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" Madame Saint Clair, reine de Harlem " de Raphaël Confiant

Publié le par Guillaume Lagrée

" Madame Saint-Clair, Reine de Harlem "

Raphaël Confiant.

Mercure de France, Paris, 2015, 327p.

Lectrices Hot, lecteurs Swing, la rentrée littéraire vous ennuie? Faites confiance à Raphaël Confiant pour vous réveiller. Avec " Madame Saint Clair, Reine de Harlem " il ressuscite le personnage de Stéphanie Saint Clair, née en Martinique en 1886, morte à New York en 1969, qui régna sur les loteries clandestines de Harlem des années 1920 aux années 1940, gagnant assez d'argent pour vivre en paix jusqu'à la fin de ses vieux jours.

Née Noire en Martinique d'une fille mère, elle était vouée à devenir servante ou prostituée, ce qui revenait à peu près au même dans son île natale à cette époque. Sa mère morte, elle partit d'abord en France puis, de Marseille, en 1912, elle prit le bateau pour New York.

Là, elle fit son chemin. Elle ne parlait pas anglais (elle ne sut jamais prononcer le " th " à l'anglaise) et, au lieu de vendre son corps, elle vendit son cerveau, sa ruse, sa détermination, son intelligence. Question de survie. Ceux qui se mettaient en travers de son chemin furent éliminés de diverses manières: en les tuant soit elle-même soit par ses hommes de main, en les détruisant socialement (elle dénonça à la Justice une dizaine de policiers corrompus du New York Police Department ce qui freina fortement les enquêtes sur elle) ou en négociant lorsqu'elle n'avait pas le choix comme avec Lucky Luciano lorsque Cosa Nostra s'intéressa aux affaires des Noirs après la Prohibition.

Implacable en affaires, c'était aussi une femme généreuse et impliquée socialement qui finança de nombreuses entreprises et causes noires, du restaurant de quartier à Marcus Garvey (1887-1940) et son projet fou de compagnie de navigation transatlantique pour ramener les Noirs d'Amérique en Afrique, la Black Star Line. Elle n'eut pas d'enfant et ses amants ou son mari payèrent très cher leurs trahisons à son égard.

Raphaël Confiant se met dans la peau de cette femme, parlant à la première personne, racontant sa vie sous forme autobiographique à un neveu de Martinique. Je ne suis qu'un homme, blanc de peau de surcroît et je ne peux qu'admirer la crédibilité de l'auteur, certes Martiniquais et noir de peau, mais qui est un homme en somme. Qu'il parle de sexe, de lutte pour la vie, de pouvoir ou d'argent, il est cette femme. L'auteur utilise un français créolisé qui se comprend très bien et, lorsqu'il écrit en créole, prend le soin de traduire pour les non créolophones comme votre serviteur, lectrices Hot, lecteurs Swing.

Son ascension sociale la mena dans le beau quartier de Harlem (Sugar Hill bien connu pour avoir donné Sugar Hill Gang le premier groupe à classer un morceau de rap dans le Top 40 aux USA: " Rapper's delight " en 1979). Ses voisins d'immeuble s'appelaient Wiliam Edward Burghardt Dubois (1868-1963), le premier Noir docteur de Harvard et cofondateur de la National Association for the Advancement of Colored People et Duke Ellington (1899-1974). Tous respectaient Madame Sinclair ou Queenie (rien à voir avec la " Little Queenie " de Chuck Berry).

" Madame Saint Clair, Reine de Harlem " est à lire avec, en fond sonore, " Creole Love Call " de Duke Ellington , son sublime solo de trompette par Bubber Miley et la voix d'Adelaide Hall, pionnière du scat au féminin. 

Dans la vidéo ci-dessous, Madame Adelaide Hall (1901-1993) et Sir Duke Elington (1899-1974) racontent le Harlem des années 1920 et la création de " Creole Love Call ". Rien à ajouter. 

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Pee Bee La Dolce Vita al Studio de l'Ermitage

Publié le par Guillaume Lagrée

Pee Bee

Studio de l’Ermitage. Paris

Mercredi 30 septembre 2015. 21h.

Programme « Dolce Vita » dédié à l’Italie comme vous l’aviez deviné, lectrices felliniennes, lecteurs romains.

Chez Pee Bee, le piano est remplacé par le vibraphone de David Patrois. Pour le reste, le groupe est composé d’une chanteuse, d’un contrebassiste, d’un guitariste électrique, de 2 trompettistes, de 2 trombonistes, d’un saxophoniste baryton, d’un saxophoniste alto, d’un saxophoniste ténor et soprano.

Il me semble que ce morceau provient du précédent album de Pee Bee, « All of us 13 » , célébré sur ce blog, (il ne vous a pas échappé qu’ils sont 12 ce soir, lectrices vigilantes, lecteurs attentifs. En effet, le chanteur a disparu par rapport à l'album précédent). L’orchestre est une belle machine à Swing, frais comme la voix de la chanteuse avec décolleté, châle et tout et tout, lecteurs voraces. Le sax ténor est en costume cravate, les cheveux blancs bien coupés. Bref, il ressemble à Bill Clinton. Attention à la chanteuse ! Elle est jolie. D’ailleurs elle danse sensuellement sur ce solo passionné de sax ténor. Le groupe est chaud dès le premier morceau. Final dirigé de main de maître par le sax ténor.

Une ballade langoureuse en anglais. Batteur aux balais, cuivres voluptueux, chanteuse sentimentale. Bref, la totale. Il n’y a plus qu’à glisser sur le parquet du Normandie. Un solo de trombone servi tout chaud.

C’est maintenant que commence le programme « Dolce Vita ».

Un hommage à Paolo Conte, l’Avvocato disent les Italiens (il était avocat avant d’être chanteur). La chanteuse a enlevé son châle pour mieux faire admirer son décolleté. Dolce Vita tel est le programme. Ce n’est pas le genre Anita Ekberg : plus petite et plus brune. Il y a en effet des réminiscences de Paolo Conte dans cette musique mais bien transformé.

« Bel Canto », un hommage à Luciano Pavarotti. A 18 ans, ne connaissant rien de l’opéra, le sax ténor alla, sur le conseil d’un ami, écouter « Il ballo in maschera » de Giuseppe Verdi au Grand théâtre de Genève. Il pleura tout le premier acte, bouleversé par un chanteur qu’il ne connaissait pas, Luciano Pavarotti. Jolie histoire, n’est-ce pas ? Morceau majestueux et sentimental. Le sax ténor mène le bal. Le chanteur vocalise avec l’orchestre. La chanteuse vocalise avec l’orchestre. Effet garanti. Le jeune couple à ma gauche s’enlace tendrement. Magia del bel canto.

« On va rester à l’opéra ». Ca sonne majestueusement comme un grand air d’opéra. « L’opéra c’est le seul endroit où quand un type se prend un poignard dans le dos, au lieu de mourir, il chante » (Boris Vian). Chanson en italien. La contrebasse lance un air entraînant. Ca devient de la variété jazzy italienne avec une nuance de cha cha. La chanteuse a remis son châle sur ses épaules, lecteurs libidineux. Solo de vibraphone de David Patrois. Ca chante et swingue vite et bien.

Retour aux Etats Unis d’Amérique avec « Mingus’s House », dédié à Charles Mingus. Un morceau léger, joyeux, entraînant. Cela devient une chanson émouvante qui repart puissamment. Grosse pulsation de la contrebasse, forcément. La chanteuse a ôté son châle, lecteurs gourmands.

PAUSE

Le concert est bon mais un peu trop sage à mon goût. De plus, je suis fatigué et il y a école demain. Ma chronique s‘arrête donc ici.

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Le Gérard Marais Quartet fait du Sunside son village

Publié le par Guillaume Lagrée

Gérard Marais Quartet

Paris. Le Sunside.

Mardi 29 septembre 2015. 21h.

Concert de sortie de l’album « Inner Village » (Cristal Records)

Gérard Marais : guitare électrique et compositions

Christophe Marguet : batterie

Henri Texier : contrebasse

Jérémie Ternoy : piano

C’est fusionnel dès les premières notes. Ce son de guitare me rappelle Pat Metheny, clair comme du cristal. Le pianiste est le benjamin du groupe mais il prend la rythmique fermement en main. Ca balance bien. Dialogue de vieux complices entre Henri Texier et Christophe Marguet. Monsieur Henri a toujours ce gros son bondissant qui vous chauffe des entrailles à l’âme.

En intro, un duo piano batterie qui se répondent par vagues successives. Contrebasse et guitare s’en mêlent pour une sorte de boléro bluesy. Batteur aux balais. Ca glisse. Dommage, il n’y a pas de piste de danse au Sunside. Ces gars là vous emmènent avec eux, tout en finesse. On se croirait dans un bordel de luxe à Buenos Aires. Mousse et pampre. Ca berce bien. Nous dodelinons joyeusement.

Gérard Marais s’exprime par la musique. A part un petit merci, il n’a rien dit jusqu’ici. Par contre, pour la musique, il prend grand soin du bien être de son public, c’est indéniable. Le batteur est toujours aux balais. Une ballade tranquille mais pas pépère. Il y a des surprises, des virages brusques, des relances bref de quoi laisser l’auditeur éveillé, toujours à l’attente de la surprise suivante.Le batteur passe aux baguettes et le tempo s’accélère. Le Blues n’est pas réservé aux Noirs du Mississipi. Ah, ce gros son de contrebasse ! Christophe Marguet, revenu aux balais, pétrit la pâte sonore. Quelques douces notes de guitare. Gérard Marais fut le professeur de générations de guitaristes en France. Qu’ils continuent d’apprendre en l’écoutant.

Tiens, un indice. « Le morceau suivant s’intitule Serengeti ». Inspiré de l’Afrique comme son titre l’indique. Batteur aux balais. Ca groove élégamment. Sans effort apparent, Henri Texier propulse l’ensemble. Le pianiste brode sa dentelle de Calais. Ponctuations de guitare pile poil dans le tempo. Le piano se tait. La guitare décolle, poussée par la contrebasse et la batterie. Le piano revient pour donner encore plus de fond au son. Quel régal ! Par petites phrases qui se succèdent, l’histoire se construit. Fin sèche et nette.

Une ballade. Duo piano/guitare entre l’ancien élève et l’ancien professeur. Quand la maîtrise technique est au service de l’émotion, c’est là que la musique nous offre son meilleur. Marguet aux balais. Texier vient ajouter plus de rondeur encore. Court et élégant.

Nouvelle ballade. Batteur aux balais. Le quartette nous emmène en promenade au bord de l’eau, le long d’un chemin de halage. Ca devient plus blues quand le piano s’arrête. Le flux descend puis remonte doucement sous l’impulsion du piano. Quel délicieux bain de sons !

« Katchinas » pour conclure le 1er set. La guitare vient résonner avec les cordes du piano travaillé de la main gauche du pianiste, la main droite jouant sur le clavier. Batteur aux balais et contrebasse viennent s’y ajouter. Ca danse. Quel chorégraphe ou maître de ballet s’emparera de cette musique ? Ca monte en puissance et en volume progressivement. Ce sont des amants experts de la musique. Pendant que la rythmique joue, Gérard Marais fait comme nous, il écoute et profite. Il revient reprendre la mélodie avec des effets discrets de distorsion du son. Solo de batterie aux balais. Le son tourne comme des balles de jongleur, sans jamais retomber. Et voilà.

PAUSE

La musique est magnifique, il n’est pas tard mais je suis déjà fatigué et il y a école demain. Ma chronique s’arrête donc là. Des interprètes de qualité dans le Jazz actuel, ça se trouve. Des compositeurs élégants et raffinés, beaucoup moins. Henri Texier et Christophe Marguet en font partie. Ce n’est pas par hasard qu’ils jouent dans le quartet de Gérard Marais.

La photographie de Christophe Marguet est l'oeuvre du Mystérieux Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

Christophe Marguet par Juan Carlos HERNANDEZ

Christophe Marguet par Juan Carlos HERNANDEZ

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" Perfect Animal " Becca Stevens Band

Publié le par Guillaume Lagrée

" Perfect Animal "

Becca Stevens Band

Decca. Universal.

Sorti le 18 septembre 2015

Unique concert en France le jeudi 22 octobre 2015 à 20h30 à Paris au New Morning.

Lectrices observatrices, lecteurs scrutateurs, il ne vous a pas échappé que Prince est un fan de Joni Mitchell. Sur l'album " Controversy " (1981), le prénom " Joni " figure sur la pochette. Sur l'album " Sign o' the times " (1987), Prince chante dans " The ballad of Dorothy Parker " : " My favourite song she said. It was Joni singing. "

Si vous cherchiez un(e) artiste qui réalise la fusion de Prince et de Joni Mitchell, ne cherchez plus, elle s'appelle Becca Stevens.

Auteur, compositeur, interprète, cette femme donne un grand coup de fraîcheur à la Pop Music.

Ambrose Akinmusire et Esperanza Spalding figurent au nombre de ses admirateurs.

Perfect Animal parle d'amour. Un thème inépuisable pour la chanson. Elle constate que nous sommes tous des animaux imparfaits à la recherche de perfection, donc de l'inaccessible ( " Imperfect animals ", n°2), d'un amour plus haut (" Higher love ", n°9). J'envie l'homme auquel elle pense de cette manière ( " Thinking about You " n°3), ou qui lui donne envie ( " You make wanna ", n°7).

Les chansons sont assez longues au regard des standards de la Pop Music, de 3'34 ( " I asked " n°1) à 5'36 ( " Tillery ", n°6). Elle prend le temps de développer son propos avec de vrais musiciens (personnel détaillé dans l'album), d'installer une ambiance, de transmettre des émotions.

Bref, je suis sous le charme de cet album, de Becca Stevens et de son groupe.

A vous d'y succomber ou pas, lectrices observatrices, lecteurs scrutateurs.

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Une saison au Paradis à Paris avec Patrice Caratini

Publié le par Guillaume Lagrée

Ravissantes lectrices, charmants lecteurs, c'est avec délectation que je vous invite à partager les 50 ans de carrière de Patrice Caratini.

Sideman ou leader, en petite ou en grande formation, du Jazz à la Java, de la Biguine à la chansonnette, du Latino au cinématographe, compositeur ou interprète, Patrice Caratini est un Boss de le Basse. Un uomo per bene comme disent les Italiens.

Pour fêter cela, Patrice Caratini donnera 5 concerts à Paris, Ile de France, France, de 2015 à 2016.

Studio de l'Ermitage:

- dimanche 4 octobre 2015 à 20h: le Bal avec le Caratini Jazz ensemble. Préparez les robes longues et les smokings, cirez les ballerines et les mocassins. Dansez maintenant!

- dimanche 18 octobre 2015 à 20h: Jazz et accordéon. 1ère partie: David Venitucci trio. 2e partie: Patrice Caratini " Voyage " sextet. Un Jazzman rital doit accorder l'aumône à l'accordéon (Serge Gainsbourg). Voilà qui sera fait.

- dimanche 8 novembre 2015 à 20h: Jazz et Caraïbes. 1ère partie: trio avec Alain Jean-Marie (piano) et Roger Raspail (percussions). 2e partie: Patrice Caratini " Latinidad " quintet. Pani problem.

- dimanche 6 décembre 2015 à 20h: 1ère partie: Ciné concert " Body and Soul ". 2e partie: le Bal avec l'orchestre. Dernier entraînement avant le réveillon du Nouvel An pour assurer sur les pistes de danse.

Théâtre du Châtelet:

- Lundi 21 mars 2016 à 20h: Carte blanche à Patrice Caratini. Le Caratini Jazz Ensemble invite, entre autres, l'Orchestre régional de Normandie, Hildegarde Wanzlawe (chant), Martial Solal (piano), Maxime Le Forestier (chant), Juan Jose Mosalini (bandonéon), Inor Sotonlogo (percussions cubaines). Un nouveau Sacre du Printemps au Châtelet pour Patrice Caratini.

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Julien Lourau & Electric Biddle triturent le Triton

Publié le par Guillaume Lagrée

Julien Lourau

& Electric Biddle

Le Triton ,

Les Lilas, Seine-Saint-Denis, Ile de France, France

Vendredi 18 septembre 2015, 21h.

Julien Lourau : saxophones ténor, soprano, alto ; FX

Hannes Riepler : guitare électrique

Dave Maric : piano, claviers

Jim Hart : batterie

J’ai découvert Electric Biddle à Paris, au Sunset, en janvier 2014. Je le retrouve mûri aux Lilas, au Triton, en septembre 2015.

Pas de basse. Le batteur bâtit le groove tout seul. Quelques notes de piano. Bruitages de la guitare et du sax ténor. Ils font durer les préliminaires pour rendre le jeu plus excitant. Finalement, Julien Lourau passe à l’alto et la musique se lance. Une sorte de fantasmagorie marine (logique pour un groupe franco britannique) avec la guitare qui nous fait des bruits de vagues et de mouettes. Batteur aux balais. Montée en puissance de la musique comme une lame de fond qui surgit. Lourau trafique le son de l’alto pour le faire coller au plus près de la guitare. Ca y est, ils commencent à m’emmener en voyage dans leur sous-marin, pas jaune.

Roulements de tambour pour enchaîner sur un autre morceau. Pas de temps mort, pas d’applaudissement. La musique suit son cours. A nous de partir avec elle ou de rester à quai. C’est le clavier qui reproduit un son de basse alors que la guitare joue très Jazz en fait. Le batteur malaxe ses tambours. Le sax s’est tu puis revient avec un son déformé par l’électronique. Lourau bidouille de l’électro en boucle. Douces notes du piano et tapotis de la main droite du guitariste sur sa caisse. Le batteur se glisse aux balais dans la musique. Joli contraste entre dur et doux. Julien Lourau s’éclipse de la scène pour revenir au soprano. Piano, guitare, batterie, sax soprano. Mais c’est du Jazz, sapristi ! Ils ne sont pas Bretons mais ils déménagent. Le batteur martèle ses tambours. Sa religion lui interdit l’usage des cymbales pour l’instant. Ca repart sur de l’électro déjantée. Ce qui n’empêche pas la musique de rouler d’ailleurs. Première pause au bout de 30mn pour que nous puissions nous remettre de nos émotions et applaudir.

A un morceau sans titre, succède un morceau sans titre. Julien Lourau annonce aux spectateurs du concert qu’ils peuvent laisser leur adresse électronique pour recevoir l’album d’Electric Biddle en format digital. Voici une récompense matérielle du militantisme comme disent les sociologues.

Ca commence comme une ballade langoureuse entre guitare électrique et saxophone ténor. Julien Lourau commence à mordre le bec du sax, à attaquer. Le batteur a changé de religion. Il ne travaille que les cymbales désormais. Il y a aussi une sirène d’alarme. Le piano vient s’ajouter. Ca pulse, nom de Zeus ! C’est devenu franchement rock entre la guitare, la batterie martelée et les claviers. Le sax ténor devient électronique. Un tel trafic de sons, est-ce bien légal ?

Il appert que le premier morceau s’appelle « Bar Cycle », logique pour un groupe né dans un pub londonien, le « Biddle Bros » d’où son nom Electric Biddle.

Après une pause, Dave Maric lance différents bruitages avec son « Dave-o-tron ». Expérience de musique concrète avec instruments. Chacun triture dans son coin mais ça s’harmonise tout de même. Retour au sax alto. La musique s’organise, sort lentement du chaos. Elle est sculptée en direct. Ca devient une sorte de Blues déjanté. Lourau revient au soprano ponctuer d’un chant d’oiseau. Tout à coup, ça plane pour nous. Qu’on est bien (Guy Béart). Le groupe décolle et moi avec. Pas de basse pour nous ancrer. Lévitons donc ! Le sax s’est tu. Clavier, batterie, guitare, malaxent les sons. La, c’est terrien mais ça bouge, saperlipopette ! Retour de l’alto dans le groupe. Ils nous envoient claque sur claque. Même pas mal. C’est tellurique. C’est même funky, morbleu !

Une petite dernière pour la route, avant la projection du documentaire sur le groupe. Piano, batterie, guitare, sax ténor pour un Funk sombre. C’est plus calme. Ca tourne bien. Le clavier vient ajouter des sons distordus. Ca dépote pour l’envoi final. Ca se termine groupé en decrescendo.

Vortex, c’est le nom d’un groupe de jazz rock français des années 70 animé par les frères Jacques et Jean-Pierre Vivante, aujourd’hui propriétaires du Triton. Vortex, c’est aussi le nom d’un club de Jazz londonien où la musique d’Electric Biddle s’est créée. C’est donc en toute logique que ce groupe cosmopolite (un Français, un Autrichien, un Australien et un Anglais), né à Londres, se développe des deux côtés de la Manche, au Vortex et au Triton puisque c’est au Triton que l’album d’Electric Biddle a été enregistré. Le résultat est digne d’un Crunch (le match de rugby, pas le chocolat). Vive l’Entente cordiale ! Rule Electric Biddle !

Le groupe Electric Biddle crée grâce à l'aide de Jazz Shuttle qui finance des groupes franco britanniques de musique neuve et improvisée.

Le concert fut suivi de la projection d'un documentaire de 12mn sur le projet Electric Biddle, sa naissance (à Londres, Julien Lourau, né en 1970, est revenu vers 2010 pour se frotter à la nouvelle génération de musiciens), son développement, sachant que son apogée reste à venir. Je n'ai pas trouvé ce film sur la Toile. Désolé pour vous, honorables lectrices, respectables lecteurs.

En compensation, voici un extrait filmé de la séance de travail au Triton au printemps 2014 qui a abouti à l'album d'Electric Biddle.

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Festivals de Jazz à Paris et Genève en octobre 2015

Publié le par Guillaume Lagrée

Lectrices Hot, lecteurs Swing, pour le mois d'octobre 2015, je ferai au plus simple en vous recommandant deux festivals:

- Jazz sur Seine, à Paris et en Ile de France, du vendredi 9 au samedi 24 octobre. Au programme, 20 clubs, 120 concerts, 450 musiciens. Passe à 40€ pour 3 concerts dans 3 clubs différents. Showcases pour les professionnels de la profession mais ouverts au public sur réservation, ateliers d'initiation au Jazz pour les enfants, master classes pour les musiciens ouvertes au public. A noter: le Becca Stevens Band dont l'album " Perfect animal " fera bientôt l'objet d'un article élogieux sur ce blog en concert le jeudi 22 octobre à 20h30 au New Morning (concert unique en France). LE festival annuel des clubs de Jazz à Paris et en Ile de France.

- Jazz Contreband, dans le Genevois, sur Suisse et sur France, du jeudi 1er au samedi 24 octobre. 21 lieux, 56 concerts. A noter, par exemple, le concert du quartet de Jérôme Sabbagh, saxophoniste ténor souvent louangé sur ce blog, le samedi 24 octobre 2015 à 21h30 à l'AMR à Genève.

N'oubliez pas, par ailleurs, la tournée française du pianiste arménien Tigran Hamasyan et du Choeur de chambre d'Etat de Yerevan dans le programme " Luyz i Luso ". Indispensable.

La photographie de Jérôme Sabbagh est l'oeuvre du Fougueux Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

Jérôme Sabbagh par Juan Carlos HERNANDEZ

Jérôme Sabbagh par Juan Carlos HERNANDEZ

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L'art de la chanson selon Guy Béart (1930-2015)

Publié le par Guillaume Lagrée

Lectrices chanteuses, lecteurs français, voici que le quatrième Grand B de la chanson française nous a quitté le 16 septembre 2015.

Après Jacques Brel, Georges Brassens et Barbara, Guy Béart.

Des experts en chanson française vous raconteront longuement sa carrière, vous feront remarquer qu'il était ingénieur diplômé des Ponts et Chaussées alors que Boris Vian et Antoine ont fait Centrale.

Des complotistes feront remarquer qu'il était né Guy Béhar Hassan au Caire.

Des politiques vont le récupérer, plutôt à droite, puisqu'il n'était pas encarté à gauche.

Il peut aussi servir à gauche puisqu'il était un exemple d'intégration républicaine par l'étude et le travail.

La presse people rappellera que sa fille Emmanuelle était devenue plus célèbre que lui et que Serge Gainsbourg l'avait engueulé en direct à la télévision mais qu'il ne s'était pas laissé faire.

Guy Béart estimait que la chanson devait respecter quatre grandes règles:

- avoir une vraie mélodie,

- enchanter les enfants,

- séduire les femmes,

- faire passer aux hommes un message de contrebande.

Je ne saurais mieux dire.

Après une rupture amoureuse où j'étais malade comme un chien d'avoir été abandonné, je découvris une merveilleuse chanson de Guy Béart, " Les grands principes " (1965) qui correspondait tellement à cette femme que je dédramatisai aussitôt la situation.

Paroles et musique de Guy Béart, à chanter joyeusement, évidemment:

Aujourd'hui les filles s'émancipent

Et vous parlent de leurs grands principes

Puis elles font comme leur maman

En vertu des grands sentiments

Elle aussi avait ses phrases types

Et me parlait de ses grands principes

Puis n'agissait n'importe comment

En vertu des grands sentiments

Elle aimait aussi vivre en équipe

Toujours en vertu des grands principes

Mais me surveillait jalousement

En vertu des grands sentiments

Elle allait au Louvre avec Philippe

Toujours en vertu des grands principes

Mais faisait la foire avec Armand

En vertu des grands sentiments

Elle me soigna pendant ma grippe

Toujours en vertu des grands principes

Puis elle me quitta bien portant

En vertu des grands sentiments

Elle épousa vite un autre type

Toujours en vertu des grands principes

Mais elle prit un nouvel amant

En vertu des grands sentiments

Il faudra qu'un beau jour je l'étripe

Toujours en vertu des grands principes

Mais que je le fasse élégamment

En vertu des grands sentiments

Je lui porterai quelques tulipes

Toujours en vertu des grands principes

Mais je pleurerai abondamment

En vertu des grands sentiments

Mais je pleurerai abondamment, maman

En vertu des grands sentiments

Guy Béart était aussi un Maître dans l'art de la chanson érotique qui dit tout sans rien dévoiler, comme avec " Chandernagor ".

Enfin, il aimait le Jazz comme le prouve cette émission en direct à la télévision française le 8 juillet 1973 où il souhaitait la Bienvenue à Duke Ellington (1899-1974) comme le Duke l'aimait, avec des bons musiciens (Michel Gaudry à la contrebasse, Daniel Humair à la batterie, Bill Coleman à la trompette, Guy Laffitte au sax ténor, Mickey Baker à la guitare, Aaron Bridgers au piano) et des jolies femmes.

RIP Guy Béart. Vos chansons vous survivront.

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Tigran Hamasyan & Yerevan State Chamber Choir " Luys i Luso "

Publié le par Guillaume Lagrée

Tigran Hamasyan &

Yerevan State Chamber Choir

" Luys i Luso "

ECM. Sortie le 4 septembre 2015

En tournée en France en octobre 2015

Jeudi 8 octobre à 20h30: Cathédrale, Lille, Nord, Nord Pas-de-Calais

Vendredi 9 octobre à 20h: Auditorium, Lyon, Rhône, Rhône-Alpes

Samedi 10 octobre à 20h: Cathédrale Saint Christophe, Belfort, Territoire de Belfort, Franche Comté

Lundi 19 octobre à 20h30: Théâtre, Angoulême, Charente, Poitou Charentes

Mardi 20 octobre à 20h30: église Saint Sulpice, Paris, Ile de France

Mercredi 21 octobre à 20h30: Eglise de Bezouce, Gard, Midi Pyrénées

Jeudi 22 octobre à 20h30: Abbaye Saint Victor, Marseille, Bouches du Rhône, Provence Alpes Côte d'Azur

Tigran Hamasyan est né en Arménie en 1987. C'est là que le pianiste et producteur français Stéphane Kochoyan le découvrit en l'an 2000. Stupéfait par le génie de ce garçon de 13 ans, il l'emmena aussitôt en France le présenter à tout le monde. Le manager de Charles Aznavour le prit sous son aile et d'Arménie, via la France, Tigran Hamasyan partit pour les Etats-Unis d'Amérique conquérir le monde. C'est en Suisse, à Lausanne, au club Chorus que je le découvris en 2003, accompagné des frères Le Van. Il avait 16 ans et m'impressionna immédiatement. Un Mozart du Jazz venait de surgir d'Arménie. Depuis, je le suis ou le perds, selon ses diverses aventures musicales. Par définition, les génies sont difficiles à suivre pour les simples mortels. Je recommande toujours son unique et superbe album solo " A Fable " (2011). J'avais alors réalisé une entrevue avec lui et une chronique d'un concert mémorable au théâtre du Châtelet à Paris.

Aux Etats Unis, Tigran Hamasyan se passionne pour toutes sortes de musique, du hard bop au hip hop, de la pop au hard rock suédois, de l'électro à la techno. Il sembla même un moment renier son identité en s'appelant Tigran, enlevant son nom Hamasyan qui sentait trop bon le papier d'Arménie.

En 2015, les Arméniens du monde entier commémorent leur génocide dont la négation est interdite en France en vertu d'une loi prise à l'initiative du député Patrick Devedjian.

Pour son premier album sur le label bavarois ECM (Echoes of Contemporay Munchen disent les Berlinois), Tigran Hamasyan s'est purifié dans ses sources, revisitant le chant religieux arménien du V° au XIX° siècle, allant à l'essentiel: un piano acoustique et une chorale mixte.

Le pari est tenu. La pureté spirituelle de cette musique est respectée et elle est rendue accessible aux oreilles occidentales contemporaines par l'ajout d'un piano qui, en soi, n'est ni utile ni nécessaire pour ce genre de musique mais qui, ici, le devient.

Tigran Hamasyan est un vrai Jazzman mêlant la sophistication harmonique à la complexité rythmique (essayez de chanter en 13/16!) et il est Arménien, où qu'il vive, quoi qu'il joue.

L'identité nationale arménienne est indissociable du christianisme oriental. Cette langue et cette culture sont vivants. Le génocide de 1915 n'a pu les faire disparaître. L'album Luys i Luso de Tigran Hamasyan et du Choeur de chambre de Yerevan en est une nouvelle preuve qui défie par la Beauté, génocidaires et négationnistes de tout acabit.

Cette musique est à découvrir, dans toute l'Europe, d'Est en Ouest, du Nord au Sud, au fil de 100 concerts . La tournée française aura lieu en octobre 2015. Les dates et lieux sont indiqués au début de cet article.

La photographie de Tigran Hamasyan est l'oeuvre du Vertueux Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

Tigran Hamasyan par Juan Carlos HERNANDEZ

Tigran Hamasyan par Juan Carlos HERNANDEZ

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RECLAME:Trophées du Sunside 2015

Publié le par Guillaume Lagrée

Lectrices sélectives, lecteurs exigeants, je fus juré des Trophées du Sunside en 2012. Je ne peux plus l'être.

Voici les primés pour l'an 2015.

MEILLEUR GROUPE
1er prix : Frédéric PERREARD Trio
2ème prix : Florian MARQUES Quintet

MEILLEUR SOLISTE
1er prix : Ann SHIRLEY (chant)
2ème prix : Anthony JAMBON (guitare)

PRIX MEILLEURE COMPOSITION
Xavier ROUMAGNAC Eklectik Band

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