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RIP Ornette Coleman (1930-2015)

Publié le par Guillaume Lagrée

Lectrices Free, lecteurs Jazz, voici qu'un oiseau de paradis nous a quitté le 11 juin 2015.

Ornette Coleman: saxophoniste alto et ténor, trompettiste, violoniste, compositeur. Leader de l'album " Free Jazz " (1960) dont l'impact fut tel que John Coltrane quitta Miles Davis pour voler de ses propres ailes et que Sonny Rollins renonça à jouer sur scène et en studio jusqu'à son retour en 1962.

D'ailleurs, John Coltrane et Sonny Rollins jouèrent avec des musiciens découverts par Ornette comme Don Cherry.

Tel Pablo Picasso qui savait peindre comme Goya et Velazquez et avait décidé, en connaissance de cause, de créer autre chose, Ornette Coleman savait jouer comme Charlie Parker et décida de créer " Something else ".

Quand Ornette Coleman ne jouait pas Free, il jouait Funk mais, à sa manière, avec son groupe Prime Time. C'est ce groupe que j'eus le privilège d'écouter en concert à Paris, à la Cité de la Musique, en 2005. Nous étions déjà éblouis par cette musique lorsqu'Ornette revint, en rappel, jouer un standard de sa création, " Lonely woman ". Là, le temps s'est arrêté pour profiter de cette beauté. A croire qu'Ornette avait été une femme solitaire dans une autre vie tant cela sonnait vrai.

Le fidèle photographe de ce blog, Juan Carlos Hernandez, eut le privilège d'être reçu par Ornette Coleman chez lui, à New York, en janvier 2007. Il raconte ses souvenirs dans cette entrevue avec la revue espagnole Locus literario (in english). Les photographies de cet article sont tirées de cette séance.

Si je ne devais conseiller qu'un seul album d'Ornette Coleman, ce serait son " Live at the Golden Circle. Stockholm, 1965 " en trio avec David Izenzon (contrebasse) et Charles Moffett (batterie). Ornette joue du sax alto, du violon et de la trompette. Album Blue Note. Le groupe est sidérant de créativité et le public à l'écoute.

Aux Etats Unis d'Amérique, même les révolutionnaires sont enterrés religieusement. Le service funéraire pour Ornette Coleman aura lieu le samedi 27 juin 2015 à 11h, heure de New York, à la Riverside Church, dans le quartier de Riverside, à New York. Il y aura certainement de la musique et du chant en son honneur.

La vidéo ci-dessous montre ce trio en action à Paris en 1966. Ecoutez. Respirez. " Vous n'avez pas à comprendre ma musique. Vous avez à la ressentir " (Ornette Coleman).

Les photographies d'Ornette Coleman sont l'oeuvre de l'Harmolodique Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

Ornette Coleman par Juan Carlos HERNANDEZ

Ornette Coleman par Juan Carlos HERNANDEZ

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RECLAME: L'oeil de l'éléphant créé à Saint Germain en Laye (78) le 21 juin 2015

Publié le par Guillaume Lagrée

RECLAME

L'oeil de l'éléphant

Improvisation sur les photographies de Guy Le Querrec

Théâtre Alexandre Dumas

Saint Germain en Laye, Yvelines, Ile de France, France

Dimanche 21 juin 2015. 20H30.

Entrées à 30 ou 25€

Michel Portal: clarinettes

Louis Sclavis: clarinettes

Bruno Chevillon: contrebasse

Christophe Marguet: batterie.

Dans le cadre du Festival du regard (20 juin au 30 août 2015) voué à la photographie et aux différentes manières d'approcher cet art moyen comme disait Pierre Bourdieu, un quartet de Jazzmen va improviser sur les images de Guy Le Querrec, vivant pilier de l'agence Magnum, Breton et photographe passionné par l'Afrique et le Jazz d'où le titre " L'oeil de l'éléphant ". Je peux seulement dire que la musique sera acoustique et éclectique. A vous de voir et d'écouter, lectrices raffinées, lecteurs distingués.

Cela fait des années que le trio Louis Sclavis/Henri Texier/Aldo Romano crée sur les images de Guy Le Querrec. Le groupe change, la musique aussi.

A vérifier sur pièces et sur place au théâtre Alexandre Dumas de Saint Germain en Laye (78) le dimanche 21 juin 2015 à 20h30.

La photographie de Michel Portal est l'oeuvre de l'Admirable Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

Michel Portal par Juan Carlos HERNANDEZ

Michel Portal par Juan Carlos HERNANDEZ

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Médéric Collignon triture le Triton

Publié le par Guillaume Lagrée

Médéric Collignon Jus de Bocse

Organismes jazzistiquement modifiés

Le Triton

Les Lilas, Seine-Saint-Denis, Ile de France, France

Samedi 6 juin 2015. 20h

Médéric Collignon: trompette, clavier, voix

Yvan Robilliard: Fender Rhodes

Emmanuel Harang: guitare basse électrique

Philippe Gleizes: batterie

+ Invité spécial

Christophe Godin: guitare électrique

Ce soir, le groupe nous joue son projet " MoOvies " consacré aux musiques de film (cf vidéo jointe à cette chronique) et du Funk.

Ca commence par une musique de film de série Z italienne comme Frank Zappa les aimait. Les succubes gluants passent à l'attaque. Puis ça passe à la Black Exploitation. Musique de film + Funk. Le programme est respecté dès le départ. Le public en a pour son argent. La tension monte même si Médéric la casse régulièrement. L'amplification électrique est consubstantielle à cette musique. Mon jeune voisin (10 ans environ) visse ses bouchons d'oreille pour protéger ses jeunes tympans. Par contre, les fumigènes bleus sur la scène, cela n'a rien d'indispensable. Philippe Gleizes envoie toujours un max. Médéric contrôle le magma sonore.

Un morceau de Quincy Jones. Le titre est ilisible sur mes notes. Ce sont bien des musiciens français. Ils n'enchaînent pas. Les musiciens américains enchaînent toujours pour ne pas laisser le temps aux spectateurs de se remettre de leurs émotions. Ils sonnent bien funky pour des petits Français de souche. Groove lent, hypnotique. Médéric hache le tempo avec sa voix. Il scatte en duo avec le batteur. Le groove hypnotique repart un peu plus rapide. Médéric joue penché vers le sol comme Miles Davis mais c'est pour lire la partition. Ca marche. Mes voisines de devant dodelinent joyeusement du chef.

Arrivée de Christophe Godin à la guitare électrique.

" Walkin' off the wall ". La guitare se fond immédiatement dans le groupe mêlant ses sons tordus à ceux des claviers. Solo de guitare. Un blues planant, tortueux, de Blanc. Médéric Collignon chante le solo de guitare. Nouveau duel cosmique des claviers. Le bassiste maintient une ligne directrice dans ce maelström sonore.

Médéric Collignon n'aime pas Ibrahim Maalouf, trompettiste qui n' a jamais été mentionné sur ce blog. Ne l'ayant jamais écouté, je n'en pense rien. En tout cas, Frank Woeste, l'ancien claviériste de Médéric Collignon, joue aujourd'hui avec Irbahim Maalouf. Ca attaque sévère. La tête baissée, le son haché, perçant de la trompette. Médéric, disciple de Miles, mais sans la sourdine Harmon dite sourdine " Miles " justement. La guitare vrombit comme un avion. Le bassiste est toujours aussi placide au milieu de cet ouragan sonore.

Christophe Godin s'en va pour jouer pour son propre concert dans la 2e salle du Triton. Merci à lui.

Le batteur enchaîne en tapant. Les balais ne font pas partie de son dispositif. En même temps, ce n'est pas le style de la musique.Duel des claviers dans le suraigu. Genre bataille galactique. Mes voisines de devant ne tiennent plus en place. Malheureusement pour elles, dans la configuration actuelle du Triton, il n'y a vraiment pas la place pour danser dans la salle. Ca envoie comme une charge de gnous. La bataille galactique a reprise. Fin brusque comme ils les aiment.

Un morceau plus " coucool " comme dit Médéric. " In time " (Sly Stone). Du Funk disait-il. Pour lancer le morceau, Médéric nous demande de faire un truc débile ensemble, de la boîte à rythmes vocale. Le public, dont votre serviteur, honorables lectrices, estimables lecteurs, suit plus ou moins. Pas grave, le groupe enchaîne. Ca balance comme il faut. Le son de trompette de Médo se détache du groove. Le bassiste n'est pas Larry Graham et cela s'entend. Solo de batterie que Médéric conclut au doigt et à l'oeil. Apparemment, c'est du grand n'importe quoi mais, à bien observer, chacun est à sa place et tient son rôle. C'est exactement comme une intervention des urgences selon la jolie expression du docteur Patrick Pelloux, médecin urgentiste.

RAPPEL

Le public n'a pas eu le temps de le demander mais comme il continue d'applaudir, il le mérite. Un truc super cool pour calmer le jeu. Les clavier sonnent comme une musique de documentaire sous marin. Partons vers les fonds abyssaux à bord du Nautilus. Philippe Gleizes est aux maillets. Pas aux balais tout de même. Médéric nous fait le crooner funky " Let it roll, baby ". Il se prend pour Sam Cooke mais pas longtemps. Trop sage pour lui. Duo de claviers flottant dans l'immensité noire et marine. Toujours aussi précis, à la 3, le groupe reprend pour le final.

Malgré les applaudissements frénétiques des Médéric's Fanatics, il n'y eut point de second rappel.

En conclusion, pour ceux qui n'ont pu assister à ce concert, le voici sur le site Internet du Triton avec le son et l'image. Si vous avez préféré assister à la victoire prévisible du Barça sur la Juve ce soir là, vous pouvez vous rattraper en regardant et écoutant Médéric Collignon en concert. Lui est toujours imprévisible. J'ai dit.

La photographie de Médéric Collignon est l'oeuvre du Pugnace Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

Médéric Collignon par Juan Carlos HERNANDEZ

Médéric Collignon par Juan Carlos HERNANDEZ

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Bonne oeuvre: Music for a Gene

Publié le par Guillaume Lagrée

BONNE OEUVRE

Opus 23 – Music for a Gene : quand le génome humain donne le la

Interview de Lydie Lane, conceptrice du projet Opus 23 – Music for a Gene,
mis en musique par Olivier Calmel

>> Lire le coup de coeur Classicagenda

Soutenez ce projet et participez au financement de l'enregistrement !

>> Cliquez ici pour participer au projet

Le projet

La création

Le crowdfunding KissKissBankBank

Pour mener ce projet à terme nous avons besoin de votre participation financière
Rendez-vous sur la page KissKissBank
Bank :

OPUS 23 - MUSIC FOR A GENE
Lorsque musique et génétique se rencontrent ! ...
Une collaboration musico-scientifique originale entre Par
is et Genève

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Paris Jazz festival: Paris, ville jumelée au Jazz jusqu'au 26 juillet 2015

Publié le par Guillaume Lagrée

Paris Jazz Festival

Parc floral de Paris

Vincennes, Val de Marne, Ile de France, France

du samedi 6 juin au dimanche 26 juillet 2015.

Entrée du parc payante.

Concerts gratuits.

Lectrices voyageuses, lecteurs explorateurs, découvrez les capitales du Jazz sans quitter Paris avec le Paris Jazz Festival du samedi 6 juin au dimanche 26 juillet 2015.

Le principe est simple: à chaque week end, une ville en lien avec Paris et le Jazz. 2 concerts le samedi, 2 concerts le dimanche. Un l'après-midi, un le soir.

Emmenez vos enfants: ils pourront pique niquer, jouer dans l'herbe, écouter la musique et en jouer grâce aux ateliers de découverte musicale.

Week end 1 (6-7 juin): Paris-Londres avec le duo Stéphane Kerecki & John Taylor bien connu des fidèles lecteurs de ce blog.

Week end 2 (13-14 juin): Paris-Rome avec les Nuovi Racconti Mediterranei du pianiste Enrico Pieranunzi, ancien professeur de piano (classique) au conservatoire de Rome. Sublime, forcément sublime.

Week end 3 (20-21 juin): Paris-Tokyo

Week end 4 (27-28 juin): Paris-Tel Aviv

Week end 5 (4-5 juillet): Paris-New York. Fêtons l'Independance Day!

Week end 6 (11-12 juillet): Paris-Bamako. L'Afrique, c'est chic.

Week end 7 (18-19 juillet): Paris-Stockholm. Réclamez " Dear Old Stockholm ", standard du Jazz basé sur une chanson traditionnelle suédoise. Stan Getz, qui vécut plusieurs années à Stockholm, le jouait comme personne.

Week end 8 (25-26 juillet): Paris Universel avec, pour finir en beauté, une création d'Airelle Besson.

La photographie de John Taylor est l'oeuvre du Mirifique Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

John Taylor par Juan Carlos HERNANDEZ

John Taylor par Juan Carlos HERNANDEZ

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Robert Glasper " Covered "

Publié le par Guillaume Lagrée

Robert Glasper

" Covered "

The Robert Glasper Trio recorded live at Capitol Studios

Blue Note Records.

Sortie le lundi 15 juin 2015

Robert Glasper: piano

Vicente Archer: contrebasse

Damion Reid: batterie

Lectrices séductrices, lecteurs tombeurs, réjouissez vous. Une nouvelle arme fatale vient s'ajouter à la liste de vos charmes. L'album " Covered " de Robert Glasper enregistré en direct et en public, dans les studios Capitol, à Los Angeles, California, USA. So cool. Que des reprises comme le titre l'indique.

Voire même une reprise de reprise comme " Reckoner " de Radiohead qui reprend l'air de " La ritournelle " de Sébastien Tellier. Il suffit d'écouter les deux chansons à suivre et de regarder les dates de sortie (2008 pour Radiohead, 2005 pour Sébastien Tellier) pour le comprendre.

A part " Stella by starlight " joué d'ailleurs de façon Pop, tous les morceaux sont issus de la Pop culture actuelle mais joués par un trio Jazz acoustique au lieu des expérimentations électriques précédentes de Robert Glasper ( ses Black Radio Xperiment). La rythmique reste bien funky, dansante mais sans puer la sueur. Bref, c'est classieux comme disait Monsieur Serge Gainsbourg.

Cela peut se danser de façon rapproché ou s'écouter lové dans le canapé. Comment pourrait-il (elle)résister à l'alliance de votre charme et de " So beautiful " (n°6), lectrices séductrices, lecteurs tombeurs?

L'ambiance est détendue tout du long avec des interventions vocales cinéphiliques sur la fin dont la voix d'Harry Belafonte sur " Got over " (n°11).

Justement, Robert Glasper est en train de réaliser la bande son du biopic sur Miles Davis, " Miles Ahead " réalisé et joué par Don Cheadle.

En attendant ces nouvelles expérimentations, profitons de cet album de transition. Restez relâchés et sortez couverts avec " Covered " de Robert Glasper, lectrices séductrices, lecteurs tombeurs.

La photographie de Robert Glasper est l'oeuvre du Superfunkycalifragisexy Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

Robert Glasper " Covered "

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Le cinéma de Serge Gainsbourg

Publié le par Guillaume Lagrée

Le cinéma de Serge Gainsbourg

Coffret 5 CD

Universal Music France. 2015.

Qu'est ce que le cinéma de Serge Gainsbourg, lectrices cinéphiles, lecteurs mélomanes?

Le fruit de 30 ans de travaux du beau Serge pour l'art cinématographique, le sien comme celui des autres.

Comme disaient les amantes de Victor Hugo au premier (d)ébat: " Mon Dieu, mais c'est énorme! ".

En 5CD, 3615 minutes de musique, 30 ans de création mélangeant Jazz, classique, Pop, variété, bruitages, musique contemporaine, musiques du monde, recyclage des oeuvres des autres et des siennes. Bref, un pot au feu musical riche de saveurs, d'odeurs et de couleurs.

Serge Gainsbourg aimait faire chanter les actrices, dans le bon sens du terme. C'est sans surprise que l'on retrouve Anna Karina, Jane Birkin, Catherine Deneuve mais retrouver Juliette Gréco, Michèle Mercier et surtout Nico, l'égérie du Velvet Underground, est plus surprenant.

Même quand il ne travaillait pas pour des chefs d'oeuvre immortels, Serge Gainsbourg sortait de la belle et bonne musique. Qui n'a pas eu envie de chanter le Requiem pour un con (BO du Pacha avec Jean Gabin) à son ennemi préféré?

Serge Gainsbourg n'a pas eu la chance d'écrire la BO d'un film immortel comme Martial Solal le fit pour " A bout de souffle " de Jean-Luc Godard mais il avait toujours ce double souci: " La musique de film doit, primo: être en contrepoint; secondo ne jamais faire pléonasme ".

Cette musique est toujours vivante comme le montre la reprise en 2015 des Chemins de Katmandou par Fred Pallem, un des trublions du Jazz français actuel avec son big band cosmicomique Le Sacre du Tympan.

La musique est classée dans l'ordre chronologique des années 50 aux années 80, des arrangements West Coast Jazz (glop) au son de saxophone métallique à la David Sanborn (pas glop).

Outre la qualité de la musique, il faut signaler celle de l'objet. Le coffret est beau visuellement et le livret très riche avec des interview de Jane Birkin, Georges Lautner, Pierre Granier-Defferre, Bertrand Blier, des belles photographies, un texte de présentation pertinent de Stéphane Lerouge. De plus, le travail est honnête car les arrangeurs sont indiqués notamment l'excellent Breton Alain Goraguer (Go, Go, Goraguer!) qui, avec le beau Serge, dès le premier morceau de cette superbe compilation, nous met l'Eau à la bouche.

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Airelle Besson & Nelson Veras, grands chefs du réfectoire des Cordeliers

Publié le par Guillaume Lagrée

Festival Jazz à Saint Germain des Prés

Paris . Réfectoire des Cordeliers

Mercredi 27 mai 2015. 21h.

Airelle Besson : trompette

Nelson Veras : guitare acoustique

L’endroit est magique. Un réfectoire gothique d’une abbaye de moines cordeliers, reconverti en salle de concert pour la 15e édition du Festival Jazz à Saint Germain des Prés. Cela rappelle celui de l’abbaye de l’Epau où se joue chaque année l’Europa Jazz festival du Mans. En moins beau évidemment mais, pour Paris, c’est convenable.

La salle est comble ce qui est réjouissant étant donné la qualité et l’exigence de ce duo « Prélude ».

Une trompette au son hispanique. Elle me rappelle « Sketches of Spain » de Miles Davis et Gil Evans. Evidemment, nous sommes très loin du « Be Bop » (Dizzy Gillespie) mais c’est un autre genre de beauté et ce style de jeu appartient à Dizzy Gillespie. Nelson la rejoint. La musique prend forme et le charme opère. Belle acoustique, pleine d’air et d’espace.

Une ballade s’ensuit. La trompette sonne comme une sirène de pompiers mais en douceur. Le morceau n’a pas encore de titre. Airelle Besson a demandé au public de lui en trouver un. Je propose « Au feu ». L’eau est assurée par la guitare.

Pendant qu’Airelle Besson se bat avec son chevalet et finit par le plier à sa volonté, Nelson Veras joue. Cet homme est l’aisance personnifiée à la guitare. De la trompette sort un son plus viril, plus affirmé. Airelle se balance joliment, allant chercher le son au plus profond d’elle même. Dizzy Gillespie disait qu’il fallait serrer le trou du Q pour bien jouer de la trompette. Il l’avait même dit en direct à la télévision américaine au grand effroi de son épouse, Lorraine. C’était « Full moon in K », l’hommage d’Airelle Besson au trompettiste britannique Kenny Wheeler qui a manifestement exercé une grande influence sur son jeu plus mat que brillant pour parler en termes photographiques.

« Neige ». Superbe attaque de Nelson, bien relayé par Airelle. Plutôt que l’avalanche, c’est le skieur qui enchaîne les courbes avec grâce. Enfin, la musique sonne pleine et énergique.

Nelson enchaîne tout en douceur sur une ballade. La musique vole comme un châle au vent.

Un morceau plus rapide lancé à deux. Solo de guitare. Quel pincement de cordes et quelle articulations dans le propos ! Ses doigts sont des pattes d’araignée qui tissent leur toile sur les cordes de la guitare. L'expression " guitare sèche " est inappropriée à la façon dont joue Nelson Veras. Le souffle de la trompette vient soulever cette toile sans la rompre.

C’ était « Grand Central » (John Coltrane) suivi d’un morceau en première mondiale, sans titre pour l’instant.

« Pouki Pouki ». Un petit air dansant, presque de carnaval antillais. Ils peuvent aussi swinguer quand ils veulent. Ca, c’est beau. Airelle nous remercie pour notre écoute attentive. Le lieu et la musique l’imposent.

Pour finir, en toute logique, « Time to say goodbye ». Nelson égrène ses notes comme les perles d’un collier. Son nostalgique, style musique de film après la bataille quand il s’agit de compter les morts et les blessés. Très beau son de trompette. Le micro ne me paraît pas indispensable au vu de l’acoustique de la salle et de l’écoute attentive du public mais, du moins, il ne gêne pas.

RAPPEL

Airelle Besson nous remercie de nouveau pour la qualité de notre écoute. C’est notre remerciement pour la qualité de cette musique.

Nelson Veras annonce dans un portugais impeccable (le portugais des Brésiliens est plus intelligible que celui des Portugais car mieux articulé) un morceau de Toninho Horta. Le titre m’échappe tout de même. Peu importe, « music speaks for itself » disait Miles Davis. Au rythme de la guitare, cela sonne tout de suite brésilien. C’est la mignardise finale.

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Eric Le Lann&Enrico Pieranunzi Quartet vif au Sunside

Publié le par Guillaume Lagrée

Eric Le Lann Quartet

Paris Le Sunside

Dimanche 24 mai 2015. 21h.

Eric Le Lann : trompette

Enrico Pieranunzi : piano

Sylvain Romano : contrebasse

André Cecarelli : batterie

Salle archi comble. Les invités, dont votre serviteur, sont debout au bar. Ca joue. Piano+trompette. Le silence s’est installé. Même les bavards du bar ont baissé la voix. La rythmique enchaîne avec les balais. Impeccable. « The man I love ». C’est souple, chaud. L’âme de Chet Baker est présente mais c’est bien Eric Le Lann qui joue. Dédé a repris les baguettes. La rythmique swingue élégamment, menée par Enrico Pieranunzi. Avec de tels cadors, c’est l’assurance tous risques pour le leader. Série de breaks de batterie économes et efficaces. Le petit swing final est un pur délice. Une citation de « Love for sale » pour finir. La classe.

« Retrato en branco e preto » ou « Portrait in black and white » ou « Zingaro » (Antonio Carlos Jobim). Un morceau cher à Chet Baker qu’Eric Le Lann a enregistré en concert à Jazz à Vannes 1999 en duo avec Martial Solal (version recommandée par l’auteur de ces lignes). Duo piano-trompette pour démarrer tout en douceur. Batteur aux balais. Nous voici à la plage au Brésil, sous les alizés. Ca balance doucement, subtilement, avec la déchirure à l’âme que provoque le son d’Eric Le Lann. Enrico Pieranunzi est toujours un chevalier des touches. Dédé a repris les baguettes pour pulser un peu plus fort mais sans brutalité. Premier solo de contrebasse, bien dansant. Piano et batterie ponctuent à point. Petit solo final de trompette qui nous touche plein cœur.

Un morceau plus rapide, plus énergique dont le style évoque celui du dernier groupe acoustique de Miles Davis (1963-1967). Je reconnais l’air, pas le titre. Ca envoie. La porte du bar est fermée pour éviter toute nuisance sonore. Le public est concentré. Les musiciens aussi. Le piano gazouille joyeusement sous les doigts d’Enrico Pieranunzi. Petit roulement de tambpur martial qui relance la rythmique. Bel envoi final groupé.

Un autre standard dont le titre m’échappe. Le bac approche. Je révise mes classiques. Eric expose le thème puis passe la main au pianiste. Avec Enrico Pieranunzi, les rênes sont bien tenues, souples et fermes. Chet Baker jouait aussi ce thème. Je ne perds pas au change. C’était « Night bird » d’Enrico Pieranunzi annonce Eric

Solo de piano. Raffinement assuré. Eric le rejoint. Comme Chet Baker, Eric Le Lann ne joue jamais de la trompette bouchée. Domaine réservé de Miles Davis. « My funny Valentine ». C’est le thème et c’est autre chose. L’émotion est intense. Basse et batterie arrivent à pas de loup. Les balais s’imposent. Ce qu’Enrico Pieranunzi sort d’un banal ¼ de queue est impressionnant. C’est bien l’instrumentiste qui fait l’instrument tout comme le joueur fait la raquette. Quelle jolie ballade dans les deux sens du terme ! Heureusement qu’il existe encore des musiciens de cette qualité pour faire vivre ce jazz là.

« Milestones » (Miles Davis). La rythmique assure au 1/10e de tour. Le piano sonne léger, fluide. Basse et batterie ancrent la musique sans l’empêcher de voguer. Enrico Pieranunzi swingue terrible certes pas comme Red Garland mais il n’est ni noir ni américain et nous ne sommes pas à New York dans les années 50. Ils changent de direction au doigt et à l’oreille. Nous les suivons dans leurs détours pour revenir à la route principale.

« Ending with the theme » (Miles Davis) pour les 30 dernières secondes, en toute logique.

PAUSE

La plupart, quand j’entends des musiciens actuels jouer ce Jazz des années 50-60, ça sonne chiqué. Pas ce soir. Je sais d’où ça vient mais ça ne sent pas la copie.

Piano solo pour repartir. Un standard dont le titre m’échappe. « My one and only love » peut-être. Ca balance bien. Le public est resté. Je reste debout au bar avec d’autres mordus. Eric est dans la place. Tout baigne. Enrico est dans la place. Tout baigne. Sylvain est dans la place. Dédé est dans la place. Tout baigne. Dialogue contrebasse/batterie ponctué par le piano. Eric revient. Le navire vogue tranquillement. Non, c’était « Body and Soul ». Tellement bien joué que je ne l’avais pas reconnu.

André Cecarelli commence aux balais. Piano et contrebasse enchaînet. Ca swingue. C’est une composition d’Eric dont il existe une version chantée en breton sur son album «Origines ». Ici, le traitement est plus Jazz. Je bats la mesure des pieds. Il faut bien bouger quand vous restez debout par amour de la musique. C’est son morceau. Eric joue plus que d’habitude. « Le tigre ne proclame pas sa tigritude. Il bondit sur sa proie et la dévore.»(Wole Soyinka). C’est ce que je fais avec une chaise qui vient de se libérer.

« Yesterdays ». Batteur aux balais. Morceau rapide, swinguant. Ma voisine de devant dodeline joyeusement du chef.

« I fall in love too easily ». Duo piano/trompette. Le souvenir de Chet Baker est encore plus marqué. Enrico Pieranunzi fut son dernier pianiste. Ecoutez le chanter cette chansons dans les séances Capitol Jazz Records, enregistrées à Los Angeles, entre 1953 et 1956. Le batteur est passé aux baguettes. Ca sonne comme un glas. Celui des amours perdues qui ne se retrouvent plus comme l’écrit Serge Gainsbourg. Quelle envolée du piano ! Eric Le Lann nous touche juste en plein cœur.

« Un jour mon prince viendra » (« Someday my prince will come » in english). Le dernier morceau enregistré par Miles Davis avec John Coltrane, en 1961.Pulsation hypnotique de la contrebasse, comme Paul Chambers avec Miles et Coltrane. Enrico en plein vol.

Un standard. « Softly as in a morning sunrise » peut-être. Ca pulse très énergiquement. André Cecarrelli distribue les cartes de main de maître. Ca répond du tac au tac entre piano et batterie. La contrebasse arbitre. « Ending with the theme », signature des fins de concert de Miles Davis jusqu’à 1969. Eric Le Lann présente de nouveau ses musiciens : Enrico Pieranunzi, piano, Sylvain Romano, contrebasse, André Cecarelli, batterie. « Que des Bretons ! » dit Eric Le Lann, à la grande joie du public, dont votre serviteur, Breton comme son nom l’indique.

RAPPEL

Demandé et mérité car le public est resté nombreux et attentif jusqu’au bout. Intro au piano. Un standard. « What is this thing called love ? ». De nouveau un tempo rapide aux baguettes. Enrico Pieranunzi prouve qu’il est à la fois un esthète et un athlète du piano, deux qualités difficiles à réunir dans le même homme. Pas de solo de batterie mais seulement des breaks. C’est plus musical et moins onaniste.

FIN

Ne disposant pas d'enregistrement audio et video de ce quartet, je vous joins comme illustrations de cet article, deux versions de " Night bird " d'Enrico Pieranunzi par Eric Le Lann, à 25 ans de distance. Contrairement à ce qu'écrit fallacieusement RTL, ce n'est pas " I should care " qui est joué dans la vidéo ci-dessous.

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Elina Duni en chante le Sunside

Publié le par Guillaume Lagrée

Elina Duni

Paris, Le Sunside

Vendredi 22 mai 2015. 21h.

Elina Duni: chant

Colin Vallon: piano

Concert de promotion de l'album "Dallendyshe ". En présence de Son Excellence Monsieur l'ambassadeur d'Albanie en France.

Colin commence à travailler dans les cordes du piano, avec un son de psalterion. Cela colle très bien avec le style de chant d'Elina Duni qui vient du chant traditionnel albanais. Malheureusement, il y a un micro au dessus du piano et un autre pour la chanteuse alors que ni l'un ni l'autre ne sont utiles pour cette musique acoustique dans une petite salle. Pire encore, cela métallise les sons. Malgré ces détails techniques, Elina Duni nous transmet ses émotions même pour un non albanophone comme moi.

Sans la pulsation de la contrebasse et de la batterie, les chansons sont plus austères que sur l'album " Dallendyshe ". Colin Vallon triture son piano. Nous partons en voyage au pays des aigles, l'Albanie. D'ailleurs, Elina Duni vit dans un autre pays de montagne, mais sans accès à la Mer, la Suisse. Dans cette salle étroite, avec un simple 1/4 de queue pour piano, ils élargissent notre espace vital.

Elina Duni explique ses chansons pour les non albanophones. D'abord une chanson du Kosovo puis une chanson d'Albanie.

Dans son jeu de scène, elle ne cherche pas à jouer la star qui vampe le public. Elle l'envoûte par sa voix et sa présence.

Colin reprend ses bruitages dans le corps du piano. Le chant est proche du scat mais en version balkanique. Colin se remet au clavier. Pulsation et émotion. C'est proche de la transe mais sans que cela devienne répétitif. Quelques mots en albanais pour ceux qui le comprennent. C'est une chanson du Sud de l'Albanie qui raconte l'histoire d'une jeune fille qui doit aller loin pour se marier et chante son exil à sa mère (en littérature, cela donne " Qui a ramené Doruntine ? " de l'Albanais Ismaël Kadaré).

Une chanson du Nord de l'Albanie. Une femme revient à la maison après que son mari l'ait quitté pour partir vivre à l'étranger. Les voisins lui disent qu'il reviendra mais il ne reviendra pas. Une chanson triste sur l'exil.

Une chanson sur une ville très ancienne du Nord de l'Albanie, Skoder. Cela parle d'un amoureux qui n'ose pas déclarer sa flamme à sa bien aimée. Colin Vallon joue des percussions sur son piano. C'est joyeux, rythmé. Il y a une influence du chant oriental dans celui d'Elina Duni. 400 ans d'occupation ottomane ont laissé des traces. Fin surprise.

Chanson kosovare des années 60. Une femme demande à la lune de l'aider à trouver son amant, perdu dans la nuit. Situation délicate vous l'avouerez lectrices sensuelles, lecteurs sensibles. Une ambiance nocturne s'est installée. Le pianiste joue main gauche sur le clavier, main droite dans les cordes du piano. C'est lunaire. Pas plus que l'Italie, le Kosovo et l'Albanie ne peuvent se résumer à leurs mafias. Elina Duni en est une preuve vivante. Sa façon de danser et de chanter est tout à fait orientale. A la fois sensuelle et inaccessible comme la bayadère dans l'imaginaire occidental (voyez les tableaux des Orientalistes).

PAUSE

Le pianiste commence en jouant du piano, pour changer. Une sorte de Blues assez classique.

" Les bergères " (titre traduit en français) vient du précédent album d'Elina Duni " Matane Malit "( " Au delà des montagnes " en version française). C'est une chanson féministe qui se moque des hommes et de leur ordre patriarcal.``

" Dallendyshe ", chanson titre du nouvel album. L'hirondelle en français. Chanson des Albanais de Calabre et de Sicile arrivés là pour échapper à l'invasion ottomane au XV° siècle. C'est une chanson de l'exil qui dit à l'hirondelle qu'au printemps prochain, à son retour, ils ne seront plus là pour l'accueillir. Cette communauté existe toujours avec son albanais aussi différent de celui d'Albanie que le français du Québec de celui de France, son culte orthodoxe et sa musique. Mélodie triste et lente ce qui est logique vu le sujet. Ces Albanais venaient d'une région de Grèce appelée Morée au Moyen Age, aujourd'hui le Péloponnèse. Je reconnais d'ailleurs les mots " Morée " et " Italie " dans le chant d'Elina Duni. Je progresse en albanais.

Elle entame seule une chanson joyeuse, légère. Le piano la rejoint dans une belle mélodie sinueuse. En fait, c'est la chanson triste d'un homme qui quitte sa femme pour partir en exil.

" La brise du printemps " qui rend les jeunes hommes fous quand ils attendent les jeunes filles sous les mimosas en fleurs. Une chanson des années 1960 mal vue dans l'Albanie communiste d'alors car trop Jazz et trop sensuelle. La brise se fait tempétueuse. Le feu de la passion embrase les coeurs juvéniles.

Pour finir, deux chansons de Tirana qui traitent de la beauté et des femmes. " J'ai eu trois consolations en ce monde : la prière, les parfums et les femmes " (Je vous laisse trouver l'auteur de cette citation, lectrices subtiles, lecteurs érudits).

Très belle chanson qui m'emporte très loin immédiatement. Le piano joue classiquement. Ce n'est pas une capitale qui me vient à l'esprit mais les vers d'Arthur Rimbaud: " Elle est retrouvée. Quoi? L'Eternité. C'est la mer allée avec le soleil ". Le piano tempête alors que la voix décolle. Fin surprise.

Une chanson joyeuse comme une jeune fille en fleur pour finir. Même M. l'ambassadeur sort de sa réserve diplomatique pour hocher la tête en mesure. Bel envoi final.

RAPPEL

Le public l'a demandé et mérité.

" C'est une chanson joyeuse-triste. Très albanais " dit Elina Duni. C'est très russe aussi. Pensez à " La joie souffrance " de Zoé Oldbenbourg ou au son de Stan Getz. C'est la chanson d'un amour qui n'est pas malheureux mais qui sonne triste. Effectivement, ça sonne triste. Colin Vallon joue des percussions dans les cordes du piano. Je pense qu'il y a un bidule électronique caché dans le piano pour produire ce son continu en arrière plan. Le pianiste se remet au piano alors que la voix s'envole. Ca sent bon la Mer Méditerranée sous la brise d'été.

La photographie d'Elina Duni est l'oeuvre du Resplendissant Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

Elina Duni par Juan Carlos HERNANDEZ

Elina Duni par Juan Carlos HERNANDEZ

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