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31 résultats pour “Sindey Bechet

" Le Vieux et le Président " au cinéma Le Balzac

Publié le par Guillaume Lagrée

" Le Vieux et le Président "

Hommage à Sidney Bechet et Lester Young

Festival " Jazz et images "

Paris. Cinéma Balzac.

Vendredi 12 mai 2017. 21h.

Soirée préparée et animée par Vincent Le Quang.

Au menu un orchestre d'élèves du saxophoniste Vincent Le Quang au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris joue des morceaux de Sidney Bechet et Lester Young.

Puis, à l'écran, le film " Le vieux et le président " (INA, 1959) rend hommage à ces deux immenses saxophonistes tous deux morts en 1959. Sidney Bechet était pour Duke Ellington le plus grand soliste du Jazz, devant Louis Armstrong. Lester Young inventa une façon nouvelle de jouer du saxophone ténor, qui est à l'origine du courant Cool Jazz. Navré mais je n'ai pas trouvé le film sur Internet, pas même sur le site de l'INA. A part cet extrait de 30s où le critique français Maurice Cullaz parle de Lester Young. Si vous trouvez ce film, lectrices enquêtrices, lecteurs fureteurs, je suis preneur.

L'orchestre est composé d'une section rythmique piano, contrebasse, batterie et de neuf instruments à vent dont une trompette, un trombone et 7 saxophones de l'alto au baryton.

" Tickle Toe ", orchestre de Count Basie. Ce sont des bons musiciens, à la technique sans faille mais ils ne jouent pas leur vie à chaque note comme le faisaient les orchestres de la Swing Era. Ils n'ont ni la souplesse ni la sensualité de leurs Maîtres.

" I didn't know what time it was " une ballade que Lester Young habitait. La rythmique commence tranquille et swingue. Ca chuinte avec du grain dans le son du ténor. C'est bien mené de bout en bout.

" Lady be good " (Georges Gershwin). Renommé " Lady Bigoudi " en France de 1940 à 1944. 3 sax sur scène: alto, ténor, soprano. Batteur aux balais. Version relax. Ils ne se pressent pas. Le batteur passe aux baguettes et le sax alto attaque. Le pianiste a écouté Thelonious Monk qui lui même avait écouté Count Basie. Le sens de l'économie et de la dissonance juste.

" One o'clock jump " (Count Basie). Le sax ténor reprend le solo de Lester Young. Les autre soli sont improvisés. Après un instant de flottement, les partitions sont retrouvées. Le vrai titre du morceau est " Blue balls " mais comme cela ne pouvait pas passer à la radio Count Basie l'appela officiellement " One o'clock jump " après l'avoir joué pour la première fois en direct à la radio à 1h de l'après-midi. Ces jeunes gens sont bien sages mais ça swingue tout de même car je bats la mesure du pied droit.

" Yesterdays ".  Pour cette ballade, le trompettiste Jules Jaset (?) se met à chanter. Dans le genre Chet Baker. Crooner si innocent que les filles en tombent par terre. Pourquoi les trompettistes chantent et pas les saxophonistes? Si vous avez une explication lectrices enquêtrices, lecteurs fureteurs, je suis preneur. Batteur aux balais. Rythmique souple. Ce trompettiste chanteur est vraiment charmant. Beau blond de plus mais il doit encore apprendre à s'habiller. Je vous laisse prendre soin de ce talentueux jeune homme, lectrices enquêtrices. Quintet de sax bien soudé par ailleurs.

" Lester leaps in " (Lester Young). Sax ténor, trompette, trombone. Le sax ténor manque de souffle vital pour ce morceau qui doit tout emporter sur son passage. Il est vrai que nous parlons ici d'un sommet de la musique enregistrée. Extrait audio sous cet article. Rythmique superbe. Elle sait alterner notes justes et erreurs judicieuses.

L'orchestre passe à Sidney Bechet avec " High society ". Le solo de Sindey Bechet était insoiré de celui d'Alphonse Floristan Picou, fameux clarinettiste de La Nouvelle Orléans. Tout l'orchestre sur scène. 10 souffleurs. Une relecture impressionniste du New Orléans. Jeu très subtil de la rythmique avec des décalages savants entre pianiste et batteur. C'est du Free mélodique. Au moins ils ne copient pas Sidney Bechet ce qui est difficile sur ce genre de musique.

" Stompy Jones ". Vincent Le Quang au sax soprano en duo avec Jules Jaset (trompette). Dans le style traditionnel, rapide et saccadé. Ca swingue.

Solo de batterie style New Orléans. Sax baryton et soprano, trompette et trombone. C'est bien du New Orléans mais sans la rage de vivre de celui des origines. C'était " Jungle drums " arrangé par le pianiste Thibaut Gomez.

" Georgia Cabin " arrangé par Vincent Le Quang .  Une ballade tranquille. Balais d'abord, baguettes ensuite mais toujours relax. Tout l'orchestre sauf un sax.

" American Rhythm " & " Muskrat ramble " , deux grands classiques de Sidney Bechet. Sax alto et ténor, trompette et trombone. Entre New Orléans et Free Jazz ce qui es parfaitement logique tant le Free Jazz s'est inspiré de la liberté des Anciens. Court intermède (break in English) de batterie aux tambours, car la batterie New Orléans vient en droite ligne des rythmes du Congo. Puis l'orchestre enchaîne sur la danse du rat musqué (Muskrat ramble). Jolis breaks de la rythmique. L'orchestre repart derechef. Ca donne envie de danser. Pari réussi.

Ensuite le film " Le Vieux et le Président " tourné en 1959 par l'ORTF pour rendre hommage à Sidney Bechet et Lester Young tous deux décédés cette année là, avec leur amie Billie Holiday. Sindey Bechet a fini sa vie en France, pays où il était reconnu, admiré, célébré. Il a même sa statue à Antibes-Juan-les-Pins où il se maria et où un festival de Jazz fut créé en sa mémoire en 1960. C'est dire si les images et les sons sont nombreux en France pour célébrer sa mémoire. Ce film m'a fait découvrir une musique de ballet composée par Sidney Bechet. Un duo de danseurs (un Noir, un Blanc), d'une stupéfiante modernité pour l'époque jouant sur les rapports de sexe et de pouvoir. Pour Lester Young, vous ne le voyez ni ne l'entendez mais Maurice Cullaz parle de lui avec son humour et sa passion habituelles accompagné de son épouse. Joli fim (32') mais plus pour les fans de Sidney Bechet que ceux de Lester Young.

 

Dernière séance de la 2e édition du festival " Jazz et images " au cinéma Balzac, à Paris 8e, le vendredi 9 juin 2017 à 21h. Soirée spéciale trompette avec sur scène Airelle Besson et à l'écran Dizzy Gillespie (en concert à Paris, à la Maison de la Radio, en 1970 avec Red Mitchell à contrebasse).

La 3e édition commencera en septembre 2017 avec Daniel Humair sur scène et à l'écran.

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4e Jazz Week à Paris du 6 au 12 avril

Publié le par Guillaume Lagrée

 

Vénérées lectrices, vénérables lecteurs, en cette période électorale, il est bon de rappeler que la France métropolitaine ne compte que deux statues d'hommes noirs et qu'il s'agt de deux Jazzmen originaires de la Nouvelle Orléans, Sidney Bechet à Antibes Juan les Pins et Wynton Marsalis à Marciac.

Pour célébrer à la fois la mémoire, le présent et l'avenir du Jazz en France, l'association CLAJE du 12e arrondissement de Paris organise une  JAZZ WEEK du vendredi 6 avril au jeudi 12 avril 2012.

Au menu, des concerts, des films historiques, des conférences, des animations pour les enfants. La mémoire de Sidney Bechet et Joséphine Baker qui arrivèrent ensemble à Paris dans la Revue Nègre et contribuèrent à faire rayonner l'image de la France dans le monde, sera honorée avec Daniel Bechet, fils de Sidney. Si Joséphine Baker peut être discutée comme artiste, elle ne peut l'être comme femme (médaillée par le Général de Gaulle pour faits de Résistance, mère adoptive de nombreux enfants, restauratrice de château), una donna per bene, comme disent les Italiens. 

Sidney Bechet joua devant le dernier Tsar de Russie. Après l'avoir entendu en 1914, Ernest Ansermet, chef d'orchestre suisse, écrivit qu'il avait entendu  " la musique de l'avenir ". Duke Ellington plaçait Sidney Bechet au dessus de Louis Armstrong, comme soliste.

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Jazz Archive (Mezzo & INA): Jazz sur la Croisette. Cannes. 1958. 1ère partie.

Publié le par Guillaume Lagrée

 

Jazz Archive

Mezzo & INA

Jazz sur la Croisette. Cannes. 1958.

Un film de Jean-Christophe AVERTY

1ère partie diffusée par Mezzo le jeudi 22 mai 2014 à 20h30

DVD en vente libre

 

      Mezzo diffuse en deux parties, un film de Jean-Christophe Averty qui fut diffusé en 4 soirées par la télévision française en 1958 et 1959, la première captation télévisée d'un festival de Jazz en France, le seul et unique festival de Jazz de Cannes en juillet 1958.

I

Diffusé le 18 octobre 1958 par l'Office de la Radio et Télévision Française. 46'12.

Ca commence par le ciel, le soleil, la mer, les jolies filles bronzant sur la plage à Cannes, bref, la belle vie comme la chantait Sacha Distel, excellent guitariste de Jazz par ailleurs. Cet unique festival de Jazz de Cannes eut lieu dans le Palais des festivals alors qu'il faisait beau dehors. Grave erreur. Le voisin, Antibes-Juan-les-Pins, profitant du climat méditerranéen et s'inspirant de l'exemple du Newport Jazz Festival, créa, en 1960, le festival Jazz à Juan, qui existe encore. Dans la série Jazz Archive de Mezzo et l'INA, nous avons déjà pu apprécier le John Coltrane Quartet à Antibes-Juan-les-Pins les 26 et 27 juillet 1965.

En 2014, l'affiche du festival de Jazz de Cannes 1958 fait encore frissonner de désir l'abonné au Jazz et à l'électricité. 

Ca commence avec Sidney Bechet. Il est olympien quand il joue avec ses jeunes admirateurs français mais quand il joue avec des musiciens Noirs américains, de son niveau (Vic Dickenson: trombone, Teddy Buckner: trompette, Sammy Price: piano), il est carrément stratosphérique.Une voix unique au saxophone soprano malgré tous ses imitateurs sans oublier ses admirateurs comme John Coltrane. En tant que soliste, Duke Ellington plaçait Sidney Bechet au dessus de Louis Armstrong.

Après Sidney Bechet, Ella Fitzgerald qui porte une robe surprenante et dont la voix vous donne des frissons dans l'échine. " How long has this been going on? ". Elle est accompagnée par un trio piano/contrebasse/batterie qui la met en valeur. Même Arturo Toscanini respectait l'art vocal d'Ella Fitzgerald, c'est dire. Ca swingue plus avec " Don't tease me ". Un physique de matrone, un abattage de professionnelle, une voix de jeune fille coquine, tel est le charme d'Ella Fotgerald. Irrésistible.

Puis vient le père du saxophone ténor, Coleman Hawkins. Adolphe Sax, un Blanc belge, a inventé l'instrument. Coleman Hawkins, un Noir américain, a inventé la façon de s'en servir. Ah ce son grave au ténor! Toute une école dont les disciples furent Dexter Gordon, John Coltrane, Sonny Rollins. Un jour, j'ai offert l'album qui réunit Sonny Rollins et Coleman Hawkins, " Sonny meets Hawk " à une amie qui ne connaît rien au Jazz. Elle m'a dit ensuite que cette musique l'avait aidé à développer la sexualité de son couple. C'était il y a 15 ans, ils sont toujours ensemble et ont deux fils. C'est dire si ça marche! Pour en revenir à ce concert cannois, le trompettiste swingue classiquement et efficacement. La rythmique laisse toute la place aux solistes et ça swingue, nom de Zeus!

Comme vous l'avez compris, lectrices éveilées, lecteurs attentifs, Jean-Chirsophe Averty nous offre des instantanés du festival de Jazz de Cannes 1958. Il ne coupe jamais la musique, nous donne un ou deux morceaux par concert pour nous mettre en bouche, parsème le tout d'images de fêtes, de coquetèles, d'entrevues.

Celle, par exemple, croisée entre Coleman Hawkins et Roy Eldridge, trompettiste surnommé Little Jazz. Hawkins est très impressionné par la ferveur du public des festivals tant à Konkke le Zoute (Belgique) qu'à Cannes (France). Roy Eldridge se souvient avec joie d'une bouillabaisse dégustée, au large de Cannes, sur l'île Sainte Marguerite où fut enterré Paganini. Roy y joua de la trompette et de la batterie pour ses admirateurs. Les images le prouvent. Superbe ambiance manifestement.

Little Jazz sur scène, le lien entre Louis Armstrong et Dizzy Gillespie. Superbe interprétation de " The man I love ". Ca mord.

Puis vient Dizzy Gillespie accompagné d'une rythmique parisienne qui fit date: Martial Solal (piano), Pierre Michelot (contrebasse) et Kenny Clarke (batterie).Dizzy, costume blanc, lunettes noires, joue une ballade avec sa trompette coudée et bouchée. Ca tient chaud à l'âme. Que d'ondes positives émanent de cette musique! D'un coup, ils attaquent à toute allure, jouant le même air mais en accélérant le tempo. Que c'est bon! Martial Solal a déjà son style, ses notes cristallines, toujours claires, lisibles, même sur tempo rapide.

Interview de Bill Coleman, trompettiste noir américain, qui découvrit la France en 1933, s'y installa après guerre et raconte ses expériences françaises. Charmant. Bill Coleman finit sa vie dans le Gers et joua au festival de Jazz de Marciac dès sa création.

Nous retrouvons Bill Coleman sur scène rivalisant avec Teddy Buckner, Roy Eldridge et Dizzy Gillespie. La mode était alors aux batailles amicales d'instrumentistes sur scène. Ici, des trompettistes. La rythmique passe les plats afin que chaque soliste puisse y ajouter sa sauce. Dizzy se distingue par son style tant vestimentaire que musical.

 

2.

Diffusé le le 22 novembre 1958 par l'ORTF. 52'31.

Perdido, pour commencer, joué par un saxophoniste ténor trop oublié aujourd'hui, Don Byas.

Le scat d'Ella Fitgerald accompagne les images de musiciens qui boivent des coups et discutent, de spectateurs qui dansent. 

Pas de querelle des Anciens et des Modernes dans la programmation du festival de Jazz de Cannes 1958. Cela va du New Orleand au Hard Bop en passant par le Swing et le Be Bop, de Sidney Bechet à Donald Byrd en passant par Coleman Hawkins et Dizzy Gillespie sans oublier le Cool de Stan Getz.

Pour le New Orleans, Albert Nicholas est certes moins impressionnant que Sidney Bechet mais quel son de clarinette, quelle maîtrise de l'aigu, jamais strident et quelle élégance dans le jeu.

Sidney Bechet revient sur scène avec des musiciens de sa couleur et à sa hauteur. Ils jouent " Sweet Georgia Brown ". Ave ces gars là, c'est une vie, une ville qui se joue devant nous, La Nouvelle Orléans. Dans ce style, c'est la perfection. Pourquoi en auraient-ils changé? Ce n'est pas du New Orleans Revival, c'est La Nouvelle Orléans vivante. Ce vibrato de Bechet au soprano, tant imité mais inimitable. Un solo de contrebasse à l'ancienne où la vibration habite le corps du contrebassiste. Un solo de batterie Nouvelle Orléans où mes fidèles lecteurs Ouest Africains reconnaîtront la descendance des tambours de la Côte des esclaves. Le public est en extase et cela se comprend. 

Interview de Jean Cocteau, spectateur passionné de ce festival. Je retranscris ce que j'ai saisi de ces propos fulgurants, souvent d'une justesse frappante et dits dans ce style flamboyant qui lui était propre: " Je fus le premier, en France, à considérer le Jazz comme de la musique de chambre. Le public croit encore que c'est de la musique de danse alors que c'est de la grande musique de chambre. Le crime de notre époque, le péché mortel de notre époque, c'est le manque d'enthousiasme. Le Jazz provoque partout l'enthousiasme. Le Jazz était sentimental, il est devenu un art. Il y a tout un jazz savant, voire scientifique, comme Webern et Schoenberg mais le Jazz revient à une sentimentalité qui lui enlève ce côté mécanique. C'est le concert de chambre parfait avec des solistes incomparables."

La preuve de la véracité des propos de Jean Cocteau suit immédiatement avec le quintette de Donald Byrd (trompette) et Bobby Jaspar (flûte, sax ténor). C'est exactement ce que vient de dire Cocteau, de la grande musique de chambre avec des solites incomparables. 

Interview en français de Kenny Clarke installé en France depuis 1956. Il estt heureux de retrouver Dizzy Gillespie, 10 ans après le concert de l'Atomic Big Band à Paris, salle Pleyel. " C'est la joie de ma vie, ici, à Paris, de jouer avec Martial Solal ". 

S'ensuit justement Dizzy Gillespie sur scène accompagné par la rythmique du  Blue Note Solal/Michelot/Clarke.Dizzy, en grande forme, à la trompette bouchée. Problèmes de son avec le micro. Un technicien lui en installe un autre et ça sonne tout de suite mieux. Ah les divines notes cristallines de Martial Solal au piano! Quand Dizzy dialogue avc Kenny Clarke, deux génies et amis séparés depuis 10 ans se retrouvent et cela s'entend. 

Pour finir cette première soirée consacrée au festival de Jazz de Cannes 1958, voici, par ordre d'apparition au saxophone ténor, Stan Getz,Guy Lafitte,  Barney Wilen,  Don Byas, Coleman Hawkins accompagnés par Martial Solal (piano), Arvell Shaw (contrebasse) et JC Heard (batterie). Ils improvisent sur " Indiana " et non pas sur " Now's the time " de Charlie Parker comme indiqué sur ce film. Lectrices saxophonistes, lecteurs ténors, régalez vous. Rien à ajouter.

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David Krakauer " Big Picture "

Publié le par Guillaume Lagrée

David Krakauer

" Big Picture "

Label Bleu. 2015.

David Krakauer: clarinette et clarinette basse

Jenny Scheinman: violon

Jim Black: batterie, percussions

Rob Burger: piano, célesta, orgue, orgue Hammond, accordéon, vibraphone

Adam Rogers: guitare (1-2, 4-12)

Sheril Bailey: guitare (3)

Greg Cohen: contrebasse (1-2, 4-12)

Nicki Parrott: contrebasse (3)

Concert cinématique à Paris, à la Cigale, le samedi 21 novembre 2015 à 20h30, dans le cadre du festival Jazz 'n klezmer.

David Krakauer continue de vivifier ses racines en visitant la culture juive askhnaze, désormais avec la musique de film. D'où le projet "Big Picture ", une relecture des musiques de film qui l'ont marqué.

Les morceaux choisis sont liés à la culture juive européenne soit directement comme " Wilkommen " (n°1), " Moving to the ghetto " (n°6) et " Le choix de Sophie " (n°9) ou indirectement " La vita è bella ", musique du film de Roberto Benigni (n°2).

Cette musique est gorgée d'émotion, du début " Wilkommen " (n°1) à la fin " Tradition " (n°12) dont le titre est trompeur. David Krakauer est un artiste expressionniste, à fleur de peau: sa version de " La vità è bella " (n°2) est bouleversante.

Il n'oublie pas en route, un standard du Jazz " Body and Soul " (n°4) et la musique classique russe ( une marche de Prokofiev, n°5) dont il donne des versions très personnelles.

ll est capable de rendre hommage dans le même morceau à son Maître rêvé, Sidney Bechet et aux mères juives ( " Si tu vois ma mère ", n°3, de Sidney Bechet, tiré du film " Midnight in Paris " de Woody Allen).

Que je sois damné si je n'écris pas du bien du groupe qui l'accompagne.

Le beat infernal de Jim Black à la batterie et aux percussions, la diversité des talents de Rob Burger sur toutes sortes de claviers, le feeling de Jenny Scheinman au violon ( Pourquoi y a t-il tant de Juifs parmi les violonistes? Tu te vois traverser l'Europe avec un piano? Blague fausse d'ailleurs car de Vladimir Horowitz à Arthur Rubinstein, de Lou Levy à Martial Solal, il y a aussi de nombreux Juifs chez les pianistes), la pulsation des basses, le mordant des guitares, tout est à saluer.

Cette musique nourrit le coeur et l'âme, part du local pour atteindre l'universel, ce qui en fait une véritable oeuvre d'art.

David Krakauer est d'abord un artiste de scène. Pour profiter du spectacle " Big Picture " avec l'image, en plus du son, après avoir acquis l'album, allez l'écouter et le voir sur scène, par exemple au concert cinématique à Paris, à la Cigale, le samedi 21 novembre 2015 à 20h30, dans le cadre du festival Jazz 'n klezmer.

La photographie de David Krakauer est l'oeuvre du Malicieux Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

David Krakauer par Juan Carlos HERNANDEZ

David Krakauer par Juan Carlos HERNANDEZ

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Jazz sur la Croisette. Cannes 1958. Le film de Jean-Christophe Averty

Publié le par Guillaume Lagrée

 

Festival Jazz et cinémas

MK2 Grand Palais

Vendredi 12 avril 2013. 20h.

" Le festival de Jazz de Cannes. 1958 ".

Un film de Jean-Christophe Averty. 1958.

RTF/INA

 

Lectrices observatrices, lecteurs scrutateurs, vous avez déjà noté la chronique du double CD " Jazz sur la Croisette " qui relate le seul festival de Jazz à s'être déroulé à Cannes, Alpes Maritimes, Provence Alpes Côte d'Azur, France, du 8 au 13 juillet 1958.

Toujours grâce à l'Institut National de l'Audiovisuel et donc à nos impôts, taxes et contributions, heureux contribuables français, voici qu'est présenté restauré le premier festival et même le premier concert de Jazz filmé par la télévision française. C'était en 1958 et c'est l'oeuvre de Jean-Christophe Averty, évidemment. En France, nous devons le Jazz en concert à la radio à André Francis, à la télévision à  Jean-Christophe Averty (" Averty, c'est moi " comme l'a écrit Martial Solal en son hommage). Merci aux cinémas MK2 de l'avoir diffusé dans le cocon de sa salle du Grand Palais à un prix (7 €) et à une heure (20h) parfaitement raisonnables.

En 1958, le festival de Jazz de Cannes fut organisé conjointement avec celui d'une autre station balnéaire, Knokke-le-Zoute, en Belgique, sur la Mer du Nord. La conjonction des deux événements permit de constituer une affiche fabuleuse allant du New Orleans au Hard Bop et au Cool, de Sidney Bechet à Donald Byrd et Stan Getz en passant par Dizzy Gillespie et Ella Fitzgerald. Sans oublier deux saxophonistes ténors de légende réunis: Coleman Hawkins et Don Byas.

En séance d'ouverture, le soleil, la Mer Méditerranée, la plage, les jolies filles qui bronzent et Coleman Hawkins en fond sonore. Elle est pas belle, la vie? Les concerts avaient lieu au Palais des Festivals, celui du cinéma. Pour que des concerts de Jazz en France aient lieu en plein air, au bord de la mer, comme à Newport, il fallut attendre Antibes-Juan-les Pins et 1960, rejoint en 1974 par Nice.

Que voit-on d'autre dans ce film? Sidney Bechet, toujours ébouriffant de puissance et de swing, accompagné par de jeunes musiciens français qui sont plutôt ses fans que ses sidemen. Dès que Sidney prend un solo, il met tous ces blanc-becs à l'amende. Ella Fitzgerald arrive à l'aéroport de Nice où elle est accueillie comme une Reine. Logique. Si Louis Armstrong était le Roi du Swing (titre usurpé par Benny Goodman), Ella en était la Reine. Puis elle chante sur scène " How long has this been going on? " et c'est le grand frisson. 

Ensuite viennent Coleman Hawkins et Roy Elridge dit " Little Jazz " parce qu'il était petit et qu'il était le Jazz incarné, le lien, à la trompette, entre le jeu de Louis Armstrong et celui de Dizzy Gillespie. Si Adolphe Sax a inventé le saxophone ténor, c'est Coleman Hawkins dit " Hawk " ou " Bean " qui a inventé la façon de s'en servir. Voir et entendre Hawkins et Elridge jouer sur scène ensemble, quelle claque! Interviewés, les musiciens se réjouissent de l'accueil, de l'ambiance, d'avoir pris le bateau jusqu'à  l'île Sainte Marguerite, salué la mémoire de Nicola Paganini ( qu'Ella Fitzgerald chanta d'ailleurs) et dégusté de la bouillabaisse ce qui leur inspira un " Bouillabaisse Blues " d'anthologie sur l'île au milieu des vacanciers.

Ensuite apparaît Dizzy Gillespie en costume blanc et lunettes noires accompagné d'une rythmique où Martial Solal, au piano, est déjà en train de construire son univers lorsqu'il prend un solo tout en offrant un solide et stimulant soutien comme accompagnateur. Quant à Dizzy Gillespie, en 1958, il est dans une forme olympique, chaud bouillant, rythmique, pyrotechnique et nous tenant chaud à l'âme. 

La première émission se termine par un trumpet summit avec Dizzy Gillespie, Bill Coleman, Teddy Buckner, Roy Elridge aux trompettes. La rythmique est la même que pour Dizzy (Martial Solal, Arvell Shaw, JC Heard) et Dizzy reste le boss.

La deuxième émission commence par une jam session sur " Perdido " (Juan Tizol) mélangeant musiciens français et américains. Don Byas (sax ténor) et Teddy Buckner (trompette) mènent les débats avec classicisme et efficacité. Vient ensuite Albert Nicholas, clarinettiste New Orleans moins puissant que Sidney Bechet mais fort élégant et intéressant à écouter.

Sidney Bechet revient sur scène avec un groupe de musiciens de son niveau puisqu'il est accompagné de Vic Dickenson (trombone), Teddy Buckner (trompette), Sammy Price (piano), Arvell Shaw (contrebasse), JC Heard (batterie). Ils improvisent sur " Sweet Georgia Brown " et nous infligent une sévère leçon de Swing. Nom de Zeus, ça déménage! La première fois que John Coltrane écouta Sidney Bechet jouer du sax soprano, il demanda au critique qui lui avait fait écouter l'album: " Est-ce que ces vieux types swinguaient tous autant? ". Pas tous, juste Sidney que Duke Ellington considérait comme un soliste de valeur supérieure à Louis Armstrong.

Retour au calme avec une interview de Jean Cocteau, premier Président de l'Académie du Jazz en France. Cocteau explique qu'il fut le premier à considérer le Jazz comme une musique de chambre et non plus comme une musique de danse. Il reproche d'ailleurs aux spectateurs leurs débordements d'enthousiasme car ils tapent des mains et des pieds pendant que les musiciens jouent. Sauf que l'ami Jean ne tient pas compte du fait que les musiciens peuvent chercher cette réaction du public. Le Jazz est de la poésie qui soulève l'enthousiasme. Ce n'est plus une machine à rythme car les musiciens y ont ajouté de l'expression, de la sentimentalité (il ne dit pas sentimentalisme car il est évident que le sentimentalisme est propre à la musique de variété et étranger au Jazz). Le Jazz est le concert de chambre absolu avec des solistes incomparables. Bien parlé, Monsieur Cocteau. 

La preuve que le Jazz est cette alliance de virtuosité technique et de sentimentalité avec le quintet de Donald Byrd (trompette) et Bobby Jaspar (flûte) qui suit aussitôt l'interview de Jean Cocteau. Ensuite,Kenny Clarke interviewé nous explique sa joie de jouer avec Martial Solal à Paris et de retrouver Dizzy Gillespie sur scène à Cannes. Cela s'entend tout de suite quand Dizzy revient sur scène avec Martial Solal, Arvell Shaw et Kenny Clarke.

Pour finir, un tenor saxophone summit avec Stan Getz, Guy Laffitte, Barney Wilen, Don Byas, Coleman Hawkins par ordre d'apparition sur scène. La rythmique est composée de Martial Solal, Pierre Michelot et Kenny Clarke mais elle n'est là que pour faire briller les solistes. Il n'y a pas de discours cohérent. Chaque saxophoniste fait son numéro chacun son tour. C'est le jeu. Barney Wilen n'a que 21 ans mais c'est déjà un crack, sidérant d'aisance. Il n'y a pas de manchot là dedans même si Guy Laffitte, fidèle disciple du Hawk est le moins original ce qui ne signifie pas qu'il ne soit plaisant à entendre.

Bref, écouter comme voir ces enregistrements revient pour le spectateur à se livrer à une orgie de Swing en toute légalité, sans aucun risque pour la santé. Cure vivement recommandée. Elle n'est pas remboursée par la Sécurité Sociale bien que ses effets antidépresseurs soient éprouvés et garantis depuis maintenant 55 ans. Précision: lectrices observatrices, lecteurs scrutateurs, sachez que le double album contient beaucoup plus de musique que le film.

 

Voici Stan Getz jouant " Ghost of a chance " et " Indiana " lors du festival de Jazz de Cannes 1958 accompagné par Martial Solal au piano. La pure classe. Rien à ajouter.

 

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Enfin! Marc Benham en quartet au Sunside

Publié le par Guillaume Lagrée

Enfin!

Marc Benham Quartet

Le Sunside

Pairs, Ile de France, France

Lundi 31 octobre 2016. 21h.

Marc Benham : piano

Youen Cadiou : contrebasse

Jeff Boudreaux : batterie

Quentin Ghomari : trompette

Après un album solo nommé " Herbst ", un concert solo à Annecy (74), un album solo " Fats food " en hommage à Fats Waller, voici qu’enfin je vais écouter Marc Benham en quartet jouer Fats à sa façon.

Jeff Boudreaux commence par faire rouler ses tambours aux balais puis aux maillets. Tout à coup, ça s’agite avec la trompette en wah wah et le piano joué en stride. Le jeu du quartet oscille entre le jazz contemporain et le swing, d’une manière plus directe que Franco d’Andrea. J’entends même des influences classiques voire baroques.

Une sorte de marche cool qui balance. Ca sonne bien funky. Jeff Boudreaux tient le rythme au bout de ses baguettes. La trompette reprend par un chant victorieux. Le pianiste rajeunit le stride. L’héritage de La Nouvelle Orléans s’entend chez Jeff Boudreaux. Normal il est natif de Bâton Rouge en Louisiane.

Le trompettiste met une grosse sourdine et le quartet part en ballade, avec le batteur aux balais pour faire les choses proprement. La sourdine est ôtée et le batteur revient aux baguettes. Ca swingue. Duo contrebasse/trompette tranquille. Un nouveau dialogue suit entre pianiste et batteur (balai main gauche, batterie main droite). Ca frotte et ça cliquète. Le quartet repart puis tout s’arrête pour un solo de piano stride modernisé. C’était « The Sheik of Araby », composition de Fats Waller dédiée à une ville de la banlieue de La Nouvelle Orléans. Il y a du pétrole en Louisiane. Tout s’explique.

PAUSE

Le pianiste attaque par un Blues. Jeff aux balais.

Un ou deux morceaux que Fats Waller ne connaissait pas (Marc Benham). Solo de piano creusant le grave. Ca tourne. Morceau plutôt funky avec trompette wah wah puis ouverte. Ce swingue, sapristi ! Ca repart en ballade avec le batteur aux balais. La trompette monte en intensité émotionnelle. Beau solo de contrebasse qui devient plus grave et plus bondissant en avançant. C’était un medley de «  Portrait of Wellman Braud » (contrebassiste considéré comme l'inventeur de la walking bass) extrait de « New Orleans Suite » de Duke Ellington puis un morceau de Youen Cadiou pour finir par « Bourbon Street Parade ».

Batteur aux balais. Rythmique tranquille à la Erroll Garner. Très Blues. Le pianiste sonne à la Basie. Peu de notes, jouées relax. « En attendant le jour » (Sidney Bechet).

Pour la première fois de ma vie, je vois un trompettiste jouer de la trompette à coulisse. Je connaissais le trombone à coulisse et à pistons, la trompette à pistons mais j’avoue que j’ignorais l’existence de la trompette à coulisse. Faute. Cela demande une précision d’horloger jurassien dans le jeu. Quentin Ghomary en est capable. Superbe duo piano/trompette pour un classique revisité «  Petite fleur » de Sidney Bechet. «  La plupart des saxophonistes bavardent. Sidney Bechet, lui, vous parle » (Jean Cocteau). C’est dans cet esprit que ce morceau fut joué.

Retour au quartet et à la trompette wah wah. Un peu de stride, pardi ! Solo de batterie aux baguettes. « Greentigo » (Youen Cadiou) soit « Vertigo » en français.

« Les barricades mystérieuses » (François Couperin). Un morceau pour clavecin du Grand Siècle joué en piano solo par un Jazzman. Le thème est bien reconnaissable mais Marc le dérègle en y injectant des syncopes, des décalages propres au Jazz. Retour au thème pour le final.

Le quartet repart sur un classique de Fats Waller « Honeysuckle rose ». Trompettiste à la sourdine Harmon. Bien joué dans l’esprit.

PAUSE

Arrivée de 2 invités surprise du groupe The Mr Days

César Poirier : saxophone alto

Mario Ponce Enrile   : chant 

La salle s’est vidée. Il reste quelques irréductibles dont ma pomme et deux amis. Certes nous sommes un lundi soir mais le mardi 1er novembre est férié.

Le quartet devenu sextet finit par des classiques de Fats Waller.

«  Willow weep for me », « Ain’t mishebavin » (en français, " Je ne trompe pas ma femme "), «  On the sunny side of the street » et « Just one of those things ». C’est la fête finale. La joie règne sur scène et dans la salle. Ca fait du bien par où ça passe. Ca ne fait pas de mal de se faire du bien et c’est très bon pour ce que nous avons.

 

Vous trouverez des extraits sonores de l'album  " Fats foodICI.

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David Krakauer Ancestral Groove renverse le Duc des Lombards

Publié le par Guillaume Lagrée

David Krakauer Ancestral Groove

Le Duc des Lombards

Paris. Lundi 29 juin 2015. 21h30.

En concert au Duc des Lombards le mardi 30 juin et le mercredi 1er juillet 2015 à 19h30 et 21h30.

David Krakauer: clarinettes

Sheryl Bailey: guitare électrique

Jerome Harris: guitare basse électrique

Michael Sarin: batterie

Keepalive: ordinateur, échantillonneur

" On va commencer avec un morceau pour vous. Ca s'appelle Kickin'it for You ". D'abord un sample de musique klezmer des années 20. Puis le groove hypnotique de la rythmique et au dessus la clarinette qui swingue la mémoire yiddish.Solo de guitare Blues Rock. Ce son de clarinette, c'est la joie-souffrance, l'âme juive d'Europe de l'Est. Un sépharade ne pourrait pas jouer cela.

David Krakauer parle bien français avec un délicieux accent new yorkais. Il nous explique la recherche de ses origines lorsqu'il a pris conscience de l'accent russe de sa grand mère. En 1992, il a pu jouer à Cracovie car le rideau de fer était tombé (David Krakauer est né en 1956). Il s'est senti chez lui. " Krakowski Boulevard ". La batterie entre en résonance avec des bruitages électroniques et funky. Il y a de l'agitation sur ce boulevard. Soldats allemands et russes sont partis. C'est la joie des jeunes filles dansant en liberté. David Krakauer n'est pas un américain moyen regardant des séries télé et faisant 2,5 enfants comme il le dit si bien. Sa culture est bien plus riche. Dans cette musique, il y a 2 sources essentielles: le klezmer (musique blanche) et le funk ( musique noire). C'est toujours du Jazz, musique métisse. La rythmique est vraiment très funky. Je retrouve Prince dans le feeling. D'ailleurs, c'est une femme à la guitare. Ca aussi, c'est Princier. Sacrée attaque à la clarinette et ce son aigu du klezmer, comme le vinaigre pour le molossol. Là, c'est carrément la chevauchée dans la steppe ou le bal nuptial.

Un hommage de David Krakauer au professeur qu'il n'a jamais rencontré, Sidney Bechet. " Klezmer à la Bechet ". Démarrage bien funky. Le son de la clarinette est lui tiut à fait klezmer. Bechet, lui même, joua " My yiddishe Mama ". La clarinette fend les murs. Le groove se fait plus subtil, plus discret mais toujours puissant. Le groupe repart plus rock, plus brutal.

" Offering " (David Krakauer et non John Coltrane). Un morceau commencé après le 11 septembre 2001, en hommage aux victimes, suite à une création avec un danseur japonais. Clarinette basse. Son grave, respectueux. Pas un chant funèbre mais de souvenir. Effets planants de la guitare mais de bon goût. C'est émouvant, nom de Zeus! Ca accélère doucement, souplement. Il monte dans l'aigu de l'instrument. Il y a du Eric Dolphy là dedans.

Puisqu'il s'agit d'un groupe new yorkais qui inaugure le festival " Nous n'irons pas à New York " au Duc des Lombards, le groupe va nous jouer un morceau de John Zorn, typique du Lower East Side. Le quartier juif, des artistes, des hippies, des punks. Un rap en hommage à ceux qui avaient raison de dénoncer la pollution. En anglais et en français, par David Krakauer, s'il vous plaît. La clarinette crie sa colère et sa rage de vive. Ca attaque ferme. Il manque une piste de danse dans la salle pour une musique aussi énergique.

Un morceau appris à Kichinev en 1989 d'un maître moldave, Emil Kroitor (accordéon). " Moldavian Voyage ". Comme certains musiciens noirs américains (Dizzy Gillespie, Art Blakey, Louis Armstrong, Duke Ellington) voyagèrent en Afrique à la recherche de leurs racines, David Krakauer a voyagé en Europe de l'Est à la rencontre des siennes. Il joue ce voyage à Paris, non loin du Marais, quartier important pour la communauté juive en Europe. Un chant traditionnel en boucle. Après quelques improvisations vocales, David Krakauer se remet à la clarinette. Une douce complainte. Ca groove toujours. Le tempo s'accélère. Le batteur hache le tempo. C'est la fête yiddish. Retour à la complainte. Enchaînement sur un beau solo de clarinette. David Krakauer fait tournoyer son instrument afin de déplacer le son. C'est la transe yiddish qui vient des chants et danses sacrés juifs. Le roi David dansa devant le Seigneur dit la Bible. La note est tenue grâce à un souffle continu. David Krakauer a t-il appris la technique du souffle continu auprès des maîtres du yoga en Inde comme Sonny Rollins? Le groupe le rejoint pour un air funky, dansant. La joie triomphe de la peine. Enchaînement sur une musique de danse qui pour moi, Français moyen, rappelle irrésistiblement Louis de Funès dansant dans " Rabbi Jacob ".

RAPPEL

" Moskovitz ", une autre chanson festive. Ca pulse. Les samples se fondent bien dans la musique, deviennent un instrument. La basse slappe avec un son énorme. Non seulement, c'est la canicule dehors mais, en plus, ces gars et cette fille chauffent la salle alors que leur musique vaincrait le Général Hiver, le meilleur défenseur de la Sainte Russie. Solo de guitare. Ca, c'est Prince! Mais Prince ne joue pas avec un clarinettiste klezmer.

Le public en veut encore. Ca tombe bien. Le groupe aussi. Un morceau de l'autre projet de David Krakauer " The Big Picture " dédié aux films qui ont marqué sa vie. Titre " La voix de ma mère ". A ce propos, quelle est la différence entre une mère juive et un terroriste irlandais? Avec un terroriste irlandais, tu peux négocier.

Merci à David Krakauer pour sa musique, son empathie avec le public et son excellent français mâtiné d'un délicieux accent new yorkais. Certains spectateurs américains se sont même plaints de ne pas comprendre ses propos. Tant pis pour eux. Nous n'étions pas à New York mais bien à Paris. Il a chauffé le public blasé du Duc des Lombards. Même mon compère, le flegmatique Mr Q, en perdit son calme légendaire.

La photographie de David Krakauer est l'oeuvre de l'Illustre Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

David Krakauer par Juan Carlos HERNANDEZ

David Krakauer par Juan Carlos HERNANDEZ

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Jazz Archive (Mezzo&INA): Rahsaan Roland Kirk. Paris. 1972.

Publié le par Guillaume Lagrée

Mezzo & INA

 

Rahsaan Roland Kirk

Diffusé sur Mezzo avec l'INA le jeudi 19 juin 2014 à 20h30

DVD en vente libre

Mosaic Records

Reelin' in the years productions. Jazz Icons.

 

Rahsaan Roland Kirk: saxophones, flûtes, percussions

Ron Burdon: piano

Henry Pearce: contrebasse

Richie Goldberg: batterie

Joe Texidor: tambourin, percussions

 

1h14mn de concert de Rashaan Roland Kirk en couleurs à Paris en 1972, ça donne quoi? C'est très sagement coltranien jusqu'à ce que Rashaan démarre seul sur une version polyphonique de " Satin Doll " de Duke Ellington. Le batteur le relaie au triangle. Agaçant et prodigieux à la fois. Comme Sonny Rollins, Rashaan pratiquait la respiration circulaire et, avec une telle imagination, la musique jaillisait hors de lui, à jet continu. Ses musiciens attendent derrière. Que faire d'autre? 

Une composition dédiée  " For Bechet and Ellington ", les créateurs de la musique classique noire comme dit Rahsaan. Il revisite 50 ans d'histoire du Jazz en un morceau. Très bel hommage. Le vibrato à la clarinette n'est pas le même que celui de Sidney Bechet mais le respect est là. Un signe au pianiste (Rahsaan était aveugle) et celui-ci cesse de jouer. Jolie marche jouée par le batteur. Après la joliesse de la clarinette, gros son de sax ténor comme s'il voulait jouer toute la section de saxophones de l'orchestre du Duke à lui seul.

Retour à la Soul Music avec " Ma chérie amour " de Stevie Wonder. A la flûte traversière. Il joue aussi avec la bouche, le nez, de deux flûtes en même temps, sans oublier un ocarina. Tout cela en restant coordonné bien sûr. Ce n'est pas seulement du show mais aussi la volonté d'utiliser au maximum les possibilités de son corps pour jouer de la musique. Ses musiciens se sont tus laissant libre cours à sa fantaisie. 

La composition suivante est dédiée au flûtiste classique français Jean-Pierre Rampal si j'ai bien compris. Rahsaan joue d'une flûte traversière et d'une flûte à bec en même temps, fantaisie que Jean-Pierre Rampal ne se serait jamais permis. Cela ne s'apprend pas au Conservatoire. Ca démarre ensuite à fond les manettes. La rythlique ponctue les envolées du leader.

" Groovin High " de Charlie Parker et Dizzy Gillespie. Rahsaan Roland Kirk continue de parcourir l'histoire de la musique noire américaine avec, maintenant, le Be Bop. Il le joue au stritch, espèce de grand saxophone soprano qui sonne comme un alto. Surprenant.

Il poursuit, toujours au Stritch, avec une ballade de John Coltrane, me semble t-il. Par contratse, sûrement voulu, la rythmique joue sobrement et sagement.

Au saxophone ténor, poussé par le tambourin, Rahsaan Roland Kirk, démarre un morceau survitaminé dont le saxophoniste ténor français Olivier Temime reprit le titre pour nommer son groupe, " Volunteered Slavery ". Ecouter ce morceau, c'est se retrouver dans une fusée au moment du décollage. Le moteur chauffe et, quand ça part, ça vous arrache du sol. Rahsaan avait-il lu en anglais et en braille " Le discours de la servitude volontaire " d'Etienne de la Boétie, l'ami de Michel de Montaigne? Rahsaan est passé à 4 instruments à vent dans sa bouche en même temps. Il développe ensuite au sax ténor, ajoutant de temps en temps un autre instrument. Je plains celles et ceux à qui cette musique ne donne pas envie de danser en toute liberté. Oh yeah, grogne le contrebassiste. Tout le monde passe aux percussions sauf le contrebassiste  et Rahsaan explose le sax ténor tout en chantant et grommellant.

Il enchaîne directement sur une ballade, au sax ténor. Dans le public, au premier rang, un vieux monsieur avec une casuqette se lève pour remettre un saxophone qui risquait de tomber à terre. Délicate attention. Polyphonie avec 3 saxophones joués en même temps, un main droite, un main gauche, le 3e sans les mains. Ca se termine avec toutes sortes de jeux sonores.

Rahsaan Roland Kirk et son quintette jouent, cette même année 1972, au Montreux Jazz Festival, en Suisse, à l'époque où il y avait encore du Jazz à Montreux, " Volunteered Slavery ". Ce soir là, il y a eu le feu au Lac ou bien! Tout de bon.

 


 

 

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" For Maxim. A Jazz Love Story " Julie Saury

Publié le par Guillaume Lagrée

" For Maxim. A Jazz Love Story "

Julie Saury.

Black and Blue. 2016.

Julie Saury: batterie

Philippe Milanta: piano

Bruno Rousselet: contrebasse

Aurélie Tropez: clarinette

Frédéric Couderc: saxophone ténor, saxello, C Melody, flûte, appeaux divers et variés!

Shannon Barnett: trombone et chant

L'album en CD et l'album en vinyl ne comportent pas les mêmes morceaux.

Concert de sortie à Paris, au Sunside, vendredi 24 février 2017 à 21h.

Julie Saury est la fille de Maxim Saury (1928-2012), clarinettiste de Jazz New Orléans, fidèle disciple de Sidney Bechet.

Elle a grandi avec la musique de sa génération, la mienne aussi, a adopté la batterie, a été fascinée par Sheila E, batteuse de Prince. Peut-être a t-elle aussi eu comme modèle Terry Lyne Carrington, batteuse de Stan Getz, Dizzy Gillespie, Wayne Shorter, Herbie Hancock.

Bref, même si elle a beaucoup joué dans le groupe de son papa, Julie Saury n'aime pas le Jazz à la papa.

Maxim Saury ayant rendu son dernier souffle en 2012, sa clarinette s'est tue mais l'amour que lui porte  sa fille, est toujours vivant.

Pour lui rendre hommage, Julie a décidé de jouer la musique de son père à sa manière à elle.

C'est pourquoi vous reconnaîtrez des classiques du Jazz Old School: " Sweet Georgia Brown " (1), " Stars fell in Alabama " (4), " Saint Louis Blues " (5 en solo de batterie, 6 en groupe ), " Petite fleur " (8, subtilement arrangé par Patrice Caratini).

Les thèmes sont reconnaissables mais rafraîchis, joués dans un style actuel qui bouscule ces vieux morceaux sans les renverser.

Julie a trop de respect et d'affection pour son père pour briser cette musique qu'il aimait tant. Elle la revivifie en y insufflant de la joie, de l'amour, de la vitalité.

Si elle ne joue pas " My heart belongs to daddy ", tout cet album le dit.

" There is no bullshit about music " aimait dire Dizzy Gillespie. C'est bien ce que font Julie Saury et ses complices ici. Ils ne trichent pas, ils jouent.

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Festival Jazz et Images au Cinéma Balzac, à Paris, de 2016 à 2017

Publié le par Guillaume Lagrée

Cinéma Balzac

Paris, Ile de France, France

Festival Jazz et Images 

De décembre 2016 à mai 2017

Lectrices cinéphiles, lecteurs mélomanes, le festival Jazz et Images au Cinéma Balzac, 1 rue Balzac, 75008 Paris, France, n'a pu vous échapper. J'ai largement parlé de la première édition sur ce blog.

On ne change pas une équipe qui gagne. Le saxophoniste, compositeur, leader et professeur Vincent Le Quang s'y colle de nouveau, organisant une soirée par mois: un film documentaire sur un Jazzman mort ou vif précédé d'un concert hommage au dit Jazzman, avec sa participation s'il est encore en vie.

Au programme pour la 2 édition:

- vendredi 2 décembre 2016 à 21h: John Coltrane Quartet au festival de Jazz de Comblain-les- Tours, en Belgique, le 1er août 1965 précédé du quartet de Vincent Le Quang. 

- vendredi 24 février 2017 à 21h: Jazz au Studio 3: Blues Again ( 1961) avec Memphis Slim, Jeanne Lee, Ran Blake, Pierre Michelot, Kenny Drew précédés du trio Yes is a pleasant country (Jeanne Added, Bruno Ruder, Vincent Le Quang)

- vendredi 17 mars 2017 à 21h: Thelonious Monk Quartet Live (1966) précédé du trio Sophia Domancich/Simon Goubert/Vincent Le Quang;

- vendredi 28 avril 2017 à 21h: Made in France (1989) précédé de François Jeanneau Quartet, le saxophoniste sujet du film.

- vendredi 12 mai 2017 à 21h: Le Vieux et le Président, hommage à Sidney Bechet et Lester Young (1959) précédé de New Orleans Revival, groupe composé d'élèves de Vincent Le Quang au Conservatoire National supérieur de musique et de danse de Paris.

- vendredi 9 juin 2017 à 21h: soirée Dizzy Gillespie avec un concert filmé à Paris au studio 104 de la Maison de la Radio en 1970 et un concert d'Airelle Besson.

- vendredi 23 juin 2017 à 21h: soirée Daniel Humair sur scène et à l'écran

 

Lectrices cinéphiles, lecteurs mélomanes, retrouvez vous un jour de Vénus par mois, à 21h, au Cinéma Balzac, à Paris, pour le festival Jazz et images. J'aurais grand plaisir à vous y rencontrer.

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