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Marion Rampal peint de Bleu le Studio de l'Ermitage

Publié le par Guillaume Lagrée

Marion  Rampal

Studio de l'Ermitage

Paris. Mercredi 7 mars 2018. 20h30

Marion Rampal: chant, clavier

Pierre-François Blanchard: clavier

Anne Pacéo: batterie

 

Lectrices colorées, lecteurs rythmés, l'album " Main Blue " de Marion Rampal n'a pu vous échapper. Il m'a enchanté et je peux enfin découvrir ce groupe, dans sa vérité, sur scène. La salle du Studio de l'Ermitage est archi comble, y compris à la mezzanine. 

Une sorte de basse continue sort du clavier. Ca plane tout de suite. Une voix pure et fraîche surgit de l'obscurité. Roulements de maillets sur les tambours. Comme des tambours de guerre au loin. Des vocalises, Marion passe au chant. Dans un anglais impeccable. " What is the soul of a man ? ". Cela me ravit plus encore que l'album. C'est dire. Anne Pacéo est passée aux baguettes et fait chauffer la marmite de Soul. 

Enchaînement immédiat pour ne pas casser l'ambiance. C'est pro. En français. Cela sonne à la fois comme une comptine du jadis et électronique. Mélange de langues aussi avec une langue africaine. Une chanson d'amour triste, poignante. Digne d'un conte d'hiver. Batterie et clavier relancent. Anne Pacéo fait chauffer la Soul aux petits oignons. Sera t-il digne de cet amour ce bien aimé? " Savage " tel est le titre de la chanson (cf vidéo sous l'article). C'était d'abord une chanson de Blind Willie Johnson (1902-1947) suivie d'une chanson inspirée de la musique sénégalaise. 

" Perfect husband " inspirée du Grand Nord canadien où Marion Rampal n'a pas voyagé. C'est l'histoire d'une épouse qui s'ennuie dans le froid et décide de descendre au Sud là où la neige ne tombe jamais, à La Nouvelle Orléans. Si son mari est le mari parfait, où qu'il aille, il la suivra. Bref, c'est l'inverse du Code civil de 1804 où le mari établit le domicile conjugal, même à l'étranger. Il fallait que les épouses des soldats français les suivent où que l'Empereur les mène. Des bruitages et un rythme de voyage. Ca balance. Chant en duo avec Pierre-François Blanchard qui joue le mari. Le public bat la mesure des mains.

Un chanson de marin écrite par Marion Rampal. L'inspiration vient d'un bal zydeco où elle dansa à La Nouvelle Orléans. Elle précise qu'elle n'a pas d'accordéon mais un marin breton, Pierre-François Blanchard. Il joue ce morceau au mélodica en pensant à l'accordéon de Clifton Chenier (1925-1987).  Le marin a perdu sa bien aimée au fond de l'Océan Atlantique entre l'Europe et l'Amérique, comme cette musique. La batterie marque le pas. Le clavier reprend la main. Le mélodica plane au dessus des graves du clavier. 

Autre incursion en pays cajun. Avec la voix d'Alma Barthélémy, chanteuse cajun de Louisiane. La chanson se nomme " La belle et les trois capitaines " ou " Sous les lauriers blancs " ou " Sous les rosiers blancs " selon les versions. La voix d'Alma Barthélémy s'élève d'abord puis Marion Rampal enchaîne avec la voix d'Alma en écho. Une vieille chanson française qui a traversé l'Atlantique nous revient à Paris en 2018. En fait, c'est une histoire d'enlèvement, de viol et de meurtre. Une jeune fille enlevée par 3 soldats de passage. Selon les versions de la chanson, elle meurt vraiment ou fait semblant de mourir pour sauver son honneur. Georges Brassens la transforma élégamment en " Les sabots d'Hélène ". " Les trois capitaines l'auraient appelé vilaine " chantait-il. Ligne de basse installée par le clavier. " Tapez tambours ", la batterie répond sous les maillets. Anne Pacéo devient percussionniste jouant à mains nues. La chanson finit avec la voix d'Alma Barthélémy qui raconte, en français de Louisiane, que sa mère était bien meilleure chanteuse qu'elle. Elle allait coudre sous un arbre, écoutait les oiseaux et en faisait une chanson. La même méthode qu'Olivier Messiaen en fait.

Retour à l'anglais. Marion Rampal mixe sa voix pour la faire résonner. Les tambours tournent en boucle. Ligne continue des claviers. Une chanson qui me fend le cœur. " The Heart " (cf extrait audio sous l'article). La voix monte, l'émotion aussi. La batterie et le clavier relancent et redonnent de l'énergie. 

Un Blues que chantaient Nina Simone et Paul Robeson.  Un Blues qui balance bien. Ca marche. Devant moi, une jeune fille debout se déhanche au rythme de la musique.

Groove poisseux du clavier. " Go for it ". Anne Pacéo arrive en finesse, aux baguettes, sur les cymbales. Le beat est bien en place. Cela ferait une bonne musique de réclame pour équipementier sportif. Dans une version épurée par rapport à celle-ci. 

Retour au français et au chant de marin. Juste la voix. Quelques effets légers pour prolonger le chant. Silence religieux pour écouter.

Maintenant, c'est au public de chanter. Marion Rampal nous répète les paroles pour que nous apprenions bien notre catéchisme. En effet, ça parle du Seigneur (Lord in English). " Vous avez répété en fait? " nous dit Marion Rampal pour nous stimuler et obtenir mieux encore. Anne Pacéo fait de nouveau chauffer la marmite de Soul. Ca groove tranquille. Marion Rampal fait la cheffe de chorale jusqu'au final.

RAPPEL

Une petite tisane pour la route nous annonce Marion Rampal. Une ballade en anglais pour calmer le jeu.

Après avoir été enthousiasmé par l'album " Main Blue " de Marion Rampal, je le suis aussi par la prestation scénique de ce trio féminin&masculin. Le temps d'un concert, j'ai été enchanté, ému, chamboulé, amusé. Bref,  si la musique est le langage des passions comme l'écrivait Kant, Marion Rampal sait le parler comme personne. 

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Je me souviens de Didier Lockwood (1956-2018)

Publié le par Guillaume Lagrée

Lectrices affutées, lecteurs aiguisés, la mort du violoniste, compositeur et pédagogue Didier Lockwood, le 18 février 2018, n'a pu vous échapper. La veille encore, il jouait au Bal Blomet à Paris. 

Voici ce qu'en écrit Philippe Carles, ancien rédacteur en chef de Jazz Magazine, dans " Le nouveau dictionnaire du Jazz " (Paris, collection Bouquins, éditions Robert Laffont, 1460 pages, 2011). 

" Constamment tendu vers les registres élevés avec tous les effets, et moyens techniques, d'un lyrisme vibrant, il fait preuve, au-delà d'une évidente virtuosité dans le prolongement d'un Grappelli (et de la même tradition de luxe et de "facilité" mélodiques) d'une exceptionnelle légèreté de " toucher " et s'impose comme un des violonistes les plus impressionnants et les plus séduisants des années 90. "

Ce jugement vaut aussi pour les années 2000 et 2010.

L'extraordinaire aisance de Didier Lockwood, je m'en souviens bien. Un concert  à Pleurtuit (35), pas loin de la Manche, sur les rives de la Rance, en 2004. Il alternait entre un violon en bois mais branché et un violon en métal bleu électrique. C'est sur ce dernier qu'il finit par une envolée marine. Le vent, les vagues, les mouettes, la tempête, tout y était, sortait de son violon à grandes envolées lyriques. Il créait un monde juste le temps de ce morceau.

Ce qui m'a le plus marqué chez Didier Lockwood, c'est son exceptionnelle ouverture d'esprit et sa passion pour la transmission. Fils d'un professeur de violon classique, il avait créé l'école dans laquelle il aurait rêvé d'être, enfant, le Centre des musiques Didier Lockwood à Dammarie-les-Lys (77), la seule école de violon Jazz au monde. Elle lui survivra laissant une autre belle trace de lui avec ses enfants et sa musique.

En 2003, pour Citizenjazz, j'avais rencontré Didier Lockwood dans son école de Dammarie-les-Lys. Il m'avait raconté deux choses qui m'ont marqué:

- d'abord qu'il avait balancé l'album du duo Stéphane Grappelli-Yehudi Menuhin parce que Menuhin ne sachant pas improviser, il avait fallu lui écrire les parties improvisées. Yehudi Menuhin savait lire, jouer, interpréter au violon comme personne mais pas créer à partir de sa seule imagination. Cela s'entendait et le résultat l'ennuyait.

- ensuite, que Maxime Vengerov, la Superstar actuelle du violon classique, était venu le voir en lui disant: " J'en ai marre d'être une moitié de musicien. Apprends moi à improviser "

Didier Lockwood n'était ni une moitié de musicien, ni une moitié d'homme. Il était plus grand que la vie. J'écris ces lignes en écoutant son " Tribute to Stéphane Grappelli " enregistré en 2000 avec Niels Henning Orsted Pedersen (contrebasse) et Biréli Lagrène (guitare). Un délice. De ces 3 musiciens, seul Bireli Lagrène est aujourd'hui en vie. Les musiciens s'en vont, leur musique demeure. 

Au festival international de Jazz d'Antibes-Juan-les-Pins en 1990, Didier Lockwoood dialogue avec Martial Solal sur " Solar " (Miles Davis). La chemise et le pantalon de Martial Solal sont un hommage à Stéphane Grappelli. Solaire. 

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Un Centre national de la musique, pourquoi faire?

Publié le par Guillaume Lagrée

Citoyennes lectrices, Citoyens lecteurs, comme vous le savez, la Constitution de la Ve République française est formelle:

La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. Son organisation est décentralisée. " (article 1, alinéa 1). 

Pour autant, le réflexe centralisateur qui fait de Paris une oasis au milieu du désert n'est pas mort. C'est ainsi qu'un projet de Centre National de la Musique est en cours d'étude au ministère français de la Culture. 

Les Allumés du Jazz, réunion de labels indépendants qui produisent des albums de Jazz (CD et vinyls) s'étonnent de ne pas être associés à cette démarche. Ils remarquent aussi que le disque, comme objet, le disquaire comme profession, ne sont pas envisagés dans la démarche alors qu'au vu des chiffres de diffusion du Jazz, sauf rares exceptions, le streaming n'est rentable ni pour les musiciens, ni pour les producteurs, ni pour les distributeurs dans ce genre musical.

D'ailleurs, ce blog parle régulièrement d'albums publiés en CD et en vinyle qui, comme des livres, vous racontent une histoire avec un début, des péripéties en cours de route et une fin pour conclure. 

Voici l'article des Allumés du Jazz publié par la revue Politis.

Parmi ces Allumés du Jazz figurent des artistes favorablement connus de nos services comme  Michel Edelin (flûte). 

Un Centre national de la musique, pour quoi faire? La question est posée. S'il s'agit de favoriser les plus riches, ceux qui n'ont pas besoin d'aide publique pour exister, quel intérêt? 

Le débat est ouvert. Poursuivons le, Citoyennes lectrices, Citoyens lecteurs. Salut et fraternité.

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" So In Love " Gildas Boclé plays Cole Porter & Tom Jobim

Publié le par Guillaume Lagrée

So in Love 

Gildas Boclé plays Cole Porter & Tom Jobim

Absilone. Socadisc

Album sorti le 16 février 2018

Concert de sortie à Paris, au Sunset, vendredi 6 avril 2018 à 21h30

 

Gildas Boclé: contrebasse

Nelson Veras: guitare

Jérôme Barde: guitare

Marcello Pelliterri: batterie

 

Lectrices raffinées, lecteurs affinés, je vous narrai à plusieurs reprises le trio composé d'Eric Le Lann, Gildas Boclé et Nelson Veras pour son hommage à Chet Baker, le plus beau et le plus sincère que j'ai entendu jusqu'ici. 

Gildas Boclé et Nelson Veras se retrouvent avec un deuxième guitariste, Jérôme Barde un batteur, Marcello Pellitteri pour jouer la musique de Cole Porter & Antonio Carlos Jobim

A quoi bon, me direz vous, lectrices raffinées, lecteurs affinés. Il y a déjà tant de versions enregistrées de la musique composée par Cole Porter & Tom Jobim. Pourquoi pas, vous répondrai je. Des pianistes classiques continuent de jouer et d'enregistrer les Sonates de Beethoven et les Nocturnes de Chopin dont il existe déjà maintes magnifiques versions. Personne ne leur en fait reproche.

Les versions enregistrées sur cet album sont ma foi fort agréables mais les musiciens restent dans leur zone de confort. Si vous mettez un thème de Jobim dans les mains du Brésilien Nelson Veras, il s'en sort forcément de main de maître. C'est ce qu'il fait. De même, pour Gildas Boclé avec Cole Porter qu'il pratique depuis son enfance de Jazzman.

Sur la forme, c'est impeccable. Sur le fond, cela fait une belle musique de fond. Tout est agréable mais rien ne force l'attention.

Toutefois, des musiciens de ce calibre se lâchent plus aisément sur scène qu'en studio. Pour les apprécier en liberté, rendez-vous, à Paris, au Sunset, le vendredi 6 avril à 21h30 pour le concert de sortie de l'album " So in love ". 

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" Abécédaire amoureux du Jazz " Photographies de Pascal Kober

Publié le par Guillaume Lagrée

Abécédaire amoureux du Jazz

Photographies de Pascal Kober

Editions Snoeck. Gand, Belgique.

2017. 176 pages. 25€

Catalogue de l'exposition de 2017 au Musée de l'Ancien Evêché.

Grenoble. Isère. Dauphiné.  France.

 

Lectrices Jazz, lecteurs Hot, si vous lisez Jazz Hot, la revue internationale du Jazz depuis 1935, la plus ancienne revue au monde encore en activité pour le Jazz, vous connaissez les photographies de Pascal Kober.

Pascal Kober n'est pas Parisien. Il ne hante pas les clubs de la capitale du Jazz en Europe. Il vit à Grenoble (38) où il dirige la revue l'Alpe consacrée aux paysages et aux cultures des Alpes. Quand il ne court pas les sentiers de montagne, il arpente les scènes des festivals de Jazz, particulièrement en Rhône-Alpes et spécialement Jazz à Vienne

C'est à Jazz à Vienne qu'il photographia Agathe Iracema qui orne la couverture de son " Abécédaire du Jazz " et Herbie Hancock que j'ai choisi en outre pour cet article. 

De A comme Afrique à Z comme Zoom, son Abécédaire très personnel donne au lecteur une belle idée de la vivacité du Jazz en France depuis 1979 et sa première photographie publiée, John Mac Laughlin au festival Nancy Jazz Pulsations

Les photographies de Pascal Kober sont joyeuses, colorées, le plus souvent en plein air, sur scène ou en dehors, dans l'esprit du film " Jazz on a summer's day " (Newport Jazz Festival, 1958). Comme le Jazz, elles sont à consommer sans modération et leur abus est recommandé pour la santé. 

Les photographies d'Agathe Iracema et d'Herbie Hancock sont l'œuvre de Pascal Kober. Toute utilisation de ces œuvres sans l'autorisation de leur auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales

" Abécédaire amoureux du Jazz " Photographies de Pascal Kober
Herbie Hancock par Pascal Kober. Jazz à Vienne 1993.

Herbie Hancock par Pascal Kober. Jazz à Vienne 1993.

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Pierrick Pédron Quartet en verve au Bal Blomet

Publié le par Guillaume Lagrée

Pierrick Pédron Quartet

Le Bal Blomet

Jeudi Jazz Magazine

Paris. Jeudi 22 février 2018. 20h30.

Pierrick Pédron: saxophone alto, compositions, direction

Carl-Henri Morisset: piano

Thomas Bramerie: contrebasse

Elie Martin-Charrière: batterie

Un jeudi par mois, le Bal Blomet, à Paris, accueille un concert organisé par le mensuel Jazz Magazine. Après Julie Saury le jeudi 23 novembre 2017, me voici de retour trois mois après, dans la même salle, pour Pierrick Pédron. Par rapport à l'album " Unknown " et à un précédent concert de ce quartette au Duc des Lombards, le 23 octobre 2017, Gregory Hutchinson a été remplacé par Elie Martin-Charrière à la batterie. 

Le quartette attaque directement par le morceau le plus acide de l'album, celui que j'apprécie le moins, le titre album d'ailleurs, " Unknown ". 

Pierrick enchaîne direct sur une ballade en duo avec le pianiste. Très pro. Le piano se déploie, le sax dévale. Contrebassiste et batteur aux maillets arrivent doucement. Personne n'applaudit. La salle est comble et comblée, écoutant religieusement. C'était " Mum's eyes " dédié par Pierrick Pédron aux yeux de sa mère qui n'ont rien à voir avec ceux de la mère d'Arno (le chanteur belge). 

" Val André " joué en version électrique sur l'album " Omry " (2009), célébré en son temps sur ce blog. Morceau inspiré par la station balnéaire de Bretagne Nord, dans les Côtes d'Armor, Pléneuf Val André. Joué ici en version acoustique mais toujours aussi énergique et vivifiant. La rythmique envoie du bois. Le batteur pousse fort aux baguettes. Tout se calme pour le premier solo de contrebasse. 

Un morceau sec, avec des virages sur l'aile. Batteur aux baguettes. Premier solo du batteur, aux baguettes. Les tambours roulent, les cymbales tintent, sans forcer ni presser. La rythmique reprend sous les doigts en acier trempé de Carl-Henri Morrisset. C'était " Mr Miller " en hommage au pianiste Mulgrew Miller avec qui Pierrick Pédron eut l'honneur de jouer. 

" Broken reed " (anche cassée car l'anche du saxophone s'est cassée en plein enregistrement du morceau et que Pierrick a continué à jouer et gardé ce son). Une ballade. Batteur aux balais. Le batteur a l'âge d'être le fils de Pierrick et cela se voit aussi dans leur relation. Le pianiste est jeune aussi mais sa personnalité est déjà bien affirmée. Solo de sax sans accompagnateur. Méditatif, plaintif, ravissant. Retour vertigineux de la rythmique dans la même onde que le saxophone alto. Une séquence répétée, accélérée, jusqu'au final. Sauf que Pierrick repart seul dessus. Donc, ce n'est pas fini. La musique dégage un effet de vertige inspiré du second quintette de Miles Davis. Vous croyez savoir où vous êtes et l'instant suivant, vous êtes perdu. La rythmique se déchaîne, emportée par le pianiste, secouée par le bassiste, remuée par le batteur. Ils accélèrent, décélèrent jusqu'au stop. C'était " Trolls ". 

" Enjoy the silence " (Dépêche Mode). De la Pop anglaise pour changer. Le morceau se reconnaît dès les premières notes de piano. Sur un tempo plus lent que la chanson. Batteur aux balais. La rythmique prend la main. Une bonne onde nous enlève. Le sax revient au thème. L'onde change avec le batteur aux baguettes. Ca monte en puissance avec le thème. Retour au calme. Toujours fidèle au thème.

" With the 2 B's ". Un souvenir de vacances chez les époux Bramerie. Pierrick Pédron dédie ce concert à Didier Lockwood dont le dernier concert eut lieu, la veille de sa mort, au Bal Blomet, le samedi 17 février 2018. Un morceau énergique, rapide. Le batteur est aux baguettes. Le bassiste impulse. Ces vacances furent joyeuses et festives. Cela s'entend. Carl-Henri Morisset est vertigineux de puissance, d'énergie, de feeling. Suivez ce pianiste. Le groupe envoie pour le final. Le batteur matraque sèchement les tambours et fait tinter les cymbales. Ca claque. Une dernière note de piano se prolonge et s'efface. Voila, c'est fini.

RAPPEL

" Petit Jean " composé par Pierrick pour son fils. Une berceuse. Solo de piano en intro. En douceur et en finesse, ça aussi, il sait faire. Le décor est posé. L'acteur principal peut entrer en scène, le saxophoniste. Piano et contrebasse posent les notes. Une pause scintillante en douceur aux balais. Une dernière note déposée par la contrebasse sur la scène et c'est fini.

De nouveau, j'ai été déçu en bien par Pierrick Pédron. Le chef, c'est lui. Il pratique avec aisance l'échange entre générations, avec Thomas Bramerie, son complice de longue date et deux jeunes gens, Carl-Henri Morisset et Elie Martin-Charrière.

Madame M-H poursuit son initiation au Jazz actuel. Si elle a une longue histoire d'amour avec les batteurs, cette fois, c'est pour le pianiste que son cœur penche. Elle fut impressionnée par Carl-Henri Morisset. Moi aussi. Suivons ce pianiste. Des virtuoses, il en sort tous les jours des conservatoires mais, avec autant de choses à dire, c'est bien plus rare. 

La photographie de Pierrick Pédron est l'œuvre de l'Impétueux Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette œuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales

Pierrick Pédron par Juan Carlos HERNANDEZ

Pierrick Pédron par Juan Carlos HERNANDEZ

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Sélection de concerts de Jazz en lle de France, à Genève et en Bretagne pour mars 2018

Publié le par Guillaume Lagrée

Lectrices frigorifiées, lecteurs réfrigérés, réchauffez vous au son du Jazz en attendant le printemps qui, officiellement, arrivera en mars comme chaque année.

Pour un agenda complet sur l'Ile de France, voyez Paris Jazz Club. Pour un agenda français et européen, voyez Jazz Magazine

Si votre voyage de Vladivostok à Tombouctou ne passe pas par Paris et l'Ile de France, si vous préférez la douceur angevine, la brise marine ou les vallées alpines aux scènes de la Seine, écoutez les émissions Jazz Club et Les légendes du Jazz sur France Musique et Jazz Live sur TSF Jazz

Si vous allez 350 km à l'Ouest de Paris, rendez-vous au festival Jazz à l'Etage à Rennes Métropole et Saint-Malo (35) du samedi 3 au samedi 24 mars 2018 avec l'enfant du pays, Pierrick Pédron, Breton et saxophoniste alto, en concert le jeudi 22 mars. 

Encore en Bretagne, mais à Nantes (44), le festival Variations fait vibrer pianos et claviers du samedi 10 au dimanche 18 mars. Dimanche 18 mars à 15h, au Lieu Unique, première européenne des Acoustic Informatics de Dan Tepfer, pianiste maintes fois acclamé sur ce blog. Entrée libre.  A Nantes encore, au Pannonica, vendredi 30 mars à 21h, concert du trio de David Chevallier dont l'album " Second Life " est acclamé sur ce blog. 

Toujours en Bretagne, mais plus à l'Ouest, à Brest (29), jeudi 29 mars à 20h45 au Vauban, concert du trio de David Chevallier dont l'album " Second Life " est acclamé sur ce blog. 

Si vous allez 550km à l'Est de Paris, rendez-vous au festival de l'AMR à Genève, en Suisse, du mardi 27 février au dimanche 4 mars 2018. 

Voici ma sélection inique et arbitraire de concerts à Paris et en Ile de France pour mars 2018.

Du mardi 6 au jeudi 15 mars, le FICEP (Forum des Instituts Culturels Etrangers à Paris) organise la Semaine des cinémas étrangers avec pour thème en 2018, Musique et Cinéma. Le Jazz sera représenté par la Turquie le vendredi 9 mars à 20h30. 

A Paris, au Pan Piper, jusqu'au vendredi 2 mars, à 20h30, " Jazzy Poppins ", Mary Poppins joué, chanté et dansé en français par le Laurent Mignard Duke Orchestra et Fabien Ruiz (claquettes).

Le 35e festival Banlieues Bleues fera jazzer la Seine-Saint-Denis du vendredi 16 mars au vendredi 13 avril 2018. Deux artistes référencés sur ce blog figurent au programme: Sarah Murcia et Antonin Tri Hoang

Samedi 3 mars:

- 19h30 et 21h30, Paris, Le Duc des Lombards: Julie Saury (batterie) rend hommage à son père Maxime Saury (clarinette). Vibrant, chaleureux et coloré.

- 21h, Paris, Jazz Café Montparnasse. Macha Gharibian Trio. Entrée libre.

Dimanche 4 mars,16h, Paris, Le Sunside, Jazz et Goûter fête Serge Gainsbourg. Enfants, emmenez y vos parents pour leur faire découvrir le Jazz et Serge Gainsbourg autour d'un goûter. Cela les sortira de l'ennui du dimanche après-midi. 

Mercredi 7 et 28 mars, 19h, Paris, Le Baiser Salé: Duo Jazz Mario Canonge & Michel Zenino. La classe, forcément la classe. 

Mercredi 7 mars:

- 19h30 et 21h30, Paris, Duc des Lombards: Riccardo del Fra rend hommage à Chet Baker. 

- 20h30, Paris, Studio de l'Ermitage: Marion Rampal, chanteuse célébrée sur ce blog.

Jeudi 8 et 22 mars, 19h, Paris, Le Baiser Salé: Alain Jean Marie & Sylvain Beuf. Un dialogue de Maîtres. 

Jeudi 8 mars:

- 19h30, Paris, Café de la Danse: Camille Bertault, chanteuse célébrée sur ce blog, fêtera la Journée internationale des Femmes. 

- 19h30, Paris, L'Œil du Huit: Leila Olivesi & Jean-Charles Richard en duo ouvriront la soirée de remise du prix de poésie féminine Simone Landry. Entrée libre. 

- 21h30, Paris, Le Baiser Salé: Rick Margitza quartet. Révisons nos classiques avec un Maître du saxophone ténor.

Vendredi 9 mars:

21h, Paris, Jazz Café Montparnasse: William Chabbey Trio. Entrée libre. 

21h30, Paris, Le Sunside: Alain Jean-Marie " Biguine Reflections " Trio. Personne ne joue la biguine comme ce trio. Unique. 

Samedi 10 mars:

- 14h, Clichy la Garenne (92), conservatoire Léo Delibes: Médéric Collignon en master class. Entrée libre.

- 20h, Paris, Café de la Danse: Henri Texier Sand Quintet pour la sortie de l'album " Sand Woman " acclamé sur ce blog. Photo et extrait audio sous cet article. 

- 21h, Clichy la Garenne (92), conservatoire Léo Delibes, concert de Médéric Collignon (payant). Le Martien de la trompinette n'a pas fini de nous ébahir. 

- 21h30, Paris, Le Sunside: Minino Garay " Vamos " Quartet. Jazz argentin percutant. 

Dimanche 11 mars, 16h, Paris, Le Sunside: Jazz et Goûter consacré à Herbie Hancock par le quartet Utopia de la flamboyante pianiste et compositrice Leila Olivesi. Un spectacle conçu pour les enfants afin qu'ils initient leurs parents au Jazz. 

Lundi 12 mars, 19h30, Paris, La Cigale: Christian Scott, un trompettiste, originaire de La Nouvelle Orléans, avec une trompette coudée, qui ne copie ni Louis Armstrong ni Dizzy Gillespie, ça fait du bien. 

Jeudi 15 mars:

- 19h30, Lieusaint (77), Théâtre national de Sénart: Diane Reeves. Immense chanteuse.

- 20h30, Paris, Bal Blomet: Mauro Gargano " Suite for Battling Siki ". L'histoire, en musique et en paroles, du premier Africain champion du monde de boxe, le Sénégalais Battling Siki (1897-1925), héros français de la Première Guerre Mondiale, mort assassiné à New York. 

Vendredi 16 mars

- 19h30, Paris, Le Sunside: Léa Castro (chant) & Antoine Delprat (piano), " Fall ". 

- 20h30, Le Perreux sur Marne (94), Centre des bords de Marne: Richard Galliano solo. Accordez, accordez donc, l'aumône à l'accord, l'accordéon. 

- 20h45, Fontenay sous Bois (94), Le Comptoir: Elise Caron (chant) & Edward Perraud (batterie) en duo. Percutant, forcément percutant. 

- 21h, Conflans Sainte Honorine (78), Jazz au confluent. Brady Winterstein Quintet. Du Jazz manouche de haut vol. 

- 21h, Paris, Cinéma Balzac, festival Jazz et Images: soirée Herbie Hancock. Le quintette de Thibaut Gomez jouera la musique d'Herbie Hancock sur scène puis sera projeté un concert d'Herbie Hancock enregistré en 1972. 

- 21h30, Paris, Baiser Salé: Le quartette de Roger Biwandu rendra hommage à feu Al Jarreau. 

Samedi 17 mars:

- 20h, Paris, Café de la Danse: le quartet Francesita de Louise Jallu (bandonéon) rafraîchit le tango. 

- 20h30, Boulogne Billancourt (92), La Seine Musicale: Gilberto Gil, Gal Costa & Nado Reis. Brasil!

- 21h, Les Lilas (93), Le Triton: Jean-Charles Richard (saxs, effets) & Manu Codjia (guitare électrique). 

- 21h15, Le Perreux sur Marne (94), Centre des bords de Marne: Quarteto Gardel de Lionel Suarez. Du Tango sans guitare, ni violon, ni piano. Classieux. 

Mardi 20 mars, 20h30, Paris, Cinéma Balzac: Ciné concert spécial Nouvelle Vague avec le quartet Nouvelle Vague de Stéphane Kerecki jouant des musiques de Martial Solal, Michel Legrand, Georges Delerue, Miles Davis, Antoine Duhamel, Philippe Sarde en illustration des films de Louis Malle, Jean-Luc Godard, François Truffaut, Jacques Demy, Jean-Pierre Melville. 

Jeudi 22 mars:

- 20h30, Vincennes (94), Espace Sorano: Dexter Goldberg Trio. Ce jeune pianiste, fils du saxophoniste Michel Goldberg, se fait un prénom. 

- 21h, Paris, Le Sunside, Lee Konitz Quartet sans Dan Tepfer (cf vidéo sous cet article). Une des dernières Légendes vivantes du Jazz, sur scène, dans un club à Paris. 

Vendredi 23 mars, 20h30, Paris, Bal Blomet: Les Sauvages avec Fabrice di Falco (chant) & Julien Leleu (contrebasse). Jazz baroque 'n roll. 

Dimanche 25 mars, 14h, Paris,  salon D Dessin, performance de Pierre Durand, guitariste acclamé sur ce blog, avec le collectif de dessinateurs Ensaders. Il joue, ils dessinent et vice versa.

Mardi 27 mars, 20h30, Paris, Le Sunside: Olivier Ker Ourio " Orkes Péi ". L'harmoniciste réunionnais mélange Jazz et Maloya comme lui seul sait le faire. 

Jeudi 29 et vendredi 30 mars, 19h30, Paris, Le Sunside: François Moutin (contrebasse) & Karita Shah (chant). De l'inouï en perspective avec notamment Martial Solal mis en chanson. 

Jeudi 29 mars, 20h30, Paris, Studio de l'Ermitage: Matthieu Chazarenc Quartet " Canto ". Il ne s'agit pas d'un hommage au King Eric Cantona mais au chant même si le quartet est instrumental. 

Vendredi 30 et samedi 31 mars, 21h30, Paris, Jazz Club Etoile: Purple House. A tribute to Prince. La musique de Prince jouée par des Jazzmen français. Superfunkycalifragisexy!

Vendredi 30 et samedi 31 mars, 21h30, Paris, Le Baiser Salé: Carte blanche à Jeff Boudreaux (batteur). 

Vendredi 30 mars, 21h30, Paris, Le Sunside: Jean-Claude Montredon (batterie) fait briller le soleil des Antilles françaises.

Samedi 31 mars, 20h, Paris, Maison de la Radio, Studio 104: dans le cadre de la saison de Jazz sur le Vif,  le quintet de Daniel Zimmerman , tromboniste loué sur ce blog,  suivi de Henri Texier Sky Dancers 6. Concert diffusé en différé sur France Musique

 

La photographie d'Henri Texier & Manu Codjia est l'œuvre de l'Irrésistible Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette œuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

Henri Texier et Manu Codjia par Juan Carlos HERNANDEZ

Henri Texier et Manu Codjia par Juan Carlos HERNANDEZ

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Benoît Delbecq & The Recyclers de passage au Studio de l'Ermitage

Publié le par Guillaume Lagrée

Benoît Delbecq

&

The Recyclers

Studio de l'Ermitage

Paris. Mercredi 14 février 2018. 21h

Benoît Delbecq: piano

Steve Argüelles: batterie

Christophe " Disco " Minck: Moog Voyager, guitare basse électrique, harpe, n'goni

Lectrices sphériques, lecteurs coniques, je vous narrai les tenues Manasonics de Benoît Delbecq lors d'un précédent concert, au Studio de l'Ermitage, à Paris, le 5 septembre 2017. Epuisé par tant de stimulation cérébrale, je déclarai forfait pour la deuxième partie du concert, composé du trio The Recyclers du même Benoît Delbecq.

Ce n'était que partie remise puisque me voici prêt à écouter ce groupe dans la même salle parisienne, 5 mois après.

Démarrage en douceur aux balais. Un air entêtant au piano. Le clavier crée une ligne de basse planante. Le batteur passe aux balais pour hacher le temps. La vibration de la grosse caisse s'ajoute à celle de la basse. Cela s'arrête mais cela pourrait continuer.

Un morceau aux sonorités ouest-africaines avec le batteur aux percussions. Le pianiste joue lui aussi en percussionniste. Bon groove. Par une nuit froide et humide à Paris, ça réchauffe. Batteur à mains nues sur ses tambours. Maintenant, il malaxe aux balais. Transe blanche. J'ai compris le deuxième titre " Tabou ". 

Après le clavier, le n'goni, la harpe puis la guitare basse électrique. Christophe " Disco " Mink a un talent multifacettes. 

Le batteur lance un rythme répétitif aux baguettes. La basse gémit. Piano répétitif dans l'aigu. Manifestement, ils cherchent la transe. C'est la constante de cette musique, jusqu'ici. La basse sonne comme une guitare électrique. Le bassiste repasse au clavier. Un morceau plus dynamique: " Steam ". 

" Kitchen ". Joli son de percussions. La basse sonne comme une basse. Elle claque, bien funky. Le piano parsème de notes l'ensemble. Joyeuse cuisine. Ca sent bon le repas de fête entre amis. Un scat joyeux du bassiste. Les baguettes coupent le rythme en tranches.

Un tempo lent, décomposé. Un bruit s'élève de la salle. Ce n'est pas prévu au programme mais un bébé exerce son sens critique, vigoureusement. 

Retour au son africain et au n'goni. Batteur aux balais. Ca sonne vraiment. C'est puissant, entraînant. Bonne vibration qui remue les entrailles. 

" Brushes " (Benoît Delbecq). Joué aux balais bien sûr (brushes in English). Bruitages de guerre spatiale. Retour à la harpe pour faire tomber la pluie avec le piano.

Steve Argüelles repart aux baguettes, installant un rythme entêtant. Sec et rapide. Onde du clavier que le pianiste vient entrecouper de notes distillées. Mélange de clavier et de n'goni pour mêler ancien et moderne. Ces morceaux à sonorité africaine sont ceux qui me touchent le plus. Vibration du clavier hachée menue par la batterie et le piano. Chant de mouettes et jeu de basse en même temps. C'était " Kaboul " où il n'y a pas de mouettes. 

Le trio a le temps de jouer encore un morceau mais décide d'en jouer 3 regroupés. Le 3 en 1, vieux truc de l'Eglise catholique, apostolique et romaine repris par des huiles profanes. Les cymbales vibrent sous les maillets, les cordes de la basse sont frottées. Le son de la basse frottée tourne en boucle grâce au clavier. Quelques notes de piano. La harpe vient se glisser. La tension monte avec le batteur aux balais, le pianiste qui creuse et la basse qui slappe enfin. Batteur aux baguettes. La basse slappe encore plus fermement. Un funk blanc décalé dont ce trio possède le secret. J'ai entendu 2 morceaux mais il y en avait 3. Ces gars sont trop subtils pour moi.

RAPPEL

Etonnez moi, Benoît! Telle est la constante de Benoît Delbecq, quel que soit le contexte dans lequel il joue, lectrices sphériques, lecteurs coniques.

Ci-dessous, une vidéo d'un concert de Benoît Delbecq & The Recyclers en 2013. Les musiciens n'ont pas changé d'identité mais ils ont évolué et leur musique aussi. 

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Riccardo del Fra se souvient de Chet Baker au cinéma Balzac

Publié le par Guillaume Lagrée

Jazz et Images

Soirée Chet Baker

Cinéma Balzac. Paris. 

Vendredi 9 février 2018. 21h.

Première partie:

concert du Riccardo del Fra Quintet

Riccardo del Fra: contrebasse

Ariel Tessier: batterie

Bruno Ruder: piano

Vincent Le Quang: saxophones ténor et soprano

Jules Jassef: bugle, trompette

Deuxième partie:

 projection du film " Chet Baker. Live at Ronnie Scott's "

Enregistré à Londres au Ronnie Scott's Jazz Club en 1986 avec

Chet Baker: trompette, chant

Michel Graillier: piano

Riccardo del Fra: contrebasse

Van Morrison: chant

Elvis Costello: chant

 

Bienvenue à la 40e abonnée de ce blog. Que les Dieux et les Muses la protègent!

 

Chet Baker est mort à Amsterdam (1929-1988) le 13 mai 1988 dans des circonstances étranges. Suicide ou accident? Qu'il ait vécu jusqu'à 59 ans relève déjà du miracle tant ses doses quotidiennes d'héroïne et de cocaïne étaient impressionnantes. Riccardo del Fra (1956), aujourd'hui directeur du département Jazz et Musiques improvisées au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris, fut son dernier contrebassiste pendant les années 1980. 

Riccardo del Fra est tout à fait légitime pour rendre hommage à Chet Baker. Il l'a fait avec son album " My Chet, my Song " (2014) . Il le fait ce soir, au cinéma Balzac, en jouant sur la scène puis à l'écran. 2018 sera parsemé d'hommages à Chet Baker mort en 1988 et à Claude Debussy mort en 1918. 

Dans le quintet qui joua la première partie de la soirée figure un collègue enseignant au CNSMDP, Vincent Le Quang et un de leurs élèves, Jules Jassef.

Riccardo présente le concert en rappelant que Chet Baker incarnait un lyrisme heureusement représenté en France par une nouvelle génération de Jazzmen. Cf la composition du quintette ce soir.

Sax ténor et bugle. " But not for me " suivi d'une composition de Riccardo del Fra inspirée du morceau précédent. Joli son de bugle à la Chet. Voilé mais pas tremblant. Ca sonne Cool Jazz. Plus énergique avec le batteur aux baguettes. Silence religieux dans la salle. Aucun solo n'est applaudi. Très joli pont au piano. Bel enchaînement. Un morceau aérien où Chet Baker plane comme un aigle au dessus des grands espaces américains comme l'a bien présenté Riccardo del Fra. Le batteur est le moteur mais bassiste et pianiste ne sont pas en reste. Decrescendo final avec un beau dialogue contrebassiste & batteur aux baguettes.

Solo de contrebasse. Cela ressemble à la chanson de Charles Trénet " Longtemps, longtemps après que les poètes ont disparu, leurs chansons courent encore dans les rues " ce qui est une forme d'hommage à Chet Baker en soi. Pianiste et batteur entrent dans la danse en douceur. Batteur aux balais. Ils ont changé de thème. En finesse, en souplesse. Solo de bugle tranquille surplombant la rythmique. Le sax soprano enchaîne et le morceau s'agite. Trop bruyant pour Chet Baker. Joli final en finesse. Le fluide sympathique circule bien. 

" I am a fool to want You " chanté par Frank Sinatra quand Ava Gardner lui brisa le coeur. Joué en duo piano&contrebasse. Grâce et finesse. Fermer les yeux se laisser aller et entendre en soi la voic de Frank Sinatra ou de Chet Baker. Mouvant et émouvant. Riccardo del Fra finit sur une ligne de basse de Ron Carter dans le Miles Davis Quintet

Retour du quintette pour " For all we know ". Duo  piano & sax ténor. Une salle où j'ai la place d'étendre mes jambes, c'est rare. Un point en plus pour le Balzac

La rythmique surgit. Solo majestueux de sax ténor. Ca balance bien. Le bugle entre dans la danse. Concours de solo sensuel entre bugle et sax ténor. Le sexophone gagne. Ca monte en puissance groupé pour finir decrescendo ensemble. Impeccable.

" Beatrice " (Sam Rivers). Chet Baker ne jouait pas que des vieux saucissons. Il jouait aussi des compositions de Wayne Shorter, de Sam Rivers (1923-2011). Béatrice est une déclaration d'amour de Sam Rivers à son épouse. La maison de disques qu'ils fondèrent ensemble s'appelle " RivBea ". Fidèles lecteurs, si vous épousez une Béatrice, vous savez quelle musique lui jouer ou lui faire écouter. Morceau tiré de l'album " Mister B " avec Michel Graillier (piano) , Riccardo del Fra (contrebasse), et Philip Catherine (guitare). Riccardo del Fra a retranscrit le solo de Chet Baker pour les deux souffleurs. Intro en piano solo légèrement dissonant. " Beatrice " de Sam Rivers est un thème enchanteur. Joué par des musiciens de qualité, cela marche forcément. 

Pour terminer, un titre logique, " Leaving " (Richie Beirach). Une ballade souple, tout en douceur.

PAUSE

Riccardo del Fra nous raconte ses souvenirs de Chet Baker, le musicien, pas le drogué. Ce qui reste, c'est sa vérité dans la musique. Chet est un Maître du silence, des phrases signifiantes. Il est très difficile de jouer un solo après Chet Baker. J'ai beaucoup appris avec lui. 30 ans après, Riccardo del Fra parle toujours de Chet Baker au présent. 

Pour ce concert en Angleterre, à Londres, au Ronnie's Scott Jazz Club, en 1986, il n'y avait pas de batteur mais un Américain drogué à la trompette, un Français alcoolique au piano et un Italien impeccable à la contrebasse. Chet Baker avait invité deux de ses fans, des chanteurs, l'Irlandais Van Morrison et le Britannique Elvis Costello qui écrivit pour Chet, la chanson " Almost Blue ". Les morceaux sont entrecoupés d'une interview de Chet Baker qui raconte sa vie de musicien et de camé. Pas gai. Le son de la basse est pourrie comme dit Riccardo del Fra: trop métallique, trop électrique. Le niveau de concentration des musiciens est impressionnant et leur version de " Love for sale " d'anthologie. Les invités s'intègrent superbement à cette musique sans rien perdre de leur identité. Quant au public, il est attentif et attentionné. La vidéo de ce concert se trouve sous cet article. Je vous en laisse profiter, splendides lectrices, superbes lecteurs. J'y ai ajouté un extrait audio de " Dolphin Dance " tiré de l'album " Mister B " cité supra. Du miel pour les oreilles. 

Madame A apprécia tant cet hommage à Chet Baker qu'elle s'offrit à la sortie un album de Riccardo del Fra dédicacé pour l'occasion. Merci à Riccardo del Fra et au cinéma Balzac pour cette soirée d'hommage à Chet avec sentiment mais sans sentimentalisme. 

A titre de comparaison, vous pouvez regarder le court métrage de Bertrand Fèvre " Chet's romance " (1987) où Chet Baker interprète " I am a fool to want You " accompagné d'Alain Jean-Marie (piano), Riccardo del Fra (piano) et George Brown (batterie). 

La prochaine séance du festival Jazz et Images aura lieu au Cinéma Balzac, à Paris, le vendredi 16 mars 2018 à 21h. Elle sera consacrée à Herbie Hancock, Sorcier des claviers.  

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Jon Hendricks par Michele Hendricks

Publié le par Guillaume Lagrée

Jon Hendricks (1921-2017)

par

Michele Hendricks 

 

Propos recueillis à Paris le mercredi 24 janvier 2018

 

Dans « Le Nouveau dictionnaire du Jazz », Michele Hendricks suit Jon Hendricks et précède Jimi Hendrix. La fille suit son père dans l’ordre alphabétique, harmonique, mélodique et rythmique.

Après le décès de son père le 22 novembre 2017 à New York, Michele Hendricks qui vit, chante et enseigne en Ile de France, a bien voulu m’offrir ses souvenirs de Jon Hendricks. Qu’elle en soit remerciée ici et maintenant.

Question : Quel effet ça fait d’avoir un génie pour père ?

Réponse : Il y a les bons et les mauvais côtés. Musicalement, c’était formidable. Il était une inspiration incroyable. Il ne lisait pas la musique mais il comprenait tout à l’oreille et il chantait tous les accords. J’ai grandi avec l’oreille mais j’ai appris, adulte, à lire et écrire la musique pour communiquer avec les musiciens.

Q : Que vous a-t-il transmis comme artiste et comme père ?

R : Il était dans son monde, dans la musique, tout le temps. Il s’occupait de lui. Musicalement, il n’y avait pas de limite. C’était un exemple. Le fait de ne pas être musicien ne le freinait pas. Il se considérait comme un musicien et les musiciens le considéraient comme tel. Il avait des oreilles d’éléphant. Il était très respecté par les musiciens. Je suis une consoeur pour les musiciens même si je ne joue pas.  Mon père disait toujours « Listen » (Ecoute). Il n’enseignait pas mais j’ai retenu cette leçon.

Q : Avec une vie si longue et si riche, des légendes circulent sur votre père. Par exemple, est-il vrai qu’il a débarqué en Normandie le 6 juin 1944, qu’il a déserté à cause du racisme dans l’US Army et a été emprisonné en camp disciplinaire en Allemagne ?

R : C’est vrai qu’il a débarqué en Normandie mais pas dans la première vague du 6 juin 1944. Il était menacé car des Blancs tiraient sur des Noirs dans l’Armée américaine. Il a déserté pour sauver sa peau. Il n’était pas combattant mais secrétaire car il savait taper à la machine à écrire. Il gérait des stocks et a fait du marché noir. Il a gagné de l’argent comme cela. Il a été attrapé, condamné à mort puis à perpétuité mais il a réussi à truquer les papiers pour être libéré. Il était vraiment malin. Il s’est caché deux ans en France alors qu’il était Noir et Américain. C’est là qu’a commencé son histoire d’amour avec la France.

Q : Votre père a vécu 96 ans ce qui est très vieux pour un Jazzman. Je suppose qu’il a eu une vie saine. Comment a-t-il vécu l’évolution de la musique noire américaine du Blues au Rap ?

R : Il a surtout eu une vie clean avec ma mère les 50 dernières années car elle était très bio. Il n’aimait pas l’évolution de la musique noire américaine. Il admettait que la musique devait évoluer mais il n’aimait pas. Par exemple, quand nous vivions à Londres, au début des années 1970, nous sommes allés écouter Miles Davis sur scène. J’étais très excitée d’aller écouter Miles ! Mais c’était le Miles Davis électrique. Il n’aimait pas du tout. Il était Swing et Be Bop. Mais, même dans ce genre, il n’aimait pas la chanteuse Betty Carter. Ses changements rythmiques ne lui plaisaient pas. Il trouvait que c’était une insulte au compositeur. Il est resté dans son style toute sa vie. Moi j’aimais le heavy metal, le hard rock quand j’étais jeune. Après que j’ai écouté un disque de Rock, il me faisait toujours écouter un disque de Jazz, de Swing pour me montrer que c’était mieux.

Q : Votre père est réputé pour son amour des groupes vocaux. Pourquoi ?

R : Il avait des phases où il hésitait en solo et groupe choral. Il aimait les vocalises, le travail en groupe même après Lambert, Hendricks & Ross. Il appréciait ce que faisaient les musiciens et faisait de même avec des chanteurs.

Q : Votre père aimait beaucoup la musique classique au point de chanter avec un orchestre classique, celui de Toledo mais sans jamais devenir chanteur lyrique. Il n’a jamais été tenté de chanter de l’opéra ?

R : Il écoutait beaucoup de musique classique. Il a écrit des paroles sur les orchestrations de Gil Evans. Il a écrit des vocalises sur Rimski-Korsakov et Rachmaninov. Il adorait ces harmonies. Il en pleurait.

Q : Pouvez vous expliquer le spectacle écrit par votre père « Evolution of the Blues » ?

R : C’était un projet pour le Monterey Jazz Festival. C’est une histoire de l’évolution du Jazz depuis l’esclavage, le Blues, le Jazz, le gospel. C’était un super spectacle. Il a tourné cinq ans à San Francisco, un an à Los Angeles. Des problèmes légaux ont empêché de jouer le spectacle à Broadway (New York). J’ai participé à ce spectacle. Le narratif était ponctué par des chants et des danses. Tout était rimé. Même pour ses critiques de Jazz dans le San Francisco Chronicle, tout était rimé. C’était un poète dans l’âme. J’aimerais retrouver ses archives.

Q : Votre mère était-elle chanteuse elle aussi ?

R : Mon père a divorcé de ma mère biologique quand j’avais 4 ans. Ma belle-mère, Judith, chantait. C’était le groupe Jon Hendricks and Family avec son épouse et ses enfants. Ce n’est pas toujours facile de travailler en famille mais j’ai adoré la polyphonie. Il me donnait un morceau et je devais trouver les 4 voix. J’étais la seule à lire et écrire la musique. Je l’écrivais, chantais toutes les voix sans partition. C’était un entraînement incroyable. Je mémorisais les solos ce qui m’aidait à improviser.

Q : Avec une si longue et si riche carrière, Jon Hendricks a eu des admirateurs, des disciples. Les avez-vous rencontrés ?

R : Il avait des admirateurs, des disciples. Il improvisait comme un saxophone. Le jeudi 15 février 2018, à Portland, Oregon, au PDX Jazz Festival, je donnerai un concert hommage avec Kurt Elling. Il aurait dû être là mais nous chanterons pour lui tout de même. Kevin Mahogany est mort il y a quelques semaines. Al Jarreau est mort peu de temps avant. Mark Murphy lui aussi écrivait des mots sur les notes. Bobby Mc Ferrin a chanté avec le groupe Jon Hendricks and Family pendant 11 mois. J’ai beaucoup appris avec lui. Il est incroyable. C’est un de mes Maîtres. Mon père et lui se respectaient. J’ai parlé de lui à mon père. Il a écouté et apprécié. Le groupe, c’était mon père, ma mère, moi et mon frère. Mon frère a quitté le groupe 3 jours avant un concert à New York. J’ai appelé Bobby Mac Ferrin. Il est arrivé et a appris tout le répertoire du groupe en 3 jours. Quelle mémoire ! Lui seul, sur scène, avec un micro, il fait les accords, les mélodies, les percussions, le piano.

Q : Vous avez dit que votre père adorait la France mais il n’y a jamais vécu à part cette période de la Deuxième Guerre mondiale. Pourquoi ?

R : Il y a un respect pour le Jazz en Europe. Les musiciens américains de Jazz gagnent 90% de leurs revenus en Europe. Il voulait vivre en France mais ne l’a pas fait. Chaque excuse était bonne pour venir en France. Nous avons vécu à Londres pendant 5 ans au début des années 70. J’ai alors visité Paris et j’en suis tout de suite tombé amoureuse. Après être tombé amoureuse de Paris, je suis tombé amoureuse d’un Parisien et je me suis installé à Paris en 1991

Q : Comment a-t-il rencontré votre belle-mère ?

R : Ma belle-mère travaillait au Birdland à New York. C’était une fan. D’où leur rencontre pendant un concert de Lambert, Hendricks & Ross.

Q : Jon Hendricks a chanté les Sacred Concerts de Duke Ellington avec le Duke et son orchestre. Quel souvenir en gardait-il ?

R : C’était un des sommets de sa carrière. Il adorait les arrangements du Duke. Aujourd’hui, j’enseigne le chant Jazz et j’ai des élèves qui ne connaissent pas Duke Ellington ! Mais que veulent-ils apprendre ? Aux Etats Unis le Jazz n’est pas enseigné à l’école alors la mémoire de cette musique se perd.

Q : Avez-vous un dernier mot à ajouter sur votre père ?

R : Il adorait les vêtements. C’était un dandy. Même pour sortir dans la rue faire ses courses, il mettait le costume, le gilet, la cravate, la pochette et le chapeau. Sur scène, il ne supportait pas les musiciens mal habillés, mal rasés. Pour lui, c’était un manque de respect pour le public. J’enregistrerai un album en hommage à mon père avec mon groupe et quelques invités. Je ferai aussi du rerecording pour chanter toutes les voix. J’ai une trentaine de chansons écrites par mon père. Il va falloir choisir.

 

En illustration de cet article, je vous propose lectrices Swing, lecteurs Bop, Jon Hendricks chantant sa version du " Watermelon Man " d'Herbie Hancock puis le meilleur groupe vocal de l'histoire du Jazz, Dave Lambert, Jon Hendricks & Annie Ross, improvisant sur " Airegin " de Sonny Rollins. Jon Hendricks chante et mime le solo de saxophone ténor. Ahurissant! Pour mes fidèles lecteurs Yoruba (j'en ai), Airegin est l'anagramme de Nigeria. 

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