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Edouard Ferlet en quartet paritaire

Publié le par Guillaume Lagrée

 

Edouard Ferlet Quartet.

Paris. Le Sunside. Vendredi 11 décembre 2009. 21h.





Edouard-Ferlet-copie-2.jpg
La photographie d'Edouard Ferlet est l'oeuvre du Tonique Juan Carlos Hernandez.


Edouard Ferlet
: piano
Airelle Besson : trompette
Alexandra Grimal : saxophone ténor, saxophone soprano
Fabrice Moreau : batterie



Après celui de Sébastien Llado, voici un nouveau quartet paritaire, deux gars/deux filles, celui d’Edouard Ferlet. Concert de sortie de l’album « Filigrane ». Je suppose que la contrebasse est en filigrane puisqu’elle est absente.Bref cet album est à l’opposé de « Sans tambour ni trompette » de Martial Solal (trio avec Jean François Jenny Clark et Gilbert Rovère aux contrebasses).

Démarrage en duo des souffleuses avec le sax soprano. Son rêveur, mystérieux, en fusion. Fabrice Moreau ajoute d’autres couleurs cuivrées avec les maillets sur les cymbales. Chants parallèles des cuivres. Lointains grondements de cymbales. Le pianiste vient distiller des notes espacées entre les silences. Les tambours roulent sous les maillets . Une rumeur d’orage sous des éclairs de cuivres. Le piano amène une mélodie cristalline reprise par les cuivres. Cette musique porte à la rêverie, sous le soleil noir de la mélancolie. Les quatre ne font qu’un, si bien liés que l’absence de contrebasse ne se fait nullement sentir. Ils vous prennent, vous emmènent, vous posent puis vous emmènent plus loin encore.

Solo de piano. Ils restent dans la rêverie, la mélancolie. Alexandra est passée au sax ténor.les deux demoiselles partent ensemble, ne faisant qu’un souffle. Ca accélère avec un duo piano/batterie aux balais qui lance le groupe. La musique se déploie, prend son envol. Le sax reste calme alors que piano et batterie s’agitent. Le sax commence à zigzaguer, à virevolter poussé par le piano et la batterie qui ne lâchent pas le tempo d’une milliseconde. Le public est capté. Personne n’applaudit un solo. Nous laissons l’œuvre se dérouler. C’est le premier concert du groupe et, vu le niveau atteint, cela augure bien de la suite.

« Julien » (Airelle Besson). Airelle fait siffler la trompette ne laissant passer qu’un filet de souffle. Le piano se promène alangui et nostalgique. Aux balais, Fabrice caresse les cymbales. Il y a de la chaleur, de la tendresse, de la douceur, de l’amour dans le son de la trompette. Ce Julien d’Airelle Besson c’est soit son homme, soit son fils. J’espère qu’il mérite autant d’amour, ce garçon. Alexandra au ténor répond à ce chant. Ca monte tout doucement en puissance. Arrivés sur un pic, ils se posent en douceur.

Solo de piano. Edouard s’amuse dans les graves puis se pose en medium. Alexandra a repris le soprano. Démarrage en douceur avec la batteie puis le piano et la trompette entrent dans la danse. Fabrice travaille ses cymbales avant de lancer la machine. Le chant et contrechant des cuivres brille dans l’azur. Le piano est plein, majestueux. Tout s’arrête pour un solo de piano impressionniste, très français. La petite plainte du soprano, le souffle de la trompette sont sinueux, légers, aériens. Airelle a mis la sourdine sur sa trompette ce qui donne un son nettement inspiré de celui de Miles Davis. Elle se ballade sur le tempo comme une péniche sur la Seine. La densité de cette musique permet au groupe d’obtenir un silence, une qualité d’écoute rare dans un club de Jazz.

PAUSE

Ecole française du piano. Son rêveur, léger, fluide. Le batteur ponctue aux baguettes. Alexandra étire le son du soprano. Le piano et la batterie deviennent plus tempêtueux. La pression monte. La demoiselle réagit poussant le soprano dans l’aigu, le strident qui le caractérisent. Ca se finit dans un souffle du soprano

Sax ténor. Airelle Besson a repris sa place au devant de la scène alors qu’elle ne jouait pas le précédent morceau. Edouard travaille les cordes du piano. Fabrice tapote doucement avec des baguettes. Le sax est chaud, souple. Au tour de la trompette de dérouler autour de l’agitation du piano et de la batterie. Rythmiquement, ça pousse derrière mais les supernanas ont du répondant. Solo de piano avec des éclats de virtuosité classique et un rythme purement Jazz. Il envoie. C’est impeccable et implacable rythmiquement. Les cuivres repartent synchrones. C’était « Sans titre apparent » après « Il n’y a plus d’après » ( qui ne ressemblait pas à la chanson de Guy Béart sur Saint Germain des Prés).

« Je viens d’apprendre » (Fabrice Moreau).Une ballade où les baguettes égrènent le temps sur les bords de caisses et les cymbales. Les cuivres soufflent et sifflent. Solo de trompette sussuré, respiré, s’ouvrant vers le soleil radieux. La pédale prolonge une note de piano jusqu’aux silences et aux applaudissements.

« Not yet » (Jean Philippe Viret). Morceau qu’Edouard Ferlet joue pour s’excuser auprès de Jean Philippe pour lui avoir chipé son batteur, Fabrice Moreau. Solo grave, espacé qui respire au piano.Les demoiselles des cuivres jouent dans le même souffle. Fabrice caresse avec ses balais. Complainte du soprano. La musique court comme des chamois dans les alpages légère, imprévisible, avec des temps d’arrêt, des relances. Son à l’unisson des cuivres. Piano et batterie les entourent mais leurs chants n’ont pas de clôture. Ils sont toujours ouverts. Une dernière caresse des balais pour finir.

Edouard frotte les cordes de son piano avec des maillets. Le batteur joue coupé/décalé aux balais mais pas à l’ivoirienne. Le piano gronde sous l’outrage. Les cuivres jouent en chant/contrechant entre l’aigu du soprano et le grave de la trompette. Les demoiselles se penchent pour chanter dans leurs micros alors que piano et batterie sont en promenade, tranquilles.

Ainsi se termine le 2e set et le répertoire joué sur l’album « Filigrane ». Je suis resté sur cette ambiance magique, poétique, onirique n’assistant pas au 3e set. Cette musique mérite toute notre attention. Alors que tant de musiciens veulent impressionner en faisant du bruit, en roulant des mécaniques, Edouard Ferlet construit une œuvre subtile, légère, rythmée, décalée. Sans rien forcer ni imposer, il vous emmène dans son univers. Vous y êtes si bien que vous regrettez d’en sortir. Pour y plonger, il suffit d’écouter l’album « Filigrane » ou d’assister au prochain concert de ce quartet paritaire.

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Le Boeuf du Neuf au Neuf

Publié le par Guillaume Lagrée

Le Neuf Jazz Club. Paris. Mercredi 9 décembre 2009. 20h.

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Rick Margitza
: saxophone ténor
Manuel Rocheman : piano
Peter Giron : contrebasse
Karl Jannuska : batterie
Plus divers jeunes musiciens parisiens.

La photographie de Peter Giron est l'oeuvre du Serein Juan Carlos Hernandez.


21h05. Les musiciens montent sur scène. Avis aux spectateurs. Il suffit de venir à 21h pour ne pas attendre les musiciens tout en ayant une place assise.

Le piano a le couvercle fermé pour ne pas couvrir les autres musiciens.

Ils commencent par « You don’t know what love is » tout en douceur, en souplesse mais avec du rythme. Karl est aux baguettes. Rick Margitza est le prince du Sax. Ca ronronne, ça tourne comme une voiture de sport luxueuse. Format classique : thème, solo, thème. Pete Giron, fin et souple, chante avec Karl aux balais et le pianiste qui ponctue. Après le solo de contrebasse, Rick revient sur scène et repart aérien, élégant, princier. Sur cette fin de premier morceau, Rick est déjà chaud bouillant. Les jeunes saxophnistes qui vont venir le relayer sur scène ont intérêt à être à la hauteur s’ils ne veulent pas être balayés. Les musiciens jouent un petit set puis ils invitent sur scène qui veut jouer.

Ils poursuivent avec « The Peacocks » du pianiste Jimmy Rowles immortalisé par Stan Getz au sax ténor (album « The Peacocks » avec Jimmy Rowles et Stan Getz justement). Manuel Rocheman s’en donne à cœur joie sur ce bijou pianistique. Il fait danser le piano. La maîtrise technique de l’ancien élève de Martial Solal est bien là. Il y met de l’énergie, de la vigueur, de la variété, de la vivacité. L’instant d’après, il se fait calme et discret derrière Rick qui déroule son serpent de cuivre. Solo de batterie axé sur les tambours qui vibrent, chantent, grondent.

Un petit air latin dans le tintement des cymbales. Baila ! C’est chaud, viril, dansant. Parfait pour une nuit de décembre. Ca cause derrière moi mais devant ça joue vite, haut et fort, dominant le tout. Après le solo de contrebasse, Rick repart à l’attaque comme un boxeur. La salle est remplie de très jeunes musiciens et auditeurs. Ca fait plaisir à voir. Le message continue de passer.

Morceau encore plus vif, plus nerveux. Après un morceau au style rollinsien, Rick est passé au style coltranien. Manuel Rocheman attaque. Belle bagarre avec le piano dont la musique sort vainqueur. Rick revient en corne de brume, poussé la contrebasse et la batterie. Ca balaie.L’ombre de Sonny Rollins revient avec ce trio sans piano. Le piano, main gauche, et la contrebasse tiennent le tempo alors que Karl enflamme ses tambours. Il se lance tout seul dans le chantier à grandes pelletées. Manuel tient sur sa main gauche puis ajoute un peu de main droite alors que Rick a repris son vol aquilin.

PAUSE

Peter Giron est le MC (Master of Ceremony) de la soirée. Il invite les musiciens à inscrire leur nom, prénom, instrument sur une liste ce qui permet de répartir leur ordre de passage. Il les présente lorsqu’ils montent sur la scène.Le tout avec un charmant accent made in USA.

Tous les musiciens sont remplacés : piano, contrebasse, batterie, saxophone soprano. Ils évitent la confrontation avec les Anciens.

Comme pour tout bœuf, les musiciens ont besoin de codes communs pour se retrouver. D’où le jeu des standards. Ici « On green dolphin street » pour commencer. La rythmique tourne bien. Le sax soprano joue bien de cet instrument si difficile techniquement. Il a déjà la maîtrise technique, le flux mais pas encore la personnalité. Tous ces jeunes gens sont Blancs. Le Jazz, musique métisse, a pâli. Pas de musicienne non plus.Très joli solo de contrebasse portant à la rêverie.

Ils jouent ensuite un morceau de TS Monk qui fait passer le souvenir de Steve Lacy dans le jeu du soprano.

Un autre saxophoniste monte sur scène, un alto. Standard joué de façon très cool, dérivée de Lee Konitz plutôt que de Charlie Parker. C’est assez rare pour être signalé. Je pense qu’ils jouent « Softly as in a morning sunrise ». Le saxophoniste Roland Sieyes (un descendant de l’abbé ?) est concentré. Il fixe un point imaginaire, n’osant pas regarder le public en jouant. Le contrebassiste a une belle chemise orangée en harmonie avec le vernis de la contrebasse. Bien vu. Jolies trilles du piano impeccablement soutenu par la rythmique. Ce jeune contrebassiste, Alexandre Perrot, sort du lot. Il joue souple, puissant, relâché et il sait raconter des histoires le long des cordes de sa contrebasse. Breaks de batterie tranquilles et efficaces. Le sax a le bouc, le goatee du bopper mais plus petit que celui de Dizzy Gillespie.

Changement des musiciens. Un guitariste électrique monte sur scène. Seul le sax reste. Ca sonne brésilien au départ mais c’est un standard du Jazz, « I remember april ». La rythmique swingue bien avec la couleur de la guitarre électrique en plus. Solo de guitare jazz dans le style années 1950. Sacha Distel peut être fier de sa descendance. Beau son de sax alto, clair, distinct, sans vibrato.

Un autre sax alto monte sur scène. Je m’en vais car minuit approche. Je n’ai pas de problème de citrouille pour rentrer mais j’ai école le lendemain. Je salue Sébastien Llado en partant. Je reviendrai au Bœuf du Neuf le mercredi soir en espérant entendre la rencontre sur scène des Anciens et des Modernes

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Keith Jarrett, compositeur au carrefour des musiques du XX° siècle

Publié le par Guillaume Lagrée

 

La leçon de Jazz d’Antoine Hervé.

« Keith Jarrett, compositeur au carrefour des musiques du XX° siècle ».

Paris. Auditorium Saint Germain. Mardi 8 décembre 2009. 19h30.

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La photographie d'Antoine Hervé est l'oeuvre de l'Abracadabrantesque Juan Carlos Hernandez.


Antoine Hervé : piano

Keith Jarrett est connu du grand public. Il y a plus de monde que d’habitude. La salle est presque pleine. La scène ne porte qu’un piano. Pas de contrebasse ni de batterie. Personne ne jouera les rôles de Gary Peacock et Jack de Johnette.

Pour commencer une chanson country passe dans les haut parleurs. Serait-ce Keith Jarrett au piano ? En fait c’est Keith qui joue du piano, de la contrebasse, de la batterie, de l’harmonica et chante « All right » sur son troisième album. Comme Stevie Wonder et Prince, Keith Jarrette sait tout jouer. Contrairement à ses deux confrères, Keith a choisi de se concentrer sur un instrument, le piano et même sur un genre, les standards du Jazz.

Keith Jarrett est né le 8 mai 1945, le jour de l’Armistice. C’est dire si c’est un homme de paix. Premières leçons de piano à 3 ans, premier concert à 7 ans, premier récital de ses compositions à 17 ans. Il a fait partie des Jazz Messengers d’Art Blakey, l’université Harvard du Hard Bop. En 1966, il accompagne Charles Loyd avec Jack de Johnette à la batterie. De Johnette joue toujours avec Keith aujourd’hui. Il a formé un trio avec Charlie Haden et Paul Motian, le premier batteur de Bill Evans. Il joue des claviers électriques chez Miles Davis en 1970-71 alors qu’il les a en horreur (écouter son témoignage dans le film « Miles Davis Electric. A different Kind of Blue » sur le concert à l’île de Wight en 1970 devant 600 000 spectateurs).Miles Davis l’avait abordé ainsi à Paris dans un club où il jouait avec Jean François Jenny Clarke et Aldo Romano : «Hi Keith! How does it feel to be a genius ? ». Il a joué avec son maître de la Berklee School of Music, le vibraphoniste Gary Burton.

Antoine Hervé nous joue « 45 » de Keith Jarrett qui mêle la pulsion binaire et les accords du Jazz. Il nous explique la différence entre un guitariste de Jazz et un guitariste de Rock. Un guitariste de Jazz joue 3000 accords devant 10 personnes. Un guitariste de Rock joue 10 accords devant 3000 personnes.

Antoine joue « Choral » de Keith Jarrett. Dans les années 1970, Keith Jarrett ajoute le saxophoniste Dewey Redman (père de Joshua, autre saxophoniste) à son trio.

En 1972, Keith Jarrett enregistre son premier album solo « Facing You » pour le label allemand ECM (Echoes of Contemporary Music/Munchen) dirigé par Manfred Eicher. Il est depuis resté fidèle à cette compagnie dont il a fait la fortune. Ce solo stupéfia Antoine Hervé à l’époque par sa nouveauté. En 1975 sort le « Köln Concert » un des albums les plus vendus de l’histoire du Jazz. 45mn d’improvisation sans interruption un soir de tournée. Nanni Moretti l’a utilisé pour son film « Caro diario » (« Journal intime ») en 1993. C’est une musique liquide et mobile qui laisse l’auditeur voguer au gré de son imagination. Antoine nous en joue joliment des extraits, restituant une improvisation qu’il connaît par cœur.

Keith Jarrett a aussi eu un groupe scandinave avec le saxophoniste Jan Garbarek, le Belonging Quartet. Antoine nous joue « Spiral Dance », un morceau très rythmé, peut-être inspiré des danses scandinaves comme le « Dear Old Stockholm » de Stan Getz. Un air dansant, puissant, qui emporte.

« The wind up » (album « Belonging »). Le morceau est rythmé, haché, brisé, joyeux. Le vent souffle dans les voiles. La métrique est complexe, les points d’appui sont déplacés (héritage de Charlie Parker). Le Professeur Hervé nous explique comment une mesure de 16 est divisée en 7+9 pour donner l’impression que le temps s’allonge à la fin. A l’intérieur du thème, passage en 4 temps mais ça change au bout de 2 temps. Tout est décalé, fait pour dérouter l’auditeur. Allusion à la musique médiévale que Keith a beaucoup écouté et analysé.

Dans les années 1980-90, Keith Jarrett a beaucoup travaillé la musique classique au piano, au clavecin, à l’orgue. Il a joué du baroque, des compositeurs contemporains américains. A la fin des années 1990, épuisé par des années de tournées et d’enregistrements (200 albums !), il est victime d’un syndrome de fatigue chronique, incapable de jouer.

Il se consacre aux ballades avec l’album « The melody at night with You ». Antoine nous joue un extrait de « Peace piece » de Bill Evans (extrait de l’album « Everybody digs Bill Evans », morceau très nettement inspiré des Gymnopédies d’Esoterik Satie). Il joue ensuite « Never leave me » de Keith Jarrett dans le même style. C’est épuré, dépouillé, cristallin, joué à l’économie pour concentrer l’émotion. Dans la même veine, Herr Professor Hervé joue un standard « Somewhere over the rainbow » en distillant les notes une à une, comme des gouttes d’eau tombant d’un robinet.

Keith Jarrett a aussi travaillé l’improvisation fuguée (Bach, Mozart, Beethoven), l’école française du contrepoint teintée de la période élisabéthaine (Elisabeth Ière, reine d’Angleterre du vivant de William Shakespeare). Il a reçu le Sonning Music Award au Danemark comme Igor Stravinski et Miles Davis.

Depuis bientôt 30 ans Keith Jarrett joue des standards en trio avec Gary Peacock (contrebasse) et Jack de Johnette (Batterie). Keith Jarrett est le moteur et le gardien du tempo. Tout est en place. Gary Peacock peut improviser. Il n’a pas à lier, tenir le trio comme le fait normalement le contrebassiste. La science de la percussion et du tempo est extrêmement poussée chez Keith Jarrett.

Sa filiation avec Bill Evans s’entend dans la gestion de la dynamique de la phrase passant du mezzo au forte puis revenant au mezzo (aux mezze s’il joue un tempo alla libanese).

Keith est aussi influencé par la guitare folk. Exemple avec le début du concert de Bregenz. Effectivement, à écouter Antoine Hervé le jouer, ça sonne guitare.Il en rajoute en chantant la chanson du film « Titanic » par dessus. La main gauche se ballade comme sur une guitare.Antoine scatte l’air en même temps qu’il le joue ce qui rend plus lisibles les rythmes. Comme Glenn Gould, Keith Jarrett chantonne en jouant du piano.

L’ostinato fait le style de Keith Jarrett. L’ostinato c’est quelque chose qui se répète, quelque chose qui se répète, quelque chose qui se répète... Il est aussi influencé par Paul Bley : beaucoup de silence dans la musique ce qui permet de suggérer. Et par Claude Debussy comme tous les pianistes de Jazz, par le baroque, par le gamelan tel Debussy fasciné par les danses balinaises à l’Exposition universelle de Paris en 1900.

Il aime jouer avec les pédales des notes bourdon comme la cornemuse. Il a aussi écouté la musique minimaliste de Michael Nyman rendue célèbre par le film « La leçon de piano » de Jane Campion (1993). C’est une musique ouverte à tout, qui retourne à la musique tonale ou modale. A l’opposé de la musique sérielle (séries de notes, de nuances, de timbres). Les Américains ont refusé le sériel. Ils préfèrent le tonal ou modal, la pulsation régulière.

Le truc de Keith Jarrett c’est l’ostinato. Démonstration avec le concert de Bregenz. Puis comparaison avec les Préludes et Fugues de JS Bach. Quand Keith Jarrett trouve un ostinato, l’énergie commence à monter. Il fait « tourner » disent les musiciens. Nouvelle démonstration avec le fameux ostinato du « Köln Concert » (solo de 1975). Au dessus se développent des gammes pentatoniques, des accords de passage avec des arrivées amorties, des phrases qui imitent la voix.

Un autre ostinato du Köln Concert plus rapide, plus percussif. Un thème grave se développe par dessus. Il Professore Antoine Hervé nous fait remarquer que cela sonne comme des tabmas indiens avec l’afterbeat marqué au piano. Le style de piano de Keith Jarrett fait entendre la contrebasse et la batterie en leur absence.

Séance d’écoute musicale avec Steve Reich, compositeur américain, batteur d’origine. Steve pratique le déphasage. Une rythmique ne bouge pas, l’autre se décale. Ecoute du morceau « Drumming » de Steve Reich. Par ses gestes, le Professeur Hervé nous explique le déphasage entre les deux percussionnistes et le passage à un autre tempo. Pas besoin d’électronique pour planer. Deux percussions bien jouées suffisent.

Le père de la musique répétitive c’est le Français Esoterik Satie, comme disait son concitoyen Honfleurais Alphonse Allais, avec ses « Vexations » jouées 840 fois. Erik Satie a aussi inventé la musique de film qu’il appelait d’ameublement.

Keith Jarrett pense la musique de manière horizontale comme Joseph Zawinul. Exemple du choral élisabethain. Le contrepoint permet au chanteur de créer des tensions et des détentes dans la grille.Keith Jarrett enrichit le discours contrapuntique avec des superstructures (notes modernes). Avec trois accords, on a fait des années de contrepoint et des années de rock’n roll. En altérant, en coloriant par ½ point on arrive au Jazz.

Pour finir, une question centrale dans le jeu de Keith Jarrett. Pourquoi bouge t-il autant ? C’est le Jazz, c’est physique. Il est en fusion avec son piano et sa création. Dans le taï chi chuan, art martial chinois, l’énergie vient des pieds, en contact avec le sol. C’est ce que pratique Keith Jarrett en jouant du piano debout et, pour lui, comme pour Michel Berger, ça veut dire beaucoup. En faisant jouer tout son corps, Keith donne plus d’énergie en en utilisant moins. Dans un autre genre d'expression corporelle, au tennis, Roger Federer est le modèle par sa coordination et son relâchement.

Il n’y a ni humour, ni cynisme chez Keith Jarrett. Il trouve des chemins qui n’appartiennent qu’à lui.

Pour finir Antoine Hervé joue « My song », un morceau naïf, simple.

Bel hommage que cette leçon de piano solo consacrée à Keith Jarrett. Je continue à ne pas apprécier Keith Jarrett et à lui préférer de très loin Martial Solal mais je remercie Antoine Hervé de nous avoir fait partager son amour et son respect pour ce Géant capricieux du piano.

Les leçons de Jazz ont lieu une fois par mois à l’Auditorium Saint Germain des Prés à Paris à 19h30. Certaines villes de province ont l'honneur et l'avantage d'accueillir le professeur Antoine Hervé.

Voici les thèmes des prochaines leçons :
- Antonio Carlos Jobim, pianiste brésilien, un des pères de la Bossa Nova le mercredi 13 janvier 2010
- Wayne Shorter, saxophoniste, « le plus grand compositeur du Jazz depuis la mort de Duke Ellington » (Stan Getz) le mardi 9 février 2010
- Le Blues au piano le mardi 16 mars 2010
- L’électro Jazz le jeudi 1er avril 2010. Non ce n’est pas une blague mais je pense qu’on s’y amusera bien.

La leçon de Jazz d'Antoine Hervé sur Keith Jarrett est disponible en DVD. Cf extrait vidéo sous cet article.

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Les Esclaves Volontaires libèrent le New Morning

Publié le par Guillaume Lagrée

 

Mardi 1er décembre 2009. 21h. Le New Morning. Paris.

The Volunteered Slaves


Olivier Temime
: saxophone ténor
Jérôme Barde : guitare électrique (bardophone)
Emmanuel Duprey : Fender Rhodes
Akim Bourrane : guitare basse électrique
Arnold Moueza : percussions
Julien Charlet : batterie

Son de synthé mouillé années 80 pour commencer. Normal. C’est « Controversy » de Prince (album « Dirty Mind » 1980) ; « I just can’t believe all the things people say. Am I black or white ? Am I straight or gay ? Controversy ! ». Fluide, énergique, funky. Ils y sont les petits gars. Spectateurs timides. Personne ne danse sur la piste. A croire qu’il faut leur en donner l’autorisation expresse. La musique est sans prétention, faite pour danser avec de l’impro dedans. Le solo de sax est trop serpentin, complexe, zigzagant pour danser mais la rythmique ne lâche pas l’affaire.

Ils continuent dans le clavier mouillé, tordu. Rythmique bien ancrée, funky. Guitare et sax se promènent au dessus ondulant, ondoyants. Cette musique est plus proche du Funk que du Jazz. La preuve, il y a des jolies filles dans la salle.C’est aussi une musique démocratique . Olivier Temime est le porte parole du groupe mais il n’y a pas de tête d’affiche, juste le nom du groupe, comme dans le Rock’n Roll.

« Ritournelle » (Barde). Il y a des fans dans la salle. 40 abonnés au site Volunteered Slaves. Ca aussi c’est l’esprit Rock’n Roll. Une sorte de ballade à la rythmique chaloupée, pas loin du reggae.

« Zabriskie Point » (Duprey). Un hommage au film éponyme de Michelangelo Antonioni. Ca débute par un duo de percussions/batterie(cymbales). Jeu afro cubain tout en souplesse. Arnold accélère petit à petit. Un spectateur idiot se croit à un match de tennis et crie « Allez ! ». Tout le groupe démarre en bloc, funky, sax en tête. Après un moment calme, ça repart à fond les manettes, le sax vrillant tout sur son passage.

« People make the world go round », vieux morceau soul a priori. Ca sonne chaud, souple, funky. La salle est pleine mais personne n’ose danser à part certaines personnes qui remuent du valseur sur place.Le clavier sonne sixties à la Donnie Hathaway. Let the groove on, baby !

« Butterfly » composition d’Herbie Hancock, période « Headhunters » (années 1970). Gros soin mouillé du Fender. La batterie fracasse, les percussions et la basse marquent le tempo. Ca tourne en boucle mais pas en rond. Si ce groupe pouvait inciter ses jeunes spectateurs à écouter du Herbie Hancock des années 1970, ce serait déjà un grand progrès dans leur éducation musicale. Le sax ténor est le papillon qui vole au dessus de la Terre symbolisée par la rythmique. Le clavier se met à s’envoler lui aussi. Le vol du ténor s’accélère. Si l’équipe du New Morning mettait des lumières multicolores sur les pales des ventilateurs du plafond, ça mettrait une ambiance plus colorée, plus funky dans la salle.

« Herbert » (Barde). Un hommage à Herbert Léonard assurément. Une ballade comme les aime l’inoubliable interprète de « Pour le plaisir », douce, sensuelle. La salle est pleine à craquer. Ca marche pour eux. Tant mieux.

Il y a vraiment des fans. Le percussionniste lance des phrases et le public lui répond. Ca ressemble à du créole. « O ya ya yo O ya yo ». Puis le groupe part dans un morceau des Jackson Five. Ils joueront d’ailleurs un concert spécial Mickael Jackson le 31 décembre 2009 au Sunset. Echange de roulements entre les mains sur les percussions et les baguettes sur les bords de caisses.

Ballade avec roulements de tambours. Olivier la joue Superfunkycalifragisexy. C’est chaud, velouté, une musique faite pour les rapprochements entre les camps opposés comme disait Frank Zappa. C’était un thème d’Emmanuel Duprez dont j’ai loupé le titre.

« Breakfast in Babylone » (Duprez), titre éponyme de l’album. C’est à la fois planant et rythmé. Olivier est en croisière sur le thème. Joli son wizzz du clavier. Accélération finale, véritable invitation à la danse mais personne ne danse. Ils sont longs à se lâcher ces Parisiens ! Le batteur joue avec une prise marteau, celle du Rock’n Roll ou du Funk, pas celle du Jazz.

« Joy »(Barde). « Joy » c’est aussi un nanar érotique des années 1970 avec une BO signée Isaac Hayes qui vaut son pesant de cacahuètes. Guitare bien funky. Ca balance pas mal à Paris. Morceau fait pour battre la mesure avec les mains et les pieds. Sax et guitare se répondent. Ca sonne un peu ouest africain dans le jeu de guitare et dans le tempo. Le Super Rail Band de Bamako n’est pas loin. Devant la scène, quelques fans dansent timidement. C’est le dernier morceau. Il est temps.Ils chantent l’air, invitant le public à les rejoindre. Pour des Blancs, ce sont de bons ambianceurs. Fin decrescendo puis Stop !

RAPPEL

« Le messager » puis « L’attaque de la diligence » (Barde). Ca sonne Jazz fusion des 70’s. La deuxième partie est en effet plus énergique, plus vive que la première. Les bandits attaquent la diligence. Enfin, les spectateurs dansent, libérant un peu leurs instincts animaux. Gros son de ténor par dessus la lave en fusion du groupe. Olivier Témime a bien retenu les leçons du « Little Giant » Johny Griffin.

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Lee Konitz rajeunit avec Dan Tepfer à Paris

Publié le par Guillaume Lagrée

 

Paris. Le Duc des Lombards. Dimanche 29 novembre 2009. 21h. Duo Lee Konitz/Dan Tepfer.





La photographie de Lee Konitz est l'oeuvre du Sophistiqué Juan Carlos Hernandez.


Lee Konitz : saxophone alto
Dan Tepfer : piano, saxophone alto

« Nous allons jouer des standards, essayer de les rendre… » (Lee) « pas si standards » (Dan). « Tu m’ôtes les mots de la bouche » (Lee). Dès le départ, la complicité entre les deux hommes est évidente.

D’ailleurs ils commencent par « Just friends » comme Lee Konitz avec Martial Solal (" Star Eyes " concert de 1983 à Hambourg.Hat Hut Records). C’est Martial qui a présenté son élève, Dan Tepfer, à Lee Konitz. Intro au saxo avec des notes de piano prolongées, effacées. Lee joue aigu, fort alors que Dan joue plus grave, plus calme. Bref chacun joue à l’opposé de ce que l’on attend de son âge. Dan introduit un thème dansant parallèle à celui que joue Lee. Lee joue sans micro. Pas besoin en effet dans un club. Lee et Dan fusionnent dans le thème.

Intro au piano. Grave, rêveuse, mélancolique. Lee ajoute sa complainte par dessus le tapis sombre du piano. « I remember You ». Ils l’ont bien masqué. La conversation est de bon ton. Les propositions fusent. Dan Tepfer joue plus mais Lee ne s’en laisse pas conter. Ils sont partis en improvisation pour le temps qu’ils voudront, le temps qu’ils chanteront. Ce sont deux oiseaux de haut vol, friands d’arabesques et de loopings pour notre plus grande délectation. Dan fait rouler les graves, monter la pression. Lee repart de plus belle. Certes il n’a pas d’attaque (esthétique cool) mais il attaque et contre attaque. Dan Tepfer ne le conforte ni ne le conteste. Il le soutient, le stimule, l’incite à se dépasser. Qu’un homme de 82 ans prenne de tels risques avec un musicien qui a l’âge d’être son petit fils, même sur un sujet qu’il connaît par cœur (les standards), cela mérite le respect. « C’était un medley de morceaux. Je ne me rappelle plus lesquels. Vous avez très bon goût. J’utilise cette blague depuis 67 ans maintenant. ». Comme Stan Getz, Lee Konitz a donc commencé sa carrière professionnelle en 1942, à l’âge de 15 ans.

« You don’t know what love is ». Lee est bien dans le thème. Dan invente un thème parallèle puis revient au thème. Ils se balladent le long de cette ballade. Lee s’asseoit pour jouer. Il le mérite bien. Il est totalement relax pour distiller ses notes comme un alcool fort. Dan Tepfer n’est pas le jeune serviteur du vieux Maître. C’est un nouveau complice pour ses fantaisies musicales.

Introduction au saxophone. Comme Benny Carter il n’y a pas si longtemps, Lee Konitz est un exemple pour la médecine. A 82 ans, tel son compère Martial Solal, il est toujours énergique, toujours créatif et il a le courage de se remettre en question avec un partenaire de jeu dont il pourrait être le grand père. Lee surfe sur la vague créée par le piano.

Intro au piano très rapide mais sur place (avant, arrière) ponctuée par des notes distillées dans les graves. Lee s’installe plus confortablement sur le tabouret pour dérouler porté par le tapis volant du piano. Lee semble jouer du violon. Nom de Zeus, c’est beau !

Lee demande si quelqu’un peut jouer des solos de Lester Young. Lee et Dan les ont chanté dans la loge avant le concert avec François Théberge, Marcel Zanini, Marc Edouard Nabe. Dan Tepfer est passé au sax alto. Chacun joue à son tour. Dan est meilleur au piano. Les deux chants se rejoignent sur le thème « Thingin » de Lee Konitz (cf l’album « Thingin » enregistré en concert en Suisse en 1995 avec Attila Zoller à la guitare et Don Friedman au piano.Hat Hut Records). Le sax alto de Dan danse reflété dans la coque du piano. Maintenant c’est chant, contre-chant entre eux. Dan Tepfer se rasseoit au piano et reprend le thème alors que Lee Konitz improvise. Ils s’amusent bien ensemble ces deux là. Lee chantonne même. Il est vraiment heureux de jouer avec ce jeune homme qui lui offre une cure de jouvence. Dan a repris le saxo depuis le piano. Ces deux oiseaux chantent et nous enchantent.

« Nous jouons encore un morceau. Ensuite je vais à l’hôpital » dit Lee Konitz en faisant sembler de s’affaisser. Dan a repris le piano en mains et sert un plateau d’argent. Lee amène le plat et les épices. Bref, c’est rodé et surprenant.

En rappel, à la demande de Lee Konitz, Dan Tepfer joue seul au piano une improvisation sur les Variations Goldberg de Jean Sébastien Bach. Ca aussi il peut le faire, Mesdames et Messieurs. JS Bach est le plus swinguant des compositeurs classiques. Un pur moment de grâce.

1h de concert pour 28€ (21 € grâce à billetreduc) cela peut paraître cher mais ce duo Lee Konitz/Dan Tepfer n’a pas de prix. L’Ancien transmet son savoir, le Jeune apporte sa fougue. Du moins, en apparence. En fait, tous deux sont jeunes, vieux, savants, fougueux, nourris d’expériences passées et tournés vers l’avenir. Bref c’est un régal. Pour ceux qui n’ont pas eu la chance de les entendre en concert, un album de ce duo vient de sortir. A bon auditeur, salut !

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Christophe Marguet et associés en concert

Publié le par Guillaume Lagrée

 

Christophe Marguet Quartet

Paris. Le Sunside. Samedi 28 novembre 2009. 21h


La photographie de Christophe Marguet est l'oeuvre du Voyant Juan Carlos Hernandez.


Christophe Marguet
: batterie
Mauro Gargano : contrebasse
Bruno Angelini : piano
Jean Charles Richard : saxophones baryton et soprano, flûte

Sax baryton. Son coltranien au baryton. Batterie aux maillets, contrebasse à l’archet. Le contrebassiste a lâché son archet, le batteur a pris ses balais. La musique coule lentement comme un fleuve vers la Mer. Baguette main droite, balai main gauche. Jolie alliance de sons. Rythmique très soudée derrière le sax. Bruno fait cascader, triller le piano. Ca monte. Baguettes. Le sax s’envole alors que le piano continue de fuser.

Sax soprano. C’est plus heurté, plus sec. La rythmique s’énerve. Bruno fait le grand écart entre le grave et l’aigu. Duo batterie/sax. Ce n’est pas breton mais ça déménage.Le bassiste ajoute une pulsation lourde, menaçante. La bataille fait rage. Tout se calme pour le solo de contrebasse accompagné par les balais. Les notes rebondissent graves et souples. Le quartet repart avec les baguettes. Le sax pousse le thème dans ses retranchements.

Sax baryton. Morceau assez planant. L’archet gratte les cordes de la contrebasse. Piano et sax distillent le thème alors que les balais marquent un tempo léger, subtil et omniprésent. Après un interlude, le thème au swing étrange reprend. C’est léger et indélébile. Bruno avait des accords à la Chick Corea.

Le batteur leader a décidé de nous réveiller brutalement. Solo énergique aux baguettes. Les tambours vibrent dans le ventre, les cymbales dans les oreilles. Nettoyage à sec ! La contrebasse puis le piano entrent dans la danse. La musique nous prend comme une vague et nous emporte. Il n’y a qu’à se laisser aller. Aucun risque de se noyer. Sax soprano aigu au dessus de la masse grave et puissante de la rythmique. Ce groupe est soudé comme un pack de rugby. En un geste, le volume sonore baisse mais la tension ne se relâche pas.

Duo piano/sax baryton. Une ballade. Rythmique avec les balais. Le sax s’envole, jouant dans le registre haut de l’instrument. La rythmique est solide, soudée, créative. Le piano sonne clair et frais.

Un autre morceau sec et énergique. Baguettes. Sax soprano. Très belle musique pour une séance de retrouvailles entre amoureux dans un film. Par exemple sur le Pont des Arts à Paris. Puis ça s’énerve, la rythmique stimulant le sax. Retour au thème en piano solo. La contrebasse ponctue légère, souple. C’est beau à m’en mettre les larmes aux yeux. Pourquoi certaines musiques touchent elles plus que d’autres ? Il paraît qu’il y a des trucs pour ça. Le quartet repart. Dieux que c’est beau !

PAUSE

Sax baryton. Le groupe repart en bloc. La pause ne les a pas dessoudés. Bruno crée une ambiance brumeuse, mystérieuse au piano, trouée par des éclairs de batterie, des fractures de contrebasse. Montée en puissance du groupe. Ils envoient.

Sax soprano. Piano et contrebasse se répondent dans un dialogue de haute tenue. C’est une ballade. Les mains de Christophe tapotent les tambours. Bruno creuse le piano dans les graves. Il monte en puissance dans l’aigu et Christophe passe aux balais. Le soprano crisse, vrille, crie alors que la rythmique punche sans relâche. Christophe joue vite et fort aux balais. Pas facile. Il fait tinter des clochettes main gauche alors qu’il tient un balai main droite. La contrebasse vibre sous l’archet. Puis ça repart tout en douceur.

Sax soprano. Il y a toujours un temps d’attente entre chaque morceau comme s’ils savaient ni quoi ni comment jouer. Et puis ça part d’un coup à fond les manettes. Duo batterie/sax nerveux, sec. La rythmique se lance avec le pianiste aux commandes. Solo de piano où le piano crache tout crache tout ce qu'il a dans le ventre tant Bruno le travaille au corps. Gros son de contrebasse en solo au milieu du piano et de la batterie aux baguettes. Solo de batterie aux baguettes énergique, viril, basé sur les tambours. Ca vibre dans le ventre. Puis le groupe reprend sa sarabande.

Mauro Gargano travaille au corps sa contrebasse. Bruno distille le piano. Un souffle de magie parcourt la salle. Même les bavards accoudés au bar la mettent en veilleuse. Solo de piano coloré comme un champ de blé sous le vent. Les balais enchaînent sur la batterie. Le quartet reprend (balais puis baguettes). La musique monte la pente sans effort.

Jean Charles Richard prend une flûte traversière en bois. Maillet de la main gauche, clochettes de la main gauche. Le petit pâtre mongol chevauche dans la steppe poursuivi par les tambours de guerre chinois. Les deux maillets tambourinent alors que la flûte du pâtre mongol chante.La contrebasse vient ajouter de la tension. Sax soprano. La rythmique repart. Le sax soprano chante à son tour, aigre, acide. Avec sa petite taille, son costume, son crâne dégarni, Jean Charles Richard a l’air d’un comptable. Dès qu’il souffle dans un saxophone, c’est un Démon possédé par la Musique. Il remplace Sébastien Texier. Après 3 concerts, il est déjà parfaitement intégré à la mêlée de Christophe Marguet. Ce n'est pas là le moindre de ses mérites. Ca finit dans un souffle. Un silence admiratif puis on applaudit.

Le marchand de sable est passé. Je rentre me coucher enchanté par cette musique résistante et poétique.

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Les arabesques de Bex à l'Alhambra

Publié le par Guillaume Lagrée

 

Emmanuel Bex « Open Gate »

Paris. L’Alhambra. Vendredi 27 novembre 2009. 20h.


La photographie d'Emmanuel Bex est l'oeuvre du Visionnaire Juan Carlos Hernandez.

Emmanuel Bex
: orgue Hammond
Francesco Bearzatti : saxophone ténor, clarinette
Simon Goubert : batterie
 « Omnia Vox »: choeur

Le balcon est rempli par des invités de BNP Paribas, mécène du groupe. Si investir dans le Jazz est déductible de l'impôt sur les sociétés, de nombreuses entreprises devraient le financer. N'est ce pas?

Début du concert à 20h05. Je n’ai jamais vu une telle exactitude chez des jazzmen depuis Miles Davis à Saint Brieuc le vendredi 26 octobre 1990. Simon Goubert échauffe ses baguettes sur un tambour. Ca virevolte. « Fly like a butterfly, sting like a bee » comme disait Mohamed Ali (le boxeur, pas le batteur). Simon ajoute la pédale sur la grosse caisse et le trio démarre. Bex règle le débat d’un geste de la main. Ca s’arrête et ça repart. Francesco est au sax ténor. Bex donne la sensation de bloquer puis de relâcher le son. Tous les trois sont chauds dès le premier morceau. Francesco feule comme un tigre. Sous les mains d’Emmanuel Bex, l’orgue devient spécial et spatial. Simon cliquète derrière. Fin vive comme l’éclair. C’était « It’s open », titre logique pour ouvrir un concert. Dans les films les portes s’ouvrent mais ne se referment pas observe Bex. Bien vu Emmanuel.

« Nice to Blues ». Après un démarrage calme, les balais alternent entre puissance et douceur. En solo, Bex chantonne. Cet homme est fou de ce qu’il joue. Simon semble frotter des graviers sur son tambour. Ca crisse et c’est bon. En faisant la queue devant l’Alhambra, j’ai entendu une vieille dame dire qu’elle avait connu Emmanuel Bex à 12-13 ans à Caen. Il a bien grandi depuis ce petit Normand. Francesco danse avec sa clarinette avant d’en jouer. Il chante sa joie comme un oiseau au printemps.

Enchaînement direct sur un autre morceau. Le public est froid et, surtout, ne sait pas quand applaudir. Francesco a repris le saxophone et attaque. Le duo batterie/sax ténor est très free, difficile d’accès pour les néophytes du balcon. Ca balance vite et fort. Bex ajoute le grondement de l’orgue aux grognements du sax et aux explosions de la batterie. Ils s’amusent bien mais c’est dur pour le public. Après tout, ils jouent leur jeu. Aux spectateurs de suivre ou non. Solo de batterie viril mais correct. Simon travaille au corps ses tambours. Bex repart à toute berzingue, toujours spatial. Francesco fait la sirène d’alarme avec son anche. Fin brusque.

Bex prend son micro, son Vocoder et ses lunettes noires pour nous impressionner. Il joue tout en douceur et vocalise. C’est planant et ça crépite en douceur. Simon prend les maillets pour caresser cymbales et tambours. Le sax ténor se glisse dedans, tout en douceur, chaud et viril. Il prolonge les notes comme un violoncelle. Simon balaie le gravier avec ses balais. Bex joue comme un brodeur de fils d’or sur un tapis d’Orient, fin et brillant. Simon creuse et tapote avec les maillets. Francesco plane au ténor. C’était « Que ne suis je ? » inspiré d'un poème de Fernando Pessoa.

« E pericoloso sporgersi ». Francesco a expliqué à Bex comment le dire correctement en italien. Emmanuel Bex remercie BNP Paribas et les invités de la banque d’être là. Il fait le métier. Il a enlevé ses lunettes noires et Francesco a pris sa clarinette. Morceau ludique, haché. La belle demoiselle extrême orientale qui était assise au bout de ma rangée est partie énervée à la fin du morceau précédent. Elle n’est pas entrée dans la musique. Tant pis pour elle. Les trois garnements s’amusent bien sur scène. Un chœur viendra pour la deuxième partie chanter un « Libera me » et un « Sanctus » parties d’un Requiem qu’Emmanuel Bex est en train de composer.

PAUSE

Un chœur monte sur scène : 4 femmes, 4 hommes. 2 altos, 2 sopranos pour les chanteuses; 2 ténors , 2 basses pour les chanteurs.

Ils commencent par le « Libera me ». Ce sont effectivement les paroles d’un Requiem en latin mais sur une musique Jazz, plutôt swing. Ca dépote. C’est moins rigolo que les Rigolettes de Rigolus, la fanfare qui sent bon l’anis. Normal, c’est un Requiem. Ca sonne bien mais c’est trop swinguant pour un requiem à mon avis. Avis que je partage avec une spectatrice invitée par France Musiques que j’ai rencontré au concert. Passage orgue, batterie, chœur. Puis ça repart avec le sax. Des choristes d’un requiem qui dansent, c’est bizarre et amusant. Il faudrait écouter cela dans une église avec un orgue liturgique pour en juger pleinement. Par exemple dans celle de Breteville sur Odon en Normandie là où Emmanuel Bex a enregistré mon morceau préféré de son dernier album « Slang in a church ».

Démarrage à l’orgue tout en douceur. Simon gratte une cymbale. Le « Sanctus »commence. L’orgue sonne liturgique, lent, majestueux. Le choeur chante seul le Sanctus. L’ambiance devient ecclésiale. Le batteur sonne la charge, l’orgue repart, le sax aussi alors que le chœur chante Hosanna. Le chant joyeux de l’Hosanna fusionne bien avec le Jazz du trio.

Emmanuel Bex nous explique joliment son requiem: « La disparition, ça appartient à tous, catholiques ou non et le latin, je trouve ça rigolo ». Le chœur Vox Mania s’en va. Le trio joue une Suite. Ca commence en ballade orgue/clarinette. Le batteur entre dans la danse et Francesco prend son saxophone ténor. Petit break de baguettes sur la cymbale hi hat. Puis le trio repart. Passage bien barré mais toujours sous contrôle. Solo de batterie qui nettoie la poussière sur les tambours.

Bex entame seul une ballade. Simon s’est levé, se promène sur la scène et joue avec le mur, le sol. Francesco se fait de velours, serpentin avec l’orgue. Solo total de sax ténor qui brille dans l’obscurité. Le souffle est haché, sussuré, enveloppé. Simon reprend son exploration sonore de la scène. Ca plane. Tout s’efface dans un souffle conjoint à 3.

« Inverse ». Morceau énergique, assez funky. Francesco reste au sax ténor. Bien peu de clarinette ce soir. Orgue et batterie crachent le feu. Francesco ne s’en laisse pas conter. Le morceau est dansable à condition d’avoir un bon sens du rythme.

RAPPEL

Simon lance avec les balais un rythme vif, énergique. Swing léger, chaud. La batterie ronronne. Bex fait des bruitages cosmi comiques. Francesco se ballade au sax ténor. Séance vive, hachée à 3. La balle circule bien dans ce groupe.

Pour finir, les choristes remontent sur scène pour saluer avec les musiciens. Tous nous saluent et nous envoient des baisers.

Salut à l'image de cette soirée, pleine de vie et de fantaisie. Laissons les portes ouvertes à " Open Gate "

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Matthieu Marthouret Organ Quartet " Playground "

Publié le par Guillaume Lagrée

« Play ground ». Must Record.

Matthieu Marthouret Organ Quartet


La photographie de Matthieu Marthouret est l'oeuvre du Hot Juan Carlos Hernandez. Juan Carlos est aussi l'auteur de la photographie de Matthieu qui orne le verso de la pochette de cet album.


Matthieu Marthouret
: orgue Hammond et compositions
David Prez : saxophone ténor
Sandro Zarafa : guitare
Manu Franchi : batterie

Il y en a des, des pisse freins, des grincheux qui prétendent qu’on ne peut pas faire danser, chavirer les filles avec le Jazz actuel. Des ignares ! Qu’ils mettent Matthieu Marthouret et son Organ Quartet en fond sonore dans leur salon. C’est chaud, souple, dansant mais ce n'est pas de la copie du Boogaloo de chez Blue Note style années 1960.

Ce ne sont que des compositions personnelles et elles sont bien écrites. Il y a même une suite sur quatre morceaux. Il y aussi une influence de la Pop Music mais de la bonne genre Trafic.

Si vous n’arrivez pas à la faire danser sur le morceau n°2, changez de partenaire, Messieurs, votre charme ne marche pas sur elle !

L’esprit de la danse plane sur tout cet album. Il est vrai que ce n’est pas si fréquent dans le Jazz actuel. Ne boudons pas notre plaisir. Allons jouer sur le terrain (Playground) de Matthieu Marthouret et de son Organ Quartet. Et emmenons demoiselles et dames swinguer à ses concerts!

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Emmanuel Bex " Open Gate "

Publié le par Guillaume Lagrée

Emmanuel Bex « Open Gate ». Plus Loin Music

Emmanuel Bex : orgue Hammond B3, orgue d’église
Francesco Bearzatti : saxophone ténor, clarinette
Simon Goubert : batterie




La photographie d'Emmanuel Bex est l'oeuvre du Misterioso Juan Carlos Hernandez. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales. 


Emmanuel Bex renouvelle son trio organique en remplaçant Glenn Ferris (trombone) par Francesco Bearzatti. J’ai déjà apprécié Francesco Bearzatti aux côtés de Thierry Péala (chant) et Bruno Angelini (piano). Ici, il trouve sa place, avec fougue et maestria, entre deux complices de longue date, Emmanuel Bex et Simon Goubert.

Le morceau le plus original, le plus stimulant de l’album est d’ailleurs le duo Bex/Goubert enregistré dans l’église de Bretteville sur Odon, département du Calvados, région Normandie.

Emmanuel Bex est Normand, fils d’un professeur de piano au conservatoire de Caen. Cet argot dans l’église (« Slang in a church ») est un pur bijou d’1’51 qui à lui seul justifie l’écoute et l’achat de l’album. Peut être est-ce en raison du lieu (une église), de l’instrument (un orgue liturgique) mais, sur ce morceau, Emmanuel Bex est touché par la Grâce.

Prions pour qu’il enregistre d’autres morceaux de ce genre !

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Pierre de Bethmann " Cubique "

Publié le par Guillaume Lagrée

 

« Cubique ». Plus Loin Music.

Pierre de Bethmann Septet

Pierre de Bethmann : Fender Rhodes
Jeanne Added : chant
Stéphane Guillaume : saxophone alto
David El Malek : saxophone ténor
Michael Felberbaum : guitare électrique
Vincent Artaud : contrebasse
Franck Agulhon : batterie

La voix de Jeanne Added plane sur une musique construite, équilibrée. C’est elle qui apporte un supplément d’âme. Surtout sur un morceau mystérieux (n°4). L’ensemble est très cohérent mais manque de folie. Comme s’ils n’osaient pas se lâcher.

 J’ai déjà entendu Michael Felberbaum bien plus déjanté en concert. De Bethmann sait faire fumer le Fender Rhodes mais j’ai déjà entendu plus chaud, plus fou (par exemple avec Antoine Tharreau).
 
Ca peut même groover méchamment comme le dernier morceau qui donne l’envoi final.
C’est irréprochable mais, sans Jeanne Added, la cuisine manquerait de saveur.

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