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" Une anthropologie du Jazz " Jean Jamin & Patrick Williams

Publié le par Guillaume Lagrée

" Une anthropologie du Jazz "

Jean Jamin & Patrick Williams

Paris, CNRS Editions, collection " Biblis ", 2013, 382p.

Lectrices savantes, lecteurs lettrés, vous savez assurément que l'anthropologie est la science qui étudie l'homme dans son ensemble. Pour une définition plus précise, je vous renvoie au Trésor de la langue française informatisé, oeuvre du CNRS (Centre National de la Recherche Scientifique) qui publie aussi l'Anthropologie du Jazz, objet de la présente chronique.

Il s'agit en fait d'un recueil d'articles que les auteurs ont rassemblé dans une logique qui se dévoile dans la table des matières:

le chapitre introductif s'intitule " Une anthropologie du Jazz est-elle possible ? ". J'avoue n'y avoir rien compris et je compte sur vous pour me l'expliquer, lectrices savantes, lecteurs lettrés.

Première partie: L'oeuvre, la vie ( ni ou ni et notez le bien)

Chapitre premier: De la discographie et de son usage: l'oeuvre ou la vie?

Chapitre intéressant sur une invention des fans de Jazz: la discographie. Cette manie de collectionner, de savoir que tel jour, à telle heure, dans tel studio, tels musiciens se sont réunis pour jouer sur tels instruments tels morceaux de tels compositeurs avec tel producteur, tel ingénieur du son est propre au Jazz. Une lubie qui risque de disparaître avec la dématérialisation de la musique. Sans pochette, fut-ce de CD, déjà plus petite que celle d'un vinyl, comment connaître des détails aussi essentiels à la création d'une oeuvre démocratique et participative comme l'est le Jazz? Comment comprendre " Way out west " de Sonny Rollins sans savoir que la séance fut enregistrée en studio, à Los Angeles, entre 2h et 6h du matin, après les concerts en club par un trio déjà chaud mais complètement relax composé de Sonny Rollins (sax ténor), Ray Brown (contrebasse) et Shelly Manne (batterie)? Le Jazz apparaît en même temps que le disque et la radio. Avec la puissance financière de l'industrie américaine du divertissement derrière eux, des musiciens créant une musique aussi neuve, aussi puissante ne pouvaient qu'emporter le monde avec eux. Ce qu'ils firent.

Chapitre II. De la biographie et de ses mésusages: l'oeuvre contre la vie?

Le passage le plus intéressant concerne, à mon avis, Billie Holiday dont l'autobiographie arrachée par son dernier mari (il y avait du fric à faire) s'intitule " Lady sings the Blues " alors que Lady Day n'en chanta quasiment jamais. C'est dire la confusion entre la vie et l'oeuvre.

Deuxième partie: communautés

Chapitre III: standards et standardisation: sur un aspect du répertoire des musiciens de Jazz

Comme le dit Lee Konitz, " je me suis vite aperçu que connaître 7 morceaux suffisait pour réussir dans ce business ". Le propre du génie de Lee Konitz est qu'il trouve encore du neuf à dire sur " All the things You are " depuis 70 ans qu'il le joue sur scène ou en studio. Aussi conservateur que puisse paraître un tel ressassement, ce sont des savoirs qui ne s'apprennent pas au conservatoire. Les techniques peut-être mais pas la fraîcheur et l'émotion. Au terme de ce chapitre, il reste un mystère non éclairci: pourquoi jouer toujours les morceaux de Tin Pan Alley des années 20 et 30 du XX° siècle et pourquoi ne pas utiliser les pop songs actuelles, à part de rares exemples comme Herbie Hancock, Manu Codjia ou Pierrick Pédron? Est-ce en raison des droits d'auteur, d'un manque d'imagination, de curiosité des musiciens, d'intérêt des tubes actuels?

" Le Jazz, ça consiste à transformer le saucisson en caviar " (Barney Wilen).

Chapitre IV: les trois communautés de David Murray

Ne connaissant rien de l'oeuvre de David Murray, je ne dirai rien de ce chapitre, fort intéressant au demeurant.

Chapitre V: un héritage sans transmission: le jazz manouche

Patrick Williams est un expert du sujet puisqu'il a écrit une biographie de Django Reinhardt qui fait autorité. Toutefois, sa thèse ne me convainc pas. Pas de transmission? Et la guitare offerte par Djano à son fils Babik alors? Et les disques qui laissèrent la trace des envolées de Django? Par contre, il est vrai que Django Reinhardt, tout en demeurant un symbole de l'identité manouche, a largement dépassé le cadre de sa communauté d'origine puisqu'il est le seul Jazzman français reconnu aux USA comme un authentique créateur. Ce n'est pas par hasard que John Lewis lui dédia " Django " une de ses compositions les plus fameuses. Phénomène curieux: ce musicien si innovant a produit, post mortem, des légions de clones qui sévissent encore, ne reproduisant que des tics de langage, sans âme, sans fraîcheur, sans création. Le même phénomène se retrouve pour Charlie Parker et John Coltrane mais me semble encore plus marqué pour les guitaristes de jazz manouche dans leur rapport révérentiel à Django.

Troisième partie: Réception, diffusion

Chapitre VI: Au-delà du Vieux Carré: considérations sur la réception et la diffusion du Jazz en France

Les auteurs, deux intellectuels français étudiant le Jazz, nous démontrent par A +B que cette intellectualisation du Jazz, est née en France et ne pouvait naître qu'en France. Je me rends à leurs arguments.

Chapitre VII: Le Jazz et La Création du Monde

Article consacré à Darius Milhaud, Provencal de confession israélite, comme il aimait se définir, qui se passionna pour le Jazz jusqu'à 1923 pour l'abandonner totalement ensuite. Le mystère de cet abandon demeure après la lecture de cet article. Ce compositeur aimait à se confronter à la négritude mais sans oser aller jusqu'à sa source, en Afrique.

En résumé, lectrices savantes, lecteurs lettrés, ce livre fourmille d'idées, d'informations et la riche bibliographie qu'il contient permet de pousser encore plus loin les recherches.

Pour conclure, " Anthropology " (Parker/Gillespie) par Dizzy Gillespie (trompette) et l'ensemble vocal français Les Double Six et l'oeuvre d'un ancien étudiant en anthropologie et musique de l'université du Nouveau Mexique à Albuquerque, John Lewis (piano) et son Modern Jazz Quartet au Swing si savant.

La photographie de Manhattan est l'oeuvre de l'Humain Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

Manhattan par Juan Carlos HERNANDEZ

Manhattan par Juan Carlos HERNANDEZ

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RECLAME: Salon Musicora à Paris du 6 au 8 février 2015

Publié le par Guillaume Lagrée

Musicora

Salon de la musique classique et du Jazz

Grande Halle de la Villette, Paris, Ile de France, France

du vendredi 6 au dimanche 8 février 2015

10€ l'entrée

6€ pour les 12-18 ans et les étudiants de moins de 26 ans avec justificatif

0€ pour les moins de 12 ans.

Lectrices classiques, lecteurs Jazz, retrouvez vous au Salon Musicora à Paris du vendredi 6 au dimanche 8 février 2015.

Au programme, des ateliers et rencontres, des conférences professionnelles, des activités pour la jeunesse (entrée libre pour les moins de 12 ans, 6€ pour les 12-18 ans et les étudiants de moins de 26 ans avec justificatif), des showcases classique et jazz.

Les showcases Jazz auront lieu le samedi 7 février de 11h à 19h45 avec plusieurs artistes référencés sur ce blog:

11h - 11h45: Airelle Besson & Nelson Veras

12h30 - 13h15: Thomas Ehnco piano solo

14h30 - 15h15: Paul Lay Mikado Quartet

16h30 - 17h15: Grégory Privat & Sonny Troupé

18h -19h45: Thomas de Pourquery Supersonic Sun Ra

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Charlie Hebdo aime le Jazz et lycée de Versailles

Publié le par Guillaume Lagrée

" Le Jazz, c'est la liberté " (Duke Ellington)

Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789:

Art. 10. Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la Loi.

Art. 11. La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi.

Lectrices humanistes, lecteurs démocrates, à Charlie Hebdo, il y avait et il y a des fous de Jazz.

Au premier chef, Cabu qui a dessiné des musiciens pour ses albums ou pour les leurs, allant jusqu'à réaliser ses propres compilations, illustrées par ses soins, pour le label Nocturne. Il adorait les Big Bands classiques: Duke Ellington, Count Basie, Cab Calloway ou atomique comme celui de Dizzy Gillespie.

A Charlie Hebdo travaille aussi Philippe Lançon, écrivain, critique littéraire pour Libération. Philippe s'était reconnu dans ma chronique d'un concert d'Aldo Romano au Sunside à Paris. C'est aussi au Sunside que je l'ai emmené découvrir Lenny Popkin, gentleman du Cool Jazz. Il avait eu la gentillesse d'écrire pour ce blog une chronique d'un concert de Tom Harrell au Village Vanguard à New York. Il venait de me promettre une chronique de l'album de photographies de Francis Wolff pour Blue Note lorsqu'il a été frappé lors de l'attentat du mercredi 7 janvier 2015. Il est vivant. Je ne sais ni quand il sortira de l'hôpital ni dans quel état. S'il ne peut m'écrire cette chronique, peu m' importe tant qu'il est en vie, libre de penser et d'agir.

La photographie de Tom Harrell est l'oeuvre du Sceptique Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

Tom Harrell par Juan Carlos HERNANDEZ

Tom Harrell par Juan Carlos HERNANDEZ

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Festival Diagonales Jazz en Suisse du 10 janvier au 15 février 2015

Publié le par Guillaume Lagrée

Festival Diagonales Jazz

Suisse

Du samedi 10 janvier au dimanche 15 février 2015

Honorables lectrices, estimables lecteurs, si vous n'êtes pas à New York du 12 au 14 janvier 2015, pour écouter des Jazzmen français lors du festival French Quarter, rendez vous en Suisse qu'elle soit romande, alémanique, italophone ou romanche pour écouter 12 groupes donner 50 concerts dans 20 lieux différents du samedi 10 janvier au dimanche 15 février 2015 lors du festival Diagonales Jazz. Il s'agit de groupes suisses jouant en Suisse. Je n'en connais aucun. A vous de les découvrir car " le Jazz, c'est comme les bananes, ça se consomme sur place " (Jean-Paul Sartre).

La photographie d'Erika Stucky est l'oeuvre du Suisse Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

Erika Stucky par Juan Carlos Hernandez

Erika Stucky par Juan Carlos Hernandez

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French Quarter. Jazz in NYC. January the 12th to the 14th 2015

Publié le par Guillaume Lagrée

French Quarter

Le meilleur du Jazz français à New York

Du lundi 12 au mercredi 14 janvier 2015 à New York, Etats Unis d'Amérique.

Lectrices francophiles, lecteurs francophones, je vous ai assez parlé de musiciens américains en concert à Paris. Il est temps de rendre la pareille avec French Quarter, festival de jazz dédié aux musiciens français qui aura lieu du lundi 12 au mercredi 14 janvier 2015, à New York City, USA.

Au programme, plusieurs artistes bien connus des lectrices assidues et des lecteurs fidèles de ce blog.

Lundi 12 janvier 2015 de 20h à 1h au Small's Jazz Club, Greenwich Village:

- Pierrick Pédron Trio " Kubic's Cure "

- Marion Badoi Trio invite les Doigts de l'homme

- Julien Alour " W.I. L. L. I. W. A. W " Quintet

- Olivier Bogé Quartet avec Dan Tepfer (piano)

- Jonathan Avishai Trio

Mardi 13 janvier 2015 à partir de 18h30 au Joe's Pub at the Public, East Village:

- Airelle Besson & Nelson Veras

- Cédric Hanriot Quintet

- Grégory Privat & Sonny Troupé

- Jean-Michel Pilc Trio

Mercredi 14 janvier 2015 de 19h30 à 21h30 au Dizzy's Club Coca Cola - Jazz at the Lincoln Center, Central Park

- Jean-Michel Pilc: piano solo

- René Urtreger Trio avec René Urtreger (piano), Yves Torchinsky (contrebasse) et Simon Goubert (batterie)

La photographie de Pierrick Pédron est l'oeuvre du Transatlantique Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

Pierrick Pédron par Juan Carlos HERNANDEZ

Pierrick Pédron par Juan Carlos HERNANDEZ

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RIP Jacques Chancel (1928-2014)

Publié le par Guillaume Lagrée

Lectrices vénérées, lecteurs vénérables, parmi les nombreux titres de gloire du journaliste et écrivain français Jacques Chancel (1928-2014), le plus important était sa qualité d'écoute. Non seulement il savait poser les bonnes questions pour tirer le meilleur de ses invités mais, en plus, il savait écouter. Il faisait place à la musique, créait des rencontres inédites et laissait les musiciens jouer librement, en direct, à la télévision, à des heures de grande écoute, dans des émissions de 3h30 sans interruption pour la réclame. De la vraie éducation populaire.

En voici un bel exemple avec un extrait du Grand Echiquier en 1980 où l'invité musical principal était le guitariste anglais John Mac Laughlin.

Il apparaît ici:

- en duo avec Stéphane Grappelli (violon) jouant " In a sentimental mood " (Duke Ellington).

- en quartet avec Larry Coryell (USA), Christian Escoudé (France) et Philip Catherine (Belgique) aux guitares

- en septet avec Stéphane Grappelli et Augustin Dumay (violons), les mêmes guitaristes et un contrebassiste que je n'ai pas identifié

Comme le dit un violoncelliste classique invité de cette émission, " les musiciens classiques ont été trop longtemps tenus prisonniers. " Heureusement, les Jazzmen sont venus les libérer.

Merci pour votre travail, Monsieur Jacques Chancel.

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Caratini Jazz Ensemble " Body and Soul " Live at the Paris Jazz Festival

Publié le par Guillaume Lagrée

" Body and Soul "

Caratini Jazz Ensemble

Concert enregistré au Paris Jazz Festival, à Paris, Ile de France, France, le 28 juillet 2013.

Album Caramusic (auto production) distribué par l'Autre distribution.

Patrice Caratini: contrebasse, direction, composition sauf " Body and Soul " (n°15 et 20) de Johny Green.

Le Caratini Jazz Ensemble compte 17 musiciens, chef compris, dont Alain Jean-Marie (piano). Personnel détaillé dans l'album.

Ca commence avec le son de la contrebasse, celle de Patrice Caratini, assise du Jazz et de la chanson en France depuis les années 70. C'est le premier morceau " Isabelle " et tout de suite nous savons que nous allons écouter une belle histoire.

Non pas celle d'un standard " Body and Soul " dont la version magistrale fut enregistrée par Coleman Hawkins (sax ténor) en 1939 mais celle d'un film méconnu au même titre. Body and Soul est un fim d'Oscar Micheaux, cinéaste noir américain, tellement audacieux pour son époque (1924) qu'il dérange encore. Si ce film muet fut le premier rôle du chanteur, acteur et militant Paul Robeson, il passa inaperçu lors de sa création. Un film tourné par un Noir avec des Noirs aux USA en 1924 avait peu de chance d'être diffusé. De plus, ce n'est pas un film simpliste. Les opprimés n'y sont pas des anges puisque Paul Robeson joue le rôle d'un faux pasteur, séducteur, manipulateur, escroc pas aussi dangereux que Robert Mitchum dans " La nuit du chasseur " de Charles Laughton mais pas loin.

A un film muet, il faut une musique. Wycliffe Gordon, membre de la confrérie Marsalis, en créa une en 2000 pour le New York Film Festival, interprétée par l'orchestre Jazz at Lincoln Center de Wynton Marsalis. Problème: ce film montre des Noirs buvant, trichant, mentant, escroquant, se traitant de " niggers ". Trop choquant pour l'intelligentsia africaine-américaine qui enterra le film et sa musique. Les staliniens existent aussi en Amérique du Nord.

Patrice Caratini n'est ni Noir ni Américain mais il possède une connaissance encyclopédique des musiques populaires du XX° siècle, est un leader né comme disent les Américains. Il a composé une musique sans parole mais sous format de chansons (20 morceaux en 52'32) où les ambiances, les climats s'enchaînent entre Jazz, Blues, Soul, Biguine. L'adjonction de 3 percussionnistes à l'orchestre lui donne un son plus noir.

L'oeuvre fut créée à la demande du Paris Jazz Festival qui fait swinguer chaque mois de juillet les arbres et les fleurs du Parc floral de Paris situé à Vincennes, comme son nom l'indique (métro Château de Vincennes: terminus de la ligne 1). Il s'agit d'un ciné concert où l'orchestre joue en accompagnement du film, sans trucage ni doublage. La Nature s'est mise en harmonie avec la musique puisque le concert a fini par un orage accompagnant la fin désastreuse de l'héroïne du film qui meurt seule, ruinée par l'escroc déguisé en pasteur qui a abusé de sa naïveté.

Au total, l'oeuvre dure 1h20, le temps du film mais comme il s'agit ici d'un objet musical qui a sa propre logique narrative, seules 52'32 ont été conservées. A l'auditrice attentive, à l'auditeur concentré de se faire son propre film en écoutant cette musique qui est très parlante. Ainsi " Atlanta " (n°16) évoque irrésistiblement le vieux Sud, la ville natale de James Brown.

C'est une musique savante et populaire qui peut se danser et s'écouter, chez soi ou en concert, avec ou sans le film d'Oscar Micheaux.

La création de Patrice Caratini revivifie un film injustement oublié, pionnier du cinéma noir américain. Merci à lui.

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" Luminescence " Grégory Privat & Sonny Troupé

Publié le par Guillaume Lagrée

" Luminescence "

Grégory Privat & Sonny Troupé

Jazz Family

Distribution Socadisc

Sortie le lundi 26 janvier 2015

Toutes les compositions sont l'oeuvre de Grégory Privat et Sonny Troupé

Grégory Privat: piano

Sonny Troupé: Gwo ka

En concert à Paris au Café de la Danse le lundi 9 mars 2015

Si Claude Debussy a écrit que " le pianiste doit faire oublier que le piano est un instrument composé de marteaux qui frappent des cordes ", c'est qu'il savait bien que le piano est un instrument de percussion. Les Jazzmen le savent si bien, qu'après avoir inventé la batterie, ils inventèrent le trio piano/contrebasse/batterie.

La batterie est un instrument inventé à La Nouvelle Orléans pour pallier l'absence des tambours venus d'Afrique, interdits aux esclaves car ils servaient à appeler à la révolte. Aux Antilles, ces tambours étaient permis. En Guadeloupe, le grand tambour s'appelle le Gwo Ka. Sonny Troupé en est l'un des Maîtres aujourd'hui. Avec le pianiste martiniquais Grégory Privat, la succession d'Alain Jean-Marie est en bonne voie.

Le duo piano/tambour est donc logique dans l'idée et dans les faits. Entre ces deux amis, le son colle à la milliseconde près. C'est précis, enjoué, créatif, synchronisé, lumineux (" Luminescence ", n°1 et titre album-. Le tout est très agréable à écouter mais il me manque quelque chose: la transe. Celle que j'ai ressentie en écoutant Ray Lema au piano avec les Gnaoua lors de la fête de la musique à Paris en 1998. Sans quitter la cour d'un hôtel du XVII° siècle dans le Marais, nous étions transportés en Afrique, en plein désert.

Cet album est enregistré en studio. En concert, cela chauffe plus. La preuve ci-dessous.

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Le Hornitos Trio d'Oscar Noriega passe le Sud des Alpes

Publié le par Guillaume Lagrée

Hornitos Trio

Le Sud des Alpes

Genève, Suisse

Samedi 13 décembre 2014. 21h30.

L'Hornitos Trio est composé de

Oscar Noriega: saxophone alto, clarinette basse

Brandon Seabrook: guitare électrique

Tom Rainey: batterie

Oscar Noriega n'est pas le fils d'un dictateur panaméen déchu. Il n'est pas non plus un Wet Back (dos mouillé par la traversée du Rio Grande) puisqu'il est né en Arizona de parents mexicains, du bon côté de la frontière. Il est saxophoniste, clarinettiste et vit à New York.

Le concert commence à 21h45. L'AMR est une des rares institutions genevoises à ne pas être parrainée par une marque de montres.

Ils attaquent à bloc tout de suite. Tom Rainey est un batteur prestidigitateur. L'homme qui avance en marche avant , en marche arrière et en crabe en même temps. Je connais un batteur professionnel qui a renoncé à suivre les cours de Tom Rainey au bout du 2e exercice. Trop difficile. Le trio entier joue en indépendance coordonnée. Il y a bien des mélodies, des rythmes mais ll faut être un mathématicien indien pour les compter. Tom Rainey nous emmène de la forêt à l'usine ou au barrage hydro électrique d'un instant à l'autre. Ces gars là viennent de New York. Ca sent la Mer. Des craquements de cargo culte, des murmures de vagues sur la jetée, la corne de brume. Oscar Noriega a un son splendide à l'alto qu'il fait chanter comme une flûte. Le morceau devient une suite où les mélodies, les climats s'enchaînent. Le guitariste utilise avec goût les effets sans en mettre plein les oreilles pour impressionner. Après une phase calme, un rock endiablé. La tempête après le calme. Hornitos porte bien son nom. Ca fume.

Brandon Seabrook travaille seul ses cordes et ses effets, générant un rythme en boucle. Il cherche et trouve. Il coupe ce rythme, en trouve un autre tout aussi envoûtant, le coupe, repart. Bref, c'est un récit à suspens. Ca se calme pour une ballade avec Tom Rainey aux balais. La guitare sonne à la fois comme une guitare et comme une basse. Oscar Noriega a repris un chant aigre doux, propre au sax alto. Musique hypnotique qui monte en spirale. S'il y avait des enfants dans la salle, ils danseraient. Il y a la place mais les adultes n'ont pas cette audace. C'est à la fois cérébral et organique. Grand, quoi! Après un climax, retour au calme pour le même thème joué tout en puissance contenue. Comme un sportif qui gère son effort, ils ont de la réserve.

Oscar seul à l'alto pour commencer avec des effets de souffle, de langue. Le guitariste le rejoint par vagues contenues. Tom Rainey lance la machine. Un standard sacrément revisité. Du Monk? Un couple arrivé en retard s'en va au bout de 5mn. La liberté fait toujours peur. Mieux vaut s'éclipser discrètement que de manifester bruyamment son mécontentement. C'est plus poli. Un solo de batterie de Tom Rainey avec une technique à la hauteur de son imagination, toujours au service de la musique. Juste de quoi relancer la machine.

Clarinette basse. Beau son grave digne de ma Mère l'Oye marchant lentement. Dialogue de subtilités entre la clarinette basse et la batterie. Maintenant, c'est le pas de l'ours en forêt. La guitare vient y ajouter une nuée d'orage, le chant d'un ruisseau. Bref, c'est la forêt, la nuit. Une promenade mystérieuse voire dangereuse. Une ballade hypnotique. Ils nous emmènent loin. Cela se termine dans un souffle conjoint. Splendide.

Il y avait bien une composition de Thelonious Sphere Monk au programme. Oscar Noriega l'a confirmé.

Retour à l'alto pour " Sounds of the fault ". Une sorte de be bop ultra moderne. Agité, urbain, précis, électrique. Bel exemple pour les enfants: il est possible de gagner sa vie en faisant les fous sur scène mais de façon pensée et après avoir beaucoup travaillé. L'improvisation ne supporte pas l'approximation.

Ils ont des partitions devant eux. Les lisent-ils? Oscar commence seul avec un beau son velouté à souhait. Guitariste et batteur, aux balais, le rejoignent pour une ballade somptueuse. Aucune guimauve. Juste de l'émotion polie. Contrairement à la tequila du même nom, l'Hornitos trio est à consommer sans modération.Le guitariste sort des effets de violon tant il étire ses notes. Je suis touché en plein coeur.

PAUSE

Comme le dit un spectateur: " Tu sens la pulsation mais tu ne sais pas où est le temps ". Bonne définition de l'art de Tom Rainey. Oscar Noriega aime tellement Monk qu'il joue avec un chapeau sur la tête.

Sax alto. Baguettes sur les cymbales. Guitare qui étire les sons comme un violoncelle. Une sorte de ballade. Brume sur l'Atlantique Nord. Brandon Seabrook passe un archet sur ses cordes de la main droite tout en pinçant le manche de la main gauche. Tom Rainey, magicien sonore, joue t-il aux balais ou avec les mains? Je suis trop loin pour le voir et, à l'oreille, le son qu'il produit est si personnel que je ne peux rien conclure. Au Sud des Alpes, quand les musiciens jouent, le bar est fermé. Résultat: le public est attentif, respectueux. L'intro s'étire jusqu'à finir avec le morceau.

Un morceau agité, comme un air antillais, malaxé par Brooklyn. Un solo de Tom Rainey, c'est de la musique, pas de la batterie. Le guitariste ponctue par éclairs. Le trio repart avec le batteur qui joue des baguettes sur les bords de caisses. Un cliquetis qui s'harmonise avec les grincements de la guitare, les envolées du saxophone. Un dernier cri du sax et c'est fini. C'était " Nice Try " composition d'Oscar Noriega dédiée à Paul Motian avec qui il joua.

Un morceau sur tempo medium, plus classique que le précédent, avec 3 voix distinctes et coordonnées.

Duo batterie/sax alto. Un dialogue de sons, d'ambiances. Un son quasi liquide avec des bulles qui éclatent au sortir du pavillon du saxophone. La guitare apporte des bruitages mordants. Tom Rainey tient le rythme à sa manière. Là encore, cela m'évoque la mer, un port. La guitare sort des sons comme d'une radio qui a des problèmes de diffusion. Le sax hoquète joyeusement. Tom Rainey lance le groove et cela devient funkadelic avec tout le respect dû à George Clinton. Sans quitter Genève, sans prendre l'avion de l'ONU, nous voici à New York. C'est la pulsation même de la ville qui ne dort jamais qui bat sur cette scène à cet instant. Riffs de guitare, pulsation volcanique de la batterie, envolées du sax. Personne ne danse alors qu'il y a la place. Des enfants danseraient, c'est sûr. Après ce morceau, je fais la même réflexion que mon voisin de dos: " Ca envoyait! ".

Ils rejouent le premier morceau du premier set car Oscar Noriega vient de le composer et souhaite le rejouer. Ca attaque mais moins massivement que le précédent morceau, calme et méditatif. Retour de la brume sur l'Atlantique Nord même si le lac Léman n'est pas loin. La sirène d'un cargo fend l'espace. Le mugissement de la Mer l'emporte. Retour au port, en ville, dans l'agitation et l'excitation.

Une ballade. Tout en douceur et tous ensemble.

RAPPEL

Morceau un poco agitato. Tempo furioso. C'est la tempête électrique, rythmique, mélodique. Tout se calme pour un duo guitare/sax où les sons s'allongent et se prolongent. Le temps est suspendu à ce son. Puis c'est fini.

Pourquoi le Hornitos Trio? Parce que c'est un nom de tequila et qu'Oscar Noriega est d'ascendance mexicaine, parce qu'il joue du biniou (horn in english), parce qu'hornitos est un terme de vulcanologie en anglais. Si vous trouvez d'autres explications, lectrices lettrées, lecteurs savants, je suis preneur.

Le Hornitos Trio a mené un stage pour musiciens, à Genève, à l'AMR le dimanche 14 décembre 2014 de 11h à 13h puis de 14h à 17h. L'improvisation, cela s'apprend, sinon c'est du grand n'importe quoi.

A New York, USA, Oscar Noriega a élu domicile musical au Barbès Brooklyn, club tenu par deux Français comme son nom l'indique. L'y voici avec le Hornitos Trio jouant un standard " Darn that dream " cher à Martial Solal & Lee Konitz.

La photographie de Tom Rainey est l'oeuvre du Magique Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

Tom Rainey par Juan Carlos HERNANDEZ

Tom Rainey par Juan Carlos HERNANDEZ

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Festival Sons d'hiver dans le Val de Marne du 23 janvier au 15 février 2015

Publié le par Guillaume Lagrée

Festival Sons d'Hiver

Val de Marne et Paris, Ile de France, France

du vendredi 23 janvier au dimanche 15 février 2015

Lectrices aventureuses, lecteurs novateurs, retrouvez vous au festival Sons d'hiver dans le Val de Marne pour l'essentiel (quelques concerts auront lieu à Paris) du vendredi 23 janvier au dimanche 15 février 2015.

Au sein d'un programme foisonnant, voici quelques recommandations personnelles:

- vendredi 23 janvier à 20h30 à l'Espace culturel André Malraux du Kremlin-Bicêtre, le trio du pianiste américain Matthew Shipp suivi de l'Anthony Braxton Diamond Curtain Wall Quartet. Le genre de musique qui ne peut laisser indifférent. A aimer ou à détester, à prendre ou à laisser. Ces gars là ne transigent pas.

- mardi 27 janvier à 20h30 à l'espace Jean Vilar à Arcueil: Alexandre Authelain Quartet suivi du Craig Taborn (piano, claviers) quartet. Je ne connais pas le premier mais je garantis que le second vaut le déplacement.

- vendredi 30 janvier à 20h au théâtre Paul Eluard de Choisy-le-Roi: Tarbaby- Orrin Evans/Eric Revis/Nasheet Waits suivi du trio Brötzmann/Drake/Parker. Free Jazz is not dead!

- samedi 31 janvier à 20h30 au théâtre Jean Vilar de Vitry-sur-Seine: The Langston Project suivi de " Blood & Burger " avec Rodolphe Burger et James " Blood " Ulmer. Pour ceux qui aiment leur Blues servi saignant.

- dimanche 1er février à 18h30 au théâtre de la cité internationale à Paris, 14e arrondissement: Sarah Murcia et Caroline revisitent l'album " Never mind the bollocks. Here's the Sex Pistols ". Même le Punk peut être joué savamment. Etonnant, non?

- vendredi 6 février à 20h30 à la salle Jacques Brel de Fontenay sous Bois: Anthony Joseh " Kumaka " suivi de Archie Shepp " Attica Blues Big Band ". Attica Blues sorti en 1972 est un album phare d'Archie Shepp mêlant Free Jazz et Soul Music, dédié aux prisonniers révoltés et tués de la prison d'Attica à New York. Dominique Strauss Kahn fut aussi prisonnier à Attica. Sa présence n'est garantie ni sur scène ni dans le public.

- samedi 14 février à 20h à la Maison des Arts de Créteil: Otis Taylor & Band. Otis Taylor est le Bluesman du moment. Je l'ai vu et entendu secouer les cadres stressés au festival de Jazz de la Défense pendant une pause déjeuner. Impressionnant. Si vous en avez marre de l'avant garde, une bonne cure de Blues brut de décoffrage s'impose.

La photographie de Sarah Murcia est l'oeuvre de l'Exigeant Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

Sarah Murcia par Juan Carlos HERNANDEZ

Sarah Murcia par Juan Carlos HERNANDEZ

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