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Le quartet de Jérôme Sabbagh nous embarque dans la péniche Anako à Paris

Publié le par Guillaume Lagrée

Jérôme Sabbagh Quartet

Péniche Anako

Paris. Mardi 27 octobre 2015. 20h.

Jérôme Sabbagh : saxophone ténor

Ben Monder : guitare électrique

Joe Martin : contrebasse

Mark Ferber : batterie

En attendant le concert, Ben Monder teste sa guitare en sourdine. C’est délicieux. Il est dans sa bulle faisant ses gammes alors que les spectateurs s’installent petit à petit. Il s’en va. Le pré concert est fini.

Il y a des prises électriques aux murs de la péniche Anako. Le chroniqueur moderne peut écrire sa chronique en direct en gardant son ordinateur personnel ou son téléphone intelligent chargé. Magnifique !

Ca commence par une ballade très sombre. Son voilé du sax où le souffle se prolonge. La musique s’exhale comme des volutes de fumée, parole de non fumeur. C’était l’intro. Après une pause, le batteur accélère le tempo. La musique décolle. Energie rock de la guitare, feeling jazz du sax, pulsation sans faille de la basse et de la batterie. La contrebasse se place au centre du débat ponctuée par la guitare et la batterie. Bons breaks de batterie qui relancent le jeu. Ca dialogue ferme entre guitare et sax.

Le guitariste part seul en ballade. Batteur aux balais. La contrebasse marche lentement. Décidément, c’est une ballade. Berceuse très efficace. Excellent massage cérébral. Solo de sax avec un gros vibrato.

Tempo rapide lancé à quatre. Bonne vibration. Public nombreux et attentif. Ca balance bien. Un solo de guitare rock sans monter le son, c’est bon. S’ensuit un solo léger et efficace de la contrebasse, bien soutenue par la guitare et la batterie. Le groupe se tait pour un solo de sax ténor avec beaucoup de souffle, d’effets de langue, de cliquetis des doigts. Ben Monder vient s’immiscer doucement dans la musique, en prolongeant les sons du saxophone. S’ensuit un dialogue de sons mystérieux entre les cordes de la guitare et les cymbales de la batterie. C’est à la fois étrange et apaisant. Ils enchaînent sans transition sur un morceau tourmenté qui tangue bien plus que la péniche Anako, solidement amarrée au 61 quai de Seine, dans le 19e arrondissement de Paris. Cela devient un Free Jazz Rock qui sonne comme l’actualisation du « Dr Prof Leary » de Barney Wilen. Contrairement à celle de Martial Solal & Lee Konitz, cette musique n’est pas pensable sans amplification électrique. Le public est envoputé jusqu’au final.

Pour finir, le morceau final du dernier album de ce quartet, « The Turn », « Electric Sun ». Funky en diable. Ca ferait une excellente musique de film sentimental et joyeux.

Ils jouèrent dans l’ordre :

  • Eye of the storm
  • North
  • Comptine
  • Electric sun

Jérôme Sabbagh présente le groupe et la démarche. Ce quartet a 10 ans d’existence et 4 albums. Le concert mêle des morceaux des 4 albums.

PAUSE

Reprise en douceur du quartet sur un tempo medium. Solo très sec du guitariste qui pince très fermement les cordes. Le jeu de Ted Poor (batteur habituel du groupe) est riche, celui de Mark Ferber n’est pas pauvre.

Un tempo rapide. Ca swingue, sapristi. Ca pulse avec une énergie rock et la liberté du Jazz. Par un hublot de la péniche, je vois la lune jouer à cache cache avec les nuages, spectacle en accord avec la musique.

Une ballade. Duo guitare/sax. Tiens, un son sitar à la guitare électrique, c’est original.

Un morceau plus rapide, d’un hard bop presque classique. Ce quartet sait varier les plaisirs entre classicisme et avant-garde, comme l’un des Maîtres de Jérôme Sabbagh, Sonny Rollins. Le solo de guitare, lui, n’a rien de classique alors que le jeu du contrebassiste et du batteur le reste. Jérôme Sabbagh joue sans micro : un gros son suffit pour une petite salle. Longue descente conjointe vers le final. Pas tout à fait car Joe Martin ménage une transition. Le sax redémarre. Le sax se relance, avec le batteur aux balais. Ils caressent notre cortex et creusent dans nos émotions. La guitare déclenche l’orage, brutale, mais sans exagérer le volume sonore. Sa plainte fait écho à celle du sax.

Ils jouèrent donc, en enchaînant, Hand, Trip, La fée Morgane, Colt et Middle Earth.

Un petit final hard bop à leur manière.

Le quartet de Jérôme Sabbagh a quitté les rives de l’Hudson à New York pour celles du canal Saint Martin à Paris. Cela valait le déplacement pour eux et pour nous. Rien à ajouter.

La photographie de Jérôme Sabbagh est l'oeuvre du Pétrifiant Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

Jérôme Sabbagh par Juan Carlos HERNANDEZ

Jérôme Sabbagh par Juan Carlos HERNANDEZ

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Becca Stevens Band assure au New Morning

Publié le par Guillaume Lagrée

Becca Stevens Band

Festival Jazz sur Seine

Paris. Le New Morning.

Jeudi 22 octobre 2015. 20h30

Becca Stevens: chant, guitar, ukulele

Liam Robinson : accordéon, piano, claviers

Chris Houdini : contrebasse

Marc Francen : batterie

La voix est moins lisse qu’en studio mais pas moins touchante et le groupe est aussi précis et efficace.

Becca Stevens mène bien ses hommes. Ils chantent et jouent pour elle. Le New Morning est plein mais pas à craquer. Je gage que la demoiselle remplira bientôt des salles plus grandes encore à Paris.

Elle passe au ukulélé. Sur scène, le groupe est beaucoup plus acoustique qu’en studio.

Une chanson d’amour à faire fondre. « Thinking about You » (Frank Ocean). J’espère que le gars à qui elle pense de cette manière est conscient de sa chance. Belle étendue vocale. Les experts mesureront ses octaves. Pour ma part, en plus de ne pas être expert, je suis sous le charme ce qui nuit à la rigueur de l’observation scientifique.

Retour à la guitare. « Imperfect Animals ». Une sorte de Blues sur l’imperfection humaine et la recherche de perfection dans nos amours. Le groupe passe les ponts sans effort. L’accordéoniste est passé au clavier électrique délivrant des sons planants. Qui ne voudrait pas donner affection et perfection à cette demoiselle ?

Un poème de Jane Tyson Clement. Juste sa voix et sa guitare électro acoustique. Becca Stevens installe le silence. L’accordéoniste est passé au piano. Aucun clavier ne lui est étranger. La voix de Becca nous emmène par delà les labours chevaucher les licornes à la tombée du jour.

Retour au ukulélé et à l’accordéon. L’accordéon ne joue pas dans le style musette. Ca balance bien. Nous sommes à Paris mais c’est un Américain qui joue.

Retour à la guitare et au clavier. En bonne Américaine, Becca Stevens n’oublie pas le business. Elle nous rappelle que des T shirts et des CD sont à vendre à la pause. « You make me wanna leave » un morceau funky porté par une voix si blanche, si pure qu’elle en est troublante.

PAUSE

Avertissement aux lecteurs : une partie de mes notes étant illisible, cette chronique sera écourtée.

« Out of love » dément son titre car nous sommes complètement dans l’amour.

La ballade qui clôt l’album. Elle s’adresse à un garçon qui dort. Il a de la chance d’être bercé ainsi. Retour au piano. So romantic. C’était « Jack » pour son neveu qui est toujours mignon selon la chanteuse.

« Higher love » (Steve Winwood). Un mélange pop folk avec une pointe de funk et même de salsa.La musique groove avec cette voix faite pour chanter des cantiques en gaélique. Elle monte vers un amour non pas suprême, comme John Coltrane, mais plus haut.

Retour à l’accordéon. Professionnalisme américain : « C’est le meilleur public que nous ayons eu à Paris ». En même temps, c’est leur premier concert au New Morning.

« Sand and dust », accompagnement en tapotis des mains.

« The muse » écrit par David Crosby de Crosby, Stills, Nash and Young pour Becca Stevens qui a écrit la musique. Clavier, guitar basse électrique. Une ballade. Magnifique. Quand un auteur de cette classe vous écrit une telle chanson, c’est que vous êtes adoubée. Après un brusque déchaînement, retour au piano pour finir en douceur.

RAPPEl

Elle commence à l’ukulélé. Accordéon et contrebasse se préparent. Une chanson joyeuse qui ne figure pas sur le dernier album « Do You feel good ? » Il semble que oui vu la réaction du public.

Contrebasse, accordéon. Becca Stevens nous demande de chanter même après que le groupe soit rentré dans la loge. Pour faire miauler les fills et aboyer les garçons, je ne connais que Prince. Belle ballade. Comme tout le monde, je chante « There is a light thas never goes out » jusqu’à extinction des feux. Les spectatrices se font plus entendre. Pour finir, nous nous applaudissons nous même.

Ebloui par son album « Perfect Animal », je me demandais si Becca Stevens passerait la barrière de la scène. Manifestement, oui.

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Le Bounce Trio pétille à la Guinness Tavern de Paris

Publié le par Guillaume Lagrée

Bounce Trio

Paris. Guinness Tavern

Festival Jazz sur Seine

Mardi 13 octobre 2015. 20h30.

Matthieu Marthouret : claviers électriques, compositions.

Gautier Garrigue : batterie

Romain Cuoq : saxophone ténor

La Guinness Tavern est un bar pour étudiants, qui accueille des concerts de rock depuis 35 ans à Paris. Entrée libre. Il y a assez de consommateurs pour payer les musiciens. Une exception Jazz ce soir. Le trio de Matthieu Marthouret fait le métier. Ca groove tranquille. « Innervisions » (Stevie Wonder). Vous ne pouvez pas vous tromper avec un tel morceau. Le clavier ronronne chaudement, la batterie nous masse le creux des reins, le sax ténor est sensuel à souhait. Ca marche. Un jeune couple s’enlace. Ca swingue bien entre clavier et batterie. Ces deux là jouent ensemble depuis des années. S’ils osaient , ces jeunes gens trouveraient la place de danser sur la musique. Comme Francis Lagneau (Lino Ventura) l’explique à Amaranthe (Mireille Darc) dans « Les Barbouzes » de Georges Lautner. Le trio revient à « Innervisions ». Le thème s’étire. Pour le jeune couple, ça va toujours bien, manifestement.

« Joe » (Matthieu Marthouret). Il y a deux esthètes dans la salle. Ils trouvent que le saxophoniste n’est pas synchrone avec les deux autres musiciens. C’est vrai que c’est son premier concert dans ce trio où il remplace au pied levé Toine Thys mais je trouve ces jeunes gens bien sévères. Ca sonne plus jazz, hard bop même. Ca swingue bien. Un spectateur mime joyeusement le batteur. C’est vrai que le duo batterie/clavier sonne rodé. Matthieu Marthouret et Gautier Garrigue ont l’habitude de jouer ensemble. Ca s’entend mais il n’y a pas de cliché. Ca envoie bien. Solo du batteur aux baguettes, en douceur, puissance retenue mais en accélérant progressivement. Il n’en met pas plein partout comme les batteurs de rock qui ont souvent l’air de manger comme des malpropres.

Je n’ai pas capté le titre suivant. Une ballade. Ce gros son chaud du clavier me rappelle Eddy Louiss. Le batteur stimule les cymbales à coups de baguettes. Le sax ténor gémit langoureusement, sensuel à souhait. Un petit air funky maintenant. Parfait pour une promenade en amoureux. Sur le jeune couple, la musique marche toujours. Le duo batteur/claviériste assure à 100%. Tiens, le sax trouve sa place. Son intégration républicaine est en bonne voie. Ca balance comme un bateau mais sans donner le mal de mer.

« Bounce weather » (Matthieu Marthouret). Il fait beau. Sons mouillés du clavier électrique. Echanges funky entre clavier et batterie auquel le sax ténor vient ajouter sa gravité. Je maintiens mes propos. Comme pour David Krakauer, la musique du Bounce Trio de Matthieu Marthouret est faite pour la scène. Cette chaleur disparaît en studio, sans public. C’est très ludique, ce chant de canard électronique comme un Donald Duck de 2015. En bon cousin, le jars ne peut qu’apprécier. Le batteur chauffe la marmite. Attention aux projections de groove brûlant ! Le saxophoniste fait comme nous. Il écoute et savoure. La tension retombe un peu pour accompagner le sax. Ca groove toujours mais avec un son de clavier plus classique. Beaux échanges virils avec breaks de batterie.

Voilà, c’est fini. Il y avait un autre concert ensuite mais j’étais venu vérifier que le référentiel bondissant du Bounce Trio était toujours en mouvement. Rassuré, je me suis arrêté là.

La photographie de Matthieu Marthouret est l'oeuvre du vibrant Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

Matthieu Marthouret par Juan Carlos HERNANDEZ

Matthieu Marthouret par Juan Carlos HERNANDEZ

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Lee Konitz & Martial Solal en concert à Paris: le temps retrouvé

Publié le par Guillaume Lagrée

Paris, Ile de France, France

Concert privé.

Lundi 12 octobre 2015, 20h.

Lee Konitz: saxophone alto, chant

Martial Solal: piano

Invité

Dan Tepfer: piano, chant

Lectrices lettrées, lecteurs cultivés, après avoir lu " A la recherche du temps perdu " de Marcel Proust, vous savez que seule l'oeuvre d'art nous permet de faire vivre le passé pour l'éternité. C'est à ce genre de miracle que j'ai pu assister lors d'un concert privé de Martial Solal & Lee Konitz à Paris le lundi 12 octobre 2015. J'avais déjà assisté à un concert privé de ce même duo, dans le même lieu, le 7 septembre 2012 (cf vidéo d'illustration de cet article). Depuis, Martial Solal avait cessé de jouer, s'estimant trop âgé pour ce genre de sport. Quand son coetano Lee Konitz ( tous deux sont nés en 1927) l' a appelé pour donner ce concert privé en duo à Paris, Martial a repris ses gammes, une semaine avant et après 15 mois d'arrêt, à 88 ans. Allait-il tenir la distance?

Lee Konitz et Martial Solal enregistrèrent pour la première fois ensemble en studio à Rome en 1968 dans un quartet avec Henri Texier (contrebasse) et Daniel Humair (batterie). Chez votre disquaire cherchez " Impressive Rome " et " European Episode ". Ce ne fut pas seulement un week end à Rome. En effet, le quartet, dans lequel NHOP (Niels Henning Orsted Pedersen pour les intimes) remplaçait Henri Texier, joua en concert au festival de Jazz d'Antibes Juan les Pins en 1974 (l'enregistrement se trouve chez tout disquaire digne de ce nom). Puis vint Satori, album de 1975 où Lee Konitz est accompagné de Martial Solal, Dave Holland (contrebasse) et Jack de Johnette (batterie). Rome et Satori (hommage à Jack Kerouac), voici, enfin clairement démontrée, l'influence cachée de Lee Konitz et Martial Solal sur Etienne Daho. Enfin, le duo Martial Solal/Lee Konitz se constitua. En studio à New York en 1977 (album " Duplicity " qui dit tout le contraire de son titre). S'ensuivirent des années de concert en duo dont témoigne l'album " Star Eyes " enregistré en concert à Hambourg en 1983 (cf extrait audio à la fin de cet article). A mon avis, partial et partiel évidemment, le duo Lee Konitz/Martial Solal est plus essentiel à l'histoire du Jazz que celui constitué par Wayne Shorter et Herbie Hancock même s'il est moins vendeur.

Dan Tepfer annonce Claude Carrière, producteur radiophonique bien connue des Jazz fans en France et gentil organisateur du concert à Antibes en 1974 suscité. Claude Carrière nous présente les musiciens comme il sait le faire. " Martial? Un morceau et tu en as pour 15 jours de musique " ( avis de pianiste). Lee Konitz est incapable de jouer un cliché. Bien dit.

Aux musiciens de parler avant de jouer.

" It's up to You to decide if You like the music or not " (Lee Konitz). " C'est à cause de lui que je suis là ce soir " (Martial Solal). Nous voilà prévenus.

Ils commencent, en toute logique, avec " Tea for two ". Martial Solal commence seul, il semble étudier le son du piano et de la pièce, prendre possession du lieu. Lee joue puis chantonne. A 88 ans, c'est moins fatiguant que de jouer du saxophone alto. La passion conserve. Leçon pour tous. Martial Solal est toujours volubile mais sa musique respire plus, laisse plus d'espace que dans ses jeunes années. Il ne cherche plus à raconter trois histoires à la fois même s'il les a encore en tête. Martial Solal devait accompagner en duo Carmen Mac Rae mais cela ne s'est pas fait. Le voici qui accompagne son vieux complice Lee Konitz chantant. Après 15 mois d'arrêt, il n'a toujours pas les doigts gourds. Lee siffle l'air avant de le jouer sur ton grave à l'alto. Bref, vous l'avez compris, lectrices lettrées, lecteurs cultivés, avec ces deux vieux Messieurs, l'auditeur ne s'ennuie jamais.

Cette fois ci, Lee commence. Je ne reconnais pas le standard mais quand Martial reprend apparaît " What is this thing called love? ". Dans la salle, je repère quelques musiciens venus écouter les Maîtres: Dan Tepfer, Thomas Enhco, Stéphane Kerecki, Jean-Charles Richard et Claudia Solal, la fille de Martial, bien sûr. D'un seul trait, Martial Solal et Lee Konitz peuvent nous foudroyer à tout instant. Martial Solal demeure le Piranèse du piano: des escaliers, des trompe l'oeil, des portes qui donnent sur le vide. Tout est fait pour captiver et égarer l'auditeur. Lee Konitz n'est pas en reste. Ca joue sérieux sans se prendre au sérieux. Quand ils fusionnent ensemble, c'est purement magique. Enchaînement sur " Somewhere over the rainbow " pour finir.

" Any question? Any request? " (Lee Konitz). Le public n'ose rien demander. " Do You like to play?" (Lee Konitz). " No " (Martial Solal). Pas grave. Ils enchaînent sur " Body and Soul ". Martial commence. Lee chantonne. " Please, don't sing " (Martial Solal). Comme leur musique, leur numéro de scène est improvisé. Le thème est bien là, déstructuré avec superbe. Lee lance le thème. Martial le complète ou s'arrête en même temps. A eux deux, ils sont plus imprévisibles que les 15 joueurs de l'équipe de France de rugby réunis. Solo dans le grave du piano. Pour finir, Lee Konitz chante " Salt peanuts " (Dizzy Gillespie).

" Do You know one more? " (Martial Solal). " I know two more. Like I remember April " (Lee Konitz). " I remember october " (Martial Solal). Martial introduit le morceau avec toute la nostalgie qui lui convient. Lee Konitz chante joyeusement porté par le piano. Whaoooh dit-il résumant le sentiment général.

Ils enchaînent sur un standard dont le titre m'échappe même quand Lee le chante. Ce sont des magiciens dont je crois connaître les tours mais qui m'attrapent à chaque fois. Qu'il est doux d'écouter un concert où le son n'est pas refroidi par un microphone. Martial Solal nous offre un petit solo durant les applaudissements.

Que jouent-ils maintenant? Une ballade apparemment. Lee chantonne en phase avec le piano. Courte citation d'Au clair de la lune.

Ils repartent sur un standard dont le titre m'échappe. Martial Solal possède toujours, au plus haut point, l'art de décaler les sons. Je crois bien qu'ils sont revenus au deuxième morceau du concert " What is this thing called love? ". Pas de souci. Martial Solal est toujours l'homme aux mains d'or.

" Round about midight " (Thelonious Sphere Monk). Ils connaissent ces morceaux par coeur et nous aussi. Pourtant ils se surprennent et nous surprennent encore et toujours. Quelques trouvailles sonores en duo piano/sax alto pour finir.

" Play something in C " (Martial Solal). Lee Konitz joue un truc et dit " That's C, right? ". Ils jouent donc en Do. En fait, Martial Solal enchaîne sur " Happy birthday to You ". En effet, Lee Konitz est né le 13 octobre 1927 à Chicago. Un petit jeune par rapport à Martial Solal né le 27 août 1927 à Alger. Martial joue le thème et Lee hulule de joie dessus.

" Martial wants to play some more. You start and finish " (Lee Konitz). Martial joue donc seul " I got rhythm " (George Gershwin). Pas longtemps car Lee chantonne sur ce classique du Swing. Le thème est ralenti, accéléré, à la main de Martial Solal. Lee et Martial jouent moins que dans leurs jeunes années mais c'est toujours Martial qui joue le plus de notes.

Lee attaque un morceau de Charlie Parker. Il le connaît par coeur mais a su tout de suite se détacher de ce style ce dont Bird lui même était reconnaissant. Puisqu'il ne pouvait l'égaler ou le dépasser dans ce genre là, Lee Konitz a créé une autre voix au saxophone alto. C'est tellement plus intéressant que Stefano di Battista qui reproduit les solos de Bird note pour note à la respiration près. De même pour Martial Solal qui a beaucoup écouté Bud Powell avec qui il partagea la rythmique du Club Saint Germain à Paris (Pierre Michelot, contrebasse et Kenny Clarke, batterie) ne joue pas comme lui. Ils jouent ce thème moins vite, moins fort que l'original mais pas de façon moins créative.

RAPPEL

Dan Tepfer les rejoint sur scène pour " Stella by starlight " (played B flat/ joué en Si bémol). Par ailleurs, le B flat est un club de Jazz à Berlin, capitale de l'Allemagne mais ceci est une autre histoire.

Duo de scat entre Lee et Dan accompagnés par Martial. Un pur moment de plaisir. Dan chanre accompagné par Martial Solal. Solo de Martial insistant dans le grave. Quelle pompe de la main gauche! 2 ans à jouer exclusivement de la main gauche pour un orchestre de danse à Alger, ça forge le poignet. La main droite vient éclairer le jeu. Aucune sensiblerie. De la sensibilité par contre. Lee rejoue du saxophone caché derrière Martial, dans un recoin de la salle. Quelle jolie plainte! Dan revient chanter avec Lee pour le final.

Martial repart seul à l'ouvrage. Dan s'est rassis parmi le public. Lee Konitz écoute. " My funny Valentine ". Quelle intro! transcendée dans les graves du piano. Martial Solal, le pudique, cache ses émotions sous le voile de sa technique mais, pour qui sait l'écouter, elles sont bien là. Cette musique n'est pas aussi exigeante pour ses auditeurs que pour son créateur mais presque. Là, ça ne rigole plus. Même Lee Konitz écoute sagement. Splendide!

Un duo à quatre mains et deux cerveaux entre Martial Solal et Dan Tepfer au piano. Lee s'asseoit à la place de Dan, au premier rang du public, pour savourer. " All the things You are ", un standard éculé, rajeunit sous leurs doigts. Aucun des deux ne s'en laisse conter. Le cadet, Dan Tepfer (né en 1982), se déplace pour jouer côté grave ou côté aigu du piano. C'est très plaisant.

Ce bouquet final a clos ce concert. Comme me l'a dit Martial Solal ensuite: " Le pianiste m'a rassuré ". Moi aussi je l'avoue. Lee Konitz ne peut plus jouer 2h de concert au saxophone alto d'un seul souffle ce qui est très excusable à 88 ans (respirerai-je encore à cet âge?) mais son envie et sa joie de jouer sont toujours là. Il est toujours aussi unique au sax alto et aussi amusant comme chanteur et conteur du Jazz. Quand à Dan Tepfer, avec lui, la relève est assurée.

Puisque Martial Solal n'est pas perdu pour l'Art, il se produira de nouveau sur scène, en concert public cette fois, en duo avec Dave Liebman (saxophones soprano et ténor) à Paris, au Sunside, le jeudi 10 décembre 2015 à 19h30 et 21h30 puis le vendredi 11 décembre 2015 à 20h et 22h. Réservez votre soirée lectrices lettrées, lecteurs cultivés. Prévoyez votre budget (place à 45€ sans compter les boissons car il s'agit d'un café concert). Ce sera la première fois que ces Géants du Jazz joueront ensemble sur scène. Toute absence de votre part devra être dûment justifiée aux autorités compétentes.

La vidéo ci-dessous contient l'intégralité de ce concert. Profitez en pleinement lectrices lettrées, lecteurs cultivés.

La photographie de Martial Solal est l'oeuvre du Mystérieux Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

Martial Solal par Juan Carlos HERNANDEZ

Martial Solal par Juan Carlos HERNANDEZ

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20e festival Jazz au Fil de l'Oise (95) du 6 novembre au 13 décembre 2015

Publié le par Guillaume Lagrée

20e Festival Jazz au Fil de l'Oise

Val d'Oise, Ile de France, France

Dans les communes riveraines de l'Oise

du vendredi 6 novembre au dimanche 13 décembre 2015

Lectrices oisives, lecteurs oiseux, cessez de paresser et retrouvez vous le long de l'Oise, pour le 20e festival Jazz au fil de l'Oise du vendredi 6 novembre au dimanche 13 décembre 2015.

Le programme est, comme toujours, d'une richesse inépuisable.

Voici ma sélection de concerts absolument personnelle et totalement critiquable.

Dimanche 8 novembre à 17h à Mériel: Mec! Les poèmes d'Allan Leprest dits par Philippe Torreton (comédien) accompagné par Edward Perraud (percussions, batterie)

Samedi 14 novembre à 20h30 à Vauréal: Henri Texier Sky Dancers Sextet.

Vendredi 20 novembre à 20h30 à Jouy le Moutier: Le Sacre du Tympan de Fred Pallem joue sa French Touch. Enfants, emmenez vos parents. Ils n'ont pas d'excuse puisque vous n'avez pas école le lendemain.

Jeudi 3 décembre à 20h30 à Ermont: Stéphane Kerecki Nouvelle Vague " A Antoine Duhamel " + Giovanni Mirabassi Way Out Quartet. Amants, heureux amants, ne manquez pas cette soirée.

Samedi 12 décembre à 20h30 à Osny: Musica Callada. Autour de Federico Monpou par les 3 F (Frédéric Couturier: piano; François Méchali: contrebasse; François Laizeau: batterie).

Dimanche 13 décembre à 17h à Butry sur Oise: Olivier Ker Ourio Perfect Match avec Olivier Ker Ourio (harmonica), Emmanuel Bex (orgue Hammond) et Matthieu Chazarenc: batterie. J'ignore si la musique de Stevie Wonder sera au programme mais, à ces braves, rien d'impossible.

Outre les concerts, diverses interventions culturelles auront lieu tout au long du festival dans les communes du Val d'Oise impliquées dont le programme Cartoons (musiques de dessins animés américains. Tex Avery and Co, par le Sacre du Tympan de Fred Pallem). Enfants, traînez y vos parents, de gré ou de force, pour leur donner du goût de la démesure et de l'improvisation, sapristi!

La photographie d'Emmanuel Bex est l'oeuvre de l'Astucieux Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

Emmanuel Bex par Juan Carlos HERNANDEZ

Emmanuel Bex par Juan Carlos HERNANDEZ

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David Krakauer " Big Picture "

Publié le par Guillaume Lagrée

David Krakauer

" Big Picture "

Label Bleu. 2015.

David Krakauer: clarinette et clarinette basse

Jenny Scheinman: violon

Jim Black: batterie, percussions

Rob Burger: piano, célesta, orgue, orgue Hammond, accordéon, vibraphone

Adam Rogers: guitare (1-2, 4-12)

Sheril Bailey: guitare (3)

Greg Cohen: contrebasse (1-2, 4-12)

Nicki Parrott: contrebasse (3)

Concert cinématique à Paris, à la Cigale, le samedi 21 novembre 2015 à 20h30, dans le cadre du festival Jazz 'n klezmer.

David Krakauer continue de vivifier ses racines en visitant la culture juive askhnaze, désormais avec la musique de film. D'où le projet "Big Picture ", une relecture des musiques de film qui l'ont marqué.

Les morceaux choisis sont liés à la culture juive européenne soit directement comme " Wilkommen " (n°1), " Moving to the ghetto " (n°6) et " Le choix de Sophie " (n°9) ou indirectement " La vita è bella ", musique du film de Roberto Benigni (n°2).

Cette musique est gorgée d'émotion, du début " Wilkommen " (n°1) à la fin " Tradition " (n°12) dont le titre est trompeur. David Krakauer est un artiste expressionniste, à fleur de peau: sa version de " La vità è bella " (n°2) est bouleversante.

Il n'oublie pas en route, un standard du Jazz " Body and Soul " (n°4) et la musique classique russe ( une marche de Prokofiev, n°5) dont il donne des versions très personnelles.

ll est capable de rendre hommage dans le même morceau à son Maître rêvé, Sidney Bechet et aux mères juives ( " Si tu vois ma mère ", n°3, de Sidney Bechet, tiré du film " Midnight in Paris " de Woody Allen).

Que je sois damné si je n'écris pas du bien du groupe qui l'accompagne.

Le beat infernal de Jim Black à la batterie et aux percussions, la diversité des talents de Rob Burger sur toutes sortes de claviers, le feeling de Jenny Scheinman au violon ( Pourquoi y a t-il tant de Juifs parmi les violonistes? Tu te vois traverser l'Europe avec un piano? Blague fausse d'ailleurs car de Vladimir Horowitz à Arthur Rubinstein, de Lou Levy à Martial Solal, il y a aussi de nombreux Juifs chez les pianistes), la pulsation des basses, le mordant des guitares, tout est à saluer.

Cette musique nourrit le coeur et l'âme, part du local pour atteindre l'universel, ce qui en fait une véritable oeuvre d'art.

David Krakauer est d'abord un artiste de scène. Pour profiter du spectacle " Big Picture " avec l'image, en plus du son, après avoir acquis l'album, allez l'écouter et le voir sur scène, par exemple au concert cinématique à Paris, à la Cigale, le samedi 21 novembre 2015 à 20h30, dans le cadre du festival Jazz 'n klezmer.

La photographie de David Krakauer est l'oeuvre du Malicieux Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

David Krakauer par Juan Carlos HERNANDEZ

David Krakauer par Juan Carlos HERNANDEZ

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Eric Seva " Nomade sonore "

Publié le par Guillaume Lagrée

Eric Seva

" Nomade sonore "

Socadisc. Sortie le vendredi 23 octobre 2015.

Eric Seva: saxophones baryton et soprano, composition, direction musicale

David Zimmerman: trombone

Bruno Schorp: contrebasse

Matthieu Chazarenc: batterie

Concerts de sortie de l'album en France

√ Jeudi 12 novembre 2015

Eric SÉVA 4te - Nomade Sonore

Meilhan-sur-Garonne, Lot et Garonne, Aquitaine

Eric SÉVA - saxophones baryton, soprano, sopranino

Daniel ZIMMERMANN - trombone

Bruno SCHORP - contrebasse

Matthieu CHAZARENC - batterie

√ Vendredi 13 novembre 2015

Eric SÉVA 4te - Nomade Sonore

«Au concert» Nérac, Lot et Garonne, Aquitaine

Eric SÉVA - saxophones baryton, soprano, sopranino

Daniel ZIMMERMANN - trombone

Bruno SCHORP - contrebasse

Matthieu CHAZARENC - batterie

√ Mercredi 25 novembre 2015

Eric SÉVA 4te - Nomade Sonore

Concert pour la sortie du nouvel album « Nomade Sonore »

New-Morning,

Paris, Ile de France.

En Co plateau avec Julie Saury (trio)

pour la sortie de son nouvel album « The Hidding Place »

Eric SÉVA - saxophones baryton, soprano, sopranino

Daniel ZIMMERMANN - trombone

Bruno SCHORP - contrebasse

Matthieu CHAZARENC - batterie

√ Vendredi 18 décembre 2015

Eric SÉVA 4te - Nomade Sonore

Tarbes, Hautes Pyrénées, Midi Pyrénées

Eric SÉVA - saxophones baryton, soprano, sopranino

Daniel ZIMMERMANN - trombone

Bruno SCHORP - contrebasse

Matthieu CHAZARENC - batterie

√ Samedi 19, dimanche 20 décembre 2015

Eric SÉVA 4te - Nomade Sonore

Pau (concert & master class), Pyrénées Atlantiques, Aquitaine

Eric SÉVA - saxophones baryton, soprano, sopranino

Daniel ZIMMERMANN - trombone

Bruno SCHORP - contrebasse

Matthieu CHAZARENC - batterie

√ Vendredi 22 janvier 2016

Eric SÉVA 4te - Nomade Sonore

« Le Musset » Paris, Ile de France.

Eric SÉVA - saxophones baryton, soprano, sopranino

Daniel ZIMMERMANN - trombone

Bruno SCHORP - contrebasse

Matthieu CHAZARENC - batterie

√ Samedi 23 janvier 2016

Eric SÉVA 4te - Nomade Sonore

Salle « Le Chien Assis » Rozay-en-Brie, Seine et Marne, Ile de France

Eric SÉVA - saxophones baryton, soprano, sopranino

Daniel ZIMMERMANN - trombone

Bruno SCHORP - contrebasse

Matthieu CHAZARENC - batterie

√ Mardi 26 janvier 2016

Eric SÉVA 4te - Nomade Sonore

« Eaubonne Jazz » Eaubonne, Val d'Oise, Ile de France

Eric SÉVA - saxophones baryton, soprano, sopranino

Daniel ZIMMERMANN - trombone

Bruno SCHORP - contrebasse

Matthieu CHAZARENC - batterie

La base de la stratégie, selon Gérard Chaliand, auteur de l'Anthologie mondiale de la stratégie (Collection Bouquins, Editions Robert Laffont, Paris), c'est l'opposition entre les peuples nomades et les peuples sédentaires. Les sédentaires ont gagné, d'après l'auteur.

Dans le monde de l'art, c'est l'inverse. Les nomades ont gagné. Pour preuve, le Jazz. C'est cette lignée musicale qu'Eric Seva poursuit avec ce voyage acoustique entre tradition et modernité, parsemé de clins d'oeil.

" Monsieur Toulouse " (n°5) ne serait-il pas un hommage à Claude Nougaro?

" Graffiti celtique " (n°1) rend un hommage évident aux musiques et danses bretonnes.

Dire qu'ils ne sont que quatre pour produire autant de musique!

Pas de piano pour laisser la musique respirer.

" Guizeh " (n°2) n'a rien à voir avec la musique arabe mais évoque simplement l'admiration du spectateur devant le spectacle des pyramides et du sphinx.

Le voyage n'est pas toujours de tout repos (cf " Monsieur Toulouse " mais Claude Nougaro n'était pas un homme paisible non plus).

Plusieurs morceaux me rappellent, par leur tenue, la musique baroque ou de la Renaissance ( " Pipa ", n°6; " Matin rouge ", n°8; " Sur le port de Gazagou ", n°9) mais l'album se termine avec un Jazz swinguant ( " Chook monkey ", n°10).

Il s'agit d'une musique méditative et dansante, faite pour voyager en solitaire et chanter la Terre.

Bref, " Nomade sonore " d'Eric Seva est un enchantement.

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David Patrois Trio " Flux tendu "

Publié le par Guillaume Lagrée

David Patrois Trio

" Flux tendu "

Arts et spectacles. 2015.

David Patrois: vibraphone, marimba

Jean-Charles Richard: saxophones baryton et soprano

Luc Isenmann: batterie

Compositions de David Patrois sauf n°3 " Something sweet, something tender " (Eric Dolphy) et n°7 " In walked Bud " (Thelonious Sphere Monk).

En concert à Paris, Ile de France, France, au Sunset, le samedi 31 octobre 2015 à 21h30.

Malgré son nom, David Patrois aime le trio. Merci à Lionel Eskenazi d'avoir osé ce jeu de mots subtil avant moi. Il aime aussi les héros, pas les superhéros des comics, mais les héros de la littérature populaire: " Capitaine Achab " (n°1) ou " Le cri de Rahan " (n°4). Il n'aime pas que le Jazz car ce serait se limiter " Seven for reggae " (n°8) qui apparaissait déjà dans le précédent album, un reggae léger, léger en 7/4. Il se passe de la contrebasse pour que la musique ne soit pas ancrée même si le saxophone baryton en fait parfois office. Cf " Capitaine Achab ". Le fait qu'il ne joue pas du piano mais du vibraphone ou du marimba donne une couleur plus africaine à cette musique française.

David Patrois est entouré de fidèles complices. Luc Isenmann est un batteur mélodique. Ecoutez le faire chanter son instrument sur " Wrong and strong " . Jean-Charles Richard est aussi ailé au soprano ( " Wrong and strong ") que terrien au baryton ( " Something sweet, something tender "). Sans contrebasse, le baryton peut même sonner comme un violoncelle (n°9: " Something You miss ").

Flux tendu n'est pas synonyme ici d'oppression sociale et de dégâts écologiques mais d'un souffle créatif commun et continu, le groupe ayant plusieurs années d'existence, parfois augmenté du trombone et des conques de Sébastien Llado et de la guitare électrique de Pierre Durand.

Comme le disait Jean Cocteau au festival de Jazz de Cannes en 1958: " Le Jazz est la plus parfaite musique de chambre de notre temps ".

Flux tendu du trio de David Patrois en constitue une nouvelle preuve en 2015.

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Patrice Caratini et son Jazz Ensemble emballent le Studio de l'Ermitage

Publié le par Guillaume Lagrée

Troublantes lectrices, séduisants lecteurs, si vous n'avez pas participé au Bal mené par Patrice Caratini (contrebasse) et son Jazz Ensemble au Studio de l'Ermitage à Paris, le dimanche 4 octobre 2015, vous avez droit à une session de rattrapage au même endroit le dimanche 6 décembre 2015 à 20h. Si vous y avez participé, vous savez déjà que vous y reviendrez, sauf cas de force majeure.

Pour y avoir participé avec mon épouse préférée et une amie, je puis vous assurer que, jeunes et vieux, hommes et femmes, tout le monde danse avec le Jazz Ensemble de Patrice Caratini.

Parmi les danseuses les plus passionnées, j'ai remarqué Hildegarde Wanzlawe, chanteuse du trio " Short Songs " de Patrice Caratini. C'est dire l'adhésion que suscite ce chef né qu'est Patrice Caratini. Sa contrebasse se termine fièrement par une tête de lion en haut du manche. Le roi des animaux pour le chef de l'orchestre, c'est bien le moins.

Peu importe si vous ne connaissez pas les pas. Tant que vous ne marchez pas sur les pieds de votre partenaire et ceux de vos voisins, personne ne vous donnera de leçon de maintien au Bal du Caratini Jazz Ensemble. Il suffit de se lancer. Swing, Salsa, Tango, Cha Cha, Charleston, Paso Doble, Valse, Java sont au programme. Joué de cette manière, cela n'a rien de ringard, saperlipopette!

Le programme festif des 50 ans de scène de Patrice Caratini se poursuit à Paris jusqu'à mars 2016.

Prochain rendez-vous au Studio de l'Ermitage le dimanche 18 octobre 2015 à 20h pour un programme Jazz et accordéon.

Accordez, accordez donc l'aumône à l'accord, à l'accord, à l'accordéon (Serge Gainsbourg).

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" Madame Saint Clair, reine de Harlem " de Raphaël Confiant

Publié le par Guillaume Lagrée

" Madame Saint-Clair, Reine de Harlem "

Raphaël Confiant.

Mercure de France, Paris, 2015, 327p.

Lectrices Hot, lecteurs Swing, la rentrée littéraire vous ennuie? Faites confiance à Raphaël Confiant pour vous réveiller. Avec " Madame Saint Clair, Reine de Harlem " il ressuscite le personnage de Stéphanie Saint Clair, née en Martinique en 1886, morte à New York en 1969, qui régna sur les loteries clandestines de Harlem des années 1920 aux années 1940, gagnant assez d'argent pour vivre en paix jusqu'à la fin de ses vieux jours.

Née Noire en Martinique d'une fille mère, elle était vouée à devenir servante ou prostituée, ce qui revenait à peu près au même dans son île natale à cette époque. Sa mère morte, elle partit d'abord en France puis, de Marseille, en 1912, elle prit le bateau pour New York.

Là, elle fit son chemin. Elle ne parlait pas anglais (elle ne sut jamais prononcer le " th " à l'anglaise) et, au lieu de vendre son corps, elle vendit son cerveau, sa ruse, sa détermination, son intelligence. Question de survie. Ceux qui se mettaient en travers de son chemin furent éliminés de diverses manières: en les tuant soit elle-même soit par ses hommes de main, en les détruisant socialement (elle dénonça à la Justice une dizaine de policiers corrompus du New York Police Department ce qui freina fortement les enquêtes sur elle) ou en négociant lorsqu'elle n'avait pas le choix comme avec Lucky Luciano lorsque Cosa Nostra s'intéressa aux affaires des Noirs après la Prohibition.

Implacable en affaires, c'était aussi une femme généreuse et impliquée socialement qui finança de nombreuses entreprises et causes noires, du restaurant de quartier à Marcus Garvey (1887-1940) et son projet fou de compagnie de navigation transatlantique pour ramener les Noirs d'Amérique en Afrique, la Black Star Line. Elle n'eut pas d'enfant et ses amants ou son mari payèrent très cher leurs trahisons à son égard.

Raphaël Confiant se met dans la peau de cette femme, parlant à la première personne, racontant sa vie sous forme autobiographique à un neveu de Martinique. Je ne suis qu'un homme, blanc de peau de surcroît et je ne peux qu'admirer la crédibilité de l'auteur, certes Martiniquais et noir de peau, mais qui est un homme en somme. Qu'il parle de sexe, de lutte pour la vie, de pouvoir ou d'argent, il est cette femme. L'auteur utilise un français créolisé qui se comprend très bien et, lorsqu'il écrit en créole, prend le soin de traduire pour les non créolophones comme votre serviteur, lectrices Hot, lecteurs Swing.

Son ascension sociale la mena dans le beau quartier de Harlem (Sugar Hill bien connu pour avoir donné Sugar Hill Gang le premier groupe à classer un morceau de rap dans le Top 40 aux USA: " Rapper's delight " en 1979). Ses voisins d'immeuble s'appelaient Wiliam Edward Burghardt Dubois (1868-1963), le premier Noir docteur de Harvard et cofondateur de la National Association for the Advancement of Colored People et Duke Ellington (1899-1974). Tous respectaient Madame Sinclair ou Queenie (rien à voir avec la " Little Queenie " de Chuck Berry).

" Madame Saint Clair, Reine de Harlem " est à lire avec, en fond sonore, " Creole Love Call " de Duke Ellington , son sublime solo de trompette par Bubber Miley et la voix d'Adelaide Hall, pionnière du scat au féminin. Rien à ajouter.

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