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My Chet, My Song. Riccardo del Fra rend hommage à Chet Baker au Duc des Lombards

Publié le par Guillaume Lagrée

 

 

 

My Chet, My Song

Paris. Le Duc des Lombards.

Samedi 15 septembre 2012. 22h.

 

Riccardo del Fra : contrebasse, direction

Ariel Tessier : batterie

Bruno Ruder : piano

Pierrick Pédron : saxophone alto

Airelle Besson : bugle, trompette

 

Chet Baker, trompettiste et chanteur américain (1929-1988). Son dernier contrebassiste se nommait Riccardo del Fra. Ecoutez par exemple l’album « Chet sings again » (1985) avec Michel Graillier au piano et John Engels à la batterie. Un bijou à fleur de peau.

 

« Ombre e luci ». Riccardo del Fra nous lit un poème de sa création en hommage à Chet, en français avec quelques mots italiens. Cela me semble plus touchant que la chanson « Chet Baker » de Vanessa Paradis mais la chanson de Mademoiselle Paradis a l’avantage de faire connaître Chet Baker à un public qui ignore tout du Jazz. Le groupe enchaîne sur un hard bop des familles. Ca balance tranquillement. Airelle Besson assume la difficile tâche d’évoquer Chet Baker sans le copier et sans vivre une vie aussi chaotique, je l’espère pour elle. « Qu’est ce qu’il y a de plus dur dans la drogue ? » demanda un jour un journaliste à Chet Baker. « Le prix » répondit-il. Son voilé, tendre du bugle qui griffe en douceur. Pierrick Pédron nous sort le bon vieux son bebop aigre, mouvementé. Derrière, la rythmique tourne impeccablement. Solo de Riccardo del Fra : il Maestro al lavoro. Del Fra ne dirige pas le département Jazz du CNSMDP pour rien. Il fait autorité à la contrebasse. Sans autoritarisme bien sûr. Ca joue «  Nice and easy » comme disait Chet Baker à ses musiciens sur scène avant de lancer un morceau. C’était « Funk in a deep freeze » (Hank Mobley), un morceau que Chet aimait beaucoup. 

 

 

pierrick-pédron.jpg

 

La photographie de Pierrick Pédron est l'oeuvre du Romantique Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

 

« Leaving » (Richie Beirach). Moreau aussi cool que son titre l’indique. Ca ronronne. Airelle Besson reste au bugle pour l’instant. La rythmique roule doucement. Le départ se fait tranquillement, à pas de loup. Le sax alto vient ajouter un peu d’agitation mais pas trop. Tranquille. A Airelle Besson de jouer. Tout en douceur, en glissements progressifs du désir. L’ombre de Chet passe. Il y a à la fois la décontraction et l’écorchure dans son jeu, bref les ingrédients qu’il faut. 

 

Riccardo del Fra nous annonce «  J’ose, j’ose » et se lance. De la main gauche, il tient le micro dans lequel il chante. De la main droite, il joue de la contrebasse sur le haut de l’instrument. Chet Baker aimait autant chanter que jouer de la trompette ou du bugle. Il fallait oser chanter pendant ce concert. Riccardo del Fra l’a fait et il a bien fait. C’est une ballade, un standard « For all we know ». Piano et batterie le rejoignent doucement. C’est touchant, vécu. La rythmique reprend tranquillement. Le son aigre, tourmenté du sax alto s’élève. Nom de Zeus, c’est beau ! Le piano lance un autre tempo, plus dynamique. Le batteur chauffe, la contrebasse impulse, le piano vrombit et le sax tourne comme un moulin. Airelle prend son chorus, toujours rapide mais plus cool que le sax alto. Elle ralentit tout, nous tient en haleine au bout de son pavillon qu’elle ne baisse pas, bien entendu. 

 

Le pianiste attaque. Airelle reprend en duo. « But not for me ». La rythmique reprend avec le batteur aux balais. J’entends la voix de Chet dans les séances Pacific Records à Los Angeles au milieu des années 50. Ca swingue fort agréablement ma foi. Pierrick reprend les devants juste le temps de repasser le témoin à la Dame du temps présent, Airelle Besson. Puis il reprend la main, plus acide, plus viril forcément. Le piano part sur un autre air, plus rythmé, plus joyeux, plus funky avec le cliquetis des baguettes sur les bords de caisse. Le quintet est parti sur cet air funky, énergique qui nous élève l’âme. Plein de bonnes vibrations nous traversent.

 

« Beatrice » (Sam Rivers). Morceau dédié par le saxophoniste Sam Rivers à son épouse Béatrice. Il avait même créé une maison de disques nommée « Riverbea » pour éditer sa musique. Intro au piano. Puis la rythmique démarre pour lancer le sax alto tout en douceur. Airelle s’ajoute avec son chant de velours. C’est du miel pour les oreilles ce que joue cette demoiselle. Bruno Ruder a presque un nom de champagne. Il a d’ailleurs un jeu pétillant. Chorus de sax alto scintillant, bien relax, impulsé par une rythmique à la main d’acier dans un gant de velours. Au tour du Maestro Del Fra de s’exprimer, légèrement ponctué par la contrebasse et la batterie. « Dom, dom, dom » comme le chantonne mon voisin. Le quintette reprend tranquillement vers le final. Ca roule tout seul. Que du bonheur !

 

Après celui d’Eric Le Lann, que je recommande toujours ( à retrouver sur scène à Paris au Duc des Lombards les mardi 2 et mercredi 3 octobre 2012), je viens de découvrir l’hommage de Riccardo del Fra à Chet Baker. J’avais revu avec Mademoiselle I, dans un cinéma germanopratin, « Let’s get lost », le film documentaire sur Chet Baker. Mademoiselle I m’accompagnait ce soir au concert et si nous fumes tous deux charmés par la musique, nous fumes surtout impressionnés par une Dame du temps présent, la Citoyenne Airelle Besson. Beauté, présence, clarté dans le propos, émotion, sentiment sans sentimentalisme, technique impeccable. Elle a tout pour elle et nous le fait partager. Que les Dieux et les Muses nous fassent profiter encore longtemps de son talent !

 

Lectrices bienveillantes, lecteurs généreux, voici des extraits de ce concert filmé au Duc des Lombards à Paris le 15 septembre 2012. Régalez vous.

 

 

 
 

 

 

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Tous à Tousson!

Publié le par Guillaume Lagrée

 

Lectrices agrestes, lecteurs champêtres, vous avez certainement noté le tropisme urbain et même parisien de ce blog. Je vous ai certes déjà parlé du Jazz pour les vaches. Voici maintenant que je viens vous parler d'un club de Jazz au milieu des champs de betteraves: La Tête des Trains située 6 place de l'Eglise, 77123 Tousson (Seine et Marne, Ile de France, France).

Dans ce foyer rural créé en 1981 ont lieu des concerts de Jazz et de Blues, des cours de musique Jazz et Blues, un cinéclub, du théâtre, des jeux.

Bref, si vous passez par le Parc naturel régional du Gâtinais français, faites halte à Tousson et entrez à la Tête des Trains. Ce sont des gens bien. Par exemple, le samedi 6 octobre 2012 à 21h, aura lieu un concert solo Jazz et Gospel du pianiste Allan Tate. Allan Tate a été sorti en octobre 2011 du métro de New York où il avait trouvé refuge par un Français, Jean-Baptiste Franc, qui l'avait entendu en 2008 jouer dans une église de Harlem. 

 


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RECLAME: Un casque audio décoré à votre goût par Coque unique à Paris

Publié le par Guillaume Lagrée

 

RECLAME

Lectrices consommatrices, lecteurs consommateurs, jusqu'ici, sur ce blog, j'ai fait de la réclame pour de la musique et des musiciens testés et approuvés par mes soins. La musique étant reproductible à l'infini (je renvoie à la lecture de Theodor Adorno, qui ne comprenait rien au Jazz, pour ceux qui veulent approfondir le sujet), je vais maintenant vous faire la réclame d'un objet lié à la musique, lui aussi testé et approuvé dans mon laboratoire personnel. 

Il s'agit d'un casque audio, produit du groupe français Omenex, garanti 2 ans, fabriqué en République populaire de Chine (comme tous les objets vendus en magasin en Occident sauf indication contraire) et décoré à votre goût, à Paris, en France, par Coque unique. Comme vous le supposez bien, lectrices lettrées, lecteurs cultivés, il ne s'agit pas d'un constructeur de voiliers pour la course au grand large ni d'un producteur d'oeufs mais d'un grossiste en téléphonie mobile qui a étendu son activité à d'autres objets audiophoniques.

Sur Internet, vous prenez le casque stereo à écouteurs (headphones in english) Omenex, connectable sur tout appareil disposant d'une prise Jacques (Jack in english), choisissez le motif que vous voulez coller sur les écouteurs pour le personnaliser (personnellement, j'ai choisi le drapeau breton. Devinez pourquoi.) et vous obtenez un casque plus joli à regarder.

Bien entendu, c'est parfaitement inutile et superfétatoire mais, comme l'écrit Voltaire, " rien n'est plus nécessaire que le superflu ". Cela ne change pas l'essence de l'appareil, juste son apparence.

Le casque est agréable à porter, le son est bon, le volume se règle sur votre appareil, mais il y a un interrupteur sur le cable du casque pour vous permettre de couper le son et prendre un appel si vous êtes connecté à votre telefonino comme disent les Italiens. Je n'ai aucun intérêt financier dans l'affaire.

Lorsque Dave Liebman a joué lors de la séance d'On the corner de Miles Davis en 1972, son casque ne lui permettait pas d'entendre l'ensemble du groupe. Il jouait sans savoir ce que cela allait donner. Au final, le résultat est tellement puissant que 40 ans après, ça sonne toujours neuf.

Il m'est arrivé une fois dans ma vie, dans le métro parisien, d'entendre sortir du casque d'un quadragénaire, le son de l'Atomic Big Band de Dizzy Gillespie. Ca sortait de l'ordinaire.

La preuve ci-dessous avec ce " Salt peanuts " à déguster sans modération, pas forcément à l'heure de l'apéritif (" L'apéritif, c'est la prière du soir des Français " Paul Morand).

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Sébastien Llado en quartet masculin au Duc des Lombards

Publié le par Guillaume Lagrée

 

Sébastien Llado Quartet

Paris. Le Duc des Lombards.

Jeudi 13 septembre 2012. 22h

 

Sébastien Llado : trombone, conques

Rémy Decormeille : piano

Yoni Zelnik : contrebasse

Gautier Garrigue : batterie

 

Sauf indication contraire, toutes les compositions sont l’œuvre de Sébastien Llado.

 

Ils attaquent tout de suite. D’emblée, ça swingue. Gautier Garrigue, deuxième soliste aux Trophées du Sunside 2012, est à la batterie. Je ne regrette pas le choix du jury dont je faisais partie. La rythmique chauffe bien. Le batteur dont j’ignore, s’il est chrétien, multiplie les pains. C’était « Sur le sol » dédié à la note sol.

 

« La part des anges » dédié à un vin corse et à son lieu de production (Excellent film de Ken Loach par ailleurs). Sébastien met deux sourdines emboitées l’une dans l’autre sur son trombone. Ca donne un petit son rauque pas désagréable. Il passe à la grande conque. Logique pour évoquer l’île de Beauté. Le pianiste fait des bruitages avec les cordes, le batteur avec des percussions. Le contrebassiste garde le rythme. C’est son boulot et il le fait bien. Sébastien revient au trombone bouché mais pas au chêne liège apparemment. Cela redevient délicieux, mélodieux.

 

« Dernières danses », extrait de l’album « Avec deux ailes » de Sébastien Llado, enregistré Live au Sunside à Paris. Une ballade comme son titre l’indique. La rythmique roule tranquille. Ca monte doucement en puissance, en vitesse. Sébastien revient et relance la mélodie à pavillon ouvert. Ca danse plus allegro vivace. 

 

« Prazozo », nouvelle composition censée nous donner le tournis. Le trombone grogne comme un lama tibétain. Après un solo de piano, la rythmique repart en tournoyant et le trombone se joint à la fête. L’air que joue le pianiste semble tourner en boucle. La pression monte pour nous faire perdre la tête. Jolie séance de hachures entre piano, contrebasse et batterie. Sébastien ponctue discrètement avec ses conques. Il revient au trombone, en arrière plan, alors que la rythmique se déchaîne.

 

« Le miroir aux alouettes ». Une ballade. Que des compositions personnelles pour l’instant. C’est frais, agréable, dansant, charmant. Retour à la conque et à ses petits sons ludiques. Le pianiste a pris les devants, bien impulsé par ses complices de la rythmique. Quelques ponctuations du conquiste. J’adore. Retour au trombone et à la mélodie.

 

« Sakagawa » (Wayne Shorter). C’est leur deuxième interprétation sur scène de ce morceau. La première a eu lieu au premier set. Ca groove classe et décalé. Bref du Wayne Shorter. Sébastien s’amuse maintenant à souffler directement dans ses sourdines emboitées. Mademoiselle F trouve que cela lui donne un air de faune. Ca c’est pour le visuel. Pour le sonore, cela donne une plainte sourde derrière le vrombissement de la rythmique. Le trombone est revenu dans le jeu. Ils sont repartis sur un petit air dansant. Gros son de contrebasse et ponctuations légères de la batterie. Avec le piano et le trombone, ça sonne un peu Caraïbes. Wayne Shorter est un grand mixeur culturel à lui seul, « le plus grand compositeur du Jazz depuis la mort de Duke Ellington » (Stan Getz). Fin tout en douceur avec des petites clochettes et des tintements de baguettes sur les bords de caisses.

 

Solo de piano en intro puis la rythmique démarre. Ca swingue joyeusement. Sébastien les rejoint et ça se poursuit vaillamment. C’était « Trans Tanz » (Wolfgang Donner).

 

« When You dream » (Wayne Shorter). Morceau plutôt énergique malgré son titre. C’est joyeux, dansant. Sébastien chantonne l’air quand il ne le joue pas.

 

« Haut, bas, fragile ». Une ballade comme son titre l’indique. Le batteur caresse avec les balais. Son velouté de la contrebasse. Piano cristallin. Trombone en douceur. Ca berce. 

 

« Ladies first ». Dans son précédent quartet, Sébastien Llado était accompagné de trois Dames d’où cette composition créée à cette époque de sa carrière. Un morceau énergique, funky. Solo du batteur, bien tricoté aux baguettes.

 

Le concert est terminé. Le marchand de sable est passé. Il y a école demain. Il est temps de rentrer se coucher encore bercé par la musique de Sébastien Llado et ses hommes. Bonne nuit, vénérées lectrices, vénérables lecteurs.

Voici Sébastien Llado avec son précédent quartet en concert au Duc des Lombards. Profitez en.

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Gloire aux Anciens: Martial Solal & Lee Konitz en duo à Paris

Publié le par Guillaume Lagrée

 

 

 

Martial Solal : piano

Lee Konitz : saxophone alto

 

Paris. Vendredi 7 septembre 2012. 20h.

 

Exquises lectrices, délicieux lecteurs, je chanterai aujourd’hui la gloire des Anciens. Il ne s’agit pas ici de prendre parti dans une querelle des Anciens et des Modernes puisque, grâce aux Dieux, et aux Muses elle n’existe plus dans le Jazz depuis que Louis Armstrong a chanté du Albert Ayler. Il s’agit simplement de rendre hommage à deux musiciens, tous deux nés en 1927, le premier à Alger, le second à Chicago, Martial Solal et Lee Konitz. Complices depuis 1968 et un enregistrement à Rome, ils sont aujourd’hui parvenus, privilège de l’âge, à un détachement qui leur permet une maitrise de leur art sans autre fin que de servir la Beauté. L’âge, 85 ans, n’a ni bridé leurs capacités physiques d’expression ni freiné leur imagination. Il leur a simplement permis de se passer des effets de virtuosité, d’esbroufe, de démonstration qui parasitent les discours de tant de musiciens plus jeunes. Comme la confection d’une robe de haute couture, leurs interprétations des standards partent de beaucoup de tissu (70 ans de carrière professionnelle pour chacun, ça donne du bagage pour voyager) pour aboutir à des chefs d’œuvre qui ne font pas un pli.  Ce miracle, renouvelé à chaque concert, de l’échange entre deux personnalités irréductibles aux discours absolument uniques et inimitables, il m’a été donné, avec quelques spectateurs privilégiés, d’y assister. Ca a commencé comme ça.

 

Un standard. Ils commencent ensemble. Lee Konitz doit se chauffer. Pas Martial Solal qui plonge tout de suite dans cette ballade. Ils jouent sans micro ni partition. Ils ont dû convenir d’un programme, d’un ordre des morceaux au départ. Pour le reste, ils donnent libre cours à leur fantaisie. Ils descendent en même temps dans les graves et fusionnent. Martial Solal est toujours aussi clair, tonique dans son jeu. C’était « Solar » (Miles Davis), morceau qui inspira son nom de scène, MC Solaar, à Claude M’Barali.

 

Martial Solal

 

La photographie de Martial Solal est l'oeuvre de l'Irrésistible Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

 

Une autre ballade. « I remember April ». Vu l’âge de ces Messieurs, 170 ans à eux deux, je le rappelle, leur vivacité d’esprit et de geste est un exemple à suivre. Pour le spectateur, c’est comme voir du slalom parallèle. Leurs arabesques sont fascinantes à suivre mais, ici, il n’y a pas de compétition. Ils partent et arrivent en même temps en suivant des chemins différents. En septembre, c’est le moment de se rappeler avril qui reviendra au printemps prochain.

 

« Darn that dream ». Ils restent sur des ballades. Des standards de leur jeunesse (années 40-50) mais ils arrivent toujours à faire du neuf avec du vieux. C’est la liberté au sein des codes qu’ils ont eux-mêmes créés. Ils jouent sans micro ce qui rend le son plus chaud, plus net. Aucun risque de grésillement. Martial Solal occupe le terrain, ne négligeant rien, offrant un tremplin aux envolées de Lee Konitz.

 

Un standard dont le titre m’échappe. Ca va vite. Le flambeau passe de Martial à Lee et vice-versa sans jamais retomber ni s’éteindre. Logique en période olympique. Deux très fortes personnalités se confrontent sans s’affronter. Un petit final gag dont Martial Solal a le secret.

 

« Invitation ». Ils explorent l’art de la ballade quoiqu’ils ne jouent pas lentement. Même sur tempo rapide, ils semblent au ralenti tant ils maîtrisent leur sujet. Ils sonnent toujours frais, neuf sur des thèmes qu’ils explorent ensemble ou séparément depuis des décennies. Respect ! Martial remplit les espaces que laisse Lee mais sans déborder. C’est de la dentelle fine mais virile.

 

Lee Konitz

 

La photographie de Lee Konitz est l'oeuvre de l'Irréductible Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

 

« Stella by starlight ». Lee Konitz commence seul. Les notes prennent de l’épaisseur. Il les pétrit dans le grave de l’instrument. Martial Solal entre subrepticement dans le morceau sans attendre la fin du chorus. Toujours cet effet de surprise qui lui est si cher. Dire qu’une de mes grand-tantes, Juliette, a dansé au son du piano de Martial Solal à Alger en 1947 (elle s’en souvient très bien et Martial se souvient de cet engagement où il jouait des tangos et des paso doble) et que je l’écoute à Paris, en 2012, soixante-cinq ans après, toujours frais, créatif, maîtrisant physiquement et intellectuellement son instrument.

 

« Round about midnight ». Martial attaque, Lee lui répond. Ils me font redécouvrir ce thème, que je crois connaître par cœur. Nom de Zeus, que c’est bon !

 

Un air plus rapide. Un standard dont le titre m’échappe. Ils improvisent, échangent, se répondent, s’amusent comme des gamins et nous avec eux.

 

Ils font semblant de partir puis reviennent. « Take the A train » que j’ai entendu une fois joué, pas trop mal au sax ténor, dans les couloirs du RER A à la station Charles de Gaulle-Etoile. Ca swingue sans basse ni batterie. Un swing qui leur est personnel, unique et inimitable. Ils sont partis très loin et pourtant le thème est bien là, sous-jacent. Le swing aussi. Le final qui tue.

 

Ils quittent la scène. A force d’applaudissements, Martial Solal revient seul sur scène. «  Le saxophoniste est fatigué. Je vais vous jouer un petit truc pour vous calmer » nous explique t-il. Il s’agit d’une variation très personnelle sur « Happy birthday to You ».  Un nouvel exemple de la véracité de la pensée de Barney Wilen : « Le Jazz, ça consiste à transformer le saucisson en caviar ». Seul, Martial Solal peut prendre toute la place qu’il veut. La musique devient une cascade de notes, fraîches, claires, mobiles.

 

Je laisse les gérontologues expliquer comment Martial Solal et Lee Konitz peuvent jouer à ce niveau à leur âge. Ils s’étaient déjà échinés sur le cas de Benny Carter qui soufflait toujours avec brio dans son saxophone à plus de 90 ans (Un nonagénaire fait du neuf avec du vieux comme disent les mots croisés). En tant que mélomane, je n’explique pas cette merveille. J’en jouis. Le duo Martial Solal& Lee Konitz est à mon avis aussi important dans l'histoire du Jazz que ceux de Louis Armstrong&Earl Hines, Charlie Parker&Bud Powell, Herbie Hancock&Wayne Shorter. Il s'agit d'une révolution dans la discrétion. De plus, aucun des deux ne prend le pas sur l'autre. Bref, chacune de leurs créations est un moment rare et précieux et je remercie les Dieux et les Muses d'avoir pu en profiter, avec Mademoiselle F, le temps d'un concert, un soir de septembre à Paris.

 

Pour ceux qui n'y étaient pas, voici ce concert filmé. A consommmer sans modération.

 

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Eddy Louiss Concert inédit Jazz et Caraïbes le samedi 22 septembre 2012 au Trianon à Paris

Publié le par Guillaume Lagrée

 

Eddy Louiss
Concert inédit Jazz & Caraïbes

Samedi 22 septembre 2012 à 20h au Trianon, 80 boulevard de Rochechouart, 75018 Paris, France. Ouverture des portes à 19h.

Une rencontre entre les jeunes talents et les maîtres du Jazz actuels, un fondateur du Zouk et des gardiens de la tradition caribéenne.

Edito d'Eddy Louiss:

Pour cette soirée, j’ai envie de mélanger les influences que j’aime…

Quelques morceaux de l’un des albums les plus mythiques de Miles Davis,John Coltrane, Cannonball Adderley, Bill Evans, Wynton Kelly, Paul Chambers et Jimmy Cobb… « Kind of Blue » avec les talenteux jeunes musiciens que sont Fabien Mary, Stéphane Chausse, Xavier Cobo, Mourad Benhammou, Jean Michel Charbonnel,Francis Arnaud,

Un clin d’oeil à l’un des maîtres de la bossa nova, Antônio Carlos « Tom » Jobim, qui avec simplicité et naturel nous a éclairé un chemin nouveau avec Francis Arnaud et un pupitre de violoncelle.

Avec Alain Jean-Marie au piano, nous enverrons une pensée vers Michel Petrucciani, si loin et si proche.

Les West Indies coulent dans mes veines et j’ai envie de partager avec des musiciens dont le coeur bat au même rythme. Jacob Desvarieux de Kassav et André Saint-Prix m’ont fait l’honneur d’accepter l’aventure.

Cette soirée sera bleue, simple et chaude…

Eddy

Billetteries
:
http://www.tempo111.com
http://www.eddy-louiss.com
http://www.fnacspectacles.com

Linup

Alain Jean-Marie (piano), Eddy Louiss(Hammond B3)

Francis Arnaud (Drums), Jean-Michel Charbonnel(Bass), Mourad Benhammou (Drums), Fabien Mary (trp), Stéphane Chausse (sax), Xavier Cobo (sax)

Lucile Gambini (violoncelle), Laurent Gardeux(violoncelle), Marc Girard-Garcia(violoncelle), Bastien Mercier(violoncelle)

Jacob Desvarieux (Guit & chant)

André Saint-prix (flute & chant), Arnaud Dolmen(Drums), Just Wody(Bass), Roland Pierre-Charles(accordéoniste), Michel Réman (percu), Félix Bréna(tambour), Chroné Marie-Cécile(chant).

 

Entrevue récente: http://www.franceinter.fr/emission-le-grand-entretien-eddy-louiss

 

Plus d'information sur www.eddy-louiss.com

Sages lectrices, calmes lecteurs, voici de quoi vous donner une idée plus précise des grandes délices et réjouissances que vous réserveront Eddy Louiss et ses complices le samedi 22 septembre 2012 à partir de 20h au Trianon. La vidéo ci-dessous a été tournée pendant la première répétition du concert. Le 22 septembre, ils seront fin prêts. Préparez vous à leur réserver un triomphe.

 

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Palmarès des Trophées du Sunside 2012 (11e édition)

Publié le par Guillaume Lagrée

RECLAME

Aprés Yaron Herman, Leila Olivesi, Max Pinto, Polychrome, Karim Gherbi, Boris Pokora, Scott Tixier, Oxyd, Nagual Orchestra, Fiona Monbet, Chloe Cailleton... 
Voici le palmarès des trophées du Sunside 2012 (11 ème édition) :
 

1er prix de groupe (à l'unanimité)

NOT FORGET, THE PROJECT

Jean Rondeau – piano ; Virgile Lefebvre – saxophone ; Erwan Ricordeau – contrebasse ; Aurélien Pasquet – batterie

 

2ème prix de groupe

Charlotte WASSY Quintet

Julien Lallier – piano ; Arnaud Dolmen – batterie ; Damian  Nueva – contrebasse ; Irving Acao – saxophones ; Charlotte Wassy – chant

Charlotte Wassy 

La photographie de Charlotte Wassy a été prise pendant la balance de son concert au Sunside le mardi 4 septembre 2012 par Philippe Marchin, photographe et juré de l'édition 2012 des Trophées du Sunside. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

 

1er prix de soliste

CHARLOTTE WASSY l chant

 

2ème prix de soliste

GAUTIER GARRIGUE l batterie

 

1er prix de composition


Carla Gaudré – saxophone soprane ; Xavier Gainche – piano ; Louis Navarro – contrebasse ; Simon Portefaix – batterie, percussions


2ème prix de composition

 

NOT FORGET, THE PROJECT

Jean Rondeau – piano ; Virgile Lefebvre – saxophone ; Erwan Ricordeau – contrebasse ; Aurélien Pasquet – batterie




 
Merci au  jury qui était composé cette année de Gaetan Dupenher (Tempo111), Philippe Marchin (Photographe jazz), Guillaume Lagrée (journaliste) et Agnès Minetto(Responsable Technique Sunset-Sunside).
 
Merci à l'ensemble des musiciens qui ont participé à cette 11ème édition : Nostoc - les Chapeaux noirs - Rémi Meurice "Anachronic" septet - Charlotte Wassy quintet - Note Forget, the Project - Laurent Damon - Corentin Rio Quartet - Wen Quartet - Raphael Herlem quintet - Thibault Chevaillier "Clerks".

 

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Recette de femme par Vinicius de Moraes

Publié le par Guillaume Lagrée

RECETTE DE FEMME

Que les très laides me pardonnent mais la beauté est fondamentale. Il faut dans tout cela qu'il y ait quelque chose d'une fleur, quelque chose d'une danse, quelque chose de haute couture dans tout cela (ou alors que la femme se socialise élégamment en bleu comme dans la République Populaire Chinoise). Il n'y a pas de moyen terme. Il faut que tout soit beau. Il faut que, tout à coup on ait l'impression de voir une aigrette à peine posée, et qu'un visage acquière de temps en temps cette couleur que l'on ne rencontre qu'à la troisième minute de l'aurore.
 
Il faut que tout cela soit sans être, mais que cela se reflète et s'épanouisse dans le regard des hommes. Il faut, il faut absolument que tout soit beau et inespéré. Il faut que des paupières closes rappellent un vers d'Éluard, et que l'on caresse sur des bras quelque chose au delà de la chair : et qu'au toucher ils soient comme l'ambre d'un crépuscule. Ah, laissez-moi vous dire qu'il faut que la femme qui est là, comme la corolle devant l'oiseau soit belle, ou qu'elle ait au moins un visage qui rappelle un temple ; et qu'elle soit légère comme un reste de nuage : mais que ce soit un nuage avec des yeux et des fesses. Les fesses c'est très important. Les yeux, inutile d'en parler, qu'ils regardent avec une certaine malice innocente.
 
Femme à la fenêtre
La photographie de la femme à la fenêtre est l'oeuvre de l'Unique Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

Une bouche fraîche (jamais humide), mobile, éveillée, et aussi d'une extrême pertinence. Il faut que les extrémités soient maigres, que certains os pointent, surtout la rotule, en croisant les jambes et les pointes pelviennes lors de l'enlacement d'une taille mobile. Très grave toutefois est le problème des salières : une femme sans salières est comme une rivière sans ponts. Il est indispensable qu'il y ait une hypothèse de petit ventre, et qu'ensuite la femme s'élève en calice et que ses seins soient une expression gréco-romaine, plus que gothique ou baroque et qu'ils puissent illuminer l'obscurité avec une force d'au-moins cinq bougies. Il faut absolument que le crâne et la colonne vertébrale soient légèrement visibles et qu'il existe une grande étendue dorsale...
 
Que les membres se terminent comme des hampes, mais qu'il y ait un certain volume de cuisses. Qu'elles soient lisses, lisses comme des pétales et couvertes du duvet le plus doux, cependant sensible à la caresse en sens contraire. Les longs cous sans nul doute sont préférables de manière à ce que la tête donne parfois l'impression de n'avoir rien à voir avec le corps et que la femme ne rappelle pas les fleurs sans mystère. Les pieds et les mains doivent contenir des éléments gothiques discrets. La peau doit être fraîche aux mains, aux bras, dans le dos et au visage mais les concavités et les creux ne doivent jamais avoir une température inférieure à 37° centigrades, capables, éventuellement, de provoquer des brûlures du premier degré.

Les yeux, qu'ils soient de préférence grands et d'une rotation au moins aussi lente que celle de la terre ; qu'ils se placent toujours au delà d'un mur invisible de passion qu'il est nécessaire de dépasser. Que la femme, en principe, soit grande ou, si elle est petite, qu'elle ait l'altitude mentale des hautes cimes.  Ah, que la femme donne toujours l'impression que si ses yeux se ferment en les ouvrant, elle ne serait plus présente avec son sourire et ses intrigues. Qu'elle surgisse, qu'elle ne vienne pas, qu'elle parte, quelle n'aille pas.  Et qu'elle possède un certain pouvoir de rester muette subitement, et de nous faire boire le fiel du doute.

Oh, surtout qu'elle ne perde jamais, peu importe dans quel monde , peu importe dans quelles circonstances, son infinie volubilité d'oiseau, et que caressée au fond d'elle-même, elle se transforme en fauve sans perdre sa grâce d'oiseau; et qu'elle répande toujours l'impossible parfum ; et qu'elle distille toujours le miel enivrant ; et qu'elle chante toujours le chant inaudible de sa combustion et qu'elle ne cesse jamais d'être l'éternelle danseuse de l'éphémère ; et dans son incalculable imperfection qu'elle constitue la chose la plus belle et la plus parfaite de toute l'innombrable création.

Vinicius de Moraes (1913-1980), diplomate et poète brésilien, père littéraire de la Bossa Nova.


 
 

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Laurence Saltiel en résidence au collège Daubigny à Auvers sur Oise pour l'année scolaire 2012-2013

Publié le par Guillaume Lagrée

 

Lectrices mères de famille, lecteurs pères de famille, sachez que la chanteuse de Jazz Laurence Saltiel est en résidence au collège Daubigny à Auvers sur Oise, Val d'Oise, Ile de France, France de septembre 2012 à juin 2013. Elle transmettra aux enfants son savoir, sa joie de vivre, son expérience et leur permettra de découvrir et d'exploiter leurs talents artistiques. La pratique de la musique est bonne pour développer les capacités à l'abstraction mathématique, celle du chant pour les capacités d'expression à l'oral, de maîtrise de soi. Excellent régime pour la croissance d'enfants de 11 à 15 ans. Pour que le Jazz demeure une musique vivante, que son public se renouvelle, il faut le transmettre aux générations montantes. C'est ce que fait Laurence Saltiel avec les collégiens d'Auvers sur Oise, village mondialement connu grâce au peintre Vincent Van Gogh. Une nouvelle corde à l'arc de l'association Art et Muses.

Voici un exemple du travail de Laurence Saltiel avec les enfants de Vincennes, Val de Marne, Ile de France, France. Le résultat est tout à fait convaincant. Jugez vous même.

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Concert-conférence sur Erik Satie à Paris le dimanche 30 septembre à 17h

Publié le par Guillaume Lagrée

 

 

Lectrices raffinées, lecteurs esthètes, sachez que vous pourrez assister le dimanche 30 septembre 2012 à 17h à L'Atelier du Verbe, à Paris, à un concert conférence sur Erik Satie (surnommé Esoterik Satie par son ami et concitoyen honfleurais Alphonse Allais) par Corinne Cordier, pianiste et musicologue.

La musique d'Erik Satie sera jouée, expliquée, démontée, démontrée, illustrée pour les petits et les grands, les savants et les ignorants. Amenez-y vos enfants.

Certes, Erik Satie ne fait pas l'objet d'une entrée dans le Nouveau dictionnaire du Jazz. Toutefois, son influence sur le Jazz est immense. Ne serait-ce que sur le pianiste Bill Evans qui lui-même, plus de 30 ans après sa mort, continue d'influencer le Jazz. Il suffit d'écouter " Peace piece " de Bill Evans après la " Première gymnopédie " d'Erik Satie (je recommande la version du pianiste et chef d'orchestre de Jazz et de variétés Michel Legrand chez Erato) pour le comprendre. Ainsi que sur le souffleur de cristaux sonores Jimmy Giuffre. Pas de piano Jazz sans Claude Debussy et Erik Satie.

Voici la première Gnossienne d'Erik Satie jouée par le pianiste français Alexandre Tharaud. Les Gnossiennes de Satie ont inspiré des Rockers (Blood, Sweat and Tears), des DJ ( DJ Spooky, Budha Bar), un chanteur français pétri de Jazz (Arthur H) et elle n'ont pas fini de nous intriguer par leur simplicité et leur pureté." Pourquoi jouer beaucoup de notes alors qu'il suffit de jouer les plus belles? ". " Ce qui compte en musique, ce ne sont pas les notes, ce sont les silences entre les notes ". Ces pensées de Miles Davis semblent avoir été écrites pour Erik Satie.

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