Armor.


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La photographie de Pierrick Pédron est l'oeuvre du Savant JUAN CARLOS HERNANDEZ. Toute utilisation de cette photographie sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales. 


Pierrick Pédron: saxophone alto
Laurent Coq: piano, Fender Rhodes et Wurlitzer
Chris de Pauw: guitares
Vincent Artaud: basse électrique et programmation
Franck Agulhon: batterie
Fabrice Moreau: batterie
Eric Legnini: claviers additionnels



Ce groupe est une TUERIE! Aussi bien en concert où je l'ai apprécié plusieurs fois qu'en studio car cet album fait mes délices renouvelées à chaque écoute.

Pierrick Pédron semblait un saxophoniste alto, digne épigone de Charlie Parker, vissé sur le be bop, genre musical qui révolutionna le Jazz dans les années 1940. Pierrick n'était pas né à l'époque. Certains Jazzmen s'en tiennent au principe de Leconte de Lisle: " Sur des pensers nouveaux, faisons des vers antiques ". Pierrick Pédron, en bon Breton, est curieux et voyageur. Son horizon culturel ne se limite pas au New York des années 40, si rugissantes furent elles. Il est aussi fasciné par Charlie Parker, Jimi Hendrix qu'Oum Kalsoum. Comment concilier les trois et créer du neuf à partir de cela? Avec OMRY, pardi!

Cette musique nous emporte dans un tourbillon qui ne nous lâche qu'au morceau final. Tout le long de l'album, l'auditeur passe du maelstrom au jacuzzi, secoué par les deux batteurs, remué par la basse, enveloppé par les claviers, cinglé par les guitares et emporté par les volutes ventées du saxophone alto de notre " Petit Géant " , le citoyen Pierrick Pédron.

Ni les contribuables costarmoricains, ni la chambre régionale des comptes de Bretagne ne sauraient reprocher au conseil général des Côtes d'Armor d'avoir contribué à produire une telle merveille. L'été prochain, lorsque vous bronzerez sur la plage du Val André, c'est le deuxième morceau de cet album que vous aurez dans la tête, les oreilles et le coeur.

 

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Laurent Robin and the sky riders project. Ode to the Doodooda

Publié le par Guillaume Lagrée

 

Après quelques secondes de réclame, vous pouvez écouter ci-dessus " Monica in London ".

Laurent Robin and the sky riders project

Ode to the Doodooda

Laborie Records. 2010.

Laurent Robin
: batterie
Benjamin Moussay: orgue Hammond, claviers, synthétiseurs
Vincent Laffont: Fender Rhodes, synthétiseur
Xiao Li: voix


J'avais déjà apprécié ce groupe, sans chanteuse, en première partie du concert de Pierrick Pédron à l'Alhambra de Paris.
Le voici enregistré en studio, dans un château du Limousin. Pourtant, pour déguster cette musique, il faut être à Paris, le soir, recevoir des amis chez soi et, pour que jolies filles et beaux garçons se mélangent joyeusement, lancer Ode to the Doodooda en boucle.

Ensuite, laissez le charme agir. Le groove impeccable et implacable de Laurent Robin à la batterie. Les chevaliers des touches, Benjamin Moussay et Vincent Laffont, en pleine fantaisie cosmicomique. Le chant asiatique et érotique de Xiao Li.

Faites passer les coquetèles, n'oubliez pas les glaçons et les amuse gueule. Même les amours tumultueuses de Monica in London(6) passeront comme du velours. Pour les amateurs d'heroic fantasy, Tamac Molock (3) deviendra l'hymne de leurs nuits. Cerise sur le gâteau, pour le final, un hommage à l'Angleterre avec un air composé par un Français, God save the Queen.

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