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Patrice Caratini " Jazz et Caraïbes " au Studio de l'Ermitage

Publié le par Guillaume Lagrée

Patrice Caratini

Jazz et Caraïbes

3e concert d’une saison parisienne de Patrice Caratini

5 concerts pour 50 ans de scène

Paris. Studio de l’Ermitage

Dimanche 8 novembre 2015. 20h.

Première partie

Tropîcal Jazz Trio

Patrice Caratini : contrebasse

Alain Jean-Marie : piano

Roger Raspail : percussions

Le trio démarre sans prévenir. Roger Raspail joue de ses mains sur les grands tambours Ka et avec une baguette sur une petite cymbale.Ca balance comme un hard bop caribéen, bref à la façon d’Alain Jean-Marie. Gros son de la contrebasse au centre du trio. La musique ondule comme des vagues.

Roger Raspail travaille les tambours à mains nues. Patrice Caratini n’est ni Noir ni Antillais mais s’insère parfaitement dans cette musique. « Les Blancs ont le droit de jouer le makossa, les Noirs ont le droit de jouer Mozart » (Manu Dibango). C’était " Senor Blues » d’Horace Silver dont le père venait du Cap Vert.

« Dendé » (Roger Raspail). Après une intro tranquille, ça devient purement antillais, balançant sous les alizés. C’est l’intelligence de la main chère à Joseph Proudhon : celles d’Alain Jean-Marie qui pressent le clavier du piano, celles de Patrice Caratini qui pincent les cordes de la contrebasse, celles de Roger Raspail qui massent les peaux des tambours. Premier solo de contrebasse grave, majestueux. Il fait exceptionnellement doux à Paris pour la saison. La météo est en accord avec la musique. Alain Jean-Marie joue un air entêtant sur lequel Roger Raspail fait des passements de mains de magicien.

Un air de salsa. Composé par Dizzy Gillespie je pense. Une salsa à l’antillaise. Il y a de quoi danser mais il est interdit de danser ce soir. C’était « Manteca » de Dizzy Gillespie en effet.

Le padjanbel est un rythme guadeloupéen à trois temps (3/4) comme la valse et le Jazz. Un padjembel moderne composé par Alain Jean-Marie pour sa compagne Morena Fattorini « Morena’s Reverie ». Il nous explique sa musique. Aux Antilles, les esclaves venus d’Afrique étaient venus sans instrument. De plus, les ethnies étaient mélangées afin que les esclaves ne complotent pas contre les colons. Ils ont donc inventé un instrument le Gwo Ka, à partir de tonneaux (de contenance gros quart créolisé en Gwo Ka) et de peaux d’animaux. Alain Jean-Marie lance une boucle rythmique à vous rendre fou.

S’ensuit une ballade qui chaloupe doucement guidée par le piano. Il n’y a qu’à éteindre les lumières et déshabiller les danseuses mais les lumières restent allumées, quoique tamisées et personne ne danse. Cruelle déception ! C’était « Italian Soul » (Alain Jean-Marie).

« Tou ca sé pou doudou » (Al Lirvat). Albert Lirvat (1916-2007) est un créateur majeur de la musique antillaise. Après avoir écouté Dizzzy Gillespie en concert à Paris, salle Pleyel, en 1948, il inventa le wabap, mélangeant Be Bop et biguine. Il fut l’un des parrains d’une jeune musicien débutant Alain Jean-Marie (né en 1945) lorsqu’il arriva à Paris. Je danse sur place à défaut de pouvoir danser sur la piste.

« Fleurette africaine » (Duke Ellington). Morceau composé par le Duke pour son album " Money Jungle » en trio avec Charles Mingus (contrebasse) et Max Roach (batterie). Avant de les laisser jouer, Duke dit à ses musiciens de s’imaginer au fin fond de la forêt équatoriale découvrant une fleur unique au milieu d’une clairière. C’est cette émotion qu’ils devaient jouer. Ils ont si bien réussi que le Tropical Jazz Trio a l’intelligence de ne pas jouer ce morceau comme l’original qui est intouchable. Alain Jean-Marie est vraiment un très grand pianiste. Cela a déjà été dit mais ne sera jamais suffisamment répété. Ils le jouent un peu à l’antillaise et ça le fait.

« Calypso » (Kenny Barron). C’est bien un calypso comme Kenny Barron en jouait chez Dizzy Gillespie il y a 50 ans. Les accents toniques sonnent comme de l’anglais parlé par un Jamaïcai. Les percussions claquent, la contrebasse slappe, le piano scintille. Bref, c’est l’Apocalypso comme dit Alain Chamfort.

PAUSE

Deuxième partie

Latidinad Quintet

Patrice Caratini : contrebasse

Manuel Rocheman : piano

Sebastian Quezada : percussions

Inor Sotolongo : percussions

Rémi Sciuto : saxophone alto

La contrebasse lance le débat. Plainte du sax alto. Au départ, c’est beaucoup plus Jazz que latin, plus à écouter qu’à danser. Duo de percussions. Ca commence à chauffer. Ils sont côte à côte et se regardent en jouant. C’était « Father’s mood » (Caratini).

« El cangrejo » (Caratini). Cela signifie le crabe. Le crabe marche de travers et ce morceau aussi selon Patrice Caratini. Ca balance doucement.

« Fever » dans la version caliente de Ray Barretto. Le sax alto remplace la voix de Peggy Lee, Elvis Presley ou Sarah Vaughan selon votre version préférée de ce standard. Ca groove latin à souhait. Le pianiste distille les notes comme un « nez » les gouttes de parfum.

La contrebasse démarre en douceur ponctuée par le piano et les percussions. Ca balance tranquille. Bercé par la musique, je m’endors sous les palmiers, même pas réveillé par un petit coup de cymbales de temps en temps. Finalement, ça pourrait bien être une Bossa Nova d’Antonio Carlos Jobim.

« Pinta » extrait de la suite « Antillas » composée par Patrice Caratini pour Alain Jean-Marie. Pinta est le nom d’une des caravelles de Christophe Colomb sans lequel rien de tout cela ne serait arrivé. Qui fut le plus grand socialiste de l’Histoire ? Christophe Colomb car il est parti sans savoir où il allait, il est arrivé sans savoir où il était, il est revenu prétendant savoir où il avait été sans rien en savoir et tout cela avec l’argent des autres.

Un medley argentin de musiques de la campagne, le tango étant une musique urbaine né dans les bordels comme le Jazz. « Zamba y Malambo ». La Zamba, qui n’a rien à voir avec la Samba des Brésiliens, est un air de séduction, au tempo lent alors que le Malambo marche au rythme des chevaux. En effet, au démarrage, le tempo est lent, séducteur. Sebastian Quezada s’est mis debout pour jouer d’un tambour porté sur son ventre, avec des baguettes, mais pas comme les grenadiers de l’Empereur Napoléon Ier. Avec le malambo, effectivement, le tambour marche à un rythme de pas de cheval. Le sax sonne la cavalcade. A danser en tapant du pied.

RAPPEL

Les percussionnistes ont échangé leurs places. Inor est au tambourin, Sebastian est assis sur le grand tambour argentin de forme parallélépipédique rectangulaire. Le groupe enchaîne sur un air chantant et dansant.

Le public en demande encore. Une petite dernière pour la route. « Besame mucho » évidemment. Sax alto rêveur à souhait. Rythmique onctueuse comme il faut. Ca ne fait pas oublier Barney Wilen , LE saxophoniste associé à ce morceau mais ça tient la comparaison.

Mon voisin n’avait pas écouté Patrice Caratini depuis 30 ans. Ce concert lui a permis de mesurer tout ce qu’il a manqué durant ces années.

Rendez vous pour le 4e concert de la saison parisienne de la saison parisienne de Patrice Caratini le dimanche 6 décembre 2015 à 20h au Studio de l’Ermitage. Au programme, le Big Band Patrice Caratini Jazz Ensemble jouera l’accompagnement musical du film muet « Body and Soul » (1924, film tourné dans le Sud des Etats Unis par un Noir américain, Oscar Micheaux, avec des acteurs noirs américains dont Paul Robeson . Respect) suivi du Bal.

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Omer Avital Quintet au New Morning

Publié le par Guillaume Lagrée

Omer Avital Quintet

Paris. Le New Morning

Mercredi 4 novembre 2015. 20h30.

Omer Avital: contrebasse

Ofri Nehemya : batterie

Yonathan Avishai : piano

Asaf Yuria : manzello, saxophone tenor

Alexander Levin : saxophone ténor

Le manzello fait forcément penser à Rahsaan Roland Kirk. C’est entraînant mais pas encore chaud. Ils démarrent. C’est du hard bop orientaliste, une curiosité. Omer Avital danse avec sa contrebasse tant il la malaxe.

Une ballade. Ce son oriental vient t-il d’Europe de l’Est ou du Proche Orient ? Subtil mélange des deux. Le sax ténor s’approche le plus possible du son de la clarinette. C’est majestueux. Gros solo de contrebasse pour relancer la machine. Ca tourne. Il faudrait dégager un espace pour danser. La transe arrive au milieu du deuxième morceau. Et hop ! Ils attaquent en bloc pour plus d’effet. Solo de ténor avec un gros son velu. Ils enchaînent entre piano et fort, calmo et agitato. Maintenant, ça devient funky, sans trombone, ni trompette. Les saxophonistes sont excellents. Ils soufflent si puissamment que je cherche toujours le troisième, caché entre les deux.

C’était « Mohamed’s market » dédié au batteur Mohamed Ali Jackson suivi de « New Yemenite ».

Morceau dédié à la ville israélienne où naquit sa mère. Beau solo de contrebasse. Son méditatif qui impose le silence. Il va chercher loin dans nos âmes. Le groupe reprend avec un solo de ténor oriental, comme des flûtes plaintives. Duo de ténors maintenant. Ca décrasse. Ca y est, la danse orientale repart. Ca sonne aussi un peu espagnol (7 siècles de présence arabe en Espagne ont laissé des traces). Moment plus calme, joué par la rythmique avant que les saxs ne reprennent à l’unisson.

Le pianiste repart en hard bop. Le groupe suit, souple, chaud, new yorkais en diable. Ca glisse comme les pas de Fred Astaire sur la piste. Ils ont décidé de rester sages alors qu’ils pourraient nous mettre en transe s’ils le voulaient. Après un solo de ténor agité, un solo de ténor calme soutenu par la basse et la batterie. Montée en puissance tranquille avec le retour du piano. Un beat digne des Jazz Messengers. Le glissando final du quintet est super pro. Ca marche. Une belle brune tape des mains et claque des doigts.

PAUSE

Je discute avec une Vietnamienne en couple avec un Néo Zélandais. Ils terminent 15 jours de vacances en France par ce concert. Manifestement, ils finissent en beauté.

Ca swingue tranquille. Les sax ténors se succèdent.

Le pianiste enchaîne sur un air entraînant., plus oriental. Les tambours dansent sous les baguettes du batteur. Ca balance magnifiquement. Là encore, ça manque de piste de danse. Le jeu se calme pour un solo de contrebasse au milieu de l’orchestre. Omer Avital a un gros son et le sens de la couleur. La comparaison avec Charles Mingus s’impose mais le message d'Omer Avital est plus joyeux. Après tout, il n'est pas persécuté pour son apparence comme l'était Mingus.

Petit solo de piano dans l’aigu pour commencer. S’ensuit un air entraînant, dansant au piano. C’est délicieux. Long préliminaire seul avant la jouissance en groupe. Les saxs contre attaquent droit devant bien portés par la rythmique. Retour au manzello. Ca change le son du duo de souffleurs, forcément. Enfin, le public se lâche un peu et tape dans ses mains. Bon dialogue percutant entre pianiste et batteur. Ca réveille. Les gens devraient danser sur cette musique mais ils n’osent pas sans autorisation expresse comme pour Le Bal de Patrice Caratini.

C’était « Africa ». Le groupe enregistrera un nouvel album dans une semaine.

*Zohar’s smile » dédié à son fils. Une ballade jouée par la rythmique, batteur aux balais. Ce garçon ne doit pas manquer d’amour a priori. Beau solo de contrebasse au milieu de la rythmique. Cela sonne comme les pas d’un enfant confiant vers son père. Ca monte en puissance car un enfant n’est pas toujours calme. Ca marche. Le jeune couple à mon côté s’enlace.

Redémarrage hard bop de la rythmique. Les sax ténors enchaînent. Ces deux ténors ne font pas la retape comme Placido Domingo et Luciano Pavarotti. Le jeune couple NZ-Vitenam s’en va. La demoiselle me dit au revoir en souriant. Sur scène, ça tourne toujours. Un chase de ténor pas comme Dexter Gordon/Wardell Gray ou Johnny Griffin/Eddie Lockjaw Davis mais pas mal quand même. La rythmique enchaîne sur un air dansant, oriental. Ca balance de plus en plus mais le public reste sage.

Solo vrombissant de contrebasse. Elle est slappée comme il faut. Des spectateurs audacieux claquent des doigts en mesure. Funkissimo. Puis le quintet attaque à fons les manettes. Jeu salsa du pianiste alors que les saxs se déchaînent. Retour au calme avec la rythmique mais toujours sur un air dansant. Beau final groupé salsa jazz oriental.

Il y avait école le lendemain. Je suis parti avant la pause. Il faut qu’Omer Avital dise aux spectateurs qu’ils ont le droit de danser. Ils n’osent pas et c’est bien dommage tant cette musique est entraînante.

La photographie d'Omer Avital est l'oeuvre de l'Essentiel Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

Omer Avital par Juan Carlos HERNANDEZ

Omer Avital par Juan Carlos HERNANDEZ

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Stanley Clarke/Biréli Lagrène/ Jean-Luc Ponty " D-Stringz "

Publié le par Guillaume Lagrée

" D-Stringz "

Impulse. Universal.

Sortie le vendredi 13 novembre 2015

Jean-Luc Ponty: violon

Biréli Lagrène: guitare

Stanley Clarke: contrebasse

Steve Sheehan: percussions (n°8)

Lectrices funky, lecteurs groovy, réjouissez vous. Jean Luc Ponty, Stanley Clarke, Biréli Lagrène, 3 Géants du Jazz actuel se sont enfin réunis, sans tambour ni trompette, sans ampli ni électronique. Juste 3 instruments acoustiques, un studio, des compositions, des standards et la joie de jouer ensemble. Ces musiciens ont tellement exploré les possibilités de la fée Electricité qu'ils font bien de nous rappeler qu'ils savent s'en passer pour jouer débranché (" unplugged " in english).

Le point commun entre ces trois Citoyens du monde, outre le fait qu'ils jouent des instruments à cordes, c'est le Funk. Pas de batterie, pas de cuivres, pas d'amplification électrique et pourtant quel groove!

Qu'ils jouent des compositions comme " Stretch " de Biréli Lagrène (n°1) qui s'étire comme un gros chat ou " To and Fro " de Jean-Luc Ponty (n°2), point de départ et d'arrivée ou des standards comme " Blue Train " de John Coltrane (n°7) ou " Mercy, Mercy, Mercy " de Joe Zawinul (n°9), ils groovent monstrueusement.

Je ne dis pas qu'ils ne sont pas à l'aise sur les ballades qu'elles soient des standards ( " Too young to go steady ", n°3 et " Nuages " de Django Reinhardt, n°5 ) ou des compositions " Chilhood memories " de Jean-Luc Ponty (n°6). Ces musiciens sont des fuori classe comme disent les Italiens.

Cependant, quand il s'agit de vous donner envie de claquer des doigts, battre des pieds et onduler des hanches tout en admirant des arrangements savants et une attaque d'une précision diabolique, ce trio là est hors concours.

Merci, Merci, Merci à Stanley Clarke, Biréli Lagrène et Jean-Luc Ponty.

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BD Jazz " Sarah Vaughan "

Publié le par Guillaume Lagrée

Sarah Vaughan

BD Music. 2015

BD de Séra & Aranthell

Texte et sélection des chansons par Alain Gerber

CD 1: Sarah Vaughan (1944-1957)

CD 2: Sarah Vaughan (1957-1958)

Lectrices Be, lecteurs Bop, l'existence de la Divine Sarah Vaughan (1924-1990) n'a pu vous échapper. Fille de pasteur, sa voix et sa plastique damnèrent plus d'un pécheur.

Tous les musiciens vous le diront. En général, les chanteuses ne connaissent pas la musique. Elles chantent et le groupe suit. Pas Sarah Vaughan, c'était une vraie musicienne, une membre de l'orchestre parmi d'autres. Il existe une Sainte Trinité des chanteuses de Jazz: Billie Holiday est la plus poignante et la plus Blues, Ella Fitzgerald la plus joyeuse et la plus populaire et Sarah Vaughan la plus musicienne et la plus sexy.

Elle est présentée ici avec une BD qui raconte sa vie. C'est bien dessiné mais je ne suis pas enthousiasmé comme par l'oeuvre de Wozniak pour " A gospel story ".

Par ailleurs, la base de mon éducation en Jazz, après les leçons de mon père bien sûr, ce fut l'émission " Black and Blue " de Lucien Malson et Alain Gerber sur France Culture dans les années 1990. C'était le Gai Savoir. Je retrouve avec plaisir son style si personnel de biographie dans son texte " Divine ou Diva? " où il campe Sarah Vaughan en femme et en artiste.

Alain Gerber a aussi choisi 37 chansons de Sarah Vaughan. Sur 37, 36 soit 97,3% comptent Roy Haynes à la batterie. C'est dire si Sarah Vaughan était musicienne. Il lui fallait les meilleurs musiciens derrière elle, Roy Haynes donc ou Clifford Brown (trompette). Leur version de " Lullaby of Birdland " enterre toutes les autres. Il paraît qu'il existe d'autres versions chantées de " Lullaby of Birdland " que celle de Sarah Vaughan avec Clifford Brown et Roy Haynes mais la nouvelle reste à confirmer.

Sarah Vaughan a chanté jusqu'à la fin de sa vie, Quincy Jones l'ayant fait chanter avec des rappers et Ella Fitzgerald sur son album " Back on the block " en 1989, toutefois les chansons choisies ici s'arrêtent en 1958.

Que cela ne vous empêche pas, lectrices Be, lectrices Bop, d'écouter " Sassy swings the Tivoli " enregistré au Tivoli Garden à Copenhague en 1963. Dans le trio qui l'accompagnait, Roy Haynes n'était pas présent. Un festival de musicalité et de sensualité mais ceci est une autre histoire.

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A Gospel Story par Jean Buzelin & Wozniak

Publié le par Guillaume Lagrée

A Gospel Story (1929-1962)

BD Music. 2015.

Textes et sélection des morceaux par Jean Buzelin

Dessins de Wozniak

CD1: Negro spirituals/The great tradition

CD2: The Golden Age of Gospel/The Hits

Lectrices sans foi, lecteurs sans loi, prenez le droit chemin dans la joie grâce à la bande dessinée " A Gospel Story ".

Apprenant dans l'Ancien Testament, l'histoire du peuple juif déporté à Babylone ou en Egypte, rendu esclave et priant le Seigneur de le laisser revenir à la terre natale, les Noirs d'Afrique déportés en Amérique ne pouvaient que s'y identifier. Dignité et liberté s'expriment dans cette musique religieuse qui est la source de toutes les musiques noires d'Amérique depuis un siècle: blues, jazz, rhythm'n blues, rock'n roll, soul music, funk, rap. Stevie Wonder n'a t-il pas affirmé que Mahalia Jackson était sa plus grande influence vocale? James Brown n'a t-il pas incarné un pasteur dans le film " The Blues Brothers "? Ray Charles n'a t-il pas inventé la Soul Music en chantant des paroles profanes sur des airs sacrés ( " Hallelujah I love her so ")?

Wozniak, inspiré par cette histoire, a réalisé pour l'illustrer une bande dessinée comme lui seul en a le secret. Une oeuvre d'art à la fois codée et lisible, bref magique.

Jean Buzelin explique le sujet en quelques pages qui retracent l'histoire du genre, de ses héros et de ses héroïnes. Il a sélectionné avec grand soin 48 chansons enregistrées entre 1929 et 1962 qui manifestent la grandeur de la foi du peuple noir américain.

Vous l'avez compris, lectrices sans foi, lecteurs sans loi, la bande dessinée " A Gospel Story " avec ses deux CD est un ouvrage d'initiation indispensable. Il ne prétend pas faire le tour du sujet mais il vous en livre l'essentiel: le message.

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La preuve Patrois au Sunset

Publié le par Guillaume Lagrée

David Patrois Trio

Paris. Le Sunset

Samedi 31 octobre 2015. 21h30

David Patrois : vibraphone, marimbas

Luc Isenmann : batterie

Jean-Charles Richard : saxophones baryton et soprano

Le trio a douze ans d’existence. Il joue ici la musique de son dernier album « Flux tendu ».

Sax soprano pour « Hélophonie ». Son lumineux, solaire du vibraphone. Jean-Charles Richard vient du saxophone classique. Il en a gardé un son d’une pureté cristalline et une mise en place au micron près. Le trio écarte les nuages et fait paraître le soleil. Le batteur est passé aux balais. Le sax s’amuse à jouer assis à l’écart de la scène. Je l’entends de loin mais bien, en contrepoint. Il revient en gardant un son doux. Le trio monte en puissance. Travail du son entre les baguettes du vibraphoniste et celles du batteur. Superbe final.

« Petit bout » écrit par David Patrois pour sa fille qui a aujourd’hui 19 ans. Le temps passe, la musique reste. Saxophone baryton. Morceau agité comme une petite fille qui court partout, attrape tout. Le batteur sonne la charge aux baguettes. Les baguettes courent sur le vibraphone. Ce petit bout ne devait pas être facile tous les jours. La musique devient plus douce, plus affectueuse, comme un père qui prend sa fille dans ses bras. Le tempo s’accélère, cela revient au jeu, au mouvement.

« Seven for reggae », à comparer avec la version en quintette. C’est un rythme en 7/4 comme l’indique le titre (7/4 reggae). Le baryton barrit joyeusement. Ca balance bien. Passage au soprano qui perce le ciel. Retout à ce petit air entraînant qui fait mes grandes délices depuis que je l’entends.

« Le cri de Rahan », héros préhistorique de la BD française. Le cri de victoire que le héros pousse à la fin de chacune de ses aventures. En bon héros, il gagne toujours. C’est ce cri qu’ils jouent. Bel agitato final. Fortissimo con brio.

Sax baryton. Nous devons reconnaître le morceau. C’est une ballade. Joli solo de vibraphone tout en douceur. Je n’ai pas reconnu « Something sweet, something tender » (Eric Dolphy).

« Flux tendu ». Solo de batterie bien sec pour introduire. Retour au baryton et à un peu plus de douceur. La musique jaillit à flux tendu.

PAUSE

Démarrage aux marimbas. Ca donne un son plus africain, plus percussif. La musique chante joyeusement. Jean-Charles Richard s’assied pour siffler dans son anche puis revient au soprano. Joli dialogue percutant entre marimbas et batterie. Ca s’agite avec le chant acide du soprano. C’était « Freedom Jazz Dance ». A comparer avec la version jouée sur l’album « Miles Smiles » (1966) par le Miles Davis Quintet.

« Something You miss ». Solo de vibraphone que le batteur ponctue légèrement aux baguettes. Sax baryton de velours. Ca balance joyeusement.

« Capitaine Achab ». Sax soprano. Puis sax baryton qui apporte quelques ponctuations. La tempête se lève au fur et à mesure du morceau. Ca finit au niveau 12 sur l’échelle de Beaufort au moins.

Le sax baryton démarre. Bel effet de souffle. C’est une très belle version d’un standard « In walked Bud « (TS Monk). Le Be Bop prend un coup de fraîcheur même si la musique de Monk est intemporelle.

Soprano. Il me semble que le vibraphone joue toujours du Monk mais pas le sax. Batteur aux maillets. Il y a là un mélange très subtil de thèmes. Le son du soprano s’étaire jusqu’à la fin. C’était « Il sogno di Diego » pour le fils de David Patrois qui a 10 ans.

« Wrong and strong ». Soprano. Morceau agité, puissant. Le titre est clair : « Erroné et fort ». Ce qui ne les empêche pas de produire un duo batterie/vibraphone, tout en finesse, virevoltant. Le soprano vient ajouter du piquant à la sauce. Solo de batterie, travaillé au corps sur les tambours. Retour groupé du trio pour le final.

RAPPEL

Marimbas rejoints par la batterie sous les balais. Le saxophoniste revient sur scène, jouer du soprano. L’air est très bien masqué mais , en y prêtant attention, c’est bien « La Javanaise » de Serge Gainsbourg qu’ils jouent.

Mon ami, Monsieur C, était venu de Lille pour ce concert. Moi de Paris. Ni lui ni moi n’avons regretté le déplacement. La preuve, nous sommes restés jusqu’au bout du concert car tel était notre bon plaisir.

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Sélection de concerts de Jazz à Paris et dans le Val d'Oise pour novembre 2015

Publié le par Guillaume Lagrée

Exquises lectrices, charmants lecteurs, c'est après avoir consulté les plus hautes autorités morales et religieuses, c'est-à-dire moi, que je vous propose la sélection suivante de concerts de Jazz pour novembre 2015.

Pour un agenda complet, je vous renvoie à Citizenjazz.

Quatre festivals sont à suivre:

- à Paris, le festival Jazzycolors qui réunit des groupes de l'Europe entière se poursuit dans les centres culturels étrangers à Paris jusqu'au vendredi 27 novembre 2015

- à Paris, le 7e festival Sons 9 du lundi 2 au mardi 10 novembre 2015, consacré aux instruments rares en Jazz: hautbois, violoncelle, kora, harpe...

- à Paris, le 14e festival Jazz 'n Klezmer manifeste la diversité des cultures juives et leur influence dans le Jazz du mercredi 11 novembre au mardi 1er décembre 2015.

- dans le Val d'Oise, en Ile de France, le 20e festival Jazz au fil de l'Oise, du vendredi 6 novembre au lundi 13 décembre 2015.

Jour après jour, voici quelques concerts de Jazz que je vous conseille, en toute subjectivité.

Mardi 3 novembre:

- 20h30 au New Morning, le trompettiste néo orléanais Christian Scott qui mélange avec classe tradition et actualité

- 21h au Sunside, le quartet du saxophoniste Gary Bartz. Le saxophoniste du concert géant de Miles Davis sur l'île de Wight en 1970, c'est lui.

Mercredi 4 novembre:

- 19h au Baiser Salé, Mario Canonge (piano) et Michel Zenino (contrebasse) explorent les standards du Jazz pour instruire la jeune génération.

- 20h30 au New Morning, le prodigieux contrebassiste israélien Omer Avital, né de parents Marocains, mélange superbement Jazz et musique du Proche Orient.

- 21h au Sunside, Gary Bartz Quartet.

- 21h30 au Baiser Salé, le quartet du saxophoniste ténor Rick Margitza , le dernier sax de Miles Davis, dont j'ai souvent chanté les louanges.

Jeudi 5 novembre:

- 20h30 au New Morning, John Scofield (guitare électrique) & Joe Lovano (saxophone ténor) Quartet. Je ne vous ferai pas l'injure de vous présenter ces grands Messieurs, exquises lectrices, charmants lecteurs.

Vendredi 6 novembre:

- 19h30 et 21h30 au Duc des Lombards, Jeremy Pelt Quartet. Un trompettiste dont on me dit grand bien mais que j'avoue n'avoir pas encore écouté.

Samedi 7 novembre:

- 19h30 et 21h30 au Duc des Lombards, Jeremy Pelt Quartet.

Dimanche 8 novembre:

- 16 h et 19h au Théâtre des ateliers du Chaudron, Steve Potts (sax soprano) and The New Giants. Mon premier concert de Jazz en club à Paris, ce fut Steve Potts avec Hal Singer en 2000 aux 7 Lézards, club aujourd'hui disparu. Cela ne s'oublie pas.

- 20h30 au Studio de l'Ermitage, Patrice Caratini (contrebasse) fête ses 50 ans de scène avec une soirée Jazz et Caraïbes. Il paraît qu'il faudra écouter la musique en restant assis. Une manifestation spontanée de danseurs et danseuses est prévisible.

Lundi 9 novembre:

- 20h sur la Péniche Le Marcounet, le quintette " Wink " de Frédéric Borey (sax ténor).

Mardi 10 novembre:

- 19h30 et 21h30 au Duc des Lombards: Véronique Hermann Sambin, chanteuse guadeloupéenne, mêle à sa douce manière Jazz et Caraïbes.

- 21h au Sunside: Ben Sidran Quartet invite Rodolphe Burger. New York invite l'Alsace à Paris. Etonnant, non?

- 21h30 au Sunset: Stéphane Kerecki Quartet.

Mercredi 11 novembre:

- 19h au Baiser Salé: duo Mario Canonge (piano)/Michel Zenino (contrebasse).

- 21h au Sunside: Ben Sidran Quartet invite Rodolphe Burger.

Jeudi 12 novembre:

- 21h au Sunside: Ben Sidran Quartet

Vendredi 13 novembre:

- 21h au Sunside: Ben Sidran Quartet. Pianiste, chanteur, compositeur, animateur radio, Ben Sidran est un pilier du Jazz à New York.

Samedi 14 novembre:

- 21h au Sunset: Julien Lourau & Electric Biddle, groupe déjà louangé sur ce blog en 2014 et en 2015.

Mardi 17 novembre:

- 20h au Triton (Les Lilas, métro Mairie des Lilas): Trio Soleil. La Jazz Ka Philosophy va illuminer votre vie, exquises lectrices, charmants lecteurs.

- 21h au Sunside: Riccardo del Fra (contrebasse) invite Paul Lay (piano), Billy Hart (batterie) et Pierrick Pédron (sax alto). Classieux, forcément classieux.

Mercredi 18 novembre:

- 19h au Baiser Salé: Mario Canonge (piano)&Michel Zenino (contrebasse)

- 21h au Sunside: Bruno Angelini (piano) invite Francesco Bearzatti (clarinette, sax ténor). Les accompagnateurs du chanteur Thierry Péala jouent sans lui. Cela chantera tout de même.

Vendredi 20 novembre:

- 21h au Sunside: Eric Le Lann (trompette) jouera son nouvel album en quartette " Life on Mars " (la chanson de David Bowie, oui).

- 20h au Triton: Thomas Savy (clarinettes) et son " Archipel bleu " déjà cartographié sur ce blog.

Samedi 21 novembre:

- 21h30 au Sunside: Eric Le Lann (trompette) jouera son nouvel album en quartette " Life on Mars " (la chanson de David Bowie, oui).

- 20h30 à La Cigale, le clarinettiste David Krakaueur donnera son concert cinématique " Big Picture " avec le son et l'image.

Lundi 23 novembre:

- 19h30 et 21h30 au Duc des Lombards: Bennie Maupin, le seul souffleur que vous trouvez dans le personnel de " Bitches Brew " (Miles Davis, 1969) et " Head Hunters " (Herbie Hancock, 1973), c'est Bennie Maupin.

Mardi 24 novembre:

- 19h30 et 21h30 au Duc des Lombards: Bennie Maupin, le seul souffleur que vous trouvez dans le personnel de " Bitches Brew " (Miles Davis, 1969) et " Head Hunters " (Herbie Hancock, 1973), c'est Bennie Maupin.

Mercredi 25 novembre:

- 19h au Baiser Salé: Mario Canonge (piano)&Michel Zenino (contrebasse)

- 20h au Triton (Les Lilas, métro Mairie des Lilas): Sonny Troupé Quartet. Enfants, emmenez vos parents pour leur prouver que l'art de la percussion ne se résume pas aux ivrognes maladroits des parcs parisiens.

- 20h30 au New Morning, Eric Seva " Nomade sonore " posera ses bagages le temps d'un concert. Bon voyage.

Jeudi 26 novembre:

- 19h30 et 21h30 au Duc des Lombards. Gilad Hekselman (guitare électrique). Un guitariste indispensable à la scène Jazz actuelle.

Vendredi 27 novembre:

- 19h30 et 21h30 au Duc des Lombards. Gilad Hekselman (guitare électrique). Un guitariste indispensable à la scène Jazz actuelle.

- 20h au Triton (Les Lilas, métro Mairie des Lilas): Sylvain Cathala (sax ténor) septet " More Power ".

- 21h au Sunside, Nicola Sergio (piano) présente son album " Migrants " en duo avec Jean-Charles Richard (saxophones). Nicola Sergio est un Italien du Sud qui a émigré à Paris. Il a composé cet album dédié à tous les migrants d'hier (les Italiens partis in America) et d'aujourd'hui ( ceux qui traversent la Méditerranée au péril de la mer).

Samedi 28 novembre:

- 19h30 et 21h30 au Duc des Lombards. Gilad Hekselman (guitare électrique). Un guitariste indispensable à la scène Jazz actuelle.

La photographie de Bruno Angelini est l'oeuvre de l'Insubmersible Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

Bruno Angelini par Juan Carlos HERNANDEZ

Bruno Angelini par Juan Carlos HERNANDEZ

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Le quartet de Jérôme Sabbagh nous embarque dans la péniche Anako à Paris

Publié le par Guillaume Lagrée

Jérôme Sabbagh Quartet

Péniche Anako

Paris. Mardi 27 octobre 2015. 20h.

Jérôme Sabbagh : saxophone ténor

Ben Monder : guitare électrique

Joe Martin : contrebasse

Mark Ferber : batterie

En attendant le concert, Ben Monder teste sa guitare en sourdine. C’est délicieux. Il est dans sa bulle faisant ses gammes alors que les spectateurs s’installent petit à petit. Il s’en va. Le pré concert est fini.

Il y a des prises électriques aux murs de la péniche Anako. Le chroniqueur moderne peut écrire sa chronique en direct en gardant son ordinateur personnel ou son téléphone intelligent chargé. Magnifique !

Ca commence par une ballade très sombre. Son voilé du sax où le souffle se prolonge. La musique s’exhale comme des volutes de fumée, parole de non fumeur. C’était l’intro. Après une pause, le batteur accélère le tempo. La musique décolle. Energie rock de la guitare, feeling jazz du sax, pulsation sans faille de la basse et de la batterie. La contrebasse se place au centre du débat ponctuée par la guitare et la batterie. Bons breaks de batterie qui relancent le jeu. Ca dialogue ferme entre guitare et sax.

Le guitariste part seul en ballade. Batteur aux balais. La contrebasse marche lentement. Décidément, c’est une ballade. Berceuse très efficace. Excellent massage cérébral. Solo de sax avec un gros vibrato.

Tempo rapide lancé à quatre. Bonne vibration. Public nombreux et attentif. Ca balance bien. Un solo de guitare rock sans monter le son, c’est bon. S’ensuit un solo léger et efficace de la contrebasse, bien soutenue par la guitare et la batterie. Le groupe se tait pour un solo de sax ténor avec beaucoup de souffle, d’effets de langue, de cliquetis des doigts. Ben Monder vient s’immiscer doucement dans la musique, en prolongeant les sons du saxophone. S’ensuit un dialogue de sons mystérieux entre les cordes de la guitare et les cymbales de la batterie. C’est à la fois étrange et apaisant. Ils enchaînent sans transition sur un morceau tourmenté qui tangue bien plus que la péniche Anako, solidement amarrée au 61 quai de Seine, dans le 19e arrondissement de Paris. Cela devient un Free Jazz Rock qui sonne comme l’actualisation du « Dr Prof Leary » de Barney Wilen. Contrairement à celle de Martial Solal & Lee Konitz, cette musique n’est pas pensable sans amplification électrique. Le public est envoputé jusqu’au final.

Pour finir, le morceau final du dernier album de ce quartet, « The Turn », « Electric Sun ». Funky en diable. Ca ferait une excellente musique de film sentimental et joyeux.

Ils jouèrent dans l’ordre :

  • Eye of the storm
  • North
  • Comptine
  • Electric sun

Jérôme Sabbagh présente le groupe et la démarche. Ce quartet a 10 ans d’existence et 4 albums. Le concert mêle des morceaux des 4 albums.

PAUSE

Reprise en douceur du quartet sur un tempo medium. Solo très sec du guitariste qui pince très fermement les cordes. Le jeu de Ted Poor (batteur habituel du groupe) est riche, celui de Mark Ferber n’est pas pauvre.

Un tempo rapide. Ca swingue, sapristi. Ca pulse avec une énergie rock et la liberté du Jazz. Par un hublot de la péniche, je vois la lune jouer à cache cache avec les nuages, spectacle en accord avec la musique.

Une ballade. Duo guitare/sax. Tiens, un son sitar à la guitare électrique, c’est original.

Un morceau plus rapide, d’un hard bop presque classique. Ce quartet sait varier les plaisirs entre classicisme et avant-garde, comme l’un des Maîtres de Jérôme Sabbagh, Sonny Rollins. Le solo de guitare, lui, n’a rien de classique alors que le jeu du contrebassiste et du batteur le reste. Jérôme Sabbagh joue sans micro : un gros son suffit pour une petite salle. Longue descente conjointe vers le final. Pas tout à fait car Joe Martin ménage une transition. Le sax redémarre. Le sax se relance, avec le batteur aux balais. Ils caressent notre cortex et creusent dans nos émotions. La guitare déclenche l’orage, brutale, mais sans exagérer le volume sonore. Sa plainte fait écho à celle du sax.

Ils jouèrent donc, en enchaînant, Hand, Trip, La fée Morgane, Colt et Middle Earth.

Un petit final hard bop à leur manière.

Le quartet de Jérôme Sabbagh a quitté les rives de l’Hudson à New York pour celles du canal Saint Martin à Paris. Cela valait le déplacement pour eux et pour nous. Rien à ajouter.

La photographie de Jérôme Sabbagh est l'oeuvre du Pétrifiant Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

Jérôme Sabbagh par Juan Carlos HERNANDEZ

Jérôme Sabbagh par Juan Carlos HERNANDEZ

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Becca Stevens Band assure au New Morning

Publié le par Guillaume Lagrée

Becca Stevens Band

Festival Jazz sur Seine

Paris. Le New Morning.

Jeudi 22 octobre 2015. 20h30

Becca Stevens: chant, guitar, ukulele

Liam Robinson : accordéon, piano, claviers

Chris Houdini : contrebasse

Marc Francen : batterie

La voix est moins lisse qu’en studio mais pas moins touchante et le groupe est aussi précis et efficace.

Becca Stevens mène bien ses hommes. Ils chantent et jouent pour elle. Le New Morning est plein mais pas à craquer. Je gage que la demoiselle remplira bientôt des salles plus grandes encore à Paris.

Elle passe au ukulélé. Sur scène, le groupe est beaucoup plus acoustique qu’en studio.

Une chanson d’amour à faire fondre. « Thinking about You » (Frank Ocean). J’espère que le gars à qui elle pense de cette manière est conscient de sa chance. Belle étendue vocale. Les experts mesureront ses octaves. Pour ma part, en plus de ne pas être expert, je suis sous le charme ce qui nuit à la rigueur de l’observation scientifique.

Retour à la guitare. « Imperfect Animals ». Une sorte de Blues sur l’imperfection humaine et la recherche de perfection dans nos amours. Le groupe passe les ponts sans effort. L’accordéoniste est passé au clavier électrique délivrant des sons planants. Qui ne voudrait pas donner affection et perfection à cette demoiselle ?

Un poème de Jane Tyson Clement. Juste sa voix et sa guitare électro acoustique. Becca Stevens installe le silence. L’accordéoniste est passé au piano. Aucun clavier ne lui est étranger. La voix de Becca nous emmène par delà les labours chevaucher les licornes à la tombée du jour.

Retour au ukulélé et à l’accordéon. L’accordéon ne joue pas dans le style musette. Ca balance bien. Nous sommes à Paris mais c’est un Américain qui joue.

Retour à la guitare et au clavier. En bonne Américaine, Becca Stevens n’oublie pas le business. Elle nous rappelle que des T shirts et des CD sont à vendre à la pause. « You make me wanna leave » un morceau funky porté par une voix si blanche, si pure qu’elle en est troublante.

PAUSE

Avertissement aux lecteurs : une partie de mes notes étant illisible, cette chronique sera écourtée.

« Out of love » dément son titre car nous sommes complètement dans l’amour.

La ballade qui clôt l’album. Elle s’adresse à un garçon qui dort. Il a de la chance d’être bercé ainsi. Retour au piano. So romantic. C’était « Jack » pour son neveu qui est toujours mignon selon la chanteuse.

« Higher love » (Steve Winwood). Un mélange pop folk avec une pointe de funk et même de salsa.La musique groove avec cette voix faite pour chanter des cantiques en gaélique. Elle monte vers un amour non pas suprême, comme John Coltrane, mais plus haut.

Retour à l’accordéon. Professionnalisme américain : « C’est le meilleur public que nous ayons eu à Paris ». En même temps, c’est leur premier concert au New Morning.

« Sand and dust », accompagnement en tapotis des mains.

« The muse » écrit par David Crosby de Crosby, Stills, Nash and Young pour Becca Stevens qui a écrit la musique. Clavier, guitar basse électrique. Une ballade. Magnifique. Quand un auteur de cette classe vous écrit une telle chanson, c’est que vous êtes adoubée. Après un brusque déchaînement, retour au piano pour finir en douceur.

RAPPEl

Elle commence à l’ukulélé. Accordéon et contrebasse se préparent. Une chanson joyeuse qui ne figure pas sur le dernier album « Do You feel good ? » Il semble que oui vu la réaction du public.

Contrebasse, accordéon. Becca Stevens nous demande de chanter même après que le groupe soit rentré dans la loge. Pour faire miauler les fills et aboyer les garçons, je ne connais que Prince. Belle ballade. Comme tout le monde, je chante « There is a light thas never goes out » jusqu’à extinction des feux. Les spectatrices se font plus entendre. Pour finir, nous nous applaudissons nous même.

Ebloui par son album « Perfect Animal », je me demandais si Becca Stevens passerait la barrière de la scène. Manifestement, oui.

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Le Bounce Trio pétille à la Guinness Tavern de Paris

Publié le par Guillaume Lagrée

Bounce Trio

Paris. Guinness Tavern

Festival Jazz sur Seine

Mardi 13 octobre 2015. 20h30.

Matthieu Marthouret : claviers électriques, compositions.

Gautier Garrigue : batterie

Romain Cuoq : saxophone ténor

La Guinness Tavern est un bar pour étudiants, qui accueille des concerts de rock depuis 35 ans à Paris. Entrée libre. Il y a assez de consommateurs pour payer les musiciens. Une exception Jazz ce soir. Le trio de Matthieu Marthouret fait le métier. Ca groove tranquille. « Innervisions » (Stevie Wonder). Vous ne pouvez pas vous tromper avec un tel morceau. Le clavier ronronne chaudement, la batterie nous masse le creux des reins, le sax ténor est sensuel à souhait. Ca marche. Un jeune couple s’enlace. Ca swingue bien entre clavier et batterie. Ces deux là jouent ensemble depuis des années. S’ils osaient , ces jeunes gens trouveraient la place de danser sur la musique. Comme Francis Lagneau (Lino Ventura) l’explique à Amaranthe (Mireille Darc) dans « Les Barbouzes » de Georges Lautner. Le trio revient à « Innervisions ». Le thème s’étire. Pour le jeune couple, ça va toujours bien, manifestement.

« Joe » (Matthieu Marthouret). Il y a deux esthètes dans la salle. Ils trouvent que le saxophoniste n’est pas synchrone avec les deux autres musiciens. C’est vrai que c’est son premier concert dans ce trio où il remplace au pied levé Toine Thys mais je trouve ces jeunes gens bien sévères. Ca sonne plus jazz, hard bop même. Ca swingue bien. Un spectateur mime joyeusement le batteur. C’est vrai que le duo batterie/clavier sonne rodé. Matthieu Marthouret et Gautier Garrigue ont l’habitude de jouer ensemble. Ca s’entend mais il n’y a pas de cliché. Ca envoie bien. Solo du batteur aux baguettes, en douceur, puissance retenue mais en accélérant progressivement. Il n’en met pas plein partout comme les batteurs de rock qui ont souvent l’air de manger comme des malpropres.

Je n’ai pas capté le titre suivant. Une ballade. Ce gros son chaud du clavier me rappelle Eddy Louiss. Le batteur stimule les cymbales à coups de baguettes. Le sax ténor gémit langoureusement, sensuel à souhait. Un petit air funky maintenant. Parfait pour une promenade en amoureux. Sur le jeune couple, la musique marche toujours. Le duo batteur/claviériste assure à 100%. Tiens, le sax trouve sa place. Son intégration républicaine est en bonne voie. Ca balance comme un bateau mais sans donner le mal de mer.

« Bounce weather » (Matthieu Marthouret). Il fait beau. Sons mouillés du clavier électrique. Echanges funky entre clavier et batterie auquel le sax ténor vient ajouter sa gravité. Je maintiens mes propos. Comme pour David Krakauer, la musique du Bounce Trio de Matthieu Marthouret est faite pour la scène. Cette chaleur disparaît en studio, sans public. C’est très ludique, ce chant de canard électronique comme un Donald Duck de 2015. En bon cousin, le jars ne peut qu’apprécier. Le batteur chauffe la marmite. Attention aux projections de groove brûlant ! Le saxophoniste fait comme nous. Il écoute et savoure. La tension retombe un peu pour accompagner le sax. Ca groove toujours mais avec un son de clavier plus classique. Beaux échanges virils avec breaks de batterie.

Voilà, c’est fini. Il y avait un autre concert ensuite mais j’étais venu vérifier que le référentiel bondissant du Bounce Trio était toujours en mouvement. Rassuré, je me suis arrêté là.

La photographie de Matthieu Marthouret est l'oeuvre du vibrant Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

Matthieu Marthouret par Juan Carlos HERNANDEZ

Matthieu Marthouret par Juan Carlos HERNANDEZ

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