Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Xavier Harry seul au piano du 38 Riv

Publié le par Guillaume Lagrée

Xavier Harry

Paris. Le 38 Riv.

Samedi 17 septembre 2016. 16h.

Xavier Harry : piano

Concert de lancement de l'album " Essence of ", premier album solo de Xavier Harry.

Derrière la porte du 38 rue de Rivoli, 75004 Paris, France, se trouve une cave en pierres du XIII° siècle où le propriétaire a réussi à caser, dans l'ordre descendant, une caisse, un vestiaire, un piano, quelques sièges où un Américain moyen n'arriverait pas à s'asseoir, un bar et des toilettes. L'artiste ne doit pas avoir peur du contact avec le public pour jouer dans cette salle.

Il fut un temps où les jazzmen se levaient à 16h. Aujourd'hui, un samedi à 16h, ils jouent en public. Les temps changent.

Concert filmé et photographié.

" Essence of Soul ". Main gauche puissante. Air à la fois méditatif et dansant. Est-il gaucher pour avoir une main gauche si puissante ou a t-il joué pendant 4 ans uniquement de la main gauche sur ordre du chef d'orchestre comme Martial Solal quand il était pianiste de bal à Alger? Cela vient de la Soul Music mais sans copie. Xavier Harry sait tenir une ambiance, la faire durer puis soudain passer à autre chose. Gros son pour un petit piano, sans micro. Que sortirait)il d'un vrai crocodile? L'influence du piano romantique est manifeste mais bien digérée, pas transformée en guimauve. Il est clair que Xavier Harry a beaucoup écouté Keith Jarrett mais il ne fait pas de simagrées et ne se prend pas pour un Dieu vivant.

" Essence of pain " . Il ne s'agit pas de l'essence du pain mais de l'essence de la douleur comme le traduit une dame à son mari. Nuance. Musique plus grave, plus lente. Logique vu le thème. La douleur sublimée par l'Art, un thème classique de l'Occident chrétien, bien traité ici.

" Essence of tears ". Essence des larmes traduit de nouveau la dame. L'artiste nous assure que les thèmes suivants seront plus joyeux. Une ballade. Comme Keith Jarrett et Michel Berger, Xavier Harry joue du piano debout. Par instants seulement. 30 mois de travaux pour aboutir à ces compositions. Ses influences majeures: Michel Petrucciani et Keith Jarrett.

" Essence of mind ". La dame n'a pas traduit mais il s'agit bien de l'essence de l'esprit. C'est plus entraînant en effet. Ouï sa main gauche, Xavier Harry aime travailler dans les graves de l'instrument. Il utilise très bien une moitié du piano mais une moitié seulement. Celle de droite. Choix politique ou esthétique?

" Essence of illusion ". Inutile de traduire même pour les anglophobes les plus farouches. Méditatif. Peut-être est-ce un interdit religieux qui lui proscrit les notes aiguës du piano? Il en est de plus absurdes.

" Essence of hope ". Essence de l'espoir, donc. Il chantonne en résonnance avec le piano. Mais pas tout du long comme Keith Jarrett. Là aussi, ça vient du gospel.

" Essence of love ". Conclure par l'amour, quoi de mieux pour charmer un public déjà conquis? C'est une variation sur un standard du Jazz " What is this thing called love? ". Après 5 mois d'attente, Universal l'a autorisé à utiliser ce thème. Xavier Harry l'a bien déconstruit mais je reconnais tout de même le thème. Peut-être par hommage à la forêt de Guyane, Xavier Harry aime le dense.

Lectrices insatiables, lecteurs infatigables, comme vous l'avez compris, je n'ai pas trouvé le jeu de Harry assez dirty. Mon pianiste préféré demeure Martial Solal. Rentré chez moi, j'ai aussitôt écouté son album solo enregistré par Radio France au théâtre de l'ouest parisien en 1971. " Ah non ", que c'est bon!

Pour vous faire votre propre idée, lectrices insatiables, lecteurs infatigables, je vous laisse regarder et écouter Xavier Harry jouer sa composition " Essence of pain ".

Partager cet article

Repost 0

Clément Simon Quintet au Sunside

Publié le par Guillaume Lagrée

Clément Simon Quintet

Paris. Le Sunside.

Mercredi 14 septembre 2016. 21h.

Le Clément Simon Quintet est composé de

Clément Simon: piano, compositions, direction

Richard Métairon: contrebasse

Clément Cliquet: batterie

Romain Cuoq: saxophone ténor

Pierre Perchaud: guitare électrique

Souriez. Le concert est filmé et photographié.

Bonne pulsation de la rythmique. Guitare rêveuse. Sax en place. Un peu sage pour évoquer un train qui serpente dans la montagne. A Valparaiso, au Chili. C'est un port sur l'Océan Pacifique mais il y a des collines derrière la ville donc des trains et des funiculaires.

Une ballade. Batteur aux balais. Ca ronronne bien. Joli solo de guitare profond, d'un blues métallique. La rythmique balance bien. Pierre Perchaud a pris la main. Même s'il n'est qu'invité ce soir, il est clairement le meilleur musicien du groupe, celui qui nous raconte les plus belles histoires. Solo de piano bien perlé auquel la guitare ajoute son diamant. Le chant du Cuoq ne me réveille pas. Le batteur est passé aux maillets pour changer de vibration. C'était " Man on the moon ".

" Valse hésitation ". Batteur aux balais. Laisse aller, c'est une valse. Rythme ternaire à la batteriie. Solo de guitare. Dès que Pierre Perchaud prend la main, le niveau de jeu monte. Belle fin groupée.

Le contrebassiste enchaîne. Un groupe de Jazz français qui sait enchaîner, c'est rare. Ces jeunes gens ont bien travaillé. Cerveaux et muscles sont échauffés. Ca commence à donner. Même le sax prend de l'ampleur. Vive l'ampleur! Joli morceau court. Plutôt une coda du précédent morceau en fait. Le contrebassiste est brésilien et retourne vivre et travailler au pays natal en octobre. Contrebassistes, un poste se libère dans le quintette de Clément SImon. A vous de jouer.

S'ensuit un morceau plutôt joyeux. Le solo de guitare suit le solo de sax. La différence s'entend à l'oreille nue. C'est mordant et cinglant.

" People unite " un morceau qui sonne gospel comme son titre d'ailleurs. La tension monte en groupe avec la guitare qui fouette l'attelage. Joli dialogue guitare sax poussé par la rythmique.

PAUSE

J'avais école le lendemain, j'étais déjà endormi et la musique ne m'a pas assez réveillé pour que j'assiste au 2e set. Ma chronique cesse donc ici.

Lectrices contre, lecteurs bassistes, navré mais je n'ai trouvé aucun extrait audio ou vidéo du Clément Simon Quintet pour illustrer cet article.

Partager cet article

Repost 0

Festival Jazz Contreband dans le Genevois du 1er au 29 octobre 2016

Publié le par Guillaume Lagrée

Festival Jazz Contreband

20e édition

Sur France et sur Suisse, dans le Genevois,

du samedi 1er octobre au samedi 29 octobre 2016.

Lectrices françaises, lecteurs suisses, vous avez meilleur temps de vous retrouver sur France et sur Suisse, dans le Genevois, au 20e festival Jazz Contreband, du samedi 1er au samedi 29 octobre 2016, ou bien.

Au programme, 24 lieux, 57 concerts, 7 jam sessions, 1 film et 1 bal.

Tout propre en ordre.

Vous y écouterez notamment des personnages récurrents de ce blog:

Michel Portal, Véronique Hermann Sambin, Riccardo del Fra et Sylvain Rifflet.

La photographie de Michel Portal est l'oeuvre de l'abominable homme de Genève Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur est passible de sanctions civiles et pénales aux termes du Code de la propriété intellectuelle.

Michel Portal par Juan Carlos HERNANDEZ

Michel Portal par Juan Carlos HERNANDEZ

Partager cet article

Repost 0

Harlem et le Jazz par Chester Himes (1963)

Publié le par Guillaume Lagrée

Lectrices Hip, lecteurs Hop, je vous ai déjà parlé de Chester Himes (1909-1984), auteur du cycle de Harlem, les aventures des inspecteurs Gravedigger Jones et Ed Coffin (Fossoyeur et Cercueil en français), les flics les plus durs de Harlem, des inspecteurs noirs pris entre une hiérarchie blanche et une population noire et qui ont une manière toute personnelle de faire régner l'ordre public à Harlem.

" C'est ici à Harlem , parmi les gens de couleur, que le taux de criminalité est le plus élevé au monde. Et il n'y a que trois façons de procéder: ou bien on fait payer les malfaiteurs - et ça, vous n'en voulez pas; ou bien on paie les gens suffisamment pour qu'ils aient une vie décente - et ça , vous ne le ferez pas; si bien qu'il ne reste qu'à les laisser se bouffer entre eux "

Réponse de l'inspecteur Gravedigger Jones au sergent Anderson.

Dans un texte de 1963, " Harlem ou le cancer de l'Amérique ", publié en français dans le n°45 de la revue Présence africaine, un long passage est consacré au Jazz. Le voici.

" Harlem: moyens d'évasion

Pour fuir Harlem, on peut la quitter.

Mais si l'on n'a ni les moyens ni l'argent pour la quitter, les trois autres moyens d'évasion sont la religion, les stupéfiants et le jazz.

(...)

Le jazz

Il fut un temps où Harlem et jazz étaient synonymes. En ce temps là, le jazz était un moyen d'évasion universel dans la vie des Nègres d'Amérique. Tous les Nègres piochaient le jazz (mauvaise traduction: they all digged jazz signifie qu'ils adoraient tous le jazz)

Le jazz était à la fois triste et joyeux, le gémissement plaintif contre l'oppression et une irrésistible joie de vivre.

Harlem était le quartier général du jazz.

Mais aujourd'hui le jazz a quitté Harlem, en même temps que les musiciens de jazz. Et le jazz lui même est devenu une musique contrôlée et pleine de défi, quelquefois pénétrée d'une telle colère froide qu'elle en est rebutante.

Aujourd'hui, les musiciens de jazz sont des gens en colère.

L'auteur nègre John A. Williams écrit: " Le jazz est notre histoire. Le meilleur jazz vient toujours du blues. Construit sur le blues, construit avec une telle vitesse et une telle complexité que nous ne savons même pas qu'il vient tout droit du blues. Il est notre agressivité, notre maladie, notre haine de nous-même mais aussi notre volonté de vivre en dépit de tout. Il exprime le rebelle qu'il y a en nous."

Le compositeur et chef d'orchestre nègre Leonard De Paur dit: " Je pourrais difficilement trouver un développement musical sérieux et universellement reconnu qui n'ait pas son origine dans la créativité ou le folklore nègre... il a pris ces formes et les a modelées selon notre culture propre."

Mais aujourd'hui le jazz est devenu commercial. Il est encore inventif, c'est encore du jazz, mais c'est devenu une affaire comme une autre, et les musiciens de jazz sont devenus des hommes d'affaires.

En tant qu'hommes d'affaires, ils n'ont pas les moyens de travailler souvent à Harlem où le cachet est faible et le travail difficile.

Depuis la fermeture du Savoy, il n'y a plus de lieu pour danser ayant une taille et une clientèle suffisante pour employer de bons orchestres de jazz.

Le Renaissance ne donne plus de bals publics avec un orchestre attaché à l'établissement. La salle est louée à des clubs et à des groupes universitaires pour des sauteries privées. Des orchestre de fortune sont engagés pour la circonstance. Les grandes réunions mondaines de Harlem qui se tenaient précédemment au Savoy et employaient les orchestres de grand renom, comme le bal costumé annuel de la Urban League Guild, ont lieu maintenant dans les salles de danse des grands hôtels du centre-ville.

Il n'y a que deux night-clubs à Harlem qui possèdent en permanence un dancing et proposent des spectacles sur piste: le Small's Paradise Inn de Big Wilt sur la 7e Avenue et le Baby Grand dans la 125e rue.

Il y a des bars-restaurants avec des petites formations pour distraire les dîneurs - les "combos" de Sugar Ray, de Dickie Well, de Count Basie et d'autres - mais ils n'ont pas de piste de danse.

L'Apollo Theater, où l'on voyait jadis les grands artistes de jazz, importe maintenant la musique portoricaine et cubaine. Beaucoup d'artistes de jazz y font toujours leur apparition annuelle selon les termes de leurs contrats, mais jouer là-haut n'a plus d'intérêt, et les auditoires nègres préfèrent souvent la musique étrangère, plus effervescente.

Ça et là, on trouve un jeune musicien qui est bon. Mais il n'y restera pas longtemps.

Les musiciens de jazz, les grands et les petits, les vieux et les jeunes, travaillent en d'autres lieux; au Birdland sur Broadway, au Village Gate dans le Village, à Rabdall's Island, dans les différentes stations du New Jersey, de Long Island et des Catskill Mountains, dans le haut de l'Etat de New York.

Ou bien, ils travaillent dans les studios d'enregistrement, souvent nuit et jour, enregistrant pour le grand public invisible du juke-box.

Loin sont les jours où les musiciens de jazz se retrouvaient à Harlem au petit matin pour leurs " jam breakfasts " avec leurs femmes blanches et leurs sycophantes blancs, et jouaient en jam session jusqu'à tomber de fatigue, pour leur plaisir. ( sycophante signifiant dénonciateur, calomniateur, j'ai un doute sur la traduction. Il faudrait vérifier sur le texte original en anglais)

Les musiciens de jazz font encore des jam sessions, mais surtout pour l'argent. Le musicien moderne sait ce qu'il fait et ce qu'il vaut.

Le jazz est descendu en ville jusqu'aux studios de la 57e rue, ou jusqu'aux grands appartements de Blancs riches qui cherchent des sensations; ça paie, d'une façon ou d'une autre. Les musiciens de jazz ont cessé de montrer leur virtuosité pour rien.

Certains connaisseurs en la matière proclament que le jazz est meilleur aujourd'hui que jamais. Ils proclament que le vieux jazz New Orleans a été amélioré par le jazz moderne, par le be bop, par le hard bop et par le cool jazz. D'autres préfèrent toujours le jazz fanfare du bon vieux temps. D'autres préfèrent le jazz d'avant guerre, de Pres, Lunceford, Basie, Mary Lou, Lionel Hampton et Cootie Williams.

Pour le meilleur ou pour le pire, le jazz a quitté Harlem. Dans leur amer combat actuel pour l'égalité raciale, beaucoup de jeunes Nègres rejettent le jazz, qui leur semble exprimer par trop un état intérieur, lui préférant la musique populaire qui plaît aux Blancs.

Et, en retour, les musiciens de jazz, fiers et arrogants, les rejettent.

Mais le jazz est toujours l'expression d'un peuple blessé. Les Nègres de Harlem sont blessés. Ils ne peuvent échapper à cela. Où qu'ils aillent, ils emporteront cette blessure avec eux.

Un jour, Lester (Pres) Young a dit à un jeune saxophoniste français au Club Saint Germain: " Pour jouer du jazz, il faut avoir souffert. Si tu avais souffert autant que moi, tu pourrais jouer du jazz."

Le jazz parle toujours pour Harlem, avec ou sans l'approbation de Harlem.

Imaginez la grande et regrettée Billie Holiday, avec le piano houleux de Teddy Wilson, la trompette froide de Miles Davis, le saxo bondissant de John Coltrane, le vibraphone exigeant de Lionel Hampton, la basse sophistiquée de Charles Mingus et le bourdonnement dur et rapide de Max Roach derrière elle, chantant une nouvelle version jazz d'un vieux blues: " J'ai le blues mais je ne l'aurai pas toujours, parce qu'un jour le soleil brillera derrière chez moi."

Que dire de plus? "

Ce texte figure désormais en introduction du cycle " Cercueil et Fossoyeur " de Chester Himes (Quarto, Gallimard, Paris, 2007, 1372 p). Une lecture indispensable pour tout amateur de Jazz.

La photographie de Harlem est l'oeuvre de l'Indéfrisable Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

Harlem par Juan Carlos HERNANDEZ

Harlem par Juan Carlos HERNANDEZ

Partager cet article

Repost 0

Jazz à la Villette. " Under the radar " au Studio de l'Ermitage

Publié le par Guillaume Lagrée

Festival Jazz à la Villette

" Under the radar "

Programme organisé par le label Abalone

Studio de l’Ermitage. Paris

Dimanche 4 septembre 2016. 17h

Trois concerts pour le prix d’un !

I Correspondances

François Raulin : piano, composition

Stéphane Oliva : piano, composition

Vus depuis le public, François Raulin était à gauche et Stéphane Oliva à droite de la scène, les deux pianos ¼ de queue étant accolés.

A l’évidence, ils commencent par jouer du Martial Solal, plus précisément l’album « Sans tambour ni trompette » (1970, en trio avec Jean-François Jenny Clarke et Gilbert Rovère, contrebasses), un album que Martial Solal (1927) considère aujourd'hui encore comme un sommet de sa carrière discographique. Avis que je partage sans réserve. C’est grave et ludique à la fois, bref c’est du Solal. La salle est pleine, mezzanine incluse. Pour une musique d’avant-garde, un dimanche après-midi à Paris, c’est bien. Comme Solal, les pianistes pratiquent l’art du virage en épingle et des impasses dont ils sortent avec maestria. Les thèmes sont bien reconnaissables même s’ils improvisent aussi. C’était donc « Cher Martial », des variations de François Raulin sur cet album de Martial Solal.

Chaque morceau est une lettre à des gens qu’aiment les deux pianistes. D’où le titre de « Correspondances » qui sert de programme à ce duo. Après Martial Solal, spéciale dédicace à Emma Bovary. Romantique et ethéré.

S’ensuit un duo joyeux et enlevé. « Ligety pursuit » en hommage à Giorgi Ligety.

« Jimmy », hommage à Jimmy Giuffre et Paul Bley par Stéphane Oliva. Jeu à l’économie pour rendre hommage à ces Maîtres du « less is more » (« moins c’est plus » en français). Un peu hanté ma non troppo.

Le duo crée ensuite une danse des voiles envoûtante. Pas mal du tout. Grande maîtrise de la tension et du relâchement. « Blues for Randy Weston », hommage à un géant du piano (2m sous la toise).

« Lettre à Jean-Jacques Avenel ». Cette fois, ce n’est pas d’un pianiste mais d’un contrebassiste dont il s’agit. Bel hommage à un ami. Les pédales scandent le chant des pianos. Ils ont joué, ri, parlé, mangé et bu ensemble. Cela s’entend.

Composition de Stéphane Oliva. Dialogue imaginaire entre ? et ?. Les noms m’ont échappé, je l’avoue.

« Lettre à Henri Dutilleux », basée sur une sonate pour piano d’Henri Dutilleux. L’ennui pèse sur la plaine.

Une sorte de ballade. Manifestement, c’est « Summertime » de Georges Gershwin. C’est encore d’actualité le 4 septembre. Version lente, décomposée. C’est beau. C’était « Lettre à Linda Sharrock » (Stéphane Oliva).

« Noncaro furioso », hommage à un compositeur mexicain qui travaillait sur des rouleaux de piano mécaniques, créant des polyrythmies diaboliquement complexes. En effet, c’est aussi virtuose que démonstratif et ennuyeux.

RAPPEL

« Lennie Bird », hommage simultané à Lennie Tristano et à Charlie Parker pour qui Lennie Tristano écrivit un Requiem. Ca scintille et virevolte joyeusement.

Ce duo a 25 ans d’âge. Il se boit encore très bien.

II. Boreal Bee

Benat Achiary : chant

Sylvain Thevenard: électronique

Christophe Rocher : clarinettes

N’étant pas masochiste, je me suis échappé au bout de 3mn pour aller dîner à l’Echappée. Cuisine thaïe convenable et absence de musique de fond dans la salle. Un repos salutaire après cette agression sonore caractérisée.

III Equal Crossing

Régis Huby : violon ténor, électronique

Bruno Angelini : piano, Fender Rhodes

Marc Ducret : guitare électrique

Michele Rabbia : percussions, électronique

Début tout en douceur avec des frottis de cordes et de percussions ponctués de quelques notes de piano. La musique se détache, éthérée et électrique. C’est bien groupé, cohérent avec 4 individualités fortes. C’est libre et structuré, bref c’est du jazz. Duel percussif entre piano et percussions. Ca devient plus funky avec un dialogue clavier-guitare. Ils ont retrouvé une mélodie grâce au violon. C’est nerveux, tendu. Jeu énergique du batteur aux balais. Il reprend les baguettes. Ca vibre comme de la Soul Music des 70’s avec une folie supplémentaire (Marc Ducret à la guitare, Mesdames et Messieurs). Le clavier pallie à l’absence de basse avec grâce. Le violon électrifié s’y remet aussi alors que le batteur est repassé aux balais. Ca nous emporte. Marc Ducret déchaîné devant sa partition. La lit-il ? Belle apothéose pour conclure le morceau.

Ajout d’une bande son électro. Violon, guitare et clavier attaquent ensemble. Batteur toujours aux balais, puissant, avec quelques percussions en plus. Ca groove, saperlipopette ! Ils arrêtent tout pour faire des bruitages de film fantastique. A la recherche de la mélodie, guitare et violon l’inventent. Le chaos s’organise. Joli tic tac de la batterie. Cet usage des balais sur des morceaux rapides et puissants est vraiment intéressant. Le chaos revient avec des gémissements de la guitare et des grognements du clavier électrique. Le batteur ponctue avec des frottements de baguettes, le violoniste avec du pizzicato. Ambiance île mystérieuse. Le violon vibre maintenant sous l’archet alors que guitare et batterie ponctuent son chant. C’est beau et mystérieux à plaisir. Ca monte en puissance et en volume avec le Fender qui s’ajoute au maelstrom. Le clavier fait des bruitages tout seul maintenant. Retour au piano pour un joli dialogue avec les percussions. Guitare et violon en pizzicato remettent la gomme pour quelques secondes. Ca repart à 4 en puissance. Le piano martelé tient le choc de la guitare électrique. Bel embrasement.

Mon cahier de notes finit ici, ma chronique aussi.

Le morceau final était d’une telle autorité que nous applaudîmes chaleureusement mais ne réclamâmes point de bis.

Tout était dit.

La photographie de Bruno Angelini est l'oeuvre de l'Abominable Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

Bruno Angelini par Juan Carlos HERNANDEZ

Bruno Angelini par Juan Carlos HERNANDEZ

Partager cet article

Repost 0

Matthieu Marthouret Bounce Trio " Contrasts " featuring Serge Lazarévitch

Publié le par Guillaume Lagrée

Matthieu Marthouret

Bounce Trio

" Contrasts "

Avec Serge Lazarévitch

We See Music Records.

Sortie lundi 3 octobre 2016.

Le Bounce Trio est composé de

Matthieu Marthouret: orgue & claviers

Toine Thys: saxophone ténor & clarinette basse

Gautier Garrigue: batterie

Invités

Serge Lazarévitch: guitare électrique

Nicolas Kummert: chant (10)

En concert à Paris:

- le mercredi 23 novembre 2016 au Studio de l'Ermitage.

- le samedi 23 mars 2017 à la Maison de la Radio. Concert diffusé dans l'émission " Jazz sur le vif " sur France Musique.

Lectrices attentives, lecteurs exhaustifs, vous avez déjà remarqué que le jars a souvent jasé des louanges à propos du pianiste et organiste français Matthieu Marthouret.

Voici son dernier album " Contrasts ", contrastes avec ce trio qui augmente jusqu'au quintet, avec des claviers divers et variés ( orgue, synthétiseurs, Moog) selon les envies du chef, des tempos parfois nerveux " Bounce one " (4) parfois calmes " Keepin'it quiet " (5).

Ces artistes ne sont pas hors du monde. Ils rendent hommage aux victimes des attentats parisiens de janvier 2015 (Charlie Hebdo) et de novembre 2015 (Le Bataclan) avec " It should have been a normal day " (2) et " Innocent victims " (10) que chante Nicolas Kummert. Depuis, le Nice Jazz Festival a été annulé suite à la nuit meurtrière du 14 juillet 2016. Le message est toujours d'actualité.

Une reprise de Pink Floyd " Shine on your crazy diamond " (8) qui fait église alors que l'original fait cathédrale.

C'est mon seul bémol concernant l'album " Contrasts " qui brille par ses différents éclairages.

La photographie de Matthieu Marthouret est l'oeuvre de l'Inénarrable Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

Matthieu Marthouret par Juan Carlos HERNANDEZ

Matthieu Marthouret par Juan Carlos HERNANDEZ

Partager cet article

Repost 0

Sélection de concerts de Jazz en Ile de France, en Bretagne et en Occitanie pour septembre 2016

Publié le par Guillaume Lagrée

Eblouissantes lectrices, resplendissants lecteurs, voici ma sélection de droit divin de concerts de Jazz pour le mois de septembre 2016, le mois le plus tendre selon Claude Nougaro.

Pour finir l'été en beauté, 4 festivals de Jazz:

- à Paris, Jazz à la Villette du mardi 30 août au dimanche 11 septembre avec ses Stars, ses films, ses activités pour les enfants. Une orgie de Jazz s'offre à vous.

Pour vous en remettre, filez vous mettre au vert et au bord de l'eau douce

- à Hédé-Bazouges, Ille et Vilaine, Bretagne, France, au festival Jazz aux Ecluses, le samedi 17 et le dimanche 18 septembre.

Puis piquez plein Sud pour aller

- à Nîmes, Gard, Occitanie, France, au Nîmes Métropole Jazz Festival du vendredi 23 septembre au samedi 22 octobre.

Du Sud au Nord, remontez dans l'Essonne en Ile de France pour le festival itinérant

Au Sud du Nord, du vendredi 23 septembre au dimanche 9 octobre avec Patrice Caratini " Short Songs " et Médéric Collignon " Jus de Bocse " maintes fois célébrés sur ce blog.

Jeudi 29 septembre, rue des Lombards, dans le Ier arrondissement de Paris, à partir de 19h30, soirée " From Quebec to Luxemburg " ( Du Québec au Luxembourg en français). Le principe est simple: vous payez une entrée dans un des 3 clubs participants (Duc des Lombards, Baiser Salé, Sunset-Sunside) et vous pouvez écouter et voir 6 concerts différents dans les 3 clubs. Avec des Jazzmen québecois et luxembourgeois comme le titre l'indique.

Septembre c'est la rentrée des écoles et des clubs de Jazz à Paris.

New Morning

- Mardi 27 à 20h: Programme Jazz Succession qui fait honneur à la jeune garde du Jazz français en invitant le PJ5 du guitariste Paul Jarret, quintette maintes fois louangé sur ce blog, quel s'ajoute le saxophoniste alto Olivier Bogé.

- Mercredi 28 à 20h30: Dave Liebman New Light Quartet en hommage à Elvin Jones. Si vous ne connaissez pas Dave Liebman et Elvin Jones, le Nouveau dictionnaire du Jazz vous attend.

Duc des Lombards

- Mercredi 14 et jeudi 15 à 19h30 et 21h30: Christian Muthspiel (trombone) Quartet avec Steve Swallow (basse). Elegant, forcément élégant.

- Jeudi 22, vendredi 23 et samedi 24 à 19h30 et 21h30: Harold Mabern Trio. Le pianiste préféré de Wes Montgomery vaut toujours le déplacement.

- Mercredi 28 à 19h30 et 21h30: Florian Pellisier 5tet pour l'album " Cap de Bonne Espérance

L'Atelier du plateau

- Samedi 24 à 20h: Flute fever Orchestra de Michel Edelin avec Michel Edelin, Ludivine Issembourg et Sylvaine Hélary (flûtes, voix), Peter Giron (contrebasse, voix) et John Betsch (batterie, voix). Flûte,alors!

Sunset-Sunside

Du lundi 5 au mercredi 7 septembre, à partir de 19h30, Trophées du Sunside: 3 concerts gratuits chaque soir pour découvrir la jeune garde du Jazz français. Je fus membre du jury en 2012. Je ne le suis plus depuis ce qui est un gage d'honnêteté.

Jeudi 8 à 19h30: Edouard Ferlet (piano) crée à partir de Johann Sebastian Bach.

Vendredi 9 et samedi 10 à 21h30: Manuel Rocheman Trio. Le seul disciple reconnu de Martial Solal. Piano forte.

Vendredi 30 à 19h30: trio LBBL (Le Billan - Banville - Loigerot). Découverte.

Studio de l'Ermitage

Dimanche 4 à 16h30: dans le cadre du festival Jazz à la Villette, Régis Huby 4tet suivi du duo de pianos Stéphane Oliva - François Raulin. En finesse.

Mercredi 28 à 20h30: Lalo Zanelli & Ombu pour la sortie de leur nouvel album " Immigrantes ". Un sujet d'actualité pour une musique qui mêle tango, jazz et pop.

Le Réservoir

Jeudi 8 à 20h: le trio du pianiste azerbaidjanais Etibar Asadli. A découvrir.

Théatre du Marais

Dimanche 18 et 25 septembre à 19h la harpiste Isabelle Olivier nous emmène en voyage en solo, duo, trio et plus si affinités sur les pas du " Baron perché " d'Italo Calvino (Il Barone rampante, in italiano), roman qui émerveilla mes 15 ans, avec son spectacle " Don't worry, be harpy ".

Le Triton (Les Lilas, métro mairie des Lilas)

Vendredi 23 à 20h: Benjamin Moussay a quarte blanche en piano solo

Samedi 24 à 20h: le trio Monniot/Vaillant/Chevillon invite Marc Ducret (guitare électrique). Ca ne jouera pas petit bras.

Vendredi 30 à 20h : Philippe Macé " New folk songs " avec Philippe Macé (vibraphone), Stéphane Kerecki (contrebasse), Thomas Savy (clarinettes) et Elise Caron (chant). La voix est libre.

La photographie d'Antoine Banville est l'oeuvre de l'Impavide Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

Antoine Banville par Juan Carlos HERNANDEZ

Antoine Banville par Juan Carlos HERNANDEZ

Partager cet article

Repost 0

Alain Jean Marie Biguine Reflections Trio Pianissimo au Sunside

Publié le par Guillaume Lagrée

Festival Pianissimo

Sunside. Paris, Ile de France, France.

Mardi 23 août 2016.21h.

Alain Jean-Marie « Biguine reflections trio »

Alain Jean-Marie : piano

Eric Vinceno : guitare basse électrique

Jean-Claude Montredon : batterie

Lectrices métisses, lecteurs créoles, je vous prie de bien vouloir excuser mes fautes en créole des Antilles françaises. Je ne parle pas cette langue.

Alain Jean-Marie explique la musique qui va nous être jouée : « Reflets de biguine sur la musique de Jazz et reflets de Jazz sur la biguine. Des réflexions du Jazz sur la biguine, de la biguine sur le Jazz, De toute façon, ce sera de la musique ». Comme disait Jean Cocteau, premier président de l’Académie du Jazz : « Les miroirs feraient bien de réfléchir avant de nous renvoyer notre image ».

Petit solo de piano Jazz pour introduire le débat. La musique est ancrée par la basse, propulsée par la batterie et aérée par le piano. Même sur un air dansant plane cette douce nostalgie propre à Alain Jean-Marie. C’était « Sérénade » (Alain Jean-Marie). Sérénade créole ce soir.

« Jean-Claude » composition d’Alain Jean-Marie en hommage à son batteur Jean-Claude Montredon. Ca tourne, nom de Zeus ! La batterie jouée aux baguettes sonne comme un tambour joué à mains nues. Il joue des boucles rythmiques propres aux musiques noires et en même temps, avec la liberté, la variété du Jazz, musique métisse.

« Notre musique est tirée du patrimoine populaire antillais mais à notre façon de jazzmen » (Alain Jean-Marie).

« Déception »(André Valbert). C’est l’histoire d’un jeune Antillais qui ne trouve pas l’âme sœur au pays, va la chercher dans l’Hexagone mais ne la trouve pas non plus. De retour au pays, il chante sa déception. Cette déception se danse de façon lente mais bien rythmée. Avec cette belle biguine, j’espère que ce jeune homme a pu trouver sa bien aimée.

« Koi fé » (Robert Mavounzy). Cela signifie « Que t’a-t-elle fait pour te mettre dans cet état ? ». Ca balance sérieusement, de quoi évacuer le chagrin d’amour. Ces trois vieux messieurs aux blancs cheveux envoient terrible. Le dialogue se fait entre piano et batterie, la basse assurant le lien. C’est son travail et elle le fait bien. Pas de solo. Le pianiste est le leader mais chacun a sa part du gâteau.

En Martinique, la mazurka, originaire de Pologne, est très populaire . C’est une musique à 3 temps comme la valse et le Jazz alors que la biguine est à 2 temps comme les marches militaires et le rock’n roll. Une mazurka d’Eric Vinceno « Drive » (à prononcer à la française) qui exprime la dérive des gens qui ne font rien. Intro en piano solo. Toujours le toucher. Gros son de basse. Ca nous emmène.

Arrangement de Jean-Claude Montredon sur « Retour au pays » (Eugène Delouche), une biguine des années 40. Là, c’est du deux temps. Solo de batterie tranquille mais percussif. Au fond de la salle, des mains battent la mesure. Ce son là vient d’Afrique via les Antilles. Jean-Claude Montredon sait jouer vite et doucement ce qui est le plus difficile pour un batteur.

Nous sortons des Antilles françaises pour aller aux Antilles anglaises voisines, plus précisément à Sainte Lucie pour une calypso « I need a man but I don’t want no good looking man ». En effet, le rythme est différent, c’est celui de la calypso. Le balancement est plus pesant mais ça marche aussi.

« Papa moin cou » (Ne me bats pas). Une biguine en hommage aux femmes battues. La biguine est un journal musical de la vie économique et sociale. Comme le rap. De l’art de chanter joyeusement des choses tristes, comme le Jazz. Ca sonne funky avec la basse qui slappe.

PAUSE

Le bassiste, seul sur scène, commence à jouer doucement pour faire revenir ses collègues.

Ca reprend tranquillement, avec une conclusion toujours aussi bien amenée « Mi bel jouné » (Alain Jean-Marie)

« Vallée heureuse » (Alain Jean-Marie), un joli coin nommé « Vallée heureuse » près de Fort-de-France (Martinique) devenu aujourd’hui un fast food. Il fallait y être au bon moment. Ce morceau dégage une sensation de bien être avec une touche de nostalgie propre à Alain Jean-Marie.

« Haïti » dédié par Alain Jean-Marie à « un peuple vaillant, qui a subi beaucoup de malchance de la part de malveillants ». Je reconnais immédiatement ce morceau qui m’envoûte dès les premières notes. C’est saisissant de beauté. Une boucle rythmique superbe et du grand piano pour emballer le tout.

« 22 mai zouk », morceau écrit par Alain Jean-Marie pour fêter le 22 mai 1848, date de l’abolition de l’esclavage aux Antilles (en Martinique plus précisément. Le décret de Victor Schoelcher date du 27 avril). L’air est vif comme celui de la liberté.

Batterie et piano s’effacent pour laisser place à la basse. Solo subtil aux cordes frottées. Silence dans la salle. Par la porte ouverte nous parvient la rumeur de la terrasse. Exercice de concentration pour un public attentif. Nous sommes un mardi soir fin août à Paris et la salle est quasiment pleine. C’est rassurant.

Le trio repart groupé sur la précédente boucle. La musique couvre la rumeur. Ma voisine de gauche danse sur sa chaise. Ma voisine de droite est plus sage mais enthousiasmée par le batteur. Le trio progresse vers la transe avec les tambours qui roulent sous les baguettes comme sous des mains nues. Le public bat la mesure pour les encourager. Le jeu se calme. Alain Jean-Marie sort des tours de magie sonores. Ca bat bien la mesure au fond de la salle.

Ca balance plus fort qu’au 1er set. Le trio est chaud et le public aussi. C’est l’ « AJM Blues » composé par qui vous savez lectrices métisses, lecteurs créoles.

Le trio a maintenu cette tension et cette chaleur jusqu’à la 2e pause mais j’étais trop fatigué pour suivre le 3e set. De plus, il y avait école le lendemain.

Splendide concert qui s’est renouvelé non moins splendidement le lendemain, mercredi 24 août, au Sunside, à Paris.

A ce propos, deux témoignages fiables, précis et concordants me permettent d'affirmer que les spectateurs du concert du mercredi 24 août 2016 bénéficièrent d'un supplément de chantilly offert par la maison avec la présence de Luther François, natif de Sainte Lucie, domicilié en Martinique, au saxophone ténor. Un seul regret exprimé par un de ces témoins, pianiste amateur: le batteur ne joue pas de balais. Parfois, avec ses baguettes, il a tendance à couvrir le pianiste. C'est écrit.

Partager cet article

Repost 0

" Finding Fela " un film d'Alex Gibney

Publié le par Guillaume Lagrée

" Finding Fela "

Alex Gibney

Fela Films. 2014

Edité par Films Distribution. 2015.

Film visible sur grand écran, dans une salle de cinéma, au festival de Jazz à la Villette, à Paris, Ile de France, France, le mardi 6 septembre 2016 à 20h au cinéma MK2 Quai de Seine. Projection précédée d'une rencontre avec Seun Kuti (1983), le plus jeune fils de Fela, lui aussi saxophoniste et chanteur.

Lectrices européennes, lecteurs africains, lorsque j'étais étudiant, il y a 25 ans, un condisciple du Congo Brazzaville, Alphée, m'apprit qu'en Afrique Franco n'était pas un dictateur espagnol mais un guitariste et chanteur du Congo Kinshasa et qu'il existait au Nigéria, un saxophoniste ténor, chanteur, leader musical et politique nommé Fela, qui avait écouté John Coltrane et James Brown et mis cela à la sauce africaine. En échange, je fis découvrir à Alphée " Alfie " la seule musique de film composée et jouée par Sonny Rollins et " Tutu " de Miles Davis, un fan de Fela d'ailleurs.

Mutuellement, nous ouvrîmes nos champs d'investigation musicaux.

Alphée m'apprit aussi que même s'il a la peau noire, des ancêtres Africains et se dit Africain-Américain, un Américain reste un Américain. Culturellement, intellectuellement, il n'a rien d'Africain.

Cela se vérifie dans le documentaire d'Alex Gibney sur Fela Anikulapo Kuti (1938-1997).

Aux images d'archives qui narrent la vie, les combats, les dérives et les chants de Fela, s'ajoute une comédie musicale montée à Broadway qui raconte sa vie. Cette pièce est dirigée et jouée par des Noirs Américains mais l'Art ne se crée pas seulement avec de la bonne volonté et des bons sentiments. Ca sonne faux, chiqué. Tout le monde sait en voyant cette pièce que c'est pour de faux comme disent les enfants. Aucun risque n'est pris.

Alors que Fela jouait pour de vrai. A chaque album, presque à chaque chanson, il risquait de partir en prison, d'être torturé par les sbires des généraux nigérians ivres de pouvoir et de pétro dollars. C'est ce que montre le film avec les images d'archives et les témoignages de sa famille (ses fils Seun et Femi Kuti sont eux aussi saxophonistes et chanteurs mais sans la folie démiurgique de leur père).

Fela faisait ce qu'il voulait, quand il voulait, comme il le voulait. La seule femme qu'il respectait vraiment, c'était sa mère, la première femme à conduire une voiture au Nigéria, une militante politique et syndicale, dont la mort le laissa brisé. Avec les autres femmes, Fela jouait au sultan, épousant ses 27 danseuses en même temps, choisissant chaque soir celle qui coucherait avec lui. Il l'a payé de sa vie puisqu'il est mort du SIDA. Là aussi, il fit évoluer les mentalités puisque son frère médecin révéla immédiatement la cause de sa mort ce qui fit évoluer les consciences en Afrique même s'il reste beaucoup à faire (les préservatifs restent trop chers et l'éducation sexuelle quasi inexistante).

L'Afrobeat c'est Fela, le seul leader musical mondial, avec Bob Marley, qui soit issu de ce que les Occidentaux appellent le Tiers-Monde. Bob Marley eut plus de succès car il était beaucoup plus sage, plus consensuel (quoique, essayez de trouver " Burnin and lootin tonight " à la radio ). De plus, quand des producteurs américains voulant lancer la carrière de Fela dans le show business, lui demandèrent pourquoi il s'obstinait à enregistrer des chansons de 30mn, impossibles à passer à la radio, Fela répondit: " Reprochez vous aux concertos de Beethoven de durer une demi heure? Je suis comme Beethoven , un artiste ".

" Zombie " c'est la danse des morts vivants, ces généraux et leurs sbires dont Fela se moque joyeusement car, même mort, sa musique nous fait toujours danser.

" Nous croyions être le groupe le plus funky au monde. Puis nous sommes allés au Shrine à Lagos écouter en concert Fela & Afrika 70. Là nous comprîmes notre erreur. Le groupe, le plus funky au monde, c'était eux ".

(Fred Wesley, tromboniste des JB's, le groupe de James Brown)

Partager cet article

Repost 0

Avichai Ornoy " Sneakin'in "

Publié le par Guillaume Lagrée

Avichai Ornoy

" Sneakin’ in "

Jazz Family

Sortie le vendredi 26 août 2016.

Avichai Ornoy: flûte, flûte alto, saxophone soprano

Gasper Bertoncelj : batterie

Avri Borochov : contrebasse, guitare basse électrique

Roy Mor : piano, Fender Rhodes

Chen Levi : chant sur « Solitude/Freedom Dance » (n°4)

Lectrices irascibles, lecteurs colériques, voici pour vous un nouveau sujet d’énervement, le flûtiste israélien Avichai Ornoy. En plus d’être un flûtiste classique de valeur internationale dirigé par Zubin Mehta, Daniel Barenboïm, Lorin Maazel et Kurt Mazur comme soliste de l’orchestre philarmonique d’Israël, il dirige un orchestre klezmer (Kolsimcha Band) et joue de la musique traditionnelle israélienne avec Yoni Rechter et Shem Tov Levy. Maintenant, il s’attaque aussi au Jazz et au saxophone soprano. Si les complotristes sévissaient aussi en musique, ils auraient déjà dénoncé le lobby Avichai Ornoy. Le plus agaçant dans tout cela, c’est que, même en Jazz, il assure.

Ecoutez le jouer « First rain » (n°5) et vous entendrez cette première pluie de printemps, si féconde.

Il prend un standard rabâché tel que « You and the night and the music » (n°6) et il le rafraîchit à grands coups de flûte comme du blanc frais sur un mur vieilli.

Il est aussi capable de suggérer une douce inquiétude, toujours à la flûte, avec « Bipolar » (n°7) qui n’a rien à voir avec celle de Seu Jorge.

Il sait même jouer funky, sapristi ! " Hopscotch " (n°3).

Bref, lectrices irascibles, lecteurs colériques, vous trouverez bien quelques reproches à faire à Avishai Ornoy comme la mièvrerie finale de son album " Sneakin' in " (« Fin », n°8) mais vous devrez reconnaître sa parfaite maîtrise technique, son swing imparable et son art de nous raconter de belles histoires.

Partager cet article

Repost 0

<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 > >>