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Jérôme Sabbagh Trio nous embarque sur la péniche Anako

Publié le par Guillaume Lagrée

Jérôme Sabbagh Trio

Péniche Anako

Paris. Mercredi 9 mai 2018. 20h.

 

Jérôme Sabbagh: saxophone ténor

Ben Monder: guitare électrique

Daniel Humair: batterie

Lectrices fidèles, lecteurs constants, je vous ai chanté les louanges de l'album " I will follow You " du trio Jérôme Sabbagh, Ben Monder et Daniel Humair en 2010, deux concerts de ce même trio à Paris, au Sunset et au Sunside en 2011 (cf vidéo sous cet article) et Jérôme Sabbagh avait expliqué sa démarche créatrice dans une interview pour ce blog en 2013. La musique de ce trio a aussi été jouée avec Jozef Dumoulin (orgue Hammond) à la place de Ben Monder dans un concert à Paris, au Duc des Lombards, en 2013.

Bref, il m'a fallu 7 ans de réflexion pour entendre de nouveau ce trio en concert.

Daniel Humair teste ses cymbales aux baguettes. Une phrase du sax est reprise par la guitare. Ca monte d'un coup sans prévenir. Daniel fait monter la pression aux tambours. Vulcain chauffe sa forge, enfin Daniel Humair chauffe la batterie. Son heurté de la guitare. L'orage gronde. Le tonnerre de la batterie, les éclairs de la guitare et du saxophone. C'était une improvisation puis " Comptine " de Jérôme Sabbagh (cf vidéo sous cet article).

Une nouvelle composition du leader. Un ballade mais toujours avec l'énergie du trio. Humair et Monder distillent les notes avec le soin d'alchimistes chevronnés. Ils font monter la pression progressivement par paliers vite franchis. Le son du sax vient ajouter du liant à cette crème fouettée. 

Solo de batterie aux baguettes. Ca roule et vibre comme seul sait le faire Daniel Humair. Il hache menu le tempo que ponctue la guitare de petits glissements. La cuisine devient diabolique puis tout se calme pour un dialogue guitare sax. Puis le trio décolle, chaud et froid, agréable et dérangeant. Un peu trop fou pour un couple de spectateurs qui sort discrètement. Nouvelle montrée en flèche du trio. Orgasme sonore. D'ailleurs, après cette apogée, la tension redescend doucement. Ca remonte brusquement, à la fois brutal et calme. Puissant. Solo de guitare avec des effets d'écho et de dédoublement. L'électronique au service de la musique. Un élan et le trio repart vers le final.

Jérôme démarre seul, plus calme, avec un joli vibrato. Daniel et Ben arrivent doucement. Le tempo accélère progressivement. Le guitariste ajoute sa vibration. Humair cingle la cymbale avec la baguette dans la main droite et tapote le tambour de la main droite. Le trio va citius, altius, fortius, suivant la devise olympique. Ca swingue, saperlipopette!

PAUSE

Daniel Humair bat le rappel de la troupe. Le trio remet la pression d'emblée. Après un nouveau moment fort, tout se calme pour atterrir sur un standard du Jazz " I should care ". Une ballade jouée comme il se doit. Solo de guitare détendu avec un bel effet d'écho. Un coup de baguettes et le trio repart. Humair fait scintiller ses cymbales. Fin tout en douceur. 

Daniel Humair attaque ses tambours aux baguettes. Sévère mais juste. Le trio tourne doucement autour de la mélodie. Ca s'énerve d'un coup de folie à 3. Folie maîtrisée. Ces démons savent ce qu'ils font. La péniche Anako se met à tanguer tant ils y mettent d'énergie vitale. Tout s'arrête pour reprendre la ballade de départ. C'était une composition de Jérôme Sabbagh puis " I should care " et " More " (Jérôme Sabbagh).

Jérôme Sabbagh nous annonce qu'ils vont jouer quelque chose d'autre. Ce qui ne signifie pas qu'ils joueront  " Something else " d'Ornette Coleman. Ca vibre et plane. Duo guitare batterie qui bâtit le mur du son. C'est du solide. Pas besoin de substance illicite et nuisible pour la santé pour décoller. Ils détruisent eux mêmes le temple qu'ils ont construit. 

Solo de batterie avec chiffons et baguettes. Daniel Humair retient le temps. Solo de guitare tout en douceur. Dialogue entre la guitare aux effets maîtrisés à la perfection et les roulements de tambour. Ca gronde doucement. C'est hypnotisant. Comme nous, Jérôme Sabbagh écoute attentivement jusqu'au final.

Retour au swing avec un duo batteur, toujours aux baguettes et saxophone ténor. Un air moqueur, interrogatif, joué à 3, en bloc. C'était " Drum Music " de feu Paul Motian dont Jérôme Sabbagh eut l'honneur d'être le dernier saxophoniste. 

Un seul regret sur ce concert: que Daniel Humair n'ait pas joué aux balais. C'est bien mince par rapport à toutes les bonnes sensations, aux vrais moments de grâce que dispense ce trio rare sur scène. 

La photographie de  Ben Monder est l'œuvre de l'Indestructible Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette œuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

Ben Monder par Juan Carlos HERNANDEZ

Ben Monder par Juan Carlos HERNANDEZ

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Martial Solal " Solo Piano " . Unreleased 1966 Los Angeles Sessions

Publié le par Guillaume Lagrée

" Solo Piano "

Unreleased 1966 Los Angeles Sessions

Volume 1

Martial Solal

Enregistré aux Studios Whitney, à Glendale, Californie, USA, les 18 , 19 et 21 juin 1966.

Fresh Sounds Records. 2018.

Martial Solal: piano

En 1946, Ross Russell avait créé le label Dial Records pour enregistrer Charlie Parker. En 3 ans d'existence, ce label a marqué l'histoire de la musique. 

20 ans après, en 1966 donc, Ross Russelld décide de créer un nouveau label. Il invite Martial Solal à enregistrer à Los Angeles, dans les studios Whitney, sur un beau Steinway. Martial ne se fait pas prier, vient, joue seul au piano les standards du Be Bop, des compositions de Charlie Parker, Dizzy Gillespie, Thelonious Monk et quelques vieux standards de Broadway. Il rentre à Paris et l'album n'est jamais sorti.

Heureusement pour nous, lectrices rythmées, lecteurs endiablés, le label Fresh Sounds Records existe. Ces vaillants Catalans ont l'art de dénicher des raretés d'hier et d'aujourd'hui, de les produire, de les vendre, de les distribuer, bref, de nous permettre d'en profiter.

Martial Solal ( 1927) avait oublié cette séance. Stimulé par les questions de Jordi Pujol, le patron de Fresh Sounds Records, il ravive ses souvenirs dans le livret de présentation de l'album.

Ensuite, il n'y a plus qu'à écouter la musique. Là, c'est le château de Vaux-le-Vicomte la nuit du 17 août 1661. Un éblouissement constant des sens et de l'esprit.

Martial Solal mêle la virtuosité d'Art Tatum à l'intégrité de Thelonious Sphere Monk. Il en fait du Martial Solal. 

Heureusement, c'est enregistré. A la première écoute, vous êtes juste éberlué. Le temps de vous en remettre, vous écoutez une deuxième fois, vous êtes ébloui. La troisième, ébahi. La quatrième, épaté. La cinquième, émerveillé. La sixième, surlecuté. Et ainsi de suite. Si vous êtes un éminent pianiste musicologiste, vous pouvez toujours écouter et réécouter cette musique, l'arrêter, revenir en arrière, aller en avant, lire les partitions à l'endroit et à l'envers, bref, essayer de comprendre ce qui se passe. Même si vous y arrivez, vous n'arriverez pas à le refaire.

Seul, face au piano, Martial Solal n'a certes pas de partenaire pour le stimuler mais il n'a ni limite ni contrainte. Si, il respecte tout de même le format chanson des morceaux. Au plus court, c'est 3'20 pour le 13e et dernier " Un poco loco " de Bud Powell. Au plus long, il va jusqu'à 8'53 pour une version diabolique du " Night in Tunisia " de Dizzy Gillespie (n°4).

La plupart des musiciens ont bien du mal à nous raconter une histoire intéressante. Martial Solal doit se juguler car il en a plusieurs en même temps qui surgissent de son cerveau fertile et de ses doigts habiles. Avec le niveau d'exigence qu'il se fixe, l'auditeur doit suivre ou laisser tomber.

Le Be Bop représenta, lors de sa création, entre 1941 et 1945, un saut qualitatif dans l'histoire du Jazz de par sa complexité. " Jouer Be Bop, c'est comme jouer au Scrabble mais sans les voyelles " (Duke Ellington). 20 ans après, Martial Solal y ajoute encore plus de complexité sans jamais perdre ni sa fraîcheur ni son humour. Le Free Jazz n'était pas son truc. Il en fit du " Jazz frit " . Il transforme les standards du Be Bop pour en faire sa chose. Ils sont à la fois reconnaissables et méconnaissables, bref, uniques.

Lectrices rythmées, lecteurs endiablés, réjouissons nous car cette édition de 2018 d'un enregistrement resté en cave depuis 1966 n' en est que le premier volume. Qui dit volume 1 suppose un volume 2. Je m'en lèche les babines d'avance.

Pour illustrer cet article, tiré de cet album, le morceau qui l'ouvre,  " Groovin' High "  de Dizzy Gillespie (extrait audio) et une vidéo de 1965 où Martial Solal joue avec Michel Gaudry (contrebasse) et Ronnie Stephenson (batterie) " On Green Dolphin Street ", composition qui ne figure pas sur le volume 1 de cet album californien. Espérons qu'elle figurera dans le volume 2.

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" Le Lambeau " Philippe Lançon

Publié le par Guillaume Lagrée

" Le Lambeau "

Philippe Lançon

Editions Gallimard, Paris, 2018, 512 pages.

 

" On est puceau de l'horreur comme on l'est de la volupté " (Louis Ferdinand Céline, " Voyage au bout de la nuit "). C'est son dépucelage brutal et son réapprentissage de la vie que raconte ici Philippe Lançon, journaliste et écrivain, du 6 janvier 2015, le jour d'avant au 13 novembre 2015, jour du massacre du Bataclan

Le 7 janvier 2015, Philippe Lançon allait quitter la conférence de rédaction de Charlie Hebdo lorsqu'il voulut montrer à Cabu, un Fou de Jazz, un livre de photos du label Blue Note, the finest in Jazz since 1939. C'est pourquoi il ne croisa pas les tueurs dans l'escalier mais dans la salle de rédaction, se prit une balle d'AK47 dans la mâchoire, fit le mort et survécut. 

Puisque rien ne lui a été épargné, Philippe Lançon ne nous épargne rien. Le massacre, l'intervention des secours, les chirurgiens ( surtout une chirurgienne qui tape dans l'œil du président de la République François Hollande), les infirmiers, les aides-soignants, la famille, les amis, la compagne que j'avais croisé lors d'un concert moyen d'Aldo Romano.

Après s'être reconnu dans ma chronique du concert d'Aldo Romano, Philippe Lançon m'avait écrit. Mon style l'avait déçu en bien, comme disent les Suisses. Venant d'un auteur de cette qualité, le compliment m'a fait grand plaisir. Ensuite, je l'ai emmené découvrir Lennie Popkin, qu'il a beaucoup apprécié. Philippe a même gracieusement fourni pour ce blog une chronique de concert de Tom Harrell à New York au Village Vanguard. Tout cela, c'était avant. Avant que Philippe Lançon ne soit transformé en lambeau et n'ait à se reconstruire. 

Je n'ai jamais revu Philippe Lançon dans un club de Jazz mais il en écoute toujours car la musique a fait partie de sa reconstruction: Bach d'abord,  Bill Evans ensuite (cf extrait audio sous cette chronique) et le son Blue Note (cf. la vidéo sous cet article. Dexter Gordon, sax ténor; Georges Gruntz, piano; Guy Pedersen, contrebasse et Daniel Humair, batterie en club aux Pays-Bas en 1964). Nous devons croire au printemps. 

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Lucky Dog " Live at the Jacques Pelzer Jazz Club "

Publié le par Guillaume Lagrée

Lucky Dog

" Live at the Jacques Pelzer Jazz Club "

Enregistré en concert au Jacques Pelzer Jazz Club, Liège, Belgique, les 7 et 8 février 2017.

Un album Fresh Sounds Records. Sortie le vendredi 8 juin 2018

 

Lucky Dog est composé de

Frédéric Borey: saxophone ténor, compositions

Yoann Loustalot: trompette, bugle, compositions

Yoni Zelnik: contrebasse

Frédéric Pasqua: batterie

Lucky Dog sera en concert:

- Lundi 25 juin 2018 à 20h30 sur la Péniche Marcounet, à Paris (75), France. Concert de sortie de l'album.

- Dimanche 1er juillet 2018 au Respire Jazz Festival à l'abbaye de Puypéroux (16), France.

- Samedi 10 novembre 2018 à l'Apostrophe, à Paris (75), France.

- Jeudi 28 mars 2019 au Bird's Eye à Bâle, Suisse. 

- Vendredi 29 mars 2019 au Club Chorus à Lausanne, Suisse.

Lectrices attentives, lecteurs exhaustifs, vous avez noté que je vous ai déjà chanté les louanges du quartet Lucky Dog, en concert à Nantes en 2016 grâce à mon honorable correspondant nantais, Monsieur P et en concert à Paris en 2017, à la veille de cet enregistrement, lui aussi en concert mais à Liège, en Belgique, au Jacques Pelzer Jazz Club

Grâce au superbe label de Barcelone, Catalogne, Espagne, Fresh Sounds Records, l'énergie vitale de ce quartet est désormais à votre disposition, lectrices attentives, lecteurs exhaustifs.

Un quartet sax ténor, trompette, contrebasse, batterie, cela fait forcément penser au mythique quartet de Sonny Rollins avec Don Cherry, Bob Cranshaw ou Henry Grimes et Billy Higgins. Cf " Our Man in Jazz " lui aussi enregistré en concert (1962-1963). Autre référence, le quartet  de Don Cherry avec Dewey Redman, Charlie Haden et Ed Blackwell,  " Old and New Dreams " (1979), dédié à Ornette Coleman

L'expression " Old and New " se retrouve dans le morceau final, une composition de Frédéric Borey, " Old and New " (10), clin d'œil à l'album " Old and New Songs " de Yoann Loustalot dans lequel Frédéric Borey ne figure pas. C'est dire le bon esprit qui règne au sein du quartet Lucky Dog. 

Sur cet album, curieusement, j'ai un faible pour les morceaux auxquels sont attribués des chiffres pairs. N°4, " C'est tout " (cf extrait audio sous cet article), n°6 " Waterzooi suite " (hommage à la Belgique où fut enregistré cet album), n°8 " Instant I " et le n°10 " Old and New " déjà cité. 

Vieux et Neuf (Old and New in english), cela correspond bien à l'esprit de cet album. Vieux parce qu'il s'agit d'un quartet acoustique dans une formule déjà utilisée par des Géants du Jazz. Neuf parce que ce sont des compositions personnelles qui sonnent comme des standards sans en être, autre hommage à Sonny Rollins. Neuf parce que ce sont des musiciens vivants, en activité, dont l'énergie vitale passe l'obstacle de l'enregistrement sans peine. 

" Le Jazz, c'est comme les bananes, ça se consomme sur place " (Jean-Paul Sartre). Après avoir acquis et écouté attentivement cet album enregistré en concert, vous pourrez aller, lectrices attentives, lecteurs exhaustifs, le comparer avec de nouvelles versions de ces morceaux lors des prochains concerts du quartet Lucky Dog indiqués en chapeau de cette chronique.

Prochain rendez-vous avec Lucky Dog en concert sur la Péniche Marcounet, à Paris, Ile de France, France, le lundi 25 juin 2018 à 20h30. Par ici, la sortie!

La photographie de Frédéric Borey est l'œuvre du Tonitruant Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette œuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

Frédéric Borey par Juan Carlos HERNANDEZ

Frédéric Borey par Juan Carlos HERNANDEZ

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" Dictionnaire amoureux du Jazz " Patrice Blanc-Francard

Publié le par Guillaume Lagrée

" Dictionnaire amoureux du Jazz "

Patrice Blanc-Francard

Editions Plon, Paris, 2018, 635 p.

 

Lectrices Swing, lecteurs Hot, comme je l'ai déjà écrit sur ce blog, la Bible du Jazz en français c'est le " Nouveau dictionnaire du Jazz " dirigé par Philippe Carles, André Clergeat et Jean-Louis Comolli dont la dernière édition date de 2011. Tout y figure. Les musiciens américains et européens, japonais même, les instruments, les styles, les villes, les lieux du Jazz, rien ne manque.

Par contre, comme toute Bible, c'est imposant et intimidant. Pour découvrir le Jazz, je vous ai déjà parlé de l'ouvrage britannique " 3 minutes pour comprendre les 50 concepts, styles et musiciens du Jazz ".

Voici que le Français Patrice Blanc-Francard (1942), homme de radio et de télévision, ingénieur du son, animateur et producteur, nous propose sa vision en un " Dictionnaire amoureux du Jazz " qui respire la passion de la musique et des musiciens. 

Il ne parle que de musiciens à part La Nouvelle Orléans, seul lieu du Jazz évoqué et " Autour de minuit " (1986) le film de Bertrand Tavernier (cf vidéo sous cet article). Il ne parle d'ailleurs que de musiciens américains à part Django Reinhardt (1910-1953) qui demeure le musicien français de Jazz le plus connu et le plus respecté dans le monde, à juste titre. Parler de Django Reinhardt sans consacrer un article à son complice Stéphane Grapelli me semble regrettable. Le deuxième musicien français à bénéficier d'un article dans ce dictionnaire est le saxophoniste Jacques Schwartz-Bart. Jacques qui? " You can not be serious! " (John Mac Enroe). Non que j'ignore l'existence de ce saxophoniste bien vivant mais ce que j'en ai entendu ne m'a jamais donné envie de l'écouter. S'il s'agit de sax ténor, en France, Barney Wilen (1937-1996) est bien plus important dans l'histoire du Jazz et, pour le piano, la composition, la direction d'orchestre, le Jazz, Martial Solal (1927) est d'une toute autre dimension. 

Hormis ce désaccord stylistique, la méthode de l'auteur me plaît. Il nous raconte de belles histoires, ses découvertes, ses émerveillements et suggère des livres, des disques, des vidéos sur Internet pour découvrir cette musique toujours vivante après plus d'un siècle d'existence. 

Les articles sont courts, vivants, bien menés. Ils vous donnent faim et soif de Jazz, corps et âme. 

Ornette Coleman (1930-2015) lui figure bien dans ce dictionnaire (cf photo et extrait audio dans cet article). A consommer sans modération. 

Les photographies d'Ornette Coleman sont l'œuvre du Libre Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette œuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

Orntette Coleman par Juan Carlos HERNANDEZ

Orntette Coleman par Juan Carlos HERNANDEZ

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Dan Tepfer & Garth Stevenson en voyage à Paris

Publié le par Guillaume Lagrée

Dan Tepfer

&

Garth Stevenson

Paris. Jeudi 19 avril 2018. 20h30.

Concert privé sur réservation

Dan Tepfer: piano, ordinateur, chant

Garth Stevenson: contrebasse, pédale, boucles

Dan Tepfer reçoit à Paris son ami Garth Stevenson. Il nous le présente. Une musique ambiante, pour cours de yoga sauf que celle-ci n'est pas mauvaise. C'est comme la musique pour salle de sports. Il semble qu'elle soit faite pour vous dégoûter de faire du sport. Garth Stevenson aime voyager avec sa contrebasse. Il a joué en Antarctique devant des pingouins, des mouettes, des éléphants de mer. 

Première partie: Garth Stevenson

" Dawn ", musique inspirée par les chants de baleine et l'aurore. C'est maritime à souhait. A l'archet. Le chant des baleines transcrit sur une contrebasse. En effet, ça le fait. Selon Kate Stafford, océanographe à l'université de Washington (USA), " les baleines boréales sont des chanteuses de Jazz alors que les baleines à bosse sont des chanteuses classiques ". En effet, les baleines boréales improvisent et varient leurs chants. La raison de cette créativité n'est pas encore trouvée. Les chercheurs cherchent encore. En glissant l'archet de biais et en inclinant la contrebasse, cela produit le bruit des vagues. J'ai entendu ce truc, en version acoustique, avec " Week end à Deauville " de l'Orchestre de contrebasses. Ici, l'effet est amplifié, prolongé grâce à la fée Electricité.

La figure rythmique que Garth Stevenson vient de créer se répète en boucle grâce à l'électronique. Il repart à l'archet, majestueux. C'est lent et scandé comme un marche funèbre. Pour autant, la musique est grave mais pas triste. Toujours inspiré par les abysses. Une musique marine, grave et profonde comme un appel dans la nuit. Digne des Contemplations de Victor Hugo où la Mer est omniprésente. 

Vous ne pouvez pas jouer le chant des baleines à la contrebasse nous dit Garth Stevenson. Il sait de quoi il parle et pourtant il m'a fait croire qu'il pouvait le faire. " Flying " (cf vidéo sous cet article) est inspiré par de méchants albatros qui voulaient le tuer pendant qu'il jouait en Antarctique. Sans aller si loin, un ami s'est fait attaquer par des mouettes alors qu'il marchait le long de la baie de Saint Malo (35). Heureusement, les aboiements de son chien les ont fait fuir car elles visaient la tête et leur bec est capable de percer un crâne humain. La musique est très imagée. J'entends des battements d'ailes, je vois des vols planés menaçants des albatros. Le thème joué à l'archet tourne en boucle alors qu'il improvise en pizzicato voire en percussions sur la contrebasse. Puis il inverse, faisant tourner la pulsation pendant que l'archet étire les sons.

Si j'ai bien compris (mon manque de pratique de l'anglais d'un Canadien qui vit à New York me trahit)  le chant de la baleine (boréale ou à bosses?) est en 3 parties: l'appel aux amis, le passage des amis, la fonte des icebergs. Ce séjour en Antarctique a changé la définition des couleurs blanc et bleu chez Garth Stevenson. Blanc et bleu, deux des trois couleurs des drapeaux américain et français. Toujours des bruitages de mer froide. Dans l'Atlantique Sud, si vous êtes sur un navire, vous vous trouvez à une plus grande distance de toute habitation humaine qu'un astronaute dans une station orbitale autour de la Terre. Le chant des baleines en dessous, celui des mouettes au dessus. Planant.

Deuxième Partie: Dan Tepfer

Dan commence par recycler les sons du concerts précédent avec un ordinateur portable. Musique de jeu vidéo. Il y répond avec des notes plaquées sur le piano. Cela devient un duo piano & ordinateur. Les sons électroniques s'effacent et le pianiste reprend la main. C'est maintenant un solo de piano. Grave et mélancolique, baby. Alternance de jeu entre piano et PC. La musique vogue sur les flots bleus obscurs de l'Atlantique Sud. Parfois, c'est de l'ordinateur que la musique est improvisée alors qu'un son de piano enregistré dans l'instant tourne en boucle. Envoûtant. Un peu de percussions sur le piano pendant qu'une ligne continue sort du PC. La ligne du PC. Une lumière rouge projetée sur le mur qui sert de fond de scène. Dan Tepfer est un communiste! Pourra t-il rentrer aux Etats Unis d'Amérique présidés par Donald Trump après ce concert? Du scat avec vocoder pour créer une nouvelle vibration.

Ce flux continu de création électroacoustique décline jusqu'à cesser.

Enfin, Dan Tepfer et Garth Stevenson ne jouent plus en simple mais en double messieurs.

Un standard de Jazz qui s'imposait après ces deux solos: " Alone together ". La voix de Chet Baker colle parfaitement avec cette version. Elle surgit de ma mémoire et se mêle à ce que j'écoute. Ce n'est pas une madeleine qui se dissout dans mon thé mais c'est proustien. Leur version oscille entre le thème simple et clair et des improvisations parfois acoustiques, parfois électriques. Ils aiment surprendre et varier les plaisirs.

Cela fait des années que j'écoute Dan Tepfer et en écris du bien. Ce blog en porte de nombreuses traces. Grâce à lui, ce soir, j'ai découvert Garth Stevenson et c'est le concert de Garth Stevenson que j'ai préféré. Lui m'a captivé du début à la fin alors que Dan Tepfer m'a parfois perdu en cours de route. C'est le risque avec la musique d'improvisation. Vous suivez ou vous ne suivez pas.

Dan Tepfer sera de nouveau en concert  à Paris, au Sunside, en duo avec Leon Parker (batterie, percussions),  le mercredi 9 mai 2018 à 21h.

 

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No Filter . Le nouvel album de Jérôme Sabbagh a besoin de vous.

Publié le par Guillaume Lagrée

Lectrices non fumistes, lecteurs non fumeurs, rassurez vous, il ne s'agit pas ici de faire de la réclame pour une herbe légale dont la combustion est nocive pour la santé humaine, animale et végétale.

Le saxophoniste ténor français Jérôme Sabbagh, domicilié à New York, a enregistré un nouvel album avec Joe Martin (contrebasse), Kush Abadey (batterie) et Greg Tuoehey (guitare électrique), " No Filter ". Pour produire l'album en CD, vinyle et sur la Toile, un appel aux dons est lancé sur Kickstarter.

Objectif 18 260$. Déjà 10 000€ atteints et il reste 9 jours pour contribuer. C'est jouable. Ce n'est pas déductible fiscalement mais cela vous donnera la satisfaction, lectrices non fumistes, lecteurs non fumeurs, de contribuer à répandre la Beauté. Rassurez vous, même si vous fumez, vous avez le droit de participer.

Pour vous mettre en appétit, voyez la vidéo du quartet en concert sous cet article. 

La photographie de Jérôme Sabbagh est l'œuvre de l'Exécrable Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette œuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales

Jérôme Sabbagh par Juan Carlos HERNANDEZ

Jérôme Sabbagh par Juan Carlos HERNANDEZ

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Sélection de concerts de Jazz en Ile de France et en Bourgogne pour mai 2018

Publié le par Guillaume Lagrée

Lectrices en fleur, lecteurs en fruit, c'est armé d'iniquité et de mauvaise foi que je vous propose la sélection suivante de concerts de Jazz à Paris et en Ile de France pour mai 2018.

Si vous ne pouvez y assister, écoutez les concerts diffusés dans les émissions Jazz Club et Les Légendes du Jazz sur France Musique et Jazz Live sur TSF Jazz.

Pour un panorama complet sur l'Ile de France, voyez Paris Jazz Club. Pour la France et l'Europe, voyez Jazz Magazine.

Le festival Jazz à Saint Germain des Prés fera swinguer Paris du jeudi 24 mai au lundi 4 juin 2018. Concerts gratuits et payants, dedans et dehors, de vieilles branches américaines et de jeunes pousses françaises, y en aura pour tout le monde!

Le festival Parfums de musique à la Roseraie du Val de Marne à l'Haÿ-les-Roses (94) vous enchantera du samedi 19 au lundi 21 mai avec du Jazz cubain, de la Salsa, du fado, du klezmer, du chant mongol et kurde au milieu des roses en fleur.

Le festival des Rencontres Musicales de Noyers à Noyers sur Serein (89) en Bourgogne, un des plus beaux villages de France, ouvrira en avant-première dimanche 20 mai à 18h avec un récital d'accordéon de Richard Galliano, Maître du mélange entre Jazz, tango, musette et classique.

Sunset-Sunside, Paris

Jeudi 3 mai à 21h, Sunside: Claudia Solal & Benjamin Moussay, duo qui m'enchante depuis 12 ans. Je ne m'en lasse pas. 

Mercredi 9 mai à 21h, Sunside: Dan Tepfer (piano ) & Leon Parker (batterie, percussions). Percutant!

Vendredi 11 mai à 21h30, Sunset: Alex Stuart & Warren Walker " Collektor ". Electrique. 

Samedi 12 mai à 21h30, Sunside: Lenny Popkin & Alain Jean-Marie Quartet. La Quintessence du Cool. Cette musique purifie les conduits auditifs et aère les cerveaux. Cf. extrait audio sous cet article.

Vendredi 18 mai à 21h30, Sunside: Dexter Goldberg Trio. Jeune pianiste français prometteur.

Samedi 19 et dimanche 20 mai à 20h30, Sunset: Georges Garzone Crescent Group. Un Boss du Ténor.

Samedi 19 et dimanche 20 mai à 21h30, Sunside: Riccardo del Fra " My Chet My Song " avec Pierrick Pédron (sax alto). Classieux. 

Vendredi 25 mai à 21h30, Sunset: Fred Pasqua Quartet avec Fred Pasqua (batterie), Nelson Veras (guitare), Yoann Loustalot (trompette) et Yoni Zelnik (contrebasse). 

Baiser Salé, Paris

Les Caribéennes de mai, festival de Jazz caribéen tout le mois de mai avec notamment le légendaire flutiste martiniquais Max Cilla, jeudi 10 mai à 21h30.

Duc des Lombards, Paris

Vendredi 11 et samedi 12 mai, 19h30 & 21h30: Tom Harrell Quintet. Un trompettiste bouleversant. 

Lundi 14 et mardi 15 mai, 19h30 & 21h30, Géraud Portal " Let my children hear Mingus ", concerts de sortie du double album enregistré en concert au Duc des Lombards les 15 et 16 décembre 2017.

Jeudi 24, vendredi 25 et samedi 26 mai, 19h30 & 21h30: Randy Weston, Géant du Jazz (2m07 tout de même), qui depuis les années 1960 voyage en Afrique à la recherche de ses racines.

New Morning, Paris

Lundi 7 mai, 21h: Dave Douglas & Joe Lovano rendent hommage à Wayne Shorter. " Sound Prints ". 

Péniche Anako, Paris

Mercredi 9 mai, 20h: " I will follow You ". Jérôme Sabbagh (sax ténor), Ben Monder (guitare électrique), Daniel Humair (batterie). Plus qu'un trio, un triumvirat. Cf photographie de cet article.

Atelier du Plateau, Paris

Samedi 26 mai, 20h, Dominique Pifarély Septet. De l'inouï en vue. 

Péniche Marcounet, Paris

Jeudi 3 mai, 20h. Ronnie Lynn Patterson Trio. Un Maître méconnu du piano. 

Mardi 15 mai, 20h. Yves Torchinsky (contrebasse). 

Mercredi 16 mai, 20h: Le Palimpseste perpétuel Quintet avec Thomas Savy. Esprits curieux, ne pas s'abstenir. .

Mercredi 23 mai, 20h: Carte blanche à Jean-Pierre Como (piano). Musique énergétique et revitalisante. Recommandée aux déprimés. Non remboursée par la Sécurité Sociale ce qui est regrettable.

Le Petit Balcon, Paris

Jeudi 3 mai, 20h30, Michel Edelin (flûte) & Franca Cuomo (chant) partent à la chasse au Snark en duo.

Bal Blomet, Paris

Vendredi 4 mai, 20h30: Desnos et Merveilles. En souvenir de Robert Desnos (1900-1945), poète amoureux du Jazz. 

Samedi 5 mai, 20h30: " Begin the Biguine ", spectacle lyrique, historique, érotique, rythmique de Fabrice di Falco déjà louangé sur ce blog. 

Jeudi 24 mai, 20h30: Jeudi Jazz Magazine. Médéric Collignon joue Miles Davis avec Médéric Collignon (trompette), Yvan Robilliard (piano), Stéphane Kérecki (contrebasse) et Fabrice Moreau (batterie). L'hommage d'un trublion à un Génie. En avant, toute!

 
 
Vendredi 25 mai à 20h Duke Ellington et le jazz 
avec Benjamin MOUSSAY (piano) et Jean-Charles RICHARD (saxophones soprano et baryton)
Ce concert s’inscrit dans une série d’interventions auprès d’enfants des écoles du 18ème arrondissement, pour présenter le jazz et Duke Ellington. Entrée libre dans la limite des places disponibles.
 
 

Le Caveau Jazz, Palaiseau (91)

Vendredi 18 mai, 21h, Suite for Battling Sikki de Mauro Gargano (contrebasse), un hommage au premier Africain champion du monde de boxe, le Français (natif du Sénégal), Battling Sikki.

 

Le Triton, Les Lilas (93)

Vendredi 4 mai, 20h: Yves Rousseau (contrebasse) & Thomas Savy (clarinette basse). Concert de soutien.

Samedi 5 mai, 21h: Henri Texier Sand Quintet. Concert de soutien par un groupe porté aux nues sur ce blog. 

Jeudi 10 mai, 20h: " Hope ". Sylvain Cathala Septet. Attention, ça souffle!

Vendredi 18 mai, 21h: soirée spéciale Aldo Romano (batterie). Aldo, la classe, bien sûr!

Vendredi 25 mai, 21h: Olivier Calmel Double Celli " Immatériel ". Une musique déjà célébrée sur ce blog. 

Samedi 26 mai, 21h: Médéric Collignon et son Jus de Bocse vont nous presser le citron. Show devant!

Musiques au comptoir, Fontenay sous Bois (94)

Vendredi 4 mai à 20h45: " Revisiting the Trane ". Un hommage à John Coltrane (1926-1967) avec Jazz, Hip Hop et violons

Jeudi 24 mai à 20h45: " Letters to Marlene ", un hommage à Marlène Dietrich (1901-1992) avec archives sonores des années 1930-1940 par Guillaume de Chassy (piano), Christophe Marguet ( batterie) et Andy Sheppard (saxophones). 

Centre Musical des Bords de Marne, Le Perreux sur Marne (94)

Mardi 15 mai, 20h30, Daniel Zimmerman Quartet " Montagnes Russes ", musique déjà célébrée sur ce blog.

Espace Sorano, Vincennes (94)

Samedi 5 mai à 20h30: Jeb Patton+Dimitri Baevesky

Samedi 26 mai à 20h30: Jacky Terrasson (piano) + Stéphane Belmondo (trompette) = Terramondo.

La photographie de Jérôme Sabbagh est l'œuvre de l'Insupportable Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette œuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

En souvenir de Mai 68, Claude Nougaro chante " Paris Mai " accompagné d'Eddy Louiss (orgue Hammond) et Daniel Humair (batterie). J'ai demandé à Daniel Humair (1938), seul survivant de cette séance, qui était le deuxième batteur. Il l'a oublié. 

Jérôme Sabbagh par Juan Carlos HERNANDEZ

Jérôme Sabbagh par Juan Carlos HERNANDEZ

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" Begin the Biguine " par Fabrice di Falco au Bal Blomet

Publié le par Guillaume Lagrée

" Begin the biguine "

Fabrice di Falco & Co

Bal Blomet

Paris. Jeudi 12 avril 2018. 20h30

Spectacle joué le samedi 5 mai et le jeudi 7 juin 2018

(même heure, même lieu)

 

Fabrice di Falco: chant, conte, danse

Jonathan Goyvaerts: piano

Julien Leleu: contrebasse

Aurélien Pasquet: batterie

Max Cilla: flûte

  ? : violon

A l'écran, des images de la ville de Saint Pierre en Martinique (France), enfin de ce qu'il en reste après l'éruption de la Montagne Pelée en 1902. Dans les ruines du théâtre, Fabrice di Falco avance et chante. Il s'efface à l'écran pour apparaître sur scène et chanter avec sa voix haut perchée (contre ténor). La flûte de Max Cilla ajoute de la créolité au trio de Jazz et à la voix baroque. Ca balance doucement. 

Retour au classique avec un duo voix & contrebasse à l'archet. Le théâtre de Saint Pierre offrait tous les genres de musique depuis les chanteurs lyriques venus de l'Opéra Garnier à Paris jusqu'à la musique de compositeurs martiniquais, pères de la biguine. A l'écran apparaît le théâtre de Saint Pierre reconstitué en images 3D par Martial Bazabas. C'était un beau théâtre. 800 places assises. La musique repart vers le Jazz avec la contrebasse slappée, la flûte, le batteur aux balais, le jeu du pianiste mais le chant reste purement classique. Bach s'encanaille à la biguine. 

Chant en allemand accompagné par la rythmique qui joue Jazz. Retour à l'histoire du théâtre. " Seule une éruption pouvait détrôner le théâtre de Saint-Pierre ". Solo de contrebasse. Pianiste et batteur arrivent en douceur pour un " Ave Maria " sur un rythme de ballade avec le batteur aux balais (cf extrait audio sous l'article). Fabrice di Falco nous parle des premiers compositeurs en créole de l'opéra de Saint-Pierre. Il nous raconte l'histoire du Chevalier de Saint Georges, métis de Guadeloupe, qui donna des cours de musique à Marie Antoinette, Reine de France. 

Une berceuse en français portée par la rythmique " Dors mon enfant ". Un violoniste a succédé au flutiste. Il attend son tour pour jouer. Duo chant & contrebasse en pizzicato. Un chant révolutionnaire français apparemment. La rythmique démarre sur un air qui balance bien. Jolies vocalises. 

Retour à l'histoire du théâtre avec un passage en créole assez osé. Retour au sérieux et au français. Une chanson d'amour en français. Fabrice di Falco chante sur un ton plus grave que d'habitude. " Viens je t'attends ". Après l'érotisme, le romantisme. Cet homme sait varier les plaisirs. Il remonte dans l'aigu. Quelle amplitude vocale! Silence puis applaudissements.

" J'irai revoir mes Antilles " libre variation sur " J'irai revoir Syracuse " rendu célèbre par Henri Salvador né en Guyane de parents Guadeloupéens, sa mère descendant d'Indiens Caraïbes.  

L'ancêtre du Jazz, c'est la biguine affirme Fabrice di Falco. C'est discutable même si le Jazz est une musique caribéenne puisque né à La Nouvelle Orléans

" Maladie d'amour ", toujours d'Henri Salvador mais chanté en français, sans créole. Les tambours roulent bien sous les baguettes, bonne relance piano et contrebasse. 

Retour à l'Histoire. Les esclaves en Martinique travaillaient et jouaient la musique des colons. En se l'appropriant, ils créent la mazurka pas comme les Polonais, la polka pas comme les Tchèques et la biguine comme personne. Le dernier directeur du théâtre de Saint Pierre, M Charvet supprima la distinction raciale dans son théâtre. La place était attribuée en fonction du prix payé et non de la couleur de peau. Par rapport à la situation des théâtres de la Nouvelle Orléans en 1900,la différence est remarquable.

Enfin, le violoniste se met à jouer. Une biguine joué avec un violon créole, ça sonne superbement et ça balance doucement, sous le vent. 

De nouveau, une chanson d'Henri Salvador, " Le loup, la biche et le chevalier ", plus connu sous le titre " Une chanson douce ". Le pianiste est passé à la guitare, le batteur n'a gardé qu'un simple tambour, la contrebasse garde sa place. Tout en douceur et en langueur.

Retour à l'Histoire. La biguine traverse l'Atlantique et arriva à Paris au 33 rue Blomet, dans le 15e arrondissement au Bal Colonial, que Robert Desnos appela " Bal Nègre ", sans aucune connotation péjorative. Stellio (1885-1939) et Ernest Léardée (1896-1988) rendirent ce bal célèbre dans le monde entier. Les Américains y débarquaient avant 1940. Cole Porter (1891-1964), qui aimait tant Paris, notamment parce qu'il pouvait y aimer qui il voulait (il était bisexuel), écrivit " Begin the biguine ", titre de ce spectacle. Le violon attaque. La rythmique enchaîne. De chanteur, Fabrice di Falco devient chef de chœur, faisant chanter le public. 

Enfin, violoniste et flûtiste jouent ensemble. Un air antillais. Fabrice di Falco invite une dame du premier rang à danser. Le groupe assure, le public bat la mesure et Fabrice di Falco guide de main de maître quatre danseuses à tour de rôle. C'est festif et joyeux malgré la fin dramatique du théâtre de Saint Pierre qui disparut comme toute la ville en 1902 sous les laves de la Montagne Pelée (30 000 morts dont le gouverneur de Martinique qui avait interdit d'évacuer la ville). 

RAPPEL

Un " Ave Maria " avec tout le groupe, beau et paisible.

 

Spectacle joué de nouveau à Paris, au Bal Blomet,  le samedi 5 mai et le jeudi 7 juin 2018 à 20h30. Si vous voulez danser avec Fabrice di Falco, placez vous au premier rang et restez jusqu'à la fin du spectacle, honorables lectrices. 

La date du 5 mai sera spéciale puisque le spectacle commémorera les 170 ans de la deuxième abolition de l'esclavage en France (première par la Première République en l'an II, seconde par la Deuxième République en 1848, Napoléon Bonaparte l'ayant rétabli entretemps à la demande notamment de son épouse Martiniquaise, Joséphine de Beauharnais, fille de planteur). 

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" Petites histoires du violon " Laurent Zakowski

Publié le par Guillaume Lagrée

Dominique Pifarély par Juan Carlos HERNANDEZ

Dominique Pifarély par Juan Carlos HERNANDEZ

" Petites histoires du violon "

Laurent Zakowski

Editions Aedam Musicae.

Château Gontier (53). 248p. 2018. 23€.

 

Lectrices au piano, lecteurs au violon, je vous ai déjà narré " La facture du piano et ses métamorphoses " par Ziad Kreidy, pianiste et musicologue. L'auteur nous raconte la transformation du piano suite à l'industrialisation de sa fabrication, les avantages en termes de puissance et d'homogénéité du son et les inconvénients en termes de standardisation qui en découlent.

Voici que le même éditeur mayennais, Aedem Musicae, nous livre les " Petites histoires du violon " par Laurent Zakowski, luthier. Après l'analyse d'un artiste, celle d'un artisan. Formé à Mirecourt (88) puis dans les ateliers de la rue de Rome près de l'ancien siège du Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris. 

Ce sont d'anciens articles de son blog que nous livre sous format papier Laurent Zakowski, aujourd'hui installé à Orléans (45). Il y réfléchit, au fil des pages, sur l'histoire du violon comme objet, sur les grandeurs et servitudes du métier de luthier, sur la symbolique sexuelle et spirituelle de l'instrument, sur l'importance du violon chez les Juifs et les Tziganes. Le violon est le seul instrument qui ait une âme. L'auteur explique pourquoi. ll explique aussi pourquoi l'alto n'est pas un violon en plus grand mais un autre instrument. 

Je connaissais l'histoire juive. " Pourquoi tant de Juifs chez les grands violonistes? Tu te vois traverser l'Europe avec un piano? ". Comme le fait remarquer Laurent Zakowski, la flûte prend encore moins de place mais elle est beaucoup plus compliquée à fabriquer (du moins pour la flûte traversière en métal) que le violon. Avis de luthier donc de professionnel de la profession.

Chaque chapitre est court puisqu'il correspond à un article de blog. Un beau dessin de violon avec tous ses éléments détaillés permet à l'ignorant comme moi de s'y retrouver. Vous pouvez lire le livre dans l'ordre comme je l'ai fait ou en piochant au hasard, comme pour un livre de contes. Ce sont des dizaines de belles histoires sur cet instrument magique, diabolique à sa naissance, divin aujourd'hui (l'auteur explique les raisons de cette évolution).

Que manque t-il dans ce livre? L'explication de l'expression " au violon " bien connue des forces de l'ordre et des délinquants. Le violon en plastique, matériaux composites et branché sur l'électricité. Le Jazz alors que la France est le seul pays au monde à posséder une école de violon Jazz, le Centre des Musiques Didier Lockwood à Dammarie-les-Lys (77). Et tous ces musiciens noirs américains qui jouèrent du Jazz parce que la musique classique leur était interdite: Ray Nance et Stuff Smith pour le violon, Charles Mingus qui passa du violoncelle à la contrebasse parce que tu ne peux pas slapper un violoncelle, mec et que la contrebasse, c'est noir. Le classique y perdit peut-être mais le Jazz y gagna beaucoup. Peu importe puisque la réflexion de l'auteur se poursuit sur son blog.

Pour agrémenter ce livre de Jazz, rien qu'en restant sur ce blog, lectrices au piano, lecteurs au violon, vous pourrez écouter Stéphane Grappelli (cf vidéo sous cet article), Didier Lockwoood, Dominique Pifarély (cf photographie de cet article), Jean-Luc Ponty (cf extrait audio au dessus de cet article) et Scott Tixier, tous Français et violonistes de Jazz. 

La photographie de Dominique Pifarély est l'œuvre de l'Exceptionnel Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette œuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales

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