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Leçon de Jazz d'Antoine Hervé: Wayne Shorter

Publié le par Guillaume Lagrée

Paris. Mardi 9 février 2010. 19h30. Auditorium Saint Germain des Prés.

 

La leçon de Jazz d’Antoine Hervé.

 

Sujet :   Wayne Shorter , « le plus grand compositeur du Jazz depuis la mort de Duke Ellington » (Stan Getz)

 

 

Antoine Hervé

 

 

La photographie d'Antoine Hervé est l'oeuvre de l'Exact Juan Carlos HERNANDEZ.

 

 

Antoine Hervé : piano, narration

Jean Charles Richard : saxophone soprano, narration

 

Wayne Shorter joue des saxophones ténor et soprano. Jean Charles Richard joue des saxophones baryton et soprano.  La leçon de Jazz sur «  Wayne Shorter » a donc été entièrement jouée au soprano.

 

 

« Witch hunt » (album « Speak no evil » 1964). C est bien du Wayne Shorter; Une beauté ensorcelante et vertigineuse.

 

Wayne Shorter est né le 25 août 1933, donc après John Coltrane (1926-1967), Stan Getz ( 1927-1991), Sonny Rollins et Ornette Coleman (nés en 1930).

 

3 articulations dans sa vie musicale :

- Art Blakey et les Jazz Messengers de 1959 à 1964

- Miles Davis de 1964 à 1970

- Weather Report de 1971 à 1986

 

Dès 1959, Wayne Shorter fut le directeur artistique chez Art Blakey même si le Boss du groupe, c’était toujours Art. Chez Miles Davis il devient coauteur, compositeur, arrangeur. Chez Weather Report, il est coleader avec Jo Zawinul aux claviers. Depuis, il vole totalement librement.

 

De sa période chez Miles Davis, Wayne Shorter dit qu’il était un pilote de chasse, en danger permanent. Un jour, retrouvant Wayne, Miles lui dit : «  Wayne, nous ne jouerons peut-être plus jamais ensemble mais, pendant les 7 ans où nous l’avons fait, on leur a tous botté le cul ! ». A son départ du quintette en 1960, John Coltrane avait suggéré à Miles de prendre Wayne Shorter à sa place. Miles ne l’a pas écouté. Après 4 ans d’essais plus ou moins fructueux avec Sonny Stitt, Hank Mobley, George Coleman, Sam Rivers, Miles finit par se rendre à l’évidence. L’association entre Wayne Shorter et Miles Davis est aussi essentielle dans l’histoire du Jazz que Louis Armstrong/Earl Hines, Django Reinhardt/Stéphane Grappelli, Charlie Parker /Dizzy Gillespie. Pour Antoine Hervé, le second quintette acoustique de Miles Davis avec Wayne Shorter, Herbie Hancock, Ron Carter, Tony Williams est le plus grand groupe de l’histoire du Jazz. Nous sommes au moins deux à le dire et l’écrire. Merci Antoine.

 

Certains reprochent à Wayne Shorter d’avoir été trop influencé par John Coltrane. En fait, ils étaient amis, s’influençaient mutuellement. Par ailleurs, Wayne Shorter est une personnalité trop forte pour être sous influence. Wayne Shorter a trouvé sa voie, sortant du hard bop cher à Art Blakey, ne penchant ni vers le free, ni vers le cool jazz. Son son est très léger, très aérien mais il peut aussi jouer très puissant, très funky.

 

« Speak no evil » titre éponyme de l’album. A l’époque, l’intervalle de quarte est à la mode. Deux quartes puis des chromatismes. La magie de Wayne Shorter c’est cet art de nous perdre à partir de choses simples. A un moment donné, l’auditeur s’aperçoit qu’il a perdu ses repères, qu’il ne sait plus où il est. Et pourtant, là où vous êtes, vous êtes bien. Dans ce morceau, le crescendo va du pianissimo jusqu’au fortissimo. C’est une nouveauté.

 

« Fi Fi Fo Fum », clin d'oeil au " Hi Fi Fo Fum " de Duke Ellington. Introduction debussyste. Chez Wayne Shorter, l’introduction est très différente du thème. C’est encore une nouveauté. Evidemment, comme mélodie c’est moins facile à siffler que du Sir Paul Mac Cartney mais c’est beau. Il s’agit d’un Blues que je qualifierai de sophistiqué.

 

« Infant eyes » dédié à sa fille Miyako (la première épouse de Wayne Shorter était Japonaise. Il en est resté boudhiste). Wayne Shorter compose avec très peu de matériau. L’économie de matériau renforce la densité du thème. Jean Charles Richard a transcrit le solo de Wayne sur ce morceau, c’est-à-dire écrit sur une partition les notes qu’il entendait jouées. Il remarque que dans l’improvisation aussi, Wayne Shorter exploite un seul et même motif. « Composer, c’est improviser lentement » (Wayne Shorter). Dans la version originale, Wayne joue du saxophone ténor. Ce soir, Jean Charles Richard joue du soprano. Ce morceau contient toute la douceur du regard d’un enfant dans les yeux de son père… Cf extrait audio au dessus de cet article.

 

« Wild flower » une petite valse. Mode phrygien, très prisé de Miles Davis et Gil Evans. Intervalles nouveaux pour l’époque. Morceau mélancolique et souriant en même temps, bref du Wayne Shorter. Broderies orientalisantes au piano puis du soprano.

 

Wayne Shorter est boudhiste, amateur de sons planants, électroniques. Pour Wayne Shorter, « il n’est pas possible d’être libre de manière égoïste ». Il en dit beaucoup avec très peu. Il sait s’effacer pour réapparaître. Il écoute ce qui l’entoure. Il est très énigmatique. Pour Wayne, la musique est comme la vie, elle évolue. Wayne Shorter, pour Antoine Hervé, c’est le musicien parfait car il a les pieds dans le sol (rythme) et la tête dans le ciel (harmonie, mélodie).

 

Présentation du mode oriental, sans tension, lisse. Coltrane l’utilisait pour jouer « Summertime ». « Juju » (Shorter, 1964). Certes c’est la gamme qu’aimait Coltrane mais c’est bien du Wayne Shorter. Ca plane avec une assise rythmique implacable.

 

Jean Charles Richard explique que Coltrane et Shorter, après les drogues dures, se sont tournés vers les religions pour garder des perceptions extrasensorielles (« La religion est l’opium du peuple. Elle orne de fleurs ses chaînes » Karl Marx et Friedrich Engels, « Le manifeste du parti communiste », 1848).

 

Wayne Shorter a l’oreille très fine. Il a épousé une Brésilienne et la musique brésilienne. Il a composé et enregistré avec Milton Nascimento l’album « Native Dancer » (1974). Milton échappe aux genres musicaux brésiliens comme Wayne échappe aux styles de la musique nord américaine. Il n’est pas étonnant qu’ils se soient trouvés musicalement.

 

« Beauty and the Beast ». Antoine joue la mélodie et la chantonne. Ce morceau mélange le Funk et la Bossa Nova. Son très appuyé du piano qui doit compenser l’absence de basse et de batterie. Claude Nougaro a chanté cette musique sous le titre « Comme Piaf au masculin ».

 

Explication sur l’art de la broderie selon JS Bach. La musique avance inexorablement.

Explication sur les procédés de variation :

-         modulation

-         réarticulation

-         réitération

-         expansion (la sirène d'alarme des urgences, par exemple)

-         amplification

-         mutation

-         distorsion

-         rupture

-         dissémination, saupoudrage : ça, c’est le truc de Wayne Shorter.

 

« Supernova ». Les notes tombent comme la neige en hiver. Bel exemple de saupoudrage en effet.

 

« Ana Maria » dédié à sa deuxième épouse, une Brésilienne, décédée dans l’accident de la TWA au dessus de New York en 1996. C’est une Bossa Nova qui commence par le mode phrygien. Effectivement ça respire l’amour, la tendresse, le désir et le respect.

 

La forme circulaire est aussi affectionnée par Wayne Shorter. Exemple avec « Nefertiti » titre enregistré par Wayne Shorter dans le quintette de Miles Davis. Contrairement à l’habitude, ce sont les souffleurs qui restent stables alors que la rythmique improvise. Dans la version avec Miles,  Tony Williams réalise un festival de batterie. Attention, chef d’œuvre ! Jean Charles fait tourner le thème, forme circulaire oblige, alors qu’Antoine improvise. C’est une oeuvre digne d’une Reine d’Egypte.

 

«  Fall » une évocation lente et majestueuse de la chute. Et puis ça remonte. Ce n’est pas la chute de l’homme chassé du jardin d’Eden puisque Wayne Shorter est boudhiste. C’est plutôt celle de l’oiseau qui se laisse tomber puis remonte d’un coup d’aile. D’ailleurs, Wayne Shorter a déclaré que, s’il continue à jouer, c’est parce qu’il veut continuer de voler.

 

Wayne Shorter est un grand magicien de l’harmonie. Il cherche tous les accords avant d’en choisir un, comme TS Monk, l’autre compositeur de Jazz préféré d’Antoine Hervé. Il sait renoncer, ce qui est très boudhiste aussi.

 

« Face on the bar room floor » titre de l’époque Weather Report aux couleurs harmoniques très particulières.

 

«  The last silk hat », titre énigmatique à moins que ce ne soit une allusion à deux titres de Charles Mingus « Orange was the colour of her dress then blue silk » et «  Goodbye porkpie hat ».  Cela vient de l’album « Atlantis » (1985). Wayne écrit beaucoup. Les musiciens jouent ce qu’il écrit. Ca balance bien. Rythme chaud, souple, bien marqué et le sax qui se ballade au dessus.

 

Le morceau suivant comporte normalement un tempo marqué par la batterie tous les 4 temps. A défaut de batteur, Antoine demande au public de battre la mesure. Il accentue son jeu de piano afin que nous ne perdions pas la mesure. Ca swingue méchamment avec toujours ce souffle aigre du soprano.

 

« Footprints » (1966) joué dans les albums « Adam’s Apple » de Wayne Shorter et « Miles Smiles » de Miles Davis. C’est un morceau à vous rendre fou, qui laisse son empreinte en vous. En France, c’est un des morceaux fétiches du trompettiste Eric Le Lann qui le joue à merveille. Antoine et Jean Charles improvisent sur le thème. Ca plane pour eux et pour nous. Jean Charles Richard joue juste du sax soprano alors que Wayne Shorter peut en jouer faux, sublimement faux comme sur son album en duo avec Herbie Hancock.

 

RAPPEL

 

« Beauty and the Beast ». Après un solo de piano molto agitato, retour au thème en douceur et puis ça redémarre.

 

Belle leçon de Jazz sur un Géant discret et élégant du saxophone. Jean Charles Richard a réussi l’exploit de nous faire oublier l’absence du saxophone ténor dans cette soirée. Chapeau, l’artiste !

 

La prochaine leçon de Jazz aura lieu le mardi 16 mars 2010 à 19h30 au même endroit. Thème : le Blues au piano. Non, Antoine Hervé ne chantera pas !

 

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Jazz et Erotisme, l'exultation corps et âme

Publié le par Guillaume Lagrée

Ron Carter par Juan Carlos HERNANDEZ

Ron Carter par Juan Carlos HERNANDEZ

 


Pour les mineurs de moins de 15 ans, cet article est à lire, après contrôle parental quoi qu'il soit bien moins dangereux pour leur développement que les flots de violence déversés par la télévision et les jeux vidéos.



 «  Tant qu’il y aura une jolie fille pour m’écouter jouer du piano, je continuerai » Duke Ellington.





Lier le Jazz et l’Erotisme relève du pléonasme. Comme le Tango, le Jazz est né dans les maisons closes pour occuper les clients dans l’attente de la disponibilité des demoiselles. Le Tango est né à Buenos Aires. Le Jazz à la Nouvelle Orléans. Les morceaux duraient assez longtemps pour permettre aux filles de s’effeuiller (en anglais, to strip tease). Mais pas trop longtemps pour que le client ne perde pas patience. Le format de 3mn des morceaux ne vient donc pas seulement des nécessités de l’enregistrement sur cire des disques en 78 tours.

En 1917, les Etat Unis d’Amérique entrèrent dans la Première guerre mondiale. Les Boys embarquèrent à la Nouvelle Orléans pour le Havre. Pour éviter qu’ils ne partent atteints de maladies vénériennes (la siphyllis ou french disease en anglais), les maisons closes furent fermées tant à la Nouvelle Orléans au départ qu’au Havre à l’arrivée. Pour le Havre, les dégâts ne furent qu’économiques. Pour la Nouvelle Orléans, ils furent aussi culturels. Du jour au lendemain, des musiciens furent privés de leur emploi, surtout les pianistes. Il restait certes les bateaux à aubes sur le Mississipi mais cela ne suffisait pas. Alors les musiciens partirent vers le Nord, Chicago et New York. Pour l’ambiance des bordels de la Nouvelle Orléans, elle est résumée dans un vieux Blues chanté par les Animals, groupe anglais des 60’s «  The house of the rising sun » , adapté en français pour Johny Halliday dans une version expurgée « Les portes du pénitencier ».

Pour être pianiste à la Nouvelle Orléans avant 1917, il fallait être un dur à cuire. Le plus dur, le plus flamboyant de tous, avait mis sur sa carte de visite « Inventeur du Jazz ». C’était M. Ferdinand Joseph La Mothe dit « Jelly Roll Morton ». Le Jelly Roll était son gâteau préféré. Je laisse les lecteurs naïfs et les lectrices innocentes deviner de quel mets il s’agit. Avec son groupe les Red Hot Peppers, dont le nom inspira un groupe de gays californiens, ce Créole de la Nouvelle Orléans jouait une musique entièrement écrite qui dégage toujours une sensualité et une rage de vivre hors concours plus de 80 ans après sa création. Charles Mingus lui dédia une composition dans son album «  Ah Um » (1959). Le producteur Alan Lomax, qui découvrit Billie Holiday et Bob Dylan, eut la bonne idée d’enregistrer pendant des heures, pour la Librairie du Congrès, en 1940, Jelly Roll Morton jouant et racontant La Nouvelle Orléans. La pièce de théâtre « Novecento » d’Alessandro Barrico fait aussi de larges allusions à ce Géant du piano, bien oublié aujourd’hui.

A Chicago pour Count Basie, à New York pour Duke Ellington, dans les années 20-30 du XX° siècle, il fallait faire danser les filles. Jazz comme Rock’n roll est un euphémisme pour désigner le rapprochement des corps par la danse d’abord, par le sexe ensuite. Evidemment, la censure jouait. Si les titres ne sont pas aussi sexuellement explicites dans le Jazz que dans le Blues (Little Red Rooster pour les hommes, Sugar in my bowl pour les femmes), la musique l’est. L’orchestre de Count Basie jouait un morceau que les musiciens appelaient entre eux « Blue Balls » (métaphore de la syphilis). Le jour où l’orchestre joua ce morceau pour la première fois à la radio, il fallut bien trouver un titre présentable. Il était 13h à l’horloge du studio. Ce fut « One o’clock Jump ». Quant au Duc d’Ellington, il arborait sur la joue la trace d’un coup de rasoir donné par une femme jalouse. Le Duke n’était fidèle qu’à la musique. D’où le titre de son autobiographie « Music is my mistress ». « La musique de Duke Ellington est si érotique qu’elle en devient mystique, si mystique qu’elle en redevient érotique » (Boris Vian). Sans aller jusqu’à dévoiler les turpitudes de ma vie personnelle, je puis toutefois raconter l’histoire suivante. Il fut un temps, lointain maintenant, où je faisais de la radio, une émission de Jazz évidemment. J’avais fait découvrir la musique de Duke Ellington à une amie. Elle adorait. Un soir, en son honneur, je fis une émission entièrement consacrée au Duke et à ses hommes. Après l’émission, elle m’avoua qu’au bout de 15mn, elle ne m’écoutait plus. Elle faisait l’amour avec son homme. C’est l’effet que fait l’orchestre de Duke Ellington, le vrai, celui dirigé par le Duke en personne. Avec le concert du Duke à l’Alhambra en 1958 par exemple. Vous m’en direz des nouvelles après l’avoir essayé. Cf vidéo sous cet article.



En réaction à la chaleur, l’agressivité du be bop, naquit le Cool Jazz, un Jazz de Blancs, le plus souvent venus de la Côte Ouest des Etats Unis, de Los Angeles plus précisément. Une musique cool voire cold, sans aspérités, pure, innocente. Alors Chet Baker vint. Une gueule d’ange, une voix d’ange, un jeu d’ange (il était trompettiste) mais un esprit de démon doué pour l’autodestruction. Chet Baker dégageait tant d’innocence qu’il en faisait tomber les filles par terre. Il fut aussi une des premières icônes de la communauté gay de San Francisco. Avant Elvis Presley, James Dean et Marlon Brando, il fut le premier sex symbol en blue jeans et tshirt blanc. Ecoutez ses enregistrements pour Capitol Records (Los Angeles) entre 1953 et 1956. Si ça ne vous fait pas craquer…

Face au Cool Jazz, les musiciens noirs de la Côte Est inventent le hard bop, le jazz funky. Ils creusent le groove. Le groove c’est le sillon, celui du champ, celui du disque et celui du vagin. Quand Madonna chante « Get into the groove. U’ve got to prove Ur love to me », il faut que le gars assure ! Le Colosse du Saxophone, Sonny Rollins, en fournit un exemple magistral avec son «  Blue Seven » . Je recommande surtout son album en duo avec son Maître, Coleman Hawkins, « Sonny meets Hawk » (1963). Une amie à qui j’ai offert cet album m’a dit ensuite que cette musique avait enrichi la sexualité de son couple. A  vérifier par les données de l’expérience. Cf extrait audio au dessus de cet article.

Le Free Jazz  se coupant de toute référence au rythme, à la mélodie et à l’harmonie est une musique éthérée, antiérotique par essence. Avec le Jazz Rock qui apparaît à la fin des années 60, la sensualité revient en flèche notamment avec « Bitches Brew » (1969, année érotique) de Miles Davis, une musique de fusion dans tous les sens du terme.

Pour conclure cette improvisation sur Jazz et Erotisme, je reviendrai à Stan Getz, dit «  The Sound ». Certains le jugent froid. Je les plains. Stanley Gaieski dit Stan Getz, c’est l’âme slave. Ce n’est pas pour rien qu’il fut surnommé « Le Sacha Heifetz du saxophone ténor ». Un son de violon sorti d’un saxophone. Cette musique est d’un érotisme si élégant et subtil que certains esprits grossiers peuvent ne pas s’en apercevoir. Et pourtant, qu’il joue «  Song for Martine » avec Eddy Louiss au Ronnie Scott à Londres en 1971 (album « Dynasty ») ou « Que reste t-il de nos amours ? » de Charles Trénet avec Kenny Barron au Café Montmartre à Copenhague en 1991 (album « People Time »), Stan Getz, c’est le triomphe de la beauté sur la laideur, de la grâce sur la pesanteur, de la vie sur la mort, bref de l’érotisme.

Pour se reposer de toute cette sensualité tout en y restant, qu’écouter dans cet instant fragile qui suit l’amour et précède le sommeil ? « Inner Traces. A Kenny Wheeler Song book » du chanteur français Thierry Péala.

Comme le chantait Lady Day, que nos vies soient toujours « fine and mellow ».

La photographie de Ron Carter est l'œuvre du Sensuel Juan Carlos HERNANDEZ. Toute reproduction de cette œuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

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Première mondiale de " Caravane Gazelle " le 20 février à Paris

Publié le par Guillaume Lagrée

L'écrivain Florence Prieur et le pianiste et compositeur Olivier Calmel nous offrent à écouter leur nouvelle création " Caravane Gazelle " le samedi 20 février 2010  à 18h et 20h30 au Théâtre Mathis, 15 rue Mathis, Paris 19e, métro Crimée.

Cette oeuvre a été composée pour le quintette à vent Arte Combo.

Le texte sera dit par Julie Martigny.

Malgré le titre, je dois prévenir les Jazz Freaks qu'il ne s'agit pas d'un hommage à Duke Ellington.

Pour les supporters de rugby, il ne s'agit pas non plus d'un hommage à l'équipe d'Afrique du Sud, championne du monde en titre.

De quoi s'agit-il alors?

Pour le savoir, rendez-vous au Théâtre Mathis à Paris le samedi 20 février 2010 à 18h ou 20h30 pour la première mondiale sur scène de cette oeuvre.
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Thierry Péala " Move is " au Duc des Lombards le vendredi 12 février

Publié le par Guillaume Lagrée

L'enchanteur Thierry Péala, accompagné des magiciens Bruno Angelini (piano) et Francesco Bearzatti (clarinette, saxophone ténor), sera en concert à Paris, au Duc des Lombards, le vendredi 12 février 2010 à 20h et 22h.

Au programme, des musiques de film revisitées sous le titre générique " Move is " ( je ne ferai pas l'injure à mes sympathiques lecteurs et aimables lectrices de leur expliquer le jeu de mots).

Pour ceux qui ne connaissent pas encore ce trio, je renvoie à la lecture d'une précédente chronique du New Edge Trio.

J'y serai. Et vous?
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Marc Copland et Riccardo del Fra en première mondiale à Paris

Publié le par Guillaume Lagrée

Paris. Le Sunside. Lundi 25 janvier 2010. 21h

 


Marc-Copland.jpg

Marc Copland : piano

Riccardo del Fra : contrebasse

 

  La photographie de Marc Copland est l'oeuvre de Juan Carlos HERNANDEZ.

 

 

 

Marc commence. Le rêve éveillé aussi. « All of You » un standard. Riccardo Del Fra joue précis, avec des petites notes sèches puis il s’arrondit. Pour l’instant, ce sont deux discours parallèles. Ca commence à se mêler lorsque Marc reprend la main. Marc Copland chantonne, fait ruisseler le piano. Il est dans son monde. Del Fra l’observe, l’écoute, l’accompagne. Il fluidifie son jeu pour entrer dans celui du pianiste.

 

Intro de Copland qui pose un rythme grave, lourd même, de la main gauche alors que la main droite est inquiétante dans le medium. Del Fra pose la base et Copland s’envole au dessus. Toujours cette ambiance lourde de la main gauche alors que la main droite mène une course folle. Ca sonne comme l’hallali du cerf. Del Fra a trouvé Copland. Leurs âmes se rejoignent dans la musique. Del Fra fait vibrer ses cordes au fond du ventre alors que Copland poursuit sa gigue inquiétante. C’est une musique qui nous emmène loin, dévalant les montagnes, courant les plaines. Dans une vision plus sombre, cette musique sonne comme l’homme qui voit la lumière au bout du tunnel sans pouvoir s’en approcher.

 

Intro au piano. Esprit de  Claude Debussy, es tu là ? Del Fra s’est mis dans le courant et il nage dans les mêmes eaux que Copland. Le piano ralentit le temps comme des montres molles de Dali. Il y a un standard caché derrière cette musique. Une ballade. Du Monk ? Et toujours ces trilles de piano qui embellissent le thème, le parent d’azur et d’or. La contrebasse fait une grosse voix de grand père bougon et taquin. Peu de gens applaudissent les solos. Le public reste attentif, concentré.

 

Le piano fait l’intro puis Del Fra ajoute une pulsation souple, subtilement funky.  Ils se regardent. La discussion est belle, riche, douce et vive à la fois. La pression monte imperceptiblement. L’esprit de la danse nous rend visite. Cela devient une sorte de valse à la Bill Evans. Il y a des accélérations, des descentes harmoniques, des tours et détours. Un parfum frais et léger flotte dans l’air. C’est le printemps par la magie de la musique.  Le piano creuse sa vague, emportant tout sur son passage. La contrebasse vogue en équilibre dessus. Marc Copland est inspiré. Riccardo del Fra le stimule. Tout batteur serait superflu ce soir. Marc Copland vient de sortir un album en duo avec un autre Maestro de la contrebasse, M. Gary Peacock. Je n’ai pas encore écouté cet album mais je me demande déjà s’il est à la hauteur de ce concert. Copland ralentit l’air pour le final tout en gardant la tension. Comme nous, Del Fra écoute et déguste en silence.

 

« Round about Midnight ». L’air est reconnaissable dès les premières notes. Ensuite Copland le masque subtilement. Cette musique est propice à la rêverie. Del Fra prend la main pour un solo profond qui vous remue le cœur et le ventre. Puis Copland remonte, rejoint Del Fra, reprend légèrement la main. Un petit pont final nous permet de franchir le ruisseau du désir.

 

Un morceau de Jazz funky. Art Blakey, je pense. Del Fra joue subtilement funky. Copland est toujours impressionniste, par dessus la contrebasse. Ca tourne mais pas en rond.

 

PAUSE

 

Marc et Riccardo discutent sur scène avant de reprendre. Tout sourire. L’entente cordiale est évidente. Marc reprend par une ballade. Riccardo entre dedans avec grâce. Il prend de plus en plus sa place. Maintenant c’est lui qui mène et Marc qui accompagne. La contrebasse de Riccardo est grande, large, de couleur sombre, parfaitement adaptée à cette musique, même visuellement. Ca sent la terre mouillée après la pluie, un parfum chaud et lourd de vie.

 

« Softly as in a morning sunrise ». Le soleil se lève en pleine nuit. Ils jouent joyeusement mais toujours avec cette pointe de mélancolie propre à Marc Copland. Del Fra s’anime, se met à chantonner à son tour. Marc a pris la main chantonnant, virevoltant. Del Fra est bien présent, juste derrière. Fausses fins qui sont autant de détours pour nous amener voir des paysages inconnus des guides.

 

Un standard dont le titre me revient. « Fall » (Wayne Shorter). Une idée de la chute qui n’est pas celle de la Bible , avilissante et définitive. Il s’agit ici de glisser pour mieux remonter, de s’abandonner pour dominer son sujet. Je me surprends à  chantonner l’air mystérieux et envoûtant de Wayne Shorter. Wayne Shorter qui sera d’ailleurs le sujet de la prochaine leçon de Jazz d’Antoine Hervé. La tension monte, la musique devient plus dense avant de s’estomper dans l’instant suivant.

 

Première introduction à la contrebasse du concert. C’est dire si Riccardo del Fra a pris sa place. C’est véloce. La musique court sous les doigts de Riccardo.  Marc entre en jouant « I remember You ». Une autre preuve que Riccardo a pris toute sa place, c’est qu’il ne regarde plus Marc Copland. Il joue, regard tourné vers le haut. Chacun est dans son monde et ces deux mondes n’en font qu’un. Fusion dans la tension vers le final.

 

Une dernière ballade « My foolish heart ». Bill Evans et Stan Getz la jouaient si bien…Le cœur fou se met à nu. Del Fra plane avec profondeur et légèreté, alliance rare. Le temps suspend son vol pour la coda.

 

Fin du concert. Riccardo et Marc se serrent la main avant de quitter la scène. C’était le premier concert de ce duo. Plaise aux Dieux qu’il y en ait d’autres !

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Giovanni Falzone e Bruno Angelini in concerto nella Casa della Radio

Publié le par Guillaume Lagrée

Paris. Maison de la Radio.  Studio Charles Trénet. Samedi 23 janvier 2010. 17h30

 

 

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Giovanni Falzone : trompette

Bruno Angelini : piano

 

 

La photographie de Giovanni Falzone et Bruno Angelini est l'oeuvre du Signore Juan Carlos HERNANDEZ.

 

 

La trompette vibre et vrille. Bruno caresse les cordes de son piano. Giovanni Falzone est un musicien expressionniste alors que Bruno Angelini est impressionniste. Le contraste entre les deux fait la richesse des couleurs de ce duo. Ca sent le souffle du vent dans le cyprès, le parfum d’une terre natale, si loin, si proche. Le son de la trompette nous perce droit au cœur. Bruno ajoute du liant à cette inquiétude. Giovanni nous fait même la sirène du port de Gênes. Après un solo de Bruno entre angoisse distillée et douceur installée, Giovanni fait siffler son instrument d’une manière qui n’est pas prévue dans le manuel du petit trompettiste. Normal, c’est un grand trompettiste, un créateur qui brise les codes. Jusqu’à un souffle final, le public retient son souffle puis applaudit.

 

Bruno part à l’attaque. Giovanni déploie son talent sur l’instrument. Vagues bondissantes du piano. Giovanni fait couiner sa trompette par un wah wah très personnel avec la sourdine Harmon. C’est heurté, brusque, presque brutal. La bataille des Horaces contre les Coriaces. Giovanni repart, sans sourdine, dans une sorte de folle sarabande, un héritage modernisé des fanfares d’Italie du Sud.

 

C’était « Marie » puis « Saut dans le vide ». Ce sont des morceaux du premier album, écrits par Giovanni Falzone. Le second album sera écrit par Bruno Angelini.

 

« Maschere » (Masques), morceau inspiré du théâtre. Des masques de la commedia dell’arte, je suppose. C’est une ballade. Le piano installe une ambiance mystérieuse, à suspense qui fait le grand écart entre grave et aigu. De la trompette sort un son voilé, parfois grognon, mais le plus souvent rêveur. Les masques de la commedia dell’arte dansent dans l’air. Dansent-ils seuls ou portés par leurs maîtres, les acteurs ? A nous de le ressentir. Giovanni s’amuse à produire des sons qui n’appartiennent qu’à lui, des sons qui ont un sens, pas pour faire œuvre de démonstration. Pendant ce temps, Bruno construit le temps, embellit le silence. Cette musique nécessite et impose l’attention à l’auditeur. C’est une musique de fond, pas de bruit de fond.

 

Bruno repart à l’attaque entre medium et grave. Giovanni sonne la charge. Ils nous emportent, nous élèvent, nous dérangent, nous stimulent. C’est une nuit d’orage dans les collines toscanes. Un monde ultra civilisé vacille. Giovanni aime revisiter le growl ellingtonien des années 1920 mais à la sauce méditerranéenne contemporaine. Ce son lui appartient. Tiens, on dirait un canard moqueur maintenant. D’ailleurs, Bruno fait dandiner le piano comme un canard. La basse cour est en marche. Le jars jase jazz ! Giovanni enlève sa sourdine Harmon pour un solo entre notes attaquées, étirées, staccato et glissando. Une dernière attaque conjointe pour conclure ce morceau.

 

Giovanni nous parle en français avec un délicieux accent italien et Bruno corrige ses italianismes. Le 23 janvier 1910 à Liberchies, Belgique, naissait Django Reinhardt. Pour le centenaire de cette naissance, Bruno et Giovanni nous jouent « Django » que John Lewis, le pianiste du Modern Jazz Quartet, composa en 1953 après la mort de Django, justement. « Django » est une très belle ballade, peu jouée de nos jours, même par les Jazzmen français, alors qu’elle est un hommage au plus grand d’entre eux. Bruno et Giovanni la jouent très bien. Bruno joue économe, comme le faisait John Lewis. Giovanni ajoute tout son lyrisme italien à ce thème. Bellissimo ! C’est joué comme il le faut, émouvant mais sans pathos, un chant d’hommage où la beauté vainc la mort. Giovanni se laisse parfois emporter par son tempérament fougueux mais il sait revenir au calme sous la conduite légère du piano de Bruno. Il finit par un chant d’oiseau à la trompette. Du grand art.

 

« Jean Cocteau », hommage de Giovanni Falzone à l’homme de théâtre et de Jazz. Jean Cocteau fut, en effet, le premier président de l’Académie du Jazz jusqu’à sa mort en 1963. « Le batteur est un barman de sons », « La plupart des saxophonistes bavardent. Sidney Bechet, lui, vous parle », deux de mes formules favorites de cet Académicien si peu académique. Belle introduction de Bruno qui lance la machine. C’est un thème varié, grave. Giovanni bat la mesure de la main droite sur sa cuisse. Le morceau est chaud, passionné comme le tempérament de Jean Cocteau. Le dialogue est riche, mouvementé.

 

Bruno entame une ballade rêveuse, descendant du style de Keith Jarrett mais sans les maniérismes. Giovanni a mis la sourdine Harmon mais ne sonne pas tout à fait comme Miles Davis. Ca change des imitateurs habituels. Bruno distille le temps entre grave et aigu. Cette musique est propice aux effusions sentimentales sans sentimentalisme. Du concentré d’émotion.

 

Pour ceux qui n’auraient pas eu la chance d’assister en direct à ce concert, il sera diffusé sur France Musique le samedi 27 février 2010 à 23h dans l’émission « Le Bleu sur la nuit ». Il sera ensuite audible gratuitement sur Internent pendant quatre semaines.

 

Puisque je ne me renie point, je conseille à mes fidèles lecteurs  une précédente chronique de ce duo en concert , à Paris, au Sunside, le mercredi 4 juin 2008.

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Olivier Calmel ou l'art de se faire un prénom

Publié le par Guillaume Lagrée

 

 

 

 

Interview d’Olivier Calmel, compositeur et pianiste.
Paris le mercredi 6 janvier 2010.
Question :
Obélix est tombé dans la marmite de potion magique étant petit. Toi tu baignes dans la musique depuis ta conception (père compositeur, mère organiste). Pas trop lourd le poids de l’hérédité ?
Réponse :
Souvent je me demande ce que mon père aurait pensé de ce que je fais. C’est une récompense d’arriver à imaginer qu’il aurait peut être trouvé des éléments intéressants dans ma démarche et mon travail. J’ai eu des signes prometteurs avant sa disparition, mais c’était à la fois quelqu’un de très chaleureux, très direct, et très réservé aussi. Etre né dans une famille de musiciens n’est évidemment pas une règle pour devenir musicien professionnel. Tout au plus c’est une aide, une petite facilité de début. Ca aide à former l’oreille et à acquérir des techniques plus tôt, plus jeune. Mes parents m’ont donné toutes les clés dont j’avais besoin pour me construire, et ces clés continuent bien sur de me guider, mais ils ne m’ont jamais poussé à faire de la musique.
Q :
Es tu un musicien ou un compositeur ? De Jazz ou de musique contemporaine ?
R :
Je ne suis pas un compositeur de musique contemporaine au sens où on l’entend habituellement. Mais je suis un contemporain par définition. Ma démarche s’oriente vers le développement d’un langage à la fois accessible, dynamique, contrasté, et résolument contemporain ; c’est à dire véritablement d’aujourd’hui, avec ce que cela comporte de passerelles et de clins d’oeil. Je suis plus compositeur que pianiste même j’ai de nombreux engagements en tant que pianiste.
Cette semaine j’enregistre un album comme sideman. La semaine d’après je joue un répertoire de musique de film au Petit Journal Montparnasse avec 18 musiciens. D’ailleurs, dans la musique de film, tout est écrit et cela peut être compliqué à jouer contrairement aux idées reçues. Par exemple, la partie de piano dans la musique d’ET (Williams) est d’une grande difficulté (déplacements improbables notamment) ! Au final, je me sens certainement plus valorisé comme compositeur, mais j’aime également la scène, l’interaction avec le public et les autres musiciens, la dynamique de l’improvisation.
Q :
Outre ton père, Roger Calmel, quelles sont tes influences musicales ?
R :
Je suis surtout influencé par les compositeurs français du début du XX° siècle : Saint-Saens, Debussy, Ravel, Dukas, le Groupe des Six. Et puis Stravinsky, Bartok. Je suis un fan de Bartok ! J’ai tous ses albums, je vais à tous ses concerts !!
Je n’oublie pas Bach, Messiaen, Penderecki, Reich, Adams, Herrmann, Williams, dans un désordre absolu ..
Pour faire la fusion entre culture Jazz et culture classique, l’approche est nécessairement rythmique, verticale et donc contrapuntique. C’est plus naturel que l’approche harmonique pour réaliser des approches stylistiques éloignées. Des successions d’accords donnent un contexte, un cadre très précis, parfois même très rigide. Le contrepoint donne des cadres moins fermés. C’est une approche mélodique et rythmique qui permet plus facilement de passer d’un univers à un autre.
Dans le Jazz, mon influence majeure c’est Wayne Shorter, compositeur et interprète qu’on voit encore grandir aujourd’hui. Et évidemment Duke Ellington. « Wayne Shorter est le plus grand compositeur de Jazz depuis la mort de Duke Ellington » (Stan Getz).
Dans les pianistes, Keith Jarrett, Bill Evans, Wynton Kelly, Kenny Kirkland, Herbie Hancock, Chick Corea, Bud Powell. Et chez les Français actuels, Stéphane Oliva, Bojan Z. Chez les compositeurs, Henri Texier est un mélodiste génial, dont la musique est apparemment simple et d’une grande puissance émotionnelle. Et Julien Lourau : je trouve une évidence, une force dans sa musique. J’écoute aussi beaucoup Médéric Collignon qui est un vrai monstre, un grand musicien !
Q :
Pour un musicien comme toi qui a un vrai bagage savant en musique, quelle est la part entre la composition et l’improvisation dans ton jeu ?
R :
Tout dépend du contexte. Plus on est nombreux sur scène, plus il faut organiser, plus c’est écrit. Dans un solo de piano, il y a beaucoup d’improvisation. Dans un passage tutti où la thématique est plus importante, c’est beaucoup plus écrit. Le travail de la forme est important pour éviter le sempiternel thème/solo/thème. C’est donc plus écrit car les structures sont complexes, alambiquées, à tiroirs, à options…. Il y a donc entre 40% et 80% d’improvisation dans mon jeu selon le contexte, si les chiffres sont vraiment indispensables...

Q :
Comment te situes tu sur la scène musicale française ?
R :
Je suis proche de tous les projets de moyenne taille où la part d’écriture est plus importante. Il y en a de plus en plus. Il y a une prise de conscience chez les jeunes leaders qu’il faut remettre en cause la part entre l’improvisation et la composition. Dans les grands noms j’ai par exemple beaucoup apprécié le projet « Third String »  d’Emmanuel Bex avec Johan Renard au violon et Jean Philippe Feiss au violoncelle. C’est juste magnifique, essentiel. Pour que le Jazz dure, il faut qu’il devienne une musique écrite ne cesse de répéter Martial Solal depuis sa « Sonate n°1 en ré bémol pour quintette de Jazz » (1959). C’est vrai et cela se vérifie par la pratique. Le Jazz peut parfois ennuyer le public parce qu’ils n’ont pas envie de voir un type se b… pendant une demi heure sur un solo.
Le Jazz, musique de mutation par essence, ne cesse d’évoluer. Je crois qu’il y a aussi une volonté de redonner à ces musiques sa valeur dansante, revenir à des choses simples et essentielles, faire évoluer la forme. Aujourd’hui, il y a une volonté de faire évoluer la forme, d’oser sur les nomenclatures, d’intéresser le public, de s’adresser à lui. La musique est et restera un langage, celui du coeur. On écrit la musique que personne ne joue. Les standards d’aujourd’hui c’est la Pop.
Q :
Après le violon alto, le violoncelle, à quand le violon dans ton groupe ?
R :
Bientôt, si Dieu veut .. après Xavier Phillips, je ne désespère pas d’arriver à faire venir son frère, Jean-Marc, grand soliste, à un de mes concerts .
Q :
Quelle part entre l’électrique et l’acoustique dans ton jeu ?
R :
Les sons électro dans mon dernier album « Electro Couac » c’est un clin d’œil. Ce n’est pas de l’électro Jazz. Je joue acoustique pour l’essentiel. Dans le groupe « Why Cie » je joue du Fender. Mais c’est de l’électrique, pas de l’électro....
Q :
Quels sont tes projets pour 2010 entre le travail de compositeur et celui d’interprète ?
R :
En 2010, je dois d’abord finir de composer un quatuor de clarinettes pour les Anches Hantées dans le cadre d’un projet 'Bande Dessinée' basé sur l'univers de Philippe Gelück et de son oeuvre du « Chat ».
Je dois également accompagner les orchestres qui vont jouer la pièce Eau vive, créée en 2009, en hommage à l’ONG éponyme. Cette œuvre sera rejouée plusieurs fois cette année dans le cadre des concours CMF (Confédération Musicale de France) car elle fait partie des oeuvres imposées pour les Orchestres d'Harmonie aux concours nationaux  2010 en  division Honneur.
Efévrier 2010 aura lieu la création de « Caravan Gazelle » par le quintette à vent Arte Combo  , un magnifique conte musical sur un texte de Florence Prieur.
Un autre conte musical « Zéphir » écrit par Olivier Cohen et interprété par Le duo Links ( piano et percussion) sera également créé dans l’année.
J’ai également une commande pour Brass band, (nomenclature de cuivres et de percussions), et une autre pour orchestre symphonique pour la rentrée de septembre.
Enfin je compose actuellement plusieurs musiques de films: un moyen métrage, un documentaire et deux courts métrages. J’ai des demandes pour des publicités.
J’enregistrerai la semaine prochaine à Paris comme sideman au piano. Je donnerai un concert de musique de film à Paris, au Petit Journal Montparnasse, le mercredi 27 janvier 2010.
Je travaille dans le projet du flûtiste et chanteur Yann Cléry, la « Why Cie », projet avec lequel nous sommes en promotion du premier album.
Bien évidemment j’ai  des projets avec mon quintette de jazz, formation avec laquelle je viens de sortir mon nouveau disque « ElectroCouac », et avec Xavier Philips. Pour finir, je monte une nouvelle formation de jazz avec guitare, percussions, violoncelle, claviers. Tous sont compositeurs. Le projet est basé sur un scénario, écrit par un auteur très talentueux, et sur des travaux liés à la musique de film, joués par des instrumentistes polyvalents et improvisateurs.
Q :
Qu’écoutes tu actuellement ?
R :
J’écoute Krisztof Penderecki, Bela Bartok, Edgar Varese, Charlie Haden, Jacques Higelin, Arthur H, Brigitte Fontaine .. et tant d’autres.
Nous ne sommes pas assez conscients de nos ressources, de nos réserves intellectuelles inépuisables, de notre capacité à créer, imaginer.
Parfois j’ai l’impression d’être au bout du rouleau et pourtant j’arrive au bout de mes projets en temps et en heure.
C’est un peu ça, le bonheur, non ?


Une version plus élégante de cette entrevue est disponible, avec photographie d'Olivier Calmel, dans la rubrique Jazz Club de l'édition de janvier 2010 du magazine Best Seller Consulting News, page 76 et suivantes.

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Escreet me laisse sceptique

Publié le par Guillaume Lagrée

 

 

Paris. Le Duc des Lombards. Samedi 16 janvier 2010. 22h

 

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David Binney : saxophone alto

Ambrose Akinmusire : trompette

John Escreet : piano

Nat Brewer : contrebasse

Nasheet Waits: batterie

 

 

 

 

 

La photographie de Nasheet Waits est l'oeuvre du Superbe Juan Carlos HERNANDEZ.

 

 

 

 

En attendant le concert, Ray Charles période Atlantic en fond sonore. C’est toujours bon. C’est la première fois que je vois un musicien draguer une spectatrice avant un concert. Ca a l’air de marcher. C’est une façon comme une autre de s’échauffer. Les musiciens montent sur scène et ils attendent avant de commencer le concert. Le trompettiste peut-être ? Ca part avec la rythmique. Un air lent, décomposé comme une montre de Dali. Nasheet Waits est tout de suite éblouissant. Le trompettiste est arrivé. Ils jouent une sorte de plainte étrange. Ces petits gars ont beaucoup écouté Wayne Shorter manifestement. Démarrage à 22h35 d’un concert annoncé pour 22h. Ca raccourcit forcément notre plaisir puisque le samedi soir, à minuit, au Duc des Lombards, c’est le bœuf. Le trompettiste se prend pour Freddie Hubbard, virtuose mais peu émouvant. Nasheet Waits installe un groove implacable avec le contrebassiste. Le sax alto tournoie au dessus. Ca pulse bien en trio sans piano avec l’alto. C’est viril, musclé mais Pierrick Pédron n’a rien à craindre de ce virtuose. Même pour un quintette acoustique, il y a un ordinateur portable Pomme sur la scène. Nous vivons une époque formidable. Le progrès fait rage. Le saxophoniste pousse l’alto dans ses retranchements dès le premier morceau mais c’est démonstratif. Retour au calme avec une trompette méditative alors que la rythmique ronronne souplement. Je crois que je ne dirai jamais assez de bien de Nasheet Waits. S’il pouvait jouer avec Martial Solal, Enrico Pieranunzi, Tigran Hamasyan, mon bonheur n’en serait que plus grand. La trompette monte en puissance, pince, gémit, gronde. Freddie Hubbard s’est réincarné. Ca pète mais lui aussi a tendance à trop démontrer. Cette jeune garde new yorkaise sonne vraiment beaucoup comme Wayne Shorter et Freddie Hubbard il y a 45 ans… Le pianiste aime l’abstraction, les ambiances sonores., la liquidité, la vivacité. Le jeu très vif des mains sur le piano rappelle le classique. L’ordinateur, mis en route par David Binney, sert à ajouter des nappes sonores genre film d’horreur de série B. C’est l’attaque des Martiens maintenant. Seul le contrebassiste résiste encore et toujours à l’envahisseur. Ca se termine par un joli pas de deux rêveur entre la trompette et la contrebasse.

 

Démarrage en solo du pianiste qui, décidément, aime distiller le temps. La demoiselle que draguait le musicien se descend une bouteille de vin rouge à elle seule. A la fin de la bouteille, il  a sa chance. La rythmique redémarre en souplesse. La subtilité et la variété du jeu de Nasheet Waits me laissent pantois. C’est un batteur coloriste, mélodiste. Il ne frappe pas, il ponctue. Le quintet revient à un son plus classique, Blue Note des 60’s, enfin canal Shorter :Hubbard. Le trompettiste sait respirer, développer, déployer son thème mais il n’a pas l’intensité émotionnelle d’un Booker Little. Solo de trompette poussé au Q par la contrebasse et la batterie. Retour du quintette et du thème. Le pianiste aime décaler les sons. La main gauche entêtante dans le grave alors que la main droite se promène sur le clavier. Soutien toujours aussi fin et puissant du contrebassiste et du batteur. C’étaient deux compositions du pianiste, sans titre pour l’instant.

 

« Charlie and the Parker » (Muhal Richard Abrams). Ce serait un homage à Charlie Parker que cela ne m’étonnerait pas. Démarrage des cuivres dans le même souffle. La demoiselle qui se faisait draguer répond au téléphone pendant le concert ! Petites accélération du sax alto typiques du son parkérien. Par instants seulement. La musique tient en l’air par la grâce des deux souffleurs. Ils sont dans le même souffle et introduisent de subtiles variations. Le groupe entre après ces 5mn d’apesanteur. Personne n’applaudit. Le public retient son souffle. Solo de sax alto souple, soufflé, chuinté avec un gros son. Très belle maîtrise technique et pourtant, comme disait la reine Victoria, « I am not amused ». C’est travaillé, ambitieux mais ennuyeux. Le pianiste est un fanatique des ambiances fantomatiques. Duo trompette/batterie. Le batteur est riche, foisonnant, inquiétant. Le trompettiste est virtuose et ennuyeux. Le solo de contrebasse est agréable mais anecdotique à côté d’un solo d’Henry Grimes ou de William Parker sans parler d’Henri Texier. Dans son solo, le pianiste est passé du fantomatique au rêveur. Le trompettiste arrive à imiter le meuglement de la vache. Très fort ! Ce groupe swingue froidement. Tel est le paradoxe vivant de ces jeunes musiciens. Beau démarrage du saxophone alto avec le groupe qui suit derrière. Le pianiste John Escreet joue dodécacophonique. Pourquoi s’énerve t-il ainsi ? Oh, l’horrible nappe gluante sortie de l’ordinateur. C’est froid et collant à la fois. Beurk ! Beau final swinguant, carré avec le sax alto qui tourne autour de la mélodie. Là, ça ressemble à quelque chose. Et Nasheet Waits, somptueux comme toujours. Malheureusement, David Binney nous remet une couche de froid gluant pour le final. Est-ce bien nécessaire ?

 

Après le concert, j’ai discuté avec le pianiste Pierre de Bethmann qui, lui, a beaucoup aimé. De gustibus et de coloribus non disputandum.

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Leçon de Jazz d'Antoine Hervé: Antonio Carlos Jobim et la Bossa Nova

Publié le par Guillaume Lagrée

 

Leçon de Jazz d’Antoine Hervé.

Antonio Carlos Jobim (1927-1994) et la Bossa Nova
Mercredi 13 janvier 2010. 19h30. Auditorium Saint Germain des Prés. Paris.

Antoine Hervé



La photographie d'Antoine Hervé est l'oeuvre du Méticuleux Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.


Antoine Hervé : piano, docteur en bossa nova
Rolando Faria : chant, docteur en bossa nova





Je tiens à prévenir mes sympathiques lecteurs et mes aimables lectrices que, n’étant pas lusophone, ma transcription des titres de chansons  a été corrigée par Antoine Hervé. Merci Antoine. Les erreurs qui restent après correction sont miennes.

En fond sonore, Seu Jorge, excellent chanteur, compositeur, musicien brésilien, grand mixeur musical capable de consacrer tout un album à David Bowie en portugais entre autres prodiges.

Jobim est né en 1927 à Rio de Janeiro. Il a pris des cours de piano à partir de 1941 avec un Allemand, compositeur ayant fui le nazisme. Il a fait des études d’architecture, discipline qu’il jugeait proche de la musique. 1er enregistrement à 36 ans. Il fuyait la scène. Plus de 50 albums et plus d’une centaine de chansons entre 36 et 67 ans.

« Desafinado » (Désaccordé). La quinte bémol, symbole du bebop, est censée être la note désaccordée dans le thème. Si vous ne connaissez pas cette chanson, cela fait plus de 45 ans que vous n'écoutez pas la radio ! Stan Getz en donna une version instrumentale sublime au saxophone ténor. Joli petit scat final du chanteur. Dommage que Nelson Veras n’ait pu venir ce soir avec sa guitare.

Elis Regina, chanteuse, réalisa un album complet avec Jobim « Ellis e Tom ». « So tinha de ser com voce ". C’est une ballade qui se balance en douceur, bref une bossa nova, la nouvelle vague venue de la Baie de Rio. Le chanteur est très bien placé rythmiquement, avec une voix voilée ou claire selon les besoins. Cf vidéo sous cet article pour le duo Elis Regina & Antonio Carlos Jobim sur " Aguas de Marco " (En français, " Les eaux de mars " par Georges Moustaki). 

Joao Gilberto, guitariste et chanteur, est la voix de la Bossa Nova. Il n’a écrit que 4 chansons. C’est un interprète.

« Chega de saudade ». La saudade n’est pas triste nous explique Rolando à rebours de tout ce que j’ai lu et entendu sur le sujet. En anglais « No more Blues » (cf l'album " Dizzy Gillespie on the French Riviera " , Festival de Jazz d'Antibes Juan les Pins, 1962). La Bossa Nova ça marche toujours pour le rapprochement des couples. Je le vois dans le public. Un joli petit scat dans le final. C’est la signature de Rolando.

La Bossa Nova c’est la rencontre de cultures différentes, comme le Jazz. C’est une musique de bourgeois blancs de Rio qui ont écouté la musique des pauvres, des Noirs, la Samba. Il y a beaucoup d’influence de la musique classique aussi. Exemple avec « Insensatez » (Insensitive que Sting a chanté en anglais avec Jobim au piano). Antoine Hervé a mixé un prélude de Chopin avec Insensatez. Il commence par un prélude de Chopin, dont on fête les 200 ans de la naissance en 2010, qui ressemble en effet beaucoup à Insensatez. Rolando enchaîne et chante Insensatez. Ca sonne très romantique. Une très belle version allant du classique au Jazz.

Rolando est un excellent showman. Il nous explique que Jobim a inventé des formules poétiques en portugais. Il nous explique en portugais la licence poétique. Personne, à part les lusophones, ne comprend l’explication mais c’est très drôle.

Enfin ils nous parlent de Vinicius de Moraes (1913-1980), diplomate et poète brésilien. En 1956, il rencontre Jobim. Tous deux partagent cette conception du temps liée au plaisir. La Bossa Nova se joue, s’écoute en prenant son temps comme toutes les bonnes choses. Vite fait, mal fait dit un vieux dicton français.

« Samba de una nota so » (One Note Samba jouée par Dizzy Gillespie, Stan Getz, chantée par Ella Fitzgerald). Jobim réalise là une prouesse harmonique, trouvant des accords intéressants à partir d’une note.Au démarrage Antoine joue et scatte avec Rolando. Rolando scatte puis chante. Ca swingue plus. C’est une samba tout de même. Kubicek, le président brésilien des années 1950, un président élu, le fondateur de Brasilia, était surnommé le Président Bossa Nova. J’ai un couple à ma gauche : elle applaudit, pas lui. Pourtant il reste et il n’a pas l’air de s’ennuyer.

Vinicius de Moraes écrivit une pièce de théâtre « Orfeu de Concecao », adaptation du mythe d’Orphée au Brésil des années 1950. Le Français Marcel Camus en fit un film « Orfeu Negro » palme d’Or au festival de Cannes 1959, film dont la Bossa Nova est la BO. Jobim détestait ce film, trop cliché à son goût. Rui Castro, écrivain : « La Bossa Nova est la bande sonore du Brésil idéal ».

« Din-di » chanson composée pour Silvinha, une chanteuse qui a fait le lien entre la Samba et la Bossa Nova. Version très lente.

1964 : album « Getz and Gilberto ».C’est là que figure le Méga Tube : « The girl from Ipanema » (Garota de Ipanema) la chanson la plus diffusée au monde. C’est un album de « fond de catalogue ». Ca se vend tout le temps et ça s’entend partout même dans les sonneries de téléphones portables. Astrud Gilberto, épouse de Joao, a chanté en englais parce que Joao ne parlait pas un mot d’anglais. Joao ne voulait pas qu’elle chante. Non seulement elle a chanté pour Stan Getz mais, en plus, elle a quitté Joao pour Stan. De quoi avoir la saudade…

« So danço samba » est tiré de cet album. « So danço samba, vai,vai, vai, vai, vai ». Plusieurs fausses fins. Un régal ! Cf extrait audio au dessus de cet article. 

Sur la plage d’Ipanama, Antoine Hervé a vu des gens applaudir au spectacle d’un coucher de soleil. « Inutil Paisagem » c’est la tristesse de l’amoureux abandonné devant un beau paysage. D’après Rolando, cette tristesse ne dure que le temps d’une chanson. En tout cas, c’est très triste.

« Si une chanson ne parle pas d’amour, elle n’est pas bonne » Vinicius de Moraes.
« Agua di beber » (Eau à boire). Antoine siffle l’air en le jouant. Antoine scatte, grogne, joue alors que Rolando chantonne, scatte.

Jobim habitait à Rio au pied du Corcovado, la montagne au somment de laquelle se trouve le Christ rédempteur de Paul Landowski (père de Marcel Landowski, compositeur français). « Corcovado », belle chanson avec un beau solo de piano, rêveur et rythmé.

« Luiza » musique d’un feuilleton. Et jolie chanson.

Ils n’ont joué pour l’instant que du Jobim. Ils vont jouer du Baden Powell, guitariste dont le père était un grand admirateur du général anglais Baden Powell, fondateur du scoutisme. « Salutacao » une chanson qui figure dans « Un homme et une femme » de Claude Lelouch. C’est un petit bijou. Rolando y ajoute les paroles françaises qui figurent dans le film « Il est nègre, bien nègre dans son cœur ». Le « sa ra va » de la chanson a donné son nom à Saravah, la maison de disques de Pierre Barouh, l’homme qui fit fortune en produisant les chansons d’ " Un homme et une femme », le premier producteur de Jacques Higelin. La devise de Saravah est « Il est des années où l’on a envie de ne rien faire », ce qui ressemble à des paroles de Bossa Nova…

Rappel

La Bossa Nova que tout le monde attend depuis le début du concert, l’histoire d’une demoiselle que Jobim regardait aller de l’Ecole normale d’institutrices à la plage d’Ipanema à Rio, « Garota de Ipanema » (The Girl from Ipanema). Tout le monde chante, poussé par Antoine et Rolando. Sans connaître les paroles c’est difficile mais on chantonne l’air. Comme d’habitude, les filles chantent plus et Rolando doit pousser les garçons à chanter.

Très belle soirée ludique et légère avec un duo qui sait mêler la leçon et l'improvisation avec élégance.

Prochaine leçon de Jazz le mardi 9 février 2010 à 19h30 au même endroit avec Wayne Shorter, « le plus grand compositeur du Jazz depuis la mort de Duke Ellington " (Stan Getz). Dans le rôle de Wayne Shorter, l’excellent saxophoniste français Jean Charles Richard.

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Giovanni Falzone et Bruno Angelini en concert à Radio France le samedi 23 janvier

Publié le par Guillaume Lagrée

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Mélomanes, réjouissez vous!


Le somptueux duo Giovanni Falzone (trompette)/Bruno Angelini (piano) sera en concert à Paris, à la Maison de la Radio, le samedi 23 janvier 2010 à 17h30.


Entrée libre dans la limite des places disponibles.


La photographie du duo Giovanni Falzone/Bruno Angelini est l'oeuvre de Juan Carlos HERNANDEZ.


Pour ceux qui n'auront pas la chance de pouvoir y assister, ce concert sera diffusé sur France Musique le samedi 27 février à 23h dans l'émission Jazz sur le Vif de Xavier Prévost.


Dans l'attente de ce concert, je me permets de vous renvoyer à la lecture d'une chronique d'un précédent concert de ce duo.
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