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88 résultats pour “Hervé Sellin

Le Blues au piano par Antoine Hervé

Publié le par Guillaume Lagrée

Le Blues au piano

Leçon de Jazz d’Antoine Hervé

 

Mardi 16 mars 2010. 19h30. Auditorium Saint Germain des Prés. Paris.

 

 

 

Antoine Hervé

La photographie d'Antoine Hervé est l'oeuvre du Bluesy Juan Carlos HERNANDEZ.

 

 

Le professeur Hervé nous explique le rôle du piano pneumatique dans l’apprentissage des pianistes de Jazz. Thelonious Sphere Monk a appris le piano en regardant le piano pneumatique. En regardant, en restituant, en se trompant, les musiciens ont créé. Pour jouer le Blues au piano, Antoine Hervé porte un beau chapeau que le mélomane averti retrouve sur certaines de ses pochettes d’albums. En bref, cet homme travaille avec chapeau, pas du chapeau.

 

Au début, la musique est très simple. Démonstration avec un Blues basique et une petite pulsation. La Blue Note  : les degrés 3, 5 et 7 sont abaissés d’un demi ton. C’est une complainte car cela vient de la voix humaine. Effectivement, cela sonne bluesy. «  Pendant longtemps j’ai cherché à jouer les blue notes et je n’y arrivais pas. Et puis je me suis dit que j’étais Blanc, Juif et que je devais jouer ma musique : Gershwin, Kern, Hammerstein, Irving Berlin. J’ai laissé tomber les blue notes » (Lee Konitz).

 

La musique de la Nouvelle Orléans est faite pour danser, jouer dehors. Le Blues est monté en ville, avec la nostalgie du Sud. « Do You know what it means to miss New Orleans  ? ». Certains esthètes raffinés comparent le thème de cette chanson avec la célèbre prière juive " Si je t'oublie, O Jérusalem ". C’est le Blues du campagnard émerveillé par la grande ville, la démarche hésitante du péquenot sur le trottoir goudronné.

 

« Blue Monk » le morceau par lequel Thelonious Sphere Monk introduisait tous ses concerts. Le Blues urbain et extra terrestre de Thelonious Monk (1917 – 1982).

 

Dans les années 1930 apparaît le boogie woogie qui fait valser les fauteuils. Mon premier concert de Jazz,  ce fut du boogie woogie à l’âge de 6 ans, sous la conduite paternelle. Beau souvenir. C'est là que j'ai attapaé le virus du Jazz. Pinetop Smith, auteur de « Pinetop Boogie Woogie ». basée sur la grille du Blues, cette musique vient du rythme des trains (les bogies sur lesquels les vagabonds voyageaient cachés sous les trains). Le piano romantique vient du rythme du cheval (démonstration par Antoine), le boogie woogie du rythme des trains à vapeur (démonstration). Quant au TGV, il  a inspiré un morceau à Eric Le Lann.

 

Dans le boogie woogie, des duels d’improvisation avaient lieu entre musiciens, after hours (Voir le film de Martin Scorsese ou  écouter Dizzy Gillespie avec les deux Sonny, Rollins et Stitt). Les musiciens jouaient jusqu’au bout de la nuit, jusqu’à ce que l’adversaire craque et cesse de jouer. Démonstration du shuffle avec Just a gigolo.

 

Après la démonstration, Antoine joue sur du velours avec « Learning the Blues ». A ma montre, il est 20h10, au feeling, il est 3h10 du matin. Petite citation de « Smoke gets into your eyes » (Cole Porter), la chanson préférée d’Eva Braun.

 

Meade Lux Lewis et ses tremolos d’accords, un Maître du Boogie Woogie. Démonstration par l’exemple de trémolos, pas mollos. Le Chicago breakdown de Big Maceo. La main gauche est lourde et rapide à la fois. Menphis Slim, pianiste et chanteur, pilier des clubs de Jazz parisiens des années 1950 aux années 1980.

 

La pulsation peut être binaire ou ternaire. Style Fast and Furious dont le nom révèle l’essence.

 

Autre genre, le style lazy de La Nouvelle Orléans et le « Blueberry Hill » de Fats Domino qui a fait le tour du monde.

 

Le Blues peut avoir un rythme latin. 3 notes dans une mesure. 2 longues puis une courte. Démonstration de habanera avec Bizet « L’amour est enfant de Bohême » dans « Carmen ». Petit à petit, en accélérant le rythme, Antoine Hervé traverse l’Atlantique pour arriver de l’Espagne à l’Amérique.

 

Le Blues peut aussi se jouer en binaire. Comme le chantait Muddy Waters : «  The Blues had a baby and they named it Rock’n roll ». A la main droite, les appoggiatures comme on dit rue de Madrid (Paris, 8e arrondissement, siège du Conservatoire supérieur de Paris, conservatoire national de région pour l’Ile de France), la rue où vous pouvez entendre répéter des clarinettistes à 8h30 le matin. Dans le chant classique européen, le chanteur doit sonner comme un instrument, le plus propre et le plus net possible. Au contraire, dans le Jazz, ce sont les instrumentistes qui doivent sonner comme les chanteurs qui eux imitent des bombardiers, des mitraillettes, des loups, des camions, des locomotives, des chevaux…

 

Autre école, le trumpet piano style d’Earl Hines, ancien trompettiste qui fut le meilleur pianiste de Louis Armstrong, transposant au piano les innovations de Louis à la trompette. Les trémolos d’Eral Hines imitent la trompette, l’harmonica. Earl « Father » Hines, le père des pianistes de Jazz.

 

Antoine Hervé ne tient pas parole. Il chante. Toutefois il ne pleut pas dans la salle. Dans le cadre des 12 mesures, les accords de passage passent très bien. Les doigts sont écartés au maximum pour couvrir une palette plus large sur le clavier. Démonstration de walking bass : la basse marche, même au piano. Des pianistes comme Count Basie, Duke Ellington ont emprunté des solutions harmoniques à Debussy, Satie, Ravel, Stravinsky.

 

Exemple de Blues en mode mineur avec Expressions de John Coltrane. Puis d’un Blues à 6 temps avec Footprints de Wayne Shorter. John Coltrane est allé vers l’Afrique, le modal avec un son énorme. Antoine Hervé nous imite Mac Coy Tyner le pianiste de John Coltrane. En ré majeur, c’est un Blues classique. En ré mineur, c’est un Blues à la Mac Coy Tyner.

 

Un autre Blues en mode mineur, rapide, « Steps » de Chick Corea (album « Now he sings, now he sobs » avec Miroslav Vitous et Roy Haynes. Attention, chef d’œuvre !).

 

« Rambling » d’Ornette Coleman, un Blues inspiré par la Nouvelle Orléans.

 

Après ce panorama de l’influence du Blues sur le Jazz, le Professeur Hervé aborde celle du Blues sur le Rock’n roll. 

 

Muddy Waters, Howlin’ Wolf, Chuck Berry, autant d’influences majeures pour les rockers anglais des 60’s. Les Rolling Stones firent passer Howlin Wolf et Muddy Waters à la télévision américaine, les sortant des studios de Chess Records où ils les avaient trouvé employés à repeindre les murs. « Si vous deviez donner un autre nom au Rock’n Roll, vous devriez l’appeler le Chuck Berry « (John Lennon). «  Je me demandais pourquoi Chuck Berry parlait toujours de son putain de pognon et jamais de sa putain de guitare. La première fois que j’ai joué sur scène avec lui, j’ai compris pourquoi il ne parlait jamais de sa putain de guitare »  (Keith Richards). « Seuls ces crétins de Blancs Américains croient qu’Elvis Presley est le Roi du Rock’n Roll. Le reste du monde sait que c’est Chuck Berry »  (Miles Davis). Exemples de Blues des Rolling Stones avec « Love in vain » et « Back street girl ».

 

Le Blues est devenu classique. Il est imité, joué. Chez Baudelaire, c’est le spleen. Le bleu est la plus profonde des couleurs. En breton, glaz signifie à la fois bleu et vert car la Mer passe sans cesse de l’un à l’autre.

 

En rappel, « Satisfaction » des Rolling Stones. Jolie improvisation dans l’esprit du Blues traditionnel sur un standard du Rock’n roll. Le public, lui, est satisfait.

 

Un regret tout de même: le professeur Hervé n'a pas évoqué le plus flamboyant des pianistes de la Nouvelle Orléans, Mr Jelly Roll Morton bien connu des lecteurs de Jazz et Erotisme.

 

Voici les dates et les thèmes des prochaines leçons de Jazz à l’Auditorium Saint Germain des Prés, toujours à 19h30 :

Jeudi 1er avril « Richard Clayderman et le complexe du chandelier » (Richard Clayderman est un Premier prix du Conservatoire de Paris comme Michel Legrand et Jean Luc Ponty. Respect.). Je ne serai pas à Paris ce soir là.

Lundi 28 juin : « Les rythmes africains » avec Mokhtar Samba, batteur et percussionniste sénégalais. Je veillerai à y être.

 

 


 

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Leçon de Jazz d'Antoine Hervé: le trombone dans le Jazz

Publié le par Guillaume Lagrée

 

 

 

 

Leçon de Jazz d’Antoine Hervé.

Paris. Auditorium Saint Germain des Prés.

Lundi 20 juin 2011. 19h30.

 

Glenn Ferris

 

 

La photographie de Glenn Ferris est l'oeuvre du Cuivré Juan Carlos HERNANDEZ.

 

Antoine Hervé : piano, scat, enseignement

 Glenn Ferris : trombone à coulisse, enseignement

 

Il s’agit ce soir de rendre gloire aux trombonistes qui se font voler la vedette par les saxophonistes et les trompettistes. Toutes les erreurs techniques dans les propos qui suivent est de mon fait et ne peuvent engager la responsabilité des professeurs Antoine Hervé et Glenn Ferris.

 

« Blues for ever » (Glenn Ferris). C’est un Blues lent. Le trombone grommelle. Toujours cette proximité de l’instrument avec la voix humaine propre au Jazz. Ca progresse tranquillement comme un gars qui marcherait en roulant des épaules mais sans vulgarité, comme Jean Paul Belmondo.

 

Les trombonistes sont des héros. Ils sont toujours là discrets mais indispensables, méconnus par rapport aux trompettistes et aux saxophonistes.

 

L’instrument fut créé vers 1450 sous le nom de sacqueboute (i.e tire et pousse). C’est un instrument à vent de la famille des aérophones. Le mot vient de l’italien : tromba (trompette) et le suffixe augmentatif one. Il est écrit en ut. Plus la coulisse descend, plus la longueur du tube augmente, plus le son est grave. Le grave, c’est le son de l’Enfer dans la musique de la Renaissance.

 

Justement le Jazz est une musique diabolique né dans des lieux où l’on pèche mortellement comme les maisons closes. A la Nouvelle Orléans naquit le tail gate style. Les trombonistes donnaient de grands coups de coulisse (leur fameux coup de ut !) à l’arrière des remorques dans les orchestres ambulants pour attirer les clients.

 

Kid Ory était le Roi du trombone à la Nouvelle Orléans. Créole, comme Jelly Roll Morton, l’inventeur du Jazz, il dirigeait le Kid Ory’s Creole Jazz Band. Il a joué avec Louis Armstrong dans les Hot Five et les Hot Seven. Jack Teagarden, un Blanc, a joué lui aussi avec Louis Armstrong, Bix Beiderbecke, Benny Goodman. Lawrence Brown, un Noir, joua du trombone dans l’orchestre de Duke Ellington pendant 40 ans. Il fut le héros d’enfance de Glenn Ferris.

 

«  Bourbon Street Parade » un standard du New Orleans. Ca swingue, ça sautille joyeusement. Une vraie invitation à la fête, à la danse. Le trombone peut aussi faire la basse, la percussion. Il peut aussi par ses glissando suggérer l’homme ivre, le danseur chancelant. Dans l’orchestre, il fait le lien entre les vents et les basses.

 

«  Saint James Infirmary », un Blues traditionnel. C’est l’histoire d’un mec. Il va à l’hôpital et il reconnaît sa chérie parmi les cadavres. C’est vous dire si c’est gai. En l’occurrence, c’est bien joué.

 

Dans les années 1920 naît à New York le style Jungle. C’est une époque d’immense créativité musicale (Louis Armstrong, Sidney Bechet, Duke Ellington, Jimmie Lunceford…).

 

Nouvelle version de « Saint James Infirmary » dans le style de Jo «  Tricky » Sam Nanton, tromboniste de l’orchestre de Duke Ellington, un des inventeurs du Jungle Style. Glenn Ferris a pris la ventouse et sort le gros son, les grognements.

 

Le trombone a une perce cylindrique. Cela signifie que le diamètre du tuyau est le même du début à la fin sauf le pavillon qui influe peu sur le son.. Le son du trombone est dur, sec. Glenn Ferris, lui, a un son aéré.

 

«  When the night turns into day » (Glenn Ferris). Ballade pour saluer l’aurore. Beaucoup de soufflé, de suave dans le jeu du trombone. Le professeur Hervé prend aussi un beau solo scintillant.

 

On ne fait pas n’importe quoi avec la coulisse lectrices curieuses, lecteurs avides de savoir. Il existe 7 positions qui correspondent au schéma des harmoniques. Démonstration de notes variant avec les lèvres sans bouger la coulisse. Glenn nous montre les doigts (triggers) de son trombone qui lui permettent de régler l’ouverture du tuyau sans jouer sur la coulisse. Démonstration sur « Samba de una nota so » avec les lèvres puis avec la coulisse. Ce n’est pas le même effort.

 

« Stompin at the Savoy » grand standard des années 30 (orchestre de Count Basie). Joué relax. Ca swingue.

Glenn Ferris est un bon complice. Il nous montre tout. L’embouchure par exemple. Plus on va vers l’aigu du trombone, plus l’effort musculaire est grand, plus ça fait mal aux lèvres. Louis Armstrong avait un mouchoir sur scène pour essuyer le sang à ses lèvres. Glenn nous démontre le vibrato avec la coulisse, avec les lèvres. Nouvelle démonstration en ajoutant de l’air.

« Cotton Tail » (Duke Ellington) que Glenn Ferris a joué sous la direction d’Antoine Hervé dans l’Orchestre National de Jazz de 1987 à 1989. Sympa d’entendre en duo ce morceau pour big band. Ca swingue joyeusement.

Juan Tizol, tromboniste porto ricain, apporta à l’orchestre de Duke Ellington un de ses thèmes fétiches « Caravan ». Il est aussi l’auteur de « Perdido » que Charlie Parker affectionnait (écoutez sa version avec Dizzy Gillespie, Bud Powell, Charles Mingus, Max Roach dans « The Quintet. Live at Massey Hall »). Antoine Hervé joue Perdido. Glenn Ferris joue un thème de Charlie Parker. Glenn met une sourdine fermée. Les deux thèmes se croisent, se superposent. Ca colle même si ça demande de l’attention à l’auditeur. Foin de la facilité, que diantre !

 

S’ensuit « Confirmation » (Charlie Parker), un classique du Be Bop. Evidemment, c’est joué moins vite que par Bird mais le feeling est bon.

 

Bob Brookmeyer, tromboniste, pianiste, compositeur, arrangeur, chef d’orchestre né à Kansas City en 1929 joue et enseigne toujours à New York. Il joue aussi du trombone à pistons qui permet de jouer plus vite, plus précis. Le gars qui joue du trombone aux côtés de Jim Hall (guitare électrique) et Jimmy Giuffre (clarinette) pour la scène d’ouverture du film Jazz on a summer's day sur le Newport Jazz Festival de 1958, c’est lui.

 

« Milestones » (Miles Davis) joué en hommage à Kai Winding, tromboniste qui jouait sur l’album « Birth of the cool » (1949) de Miles Davis. Ca sonne bien au trombone.

Avec le Be Bop, les trombonistes ont dû trouver des trucs pour jouer plus vite, plus articulé, plus précis. Glenn Ferris en profite pour nous montrer le jeu « against the grain » (à contre courant).

 

« Nostalgia in Times Square » (Charles Mingus). C’est une musique de chat de gouttière. Glenn reprend la ventouse pour moduler le son sur le pavillon. Il joue maintenant ouvert. C’est vraiment un Maître de l’instrument. Il y met toute l’expression nécessaire pour du Mingus. Il reprend le débouche évier pour un son plus feutré, plus grommeleur. Quelle version, nom de Zeus !

 

Slide Hampton, autre tromboniste, né en 1932, grand ami de Dizzy Gillespie. Glenn Ferris est né à Hollywood, Californie en 1950 et a beaucoup joué avec les Latinos à Los Angeles.

« Manteca » (Dizzy Gillespie), un classique de la Salsa. Le trombone fait des percussions. Le piano sonne comme des timbales.

 

Les multiphoniques consistent à jouer plusieurs notes à la fois au trombone en utilisant la voix. C’était une spécialité du tromboniste allemand Albert Mangelsdorff. Glenn reconnaît qu’il ne sait pas bien le faire mais sa démonstration est tout de même parlante.

 

« Fairy’s groove (You dig ?) » (Glenn Ferris). Morceau compose de 3 grooves différents. Le professeur Hervé lance un scat, Glenn groove dessus. Puis le piano démarre. Ca donne envie de bouger son corps sans effort. Je reconnais des sons que Glenn produisait en 1993 dans le merveilleux album d’Henri Texier « An Indian’s Week ». Il change de groove, passant à un tempo reggae. Au final, j’ai loupé un des trois grooves du morceau. Ma note va baisser, je le crains.

 

RAPPEL

 

Un hommage à Jay Jay Johnson immense tromboniste auquel le titre de ce blog fait allusion. « Lament » (JJJ).  Un Blues lent, une ballade jouée avec beaucoup de souffle dans le trombone. Une lamentation douce qui ne pleure pas mais qui vous berce doucement. Cf extrait audio au dessus de cet article.

 

Après un tonnerre d’applaudissements, Glenn Ferris remercie Antoine Hervé pour le service rendu à la cause des trombonistes. Merci à eux pour cette splendide prestation. Rendez vous à l’automne pour une nouvelle saison de Leçons de  Jazz d’Antoine Hervé à l’Auditorium Saint Germain des Prés.

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Leçon de Jazz d'Antoine Hervé: les deux quintettes historiques de Miles Davis

Publié le par Guillaume Lagrée

 

 

 

Leçon de Jazz d’Antoine Hervé. « Les deux quintettes historiques de Miles Davis »

Paris. Auditorium Saint Germain des Prés. Lundi 11 avril 2011. 19h30.

 

La photographie d'Antoine Hervé est l'oeuvre du Resplendissant Juan Carlos HERNANDEZ.

Antoine Hervé

Antoine Hervé : piano, explications

Michel Benita : contrebasse

Philippe Garcia : batterie

Eric Le Lann : trompette

Stéphane Guillaume : saxophones alto, ténor

 

Je transcris ici les propos du Professeur Antoine Hervé tel que je les ai notés et compris. Toutes les éventuelles erreurs techniques sont évidemment miennes.

 

Le Miles des années 50 avec Le Lann, ça le fait. Il ne copie pas, il joue le thème à sa manière. Ca swingue dur ! Stéphane Guillaume est à l’alto dans le rôle de Julian « Cannonball » Adderley. Lui aussi, il donne. La rythmique swingue dur et bluesy comme l’aimait Miles Davis. Retour au thème groupé. Petits échanges saxo/trompette ponctués par le batteur. Back to the 50’s ! C’était « Solar ». Ajoutez y un « » et vous obtenez MC Solaar, célèbre fan de Miles Davis.

 

Miles Davis était le fils d’un chirurgien dentiste. Eric Le Lann aussi. Miles était beau gosse comme son rival Chet Baker. Miles jouait très droit parce que son professeur Elwood Buchanan lui avait dit de ne pas imiter Rex Stewart : «  Pas de vibrato, Miles ! Tu vibreras quand tu seras vieux ». Miles est mort à 65 ans en 1991 et il n’a jamais joué en vibrato.

 

Miles a commencé par le Be Bop avec Charlie Parker. C’était un militant de la cause noire. Premier concert à Paris en 1949. Il rencontre Boris VianJean-Paul Sartre et noue une liaison avec Juliette Gréco. Elle avait sa carrière à Paris, il avait sa carrière à New York. Cet amour impossible se résolut en une amitié qui dura toute la vie de Miles.

 

Pour Miles, une nuit à jouer au Minton’s (le club où naquit le Be Bop) valait une année de formation à la Julliard School of Music. En 1948 il lança le cool avec John LewisGil EvansLee KonitzGerry Mulligan (album « Birth of the cool »). Dans les années 1950, naissance du Hard Bop avec Art Blakey et les Jazz Messengers. Miles y participe aussi.

 

Enfin, de 1955 à 1961, John Coltrane joua avec Miles Davis (sauf en 1957 où chassé de l’orchestre pour cause d’addiction aux drogues dures, John alla se ressourcer chez le Prophète Thelonious Sphere Monk).

 

Le groupe joue « Milestones », un morceau qui marque les débuts du Jazz modal. Le batteur n’a pas la souplesse, l’élégance de « Phillly » Joe Jones et de ses fameux « Philly licks ». Stéphane reste à l’alto. Solo bref et dense d’Eric dans l’esprit de Miles.

 

1959 : naissance d’Antoine Hervé. Sortie de l’album « Kind of Blue » de Miles Davis chef d’œuvre reconnu par la critique et par le public. Antoine nous explique le Jazz modal. Démonstration de gamme occidentale classique puis de gamme Blues. DebussyRavelStravinky ont fait du modal. Ca se faisait aussi dans le Jazz West Coast. En sol, sur les notes blanches du piano, cela donne « All Blues ». Stéphane continue à l’alto. Eric a mis la sourdine Harmon surnommée la sourdine Miles tant ce son lui est attaché. Les notes, le temps s’étirent. Comme me l’a dit un ami à qui j’ai fait découvrir cet album : « La première fois que j’ai entendu Kind of Blue, j’ai eu envie d’écrire mes mémoires de privé ». Cette musique est noire comme la nuit, le polar, la peau des musiciens sauf le pianiste, Bill Evans. A des musiciens noirs qui lui reprochaient d’avoir engagé un pianiste blanc, Miles Davis répondit : « Je me fiche que Bill Evans soit blanc, noir, jaune ou vert à pois bleus. C’est le meilleur. »  Solo de trompette sans sourdine. Ca sonne. Le Lann est vraiment chez lui dans cette musique. La batterie est la pointe de la toupie. Autour, tout tourne. Eric remet la sourdine. Le groupe reprend le thème. L’album est un chef d’œuvre mais, là, je dois reconnaître que c’est vraiment bien joué. « Ce disque a été composé au Paradis » a dit Jimmy Cobb, le batteur de la séance.

 

Un jour de 1959, Dizzy Gillespie, demanda à Miles de lui offrir un exemplaire de « Kind of Blue ». Miles lui répondit : « Mais Dizzy, tu n’en as pas reçu un de la maison de disques ? » «  Si Miles mais je l’ai tellement écouté qu’il est déjà usé. »

 

« So What » basé sur un dialogue entre un prêcheur et une assemblée, comme dans la musique africaine et le Gospel. « So What ? » que l’on peut traduire par « Et puis ? » , « Et quoi ? », « Et alors ? » était une des expressions favorites de Miles Davis. Morceau basé sur le ré, en mode mineur. Lancé par un gros son de contrebasse. Groupe bien soudé. Le prêcheur, c’est la contrebasse. L’assemblée c’est le reste du groupe. Stéphane reste au sax alto. Beau solo d’Eric. La rythmique tourne. Le batteur est toujours le point fixe.

 

« Pourquoi jouer beaucoup de notes quand il suffit de jouer les plus belles ? ». «  Ce qui compte en musique, ce ne sont pas les notes, ce sont les silences entre les notes ». Miles Davis. Eric Le Lann explique le son, la technique de Miles. Miles a choisi une embouchure conique, longue, au diamètre serré montée sur une trompette très ouverte. Il a choisi de travailler le son en jouant peu de notes. Miles était un peintre qui travaillait la couleur. Il a d’ailleurs peint à la fin de sa  vie. Il était aussi surnommé « le Picasso du Jazz ».

 

Toujours extrait de « Kind of Blue », album inépuisable, « Blue in green ». Morceau basé sur la sequence 1, 3, 5, 9, 11, 13. Mi avec sol mineur. Le professeur Hervé nous explique la difference musicale entre Debussy et Miles. Miles écrivit l’ébauche de ce thème et Bill Evans le finit. Eric reprend la trompette bouchée. D’abord perçant puis voilé, brumeux. Il enlève la sourdine. L’obscurité prend d’autres teintes. Un Blues en vert et contre tous. Stéphane passe au saxophone ténor avec un gros son profond mais haut dans le registre de l’instrument. Retour à la trompette bouchée pour le final en quintette. Superbe.

 

Le professeur Hervé aborde maintenant le second quintette historique de Miles (1963 – 1968) avec Herbie Hancock(piano), Ron Carter(contrebasse), Tony Williams (batterie) et Wayne Shorter (saxophone ténor) qui ne rejoint le groupe qu’en 1964 mais ne le quitta qu’en 1970.

 

Premier album en 1963 : « Seven steps to heaven » avec George Coleman au saxophone ténor. Les petits jeunes de la rythmique sortaient le soir sans Miles. Un jour, Miles se fâcha et voulut sortir avec eux. Ils l’emmenèrent écouter la pianiste et chanteuse Shirley Horn. Miles resta fasciné. Son dernier enregistrement en sideman fut d’ailleurs sur un album de Shirley Horn (« You won’t forget me » en 1990). Après George Coleman, trop classique pour la rythmique (écoutez tout de même le « Live in Europe » enregistré au Festival d’Antibes-Juan-les-Pins) puis Sam Rivers, trop free pour Miles (album « Live in Tokyo »), Miles recruta Wayne Shorter que John Coltrane lui recommandait déjà comme successeur en 1960.

 

Ce quintette de Miles est le plus extraordinaire groupe du Jazz moderne pour Antoine Hervé. J’approuve. Cette musique est tenue entre la structure et l’improvisation, le classicisme et la liberté.

 

« Four » la version jouée en 1964 avec George Coleman. Remplacé ce soir par Stéphane Guillaume. On arrive ici aux limites du hard bop. Comme Miles, Eric s’éclipse de la scène pendant le solo de sax, de piano et revient pour conclure. Antoine Hervé joue à la Herbie Hancock, allegro virtuoso. Beau solo de contrebasse puissant, profond à la Ron Carter. « C’est grâce à ce son là que Ron Carter est payé un zillion de dollars » comme dit le batteur Ed Thigpen.

 

En décembre 1965, Miles Davis joue avec son quintette au Plugged Nickel à Chicago. C’est enregistré et disponible dans le commerce pour votre plus grand plaisir lectrices raffinées, lecteurs sélectifs. Parmi les standards joués figure « My Funny Valentine ». Chet Baker lui-même reconnaissait que Miles Davis jouait mieux ce morceau que lui. Duo piano/trompette. Eric est dedans. Antoine brode élégamment comme le fait Herbie. La rythmique s’ajoute doucement. La trompette griffe. Ce superbe solo n’est pas applaudi. Le groupe a installé le silence, l’attention. La rythmique balance, caresse, gifle. Ca chante. C’est ce qu’il faut.

 

Retour aux explications techniques. Dans les années 60, les accords de quarte sont à la mode notamment avec Mac Coy Tyner le pianiste de John Coltrane. On invente des superpositions d’accords à base de quartes. Miles compose « ESP » (Extra Sensorial Perception), titre album. ESP fut d’ailleurs le nom d’un label de Free Jazz, genre musical que Miles Davis détestait mais qu’il avait intégré avec Tony Williams et, par certains aspects, Wayne Shorter. Version vitaminée d’ESP. Stéphane Guillaume au sax ténor joue à la Shorter. Nous sommes pris dans le maelström de l’étrange.

 

« Nefertiti » inverse les rôles habituels du Jazz. Les cuivres jouent le thème en boucle. La contrebasse et le piano marquent le tempo. Le batteur s’éclate. Cela se passe comme annoncé. Si vous ne sentez pas ce que je veux dire, écoutez Nefertiti, sapristi ! Plainte répétitive de la trompette et du sax ténor marqué par le piano et la contrebasse. Le batteur, lui, se lâche. Morceau toujours aussi étrange, quarante-cinq ans après son enregistrement. Pas mal du tout.

 

Miles Davis savait s’entourer des meilleurs musiciens et les mettre en scène. C’était un Sorcier.

 

« Sorcerer » titre d’un album qui est resté comme surnom à Miles. Comme « Prince of darkness » tiré du même album. Le Lann a vraiment le son, la couleur qu’il faut pour jouer cette musique.

 

Fin de cette leçon de Jazz. Prochaine leçon à Paris, à l’Auditorium Saint Germain des Prés, le lundi 20 juin à 19h30 avec Glenn Ferris, tromboniste, pour raconter l’histoire du trombone dans le Jazz. Le titre de ce blog étant un hommage à un Géant du trombone, Jay Jay Johnson, j’y serai. Pour ceux qui ne veulent ou ne peuvent venir à Paris, la Leçon de Jazz d'Antoine Hervé est aussi donnée en province et Outre Mer. Si vous ne sortez plus de chez vous, elle se trouve aussi en DVD. Bref, ne cherchez pas de prétexte. Pour votre instruction et votre divertissement, il faut suivre les Leçons de Jazz d'Antoine Hervé.

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Jacques Vidal raconte Charles Mingus à l'Abbaye le 7 mai

Publié le par Guillaume Lagrée

 

Peut-être inspiré par le succès de la Leçon de Jazz d'Antoine Hervé, le contrebassiste, compositeur et meneur d'hommes Jacques Vidal raconte à son tour le Jazz aux  esprits curieux avides de savoir et de nouvelles sensations musicales.

  Premier concert thématique :

Charles Mingus « l’homme en colère »

 

Le vendredi 7 mai 2010 à 20 heures

L’Abbaye - Jazz Club

22, rue Jacob - 75006 Paris

 

La soirée sera présentée par Franck Médioni

Ecrivain et journaliste

Présentation, concert, Jazz Quiz et débat

 

pierrick-p-dron.jpgLa photgraphie de Pierrick Pédron est l'oeuvre de mon honorable associé Juan Carlos HERNANDEZ.

 

Avec Isabelle Carpentier: voix, Pierrick Pédron: saxophone alto, Daniel Zimmermann: trombone, Jacques Vidal: contrebasse, Xavier Dessandre-Navarre: percussions.

 

Le deuxième concert thématique aura lieu le jeudi 24 juin 2010:

Antonio Carlos Jobim « la Bossa Nova et le jazz »

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Leçon de Jazz d'Antoine Hervé: " Duke Ellington " avec orchestre

Publié le par Guillaume Lagrée

 

Leçon de Jazz d’Antoine Hervé

Duke Ellington

Paris. Maison des Pratiques Artistiques Amateurs

Lundi 15 avril 2013. 19h30.

 

Antoine Hervé : piano, enseignement

Big Band du Conservatoire du X° arrondissement de Paris dirigé par Pascal Gaubert.

 

Antoine Hervé

 

La photographie d'Antoine Hervé est l'oeuvre du Ducal Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

Les propos retranscrits ici sont ceux que j’ai saisis de la Leçon de Jazz d’Antoine Hervé. Les erreurs, omissions, approximations, inventions et élucubrations sont de mon fait, élève dissipé que je suis.

Après les Leçons de Jazz d'Antoine Hervé sur Duke Ellington en solo puis en trio, voici enfin la Leçon de Jazz sur Duke Ellington avec Big Band.

Autant les Leçons de Jazz d’Antoine Hervé sont l’œuvre d’un grand professionnel aussi ludique que pédagogique, autant l’accueil réservé au public par la Maison des Pratiques Artistiques Amateurs relève de l’amateurisme. Les Leçons de Jazz ont de plus en plus de spectateurs ce dont il faut se réjouir. J'y contribue par mes chroniques et mon amie Madame G par les amis qu'elle y ramène de plus en plus en nombre. Pour autant, alors qu’il existe 2 escaliers pour accéder à l'Auditorium Saint Germain et deux guichets, un seul escalier et un seul guichet sont ouverts. La queue s’étire au point qu’arrivés à 19h10, Mademoiselle F et moi n’avons pu entrer dans la salle qu’à 19h40.  Le spectacle avait commencé alors que tous les spectateurs n’étaient pas entrés. C’est un manque de respect pour les spectateurs qui viennent, attendent et paient. Il est temps de changer de salle. Celle-ci n’est plus à la hauteur du spectacle offert. Justement, à compter d’octobre 2013, la Leçon de Jazz à Paris aura lieu au Petit Journal Montparnasse.

 

L’orchestre se lance dans « A prelude to a kiss ». Trop fort, pas assez moelleux. Solo de saxophone alto par Baptiste Herbin. Très bien mais le volume sonore trop élevé gâche le plaisir. 

 

Le Duke a commencé sa carrière dans les années 20 avec le ragtime (rythme à deux temps, descendant des marches militaires). Puis est apparu le stride (« enjamber » en français). Au Capitol Palace, tout le monde, clients et serveurs compris, marchait, bougeait au rythme du pianiste Willie «  The Lion » Smith, surnommé The Lion en raison de sa bravoure au combat durant la Première Guerre Mondiale (le premier orchestre de Jazz à jouer en France, à Saint Nazaire, en 1917, fut celui du régiment noir des «  Harlem Hell Fighters », des gars qu’on ne chatouillait pas sans risque pour ses abattis). Pour bien nous expliquer le stride, Antoine Hervé nous joue en solo « Mail to Elise », la version stride de la composition de Ludwig Van Beethoven. Après le stride, vint le style jungle, inspiré par la jungle urbaine de New York dont Duke Ellington était le Roi (le terme a été repris depuis dans la musique électronique, avec la même idée au départ d’ailleurs). 

 

En 1921, Duke Ellington, natif de Washington, rencontra le prodigieux batteur Sonny Greer qui l’emmena à New York. Là, ils créèrent un orchestre avec Wellman Braud (contrebasse) qui inventa le slap pour faire entendre son instrument. Vous tirez une corde au maximum, la relâchez, l’arrêtez net. Démonstration par le contrebassiste de l’orchestre. A la trompette, Bubber Miley, spécialiste du growl, qui faisait grogner son instrument comme une voix humaine. Démonstration par un trompettiste de l’orchestre avec une sourdine faute de déboucheur pour évier (le gros modèle avec ventouse). Cet orchestre créa une Afrique imaginaire, rêvée, fantasmée depuis New York par des descendants d’esclaves.

 

« Black and tan fantasy » (Ellington/Miley). Un chef d’oeuvre du style jungle. Solo de saxophone alto de Baptiste Herbin qui prend le rôle de Johny Hodges. Il s’en tire bien. Beau solo de trombone qui pète comme il convient.

 

La radio lança Duke Ellington et son orchestre comme Count Basie. Il s’installa au Cotton Club. Voir le film éponyme de Francis Ford Coppola (1984). Un jour dans les années 60, un journaliste bien intentionné de la télévision américaine demanda au Duke : «  Comment vous, Duke Ellington, avez-vous pu jouer pour ces gangsters du Cotton Club." " Des gangsters ! Comment osez vous qualifier ces gentlemen de gangsters ? » répondit-il en souriant. D’ailleurs, la trace d’entaille de rasoir que Duke portait sur la joue venait d’une femme jalouse. Il n’était fidèle qu’à la musique d’où le titre de son autobiographie « Music is my mistress ». L’alcool coulait à flots au Cotton Club puisque c’était la Prohibition. Dès que l’alcool fut de nouveau en vente libre, la Mafia s’est reconvertie du trafic d’alcool au trafic de stupéfiants. 

 

« Cotton Tail » basé sur un Anatole comme disent les musiciens français (32 mesures : 4*8). La rythmique introduit puis l’orchestre enchaîne le thème. Duel de sax ténors devant l’orchestre. Le Big Band n’a pas le moelleux de celui du Duc mais ça sonne bien. 

 

Entre 1926 et les années 30, Duke Ellington créa 170 titres pour 14 compagnies sous 18 pseudonymes. S’il avait touché des droits d’auteur corrects, peut-être n’aurait-il pas usé de tels stratagèmes. En 1925, il composa en une nuit la comédie musicale « Chocolate Kiddies » qui fit un bide à New York et un triomphe à Berlin. Duke Ellington s’exportait déjà. 

 

« Solitude » composé pendant une pause en studio en 1934. Somptueuse ballade. Beau solo de sax baryton. Dans l’orchestre, il était joué par Harry Carney, le plus fidèle compagnon du Duke avec qui il joua pendant 50 ans, qui était le chauffeur de la voiture du Duke pendant les tournées. 

 

Ellington adorait le théâtre de Shakespeate. Il lui dédia même un album « Such sweet thunder » où chaque composition est inspirée par une pièce de Shakespeare et chaque soliste joue un rôle d’acteur sans paroles mais pas sans voix. Le Professeur Hervé nous fait une démonstration de rythmes. D’abord celui à 5 temps de l’Afrique du Nord. Ce rythme passe en Espagne avec l’invasion puis l’occupation arabe qui dura du 8e au 15e siècle de l’ère chrétienne. Le rythme passa alors à 4 temps. C’est celui de la habanera qui donna l’air de « Carmen » à Georges Bizet. Christophe Colomb, navigateur gênois (sosie de Coluche par ailleurs. Vérifiez si vous ne me croyez pas sur parole), au service du Roi d’Espagne, ayant débarqué aux Caraïbes en croyant découvrir une route occidentale pour les Indes (d’où l’appellation britannique des West Indies), les Espagnols occupèrent quelques îles des Antilles du 15e au 19e siècle (Cuba, Saint Domingue). Cela donna un rythme à deux temps. Les Jazzmen mélangeant la habanera et les rythmes antillais, les firent aller vers du ternaire, c’est-à-dire un rythme africain (la valse est aussi ternaire). Après l’explication, la démonstration. Contrebasse et batterie commencent. Le piano les rejoint. L’orchestre les rejoint. Ca swingue, ça grogne. Normal puisque c’est un si doux tonnerre. Fin autoritaire du piano.

 

L’orchestre du Duke tournait à travers le monde. En Afrique (voir le festival des Arts Nègres organisé à Dakar, Sénégal, par le président poète et grammarien Leopold Sedar Senghor en 1966), ces musiciens rencontrèrent des hommes qui leur ressemblaient mais ne parlaient pas la même langue, n’avaient pas le même mode de vie. Mais, dès qu’ils sortirent les instruments et se mirent à jouer ensemble, ils se comprirent. Duke Ellington composa des œuvres inspirées de ses voyages. Du Japon, il ramena la «  Far East Suite » avec un «  Ad lib on Nippon » où Johny Hodges brille de mille deux. 

 

L’exotisme plaisait au public américain. Juan Tizol, tromboniste porto-ricain de l’orchestre (le seul Blanc de l’orchestre. Un raciste disait de lui Charles Mingus) composa « Caravan » qui mélange les Caraïbes, le Proche Orient et les accords diminués chers à Claude Debussy et Bela Bartok. Bien joué. L’orchestre s’efface un moment afin que le pianiste se fasse et nous fasse plaisir. 

 

En 1938, Duke Ellington rencontra son alter ego Billy Strayhorn avec qui il composa, joua, dirigea jusqu’à la mort de Billy en 1967 (le Duke enregistra aussitôt en son hommage l’album « And his mother called him Bill » qui est un chef d’œuvre de pudeur et d’émotion). Billy Strayhorn était un créateur timide et modeste, petit de taille, homosexuel. Aucune concurrence pour Duke qui était grand, sociable et coureur de jupons. «  Tant qu’il y aura une jolie fille pour m’écouter jouer du piano, je continuerai » disait-il dans une interview de 1967. Une complémentarité d’âme, de créativité absolument parfaite par contre. « Billy Strayhorn est mon bras droit, mon bras gauche, mon cerveau, mon intelligence créative » (Duke Ellington). L’orchestre joue ensuite « Rain check » d’Ellington/Strayhorn. La classe évidemment.

 

L’orchestre du Duke marchait fort dans les années 40 mais l’avènement du Be Bop et des petits groupes mit les Big Bands à l’écart. En 1956, le Newport Jazz Festival eut l’idée étrange de mettre les Big Bands en valeur : Duke Ellington, Count Basie, Woody Herman. Ce fut un triomphe et l’orchestre repartit en tournée mondiale jusqu’à la mort de son pianiste en 1974 et même au-delà puisque l’orchestre tourne encore. 

 

« The star crossed lovers » (Ellington/Strayhorn). Baptiste Herbin, sax alto, joue à nouveau le rôle de Johny Hodges. Il le tient à la perfection : lyrique, sensuel, élégant, dans le ton mais pas dans la copie. 

 

« Concerto for Cootie » composé par le Duc pour son trompettiste Cootie Williams. Cootie Williams avait succédé à Bubber Miley dans l’orchestre mais, au départ, ne voulait pas jouer de growl. Petit à petit, il s’y est mis et créa un nouveau style de grognement avec la trompette. Cet air instrumental de 1940 devint une chanson en 1944 sous le titre «  Do nothing till you hear from me ». Le trompettiste du Big Band fait au mieux mais il n’est pas facile de succéder à Cootie Williams sur un morceau qui a été composé pour lui. « Je compose comme Jean-Sébastien Bach, pour des interprètes précis » (Duke Ellington). 

 

Dans les années 1960, Duke Ellington et Billy Strayhorn réorchestrèrent des oeuvres classiques comme « Peer Gynt » d’Edvard Grieg et « Casse Noisettes » (surnommé « Casse bonbons » quand il est mal joué) de Piotr Illitch Tchaikovsky. Puis, à l’approche de la mort, se rappelant ses nombreux péchés, Duke Ellington composa de la musique sacrée mais qui swingue, avec danseur de claquettes dans la cathédrale de Westminster (« David danced before the Lord »).

 

Quand il mourut en 1974, 12 000 personnes étaient présentes à son enterrement. Miles Davis, lui, convoqua ses musiciens en studio sur le champ pour enregistrer son Requiem pour Duke : « He loved him madly », Duke ayant composé « Love You madly » et ayant l’habitude de saluer le public de ses concerts par ces termes « We do love You madly ». 

 

« Le Jazz n’a pas besoin de tolérance : il a besoin d’intelligence et de compréhension » (Duke Ellington). « Chaque année, tous les Jazzmen du monde devraient se retrouver au même endroit, s’agenouiller et prier Dieu pendant un quart d’heure pour le remercier d’avoir créé Duke Ellington » (Miles Davis). 

 

RAPPEL

 

Pour dire au revoir à « Sir Duke » (Stevie Wonder), l’orchestre joue « Rockin’in rhythm » que même Weather Report joua. Ca swingue terrible et Baptiste Herbin, en plus de la clarinette, joue aussi du sax soprano et de la clarinette avec goût et force. 

 

La dernière Leçon de Jazz parisienne pour la saison 2012-2013 aura lieu début juin à la Maison des Pratiques Artistiques Amateurs. Antoine Hervé viendra seul au piano jouer et expliquer Georges Gershwin, compositeur notamment de « Porgy and Bess » sur lequel s’illustrèrent des trompettistes aussi talentueux et différents que Louis Armstrong, Miles Davis et Médéric Collignon. Les Leçons de Jazz d’Antoine Hervé se poursuivent dans toute la France, y compris Outre Mer. La prochaine saison parisienne se déroulera au Petit Journal Montparnasse mais ceci est une autre histoire.

 

Voici l'orchestre de Duke Ellington en 1942 improvisant sur " C Jam Blues ". Sonny Greer à la batterie, Ben Webster au saxophone ténor, Duke Ellington au piano, entre autres. La classe mondiale. Et quels chapeaux!

 

 

 

 

 

 

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Leçon de Jazz d'Antoine Hervé: Duke Ellington

Publié le par Guillaume Lagrée

 

Leçon de Jazz d'Antoine Hervé.

Paris. Auditorium Saint Germain des Prés.

Jeudi 16 décembre 2010. 19h30.

Duke Ellington

 

Antoine Hervé

 

 

La photographie d'Antoine Hervé est l"oeuvre de l'Admirable Juan Carlos HERNANDEZ.

 

Antoine Hervé: piano, explications, grognements, chant.

 

Antoine Hervé poursuit son oeuvre de salut public en propageant la bonne parole du Jazz avec un de ses Maîtres absolus, étudié aujourd'hui comme Bach ou Mozart, Edward Kennedy " Duke " Ellington (1899-1974), pianiste, compositeur, chef d'orchestre.

 

Pour commencer, en toute logique, " A Prelude to a kiss ". Et dire qu'il existe des malheureux sur cette Terre qui n'écoutent que du Rock ou du Baroque et qui ignorent tout de cette musique. Une minute de compassion pour eux.

 

Natif de Washington, il crée son premier orchestre " The Washingtonians " en 1923 à 24 ans.  Au fil du temps, l'orchestre passa de 4-5 à 19 musiciens sans compter les chanteuses, les danseurs. Duke Ellington écrivait pour des musiciens précis comme Serge Gainsbourg pour les chanteuses. Comparaison audacieuse mais éclairante, Professeur Hervé! Le Duke a arrêté le sport pour la musique lorsqu'il s'est aperçu que la musique marchait mieux avec les filles. " Tant qu'il y aura une jolie fille pour m'écouter jouer du piano, je continuerai " disait il encore à 68 ans en 1967. Il est né dans la bourgeoisie noire, a reçu une bonne éducation, fait une école de Beaux Arts. Par contre, il reconnaissait avoir plus manqué de leçons de piano qu'il n'en avait pris. Il a surtout appris d'oreille.

 

Exemple de standard composé par le Duke: " I got it bad and that ain't good ". Un Blues du Duke ne sent pas la sueur dans les champs de coton mais l'odeur urbaine des petits matins blêmes quand votre chérie est partie sans prévenir. Antoine Hervé le joue très bien.

 

Duke était la classe même, fidèle en amitié (avec les femmes, c'était une autre histoire), loyal, conciliant, sachant arranger les conflits. Sur le New York des années 1920 que le Duke comparait à un pot au feu, le professeur Hervé nous conseille de lire " La beauté du monde " de Michel Lebris. Je vous conseille " New York " de Paul Morand (1929), édité en poche avec une préface de Philippe Sollers qui aimerait bien savoir écrire comme cela.

 

Au début, le Duke était un pianiste de ragtime, musique à deux temps. Démonstration. A écouter le " Soda Fountain Rag " dans le " Live at Whitney's " (solo de 1972). Duke a appris en regardant le piano pneumatique, en ralentissant le mécanisme pour suivre ce qui se passait. Il a appris le stride notamment le fameux " Carolina Shout " de James P. Johnson. On dansait dans les bars. Les gens vivaient, marchaient, dansaient, buvaient, fumaient, aimaient au rhythme du Jazz. Exemple de transformation en stride avec " La lettre à Elise " de Beethoven, fameuse guimauve, transformée en alcool fort grâce aux variations d'Antoine Hervé.

 

Le Duke était un excellent businessman. Il aurait pu devenir gangster vu ses mauvaises fréquentations. Il créa deux agences: une de communication, une pour artistes chacune travaillant avec et pour l'autre. A 20 ans, il avait déjà une voiture et une maison. A 60, il avait une centaine de costumes de scène, autant de chaussures et de chemises et ne savait lesquels choisir avant de monter sur scène. Entre 1926 et 1930, il enregistre 178 titre pour 18 compagnies sous différents noms, chaque contrat étant bien sûr exclusif. Dans les années 1920 à New York, naissance du style Jungle (rien à voir avec le style actuel d'électro). Wellman Braud à la contrebasse, Bubber Miley à la trompette, Sam "Tricky" Nanton au trombone qui jouait avec une ventouse pour déboucher les éviers, d'où le son wah wah bien avant que Jimi Hendrix n'ajoute une pédale à sa guitare électrique. Démonstration du professeur Hervé au piano en imitant avec sa voix les instruments de l'orchestre. C'est l'asphalt jungle de Harlem.

 

Cotton Club: artistes et serveurs noirs, clientèle blanche. Francis Ford Coppola en fit un beau film en 1984. dans les années 1930, le Duke y joue et les concerts sont diffusés nationalement grâce à la radio WHN. C'est la gloire.  Ivie Anderson, chanteuse, fut embauchée par le Duke en 1931 lors d'un passage à Chicago. Elle chantait " It don't mean a thing if it ain't got that swing ". Quel Jazzman n'a pas joué ce morceau qui est une leçon de vie plus encore que de musique? Je bats la mesure du pied droit. Le charme opère toujours.

 

En 1925 le Duke écrit sa première comédie musicale: " Chocolate kiddies ", bide à New York, triomphe à Berlin. C'était un compositeur à succès du début à la fin de sa carrière. Dans les années 1930 commencent les tournées internationales. C'est ainsi que Boris Vian et Django Reinhardt le rencontrent à Paris en 1938. Duke se sert de ses impressions de voyage pour composer. Ex: " Ad lib on Nippon " après une tournée au Japon. Il s'inspire des rythmes latins avec l'arrivée du tromboniste Juan Tizol qui lui apporte un morceau culte " Caravan " (écouter la version de Thelonious Monk sur l'album " Thelonious Monk plays Duke Ellington "). J'ai entendu Arthur H jouer ce morceau seul au piano à Lyon en 2000. C'est dire s'il dure. Juan Tizol amène aussi " Perdido " joué notamment par Charlie Parker et Dizzy Gillespie dans un fameux concert en Quintet au Massey Hall de Toronto en 1953.

 

En 1938, il rencontre Billy Strayhorn, grand compositeur, qui devient son deuxième cerveau jusqu'à la mort de Billy en 1967 ( écouter l'album hommage du Duke " And his mother called him Bill "). Ce tandem a hissé la musique de l'orchestre à des niveaux jamais atteints jusqu'alors ni depuis à mon avis. Billy était petit, timide, de santé fragile, homosexuel, bref tout l'opposé du Duke et pourtant ça collait. " UMMG "(Upper Manhattan Medical Group) écrit par Billy durant un séjour à l'hôpital (comme " Bloodcount ").

 

Chez le Duke, le chef d'orchestre fait oublier le pianiste. Démonstration de riffs ellingtoniens (rythmes qui se répètent et qui pètent, saperlipopette!). Démonstration de walking bass main gauche et de riff main droite. Bienvenue au club!  Exemple de pont ( cf " Get it to the bridge " de James Brown dans " Sex Machine "). Le professeur Hervé compare Igor Stravinsky et Duke Ellington avec des extraits du " Sacre du printemps " (merci à Mademoiselle L. pour ces précisions). Le Duke plaçait des figures à trois temps dans des mesures à quatre temps. Il était polyrythmique. Ex: " Cotton tail "

 

Il aimait aussi les ballades langoureuses et mielleuses. Ex: " Do nothing till You hear from me ". Un bijou rare et précieux. Que dire de plus? Mon côté fleur bleue se réveille instantanément. Une autre ballade " Mood Indigo ". Charles Mingus l'a souvent joué. Mingus vénérait Ellington bien que le Duke l'ait viré après une bagarre sur scène avec Juan Tizol (A lire dans " Moins qu'un chien " l'autobiographie de Charles Mingus). Une autre merveille d'élégance. Antoine reste fidèle au thème. " Satin Doll " qui évoque si bien la jolie fille apprêtée.

 

Avec l'arrivée du Be Bop, Duke Ellington devient ringard. Il est hors mode et écoute ce qui se passe. Comme il le disait: " Il existe deux sortes de musique: la bonne et la mauvaise ". En 1956, il triomphe au Newport Jazz Festival avec un mémorable chorus de saxophone ténor par Paul Gonzalves sur " Diminuendo and crescendo in Blue ". C'est enregistré même si cela a été probablement refait en studio.

 

" In a mellow tone " , la classe, toujours la classe. Un autre musicien classe, David Bowie, n'est-il pas surnommé " The thin white Duke "? John Wayne était aussi surnommé " The Duke ". Mieux vaut écouter l'hommage de Stevie Wonder " Sir Duke " sur son album clef " Songs in the key of life " (1976).

 

En 1962, le Duke enregistre en petite formation trois albums avec trois géants du Jazz: Louis Armstrong, Coleman Hawkins,  John Coltrane. Coltrane amène sa rythmique (Jimmy Garrison, Elvin Jones), le Duke la sienne (Aaron Bell, Sam Woodyard). Les rythmiques changent et se mélangent selon les morceaux. Coltrane est plein de respect et le Duke plein d'attention. Johny Hodges qui jouait le solo de sax dans l'orchestre sur " In a sentimental mood " resta pétrifié par la version de Coltrane. Tant de musiciens actuels se prennent pour des compositeurs qu'ils ne sont pas. Ils n'ont qu'à piocher dans l'oeuvre du Duke. Elle est inépuisable.

 

Dans les années 1960, le Duke adapta des oeuvres classiques: Casse Noisettes de Tchaikovsky, Peer Gynt d'Edvard Grieg. Il composa de la musique sacrée qu'il joua dans des cathédrales. Je me souviens avoir offert un " Concert of sacred music " d'Ellington au curé de Saint Malo en 1999. Il avait aimé.

 

" I let a song go out of my heart ", léger, entraînant, élégant, forcément élégant.12 000 personnes assistèrent à l'enterrement du Duke en 1974. Le jour même de sa mort, Miles Davis convoqua ses musiciens en studio pour enregistrer son Requiem pour Duke Ellington: " He loved him madly " (album " Big Fun ").

 

Antoine joue " Solitude " superbe ballade jouée notamment par  Sonny Rollins. Cette ballade porte bien son titre et Antoine la joue extrêmement bien.

 

" Le Jazz n'a pas besoin de tolérance. Il a besoin d'intelligence et de compréhension " ( Duke Ellington). La leçon de Jaz est finie. Alors que le public quitte la salle, la sono diffuse " Fleurette africaine " ( cf. début de l'article) en triumvirat avec Charles Mingus (contrebasse) et Max Roach (batterie) sur l'album " Money Jungle ".

 

Prochaine leçon de Jazz à Paris le vendredi 28 janvier 2011 avec Pierrick Pédron (saxophone alto) pour " Charlie Parker étoile filante du Be Bop ".

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Quelques concerts de Jazz en août à Paris

Publié le par Guillaume Lagrée

 

 

Jérôme Sabbagh

 

 

 

La photographie de Jérôme Sabbagh est l'oeuvre du Fidèle Juan Carlos Hernandez.

 

 

Splendides lectrices, superbes lecteurs, si comme Charles Aznavour et moi, vous passez le mois d'août à Paris, voici quelques concerts de Jazz que je vous recommande avec l'aplomb d'un vendeur de voitures d'occasion.

 

Au Duc des Lombards:

 

mardi 30 août à 20h et 22h, le Quartet du tromboniste et conquiste Sébastien Llado.

 

Au Sunside:

 

lundi 8 et mardi 9 août à 21h le trio du pianiste Thomas Ehnco.

 

mercredi 10 août à 21h le Quartet du pianiste Alain Jean Marie

 

jeudi 11 août à 21h le Quartet de Laurent Coq (piano) et  Jérôme Sabbagh (saxophones)

 

vendredi 12 et samedi 13 août à 21h le Quartet du saxophoniste américain Steve Grossman, le gars qui à 17 ans, en 1970, s'est retrouvé dans le groupe de Miles Davis pour succéder à Wayne Shorter et en est sorti vivant (l'album " Jack Johnson " de Miles Davis en est la trace).

 

Samedi 20 août à 21h le Quartet du pianiste René Urtegrer, le seul pianiste au monde à avoir accompagné  Miles Davis et Claude François (pas en même temps), avec le saxophoniste et flûtiste Hervé Meschinet.

 

Lundi 22 et mardi 23 août à 21h, duo Chris Potter (saxophone)/Ari Hoenig (batterie).

 

Par ailleurs, si le Jazz plie bagage hors du Parc floral de Paris avec une soirée finale le dimanche 31 juillet menée de main de maître par Antoine Hervé interprétant Wolfgang Amadeus Mozart, le festival Classique au vert lui succède tous les week end d'août et de septembre avec un programme consacré aux Amériques. C'est dire que même chassé le Jazz ne sera pas loin.

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Où écouter Jean Charles Richard en février 2011?

Publié le par Guillaume Lagrée

 

 

La multiplicité des talents de    

Jean Charles Richard: saxophones soprano, baryton.

se retrouve dans les créations musicales qu'il éclaire des reflets cuivrés de ses saxophones.

 

Leonardo GARCIA 

Avec Leonardo Garcia (flûtes traditionelles), Arnault Cuisinier (contrebasse), Min Hye-Sung 

(voix), et Jean-Charles Richard (saxophones, bansuri) 

Le 3 février à 20h30 

Fondation Danoise 

Cité Universitaire de Paris 

 

+  

 

Jean-Marie MACHADO – Jean-Charles RICHARD Duo 

Avec Jean Marie Machado (piano) et Jean Charles Richard (Saxophones - Bansuri)  

Le 4 Février à 20h30 

La Passerelle à Sète (34) 

 

+  

 

David PATROIS "Trio + 2" 

avec Pierre Durand (guitare), Sébastien Llado (trombone), Luc Isenmann (batterie), Jean 

Charles Richard (sax) et David Patrois (vibraphone) 

Le 5 Février 21h 

Jazz au Confluent, Conflans Sainte Honorine 

 

+  

 

Antoine HERVE-Jean Charles RICHARD Duo 

Leçon de Jazz sur le thème «  Wayne Shorter » 

Avec Antoine Hervé (piano) et Jean Charles Richard (Saxophones)  

Le 10 Février à 20h 

LʼArsenal à Metz 

 

+  

 

Eric LONGSWORTH Quartet  

Eric Longsworth (cello - compositions), Rémi Charmasson (guitares), François Verly 

(percussion), Jean-Charles Richard (saxes) 

Le 18 février à 20h30 

Lavoir / Théâtre Georges Brassens à Epinal 

 

+  

 

Pascal BERNE trio & Ensemble à cordes 

Avec Pascal Berne (basse électrique), Andy Barron (batterie) et Jean Charles Richard 

(saxophones – flûte) – Ensemble à cordes du Conservatoire de Grenoble 

Le 22 février à 20h30 

Salle LʼOdyssée à Eybens 

 

 

 

Février,  mois des résidences avec le Claudia Solal SPOONBOX à Achères (78) et

Le trio de Pascal BERNE à Grenoble.

 

 

 

 

France Musique a mis en ligne la diffusion du concert du

 

 

Marc BURONFOSSE 

Sounds Quartet

 

,

 avec Marc Buronfosse (contrebasse), Benjamin Moussay (claviers), 

Antoine Banville (Batterie), et J. C. Richard (saxophones, bansuri).  

Cʼest sur le site de France Musique (émission le Bleu, la nuit) 

 

 

 


 

 

 

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Leçon de Jazz d'Antoine Hervé: John Coltrane ou la quête d'absolu

Publié le par Guillaume Lagrée

  Leçon de Jazz d’Antoine Hervé

 

John Coltrane ou la quête d’absolu.

Paris. Auditorium Saint Germain des Prés.

Vendredi 19 novembre 2010. 19h30.

 

 

 

 

Antoine Hervé : piano, explications en français

Rick Margitza : saxophone ténor, explications en anglais

 

Antoine Hervé

 

La photographie d'Antoine Hervé est l'oeuvre du Paranormal Juan Carlos HERNANDEZ.

 

" The critics treat me like Coltrane, insane

We are brothers of the same kind, unblind "

Chuck D, Public Enemy.

 

Les approximations, inexactitudes, erreurs concernant la partie technique de l’exposé sont entièrement de mon fait.

 

John Coltrane pensait pouvoir rendre le monde meilleur par la musique. Vaste programme comme disait le Général. En tout cas il a rendu la musique et ses auditeurs meilleurs. John Coltrane jouait des saxophones ténor et soprano. Rick Margitza ne joue que du saxophone ténor mais si bien que l’absence de soprano lui est aisément pardonnée.

 

Ils commencent par une ballade. Rick joue comme il faut, avec grandeur et spiritualité. C’est une ballade. Antoine joue à la manière de Mac Coy Tyner. Normal vu que Mac Coy fut le pianiste historique de Coltrane entre 1960 et 1965. Ils enchaînent sur « Impressions » si je ne m’abuse. Version plutôt calme. Il manque la pulsation de la rythmique pour nous arracher du sol mais ça joue.

 

John Coltrane était le petit fils d’un père méthodiste. Il a commencé la musique vers 12-13 ans ce qui est assez tard. Stan Getz, son premier modèle, tournait à travers les Etats-Unis avec l’orchestre de Tommy Dorsey à l’âge de 15 ans. La musique est devenue pour Coltrane un exorcisme contre la douleur, une obsession. Il y avait un piano pneumatique chez lui. Il a commencé par le saxhorn alto, la clarinette, le sax alto avant d’aboutir au sax ténor. A l’âge de 12-13 ans, il est arrivé à Philadelphie, capitale du Jazz d’où vient « Philly » Joe Jones le batteur qui le fit entrer dans le quintet de Miles Davis en 1955.

 

Démonstration de l’enchaînement harmonique nommé le Coltrane change avec une version de « Body and Soul ». Explication technique avec la division de l’octave en 3 parties égales. 8/3 c’est plus musical que mathématique comme opération. La plus belle version de Body and Soul demeure celle enregistrée en 1939 par Coleman Hawkins, le deuxième père du saxophone ténor après Adolphe Sax. Rick joue si bien qu’il me fait redécouvrir ce standard. Antoine joue quelques trilles au piano sans perdre l’émotion. Il glisse des accents monkiens dans son solo.

 

John Coltrane était un rebelle doux. Joli résumé. Cet homme avait une boulimie de recherche, d’expérience. « Naima » dédié à sa fille (sic). Avec tout le respect dû au professeur  Antoine Hervé, docteur ès Jazzologie, Naima est dédié à la première épouse de John Coltrane. En 1955, John Coltrane entre dans le quintet de Miles Davis et épouse Naima. Une année charnière dans sa carrière. Naima est une ballade sublime, absolument sublime. Dire qu’il y a des malheureux qui ne la connaissent pas encore. Rick la joue comme elle doit être jouée : avec douceur, pureté et intensité. Antoine joue l’orage contenu derrière.

 

John Coltrane a été influencé par Johny Hodges (qui, lui, fut impressionné par Coltrane jouant « In a sentimental mood » avec Duke Ellington). et Benny Carter. Certes mais il y a d’abord Stan Getz, « The Sound », génie précoce du saxophone ténor dont Coltrane disait « Nous aimerions tous sonner comme cela. La vérité est que nous ne le pouvons pas » . John Coltrane a montré que le Jazz c’est l’innovation permanente. Il s’est construit petit à petit.

 

 

Coltrane avait une prédilection pour les valses et les tonalités mineures. Exemple : « My favorite things ». Antoine sert, Rick retourne à la volée. Ce n’est pas pour rien que, 30 ans après John Coltrane, Rick Margitza fut le saxophoniste de Miles Davis. Miles savait s’entourer des meilleurs.

 

A partir des années 1950, Coltrane plonge dans les drogues dures. Miles le vire de son orchestre pour cette raison. C’est pourquoi en 1957 Miles enregistre à Paris avec Barney Wilen « Ascenseur pour l’échafaud » et Coltrane à New York avec Thelonious Monk qui lui dit qu’il est un génie et que Miles n’a pas le droit de le traiter de cette manière. Miles reprit Coltrane dès 1958, Monk se consolant très largement avec Johny Griffin mais ceci est une autre histoire. De 1955 à 1956, Coltrane décolle avec Miles (Cookin, Workin, Steamin, Relaxin with the Miles Davis Quintet) et leur musique devient légendaire. En 1957, chez Monk, Coltrane apprend beaucoup de choses. «  Jouer avec Monk c’est comme entrer dans un ascenseur, faire un pas en avant et s’apercevoir qu’il n’y a pas d’ascenseur » disait Coltrane.

 

Antoine explique l’accord de quarte augmentée cher à Thelonious Monk et Bela Bartok. C’est une sorte de nombre d’or de la musique. Monk, pianiste, a suggéré à Coltrane, saxophoniste, des jouer plusieurs notes à la fois : les multiphoniques.

 

Démonstration par Rick Margitza qui s’excuse de devoir s’exprimer en anglais. Coltrane a étendu les possibilités du sax ténor. Il est monté d’une octave par rapport au registre naturel de l’instrument. Démonstration par Rick de la montée dans l’aigu en utilisant la glotte et les doigtés. En augmentant l’étendue de l’instrument, il pouvait jouer des intervalles beaucoup plus larges. Démonstration. C’est très difficile à faire au piano à moins d’avoir les bras très longs. Coltrane a aussi découverts des doigtés alternés. Rick démontre, avec ses doigts et sa bouche, comment changer une phrase classique en phrase coltranienne.

 

Ils se lancent sur « Bye bye black bird», un standard. Version classique puis version à la Coltrane. Avant Coltrane, tout le monde jouait sur un rythme à quatre notes. Coltrane a joué en 5 temps, en 7 temps car il avait plus de notes à mettre. Il jouait aussi beaucoup plus vite que beaucoup de saxophonistes. Antoine et Rick déploient devant nous le relevé note par note d’un morceau de John Coltrane : la partition est impressionnante. Cela rappelle Berio, Ligeti sauf que cela n’est pas écrit. Coltrane faisait des solos de 30 mn.

 

« Giant steps » morceau de Coltrane avec des changements d’accords très fréquents et des tonalités très éloignées. Antoine Hervé compare John Coltrane à Richard Wagner. Pas sûr que cela aurait plu à Richard vu ses opinions politiques. Giant Steps est basé sur une gamme pentatonique, la gamme archaïque. Tommy Flanagan, pianiste de la séance, eut du mal à jouer ce morceau. Il était insatisfait de son travail. C’est pourquoi il enregistra à nouveau l’album en 1982 en trio avec George Mraz (contrebasse) et Al Foster (batterie).

 

Avec la sortie de « Free Jazz » d’Ornette Coleman en 1960, John Coltrane se remit totalement en question. Le Free Jazz se débarasse de la tonalité et de la barre de mesure. C’est l’improvisation totale. Un peu effrayé, le pianiste Mac Coy Tyner quitta Coltrane en 1965. Antoine nous demande de claquer des doigts et de chanter « A Love Supreme ». Outre l’album studio (34mn), vous pouvez écouter une version hallucinante de ce chant mystique donnée au Festival de Jazz d’Antibes Juan les Pins le 26 juillet 1965 (48 mn). A titre personnel, j’ai mis une bonne vingtaine d’écoutes avant d’entrer dans ce concert. Essayez pour voir. Ce 19 novembre 2010, Antoine Hervé et Rick Margitza lancent et explorent le thème pendant quelques minutes avec le soutien d’un public conquis et content.

 

John Coltrane a lancé un défi à tous les musiciens. Merci à Antoine Hervé et Rick Margitza de nous l’avoir transmis. Prochaine leçon de Jazz à Paris le jeudi 16  décembre. Thème : Duke Ellington, pianiste. Messieurs, venez en compagnie d’une Sophisticated Lady. Cela s’impose.

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Leçon de Jazz d'Antoine Hervé: Charlie Parker

Publié le par Guillaume Lagrée

Leçon de Jazz d'Antoine Hervé

Charlie Parker dit Bird (1920 - 1955)

 

Vendredi 28 janvier 2011. 19h30.
La photographie d'Antoine Hervé est l'oeuvre du Puissant  Juan Carlos HERNANDEZ.
Antoine Hervél
Pierrick Pédron: saxophone alto
 
Ca commence par un Blues en si bémol " Bloomdido " (le nom d'un chien). C'est étrange d'entendre ce morceau sans contrebasse ni batterie. Pierrick le joue fidèlement avec les accents qu'il faut. Pour les puristes, je conseille la version jouée par Charlie Parker,  Dizzy Gillespie,  Thelonious Monk, Curly Russell, Buddy Rich sur l'album " Bird and Diz " ( 1950). Le saxophone alto a pris son envol avec Charlie " Yardbird " Parker. Phil Woods, sax alto qui l'a bien connu, dit que Charlie Parker est un " génie pur ". Parker était métis: père Noir, mère Amérindienne (Chocktaw). Il est né à  Kansas City Missouri ville capitale du Jazz pendant la Prohibition ( le maire était en cheville avec la Mafia qui faisait jouer les musiciens dans les bars. Bref le Paradis des Jazzmen!)
 
" Donna Lee " une composition de Parker en hommage à une prostituée. La musique de Bird vole et tranche comme un rasoir. Belles variations du piano entre medium et grave. Ca swingue! 
 
Bird commença le saxophone à 11 ans ce qui est tard. Il intégra l'orchestre de son école à 14 ans au sax baryton. Un jour à Kansas City lors d'une jam session, le batteur Papa Joe Jones lui lança sa cymbale aux pieds pour le faire taire. Alors Charlie rentra chez lui travailler son sax comme un fou. Quand il en sortit il n'était plus le " Yardbird"  (le " bleu " dans l'armée) mais Bird, l'oiseau du saxophone alto. 
 
" All the things You are " une ballade sur laquelle tout Jazzman a improvisé. Ca se termine par cette fameuse coda jouée avec un son charnu, velouté du saxophone.
 
Charlie Parker a appris en regardant les doigts des saxophonistes ce qui est proprement ahurissant. 
 
Ses influences: Coleman Hawkins, Lester Young pour le saxophone ténor, Johny Hodges ( de l'orchestre de Duke Ellington) pour le saxophone alto. Il a aussi étudié les musiques de fanfare et de cirque. Il a aussi écouté Marcel Mule, saxophoniste classique français.
 
" Embraceable You " (George Gershwin). C'est une ballade que Bird aimait jouer. Toujours le Blues derrière.
En 1937, il intègre l'orchestre de Jay Mac Shann à Kansas City, tourne, arrive à New York.
 
" Au Privave " un morceau d'inspiration latino mais toujours avec le Blues.
 
En 1939, il s'installe à New York. Pour écouter le pianiste  Art Tatum, il devient plongeur dans le restaurant où joue Art. 
 
Charlie Parker était drogué. Quand il arrêtait l'héroïne c'était pour mélanger alcool, tabac et médicaments. Son aura a fait que des jeunes musiciens ont cru pouvoir approcher son génie en se droguant aussi. Erreur fatale. " Moose the mooche " dédié à un dealer. Bird mettait son saxophone au clou pour payer ses doses. Dans les variations les plus sidérantes de Bird, il y a toujours le Blues qui l'ancre dans la communauté noire américaine. 
 
En 1942, il joue 8 mois avec Earl Hines le pianiste attitré de  Louis Armstrong. Bonne école. A force de transformer des morceaux banals, il  a inventé un style le Be Bop. Nouveau look, nouvelle musique, premier mélange de Noirs et de Blancs. Il crée une musique totalement différente du Swing, une nouvelle virtuosité. 
" Confirmation " (Parker) un autre classique du Be Bop toujours joué aujourd'hui. Be Bop est le titre d'une composition de Dizzy Gillespie inspirée disait il par le  " bruit de la matraque du flic sur la tête du nègre ". 
 
Antoine Hervé explique les innovations techniques du Be Bop au piano. Parker avait étudié la musique contemporaine. Il appréciait Debussy, Stravinski, Bartok. Par exemple, l'intervalle de quarte augmentée du Be Bop se retrouve chez Bartok: on passe du fa au fa dièse. La quinte diminuée c'est la même chose que la quarte augmentée. Pourquoi donner deux noms différents à la même chose? Au Moyen Age, la quarte augmentée était l'intervalle du Diable! Cet accord a donné sa couleur au Be Bop. Diminuer la quinte d'un demi ton revient au même qu'augmenter la quarte d'un demi ton. Démonstration au piano. Le saxophone ne joue pas des accords (plusieurs notes en même temps) mais des arpèges (une note après l'autre).
 
Au tour de Pierrick Pédron de jouer au Professeur Be Bopstein (un des noms de scène de Dizzy Gillespie). D'abord une phrase classique de Blues. Puis il les enrichit en installant des cadences. Exemple de cadence 2-5 la base du Jazz. Le style de Parker c'est l'accentuation, l'appui sur des croches. Antoine Hervé transforme la Marche turque de  Mozart en Jazz. De même avec la Marseillaise. Une vraie patriote sort, choquée par le traitement réservé à l'hymne national de la République française. Elle ne doit pas apprécier Django Reinhardt, Serge Gainsbourg et la Marmite infernale non plus.
 
" Cherokee " transformation d'un standard par Charlie Parker. Ca commence à accélérer. Pierrick se lance et décolle. Antoine Hervé n'est pas en reste. 
 
Enfin, le Professor Bop alias Antoine Hervé parle de Dizzy Gillespie et  Miles Davis. Miles savait qu'il ne pouvait pas jouer comme Dizzy. Quand il joua avec Bird, il fit autre chose. De même pour Chet Baker, un petit Blanc qui va vous causer bien du souci disait Bird à Miles et Dizzy.  Pour les cinéphiles, rappelons le film " Bird " de Clint Eastwood (1988) sur la vie et l'oeuvre de Charlie Parker. Miles Davis a refusé de le voir parce que c'est un film de Blancs. Que cela ne vous empêche pas de le voir ou le revoir.
 
Ils terminent par " Now is the time " que  Prince jouait sur scène lors de la tournée " Sign o' the times " en 1987. Cf extrait audio au dessus de cet article.
 
Une bien belle leçon de Jazz. Mademoiselle F a révisé avec joie son solfège. Mademoiselle A est enchantée et reviendra avec des amies à la prochaine leçon de Jazz. J'y serai aussi.
 
Thème: Pat Metheny, guitariste
Invité: Manu Codjia, guitariste
Lieu: Auditorium Saint Germain des Prés à Paris
Date: lundi 14 février 2011 à 19h30
 
" La première fois que j'ai entendu Bird et Diz jouer ensemble ce fut la plus forte émotion de ma vie habillé. Toute ma vie j'ai cherché à atteindre l'émotion que j'ai ressenti la première fois que j'ai entendu Bird et Diz ensemble. Je m'en suis parfois approché de très près mais je n'y suis pas encore arrivé. Je cherche encore " (Miles Davis).

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