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Sélection de concerts de Jazz pour mars 2021

Publié le par Guillaume Lagrée

Ben Monder par Juan Carlos HERNANDEZ

Ben Monder par Juan Carlos HERNANDEZ

Lectrices raffinées, lecteurs esthètes, en France, en mars 2021, vous n'aurez toujours pas le droit d'aller de nouveau écouter du Jazz en concert dans une vraie salle avec des vrais musiciens, un vrai public, un vrai patron & de vrais employés. Il est encore trop tôt pour chanter " The masquerade is over " avec Georges Benson (1943)

Puisque vous ne pouvez assister aux concerts, écoutez les sur France Musique avec les émissions Jazz Club (pour le présent) et Les légendes du Jazz (pour le passé) et sur TSF Jazz avec Jazz Live. Martial Solal (1927), mon pianiste préféré, maintes fois célébré sur ce blog, sera à l'honneur sur France Musique dans l'émission Les Légendes du Jazz samedi 13 mars à 18h (concert de 1976 à la Maison de la Radio en duo avec NHOP, contrebasse. Cf album " Movability " du même duo la même année) et dimanche 14 mars à 18h (concert de 1968 à la Maison de la Radio en trio avec Gilbert Rovère, contrebasse et Daniel Humair, batterie). Si vous n'êtes pas disponible samedi 13 et dimanche 14 mars à 18h (heure de Paris), ces concerts seront ensuite disponibles selon votre bon plaisir (on replay, in english), lectrices raffinées, lecteurs esthètes. 

Pour l'actualité du Jazz 24h/24, écoutez sur la Toile Couleurs Jazz Radio.  Une fois sur le site Internet de la radio, cliquez au centre de l'écran sur Ecouter le live radio et le programme démarre. Mon émission Le jars jase jazz est consacrée à l'influence de la France sur le Jazz et lycée de Versailles  sous le titre générique Détours de France. La France à la lumière du Jazz 3 ans d' émissions différentes sur ce thème à partir de décembre 2020. Diffusion chaque lundi à 22h et chaque vendredi à 12h (heure de Paris). Pas de podcast. En mars 2021, quatrième épisode avec 9  diffusions: lundi 1er , 8, 15, 22 & 29 mars à 22h; vendredi 5, 12, 19 & 26 mars à 12h . L'émission de mars est consacrée au Jazz d'hier, commence avec Miles Davis en concert à Paris, salle Pleyel, en 1967 et se termine avec Horace Silver, en concert à Paris, à l'Olympia, en 1959.

Si vous voulez assister depuis la Toile aux concerts à New York, USA, dans Greenwich Village, pour les clubs Small's et Mezzrow, suivez ce lien. C'est payant certes mais toujours moins cher qu'un séjour dans la Grosse Pomme.  

Jérôme Sabbagh, saxophoniste ténor français maintes fois célébré sur ce blog, programme un concert chaque mercredi à 19h30 (heure de New York) au Bar Bayeux à New York. Concert diffusé en direct sur Internet puis en différé pendant 6 jours. Un club de Jazz de New York livré chez vous sans autre frais que la connexion à la Toile. Vos dons sont les bienvenus. Elle est pas belle, la vie?

Mercredi 10 mars: Marta Sanchez Quintet (Alex Lore, Roman Filiu, Rashaan Carter, Allan Mednard)
Mercredi 17 mars: Adam Nussbaum and the Lead Belly Project (Ohad Talmor, Steve Cardenas, Nate Radley) . Cf. vidéo en dessous de cet article.
Mercredi 24 mars: Marcus Strickland Trio (Dezron Douglas, EJ Strickland)
Mercredi 31 mars: Jonathan Blake Quartet (Immanuel Wilkins, Dayna Stephens, Dezron Douglas)

Le pianiste franco-américain Dan Tepfer, maintes fois célébré sur ce blog, jouera en duo avec le batteur mexicain  Antonio Sanchez en direct depuis New York, USA, sur la Toile.

Démarrage samedi 13 mars 2021 à  12h (Hawaï et Papeete), 13h (Los Angeles), 15h (New York), 16h (Fort de France et Pointe à Pitre), 17h (Saint Pierre et Miquelon, Cayenne et Rio de Janeiro), 20h (Londres & Lisbonne), 21h (Paris & Lagos), 22h (Vilnius & Beyrouth), 23h (Mamoudzou & Antananarivo), 0h (Saint Denis de la Réunion & Port Louis). Tickets: 5$US minimum. Pas de maximum. 

Dimanche 14 mars à 17h (heure de Paris), concert pédagogique en ligne de Leila Olivesi, pianiste maintes fois célébrée sur ce blog, sur Duke Ellington & Thelonious Monk. Un hommage sera rendu à Claude Carrière, journaliste et producteur de Jazz récemment décédé (1939-2021). Entrée: 8€/ 5€ pour les adhérents à la Maison du Duke

Samedi 20 mars à 17h (Hawaï et Papeete), 18h (San Francisco), 20h (New York), 21h (Fort de France & Pointe à Pitre), 22h (Saint Pierre et Miquelon, Cayenne & Brasilia). Dimanche 21 mars à 2h (Londres & Lisbonne), 3h (Paris & Dakar), 4h (Vilnius & Beyrouth), 5h (Mamoudzou & Moroni), 6h (Saint Denis de la Réunion & Port Louis), 10h (Pékin), 11h (Tokyo), 14h (Nouméa & Canberra), 15h (Auckland), Dan Tepfer jouera en piano solo et en direct sur l'Internet son programme " Bach to the future " qui mélange pour la première fois son programme Bach et son programme " Natural Machines ". Entrée: 15$. Si vous n'êtes pas réveillé au moment où cette musique sera jouée, car il sera 3h du matin à Paris, en payant votre droit d'entrée, vous pourrez l'écouter et la regarder quand vous voudrez pendant un an.

Par ailleurs, Dan Tepfer joue en direct au  piano, gratis pro Deo, chaque lundi à 8h (Hawaï & Papeete), 11h (Los Angeles), 14h (New York, Pointe à Pitre & Fort de France), 15h (Cayenne, Brasilia & Saint Pierre et Miquelon), 18h (Londres & Lisbonne), 19h ( Paris & Abuja), 20h (Vilnius & Beyrouth), 21h (Mamoudzou& Antananarivo), 22h (Saint Denis de la Réunion & Port Louis). A voir et écouter sur Facebook & Youtube. Lundi 22 mars 2021, ce sera la 50e semaine de ce concert hebdomadaire spécial pandémie. 

Les clubs de Jazz recommencent à ouvrir sur la rive Ouest de l'Océan Atlantique, i.e la côte Est des Etats-Unis d'Amérique. Sur la rive Est de l'Océan Atlantique, i.e la côte Ouest de la France, par contre, vous devez encore patienter pour aller au concert, lectrices raffinées, lecteurs esthètes.

Pour fêter cette reprise des activités au pays natal du Jazz, TSF Jazz, radio française, diffuse plusieurs concerts enregistrés aux USA dans son émission Jazz Live à 21h (heure de Paris).

Jeudi 18 mars à 21h (heure de Paris) le quartet de Jérôme Sabbagh avec Ben Monder, Joe Martin & Nasheet Waits, maintes fois célébré sur ce blog, enregistré au Small's, club de New York. A écouter sur TSF Jazz. A regarder et écouter sur Youtube. Concert soutenu par les services culturels de l'ambassade de France à Washington. Cf photographie de Ben Monder au dessus de cet article. 

Du lundi 22 au vendredi 26 mars à 21h (heure de Paris), Jazzlive sur TSFJazz diffusera chaque soir un concert enregistré dans une ville différente de l'East Coast: lundi 22 mars à Boston, mardi 23 mars à Washington, mercredi 24 mars à Baltimore, jeudi 25 mars à Philadelphie & vendredi 26 mars à New York.

 

Vendredi 26 mars à 12h (Hawaï et Papeete), 13h (Los Angeles), 15h (New York), 16h (Fort de France et Pointe à Pitre), 17h (Saint Pierre et Miquelon, Cayenne et Rio de Janeiro), 20h (Londres & Lisbonne), 21h (Paris & Lagos) , 22h (Vilnius & Beyrouth), 23h (Mamoudzou & Antananarivo), 0h (Saint Denis de la Réunion & Port Louis), depuis le Studio de l'Ermitage, à Paris, France. concert sur la Toile du Blazin Quartet dont l'album " Sleeping Beauty " est célébré sur ce blog. Entrée: 10€ minimum. Cf extrait audio au dessus de cet article.

La photographie de Ben Monder est l'oeuvre du Pétrifiant Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales. 

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Chick Corea (1941-2021): Retour pour Toujours. Encore.

Publié le par Guillaume Lagrée

Lecteurs piano, lectrices forte, vous avez déjà pu savourer sur ce blog, un premier hommage de musiciens et compositeurs français vivants (Pierre Durand, Leila Olivesi & Olivier Calmel) à Chick Corea. Overblog ne me permettait pas de tout inclure dans un seul article.
 
Les 4 témoignages sont désormais réunis dans un seul article publié sur Couleurs Jazz, dirigé par Jacques Pauper dont l'empire s'étend aussi sur Couleurs Jazz Radio où votre serviteur sévit dans l'émission " Le Jars Jase Jazz " chaque lundi à 22h et chaque vendredi à 12h (heure de Paris). 
 
Voici donc un Encore avec le témoignage de Marc Benham (piano) qui répond aux 3 mêmes questions que ses 3 collègues créateurs:
1. Quels sont vos souvenirs personnels de Chick Corea (concerts, rencontres)?
2. Quelle est l'influence de Chick Corea sur votre musique?
3. Quels albums, morceaux de Chick Corea recommanderiez vous à ceux qui ne le connaissent pas?
 
Marc Benham (piano, orgue Hammond, claviers)
 
1- Souvenirs personnels
 
Ma passion pour Chick Corea est lointaine. Tandis qu'enfant je me gorgeais de quelques vinyles d'Art Tatum, d'Oscar Peterson et du Modern Jazz Quartet trouvés à la maison entre mille compiles de chanson française (ha, les collections Le Cadeau de la Vie...), mon frère âgé de 11 ans de plus rentra un jour à la maison en possession d'un cd du Chick Corea Elektric Band. Une musique totalement saisissante, qui avait ceci de séduisant que l'on y entendait des sons de synthétiseur, très virtuoses de surcroît, ce qui fut une bonne première accroche pour l'enfant assoiffé de sensations que j'étais. L'univers sonore de ce groupe, souvent raillé depuis pour la rapide obsolescence des sons de synthés, mais aussi pour le côté froid que peut avoir le jazz-fusion de ces années 80, rempli de mises en places rythmiques, de rigueur à l'époque, tout comme un son de sax alto très "saxo", type générique d'un épisode de la série Rick Hunter. Pour autant cette musique était également, entre autres pleine de fantaisie, de lyrisme (je recommande l'écoute du titre Eternal Child sur l'album Eye of the Beholder  ), et d'un groove monstrueux (cf: l'album Beneath The Mask par exemple).
Bref, une belle porte d'entrée dans l'univers gargantuesque de Chick Corea, dont je découvris un peu à rebours un grand nombre d'albums, très différents les uns des autres, mais au milieu duquel on retrouvait un jeu de piano aussi fascinant qu'extrêmement personnel, libre et d'une unité absolue.
Depuis lors, je fus accompagné à chaque période de ma vie par différents albums de Chick, tout en m'éprenant de nombreux autres artistes passionnants, mais comme découverts plus tard, ayant moins ce caractère familier des artistes écoutés dans la petite enfance.
 
Je l'ai rencontré deux ou trois fois lors de ses concerts ou de certains festivals où j'eu la chance de me produire également, et n'ai jamais raté une occasion de venir lui serrer respectueusement la louche, en groupie éternelle que je suis avec lui. Il me vient une anecdote rigolote: avec un ami pianiste très proche, dont je tairai ici le nom, nous étions allé écouter le concert de son groupe Origin au New Morning, à la fin des années 90 donc avant la loi Evin (NDLR: Erreur factuelle. La loi n°91-32 du 10 janvier 1991 relative à la lutte contre le tabagisme et l'alcoolisme dite Loi " Evin " était déjà en vigueur en France à la fin des années 1990). Placés idéalement, juste derrière Chick pour ne pas perdre une miette de ses doigts sur le clavier, mon camarade a l'idée saugrenue d'allumer un joint " pour profiter un peu plus du moment ". Cela a considérablement incommodé Chick et avant la reprise du 2eme set une annonce faite au micro résonna pour demander au honteux contrevenant anonyme de s'abstenir désormais, sous peine d'annulation du concert. 
Mon ami, cramoisi sur le moment rangea vite sa camelote mais nous rions encore aujourd'hui de cette histoire. 
Certaines personnes prétendent que Chick fit usage des substances il y a fort longtemps, avant d'être aidé à décrocher par le truchement d'une certaine adhésion à une secte bien connue. Ses détracteurs l'ont toujours souligné, personnellement cela m'en touche une etc...
Cela me rappelle cette petite histoire, lue il y a longtemps : un jeune et récent musicien du groupe, dans le car de tournée, qui aurait suggéré, goguenard : "Hey guys, let's get high before the gig!" Ce à quoi Chick aurait répondu du tac au tac: " Hey guys, let's get CLEAN before the gig! " Anecdote gouleyante... (NDLR: Hé les gars, on se défonce avant le concert! Hé les gars, on se met PROPRES avant le concert!)
 
2- Quelques mots à propos de son influence sur mon travail:
 
J'ai été longtemps obsédé par le style stride au piano, que je trouve à la fois suranné, spectaculaire parfois, mais surtout nostalgique et très poétique. J'ai longtemps cherché à marier celui-ci avec des couleurs plus modernes. 
La musique de Chick, lui même très connaisseur du patrimoine qu'il a toujours passé à sa moulinette pianistique, m'a prouvé qu'il était parfaitement possible de développer sa propre palette sonore, chargée d'influences souvent multiples, pour essayer d'en tirer un substantifique style, que l'on passera sa vie à polir, et à requestionner. C'est ce que j'aime dans cette musique de jazz. Cela donne du sens à la vie.
 
La musique de Chick Corea m'a également prouvé que l'hétérogénéité des projets et instrumentations mettent en exergue l'importance de l'unité du jeu de piano en lui même, le sien reconnaissable au milieu de mille nuances esthétiques ou tout simplement sonores. Ce qui confère une énorme liberté de monter des groupes ou répertoires très différents sans forcément perdre ses auditeurs.
 
Enfin, à l'instar d'un John Lewis ou d'un Bill Evans, Chick, fin connaisseur de nombreuses musiques antérieures, fait également un lien appuyé entre les couleurs harmoniques médiévales, baroques, classiques, et le jazz. C'est un point très important de mon travail, en tant que compositeur, improvisateur et également enseignant. Je dis d'ailleurs souvent à mes étudiants qu'en tant que musiciens de jazz, nous devons accomplir en parallèle le métier d'historien et celui de chercheur (NDLR: En tant que fils d'un historien chercheur, Michel Lagrée (1946-2001), qui m'inocula le virus du Jazz à vie, je ne puis qu'approuver). 
 
3- Albums ou titres à conseiller
 
Ils sont innombrables bien sûr, et dès l'article envoyé à Guillaume je regretterai d'en avoir omis beaucoup, donc voici ceux qui me viennent à l'instant :
 
À découvrir dans le désordre:
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Expressions (piano solo)
 
 
Play (duo avec Bobby McFerrin)
 
Solo piano -Originals & Standards (double album)
 
Et bien d'autres encore, de nombreux lives, disques en sideman également, (avec Miles Davis, Stan Getz, Joe Henderson, mais aussi Mongo Santamaria, Lionel Hampton, Chick aurait même accompagné Cab Calloway!)
bref ce serait trop long!
 
 
Par esprit de contradiction, j'ai choisi pour illustrer cet article un extrait audio d'un double album que Marc Benham n'a pas mentionné. " Trio Music " (1982)  avec Miroslav Vitous (contrebasse) & Roy Haynes (batterie). Le 1er morceau de la première partie de l'album, totalement improvisée, " Trio Music improvisation Part 1 ". La seconde partie de l'album est consacrée au répertoire de Thelonious Sphere Monk (1917- 1982).
 
Dans la vidéo ci-dessous, au festival de Jazz de Montreux (Suisse), édition 1972, Stan Getz (sax ténor) est accompagné par Chick Corea (piano électrique), Stanley Clarke (contrebasse) & Tony Williams (batterie) pour jouer le titre album " Captain Marvel ". 
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Chick Corea (1941-2021): Retour pour Toujours

Publié le par Guillaume Lagrée

Bienvenue au 59e abonné de ce blog. Que les Dieux et les Muses le protègent!

 

Lectrices piano, lecteurs forte, le décès d'Armando Anthony dit Chick Corea n'a pu vous échapper.

L'influence de ce pianiste, claviériste, batteur, compositeur sur la musique vivante depuis plus de 50 ans est tellement immense qu'elle mérite d'être saluée par des musiciens vivants tous très favorablement connus de nos services.

J'ai donc posé à plusieurs musiciens et compositeurs français les 3 mêmes questions:

1. Quels sont vos souvenirs personnels de Chick Corea (concerts, rencontres)?

2. Quelle influence a t-il eu sur votre musique?

3. Quels morceaux, albums recommanderiez vous d'écouter à ceux qui ne connaissent pas la musique de Chick Corea?

 

Voici leurs réponses.

Pierre Durand (guitare)

1. Quels sont vos souvenirs personnels de Chick Corea?
 
Il y a un ou deux ans, Chick Corea était en concert au festival Jazz à Vienne.. 
J’y jouais également avec le quartet de Daniel Zimmermann plus tôt en journée.
Nous sommes donc allés l’écouter au théâtre antique.
C’était la première que je le voyais en concert.
J’ai adoré sa sobriété, le gars était une « star » du jazz et on sentait qu’il n’était pas dans la posture scénique, le plus important était la musique que le groupe allait jouer.
Je voyais comme il n’avait pas d’a priori, il écoutait, réagissait en fonction, suivait une idée, la lâchait ensuite.
On sentait aussi qu’il voulait mettre en valeur les musiciens du groupe, qu’ils n’étaient pas des faire-valoir.
Et puis il avait aussi envie de s’amuser, ça se sentait.
Ce soir-là, le public a demandé à Chick Corea de jouer Spain en rappel, c’était le moment le plus convenu du concert. On sentait bien que le public aurait été énormément déçu s’il ne le jouait pas. 
C’est dire que le reste de la soirée, du convenu, il n’y en a pas eu.
 
2 . Quelle influence Chick Corea a t-il eu sur votre musique?
3. Quels albums, morceaux recommanderiez vous d'écouter à ceux qui ne le connaissent pas?
 
Ce que je connais surtout de Chick Corea, c’est « Now he sings, now he sobs »(1968).
J’ai adoré cet album, l’interaction du groupe, les compositions, les improvisations.
En l’écoutant, j’ai compris que Chick Corea franchissait un nouveau pas dans le trio piano, contrebasse & batterie.
 
À l’époque, j’avais un jeu plutôt bop et j’avais envie d’aller ailleurs.
Le morceau « Matrix »  sur cet album m’a complètement retourné et j’ai relevé le solo de Corea tellement il me faisait tripper.
Cette façon de survoler le morceau, de l’ouvrir et de l’exploser d’une certaine manière, et ça sur un blues… Avec une légèreté, une aisance et un côté un peu enfantin… 
Ludique, c’est le mot que je cherche, ludique. Pour moi c’est ce que je garde de Corea avec Matrix qui a changé ma façon de jouer. Un musicien qui a su rester ludique.
 
J’ai ressenti la même chose quand j’avais joué en 1ère partie d’Herbie Hancock avec mon « ROOTS » 4tet.
Ces géants sont avant tout des musiciens dans le sens où ce qu’ils font d’abord, c'est de donner des concerts, pas des spectacles, pas des shows. 
Ils ne sont pas non plus désabusés sur scène, et ne la jouent pas tranquille.
Au contraire, ils ont cet état d’esprit où il y a un toujours quelque chose de nouveau à chercher et à trouver.
 

Leila Olivesi (piano, claviers)

Le piano magique de Chick
 
1. Quels sont tes souvenirs personnels de Chick Corea (concerts, rencontres)?
 
Plusieurs concerts de Chick Corea m’ont marquée, notamment celui qu’il a donné en duo avec le vibraphoniste Gary Burton à Marciac en 2007. 
Et son concert avec son groupe à la Cité de la Musique en mai 2004 est inoubliable.
J’ai été bouleversée par la Children song n°6 qu’il a jouée lors de ce concert :
Je me souviens en particulier d’un moment magique de ce concert, lorsque le public a commencé à chanter avec lui. Il avait d’abord séparé le public en trois groupes pour leur faire chanter les notes d’un accord mineur, celui qui conclut sa pièce Spain. Puis il a joué littéralement ce morceau avec la salle en questions/réponses. Lorsque le dernier accord a résonné dans tout l’espace de la Cité de la Musique à la fin du concert, ce fut une communion musicale et sonore comme j’en ai rarement vécues. Quel enchantement !
 
2. Quelle influence a t-il eu sur ta musique ?
 
La joie musicale de Chick est très communicative. Il suffit d’écouter les premières secondes du disque " Now he sings, now he sobs " pour être immédiatement ensorcelé. Toutes les fois où il m’a inspirée, c’était en rapport avec cette énergie rythmique et cette vivacité mélodique qui lui est propre. Ses couleurs harmoniques et son toucher de piano sont également  admirables. En tant que compositeur, Chick est le maître des climats : il réussit à les installer et à les développer sans jamais détourner le regard. Il crée une sorte de transe musicale pleine de surprises et d’émotions qui sont une véritable source d’inspiration.
 
3. Quels albums, morceaux recommanderais tu d'écouter à ceux qui ne le connaissent pas?
Résultat de recherche d'images pour "chick corea time warp"
Ma première rencontre avec l’album " Time Warp " (1995) fut fortuite et heureuse ! Jeune étudiante, je flânais dans les rayons de la boutique de disques Gibert Jeunes, Boulevard St Michel, à Paris et la pochette originale m’a attirée sans que je connaisse encore bien le maestro Chick Corea. Je m’imaginais à tort que cet univers de comics haut en couleurs annonçait un jazz funk et électrique dans le même style qu’Herbie Hancock et les HeadHunters. A la première écoute, quelle ne fut ma surprise ! Un quartet acoustique mais une musique sacrément moderne et riche qui m’a séduite.
 
Anecdote mise à part, je recommanderais aussi volontiers Matrix de l’album " Now he sings now he sobs » avec Miroslav Vitous (contrebasse) & Roy Haynes (batterie), qui est un monument du jazz :
 
J’aime aussi beaucoup 500 miles high avec Flora Purim et son groupe Return to forever  :
Il y a quelques années, nous avons eu le plaisir d’enregistrer une version de cette composition de Chick Corea avec la chanteuse Stéphanie Lemoine dans son album Sweet Talk.
 
Enfin, ne manquez pas son duo avec Herbie Hancock : une entente musicale parfaite et l’intelligence du piano sans saturation de l’espace sonore !
 
Merci Chick !
 

Olivier Calmel (piano)

Evitons les superlatifs. Soyons simples. Chick Corea était un génie.

 

Il avait une capacité hors du commun à la mise en espace, à l’écoute, à la couleur, à l’interaction et au partage.

Depuis que je me souviens m’être intéressé aux univers des musiques improvisées et du jazz, Chick Corea était présent. Dès le début. En effet, lorsqu’on est adolescent dans les années 90, on s’attaque au répertoire par l’incontournable jazz fusion des années 70. Evidemment un musicien aussi accompli n’est pas identifiable ou réductible qu’à un seul univers, aussi vaste soit-il !

 

Chick Corea est musicien, tout simplement.

 

Ses influences sur ma musique et sur mon parcours sont immenses, depuis très longtemps. Quel pianiste en herbe n’a pas tenté de jouer de bout en bout une version de ‘" Spain " et de son introduction du concerto d'Aranjuez ? Quel musicien en devenir n’a pas joué les ‘" Children’s Song " dans une version pour son instrument personnel (il en existe tant !). A ce propos, je vous propose vivement l’écoute de la version vibraphone et marimba du duo Aisha Duo sur le disque Quiet Songs, par Andrea Dulbecco (Vibraphone) et Luca Gusella (Marimba). Quel artiste n’a pas proposé sa version de " La Fiesta " avec plus ou moins de possibles digressions ?

 

Son influence sur mon travail est d’autant plus forte que j’ai toujours eu un appétit  pour les musiques rythmées et ensoleillées, les harmonies ouvertes, la modalité. Cela se trouve très clairement dans ma musique dont les contours se dessinent bien souvent entre le sud de l’Europe et l’Afrique du Nord. Chick Corea est aussi un dessinateur du temps, et de ce point de vue il m’a également grandement influencé. J’ai passé beaucoup de temps à écouter et relever ses improvisations sur certains standards, découvrir et redécouvrir la liberté qu’il insuffle sur des textes intemporels, les audaces harmoniques, les variations extrêmes d’énergies, de rythmes et de nuances qu’il propose. Au détour d’une grille, un élément en total apesanteur, comme ce fameux début de chorus dans le " Round Midnight " de " Play ". Intemporel, merveilleux et essentiel.

 

La discographie de Chick Corea est immense. Mes propositions d’écoute sont dictées par ma seule expérience personnelle avec sa musique, c’est arbitraire et subjectif.  Evidemment, les albums avec Miles Davis, Return to Forever, l' Elektric Band, le trio ou encore l'Akoustic Band sont incontournables. Pour moi, ce sont surtout ses duos et solos qui m'ont le plus grandement touché :

 

- " Play ", son duo avec Bobby McFerrin, un album dont je ne saurais dire à quel point il fait désormais partie de mon ADN tant chaque note qu'il recèle me casse en deux d’émotion profonde. C'est un disque de captations de concert, sur des standards : " Spain " évidemment, mais aussi " Autumn Leaves " ou encore un " Round Midnight " dont la version m'émeut de la première note au dernier souffle. Ces musiques font pour moi partie de celles que j’emmène sur l'île déserte

 

- " An Evening With Herbie Hancock And Chick Corea in Concert ",  son duo avec Herbie Hancock, dont la grâce et la justesse n'ont d'égale que le respect mutuel qui permet à chacun de trouver sa juste place. A un moment, il y aussi un solo, et je ne vous dirai ni où ni quand, mais il faut l'écouter, on ne peut pas vivre sans

 

- " Portraits ": un disque solo très intime ou l'artiste nous convie à sa lecture d'un répertoire à la fois large et cohérent : Powell, Monk, Wonder mais aussi Bartok et Scriabine. Il nous y livre une étendue infinie d'émotions et de champs des possibles

 

Comme je l’ai écrit, Chick Corea est musicien, tout simplement. Et il vivra éternellement.

 

 

Mes souvenirs personnels de Chick Corea sont les suivants. Sa contribution déterminante à 1969, l'année érotique de Miles Davis, avec deux albums cultes " In a silent way " (l'hiver) et " Bitches Brew " (l'été) et une série de concerts en 1969 avec un quintet de feu (Wayne Shorter, Chick Corea, Dave Holland, Jack de Johnette),puis un septet bouillonnant en 1970 (Steve Grossman, Keith Jarrett, Chick Corea, Dave Holland, Jack de Johnette, Airto Moreira) sans oublier le plus grand concert de l'histoire du Jazz, Miles Davis à l'île de Wight ( l'île où mourut Victoria Reine d'Angleterre et Impératrice des Indes en 1901) devant 600 000 spectateurs le 29 août 1970. 30 ans que j'écoute ces groupes et cette musique me fait toujours autant d'effet.

Au début des années 1990, j'eus la chance d'assister à un concert de Chick Corea en trio (Akoustic & Electrik Band) au Théâtre National de Bretagne à Rennes. Chick Corea passait du piano au clavier électrique avec une aisance stupéfiante. John Patitucci (contrebasse, guitare basse électrique) & Dave Weckl (batterie) étaient à son niveau, c'est-à-dire stratosphériques. A la pause, le personnel du théâtre distribuait aux spectateurs un carton sur lequel nous étions invités à laisser nos coordonnées pour recevoir " news and informations about Chick ". Comme je ne souhaitais pas entrer dans les bases de données de l'Eglise de Scientologie dont Chick Corea était un membre éminent, je n'ai pas répondu à cette invitation. Il n'empêche. Sur scène, c'était " La Fiesta ". Cf vidéo sous cet article. 

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" Sleeping Beauty " Blazin Quartet

Publié le par Guillaume Lagrée

Magic Malik par Juan Carlos HERNANDEZ

Magic Malik par Juan Carlos HERNANDEZ

" Sleeping Beauty "

Blazin Quartet

Album sorti le 12 février 2021

Concert de lancement d'album (SGDG)

Mardi 9 mars 2021, Paris (75), Studio de l'Ermitage

Le Blazin Quartet est composé de

Srdjan Ivanovic: batterie, claviers, compositions (sauf 3 & 8 d'Ennio Morricone), direction musicale

Andreas Polyzogopoulos: trompette

Federico Casagrande: guitare électrique

Mihail Ivanov: contrebasse

Invité

Magic Malik: flûte (4 & 6)

 

Lectrices cosmopolites, lecteurs internationalistes, l'album " Sleeping Beauty " du Blazin Quartet est fait pour vous. 

D'abord, par la personnalité des musiciens qui le composent. Le directeur musical Sdrjan Ivanovic est né en 1983 à Sarajevo (alors en Yougoslavie. JO d'hiver de 1984 à Sarajevo. Aujourd'hui capitale de la Bosnie-Herzégovine). En 1992, pour fuir la guerre, son père, guitariste et compositeur classique, l'emmène à Athènes. En 2003, il s'installe aux Pays-Bas où il étudie aux conservatoires d'Amsterdam et d'Utrecht. Depuis 2014, il vit en France, à Paris. Le guitariste italien Federico Casagrande est né à Trévise, en Vénétie, ville célèbre pour une marque de vêtements multicolore. Il a étudié au  Berklee College of Music aux Etats Unis d'Amérique. Andreas Polyzogopoulos, trompettiste grec, est né à Samiko, a étudié à Athènes puis aux Pays-Bas à Amsterdam. Aujourd'hui, il vit à Bruxelles en Belgique. Mihail Ivanov, contrebassiste bulgare, a étudié à Sofia puis à Amsterdam. Amsterdam est la ville clef du Blazin Quartet comme elle l'est de la pensée de Spinoza

L'invité, Magic Malik Mezzadri, flutiste français, est né en 1969 à Abidjan (Côte d'Ivoire), a grandi à Pointe-à- Pitre (Guadeloupe) puis étudié au conservatoire de Marseille. 

Ensuite par les influences qui se mêlent dans cette musique. Balkans (Bosnie-Herzégovine & Grèce), Pays-Bas, Italie, Bulgarie, France, Belgique, toutes ces graines poussent dans le terreau du Jazz, musique née aux Etats-Unis d'Amérique de la rencontre brutale entre l'Afrique et l'Europe. Ce sont toutes ces influences qui ressortent dans la musique du Blazin Quartet (Quartet Incendiaire en version française). Avec ces musiciens, la flamme du Jazz ne s'éteint pas. 

Pour les Balkans, écoutez " Rue des Balkans " (n°6). Cf vidéo sous cet article. Des Balkans loin des guerres fratricides qui les déchirèrent il y a 30 ans, ouverts aux vents du monde. Notamment par la flûte de Magic Malik.

Pour l'Italie, deux reprises d'Ennio Morricone (1928 - 2020), le compositeur fétiche de Sergio Leone, avec " The man with the harmonica " (3), le fameux thème du duel le long d'une voie de chemin de fer déserte entre Charles Bronson et 3 tueurs dans " Il était une fois dans l'Ouest " (1968). Tout en gardant la tension, le Blazin Quartet en livre une version adoucie, plus méditerranéenne qu'américaine. " A l'aube du cinquième jour  (Gott mit uns)" (8), thème du film de guerre italo yougoslave (1970) est d'une douceur trompeuse mais, sans le film, impossible de s'en apercevoir.

" Sleeping Beauty " est dédié à Catherine, l'épouse de Srjan Ivanovic. Deux versions de cette ballade figurent dans l'album. En groupe (2), en solo de guitare donc sans le mari et compositeur (7). Etant donné la beauté de cette musique, Madame Catherine Ivanovic est certainement une Dame de qualité. 

J'aime aussi " Guchi " (4), allégé par la flûte de Magic Malik.

Comme il faut un début et une fin à cette histoire, l'album " Sleeping Beauty " du Blazin Quartet commence par une " Intro " (1) et finit par une " Outro " (9). 

9 morceaux en 37mn. Ces musiciens ont l'audace de faire court et cela fait du bien. Les thèmes sont beaux, marquants. Les interprètes font fondre leurs origines, leurs formations, leurs influences dans le creuset d'une musique riche et chatoyante. 

Je soulignerai aussi la beauté de la pochette de l'album (cf extraits audio au dessus de cet article) avec les collages de Séverine Scaglia, plus doux que ceux de Max Ernst. 

Bref, vous l'aurez compris, lectrices cosmopolites, lecteurs internationalistes, le Blazin Quartet m'enchante et m'enflamme avec cet album " Sleeping Beauty ".

Le Cool Jazz né en 1948 à New York dans un album de Miles Davis & Gil Evans, " Birth of the Cool " se renouvelle en 2021 avec ce Jazz transeuropéen qui va d'Est en Ouest (de la Grèce à la France) et du Nord au Sud (des Pays-Bas à l'Italie) avec comme point de rencontre, les Balkans. C'est l'esprit du Coolectif, collectif de musiciens de Jazz actuels basé à Paris en France dont le Blazin Quartet de Srjan Ivanovic fait partie. Que leur message d'amour et de beauté se diffuse avec gloire dans le monde entier!

 

La photographie de Magic Malik est l'oeuvre de l'Ebouriffant Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales

 

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" Le temps des violons " Florin NIculescu

Publié le par Guillaume Lagrée

" Le temps des violons "

Florin Niculescu

Album sorti sur Label Ouest le 5 février 2021

Concert de sortie prévu mardi 23 mars 2021 à 21h à Paris au Studio de l'Ermitage (SGDG)

 

Florin Niculescu: violon 

Hugo Lippi : guitare électrique

Philippe Aerts : contrebasse

Bruno Ziarelli : batterie

Invité

Stochelo Rosenberg: guitare

 

George Enescu (1881-1955): "  La perfection, qui passionne tant de gens, ne m'intéresse pas. Ce qui importe en art, c'est de vibrer soi-même et de faire vibrer les autres ".

C'est à cette école roumaine que Florin Niculescu a été formé au violon. Roumaine et Tzigane. Son père jouait du violon près du ventre de son épouse enceinte. Dès que l'enfant Florin a tendu les bras, ce fut pour agripper le violon, après ses parents bien sûr. Né en 1967, cela fait désormais 30 ans que Florin Niculescu a pris un aller simple de Bucarest pour Paris, la capitale mondiale du violon Jazz, celle de Michel Warlop, Stéphane Grappelli, Jean-Luc Ponty et Didier Lockwood. Il a beaucoup écouté le premier et rencontré les 3 autres. 

Michel Warlop (1911-1947), l'artiste maudit, génial mais alcoolique, banni à la Libération pour avoir joué sous l'Occupation comme tant d'autres musiciens. Django Reinhardt (1910-1953) a enregistré " Nuages " à Paris en 1943 pour la première fois.

Stéphane Grappelli, (1908-1997), le partenaire indispensable de Django Reinhardt à qui les thèmes et les interprétations de cet album rendent évidemment hommage. Ecoutez " Stardust " (1) par exemple. Cf vidéo sous cet article. Ou " Fascinating rythm " (11) qui conclue cet album.

Jean-Luc Ponty (1942), le violoniste partenaire de Frank Zappa, de Stanley Clarke et Tony Williams, le seul à remplir un stade aux Etats Unis d'Amérique sur son seul nom.

Didier Lockwood (1956-2018), le créateur de la seule école de violon Jazz au monde, le Centre des musiques Didier Lockwood à Dammarie les Lys (77)

C'est aux 4 violonistes réunis que rend hommage la superbe Suite for Michel, Stéphane, Jean-Luc & Didier (5) créée par Florin Niculescu qui réunit les 4 styles français dans l'archet de leur disciple roumain. Cf extrait audio au dessus de cet article. C'est là que la musique se lâche, décolle, sort de l'hommage élégant pour passer réellement à la création. Nous nous hissons sur les épaules des géants qui nous ont précédé pour voir plus loin que les nains que nous sommes.

Contrebassiste et batteur sont de fidèles accompagnateurs. Ils poussent et stimulent mais toujours à l'arrière plan. La parole est aux cordes. Le violon virevoltant et sentimental de Florin Niculescu (cf " Carioca " n°9 et " The nearness of You " n°9), les guitares Jazz d'Hugo Lippi (cf " Stardust " n°1, précité) et Jazz manouche de Stochelo Rosenberg (cf " I surrender dear ", n°8).

Lectrices violonistes, lecteurs guitaristes, vous l'aurez compris, rien de révolutionnaire dans cet album " Le temps des violons " de Florin Niculescu mais ce n'est pas une copie sage de bon élève non plus. A écouter au chaud, au sec, au calme dans votre zone de déconfinement mental pour laisser votre esprit voguer librement au gré des mélodies du violoniste roumain, fils adoptif de la France, Florin Niculescu.

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Sélection de concerts de Jazz pour février 2021

Publié le par Guillaume Lagrée

Jérôme Sabbagh par Juan Carlos HERNANDEZ

Jérôme Sabbagh par Juan Carlos HERNANDEZ

Bienvenue au 58e abonné de ce blog.

Que les Dieux et les Muses le protègent!

 

 

Lectrices exigeantes, lecteurs sélectifs, en France, en février 2021, vous n'aurez toujours pas le droit d'aller de nouveau écouter du Jazz en concert dans une vraie salle avec des vrais musiciens, un vrai public, un vrai patron & de vrais employés. Il est encore trop tôt pour chanter " The masquerade is over " avec la First Lady of Soul Mrs  Aretha Franklin (1942-2018)

Puisque vous ne pouvez assister aux concerts, écoutez les sur France Musique avec les émissions Jazz Club (pour le présent) et Les légendes du Jazz (pour le passé) et sur TSF Jazz avec Jazz Live

Pour l'actualité du Jazz 24h/24, écoutez sur la Toile Couleurs Jazz Radio.  Une fois sur le site Internet de la radio, cliquez sur Ecouter le live radio au centre de l'écran et le programme démarre. Mon émission Le jars jase jazz est consacrée à l'influence de la France sur le Jazz et lycée de Versailles  sous le titre générique Détours de France 3 ans d' émissions différentes sur ce thème à partir de décembre 2020. Diffusion chaque lundi à 22h et chaque vendredi à 12h (heure de Paris). Pas de podcast. En février 2021, troisième épisode avec 8  diffusions: lundi 1er , 8, 15 & 22 février à 22h; vendredi 5, 12, 19 & 26 février à 12h . L'émission est consacrée au Jazz d'aujourd'hui, commence avec " Est-ce l'heure du thé? " par Sophia Domancich et se termine avec Daniel Humair en " Liberté surveillée ". 

Si vous voulez assister depuis la Toile aux concerts à New York, USA, dans Greenwich Village, pour les clubs Small's et Mezzrow, suivez ce lien. C'est payant certes mais toujours moins cher qu'un séjour dans la Grosse Pomme.  

Jérôme Sabbagh, saxophoniste ténor français maintes fois célébré sur ce blog, programme un concert chaque mercredi à 19h30 (heure de New York) au Bar Bayeux à New York. Cf photographie au dessus de cet article. Concert diffusé en direct sur Internet puis en différé pendant 6 jours. Un club de Jazz de New York livré chez vous sans autre frais que la connexion à la Toile. Vos dons sont les bienvenus. Elle est pas belle, la vie?

Mercredi 3 février: Otis Brown III Quartet  
Mercredi 10 février: Caleb Curtis

Mercredi 17 février: Jaleel Shaw Group  
Mercredi 24 février: Simona Premazzi

Mardi 2 février, 19h (heure de Paris): Julien delli Fiori revient animer Jazz à FIP sur FIP et invite Airelle Besson, trompettiste acclamée sur ce blog, qui jouera en direct avec ses musiciens. Cf vidéo sous cet article avec, pour commencer, un morceau de saison, en février 2021, " Neige ". 

Samedi  6 février, 19h (heure de Paris), en direct sur le Net depuis le Studio de l'Ermitage à Paris, Eric Seva en trio. Concert diffusé en direct sur France Musique dans le Jazz Club d'Yvan Amar.

Dimanche 7 février . Concert en duo et en direct sur Internet de deux pianistes maintes fois célébrés sur ce blog. L'élève Dan Tepfer et le Maître Fred Hersch. Cf extrait audio au dessus de cet article. Droit d'entrée: 5$ US minimum. Pas de maximum. 10h à Hawaï et Papeete, 12h à Los Angeles, 15h à New York, 16 h à Fort de France et Pointe à Pitre, 17h à Saint Pierre et Miquelon, Cayenne et Brasilia, 20h à Londres et Lisbonne, 21h à Paris et Dakar, 22h à Vilnius & Beyrouth, 23h à Moroni & Mamoudzou, 0h à Saint Denis de la Réunion et Port Louis.

SAMEDI 20 FEVRIER - 19h  (heure de Paris) - Diffusion à 19h sur  France Musique du concert d'Olivier Ker Ourio dans le Jazz Club d'Yvan Amar

Studio 104/ Maison de la Radio

Concert Jazz - Géraldine Laurent Quartet / Olivier Ker Ourio Quintet
 
GÉRALDINE LAURENT QUARTET « COOKING »
GÉRALDINE LAURENT saxophone
PAUL LAY piano
YONI ZELNIK contrebasse
DONALD KONTOMANOU batterie

OLIVIER KER OURIO QUINTET « SINGULAR INSULARITY »
OLIVIER KER OURIO harmonicas, compositions
GRÉGORY PRIVAT piano, Fender Rhodes
GINO CHANTOISEAU basse
ARNAUD DOLMEN batterie
INOR SOTOLONGO percussions
 
Dimanche 21 février 2021, depuis New York, USA, Dan Tepfer jouera en direct et en piano solo ses Variations sur les Variations Goldberg de Jean Sébastien Bach, une création saluée tant par ce blog que par le New York Times. Droit d'entrée: 5$US minimum (pas de maximum). Rendez-vous  à 10h à Hawaï et Papeete, 12h à Los Angeles, 15h à New York, 16 h à Fort de France et Pointe à Pitre, 17h à Saint Pierre et Miquelon, Cayenne et Brasilia, 20h à Londres et Lisbonne, 21h à Paris et Cotonou, 22h à Vilnius & Beyrouth, 23h à Antananarivo & Mamoudzou, 0h à Saint Denis de la Réunion et Port Louis.
 

Le Triton vous propose 200 concerts à voir et écouter en vidéo à la demande. 2€/concert. Lectrices exigeantes, lecteurs sélectifs,  si c'est gratuit, c'est vous le produit!

La photographie de Jerôme Sabbagh est l'oeuvre de l'Immortel Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales

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Inscrivez vous au Versailles live, le tremplin des jeunes talents

Publié le par Guillaume Lagrée

RECLAME

 

 

Le tremplin des jeunes talents Versailles Live (anciennement Les Vendredis du Rock ) ouvre pour ses 10 ans sa sélection à tous les univers musicaux.

Organisé par la Ville de Versailles, Versailles Live est un tremplin musical destiné à promouvoir des groupes de musiques actuelles en voie de professionnalisation.

C’est Gratuit ! Le concours révèle et propulse de jeunes talents et futurs grands noms d’une nouvelle vague de la « Versailles Touch « !

 

" En cette période difficile, il est indispensable d’aider les jeunes et de continuer par tous les moyens de les impliquer dans les initiatives organisées par la Ville de Versailles. Versailles Live s’y prête à merveille et s’adaptera pour faire vivre cet événement face aux restrictions sanitaires." François de Mazières, maire de Versailles, président de Versailles Grand Parc

Le tremplin Versailles Live, comment ça marche ?

Parmi toutes les inscriptions reçues, 12 groupes seront sélectionnés, lors d’une session d’écoute, par un jury composé de professionnels. Ces groupes s’affronteront sur scène lors de 4 concerts. Les votes se font à la fin de chaque concert par le public et le jury.

La finale réunira le 10 septembre les 4 groupes aux prestations les plus abouties autour d’une soirée exceptionnelle avec un warm up et de nombreuses animations !

Conditions de participation

Le tremplin Versailles Live est ouvert à tous les styles musicaux et s'adresse à des groupes originaires de toute la France. L'inscription et la participation sont gratuites.

Pour candidater, il faut : 

1. Etre auteur, compositeur et interprète de ses chansons (les reprises ne sont pas exclues mais ne doivent pas être majoritaires dans les setlists)
2. Le jury doit pouvoir écouter au moins trois de vos titres (via plaquette /CD ou lien Soundcloud / Deezer / Youtube...)
3. Avoir une réelle motivation pour la scène
4. Avoir moins de 35 ans

Date limite de candidature : Mardi 16 février 2021
Les inscriptions se font uniquement en ligne, sur le site 
jversailles.fr 

Le jury, constitué de membres de l'équipe organisatrice et de professionnels de la musique dont le label Opus Records et Believe/TuneCore, se réunira afin de choisir les musiciens qui intégreront la programmation 2021. 

Récompenses du tremplin 

Pour le lauréat : 

  • Un an de distribution gratuite et illimitée sur les plateformes de streaming, offert par TuneCore
  • Un coup de boost médiatique : Le portrait de son groupe sur les sites de la Ville, sur les réseaux sociaux et dans le magazine de la Ville de Versailles (édité à 51 000 exemplaires)
  • Clôturer la Fête de la Musique sur la scène Place du Marché
  • La captation, filmée et montée en live, de son concert lors de la Fête de la Musique

Pour les 3 autres finalistes, distribution gratuite d'un single ou d'un album sur les plateformes de streaming, offert par TuneCore

TuneCore distribue la musique des artistes sur + de 150 plateformes dans le monde et reverse 100% des royalties aux artistes

Versailles Live

 

Après avoir accueilli sur scène plus de 110 groupes et fait briller des milliers de personnes, le tremplin se réinvente 

Il prolonge l’ancrage que la Ville de Versailles entretient avec cette nouvelle génération de musiciens qui fait preuve d’un large éclectisme dans les influences qu’’elle revendique. C’est dans cette volonté de promouvoir le « Versailles Touch » et son inspiration musicale que le tremplin ouvre sa sélection à tous les univers musicaux.

 

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" Last Night When We Were Young " Sandro Zerafa

Publié le par Guillaume Lagrée

" Last Night When We Were Young "

Sandro Zerafa

Paris Jazz Undeground

. Sorti le 22 janvier 2021.

Concert de sortie prévu en France, à Paris, au Sunside jeudi 18 février 2021 (SGDG)

 

Sandro Zerafa: guitare électrique

En duo avec Vincent Bourgeix: piano (1, 5, 6, 10 & 11)

En trio avec Yoni Zelnik: contrebasse & Antoine Paganotti: batterie (3, 4, 7, 8 & 9).

Lectrices Cool, lecteurs Jazz, le nouvel album de Sandro Zerafa, " Last Night When We Were Young ", devrait vous réjouir corps et âme. 

Né à Malte en 1975, Sandro Zerafa vit à Paris depuis l'an 2000. Le précédent millénaire sur une île en Méditerranée, le second en Ile de France,  sur quelle île passera t-il le 3e? En tout cas, avec cet album, il opère un retour en arrière à une époque où ni lui ni moi n'étions nés, il y a 60 ans dirais je. 

Si vous connaissez Barney Kessel, Jim Hall, Jimmy Gourley, Herb Ellis, Sacha Distel, Wes Montgomery, René Thomas, vous reconnaitrez leurs influences, lectrices Cool, lecteurs Jazz.  Si vous ne les connaissez pas, écoutez les et vous n'en apprécierez que mieux la relecture effectuée par Sandro Zerafa.

En effet, il ne joue ici, en duo ou en trio, que des standards des années 50-60. Ni Free, ni Hard là dedans. Nous sommes dans l'ambiance Cool Jazz, lectrices Cool, lecteurs Jazz.

La rythmique Yoni Zelnik & Antoine Paganotti a déjà accompagné un autre guitariste, le Français Maxime Fougères, sur deux albums célébrés sur ce blog " Guitar Reflections volume 1 " (2012) et " Guitar Reflections volume 2 " (2017). Elle est toujours aussi solide et efficace, présente de manière à laisser toute la place au leader. A titre personnel, je recommande " Young at Heart " (4) et " Love is a many splendored thing " (7).

Le duo avec Vincent Bourgeix n'atteint certes pas les sommets du duo Bill Evans & Jim Hall, " Undercurrent " (1962)  mais ceux-ci sont inaccessibles par essence. J'apprécie particulièrement " Last night when we were young " (2), le titre album.

Bref, lectrices Cool, lecteurs Jazz, l'album " Last Night When We Wre Young " du guitariste Sandro Zerafa est à savourer au chaud et au calme en attendant de pouvoir, dans des jours meilleurs, profiter de ce duo et de ce trio en concert.

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" Monks of nothingness " Olivier Laisney &Yantras

Publié le par Guillaume Lagrée

Magic Malik par Juan Carlos HERNANDEZ

Magic Malik par Juan Carlos HERNANDEZ

" Monks of nothingness "

Oliver Laisney & Yantras

Onze heures Onze. Sorti le 8 janvier 2021

Concert de sortie à Paris, France, au 360 Factory, jeudi 27 mai 2021

Olivier Laisney: trompette, compositions

Damien Varraillon: contrebasse

Franck Vaillant: batterie

Romain Clerc-Renaud: claviers

Magic Malik: flûte

Mike Ladd: rap, paroles

 

Lectrices Electro, lecteurs Jazz, je découvre Olivier Laisney avec cet album. Je pense qu'il vous réunira, corps et âmes, tout en respectant les normes de distanciation physique en vigueur par temps de pandémie, évidemment.

Olivier Laisney est passionné d'Olivier Messiaen (1908-1992). La seule chose que je sais d'Olivier Messiaen est qu'il détestait le Jazz dont la pulsation rythmique, le beat, lui paraissait un carcan. Si, j'en sais une deuxième. Il adorait les chants d'oiseaux et n'a cessé de vouloir les reproduire dans sa musique. 

Pour les chants d'oiseaux, Magic Malik y pourvoit avec sa flûte traversière. Malik Mezzadri n'usurpe pas son nom de scène sur cet album. Son envol final sur le dernier titre de l'album " Le pendu " (9) achèvera de vous en convaincre, lectrices Electro, lecteurs Jazz. 

Quant au beat, il est bien assuré par Damien Varraillon et Franck Vaillant mais en souplesse. Le choix de la contrebasse, au lieu d'une guitare basse électrique, maintient la souplesse et la légèreté propres au Jazz. A apprécier en solo sur " Secret swordplay instruction " (7). Cf extrait audio au dessus de cet article.

Je ne comprends rien à ce que raconte Mike Ladd mais il le raconte bien, avec sa voix chaude, souple, parfaitement en rythme avec la musique. A savourer sur " Spiral Down " (1) & " Sonnet " (5).

Romain Clerc-Renaud sait installer l'ambiance avec ses claviers. Cf." Secret swordplay instruction " (7). Extrait audio au dessus de cet article. 

Olivier Laisney a certainement beaucoup écouté Miles Davis & Donald Byrd mais il sait tracer sa voix. Dès le départ avec " Spiral Down " (1) où Franck Vaillant fait merveille en barman de sons. " Le batteur est un barman de sons " (Jean Cocteau). 

Bref, lectrices Electro, lecteurs Jazz, avant de retrouver Olivier Laisney et ses Yantras sur scène dans un monde préservé de la Covid, vous pouvez, en toute légalité, consommer sans modération son album " Monks of nothingness ". 

La photographie de Magic Malik est l'oeuvre de l'Exceptionnel Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales

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" Dexter Gordon. Sophisticated Giant ". Maxine Gordon

Publié le par Guillaume Lagrée

" Dexter Gordon. Sophisticated Giant "

Maxine Gordon

Editions Lenkalente. Nantes, 2020. 329p. 20€

Traduit de l'anglais par Philippe Carrard

 

Prix du livre de Jazz 2020 de l'Académie du Jazz.

 

Lectrices Be, lecteurs Bop, je vous ai déjà chanté les louanges de Dexter Gordon (1923-1990) " Montmartre 1964 ", un album enregistré en concert au Montmartre Jazz Hus de Copenhague, Danemark, club toujours en activité en 2021, enfin quand la Covid 19 le permettra.

Dexter Gordon fait le lien entre la période classique du saxophone ténor (Coleman Hawkins, Lester Young) et la période moderne ( John Coltrane, Sonny Rollins). Lui même considérait Joe Henderson et Wayne Shorter comme ses enfants. 

Maxine Gordon, sa veuve, a raconté la vie de son mari dans " Sophisticated Giant . Dexter Gordon " ( University of California Press, Oakland, 2018). Grâce à l'éditeur nantais Lenka Lente, la version française de ce livre est désormais disponible.

Pour vous, lectrices Be, lecteurs Bop, cette biographie est une mine d'or à ciel ouvert. Outre l'aspect artistique (l'oeuvre enregistrée de Dexter Gordon), ce livre raconte la vie de Dexter Gordon et nous fait comprendre ce que cela signifiait être un homme noir, artiste, créateur aux Etats Unis d'Amérique au XX° siècle. " Nous pouvons toujours abattre les murs de briques qu'ils construisent devant nous. Nous en avons les moyens " (Art Blakey). C'est ainsi que pensaient et agissaient Dexter Gordon et ses amis, les " cats ", Miles Davis, Dizzy Gillespie, Sonny Rollins, Johnny Griffin... Félicitations au traducteur, Philippe Carrard, pour avoir su restituer en français, le jive des cats, l'argot des musiciens de Jazz. 

Dexter Gordon est né à Los Angeles, Californie, en 1923. " Soy Califa ", une de ses plus fameuses compositions ne signifie pas " Je suis le Calife " comme a pu le croire naïvement le non hispanisant que je suis mais " Je suis de Californie " en spanglish de Los Angeles. Cf extrait audio ci-dessus.

Dexter Gordon, comme Miles Davis, était un fils de bourgeois. Son père était le 2e médecin noir de Los Angeles avec, pour patients, lorsqu'ils passaient en ville, Louis Armstrong et Duke Ellington. Ses ancêtres étaient d'origine diverse. Un arrière grand-père normand d'où lui venaient probablement ses beaux yeux bleus. Une grand-mère malgache d'où certains traits du visage caractéristiques selon les Malgaches. Un grand-père officier des Buffalo Soldiers, les premiers régiments noirs de l'US Army durant la Guerre de Sécession, ceux qui inspirèrent une chanson à Bob Marley, " Buffalo Soldier ".  A 15 ans Dexter Gordon était orphelin de père, à 17 ans, musicien professionnel et à 21 ans, toxicomane.

C'est là que les problèmes commencèrent. Noir, musicien de Jazz et toxicomane, tout pour attirer les ennuis aux Etats Unis d'Amérique dans les années 1940. De plus,  " Long Tall " Dexter était difficile à cacher. Il mesurait 6 pieds 4 pouces soit 1m95, était beau comme un Dieu, photogénique et il était toujours sapé à mort. Quand Miles Davis a quitté Saint Louis pour New York en 1944, Dexter lui a expliqué qu'il n'était pas sortable tant ses vêtements étaient ringards. " Miles, tu joues avec Charlie Parker, le groupe le plus hip au monde. Tu ne peux être pas habillé comme ça ".  Miles a changé de style vestimentaire et Dexter a accepté de nouveau de marcher dans la rue avec lui. " Dexter, c'était quelqu'un " (Miles Davis). 

Oui, Dexter, c'était quelqu'un. Voici comment son cadet Sonny Rollins (1930) le définissait dans un entretien avec Maxine Gordon en 2010. " Qu'est ce qu'on peut dire de Dexter? Qu'il a constitué une sorte de pont entre Charlie Parker à l'alto et ce qui devenait possible au ténor. Bien sûr, son jeu était un condensé de tout ce qui avait précédé. Mais il était aussi ce pont, d'où le fait que les musiciens qui, à l'époque, découvraient le bebop aimaient tous Dexter. Non, il ne faisait pas du Charlie Parker au ténor; il faisait du Dexter Gordon. Mais la musique qu'il jouait avait les mêmes qualités que celle de Parker ". 

En 1940, Dexter joue dans  l'orchestre de Lionel Hampton. En 1944, dans celui de Louis Armstrong. Chez Louis, il ne reste que 6 mois. Louis Armstrong est le Roi du Jazz à jamais mais, en 1944, le créateur se repose sur ses lauriers et n'innove plus. Dexter est jeune et va traverser les Etats Unis d'Ouest en Est pour jouer Be Bop avec Charlie Parker & Dizzy Gillespie. Il appelait Dizzy Gillespie " l'Albert Einstein du Jazz " tant il avait de respect pour sa science de la musique. Encore dans les années 1980, Dizzy expliquait à Dexter qu'il ne jouait pas " Round about midnight " correctement mais comme Miles Davis le jouait. " C'est moi qui ait écrit l'introduction et la conclusion de ce thème " lui dit Dizzy qui lui expliqua le thème en coulisses d'un concert. " Dizzy, pourquoi ne me l'as tu pas dit plus tôt? " demanda Dexter. " J'attendais l'occasion de te rencontrer, Dexter " répondit Dizzy. 

La vie de Dexter Gordon fut une quête permanente d'amélioration de son art et de son sort mais freinée par ses mauvais penchants. Devenue une énorme star en 1948 grâce  à son duo avec Wardell Gray (sax ténor), " The Chase ", Dexter n'en profite pas. D'abord, un contrat léonin lui fait toucher une somme ridicule en droits d'auteur. Ensuite, sa toxicomanie lui fait passer l'essentiel des années 1950 en prison. " Aux Etats Unis, les prisons sont de plus en plus grandes et de plus en plus remplies. Je ne vois pas en quoi cela résout le problème de la drogue " (Dexter Gordon). Dexter Gordon ne voulait pas parler des années 1950. Maxine Gordon a dû fouiller les archives et interroger les survivants pour reconstituer cette période de la vie de Dexter Gordon.

 

En 1962, Dexter est libre. Il répond à l'appel du Ronnie's Scott Club à Londres (club toujours en activité, hors Covid), prend un passeport et décolle pour l'Europe. Il y vivra jusqu'en 1976, faisant de Copenhague au Danemark sa ville (il existe une rue Dexter Gordon à Copenhague croisant la rue Ben Webster, autre géant du sax ténor qui y vécut longtemps aussi et y est enterré) et du Montmartre Jazz Hus, club toujours en activité hors Covid, sa maison. Il abandonne femme et enfants à Los Angeles, Californie et se recrée une famille, un cadre de vie où il échappe au racisme, à la pression des dealers de New York comme de Los Angeles et est respecté comme homme et comme musicien. Dexter devient un vrai Danois, apprenant la langue et circulant à bicyclette. Il se fait des amis dont la famille Ulrich. Il est le parrain de leur fils Lars Ulrich, batteur fondateur de Metallica, groupe de hard rock mondialement célèbre.  Il est sous contrat avec Blue Note Records et enregistre d'excellents albums indispensables dans votre discothèque , lectrices Be, lecteurs Bop: " Go ", " A swingin affair ", " Our man in Paris " ...

En 1976, Dexter Gordon a envie de rentrer au pays natal, aux Etats Unis d'Amérique. Malcom X et Martin Luther King sont mort assassinés, la guerre du Vietnam est finie, Jimmy Carter est président. Bref, l'ambiance est plus calme. Au Danemark, Dexter restait un citoyen américain conscient de ses droits, manifestant devant l'ambassade américaine, rencontrant ls Black Panthers de passage, adhérent à vie de la National Association for the Advancement of Coloured People.

C'est là qu'entre en jeu Maxine Gordon, attachée de presse basé à New York qui nous explique comment, avant Internet et les téléphones portables, elle décroche des engagements à travers tous les Etats Unis d'Amérique pour un musicien, Dexter Gordon, qui vit en Europe depuis 1962 même s'il est revenu de ci de là jouer quelques concerts. Elle convainc Max Gordon (pas un parent de Dexter), le fondateur et patron du Village Vanguard (club toujours en activité en 2021, dans le contexte Covid, toujours) d'engager Dexter et de l'enregistrer. Cela donne " Homecoming . Live at the Village Vanguard " qui fait un triomphe. Dans le groupe figure le trompettiste Woody Shaw, alors époux de Maxine. Leur fils  Woody Louis Armstrong Shaw III (un fils de trompettiste de Jazz!) est né en 1978. Dexter revient dans le bain et est invité à jouer à la Maison Blanche en 1978 avec d'autres Géants du Jazz comme Dizzy Gillespie. C'est la consécration. 

Petit à petit, le rôle de Maxine changera, restant agent mais devenant aussi la compagne et l'épouse de Dexter, jusqu'à la mort de Dexter en 1990. 

Dans les années 1980, nouvel événement avec un appel de Paris. Bertrand Tavernier, cinéaste français, veut tourner un film sur le Jazz à Paris dans les années 1950 en s'inspirant de deux personnages, le pianiste Bud Powell (1924-1966), pilier du Blue Note de 1959 à 1964 en même temps que Martial Solal (le défunt club parisien Blue Note n'a rien à voir avec la maison de disques américaine) et le saxophoniste ténor Lester Young (1909-195).

Dexter Gordon crée le personnage de Dale Turner, joue sous la direction d'Herbie Hancock, directeur musical du film " Autour de minuit ", explique à Bertrand Tavernier comment son personnage doit bouger, parler, agir pour être crédible en musicien de Jazz noir américain à Paris dans les années 1950. Le film est une réussite. Herbie Hancock gagne l'Oscar de la meilleure musique de film. Dexter Gordon est nominé pour l'Oscar du meilleur acteur, le 5e homme noir dans ce cas, pour son premier rôle à 63 ans. Paul Newman obtint l'Oscar du meilleur acteur en 1987 mais Dexter reçut une lettre de Marlon Brando qui disait notamment ceci: " Pour la première fois depuis 15 ans, grâce à vous, j'ai appris quelque chose du métier d'acteur ". François Cluzet joue le rôle de Francis Paudras, le fan français de Bud Powell. Dexter Gordon lui prédit une brillante carrière d'acteur. Il ne s'était pas trompé.

Bref, dans les années 1980, Dexter Gordon, après 40 ans de carrière, signe chez Columbia Records, la marque de Miles Davis, est reçu comme un Roi (villa privée partagée avec Stan Getz au bord du Lac Léman pour le Montreux Jazz Festival), tourne au cinéma, est bien payé, n'a plus d'addiction, mène une vie saine, est couvert d'amour et d'amitié. Enfin, la belle vie après plus de 40 ans de carrière entrecoupée de diverses galères, plus ou moins de son fait. 

Dexter est usé par l'âge et une vie agitée. Il meurt en 1990 laissant un immense héritage musical sur lequel veille amoureusement sa veuve Maxine Gordon auteur de cette biographie fouillée et passionnante qui fait revivre une vie et une époque. 

 

Un livre à lire au calme en écoutant attentivement Dexter Gordon, lectrices Be, lecteurs Bop. Par exemple en concert chez lui au Montmartre Jazz Hus de Copenhague en 1971, l'année de ma naissance ainsi que de mon fidèle associé photographe Juan Carlos Hernandez. Dexter Gordon enveloppe son public dans une bulle de chaleur sortie de son saxophone ténor. Cf vidéo ci-dessous.

 

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