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Goldberg(s) " Family Business "

Publié le par Guillaume Lagrée

Goldberg(s)

" Family Business "

Album sorti le 17 juin 2019

Concert de sortie à Paris au Sunside mardi 9 juillet 2019 à 21h

 

Michel Goldberg: saxophones soprano (3, 7, 12) et ténor (le reste)

Dexter Goldberg: piano

 

Lectrices saxophonistes, lecteurs pianistes, je vous ai déjà chanté les louanges d'un duo saxophone & piano amical et crépusculaire, " People Time " qui unissait Stan Getz & Kenny Barron. J'aurais aussi pu vous chanter l'album " Dream Time " avec le duo Barney Wilen & Alain Jean-Marie.

Il s'agit cette fois d'un duo familial entre Michel (le père) et Dexter Goldberg (le fils). Les chrétiens fervents ne manqueront pas de chanter la présence de l'Esprit saint tant les deux se parlent et se comprennent.

Comme Bernard Jean dit Barney Wilen, Michel Goldberg est né d'un père Juif américain et d'une mère française. Comme Barney, il joue du saxophone. Par contre, Michel mène une vie plus sage. Il n'a pas d'autre addiction que le saxophone à ma connaissance. Pédagogue réputé (sa méthode de saxophone fait autorité), il vénère tellement Dexter Gordon (1923-1990) qu'il a prénommé son fils Dexter. Dexter Gordon dont un des albums majeurs se nomme " Daddy plays the horn  " . Il est vrai qu'en argot noir américain un daddy ce n'est pas seulement un papa, c'est aussi un amant. Je vous laisse donc deviner, lectrices saxophonistes, lecteurs pianistes, le sous-entendu érotique de " Daddy plays the horn ". 

Revenons au sujet. En plus d'être musicien et pédagogue, Michel Goldberg est aussi mari, père et grand-père. " Le père de famille est le dernier aventurier des temps modernes " (Charles Péguy). Michel a lancé son fils Dexter dans l'aventure du Jazz mais au piano. 

J'ai déjà proclamé urbi et orbi les louanges du père, Michel Goldberg. Puis celles du fils, Dexter Goldberg. Me voici à remercier l'Esprit qui les unit sur cet album

Que jouent ils? Des standards américains en hommage au père de Michel, Harry Goldberg. En commençant par une version savoureuse d'un classique. " Stardust " (1) qui met d'emblée la barre très haut. En hommage à sa mère, Colette, quelques chansons françaises malheureusement nommées en anglais. " La belle vie " de Sacha Distel devient " The good life " (8). Certes, c'est sous ce titre que Frank Sinatra la chantait mais quand même. " La chanson de Maxence " de Michel Legrand dont Michel Goldberg fut saxophoniste de l'orchestre devient " You must believe in spring " (11) titre sous lequel Tony Bennett la chante. Par contre, " Syracuse " d'Henri Salvador reste " Syracuse " (6), la ville de Sicile, d'Archimède et de son principe, pas celle de l'Etat de New York. 

Ils jouent aussi des compositions plus rares comme le magnifique " Sail away "  (4) de Tom Harrell qui vous emporte en mer (Michel Goldberg vit à Saint-Malo, beau port de mer) et un " I'll be Ok " (3) de Dexter Goldberg qui fait écho au " I am all right, I am okay " que Stan Getz jouait dans " People Time ", à 3 mois de sa mort d'un cancer. Ainsi qu'un " Springtime for Hitler " de Mel Brooks (10), chanson satirique sur un air joyeux. A un journaliste qui lui demandait: " Comment pouvez vous faire rire avec Hitler alors que vous êtes Juif ? ", Mel Brooks répondit: " Cet homme a fait assez de mal à mon peuple. J'ai le droit de gagner de l'argent sur son dos ". 

Comment jouent-ils cette musique? Joyeusement. Dans un dialogue commencé dès la naissance de Dexter et qui se poursuit dans cet album. Dans la joie de la transmission et le plaisir du partage comme entre Henri Texier, le père, (contrebasse) et Sébastien Texier, le fils (saxophone alto, clarinettes). 

La flamme du Jazz ne s'éteint pas puisque la nouvelle génération se met aussi à l'ouvrage. Mel, le petit-fils de Michel, le fils d'Audrey et le neveu de Dexter Goldberg, 2 ans en 2017 lors de l'enregistrement, est l'auteur du dessin qui orne le CD et du chant qui inspire à son grand-père un " Blues for Mel " final (n°13) qui porte bonheur à tous ses auditeurs.

Le dialogue des Goldberg père et fils se poursuivra sur scène, en duo et en quartet, en France, à Paris, au Sunside, mardi 9 juillet 2019 à partir de 21h.  A savourer sans modération.

Pour vous donner une idée de cette musique, lectrices pianistes, lecteurs saxophonistes, voici une vidéo maison de la société de bienfaisance musicale Goldberg & fils. Bonne dégustation. 

 

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Ella Fitzgerald en majesté au Cinéma Balzac

Publié le par Guillaume Lagrée

Festival Jazz et Images

Cinéma Balzac

Paris, Ile de France, France

Vendredi 14 juin  2019, 20h30

Dernière séance, consacrée aux chanteuses de Jazz,  de l'édition 2019 du festival Jazz et Images au cinéma Balzac à Paris.

Première Partie: Le Trio Paloma composé de

Chloé Cailleton: chant

Leonardo Montana: piano

Joan Eche Puig: contrebasse

Deuxième Partie: Ella Fitzgerald en concert à Paris, salle Pleyel, le 31 janvier 1967 avec l'orchestre de Duke Ellington

" En ce qui concerne le chant, la légitimité de Madame Ella Fizgerald est au-delà de toute contestation " (Arturo Toscanini). 

I. Trio Paloma

Des compositions originales. Ella Fitzgerald était unique. C'est une inspiration, pas un modèle à copier. Le pianiste joue d'une main sur le clavier, de l'autre dans les cordes. Une chanson d'amour étrange, lente, en anglais. Le bassiste joue aussi sur les cordes et le corps de l'instrument. Pas de batteur mais la chanteuse claque des doigts en rythme.

Les cordes du piano et de la contrebasse entrent en résonnance. Ca sonne comme de la Pop anglaise de qualité mais avec une instrumentation Jazz. Elégant et troublant. Pianiste et bassiste distillent la musique en goutte à goutte. La chanteuse fait des bruitages étranges comme si une marmotte scattait. C'était " Cold Season ". 

" Gospel " une composition de Leonardo Montana qui n'a rien à voir avec " Amazing Grace ". C'est un chant spirituel qui monte en flèche puis redescend doucement. Chloé tient en mains un instrument de percussion métallique pour marquer le tempo.

Intro avec un solo de piano méditatif à souhait. Chanson en portugais. Ca accélère en course folle. La chanteuse bat la mesure sur ses cuisses. " Cancao amiga " du poète brésilien Carlos Drummond de Andrade. 

Solo de contrebasse en intro. Pas à pas, tout doucement. Une chanson d'amour en français. Le piano s'invite doucement. Une chanson sensuelle et romantique. Subtil. " Voguent ". Est ce parce que la chanson est belle et/ou parce qu'elle est dans ma langue natale. Je suis touché en plein coeur pour la première fois du concert. J'espère que l'homme qui a inspiré cette magnifique chanson la mérite vraiment. 

" Blues " une composition de Leonardo Montana, loin des standards du genre. Une ballade. Intro du piano. La contrebasse ajoute ses pas. La chanteuse sa voix et ses claquements de doigts. Je suis bercé et m'endors en rêvant. Quel doux balancement!

" Frenesy ". Un vieux standard. Rarement joué en 2019. D'inspiration mexicaine dirais je. Mon oreille ne m'avait pas trompé puisque " Frenesi " a été composé par le Mexicain Alberto Dominguez en 1939 pour le marimba. Joli duo voix & piano puis la contrebasse ajoute sa pulsation. Ca manque de percussions et de cuivres mais c'est bien enlevé tout de même. 

Vincent Le Quang (sax ténor), programmateur du festival " Jazz et Images " au cinéma Balzac est invité à rejoindre le trio Paloma sur scène. Pour une chanson que chantait Ella Fitzgerald " Shiny Stockings ". Plus précisément, Ella Fitzgerald a écrit les paroles de " Shiny Stockings " , composition de Frank Foster pour l'orchestre de Count Basie. Jon Hendricks écrivit d'autres paroles, au masculin, sur le même thème. Vincent Le Quang ajoute le velouté de son sax ténor. Je suppose que Chloé Cailleton a chanté la version d'Ella Fitzgerald. 

II. Ella Fitzgerald

Le producteur Norman Granz (1918-2001), l'homme qui se servait du Jazz pour la Justice, introduit l'artiste principale sur scène, en français : " Comme toujours, la meilleure chanteuse du monde entier, Ella Fizgerald ". Ella est accompagnée sur la scène de Pleyel, le 31 janvier 1967, d'un orchestre essentiellement composé de musiciens de Duke Ellington. 

Ella enchaîne ses tubes avec une maestria qui lui est propre, revisitant la Bossa Nova à sa manière avec sa " Jazz Samba ". Cf extrait audio au dessus de cet article. Son scat en duo avec son batteur reste une leçon pour tous les chanteurs de Jazz. 

Elle s'adapte aux goûts de la nouvelle génération avec une version, meilleure que l'originale, de " These boots are made for Walking "  (Nancy Sinatra). En voici le film grâce à l'INA

Pour conclure, en rappel, Duke Ellington la rejoint sur scène, prend la place du pianiste et l'orchestre se lance dans un " Cotton Tail " d'anthologie. La voix d'Ella est le solo principal et tout l'orchestre la sert sur un plateau en or massif. The Duke of Ellington comme dit Ella (lui l'appelait " The Queen " tout simplement) fait virevolter Ella à son bras pour la présenter au public. Le public, lui, est fou de joie. Moi aussi. 

N'ayant pas d'extrait de ce film à vous présenter, lectrices exigeantes, lecteurs tatillons, je vous offre à la place, Ella Fitzgerald chantant " At Duke's place " (titre original " C Jam Blues ") avec l'orchestre de Duke Ellington en 1966. Comme une idée du bonheur ici et maintenant. 

J'attends la 5e édition du festival Jazz et Images au cinéma Balzac (Paris, France) avec gourmandise. 

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Chuck Israels Trio soirée anniversaire au Sunside

Publié le par Guillaume Lagrée

 

Chuck Israels Trio

Le Sunside

Paris, Ile de France, France

Jeudi 13 juin 2019, 21h

Chuck Israels: contrebasse

Manuel Rocheman: piano

Matthieu Chazarenc: batterie

 

Quand Scott La Faro (1936-1961) mourut , Bill Evans (1929-1980) choisit,, pour lui succéder à la contrebasse dans son trio, Chuck Israels (1936). Cela situe tout de suite le niveau du musicien leader du trio qui joue ce soir. Cf vidéo sous cet article. 

Un standard impulsé par la contrebasse. Une composition d'un génie de la contrebasse, Oscar Pettiford (1922-1960), il me semble. Batteur aux balais. Ca swingue, c'est élégant. Bref, c'est du Jazz. Le batteur passe aux baguettes alors que le pianiste prend la main. Nom de Zeus, ça swingue! Retour aux balais pour accompagner le solo de contrebasse. La musique tient chaud à l'âme. Quelle pulsation! Je chantonne l'air de la contrebasse. C'était " Laverne Walk " d'Oscar Pettiford. 

Baguettes. Le tempo est souple, bondit, rebondit. Rondeur de la contrebasse. Le piano ponctue doucement. Une vague tranquille nous meut. Balais pour masser le solo de contrebasse. Le pianiste ponctue à peine. Rond, chaud, souple comme un bon pain sorti du four. C'était " Two degrees East, Three Degrees West " de John Lewis. Cf extrait audio au dessus de cet article. 

" What have we got next ? " demande Chuck Israels. " Lover Man " lui répond Manuel Rocheman. Chuck Israels accompagna Billie Holiday qui chantait si bien cette chanson.  Une ballade. Batteur aux balais. Le pianiste joue les paroles, batteur et bassiste accompagnent. Matthieu Chazarenc brosse bien ses tambours. Batterie et contrebasse nous massent le cerveau. Le pianiste ajoute quelques points d'acupuncture. 

" What've we got next? " Manifestement, c'est " On the sunny side of the street " que lance joyeusement la contrebasse. Pianiste et batteur aux balais s'ajoutent. Version lente, relax. C'est l'esprit du morceau. La contrebasse marche bien comme un homme du côté ensoleillé de la rue. Joli break du batteur aux balais. En souplesse sur les tambours. 

" Stella by starlight " joue Chuck Israels après avoir refusé deux autres morceaux. Matthieu Chazarenc reste aux balais. Le tempo accélère doucement, la contrebasse au centre de l'attention. Manuel Rocheman accélère encore et le batteur passe aux baguettes. Le trio reste aérien, virevoltant.

Un tempo plus alerte, d'entrée. Batteur aux baguettes. Une calypso. Pour en savoir plus, écoutez mon émission de juin 2019, Le Jars jase jazz, consacrée à la Caraïbe anglophone, sur Couleurs Jazz Radio le vendredi à 1h et 19h, le samedi à 1h, le dimanche à 18h (heure de Paris). Joli cliquetis des baguettes sur les bords de caisses qui accompagne le solo de contrebasse. Belle claque finale à trois. Calypso composée par Chuck Israels. 

PAUSE

Batteur aux balais. Un Blues. Ca avance tranquille. Baguettes. Balais. Matthieu Chazarenc alterne vite et bien. Ca balance bien. Balais pour accompagner le solo de contrebasse. " Nine twenty special " que Chuck Israels a appris de Red Michell (1927-1992, contrebasse) . 

Duo piano & contrebasse pour commencer. Le batteur s'ajoute doucement aux baguettes. Retour aux balais. Le pianiste est fluide, léger. Manuel Rocheman bat la mesure du pied. Moi aussi. C'est " All the pretty little horses " une berceuse que Chuck Israels présente en français. 

" Monk's Dream " (TS Monk). " It's always good to play something by Monk " ajoute Chuck Israels. Gros son de contrebasse pour commencer. Le batteur passe des balais aux baguettes. Le pianiste ponctue avec des éclairs à la Monk. Beau break de batterie, bien percutant, aux baguettes.

Une ballade. Batteur aux balais. Ca balance tranquille. " Willow weep for me " se dégage du solo de contrebasse. Je ferme les yeux bercé par les ondulations du saule pleureur. 

Pour finir, " Johny come later " de Billy Strayhorn, l'alter ego de Duke Ellington. Le pianiste attaque dans le grave. Un tempo rapide. Batteur aux bageuttes. Ca pulse, sapristi!

RAPPEL

Chuck Israels fête aujourd'hui jeudi 14 juin 2019, ses 50 ans de mariage. Pour fêter cela, en rappel, le trio joue une version de " Bye bye Black Bird " émouvante jusqu'à la dernière note. 

 

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" Amazing Grace ". Louée soit Aretha Franklin!

Publié le par Guillaume Lagrée

" Amazing Grace "

Un documentaire de Sidney Pollack (1972)

Actuellement au cinéma 

 

Bienvenue au 49e abonné de ce blog. Que les Dieux et les Muses le protègent!

 

Lectrices pieuses, lecteurs impies, unissez vous dans la joie de l'Esprit pour aller et voir écouter la Soul Sister N°1, Miss Aretha Franklin.

Fille du Reverend C.L Franklin (il fait une apparition remarquable dans le film), elle apprit à chanter avec le Gospel. A 11 ans, elle accompagnait son père dans ses tournées de prêche, chantant avec lui les louanges du Seigneur.

Après des années de Pop Star, elle revint aux sources en 1972, dans une église baptiste de Los Angeles,  The New Temple Misionnary Baptist Church, sous la douce férule du Revend James Cleveland (1932-1991) accompagnée par un groupe de musiciens de feu (Bernard " Pretty " Purdie à la batterie, Chuck Rainey à la basse, Cornell Dupree à la guitare, Pancho Gonzales aux percussions), le Southern California Community Choir en accompagnement vocal.

Le résultat enregistré en deux soirées devint un des albums gospel les plus vendus de l'histoire de la musique enregistrée. 

Sidney Pollack (1934-2008) avait été mandaté par Warner Brothers pour filmer l'événement. De son vivant, Aretha Franklin (1942-2018) a toujours refusé la sortie du film. 

Enfin, il est visible et audible! Mick Jagger et Charlie Watts des Rolling Stones eurent la chance d'assister à ce concert en direct. Vous les voyez sagement assis écouter et applaudir. 

A l'écran, 47 ans après, la magie fonctionne toujours. La salle vibre, chante, danse avec Aretha Franklin, ses musiciens, le révérend Cleveland et sa chorale. Nul besoin d'être chrétien pour apprécier cette musique. Comme dit le révérend Cleveland, en introduction, si vous n'êtes pas prêt à recevoir l'Esprit, faites de votre mieux.

Aretha Franklin est ici absolument inoubliable. Profitez en pleinement grâce au film " Amazing Grace ", lectrices pieuses, lecteurs impies.

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Wayne Escoffery de passage au Sunside

Publié le par Guillaume Lagrée

Wayne Escoffery par Juan Carlos HERNANDEZ

Wayne Escoffery par Juan Carlos HERNANDEZ

Wayne Escoffery Quartet

Le Sunside

Paris, Ile de France, France

Mercredi 29 mai 2019, 20h30

Wayne Escoffery: saxophone ténor

Fred Nardin: piano

Joe Sanders: contrebasse

Jason Brown: batterie

Bienvenue au 48e abonné de ce blog. Que les Dieux et les Muses le protègent!

Le concert commence avec 1h de retard sans un mot d'explication, de demande de pardon. Quel mépris pour le public!

Pour compenser, le quartet attaque tout de suite. Le bassiste imprime sa marque. Le batteur roule tranquille aux baguettes. Gros son de sax ténor. Wayne Escoffery a beaucoup écouté John Coltrane. Cela s'entend. Méditatif et puissant. Fred Nardin vient ajouter son propre roulis au piano. Tant sa saxophonistes s'évertuent à jouer comme Coltrane comme tant de guitaristes électriques collent à Jimi Hendrix, acoustiques à Django Reinhardt. Autant essayer de jouer au tennis comme Roger Federer., de nager comme Michael Phelps. Fred Nardin s'adapte bien au style de Mac Coy Tyner qui, lui, selon Eric Le Lann n'aurait qu'un seul Maître, Martial Solal (information à recouper).

Pour cette tournée européenne, Wayne Escoffery joue avec des musiciens locaux, Français et Américains de Paris. Cette rythmique a été constituée pour ce soir à Paris. Peu de répétitions mais du jeu, du risque comme me l'a dit Fred Nardin à la pause. 

" Dubai " (Billy Drummond) puis " Vortex " (Wayne Escoffery). Le chef nous explique que c'est la première fois qu'il joue avec cette rythmique et que, si ça sonne mal, c'est de leur faute, pas de la sienne. Ni responsable ni coupable. Pas sympa, le chef. Disons que c'est de l'humour. Vortex est un titre adapté à ce morceau qui monte en puissance, en spirale ascendante. Le sax s'efface. La rythmique envoie sous la commande du pianiste. Fred Nardin, sous un air de jeune homme sage, cache un démon du piano. Le tempo se ralentit, se décompose. Les effets sont plus subtils. 

Un morceau de ses héros. " Brown town ", l'hommage de Joe Henderson (sax ténor) à Clifford Brown (trompette). La patte de Joe Henderson s'entend tout de suite. Aussi élégant qu'énergique. Le batteur reste aux baguettes mais joue moins fort hachant menu les cymbales. Le pianiste part en ballade. Solo de contrebasse au milieu du dialogue piano&batterie. Classe. 

Wayne Escoffery rend hommage à Tom Harrell (trompette) avec qui il a beaucoup joué. Il explique que Tom Harrell écrit tant de belles mélodies qu'il n'a pas toujours la chance de les jouer. N'étant pas dans le groupe de Tom Harrell ce soir, il  en profite pour jouer un morceau qu'il n'a joué qu'une seule fois avec lui. " February ". Faux départ. Le batteur n'était pas prêt pour la ballade. C'est février en Amérique du Nord. Il fait froid, les maisons sont ensevelies sous la neige. La musique avance comme des hommes en raquettes. Le feu de bois crépite dans la cheminée du chalet. Le bassiste chante  avec son solo. Batteur au tambourin. Tout est calme, tranquille. La musique orne le silence. Le pianiste reprend la main et emballe le tout. Retour du sax ténor, velouté à souhait. 

Un standard joué en duo sax ténor & contrebasse. Gros son pensif. Une ballade. Ca ronronne comme il faut. Bon massage cérébral. Un solo de contrebasse joué en chantant. Joe Sanders a une voix moins grave que son aîné Major Holley. Plus proche du Maître du genre, Slam Stewart. Le contrebassiste ne cesse pas de danser avec son instrument mais il cesse de chantonner. Ca balance bien. Le quartet est reparti dans l'élan, le mouvement. Puis ça se calme. Tranquille jusqu'au final

PAUSE

Je suis encore trop enrhumé pour profiter plus longtemps de la musique.  La chronique finit donc ici.

La photographie de Wayne Escoffery est l'oeuvre de l'Epatant Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales. 

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Le Biguine Reflections Trio enchante le Sunside

Publié le par Guillaume Lagrée

Biguine Reflections Trio par Hélène POISSON

Biguine Reflections Trio par Hélène POISSON

Biguine Reflections Trio

Le Sunside

Paris. Ile de France. France

Samedi 25 mai 2019. 21h30

Le trio Biguine Reflections est composé de

Alain Jean-Marie: piano

Eric Vinceno: guitare basse électrique

Jean-Claude Montredon: batterie

Un morceau du trio Biguine Reflections sera diffusé dans mon émission Le Jars jase Jazz sur Couleurs Jazz Radio les vendredi 5, 12, 19 & 26 juillet à 1h et 19h, les samedi 6, 13, 20 & 27 juillet à 1h, les dimanche 7, 14, 21 & 28 juillet à 18h (heure de Paris). Emission consacrée au Jazz, flèche de l'arc caraïbe. 2e partie: la Caraïbe francophone.

Le trio commence sans dire un mot. Ca balance tout de suite. Un jazz mêlé de biguine et réciproquement dont ces hommes ont le secret. La batterie jouée aux baguettes sonne comme des percussions jouées à mains nues. La rondeur de la basse. Les éclairs du piano. Tout nous emporte dans une vague chaude. Bien qu'enfermés dans un club parisien, l'air et la lumière entrent avec la musique. C'était " Sérénade ", biguine composée par Alain Jean-Marie. 

" 22 Mazouk " (Alain Jean-Marie) inspiré par une mazurka, musique venue de Pologne qui a fait souche aux Antilles. 22 mai 1848: insurrection des esclaves de Martinique pour obtenir immédiatement l'abolition de l'esclavage. Un air joyeux, de fête. Le batteur travaille essentiellement les tambours. 1,2,3 font la mazurka, la valse et le jazz. La musique est faite pour danser, à son origine et cet esprit demeure dans l'interprétation du trio. Toutefois, comme il s'agit de Réflexions sur la Biguine, cette musique s'écoute assis. De toute façon, la disposition de la salle ne permet pas de danser et il faut être capable de suivre en dansant des musiciens de ce calibre . 

Une biguine de Robert Mavounzy (1917-1974) avec qui Alain Jean-Marie joua. Un grand classique dont je reconnais l'air à force de l'avoir entendu joué par ce trio. Ca fait toujours balancer de la tête aux pieds. Le trio joue très soudé. Pas de solo jusqu'ici. Je crois avoir compris " Kai fé ": qu'a t-elle fait pour te mettre dans cet état?

" Doudou pas pléré " d'Albert Lirvat (1916-2007) avec qui Alain Jean-Marie a aussi joué. Cf extrait audio au dessus de cet article. Du créole compréhensible même pour les non initiés. Ca balance toujours mais plus calmement. Musique consolante comme son titre l'indique. Jeff Boudreaux, batteur natif de Bâton Rouge en Louisiane, est venu écouter ses amis et voisins Antillais. 

Une biguine des années 1940 arrangée par Jean-Claude Montredon. Ca repart plus énergique, toujours groupé. Musique de danse, savante et populaire en même temps. De la musique populaire ils tirent une musique savante mais sans rien lui faire perdre de sa verve originelle. C'est la magie du Biguine Reflections Jazz trio. Premier solo de batterie " Ta ta tac ". Ca roule sous les baguettes. Frappe, sèche. Marches militaires métissées de rythmes venus d'Afrique. 

" Jean-Claude " (Alain Jean-Marie). Il est aisé de deviner à quel musicien du trio ce morceau est dédié. Un morceau savant mais toujours dansant. Avec des arrêts-départs. 

" Drive " (Eric Vinceno). Ce n'est pas le drive des golfeurs, ni la dérive des bateaux. C'est le drive créole, la dérive quand vous vous laissez aller sans savoir où vous arriverez. Groupe soudé autour du bassiste. Ca part à la dérive mais sous contrôle. Premier solo de basse. Logique vu que c'est lui le compositeur de ce morceau. Ca pince bien dans le ventre. Piano et batterie jouent mezzo voce.

Intro en piano solo. Le calme avant de lâcher les chevaux. Un morceau que j'adore. Ca chaloupe. Basse et batterie ajoutent leur pulsation. Nom de Zeus, ça respire! Un petit pont franchi et la musique reprend son cours. Un air entêtant vous saisit corps et âme. Ca roule, gîte doucement. Une musique de mer par temps calme. Un break de batterie et quelques notes de piano pour finir. C'était " Haïti " d'Alain Jean-Marie.

" Papa moin cou ". Une épouse demande à son mari de cesser de la frapper. Les statistiques sont formelles. Il y a plus de violences conjugales,en proportion de la population, aux Antilles que dans l'Hexagone. Une biguine endiablée. Sacrée pulsation. Le piano s'envole au dessus de l'ancrage fourni par la basse et la batterie.

Un petit air final funky, entraînant pour présenter de nouveau les musiciens.

PAUSE

La musique est magnifique mais je suis trop enrhumé pour savourer un 2e set. Le trio Biguine Reflections existe depuis plus de 25 ans. Les mêmes musiciens, la même musique et ils sont toujours aussi intéressants. " Les bons mûrissent, les mauvais pourrissent " (Victor Hugo). Alain Jean-Marie, Eric Vinceno et Jean-Claude Montredon sont dans les bons, les très bons même. Plaise aux Dieux et aux Muses qu'ils nous réjouissent encore longtemps!

Le portrait du Biguine Reflections Trio a été réalisé pendant le concert. Il est l'oeuvre de gente et noble Dame Hélène POISSON. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

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Sélection de concerts de Jazz pour juin 2019

Publié le par Guillaume Lagrée

Sarah Murcia par Juan Carlos HERNANDEZ

Sarah Murcia par Juan Carlos HERNANDEZ

 

Splendides lectrices, magnifiques lecteurs, c'est armé de mauvais goût et de mauvaise foi que je vous propose la sélection suivante de concerts de Jazz à Paris et en Ile de France pour le mois de juin 2019.

Pour une sélection exhaustive sur l'Ile de France, voyez Paris Jazz Club. Pour la France et l'Europe, voyez Citizen Jazz et Jazz Magazine

Si vous ne pouvez assister aux concerts, écoutez les sur France Musique avec les émissions Jazz Club (pour le présent) et Les légendes du Jazz (pour le passé) et sur TSF Jazz avec Jazz Live

Pour l'actualité du Jazz, écoutez sur la Toile Couleurs Jazz Radio où l'auteur de ce blog sévit dans une émission mensuelle intitulée, notez l'originalité, " Le Jars jase Jazz ". Diffusion les vendredi 7, 14, 21 & 28 juin à 1h et 19h, les samedi 1er, 8, 15 , 22& 29 juin à 1h et les dimanche 2, 9, 16, 23 & 30 juin 2019 à 18h (heure de Paris). Pas de podcast. L'émission de juin 2019 sera consacrée au Jazz, flèche de l'arc caraïbe (Première partie: la Caraïbe anglophone).

Si vous voulez assister depuis la Toile aux concerts à New York, dans Greenwich Village, pour les clubs Small's et Mezzrow, suivez ce lien. C'est payant certes mais toujours moins cher qu'un séjour dans la Grosse Pomme.

L'exposition " Music Migrations. Paris-Londres. 1962-1989 " est visible et audible au Palais de la Porte Dorée, à Paris, jusqu'au dimanche 5 janvier 2020. Visite vivement recommandée. 

Pour vous mettre au vert, filez en Normandie, dans la Manche, à Coutances, au festival Jazz sous les pommiers, du vendredi 24 mai au samedi 1er juin. Le programme est riche et nourrissant comme de la crème fraîche normande mais sans externalité négative. Merci de saluer Madame la sous-préfète de Coutances de ma part. 

Festival de Jazz de Maisons-Laffitte (78) du vendredi 14 au dimanche 23 juin 2019 avec NOLA French Connection déjà loué sur ce blog. 

Festival de Jazz de la Ferté sous Jouarre (77) du vendredi 21 au dimanche 23 juin 2019 avec une soirée caribéenne le samedi 22 juin: Calypso Rose, la légende vivante de Trinidad et Tobago, le trio du pianiste Roberto Fonseca (Cuba) & le trio du pianiste Mario Canonge (Martinique). 

La Défense Jazz Festival (92) du lundi 24 au dimanche 30 juin 2019: concours national de Jazz de la Défense, concerts. Tout est gratuit. Profitez en.

Festival Django Reinhardt à Samois sur Seine, Samoreau et Fontainebleau (77) du vendredi 28 juin au dimanche 7 juillet 2019 avec Christian Escoudé, Tchavolo Schmitt. " Quand je veux me faire humilier, j'écoute Django Reinhardt pendant une demi-heure " (Jeff Beck). 

Samedi 1er juin, 19h, Paris, Le Baiser Salé: " Bando Monk ". Olivier Manoury (bandonéon) & Yves Torchinsky (contrebasse) jouent TS Monk dans un format inédit. 

Mercredi 5 juin, 20h30, Paris, Le Bal Blomet: " Schubert Ellington "  quartet/quatuor 50% classique/50% jazz avec Guillaume de Chassy (piano) et Thomas Savy (clarinette). 

Jeudi 6 juin:

- 20h30, Les Lilas (93), Le Triton: Vincent Le Quang Quartet. En avant, la musique!

-20h30, Paris, Le Bal Blomet: Les 1001 nuits du Jazz. Duke Ellington et la fraternité du souffle. Concert ludique et pédagogique mené par Raphaël Imbert (sax). 

Dimanche 9 juin, 17h, Paris, concert à domicile, Chez Fred: Francesco Bearzatti  (sax) improvise avec Riccardo del Fra (contrebasse) et Hans Olding (guitare). Boissons et vivres offertes avec la place. 

Mercredi 12 juin, 20h30, Paris, Studio de l'Ermitage: Claude Tchamitchian solo + Régis Huby Trio + Bruno Angelini Quartet Open Land.

Jeudi 13 juin:

- 19h, Paris, Le Baiser Salé: Roger Raspail Quartet. Les alizés des Antilles soufflent sur Paris.

- 19h30, Paris, Les Deux Magots: Thierry Péala trio. Entrée libre. Victuailles et breuvages en vente sur place. Thierry Péala figure au Top 5 de mes chanteurs vivants préférés.

- 21h, Paris, Le Sunside: Chuck Israels Trio. Le successeur de Scott La Faro à la contrebasse dans le trio de Bill Evans accompagné de Manuel Rocheman (piano) et Mathieu Chazarenc (batterie). Rare mais pas cher. 

Vendredi 14 juin:

-  20h30, Paris, prochaine séance de Jazz et Images au Cinéma BalzacJazz vocal au programme avec, sur scène, Chloé Cailleton, chanteuse déjà célébrée sur ce blog puis, à l'écran, Ella Fitzgerald, en concert à Paris, salle Pleyel, en 1968, rejointe en rappel par Duke Ellington

 - 20h30, Paris, Le Pan Piper: Dominique Cravic et les Primitifs du futur. Dansez le bal musette comme vous ne l'avez jamais entendu. Pochettes d'album dessinées par Robert Crumb. Cf extrait audio sous l'article.

- 21h30, Paris, Le Sunside: Giovanni Mirabassi Trio. Allegro con brio!

Samedi 15 juin:

- 19h & 21h30, Paris, Le Sunside: Giovanni Mirabassi Trio. Allegro con brio!

- 20h30, Paris, Maison de la Radio: dans le cadre de Jazz sur le Vif, Pan-G puis Moutin Factory Quintet. Concert diffusé en différé sur France Musique

- 20h à 2h, Disney loves Jazz à Disneyland Paris (77). Les musiques des films de Walt Disney ont  inspiré les plus grands Jazzmen: Louis Armstrong, Miles Davis, John Coltrane

Dimanche 16 juin, 16h & 19h, Paris, Philarmonie: le quartet de Sarah Murcia & le quartet de Sylvain Rifflet. L'aventure, c'est l'aventure! Cf photographie au dessus de l'article. Puis Eve Risser White Desert, Airelle Besson, Thomas de Pourquery et son Supersonic Orchestra. Un festival de Jazz français actuel en un après-midi à Paris.

Jeudi 20 juin, 21h, Paris, Le Sunside: Marie Mifsud (chant). 

Vendredi 21 juin, Fête de la Musique. En cherchant bien, vous trouverez du Jazz au programme.

Mardi 25 juin:

- 19h30, Paris, Le Café de la Danse: Dan Tepfer " Natural Machines ". Dan Tepfer, pianiste et compositeur franco-américain, maintes fois porté aux nues sur ce blog, est aussi astrophysicien. Les pythagoriciens furent les premiers  à affirmer que l'univers est régi par des lois harmoniques et que les distances séparant les planètes correspondent à des intervalles musicaux. C'est ce que joue Dan Tepfer dans sa création, contrôlant une machine, le piano, par une autre machine, l'ordinateur. 

- 20h30, Paris, Le New Morning: le trio Bex, Catherine & Romano dont l'album " La belle vie "  est célébré sur ce blog. 

Jeudi 27 juin:

- 20h, Boulogne-Billancourt (92), Accor Hôtels Arena. Quincy Jones. Si vous ne connaissez pas Q, cela fait 70 ans que vous ignorez tout du Jazz et de sa descendance: Soul, Pop, Funk, Rock'n Roll, Rap, R&B. Il est encore temps de vous instruire. Evidemment, cela a un prix. 156,50€ la place. Cf vidéo sous cet article. Mr Clark Terry au bugle et au mumble. 

- 20h30, Paris, Le Bal Blomet: Jeudi Jazz Magazine. Toku European All Stars. Le trompettiste et chanteur nippon Toku avec Giovanni Mirabassi (piano), Laurent Vernery (contrebasse), André Cecarelli (batterie) et Pierrick Pédron (sax alto). 

- 21h30, Paris, Le Sunside: duo Jérôme Rateau (piano) & Manu Codjia (guitare électrique). Liberté, je joue ton nom.

Vendredi 28 & samedi 29 juin, 19h30 & 21h30, Paris, Le Duc des Lombards: Jon Bouteiller & Fred Nardin trio

Samedi 29 juin:

- 21h, Paris, Le Sunside: Laurent Cugny Quintet joue Miles Davis. Le Miles Davis des années 70 joué avec tambour mais sans trompette.

- 21h30, Paris, le Sunset: Lew Tabackin trio invite Alain Jean-Marie (piano). Hard bop servi chaud. 

Dimanche 30 juin, 21h, Paris, Le Baiser Salé: le nouveau trio de Jean-Marie Ecay (guitare électrique). 

 

La photographie de  Sarah Murcia est l'oeuvre du Vertueux Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales. 

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The Art of the Quartet civilise le Duc des Lombards

Publié le par Guillaume Lagrée

Scott Colley par Juan Carlos HERNANDEZ

Scott Colley par Juan Carlos HERNANDEZ

The Art of the Quartet

Le Duc des Lombards

Paris, Ile de France, France

Mercredi 22 mai 2019. 19h30

The Art of the Quartet est composé de:

Kenny Werner: piano

Scott Colley: contrebasse

Peter Erskine: batterie

Benjamin Koppel: saxophone alto

 

Un standard moderne de Wayne Shorter. Très élégant, aérien, comme il faut. Batteur aux baguettes, en finesse. Le temps se décompose progressivement. Solo de sax qui accélère en douceur, poussé par la rythmique. Retour au thème, toujours aussi planant. Solo de contrebasse ponctué par des cliquetis de cymbales aux baguettes. Ca repart sur le thème. Le pianiste improvise seul, sur le thème, encore plus mystérieux et aérien. La magie Kenny Werner opère. 

Le quartet embraye sur un autre thème. Toujours aussi léger, aérien. Personne n'applaudit. Le public reste attentif, concentré. Solo de contrebasse toujours ponctué par les baguettes par les cymbales. Une autre ballade. Le batteur reste aux baguettes. Le sax alto chante aigre doux. Les deux thèmes ont fini de s'enchaîner. Il est temps d'applaudir.

Ce n'était pas une composition de Wayne Shorter mais de Jozef Zawinul, " Directions ". A ma décharge, Wayne Shorter  joue un rôle essentiel dans l'interprétation qu'en donnait le groupe de Miles Davis en 1969. Puis " Sukiyaki " qui n'est pas un hommage à la gastronomie japonaise mais un arrangement d'une chanson Pop des années 1960.

Deux compositions du contrebassiste Scott Colley. D'abord, un Blues. La rythmique tourne. Le sax alto joue la surprise, attaque par instants. Ca s'énerve tranquillement. Ce n'est pas le Blues échevelé d'Archie Shepp. Solo de piano. Blues tranquille soutenue en douceur par la rythmique. Le batteur reste aux baguettes. Solo de batterie aux balais, en douceur. Sans forcer, comme il faut. La contrebasse impulse. Beau dialogue entre bassiste et batteur. A chacun son tour de parole. Ils ne s'interrompent pas comme des politiciens dans un débat électoral.

Un solo de Kenny Werner pour commencer. Le quartet reprend doucement. Batteur aux balais. Nous parlons d'un Maître, Monsieur Peter Erskine. Il glisse comme un patineur. Le sax déroule un son sinueux. Solo de piano massé par les balais du batteur. Le quartet reprend une ballade nostalgique à souhait. Un concentré de précision et d'émotion.

" White baby suit " (?). Une composition de Peter Erskine pour sa fille. Mon voisin de gauche est un malotru. Il répond au téléphone comme s'il écoutait un album dans son salon. Il explique à sa femme qu'il est au Duc des Lombards (information qui ne m'avait pas échappé), qu'il ne peut déplacer la voiture et qu'il s'en occupera après. Après le concert, je suppose. Un sujet d'importance vitale qui ne pouvait attendre la fin du concert. Depuis que les téléphones portables existent, j'ai déjà vu des spectateurs filmer et enregistrer avec, lire les nouvelles des gazettes, envoyer des messages écrits à leurs amis et amours mais répondre à voix haute en plein concert, jamais. Ne pouvant interrompre le concert pour suivre cette passionnante conversation, j'ai préféré interrompre mon voisin pour suivre ce superbe concert. Il a demandé pardon, s'est présenté et nous sommes partis en bons termes.

Reprenons. Un morceau vif comme une petite fille espiègle. Ca s'agite franchement sur un air caribéen. Ca sonne Calypso. Ce sera justement le thème de ma prochaine émission Le Jars Jase Jazz sur Couleurs Jazz Radio en juin 2019 le vendredi à 1h et 19h, le samedi à 1h, le dimanche à 18h (heure de Paris): Le Jazz flèche de l'arc caraïbe (la Caraïbe anglophone).

Nouveau dialogue contrebasse & batterie. Peter Erskine tapote les bords de caisse aux baguettes sur un rythme implacable. Il fait chanter et rouler les tambours en ponctuant finement aux cymbales. Le Maestro est à l'oeuvre. Tout de suite, je comprends pourquoi tout le monde joue avec Peter Erskine depuis plus de quarante ans. Le quartet repart sur cet air caribéen.

Morceau composé pour le le film " Hamlet " de Laurence Olivier. Ce prince danois qui n'a jamais existé mais que William Shakespeare a rendu si vivant que vous croyez le croiser au château d'Elseneur. Scène d'amour. Un soldat dit adieu à son épouse. Batteur aux balais. Ballade nostalgique. Des adieux émus, cela s'entend.

Après un tel final, il n'y a rien à ajouter. Pas de bis.

Lectrices exigeantes, lecteurs sélectifs, vous pourriez craindre que The Art of the Quartet soit une addition de stars sans âme, ni esprit d'équipe, réunies pour faire beau sur l'affiche et attirer le public, les médias, les sponsors, comme certaines équipes de football. Pas du tout. Chaque musicien est un leader de très haut niveau, reconnu internationalement. Ils ont juste plaisir à se réunir, à jouer ensemble, à se stimuler, à se sublimer et nous le font partager sur scène. Profitez en sans restriction.

Pour vous faire une idée plus précise de l'Art de ce quartet, savourez la vidéo ci-dessous enregistrée en concert à Ascona (Tessin, Suisse) le 20 mai 2019, soit 2 jours avant ce concert parisien.

 

La photographie de Scott Colley (2005) est l'oeuvre du Resplendissant Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales. 

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Tropical Jazz Trio. L'Album.

Publié le par Guillaume Lagrée

TROPICAL JAZZ TRIO

Album  French Paradox

Sorti le vendredi 24 mai 2019

Concert à Paris, en France, 

le jeudi 3 octobre 2019 à 20h30 au Bal Blomet (Jeudis Jazz Magazine)

Le Tropical Jazz Trio est à retrouver en concert gratuit à Paris, au Sunside, mardi 15 octobre 2019 de 20h à 21h, dans le cadre du festival Jazz sur Seine

Le Tropical Jazz Trio est composé de 

Patrice Caratini: contrebasse

Alain Jean-Marie: piano

Roger Raspail: Ka, djembé, congas, percussions

Lectrices exigeantes, lecteurs sélectifs, je vous ai déjà chanté les louanges du pianiste Alain Jean-Marie, originaire de Guadeloupe (971) et de son Biguine Reflections Trio, du percussionniste Roger Raspail, lui aussi originaire de Guadeloupe et du contrebassiste Patrice Caratini, natif de Neuilly sur Seine (92). Lors ou en dehors des spectacles du Grand orchestre de Patrice Caratini, les trois s'accordaient des moment juste pour eux sous le nom du Tropical Jazz Trio

A La Nouvelle Orléans, les descendants d'esclaves venus d'Afrique, sans leurs instruments de musique, inventèrent la batterie car les percussions leurs étaient interdites. Elles servaient à sonner la révolte dans les plantations. Dans la Caraïbe, de Cuba au Venezuela en passant par la Guadeloupe, elles étaient permises. Avec un baril de rhum, le gros quart, les Guadeloupéens créèrent le Gwo Ka dont Roger Raspail est un Maître reconnu et Sonny Troupé, le digne continuateur. Jouer sur des peaux à mains nues, cela ne sonne pas pareil que jouer des baguettes et des balais sur une batterie qui a permis de fixer les éléments mouvants des fanfares militaires (tambours et cymbales). Le Jazz américain se tropicalise aux Antilles françaises, étape entre l'Amérique, l'Europe et l'Afrique. Ce trio sort de la rythmique classique du Jazz (piano, contrebasse, batterie). Sans la quitter, il la transforme. C'est l'essence du Jazz, musique métisse.

Enfin, le Tropical Jazz Trio sort un album. Après quarante ans de complicité dans différents ensembles, les trois compères n'ont plus rien à prouver. La preuve. L'album n'a d'autre titre que le nom de leur groupe. Tropical Jazz Trio.  La musique coule d'eux comme une source vive. Evidemment, elle est diablement rythmée. Ecoutez le " Pytang Pytang Bang " (10) de Roger Raspail et Franck Curier et, sauf avis médical formellement opposé, dansez maintenant!

Pour autant, des musiciens aussi raffinés ne négligent jamais la mélodie. A commencer par le morceau d'ouverture " Morena's reveries " (1) dédié par Alain Jean-Marie à la chanteuse Morena Fattorini. C'est le morceau signature d'Alain Jean-Marie. Cf. vidéo sous cet article. D'emblée, le ton est donné. Ca joue à très haut niveau international. 

Sans coup férir, nos trois compères mêlent leurs compositions aux standards du Jazz. " Fleurette africaine  "(4) (Duke Ellington) , " Senor Blues " et " The Cape Verdean Blues " ( 6, 12) du pianiste Horace Silver dont le père était originaire du Cap Vert. Du Cap Vert aux Etats-Unis d'Amérique, une escale aux Antilles s'imposait. C'est ce que démontre le Tropical Jazz Trio. Cf extrait audio au dessus de cet article.

 Ils jouent même, arrangé par Alain Jean-Marie, " Limelight " , en français " Les lumières de la ville " composé par Charlie Chaplin pour son film (11).

Ces Messieurs connaissent la chanson. Ils concluent avec deux chansons françaises, l'une tropicalisée dès la naissance, " Couleur café " de Serge Gainsbourg (13) et une chanson porteuse d'un éternel printemps, comme cette musique et ses interprètes, " Le temps des cerises " (14). 

Les belles auront la folie en tête et les amoureux du soleil au coeur. C'est ce que dit la chanson. C'est le message porté par le Tropical Jazz Trio. Tant de fraîcheur et de sagesse, de science et d'émotion, de mesure et de cadence, c'est un cadeau qui ne se refuse pas, lectrices exigeantes, lecteurs sélectifs. 

Outre l'album, le Tropical Jazz Trio est à savourer sur scène, à Paris, le mardi 2 juillet au Sunside et le jeudi 3 octobre 2019 au Bal Blomet (Jeudis Jazz magazine). Un tel bonheur ne doit pas être réservé à Paris. Souhaitons au Tropical Jazz Trio de nombreux concerts dans la France entière, de l'Hexagone aux Outre-Mer ainsi que dans le reste du monde,  de Vladivostok à Tombouctou, de Vancouver à Hong Kong.

L'abus du Tropical Jazz Trio est recommandé pour la santé. En vente libre sans ordonnance. A consommer sans modération.

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Tristan Mélia Trio " No Problem "

Publié le par Guillaume Lagrée

Tristan Mélia Trio

" No Problem "

Enregistré au studio Recall à Pompignan (30)

Jazz Family. 2019

Tristan Mélia: piano, compositions (sauf 1, 2, 8 & 11)

Thomas Bramerie: contrebasse

Cedrick Bec: batterie

Concerts en France le vendredi 4 octobre à Albas (47) et le mardi 19 novembre 2019 à l'IMFP de Salons-de-Provence (13).

Lectrices Cool, lecteurs Hot, comme vous le savez en lisant ce blog, en matière de Jazz, je suis un conservateur assumé. S'il n'y a Blues ni Swing dans une musique, fût-elle improvisée, ce n'est pas du Jazz. Appelez cela musique contemporaine ou tout ce que vous voudrez mais pas du Jazz. Ca ne veut rien dire si ça ne balance pas. It don't mean a thing if it ain't got that swing.

Nul besoin d'être un citoyen des Etats-Unis d'Amérique avec une ascendance africaine pour jouer cette musique comme elle doit être jouée.

Nouvelle preuve avec le jeune pianiste et compositeur français Tristan Mélia qui entame son deuxième album avec deux standards qui ne sont guère plus joués de nos jours. " No Problem " (1) du pianiste Duke Jordan qu'interprétait à merveille Barney Wilen. Puis " Too young to go steady " (2) dont l'interprétation dément le titre. Tristan Mélia est jeune mais il sait où il va et il y va tout droit. 

Ensuite, Tristan Mélia sort son carnet de compositions avec des morceaux actuels qui sonnent aussi solides que des vieux standards. " Le bois de Pont Aven " (n°10) est-il un hommage à l'école de peinture qui y vécut ou à Eric Le Lann qui y vit? 

L'enregistrement a été fait en studio, au vert, dans la campagne gardoise. Cela se voit sur les photos du livret qui accompagne l'album et cela s'entend dans la musique. Relax. Tristan Mélia a écrit lui même pour expliquer ses intentions. Elles sont bonnes et cela se ressent.

L'amitié est chantée avec " That's what friends are made for " (n°11) de Burt Bacharach. Cela s'entend tout au long de cet album dans l'échange permanent entre Tristan Mélia, Thomas Bramerie et Cedrick Bec.

" Music is the healing force of the universe " (Albert Ayler). Tristan Mélia et ses complices ont retenu le message et le font passer en douceur, avec mesure et en cadence.

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