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jozef dumoulin&lidlboj " trees are always right "

Publié le par Guillaume Lagrée

 

JOZEF DUMOULIN AND LIDBLEBOJ

trees are always right

Bee Jazz Records. 2009.

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Lynn Cassiers
: voix, jouets et effets
Bo Van der Werf: saxophone baryon, ewi et effets
Eric Thielemans: batterie, jouets et effets
Jozef Dumoulin: claviers, guitare, effets et programmation

La photographie de Jozef Dumoulin est l'oeuvre du Funky JUAN CARLOS HERNANDEZ.


Les arbres ont toujours raison. Raison d'exister, de nous offrir gratuitement leur beauté, leur ombre, leur oxygène, leur parfum, leurs fleurs, leurs fruits. Sur cette Terre, il n'y a pas assez d'arbres et il n'y a pas assez de musiciens comme Jozef Dumoulin.

Comment peut-on produire autant de musique, de sons, d'émotion à quatre?

Tout y passe: le jazz, l'électronique, la pop music, le romantisme, l'érotisme, le mystère (n°4), le démon de la danse (n°2), l'allusion à un chevalier teutonique casseur de prix qui nous procure le grand frisson (n°5), le bizarre, le dérangeant.

Cette musique est faite pour hanter vos nuits solitaires, pour danser sur la piste, pour lire au coin du feu. Le morceau final sonne comme un adieu aux larmes, la promesse de matins enchantés après des nuits troublées, la venue du printemps après l'hiver.

Après de si grandes délices, il ne reste plus qu'à s'incliner et à remercier M. Jozef Dumoulin et ses amis. Vive la Belgique!

Pour les Parisiens, ce quartet sera en concert au Sunset le samedi 20 mars 2010 à 22h. J'y serai. Et vous?

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Ricky Ford secoue le Duc des Lombards

Publié le par Guillaume Lagrée

Paris. Le Duc des Lombards. Vendredi 5 mars 2010. 20h

 

Ricky Ford

 

Ricky Ford: saxophone ténor

Kirk Lightsey : piano

Daryl Hall : contrebasse

John Betsch : batterie

 

 

La photographie de Ricky Ford est l'oeuvre du Spectaculaire Juan Carlos HERNANDEZ.

 

Un extrait filmé de ce concert se trouve ici.

 

« Maiden Voyage » (Herbie Hancock). Rythmique somptueuse. Gros son de sax ténor. C n’est tout de même pas Sonny Rollins, n’exagérons rien. Son un peu sale du ténor avec du vibrato. Ricky joue face aux musiciens ou face au public selon ses envies. Un son, un style à l’opposé de Stan Getz : noir, dense,  massif, lourd même, avec beaucoup de notes. Son attitude sur scène rappelle Rollins mais il n’a pas la place de danser sur scène en jouant comme Sonny. Le sax s’arrête, la rythmique repart légère par le piano, dense par la contrebasse, puissante par la frappe de John Betsch. La dame devant moi ondule des hanches, assise sur son tabouret. C’est charmant. Solo de John Betsch sur les tambours aux baguettes. Belle scansion rythmique et énergique. Le saxo reprend son chant de grand et gros oiseau. Un quartet de Jazz avec quatre Noirs Américains, c’est rare à Paris.

 

« Hosgeldin » ( « Bienvenue » en turc), morceau que Ricky Ford composa lors d’un séjour à Istanbul. C’est le bazar. Un désordre apparent mais tout est à sa place. Ce serait bien d’entendre Sonny Rollins avec une rythmique de ce calibre plutôt qu’avec ses zozos actuels. Encore faudrait-il qu’il le veuille. La rythmique repart, voguant de la Mer Noire à la Mer Méditerranée. Ricky Ford a quitté la scène. Va t-il revenir pour manger ses spaghetti sur le piano comme John Coltrane avec Mac Coy Tyner ? Non, il reprend sa place et salue le détroit du Bosphore avec un son ample, viril et majestueux. Le final au sax ténor est du pur Sonny Rollins.

 

  Une ballade. Un standard. « Somewhere over the rainbow ». Dans la ballade, Ricky Ford est aussi rollinsien. Décidément, c’est un disciple du Colosse du Saxophone. La rythmique ronronne comme un gros chat. Le fluide sympathique circule bien entre ces 3 là. Beau final groupé amené par le saxophone.

 

« Blues work » composition de Ricky Ford. Rick nous explique qu’il fut l’élève de George Russell en 1974. 30 ans après, en 2004, Ricky rencontre George Russell, lui parle de sa nouvelle composition et lui demande ce qu’il en pense. «  Et bien Ricky, on dirait que tu as lu le chapitre 25 de mon dernier livre » lui répondit George. « Ai je passé l’examen ? » conclut Ricky en riant. Blues rapide, très dense avec des gammes qui montent et descendent sans cesse. Ca sonne dans la lignée d’Eric Dolphy et John Coltrane. George Russell a écrit pour le grand orchestre de Dizzy Gillespie en 1946-48. 60 ans après, il écrivait encore. Sa méthode a inspiré Miles Davis, John Coltrane, Eric Dolphy. Pour les savants musicologues, ses travaux sont disponibles chez les éditeurs spécialisés. Les musiciens sont sages aujourd’hui. Ricky vient demander une bouteille d’eau au bar alors que, sur scène, la rythmique tourne comme un seul homme guidée par les doigts de magicien de Kirk Lightsey. C’est comme la Sainte Trinité : trois qui n’en font qu’un. Premier solo de Darryl Hall : chaud, grave, profond, bondissant relayé par le jeu de balais de John Betsch et ponctué par quelques notes de piano. Ca fait hurler de joie mon voisin de derrière. Le jeu de Darryl s’accélère, ses doigts virevoltent sur les cordes. Tchik, tchik, tchik des cymbales sous les baguettes. Breaks énergiques de batterie aux baguettes pour pousser le sax ténor qui ne demande pas mieux. John Betsch sait faire parler, chanter les tambours.

 

« Evidence » (TS Monk). Attaque en duo  piano/ténor. La rythmique reprend. Ils décalent du Monk qui est déjà décalé. C’est fort. Du Monk en éruption volcanique. Basse et batterie soutiennent alors que le ténor déploie ses ailes. Le piano vient alléger la sauce. La rythmique repart seule. Ca tourne mais pas en rond. Ca roule plutôt. Redémarrage du sax en douceur, en velouté, reprenant peu à peu de l’énergie. Ricky s’interrompt pour présenter les musiciens, repart avec le groupe, avec des fausses fins. Le Jazz ou l’art de la surprise. Il s’amusent bien mais, tout en rigolant, jouent sérieusement. Ils tournent autour du thème, le malaxent, le renversent, le redressent, le chiffonnent, l’exploitent jusqu’à le battre.

 

Enchaînement sur « Mood Indigo » (Duke Ellington). Un morceau que Charles Mingus adorait, sucré et velouté à souhait. John Betsch a pris les balais, presque les patins, tant ça va doucement. Doucement mais le jeu de ténor reste viril et puissant. Ma voisine de devant danse encore plus langoureusement sur son tabouret. Duke Ellington, ça marche toujours avec les dames. Version courte et bien menée.

 

Ci-dessous une vidéo extraite de ce concert. Rien à ajouter.

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Hugo Lippi reçoit Christian Escoudé au Duc des Lombards

Publié le par Guillaume Lagrée

Paris. Le Duc des Lombards. Lundi 1er mars 2010. 20h.

 

Hugo Lippi : guitare électrique

Christian Escoudé : guitare électro acoustique

Florent Gac : orgue

Mourad Benhamou : batterie

 

Pour voir et écouter des extraits du concert, c'est ici.

 

 Jeu très classique, genre Blue Note des 60’s. Logique vu la formation. Christian Escoudé n’est pas encore là. L’âme de Grant Green plane au dessus du trio. Hugo Lippi  a une bien belle guitare et il sait s’en servir. Florent Gac a une tête à sortir d’une prépa scientifique, sérieux et appliqué dans le jeu. Mourad Benhamou souriant, tranquille, envoie la sauce.

 

Une ballade. C’est mieux. Le jeu de guitare est plus touchant, plus émouvant, plus personnel. Jeu classique. Pas de pédale pour le guitariste. Toujours tranquille, Mourad tient le tempo. C’est un bon cavalier sur son cheval. Ca avance tranquillement comme un lent bateau vers la Chine. C’était « Sunday in New York » puis «  Grooveyard » (Carl Perkins).

 

Christian Escoudé monte sur scène et prend une guitare sèche branchée sur le secteur. Hugo Lippi l’invite en le présentant comme une de ses influences majeures. La différence, outre l’instrument, c’est que Christian Escoudé est un Manouche et que cela s’entend. Christian a pris la main et, de temps en temps, Hugo ose placer une note. Tout juste s’il ne demande pas la permission avant. Ca swingue beaucoup plus. Pas de doute là dessus. Hugo reprend la main avec un accompagnateur de luxe, Christian Escoudé. Il hausse son niveau de jeu. La différence est visible. Je bats la mesure du pied droit ce que je ne faisais pas aux morceaux précédents.

 

Un air au feeling latin. « Touc touc tac tac tac » dit Escoudé pour lancer le morceau. « It might as wll be spring » qu’Astrud Gilberto chanta accompagnée par Stan Getz. Une version rapide, vive. C’est plutôt Hugo qui mène le bal mais Christian ne s’en laisse pas compter. L’organiste s’est effacé . Il semble jouer. Derrière, Mourad soutient d’une main d’acier et d’un poignet de caoutchouc. Christian reprend la main grattant et tenant fermement les cordes. Nom de Zeus, ça swingue ! Heureusement qu’Astrud Gilberto n’est pas là pour chanter ce soir. Elle n’aurait pu tenir ce rythme. Quand Christian Escoudé joue « It might as well be spring » le 1er mars, pas de doute, c’est le printemps.

 

« Limehouse Blues ». « Vite mais tranquille » demande Christian. Allegro tranquillo. Cest bien ça pour ce vieux standard des années 1920 « Le Blues de la maison close ».  Christian Escoudé a pris la parole pour présenter les musiciens, la jeune génération et conclut : « Faut s’accrocher mais ça c’est normal. » Certes mais ce sont encore les jeunes qui s’accrochent pour suivre M. Christian Escoudé. Quelle claque il vient encore de mettre pour lancer le morceau. ! Il s’amuse vraiment à jouer avec ces jeunes gens, à les écouter aussi. Il bat la mesure du pied, sourit, disciple. Hugo Lippi, comme Marcello, mène sa troupe. L’organiste a pris la main soutenu par la batterie et la guitare de Christian. Hugo a fait un peu de finger tapping. Il aurait pu continuer plus longtemps à mon goût. Solo mitraillette de batterie. Le tempo est haché menu, à vif sur les tambours.

 

« Tears » de Django Reinhardt en duo de guitares. Comme le di Hugo, c’est un morceau magnifique même si ce n’est pas le plus connu de Django dont on fête les cents ans en 2010. Django est donc né pour les 100 ans de Frédéric Chopin. Ca joue. Un pur moment de grâce. Même le bruit de l’eau qui coule au bar pour la vaisselle accompagne. Après l’exposé du thème, Christian prend les devants. Comment décrire l’ineffable ? Les absents ont eu tort. Christian place avec goût une citation de « Saint Thomas » (Sonny Rollins), de « Je me suis fait tout petit devant une poupée » (Georges Brassens) dans son solo. Du grand art vous dis je. Solo d’Hugo qui fait sonner sa guitare électrique comme une acoustique, ronde et souple. Il joue avec le pouce, sans mediator. Comme nous, batteur et organiste savourent. Je me surprends à chantonner, presque à siffler, pris par la musique. Après le morceau, Christian tend la main à Hugo. Un si beau boulot méritait bien une poignée de mains.

 

Le quartet repart sur « Just one of those things ». Ah le Swing de Christian Escoudé ! Profitons en. Belle leçon pour des jeunes guitaristes en mal d’expression. Quele chance a l’organiste d’avoir pour accompagnateur un musicien du calibre de Christian Escoudé.

 

M. Escoudé entame seul une ballade « Smoke gets into your eyes » (Cole Porter) la chanson préférée d’Eva Braün. J’espère qu’il y a des guitaristes dans la salle venus réviser leurs classiques interprétés par le Maître Christian Escoudé. Je me souviens d’avoir vu au Duc des Lombards, Tété, assister avec moi à un concert de Christian Escoudé.  Avant de prétendre créer, innover, il faut connaître les classiques. Sinon on refait ce que d’autres ont déjà fait, sans le savoir. Le quartet enchaîne sur « Nuages » de Django Reinhardt dans la même ambiance. Après la fumée de cigarette, les nuages. Logique puisque Dieu est un fumeur de havanes. Hugo passe devant accompagné par Christian qui lui fait signe et lui dit : « Vas y ! ». Jeu de batterie chaud et souple, orgue chaud et velouté et les nuages s’échappent de la guitare d’Hugo. Au tour de Christian. Ca joue, saperlipopette ! Il existe des gens assez vulgaires pour parler sur cette musique. Dommage pour eux.

 

Les guitares repartent à l’attaque. Un standard joyeux dont le titre m’échappe. Mon pied droit bat à nouveau la mesure. Ca swingue terrible comme disait Claude Nougaro.

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Abraham Pfeiffer de retour au Duc des Lombards

Publié le par Guillaume Lagrée

Paris. Le Duc des Lombards. Vendredi 26 février 2010. 20h.

 

 

 

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La photographie de Bobby Few est l'oeuvre du Colossal Juan Carlos HERNANDEZ.




Abraham Pfeiffer : saxophones ténor, alto

Bobby Few : piano

Peter Giron : contrebasse

John Betsch : batterie

 

 

Abraham Pfeiffer a vécu à Paris au milieu des années 1990. C'est là qu'il a acheté les saxophones dont il joue toujours. Il vit aujourd'hui à New York, parle toujours français et avait plaisir à revenir 15 ans après à Paris, au Duc des Lombards.

 

Pour commencer, le saxophoniste serre la main de chacun des membres de la rythmique. Bonne ambiance. Abraham nous explique qu’il a déjà beaucoup joué avec Bobby et John alors que c’est on premier concert avec Peter. Ca commence tranquille au sax ténor. Le mood s’installe. Son à la Stan Getz. C’est chaud, velouté, tranquille et ça swingue. La rythmique est rodée. Bobby Few fait chanter le piano de toute son âme. Même en portant sur scène une écharpe, des lunettes noires et une casquette, Peter Giron assure à la contrebasse. John Betsch, père tranquille à la batterie, sait doser son effort et régler la pression au bon niveau. C’est lyrique, ça chante. Pas étonnant que Bobby Few ait joué avec Albert Ayler. Série de breaks chauds, puissants de batterie. C’était « Beatrice » de Sam Rivers pour son épouse.

 

Bobby Few prend le temps de poser ses partitions. « Ask me now » (TS Monk). John Betsch est aux balais. Qui ne connaît pas cette somptueuse ballade a la chance de pouvoir la découvrir. Pour qui la connaît, le plaisir se renouvelle à chaque écoute. Le sax passe à un son plus noir, plus épais, plus velu. Ce saxophoniste a un gros bagage technique, de l’expression, de l’invention et pourtant il me manque quelque chose. Peut-être est ce parce que j’ai eu la chance d’entendre, dans ce même club, Johny Griffin jouer Monk. Un Monk léger, aérien, bluesy, sort des doigts de Bobby Few. Pas de doute, cette rythmique tient la route. La contrebasse ronronne sous les doigts de Peter Giron en solo. Les deux autres rythmiciens le secondent à merveille.

 

« Reincarnation of a love bird » (Charles Mingus). Morceau écrit par Mingus en hommage posthume à Charlie « Bird » Parker. Abraham et Bobby l’ont enregistré en duo. Début plutôt free. Puis le morceau commence. Même mort, même ne jouant plus sa musique, l’énergie de Charles Mingus se sent lorsqu’un de ses morceaux est interprété. Un long silence, le temps qu’un spectateur lâche « Ouah ! » et ça repart en bloc. Un solo de Peter Giron accompagné par John Betsch, ponctué par Bobby Few, c’est une des formes du bonheur en ce bas monde.

 

Pour jouer sa composition  « Club Foot » Abraham Pfeiffer passe au saxophone alto. Attaque par un solo de sax franc et direct. Abraham joue face au piano ouvert pour produire un écho. Bonne idée. Ca résonne bien. Le quartet part ensuite sur un morceau au swing un peu latin. Solo du saxophoniste qui travaille le son avec l’anche, les clefs entre souffle et percussion. Le quartet repart comme un seul  homme. Ca chauffe, Marcel ! Solo de piano où les mains parcourent le piano dévoilant puis recouvrant le thème. En termes sportifs, Bobby Few joue sur toute la largeur du terrain.  Silence pour le solo de contrebasse. Les cordes vibrent, élastiques. Le son fait onduler nos âmes. Bobby Few s’est levé pour écouter religieusement, les mains croisées derrière son dos. On amène un gâteau d’anniversaire au 1er rang. Peter Giron joue le morceau de circonstance puis le groupe repart. John Betsch, en digne disciple de Max Roach et de Papa Jo Jones, travaille sa cymbale hi hat aux baguettes puis fait chanter les tambours des pieds et des mains. Son oriental du sax. D’ailleurs, John Betsch fait sonner une grande cymbale de bronze avec un maillet.

 

Retour au sax ténor pour « Green Chimneys » une composition de TS Monk inconnue de mes services. Peter Giron attaque, John Betsch ponctue aux baguettes. Ca swingue terrible. Le piano entre dans la danse, puis le sax. Des cheminées vertes. Déjà écologiste, Thelonious ? Abraham a fait signe à Bobby. « Strawl ». Le pianiste s’arrête. Contrebasse et batterie tiennent le rythme derrière le sax. Le pianiste ponctue ponctuellement. Ca pulse. Le son du sax est bien plus viril, plus chaud, plus puissant qu’au début du concert. Superbe montée en puissance de la rythmique. Je me répète mais ça swingue, nom de Zeus ! Le saxophoniste n’a plus qu’à surfer sur la vague créée par la rythmique. Que du bonheur !

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Jazz à l'Etage à Rennes les 5 et 6 mars 2010

Publié le par Guillaume Lagrée

Le label rennais Plus Loin Music fête son 100e album, celui du clarinettiste Thomas Savy " French Suite ", avec deux soirées multicolores le vendredi 5 et le samedi 6 mars 2010 à L'Etage à Rennes.

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La photographie de Pierrick Pédron est l'oeuvre du Charmant Juan Carlos HERNANDEZ.





Demandez le programme!





Vendredi 5 mars à partir de 20h30.

Kellylee Evans dont j'ignore tout sauf qu'elle chante.

Pierrick Pédron , le régional de l'étape, Breton et saxophoniste alto, avec son projet OMRY mêlant Jazz, Rock, Pop, Funk, musique arabe dont je ne cesse de chanter les louanges.




Samedi 6 mars à partir de 20h30

Thomas Savy
avec sa " French Suite " dont les quelques extraits écoutés m'ont charmé.

Tigran Hamasyan, pianiste arménien né en 1987, que je suis depuis 2003 et qui m'émerveille de plus en plus à chaque concert. LE Musicien du XXI° siècle, pour moi, c'est Lui. Un véritable melting pot musical à lui tout seul mêlant la virtuosité classique au Swing, l'Arménie à l'Amérique, l'ancien à l'ultra moderne, l'acoustique à l'électrique et un phénomène scénque comme on n'en a plus vu depuis les décès de John Coltrane et Jimi Hendrix.

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Buffalo Collision en plein Paris

Publié le par Guillaume Lagrée

« Buffalo Collision ». Paris. Le Sunside. Jeudi 25 février 2010. 21h30.

 

 

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Tim Berne : saxophone alto

Ethan Iverson : piano

Hank Roberts : violoncelle

Dave King : batterie

 

 

La photographie de Tim Berne est l'oeuvre du Tonique Juan Carlos HERNANDEZ.

 


Les puristes remarqueront que le collectif “ Buffalo Collision “ ( en français “ La collision du bison “ ou “ La collision de Buffalo “ selon l’interprétation) fusionne deux groupes et deux générations de musiciens. Tim Berne et Hank Roberts jouaient déjà ensemble dans les années 1980. Ethan Iverson et Dave King sont deux des trois membres de « The Bad Plus »

 

Avec sa coiffure d’ours émergeant de l’hibernation, Tim Berne a l’air d’un personnage des frères Coen.

 

Intro au piano. Un ostinato. Tim Berne est dans l’ostinato lui aussi. Les balais pétrissent. Le violoncelle est inaudible. Grosse pression d’entrée sur le pack adverse, c’est-à-dire le public. Le piano continue son roulement fou. Tim Berne triture l’instrument. Il semble que le violoncelleliste joue mais je ne l’entends pas. Hank Roberts passe au pizzicato et je l’entends enfin, grâce à l’ampli. Je sens cette ligne de basse dans le ventre, même si ce n’est pas une basse qui la joue. J’entends même le violoncelle sous l’archet. Le réglage du son est enfin bon. Quant à la musique, ils ne lâchent pas la pression même quand le tempo ralentit. Joli duo sombre, étrange entre le violoncelle à l’archet et la batterie. Ca tripote ferme. Le violoncelliste porte un joli bonnet bleu. Hommage à TS Monk ? Avec son bonnet, ses lunettes, son attitude et son jeu étrange, Hank Roberts n’est pas loin des personnages de Lovecraft. Le piano s’ajoute, encore plus sombre et inquiétant. Nous allons bientôt atteindre l’état de psychose. Le climat d’angoisse s’installe. Le public est cloué. Tim Berne ajoute d’autres notes tout aussi sombres, étranges et mystérieuses. Au cas où vous ne l’auriez pas encore compris, sympathiques lecteurs, aimables lectrices, le morceau est étrange, sombre et mystérieux à souhait. Après l’angoisse, l’alarme. Tim Berne fait la sirène. Le groupe pousse comme un seul homme. Personne ne leur reprochera de jouer facile. Dialogue entre le violoncelle à l’archet, effleuré, grinçant doucement et le chant du saxophone alto, léger, grave, chaud. Le concert est filmé. A chercher sur le Net plus tard. Pur moment de magie entre une batterie frottée avec souplesse et les cordes résonnantes du violoncelle. La musique apaise, caresse nos âmes. Le sax alto reprend son chant de muezzin par-dessus. Le quartet repart progressivement vers de nouveaux sommets du désir.

 

Le pianiste trifouille dans les cordes de son piano. Le sax pousse sa plainte étirée au maximum. Batteur et violoncelliste se mettent aussi à faire des bruitages. Le pianiste se remet au clavier. Ca gronde comme un orage menaçant au loin. Le piano fait les gouttes de pluie, le sax le vent. Les deux autres, la rumeur sourde de l’orage qui gronde. La pression atmosphérique monte dans la salle. L’orage approche mais personne n’a peur. Tous sont fasciné par le phénomène atmosphérique et musical. Ca crisse, vibre, martèle. Le batteur met la pression aux baguettes. Le piano souple décompose le temps comme des montres molles et folles. Tout se calme pour un solo de violoncelle d’apparence classique mais légèrement grinçant ponctué par le martèlement millimétré du batteur. Tim Berne rejoint le violoncelle dans un balancement parallèle. Le quartet repart à l’aventure. Duo sax alto/batterie aux balais. Le musique tournoie dans l’air. Personne ne craque sous la pression. Le batteur est passé aux baguettes et ça pétarade sec. Même les pains du batteur sont surprenants. Le sax se tait et le violoncelle vient vrombir relayé par les notes graves du piano. Le batteur roule comme un tambour de cirque déjanté. Ce batteur est un dur, un tatoué. Ambiance plus calme, impressionniste au piano. Le violoncelle entretient le côté obscur de la Force. La batterie tinte doucement. Dialogue velouté entre violoncelle et saxophone alto. Le batteur ponctue tout doucement avec les maillets. Un dernier chuintement du saxophone alto et c’est fini.

 

PAUSE

 

Je dois avouer que j’ai craqué sous la pression du pack adverse, victime de la « Buffalo Collision ». La musique a commencé à me faire mal au crâne au premier morceau du 2e set et je suis rentré chez moi.

 

Avis aux amateurs. Il faut être en pleine forme pour tenir le choc de la « Buffalo Collision » !

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Voyagez avec la " Caravane Gazelle "

Publié le par Guillaume Lagrée

« Caravane Gazelle » conte musical écrit par Florence Prieur et composé par Olivier Calmel.


Quintette à vent Arte Combo

Comédienne : Julie Martigny

 

Centre d’animation Mathis. Paris. Samedi 20 février 2010. 20h30.

 

 

 

Il s’agit d’un conte musical pour enfants qui fait les délices des petits et des grands. La preuve que le spectacle est bon, c’est que les enfants ne disent pas un mot pendant tout le spectacle et que les adultes sont charmés. Ce spectacle fournit deux degrés de lecture : pour enfants et pour adultes. A vous de choisir dans quel camp vous vous trouvez.

 

La comédienne présente d’abord les musiciens et leurs instruments : clarinette, basson, hautbois, flûte traversière, cor (french horn pour les Anglois).

 

L’histoire raconte l’adoption d’une gazelle par un chameau dans sa caravane. C’est une fable qui véhicule des valeurs utiles à tout âge : tolérance, respect de l’autre, soins apportés aux plus faibles tant il est vrai qu’une société n’est humaine qu’à cette mesure là, animal sauvage/animal domestique, amitié, liberté, attention, compassion.

 

En musique, ce spectacle suit la tradition de « Pierre et le loup » ou de « L’histoire du soldat », une narration illustrée par la musique. En littérature, elle suit celle du Bildungsroman ou récit de voyage initiatique.

 

Les propos de la comédienne sont illustrés par la musique qui n’impose jamais ses images aux spectateurs. Raconter l’histoire serait vous priver du plaisir de la découvrir. Il y aussi des passages pour adultes dans le spectacle. Je ne dirai pas lesquels mais la surprise est délicieuse.

 

Lorsque le quintette joue la savane endormie, vous êtes bercés par les vents. Il fait aussi très bien le vent du désert. Quant au chant joyeux de l’eau dans le désert, il donne soif. 2 instruments graves pour 3 instruments aigus, l’équilibre est bon.

 

La comédienne ne blatère ni ne déblatère. Enfin et surtout, ce spectacle ne prend pas les enfants pour des idiots.

 

En résumé, tant pour les paroles, la musique que l’interprétation, c’est de la belle ouvrage. Un spectacle à voir en famille ou non selon votre bon plaisir.

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Thierry Péala Trio " Move is "

Publié le par Guillaume Lagrée

 

 



 

     

Thierry Péala Trio «  Move is ».

Paris .
Le Duc des Lombards. Vendredi 12 février 2010. 20h.

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Thierry Péala : chant, voix

Bruno Angelini : piano

Francesco Bearzatti : clarinette, saxophone ténor

 

 

 

La photographie de Francesco Bearzatti est l'oeuvre de l'Exquis Juan Carlos HERNANDEZ.

 

 

 

Un extrait du concert se trouve ici.

 

 

 

 

« Move is » est un film imaginaire. Chaque séquence est inspirée d’un film choc, de ceux qui marquent une vie.

 

 

 

« Mulholland Drive » (David Lynch). Intro au piano, étrange et dérangeante. Francesco a pris le sax ténor. Thierry et Francesco partent d’un souffle commun. Des images passent en fond de scène. La musique évoque la fuite, l’errance, la route. Bruno fait tourner une figure rythmique, augmente et relâche la pression autour. Francesco lance le son du saxophone au gré des vents. Thierry le rejoint dans la mélopée, le souffle. De la main, Thierry dirige le sax et se dirige lui-même.

 

« Mortelle randonnée ». Claude Miller dirige Michel Serrault et Isabelle Adjani. « Il ouvrit la porte et entra dans la photo ». C’est un morceau que Thierry jouait dans son précédent programme. La clarinette chantonne comme un oiseau entêté. Le piano fournit le tapis sur lequel la voix de Thierry s’envole. Il n’y a plus d’image. A nous de les créer, stimulés par cette musique. Si, des images de paysages fantasmatiques reviennent. Beau dialogue voix/piano. Thierry scande, scatte en fusion rythmique avec le piano. Il fait toujours aussi bien le crissement des balais sur les cymbales. Solo où Bruno va chercher l’âme du piano. La clarinette reprend son chant d’oiseau entêté.

 

Roma.1962. « Il Sorpasso » di Dino Risi con Vittorio Gassman e Jean Louis Trintignant. « Le Fanfaron » chef d’œuvre de la comédie italienne. La Lancia décapotable roule joyeusement enlevant les virages comme Gassman les jolies filles. Sous la joie  perce une menace sourde, celle de la fin solitaire du Fanfaron. Francesco déchaîne la clarinette sans évoquer un instant le klemzer. Très fort ! Fin claire et nette.

 

« Umberto D » hommage de Vittorio de Sica à son père Umberto. Plainte douce de la clarinette apaisée par la gravité chaude du piano. Thierry chante en italien et s’en sort bien. Ce n’est pas de l’opéra. Le piano accompagne le chant dans le meilleur sens du terme. Quel beau couple ! La clarinette se fait grave pour entrer dans ce chant.

 

« Pas de printemps pour Marnie » (Alfred Hitchcock). Pour le suspense, rien ne vaut un solo de sax ténor chuintant, sussuré, qui s’élève dans l’air. Francesco lance un air bien charpenté avec lequel Thierry  chante, dialogue. Souffle contre souffle. Bruno ajoute la gravité du piano. Thierry fait la contrebasse. Ce suspense là swingue bien, funky même par moments. Tous les trois lâchent les vannes en même temps et ça chauffe !

 

«  A bout de souffle » (Jean Luc Godard). La musique du film est de Martial Solal. La première partie de ce morceau est dédiée à Jean Seberg. Duo piano/chant. La preuve que le morceau précédent chauffait c’est que Francesco a enlevé son pull over. Duo piano/chant mélancolique, sombre.  Le tempo accélère. Thierry scatte, bat la mesure de la voix. A nouveau un thème de fuite. C’est le sujet d’A bout de souffle d’ailleurs. Francesco dodeline de la tête en attendant d’emboucher son ténor. Puis le ténor déploie ses ailes de géant et s’envole. Thierry tient le rythme avec la voix alors que le piano pousse derrière. Ca dérive pas loin du Free Jazz pour revenir au calme l’instant d’après. Les voix de Jean Seberg et Jean Paul Belmondo s’élèvent dans l’air. Le piano improvise par-dessus. « Qu’est ce que c’est dégueulasse ? » conclue le film et le trio repart. Ca n’avait rien à voir avec Martial Solal mais bien à voir avec « A bout de souffle ».

 

Francesco improvise à la clarinette. Thierry improvise en italien. Images du trio à l’écran. Deux discours se croisent, se rencontrent puis le trio repart sur un air comique. Francesco reprend le sax ténor. Thierry chante sérieusement en italien. La musique pétarade, virevolte.

 

« L’important c’est d’aimer » (Andrej Zulawski). Francesco a repris la clarinette. Solo de piano accompagné par les bruits de verre du barman, pas très synchrone sur ce coup là. Ils n’ont pas répété ensemble. et ça s'entend. Numéro à revoir. Sur l’écran, des images d’Istanbul. Musique envoûtante, mystérieuse. Comme Istanbul, cette musique est un pont entre deux rives, le rêve et la réalité.

 

« Do the right thing ». Spike Lee. Images de New York avec les yellow cabs. Boite à rythmes + scat + sifflements + quelques notes distillées de piano. C’est léger, funky, euphorisant. Do the right thing, baby ! Duo bien funky chant/sax ténor. Le piano entre dans la danse. C’est funky et cool.

 

« Gloria » John Cassavetes. Bruno attaque au piano. Il creuse, pioche, remue énergiquement. New York en noir et blanc à l’écran. Musique vive, dynamique, angoissée. Le piano creuse, le ténor tournoie. Thierry scatte le rythme sans compter ses claquements de doigts et de mains. Bruno introduit une ambiance plus grave. Stop and go entre chant et saxo. Break de piano puis le trio repart joyeusement. Les images sont de Gildas Boclé, contrebassiste de Jazz, sauf pour le premier morceau. Ces Bretons sont partout !

 

« Into the wild » ou l’histoire d’un jeune homme qui part vivre seul face à la Nature. C ’est en français. Duo piano/chant. Le ténor les rejoint tout doux, tout chaud. Belles images de vagues s’étalant sur la grève. Serait-ce filmé en Bretagne ? Ca monte en puissance, tout en douceur pour s’apaiser l’instant d’après. Les images s’arrêtent avant le son. Dernier paroxysme sax/chant. Une lente descente harmonique au ténor pour conclure.

 

RAPPEL

 

« Una giornata particolare » Ettore Scola. Dans une journée particulière, celle où le Duce accueille le Führer à Rome, Marcello Mastroianni rencontre Sofia Loren. Retour à l’anglais tout en douceur. Duo chatoyant piano/chant. Le ténor se fait caressant. Morceau bref, très dense en émotions.

 

Avec ce nouveau répertoire, qui n’est pas composé de musiques de films, mais composé par Bruno Angelini inspiré par des films, le trio de Thierry Péala se renouvelle tout en restant fidèle à son essence légère et envoûtante. Une invitation au voyage qu’il suffit de suivre.

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Leçon de Jazz d'Antoine Hervé: Wayne Shorter

Publié le par Guillaume Lagrée

Paris. Mardi 9 février 2010. 19h30. Auditorium Saint Germain des Prés.

 

La leçon de Jazz d’Antoine Hervé.

 

Sujet :   Wayne Shorter , « le plus grand compositeur du Jazz depuis la mort de Duke Ellington » (Stan Getz)

 

 

Antoine Hervé

 

 

La photographie d'Antoine Hervé est l'oeuvre de l'Exact Juan Carlos HERNANDEZ.

 

 

Antoine Hervé : piano, narration

Jean Charles Richard : saxophone soprano, narration

 

Wayne Shorter joue des saxophones ténor et soprano. Jean Charles Richard joue des saxophones baryton et soprano.  La leçon de Jazz sur «  Wayne Shorter » a donc été entièrement jouée au soprano.

 

 

« Witch hunt » (album « Speak no evil » 1964). C est bien du Wayne Shorter; Une beauté ensorcelante et vertigineuse.

 

Wayne Shorter est né le 25 août 1933, donc après John Coltrane (1926-1967), Stan Getz ( 1927-1991), Sonny Rollins et Ornette Coleman (nés en 1930).

 

3 articulations dans sa vie musicale :

- Art Blakey et les Jazz Messengers de 1959 à 1964

- Miles Davis de 1964 à 1970

- Weather Report de 1971 à 1986

 

Dès 1959, Wayne Shorter fut le directeur artistique chez Art Blakey même si le Boss du groupe, c’était toujours Art. Chez Miles Davis il devient coauteur, compositeur, arrangeur. Chez Weather Report, il est coleader avec Jo Zawinul aux claviers. Depuis, il vole totalement librement.

 

De sa période chez Miles Davis, Wayne Shorter dit qu’il était un pilote de chasse, en danger permanent. Un jour, retrouvant Wayne, Miles lui dit : «  Wayne, nous ne jouerons peut-être plus jamais ensemble mais, pendant les 7 ans où nous l’avons fait, on leur a tous botté le cul ! ». A son départ du quintette en 1960, John Coltrane avait suggéré à Miles de prendre Wayne Shorter à sa place. Miles ne l’a pas écouté. Après 4 ans d’essais plus ou moins fructueux avec Sonny Stitt, Hank Mobley, George Coleman, Sam Rivers, Miles finit par se rendre à l’évidence. L’association entre Wayne Shorter et Miles Davis est aussi essentielle dans l’histoire du Jazz que Louis Armstrong/Earl Hines, Django Reinhardt/Stéphane Grappelli, Charlie Parker /Dizzy Gillespie. Pour Antoine Hervé, le second quintette acoustique de Miles Davis avec Wayne Shorter, Herbie Hancock, Ron Carter, Tony Williams est le plus grand groupe de l’histoire du Jazz. Nous sommes au moins deux à le dire et l’écrire. Merci Antoine.

 

Certains reprochent à Wayne Shorter d’avoir été trop influencé par John Coltrane. En fait, ils étaient amis, s’influençaient mutuellement. Par ailleurs, Wayne Shorter est une personnalité trop forte pour être sous influence. Wayne Shorter a trouvé sa voie, sortant du hard bop cher à Art Blakey, ne penchant ni vers le free, ni vers le cool jazz. Son son est très léger, très aérien mais il peut aussi jouer très puissant, très funky.

 

« Speak no evil » titre éponyme de l’album. A l’époque, l’intervalle de quarte est à la mode. Deux quartes puis des chromatismes. La magie de Wayne Shorter c’est cet art de nous perdre à partir de choses simples. A un moment donné, l’auditeur s’aperçoit qu’il a perdu ses repères, qu’il ne sait plus où il est. Et pourtant, là où vous êtes, vous êtes bien. Dans ce morceau, le crescendo va du pianissimo jusqu’au fortissimo. C’est une nouveauté.

 

« Fi Fi Fo Fum », clin d'oeil au " Hi Fi Fo Fum " de Duke Ellington. Introduction debussyste. Chez Wayne Shorter, l’introduction est très différente du thème. C’est encore une nouveauté. Evidemment, comme mélodie c’est moins facile à siffler que du Sir Paul Mac Cartney mais c’est beau. Il s’agit d’un Blues que je qualifierai de sophistiqué.

 

« Infant eyes » dédié à sa fille Miyako (la première épouse de Wayne Shorter était Japonaise. Il en est resté boudhiste). Wayne Shorter compose avec très peu de matériau. L’économie de matériau renforce la densité du thème. Jean Charles Richard a transcrit le solo de Wayne sur ce morceau, c’est-à-dire écrit sur une partition les notes qu’il entendait jouées. Il remarque que dans l’improvisation aussi, Wayne Shorter exploite un seul et même motif. « Composer, c’est improviser lentement » (Wayne Shorter). Dans la version originale, Wayne joue du saxophone ténor. Ce soir, Jean Charles Richard joue du soprano. Ce morceau contient toute la douceur du regard d’un enfant dans les yeux de son père… Cf extrait audio au dessus de cet article.

 

« Wild flower » une petite valse. Mode phrygien, très prisé de Miles Davis et Gil Evans. Intervalles nouveaux pour l’époque. Morceau mélancolique et souriant en même temps, bref du Wayne Shorter. Broderies orientalisantes au piano puis du soprano.

 

Wayne Shorter est boudhiste, amateur de sons planants, électroniques. Pour Wayne Shorter, « il n’est pas possible d’être libre de manière égoïste ». Il en dit beaucoup avec très peu. Il sait s’effacer pour réapparaître. Il écoute ce qui l’entoure. Il est très énigmatique. Pour Wayne, la musique est comme la vie, elle évolue. Wayne Shorter, pour Antoine Hervé, c’est le musicien parfait car il a les pieds dans le sol (rythme) et la tête dans le ciel (harmonie, mélodie).

 

Présentation du mode oriental, sans tension, lisse. Coltrane l’utilisait pour jouer « Summertime ». « Juju » (Shorter, 1964). Certes c’est la gamme qu’aimait Coltrane mais c’est bien du Wayne Shorter. Ca plane avec une assise rythmique implacable.

 

Jean Charles Richard explique que Coltrane et Shorter, après les drogues dures, se sont tournés vers les religions pour garder des perceptions extrasensorielles (« La religion est l’opium du peuple. Elle orne de fleurs ses chaînes » Karl Marx et Friedrich Engels, « Le manifeste du parti communiste », 1848).

 

Wayne Shorter a l’oreille très fine. Il a épousé une Brésilienne et la musique brésilienne. Il a composé et enregistré avec Milton Nascimento l’album « Native Dancer » (1974). Milton échappe aux genres musicaux brésiliens comme Wayne échappe aux styles de la musique nord américaine. Il n’est pas étonnant qu’ils se soient trouvés musicalement.

 

« Beauty and the Beast ». Antoine joue la mélodie et la chantonne. Ce morceau mélange le Funk et la Bossa Nova. Son très appuyé du piano qui doit compenser l’absence de basse et de batterie. Claude Nougaro a chanté cette musique sous le titre « Comme Piaf au masculin ».

 

Explication sur l’art de la broderie selon JS Bach. La musique avance inexorablement.

Explication sur les procédés de variation :

-         modulation

-         réarticulation

-         réitération

-         expansion (la sirène d'alarme des urgences, par exemple)

-         amplification

-         mutation

-         distorsion

-         rupture

-         dissémination, saupoudrage : ça, c’est le truc de Wayne Shorter.

 

« Supernova ». Les notes tombent comme la neige en hiver. Bel exemple de saupoudrage en effet.

 

« Ana Maria » dédié à sa deuxième épouse, une Brésilienne, décédée dans l’accident de la TWA au dessus de New York en 1996. C’est une Bossa Nova qui commence par le mode phrygien. Effectivement ça respire l’amour, la tendresse, le désir et le respect.

 

La forme circulaire est aussi affectionnée par Wayne Shorter. Exemple avec « Nefertiti » titre enregistré par Wayne Shorter dans le quintette de Miles Davis. Contrairement à l’habitude, ce sont les souffleurs qui restent stables alors que la rythmique improvise. Dans la version avec Miles,  Tony Williams réalise un festival de batterie. Attention, chef d’œuvre ! Jean Charles fait tourner le thème, forme circulaire oblige, alors qu’Antoine improvise. C’est une oeuvre digne d’une Reine d’Egypte.

 

«  Fall » une évocation lente et majestueuse de la chute. Et puis ça remonte. Ce n’est pas la chute de l’homme chassé du jardin d’Eden puisque Wayne Shorter est boudhiste. C’est plutôt celle de l’oiseau qui se laisse tomber puis remonte d’un coup d’aile. D’ailleurs, Wayne Shorter a déclaré que, s’il continue à jouer, c’est parce qu’il veut continuer de voler.

 

Wayne Shorter est un grand magicien de l’harmonie. Il cherche tous les accords avant d’en choisir un, comme TS Monk, l’autre compositeur de Jazz préféré d’Antoine Hervé. Il sait renoncer, ce qui est très boudhiste aussi.

 

« Face on the bar room floor » titre de l’époque Weather Report aux couleurs harmoniques très particulières.

 

«  The last silk hat », titre énigmatique à moins que ce ne soit une allusion à deux titres de Charles Mingus « Orange was the colour of her dress then blue silk » et «  Goodbye porkpie hat ».  Cela vient de l’album « Atlantis » (1985). Wayne écrit beaucoup. Les musiciens jouent ce qu’il écrit. Ca balance bien. Rythme chaud, souple, bien marqué et le sax qui se ballade au dessus.

 

Le morceau suivant comporte normalement un tempo marqué par la batterie tous les 4 temps. A défaut de batteur, Antoine demande au public de battre la mesure. Il accentue son jeu de piano afin que nous ne perdions pas la mesure. Ca swingue méchamment avec toujours ce souffle aigre du soprano.

 

« Footprints » (1966) joué dans les albums « Adam’s Apple » de Wayne Shorter et « Miles Smiles » de Miles Davis. C’est un morceau à vous rendre fou, qui laisse son empreinte en vous. En France, c’est un des morceaux fétiches du trompettiste Eric Le Lann qui le joue à merveille. Antoine et Jean Charles improvisent sur le thème. Ca plane pour eux et pour nous. Jean Charles Richard joue juste du sax soprano alors que Wayne Shorter peut en jouer faux, sublimement faux comme sur son album en duo avec Herbie Hancock.

 

RAPPEL

 

« Beauty and the Beast ». Après un solo de piano molto agitato, retour au thème en douceur et puis ça redémarre.

 

Belle leçon de Jazz sur un Géant discret et élégant du saxophone. Jean Charles Richard a réussi l’exploit de nous faire oublier l’absence du saxophone ténor dans cette soirée. Chapeau, l’artiste !

 

La prochaine leçon de Jazz aura lieu le mardi 16 mars 2010 à 19h30 au même endroit. Thème : le Blues au piano. Non, Antoine Hervé ne chantera pas !

 

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Jazz et Erotisme, l'exultation corps et âme

Publié le par Guillaume Lagrée

Ron Carter par Juan Carlos HERNANDEZ

Ron Carter par Juan Carlos HERNANDEZ

 


Pour les mineurs de moins de 15 ans, cet article est à lire, après contrôle parental quoi qu'il soit bien moins dangereux pour leur développement que les flots de violence déversés par la télévision et les jeux vidéos.



 «  Tant qu’il y aura une jolie fille pour m’écouter jouer du piano, je continuerai » Duke Ellington.





Lier le Jazz et l’Erotisme relève du pléonasme. Comme le Tango, le Jazz est né dans les maisons closes pour occuper les clients dans l’attente de la disponibilité des demoiselles. Le Tango est né à Buenos Aires. Le Jazz à la Nouvelle Orléans. Les morceaux duraient assez longtemps pour permettre aux filles de s’effeuiller (en anglais, to strip tease). Mais pas trop longtemps pour que le client ne perde pas patience. Le format de 3mn des morceaux ne vient donc pas seulement des nécessités de l’enregistrement sur cire des disques en 78 tours.

En 1917, les Etat Unis d’Amérique entrèrent dans la Première guerre mondiale. Les Boys embarquèrent à la Nouvelle Orléans pour le Havre. Pour éviter qu’ils ne partent atteints de maladies vénériennes (la siphyllis ou french disease en anglais), les maisons closes furent fermées tant à la Nouvelle Orléans au départ qu’au Havre à l’arrivée. Pour le Havre, les dégâts ne furent qu’économiques. Pour la Nouvelle Orléans, ils furent aussi culturels. Du jour au lendemain, des musiciens furent privés de leur emploi, surtout les pianistes. Il restait certes les bateaux à aubes sur le Mississipi mais cela ne suffisait pas. Alors les musiciens partirent vers le Nord, Chicago et New York. Pour l’ambiance des bordels de la Nouvelle Orléans, elle est résumée dans un vieux Blues chanté par les Animals, groupe anglais des 60’s «  The house of the rising sun » , adapté en français pour Johny Halliday dans une version expurgée « Les portes du pénitencier ».

Pour être pianiste à la Nouvelle Orléans avant 1917, il fallait être un dur à cuire. Le plus dur, le plus flamboyant de tous, avait mis sur sa carte de visite « Inventeur du Jazz ». C’était M. Ferdinand Joseph La Mothe dit « Jelly Roll Morton ». Le Jelly Roll était son gâteau préféré. Je laisse les lecteurs naïfs et les lectrices innocentes deviner de quel mets il s’agit. Avec son groupe les Red Hot Peppers, dont le nom inspira un groupe de gays californiens, ce Créole de la Nouvelle Orléans jouait une musique entièrement écrite qui dégage toujours une sensualité et une rage de vivre hors concours plus de 80 ans après sa création. Charles Mingus lui dédia une composition dans son album «  Ah Um » (1959). Le producteur Alan Lomax, qui découvrit Billie Holiday et Bob Dylan, eut la bonne idée d’enregistrer pendant des heures, pour la Librairie du Congrès, en 1940, Jelly Roll Morton jouant et racontant La Nouvelle Orléans. La pièce de théâtre « Novecento » d’Alessandro Barrico fait aussi de larges allusions à ce Géant du piano, bien oublié aujourd’hui.

A Chicago pour Count Basie, à New York pour Duke Ellington, dans les années 20-30 du XX° siècle, il fallait faire danser les filles. Jazz comme Rock’n roll est un euphémisme pour désigner le rapprochement des corps par la danse d’abord, par le sexe ensuite. Evidemment, la censure jouait. Si les titres ne sont pas aussi sexuellement explicites dans le Jazz que dans le Blues (Little Red Rooster pour les hommes, Sugar in my bowl pour les femmes), la musique l’est. L’orchestre de Count Basie jouait un morceau que les musiciens appelaient entre eux « Blue Balls » (métaphore de la syphilis). Le jour où l’orchestre joua ce morceau pour la première fois à la radio, il fallut bien trouver un titre présentable. Il était 13h à l’horloge du studio. Ce fut « One o’clock Jump ». Quant au Duc d’Ellington, il arborait sur la joue la trace d’un coup de rasoir donné par une femme jalouse. Le Duke n’était fidèle qu’à la musique. D’où le titre de son autobiographie « Music is my mistress ». « La musique de Duke Ellington est si érotique qu’elle en devient mystique, si mystique qu’elle en redevient érotique » (Boris Vian). Sans aller jusqu’à dévoiler les turpitudes de ma vie personnelle, je puis toutefois raconter l’histoire suivante. Il fut un temps, lointain maintenant, où je faisais de la radio, une émission de Jazz évidemment. J’avais fait découvrir la musique de Duke Ellington à une amie. Elle adorait. Un soir, en son honneur, je fis une émission entièrement consacrée au Duke et à ses hommes. Après l’émission, elle m’avoua qu’au bout de 15mn, elle ne m’écoutait plus. Elle faisait l’amour avec son homme. C’est l’effet que fait l’orchestre de Duke Ellington, le vrai, celui dirigé par le Duke en personne. Avec le concert du Duke à l’Alhambra en 1958 par exemple. Vous m’en direz des nouvelles après l’avoir essayé. Cf vidéo sous cet article.



En réaction à la chaleur, l’agressivité du be bop, naquit le Cool Jazz, un Jazz de Blancs, le plus souvent venus de la Côte Ouest des Etats Unis, de Los Angeles plus précisément. Une musique cool voire cold, sans aspérités, pure, innocente. Alors Chet Baker vint. Une gueule d’ange, une voix d’ange, un jeu d’ange (il était trompettiste) mais un esprit de démon doué pour l’autodestruction. Chet Baker dégageait tant d’innocence qu’il en faisait tomber les filles par terre. Il fut aussi une des premières icônes de la communauté gay de San Francisco. Avant Elvis Presley, James Dean et Marlon Brando, il fut le premier sex symbol en blue jeans et tshirt blanc. Ecoutez ses enregistrements pour Capitol Records (Los Angeles) entre 1953 et 1956. Si ça ne vous fait pas craquer…

Face au Cool Jazz, les musiciens noirs de la Côte Est inventent le hard bop, le jazz funky. Ils creusent le groove. Le groove c’est le sillon, celui du champ, celui du disque et celui du vagin. Quand Madonna chante « Get into the groove. U’ve got to prove Ur love to me », il faut que le gars assure ! Le Colosse du Saxophone, Sonny Rollins, en fournit un exemple magistral avec son «  Blue Seven » . Je recommande surtout son album en duo avec son Maître, Coleman Hawkins, « Sonny meets Hawk » (1963). Une amie à qui j’ai offert cet album m’a dit ensuite que cette musique avait enrichi la sexualité de son couple. A  vérifier par les données de l’expérience. Cf extrait audio au dessus de cet article.

Le Free Jazz  se coupant de toute référence au rythme, à la mélodie et à l’harmonie est une musique éthérée, antiérotique par essence. Avec le Jazz Rock qui apparaît à la fin des années 60, la sensualité revient en flèche notamment avec « Bitches Brew » (1969, année érotique) de Miles Davis, une musique de fusion dans tous les sens du terme.

Pour conclure cette improvisation sur Jazz et Erotisme, je reviendrai à Stan Getz, dit «  The Sound ». Certains le jugent froid. Je les plains. Stanley Gaieski dit Stan Getz, c’est l’âme slave. Ce n’est pas pour rien qu’il fut surnommé « Le Sacha Heifetz du saxophone ténor ». Un son de violon sorti d’un saxophone. Cette musique est d’un érotisme si élégant et subtil que certains esprits grossiers peuvent ne pas s’en apercevoir. Et pourtant, qu’il joue «  Song for Martine » avec Eddy Louiss au Ronnie Scott à Londres en 1971 (album « Dynasty ») ou « Que reste t-il de nos amours ? » de Charles Trénet avec Kenny Barron au Café Montmartre à Copenhague en 1991 (album « People Time »), Stan Getz, c’est le triomphe de la beauté sur la laideur, de la grâce sur la pesanteur, de la vie sur la mort, bref de l’érotisme.

Pour se reposer de toute cette sensualité tout en y restant, qu’écouter dans cet instant fragile qui suit l’amour et précède le sommeil ? « Inner Traces. A Kenny Wheeler Song book » du chanteur français Thierry Péala.

Comme le chantait Lady Day, que nos vies soient toujours « fine and mellow ».

La photographie de Ron Carter est l'œuvre du Sensuel Juan Carlos HERNANDEZ. Toute reproduction de cette œuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

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