Ismail Sentissi " Todo es presente ". Concert de sortie au Sunside

Publié le par Guillaume Lagrée

Ismail Sentissi Sextet

Paris, Ile de France, France

Le Sunside
Vendredi 23 janvier 2026. 21h30

Concert de sortie de l'album Todo es presente
 

Le sextet d'Ismail Sentissi est composé de

Ismail Sentissi – piano

Roman Reïdid – trompette

Luca Spiler – trombone

Maxime Berton – saxophones

Maurizio Congiu – contrebasse

Cédric Bec – batterie

 

Eblouissantes lectrices, resplendissants lecteurs, vous avez déjà noté sur ce blog la chronique enthousiaste du deuxième album d'Ismail Sentissi, " Todo es presente ". Le concert de sortie en France avait lieu à Paris au Sunside le vendredi 23 janvier 2026 à 21h30. Absent de Paris ce soir là, la Citoyenne Carla PAQUIN, Dame du temps présent, a accepté d'écouter ce concert et d'en d'écrire la chronique  pour ce blog. Je la remercie et lui cède la parole.

 

          Cher lecteur, chère lectrice, bonjour ! Je pars souvent en vadrouille à l’écoute de cuivres, vents et percussions, et s’il m’arrive d’« écrivoter » ou de « dessinoter » pendant ces écoutes, je ne m’étais jamais essayée à une telle concentration. Ni écrivaine, ni critique de jazz, c’est avec pour renforts mon ouïe, mes récepteurs, mon cœur et mon âme, que j’ai tenté de relever au mieux le défi qui incombe aux zones d’inconfort en répondant donc positivement à la confiance investie par Guillaume que je remercie. Ses commandes étaient claires et généreuses : écrire comme je ressens.

J’espère que vous trouverez dans ces lignes un quelque chose qui vous plaira, de quoi titiller votre appétit sonore et écouter - en parallèle ? - le travail d’Ismail Sentissi que je ne peux que vous conseiller comme je l’ai tout à la fois découvert et aimé de concert.

          Todo es presente.. Tout est présent. Il s’agit du titre du second album que le compositeur et pianiste Ismail Sentissi est justement venu nous présenter ce soir avec son sextet. Son premier s’appelait lui Genoma, soit génome. Il y a ce qui est présent et ce que l’on active, me dis-je et, pour le moment, je plaisante en remarquant plutôt l’absence des musiciens et, contre mon gré, mon activité : c’est que je m’impatiente depuis mon tabouret en bout de salle situé...

Ancrée sur mon assise, je me demande ce que je m’apprête à déguster et si mes récepteurs et mon expression seront à la fois assez déliés et reliés entre eux pour que je parvienne à interpréter et à traduire ce que le compositeur voulu exprimer et ce que son œuvre m’aura fait ressentir.

Exercice d’ouïe plutôt que de vue certes, je regrette par avance cependant ne pas pouvoir distinguer les expressions des personnages de l’histoire que l’on nous contera ce soir. « On » dit qu’il suffit de couvrir un de nos sens pour que les autres s’en retrouvent décuplés. Je me déchausse de mes lunettes de vue ici inutiles en même temps que de ce regret venu du futur maintenant devenu caduque : ce soir, décuplons l’écoute !

          Le public commence à applaudir.. Pressentiment de la venue des musiciens ou actuelle venue, je ne puis le dire, et voilà que mon premier stylo lâche à ces lignes, le concert pas encore entamé... Les artistes entrent et, après quelques mots de l’un des gérants du lieu j’imagine, voici le concert et, avec lui le présent exercice, qui commencent !

1. Chen (Todo es Presente, 2nd album, 2025)

          Les premières notes que l’on entend sont jouées par le pianiste et compositeur Ismail Sentissi. Les sonorités sont camouflées : à l’aide de l’une de ses mains passée par-dessus bord, le pianiste les voile en appuyant sur les cordes simultanément jouées. Il est accompagné par le contrebassiste qui, avec son archet, contribue à l’émergence d’une atmosphère envoûtante.

Ismail Sentissi positionne maintenant sa seconde main sur le clavier. Les notes se révèlent dans toute leur clarté. J’imagine que cette manipulation est simple ; elle n’en est pas moins efficace : c’est l’effet inhérent aux contrastes que de rendre saillantes les singularités, soit, ici, l’éclat des notes jouées.

Un do est répété au piano pendant que d’autres notes, plus aiguës, sont brièvement appuyées. Le trombone, la trompette et le saxophone soprano se mêlent harmonieusement à la musique en commençant par réciter la mélodie à l’identique du piano. J’entends ensuite le pizzicato du contrebassiste.

Cela sonne comme une présentation : « Voici quels seront, ce soir, vos compagnons » entonnent les divers instruments. Et je songe que la répétition du do s’apparente à une sorte de brume depuis laquelle s’échappent des formes qui se précisent au fur et à mesure que s’en dégagent et s’étirent les différents phrasés.

Survient un tournant qui dynamise le morceau. Nous ne serons pas seulement là pour planer. L’impression que j’avais de formes qui se laisseraient de plus en plus s’entrevoir se concrétise et débouche en celle de la présentation d’un générique. Il annonce les péripéties qui parsèmeront notre parcours.

Je goûte à une musique pleine d’espoir et de direction. « Rien ne sera laissé au hasard. »

Alors que nous commencions à nous habituer à cette vivacité nouvelle, l’accalmie revient. Une enveloppe de douceur avant que, presque aussitôt, n’arrive la dernière note.

          Ismail Sentissi nous salue. La première présentation était musicale et la sobriété de la seconde – oratoire - rappelle sa composition, entière, authentique et sans ornementation. Il nous annonce le titre du morceau précédent et celui du suivant, éponyme du nom donné à son second album.

2. Todo es presente (Todo es Presente, 2nd album, 2025)

          Le saxophone soprano souffle une voluptueuse mélodie. La contrebasse le rejoint et contraste avec celle-ci avant que ne s’y ajoutent le piano et la batterie.

Ce chant m’inspire le désert. Mais à mesure que les autres instruments l’habillent, que s’y ajoute de la texture, mon impression se complexifie. Le désert demeure, mais en retrait ; nous nous situons dans une ville qui le jouxte. Oui, c’est cela, c’est un berbère qui s’est éloigné de ses terres pour se rapprocher de l’activité des villes sans doute. Le piano prend davantage le lead, suivit du soprano, et je le visualise tout à fait, déambulant dans les ruelles encore ensablées.

Le trombone et de la trompette accostent et propagent une sensation de pesanteur. Je pense au poids des bagages. Ne sommes-nous jamais tout à fait libres ? Le chant s’attriste légèrement.

Je regarde le contrebassiste, le batteur et le pianiste, tous trois souriants. Je les distingue finalement ? C’est que je viens de remarquer un écran au dessus du bar à ma droite.

Les accords me semblent altérés, la promenade plus tortueuse. Il y a dans ce morceau du sombre, une errance que l’on ne trouvait pas auparavant. C’est à ce moment que je réalise que le compositeur est marocain. Serait-ce pertinent d’avoir imaginé un berbère ? Et l’imagination aurait-elle toujours des pieds bel et bien au sol reliés ?

La prépondérance est accordée au piano, puis revient au soprano. Tout le monde chante. Il y a des envolées. Cela fait quelques années que j’ai remarqué, lorsque j’écris en écoutant de la musique, que mon écriture s’accélère à mesure de la progression - jugée par mes soins - qualitative de la musique. Ça y est, c’est le cas, ma main s’accélère.

Le sopraniste répète le thème qu’il a modifié et s’emporte. La percussion s’agite. « Il y a aura malgré tout ma percée » optimise le berbère. Les deux autres soufflants sont eux de ces compagnons qui soutiennent notre route.

C’est un voyage qui, avec ses errances et ses espoirs, est fidèle à la vie. 

Puis, et sans qu’on l’eut prédit, tout finit.

Ni hâte, ni longueur, aucune coda à proprement parler. Juste ce qu’il faut ; et en chœur. 

            Le pianiste, le contrebassiste et le batteur s’apprêtent à jouer un premier morceau issu du premier album du compositeur. Le pianiste annonce ce qui sera la première pause des soufflants qui doivent trouver le moyen de se frayer un chemin en dehors de la scène. Rires amicaux dans la salle.

3. Silences d’Oumma (Genoma, 1er album, 2021)

          Quelques notes ludiques au piano suivies d’un jeu mimétique par la contrebasse inaugurent ce troisième morceau. Commencent ici pour moi les difficultés d’écoute, oh que ça parle au bar… On dirait des phrases prononcées où se joignent des passages lentement articulés à d’autres plus précipités. Je goûte à une texture goût chocolat du côté du piano et à des pépites, ou plutôt à des grains de sel de Guérande, côté batterie.

Rapidement, chacun des trois instruments semble faire bande à part. S’ils évoluent dans  leur jeu propre, le tout se superpose harmonieusement. La mélodie s’adoucit, une expression pianissimo règne peu à peu chez tous les instruments.

La contrebasse s’amuse. Le solo est assez groovy ; d’ailleurs, le contrebassiste danse avec sa concubine. Le piano émerge, hypnotise. Le touché est délicat. Nous nous disons qu’il semble vouloir nous communiquer un tout plein de choses. La batterie s’élève...

Je me rappelle qu’il faut que j’arrête de regarder. Je ferme les yeux... J’ai chaud. J’enlève mon pull. « C’est pas toujours le sens que l’on croit » me dis-je, lorgnant sur ma thermosensation qui de toute évidence sut prendre le dessus sur mon ouïe.

Quelqu’un claque des doigts deux rangs derrière moi. Temps impairs obligent...

Le  pianiste plaque des accords de façon cyclique. Ils entrecoupent le jeu de la batterie tout en lui permettant de s’emballer.

Finalement, je commence à comprendre, je découvre une musique à parties et aux cadences changeantes. Ce sont des paysages. Le morceau s’achève à la fin de l’une des phrases d’accords répétée par le pianiste. Les dernières notes me restent en tête jusqu’au retour des soufflants.

3. Fela (Todo es Presente, 2nd album, 2025). Hommage au musicien et activiste nigérian Fela Kuti

          Quelques coups de batterie à peine et voici que tous les instruments prennent part à la discussion. Des tons graves sont superposés aux aigus. Il y a d’emblée de la profondeur et un côté quelque peu méditatif.

Le sopraniste entonne à nouvel un air de balade avec plusieurs espèces de feintes et de glissades. Son jeu est fluide et joueur, modeste et audacieux. Il me semble ne pas suivre de code mais ne s’étale pas non plus en de trop foisonnantes démonstrations. Je trouve vraiment joli ce contraste entre l’aspect débordant du début du morceau et ce chant en cavalier seul maintenant.

L’accompagnement du pianiste devient plus sonore. Il lui fait du coude, ce qui amène le soufflant à gigoter de plus en plus. Son jeu s’accélère. Je pense à la figure du tuteur qui tout à la fois sous-tend la présence et l’espace, la liberté, nécessaires à l’épanouissement de son élève.

Un bref silence inaugure une autre dynamique et le retour des autres soufflants. C’est plus saccadé. Nous entendons plusieurs voix qui ne disent pas la même chose au cours d’allées et venues entre eux et la batterie. Chacun son cri.

Le thème du début et sa méditative couleur resurgissent. C’est plus riche qu’au départ. Les soufflants agrémentent à leur tour et à l’envi les fins de phrase. Leur réapparition fut une surprise qui fait du bien à l’oreille. Le massage comme métaphore : c’est parfois toucher un autre endroit que celui que l’on travaille à dénouer qui étonnamment permet le mieux de faire circuler nœuds et flux d’énergie. A l’instar, ici, ils appuyèrent les sonorités dont on ne savait pas qu’elles nous seraient bénéfiques.

Les montées et les descentes du soprano forment un fond sonore, la trompette et le trombone prennent plus d’ampleur. On se dit qu’on aime ; et fin. Ils ne font – décidément - jamais dans le trop.

4. Cafouillages (Genoma, 1er album, 2021)

          Le début est entraînant. Bientôt, le jeu d’Ismail donne l’impression d’une jambe qui traîne. Cela détonne et donc étonne, une formule qui ne manque pas de nous séduire.

Les accords mirent du temps à arriver. La batterie s’ajoute et donne presque l’impression d’énumérer un code. La mélodie de la contrebasse ressort puis s’estompe afin que l’on entende à nouveau davantage le piano.

L’une des mains du batteur joue de ses doigts du tambour pendant que l’autre manie le balai. C’est subtil. Côté piano, la main gauche ressort et je me demande s’il est gaucher. J’ai envie de battre la mesure avec lui.

Je vois comme un jeu de fumée. Le trio s’élève puis s’emporte et le saxophoniste se joint à eux. Son jeu me fait penser à une main d’artiste qui dessine avec rapidité. Tout est furtif, et les voix se mêlent extrêmement bien. Tels les meilleurs bazars, c’est le bordel mais tout y a sa place ; et il commence même à y avoir raccord. J’imagine alors une soirée où quatre amis dansent des motifs pourtant propres à chacun mais par-delà lesquels éclôt une symbiose certaine. Vient un moment où l’un des danseurs adopte un autre « move », et celui-ci sera repris dans la foulée par ses camarades.

Je ne sais comment les musiciens s’accordèrent mais voilà qu’ils entament au même moment une descente... Une boucle est répétée, avançant comme de courtes spirales faisant figures de transe. Sept intonations, la dernière note est jumelée par le piano, et fin.

5. Première fois (Genoma, 1er album, 2021)

          Ismail Sentissi nous apprendra juste après que certains de ses titres, notamment celui-ci, ont d’abord été composés à la guitare avant d’être réadaptés à d’autres instruments. « Cela donne une autre vie » nous intime t-il.

          Ismail joue seul quelques notes. Je n’entends plus l’espoir qui accompagnait les autres morceaux, j’éprouve de la nostalgie.

Le contrebassiste utilise seulement l’archet, ses mouvements sont lents et longs. La salle s’assagit. C’est sensible. Le jeu du piano a tout de même un petit quelque chose de jazzy qui propage en nous l’envie de rythmer le temps en balançant notre corps d’avant en arrière.

L’atmosphère est fendue par le chant du soprano. Pourtant, celui-ci fait écho au piano. Je me mets à penser que c’est comme avoir une ombre ou un animal de compagnie qui nous suit. Ma perception évolue : ne serait-ce pas plutôt un prolongement de soi, un camarade en nous, un enfant intérieur qui rappelle que l’on n’est finalement jamais tout à fait seul.

C’est un univers que je suis heureuse de découvrir.

Il y a un espace tel, entre ce que disent le piano et le saxophone, que cela nous procure une impression d’espace, un espace non pas vide mais plein. C’est quelque peu triste mais certainement pas mou. C’est pour l’heure le morceau que je préfère.

Le saxophone s’interrompt – nous est offerte une pause d’une généreuse douceur.. - puis revient. Les fluctuations peintes laissent de plus en plus l’impression qu’il ne s’agit non pas de résignation mais de résilience. Il y a de l’activité. Il faudra peut être laisser de notre sensibilité, ne plus être à vif et décorer pour continuer ; mais on nous donne à voir que c’est faisable.

Il y a désormais certaines excentricités côté saxophone. Le jeu au piano, lui, se simplifie.

Nous aurions pu indéfiniment poursuivre l’écoute mais échoit un ralentissement.

Cinq notes seulement annoncent un changement qui s’avérera n’être autre que l’achèvement – achèvement ou aboutissement, à notre interprétation de choisir.

Une fin sur une descente. La dernière note est tenue – et je m’aperçois alors qu’à peine ai-je eu le temps de ressentir un léger égaiement, dissemblable à la couleur principale du morceau, que la progression du tableau s’arrête net.. Je reste moi en suspens.

6. Vent Sourd (Genoma, 1er album, 2021)

          Après le calme, la salle reprend son souffle qu’elle avait pour ainsi dire coupé.

          Le batteur manie un instrument que je connais peu, il me semble qu’il vient d’Amérique latine, c’est une boule que l’on fait tourner et cogner contre sa main à l’aide d’une ficelle et qui permet au musicien d’alterner de multiples cadences. Il tient donc d’une main cet objet et frotte de l’autre la surface de la caisse devant lui. Il y a trop de bruit là où je suis pour que je puisse m’imbiber de ce que le batteur nous propose. Je me concentre...

Ses façons de jouer des tambours et de la grosse caisse animent des bousculades. L’absence de rythmique autre qu’auto-investie rappelle celle des précipitations contre les vitres. Je pense aussi aux vagues qui s’élèveraient et s’affaleraient contre le littoral ; au vent soufflant entre et contre les arbres. C’est quelques temps après seulement que je me souviendrai du titre du morceau.

Le rythme s’élève, il devient à la fois plus rapide et plus régulier. La caisse claire s’emballe, les fouets s’agitent. On attend l’explosion. Les cymbales s’ajoutent enfin.

Je me dis naïvement que cela ressemble de plus en plus à une batterie. Je m’époustoufle : le batteur a réussit à me faire entendre des sons que je n’associais pas jusqu’ici à proprement parler à son instrument, pour la faire naître ensuite par amoncellement de sonorités. J’ai l’image d’une substance molle et abstraite qui prendrait forme petit à petit ; d’une chair revêtant progressivement son enveloppe. Cette genèse se parachève en l’impression d’une batterie se jouant elle-même. Je me dis avec le recul qu’il y a un parallèle à faire avec les éléments de la nature et les précipitations qui, sans l’entremise d’un maniement extérieur, se meuvent et s’ébruitent eux aussi comme de leur propre chef,

Le batteur joue puis coupe le son en posant ses mains sur les cymbales. Je me dis que cela ressemble davantage à de la communication de propos qu’à de la musique, si tant est qu’il faille distinguer les deux. Le jeu se fluidifie et le batteur paraît s’amuser en accentuant la sonorité ici ou là, à sa guise. Cela part dans tous les sens. Pour dernières images, celle du volcan qui s’excite, puis des braises qui crépitent.

Au « je pense donc je suis », je songe à la substitution d’un « je joue comme je ressens, et car je le puis ». Le jeu s’assagit, dernier éclat, silence.

7. Éthiopique. Hommage à Ethiopiques, recueil de poèmes de Léopold Sedar Senghor?

          La musique s’invite lentement. Pour signature presque tout du long, deux uniques notes jouées à la contrebasse. De l’alternance de leur expression et du silence qui les suit émane un épais mouvement allant de gauche à droite, et qui nous fait penser au serpent hypnotiseur dont le corps se dandine et défile de part et d’autre de sa tête, elle immobile. Elle laisse aussi au pianiste l’espace pour jouer à loisir.

Il y a un va et vient entre des moments intensité et d’autres, calmes, et je trouve les retours à ces derniers particulièrement jolis. S’y instille en moi l’envie d’une présence. On nous sert plein de rêves.

Au gré des cadences et des décors tapissés par le pianiste, d’un défilé de sonorités confuses, swing ou encore hésitantes, nous traversons des moments méditatifs, de tension et de douceur, des émotions tantôt empreintes de doute, tantôt juvéniles.

Je remarque que même lorsque Ismail ne joue pas de l’une de ses mains, celle ci est sur le clavier du piano. J’ai l’impression que tout cela est organique.

J’éprouve que le piano s’assombrit et sourdement pleure. Un poids qui pèse.

C’étaient auparavant sa jeunesse, ses 30 ans et leur « pimpance », et si nous goûtions à l’instant à leur soudaine résurgence, il sait que cette époque est révolue. La contrebasse sort de sa redite, s’épanche enfin, pour nulle autre raison que pour celle d’œuvrer au réconfort de son ami : « souviens toi, oui, de nos jours anciens, comme c’était bien, mais ne doute pas non plus, oh non ce n’est pas le mot de la fin ». Cela fonctionne. Le piano revient, revit, plus sereinement et sûr de lui ; « mon chant du cygne pourra, lui aussi, être exquis » augure-t-il. De son assurance ressort même sa vingtaine, et la contrebasse, devant l’allure de son éternel acolyte, est heureuse de savoir qu’elle a réussi.

Des « chhhhhh » à mes côtés trahissent l’espoir vite révélé erroné de faire régner l’écoute au comptoir... Les subséquentes complaintes m’empêcheront de savoir comment se termina ce chant du cygne ; qui donc, à mon ouïe, ne sera jamais advenu - ce qui, finalement et à n’en pas douter, ne me déplaît point.

8. Tuk Tuk (Titre présent sur les deux albums, ici la formation du premier)

          Le pianiste plaisante : comme nous pouvons le constater, l’ordre de jeu des morceau a été fait exprès pour faire faire du sport aux soufflants.

          C’est un des deux morceaux qui se trouve sur les deux albums. Mais à rebours de cette relative abondance voici ici-bas sa formelle sous-représentation ! Pour causes, ma fatigue dans l’exercice, sans doute, mais également le grabuge ambiant.. : cela brouhahate fort derrière moi. Je me demande, agacée, pourquoi viennent ces gens si c’est pour parler. J’ai même essayé de les faire se taire : la cuisance de l’échec essuyé le couronne, pour l’heure du moins, de l’écusson de la rareté.

          « 1, 2, 1, 2, 3 » à la batterie. Début en chœur par le pianiste, le contrebassiste et le batteur. Le sopraniste s’y joint, son chant est très joli et mélancolique. J’associe la mélodie à la promenade d’un rêveur solitaire, pour ne reprendre personne. Des progressions distinctes aux convergences et au cours du ralentissement de tempo à la fin, tout cela se marie très bien.

9. Sans annonce

          Ce morceau est un solo au piano, il n’a pas été annoncé.

          Je n’écrirai que quelques mots de ces notes au piano. Il s’en dégage un état réflexif qui se propage jusqu’en nous. C’est si simple et si joli. En fond sonore, la contrebasse.

Je crois que j’ai un faible pour ses compositions les plus tristes. Derrière moi, ceux qui participent du grabuge sont les mêmes qui chantonnent de part en part des bouts de mélodie.

Cela devient encore plus délicat puis prend fin.

10. Sunny Delight (Todo es Presente, 2nd album, 2025)

          Il s’agit du morceau d’ouverture de leur second album. Consciemment ou non, le choix est donc de finir cette première partie (avant l’arrivée de l’entracte) par un début.
Je trouverai ce morceau très beau mais manquerait à nouveau d’assiduité : en parallèle, une embrouille au bar.

          Le début est d’emblée entraînant. Piano seul ; entre les notes duquel s’inséreront la contrebasse, la batterie et le saxophone, puis, enfin et au cours d’une première respiration, le trombone et la trompette.

La musique change de cadence, il n’y a pas de place laissée à l’hésitation, « ça y va ». S’alternent des moments de communion où les jeux sont similaires à d’autres aux intonations propres.

Une seconde respiration inaugure une pause des soufflants. Nous écoutons le piano déposer avec simplicité sa mélodie. La contrebasse joliment l’accompagne. Le précédent thème reviendra, ce qui n’est finalement pas courant dans la musique de ce compositeur. 

Tout cela m’amène à un état réflexif sans ombrage, une présence non agitée.

Retour des soufflants. Les sonorités retrouvent de l’ampleur, et nous de la joie. La batterie et les accords au piano sous-tendent la ludique locution du sopraniste, elle-même portée par les deux autres soufflants. Chants en chœur. Ils nous réchauffent.

Une des phrases revient en boucle et, au lieu de se poursuivre comme nous nous y étions accoutumés, cesse. 

C’est peut être le morceau qui rappelle le plus Chen, le tout premier.  

Entracte

11. Inconnu à cette adresse

          Me voilà devant, assez pour tomber en amour : le pianiste a des yeux qui pétillent, un sourire profond et sincère, son charme enveloppe. Mon changement de place explique la condensation de mes impressions et l’absence du relevé du titre.
          Une propagation de « teintes penseuses ». C’est écrit dans mes notes, reste à décoder ce que l’on y met. L’accompagnement me semble être en mineur. Est-ce l’intervalle entre les notes qui laisse à l’immatériel de la pensée la place de s’exprimer ? Le batteur alterne son expression au gré de tous ses supports.

Il y a une commune concentration. Les soufflants restés sur scène sont assis par terre et écoutent religieusement. Puis, ça s’ambiance. Le tromboniste tapote le rythme sur le dos d’une enceinte à ses pieds.

On entend les cymbales et les grelots que le batteur y a ajoutés. On remarque aussi que le contrebassiste souhaiterait chanter. La moue du pianiste, elle, traduit son plaisir. Il est ici perceptible que les notes prises font davantage place à la vue que les précédentes, et c’est aussi cela l’occasion du concert. Humer par tous les sens les corps qui s’activent et se consacrent à la musique.

Chaque note jouée au piano semble attendre, et patiemment, et impatiemment son tour. Elles savent que le pianiste leur donne toute la place et l’ampleur qu’il entendit leur destiner. Il est celui qui sait au mieux les embellir. Il doit y avoir quelque chose de soulageant et d’exaltant dans ce dessein prévu : n’avoir qu’à seulement viser un effet escompté et tout entièrement offrir et s’offrir à la résonance.

Le jeu de piano se retire tout doucement. Fin.

12. Rabat (Todo es Presente, 2nd album, 2025). Cf extrait audio au dessus de cet article.

          La mélodie fut composée à la guitare à Rabat. Ismail précise aussi que le rythme est quelque peu imprégné du gnawa. Je découvre depuis ce rythme qui était originaire d’Afrique de l’Ouest avant que de faire son chemin vers l’Afrique du Nord.

          Esquisse de quelques notes plutôt heureuses au piano. Puis en quelques secondes, sans que je ne sache dire à partir de laquelle ni comment, retentit une profondeur.

L’air est devenu triste. Quelques notes à la contrebasse et des mouvements de balais sur la batterie s’ajoutent rapidement – il n’est peut-être plus à préciser qu’il n’y a jamais trop de prolongations dans l’écriture d’Ismail Sentissi. Une allure plus aventureuse et plus appuyée accueille enfin les soufflants qui, à leur tour, entonnent le thème.

Le pianiste fait figure de fin accompagnateur, il leur laisse toute la place ; martelant simplement ici ou là. C’est chantant. C’est une consolation. Les soufflants vont plusieurs fois de plus en plus haut, puis donnent l’impression d’une accélération par l’enchaînement de croches.

Si nous distinguions d’abord distinctement les différents instruments soufflants, de plus en plus, l’ouïe se trouble du fait de cette pluralité qui chatouille l’oreille. Par ailleurs, si le thème réapparaît - il reviendra de façon cyclique et c’est peut-être le morceau aux plus fréquentes réitérations -, il s’est dés-empreint de sa tristesse.

Cette répétition laisse place à une sorte d’assise qui sécurise l’essor d’un décor. Chaque fin de phrase est l’occasion pour l’un des soufflants de s’exprimer à tour de rôle. La place cédée est de plus en plus propice à des envolées lyriques. Chacun peut exprimer son cri. La batterie est sécurisante, les motions au piano, subtiles. Il y a de l’émotion ; nulle prétention. Pour une des rares fois ce soir, nous discernons une coda et sommes donc moins étonnés par la fin. 

13. Aît Tamejjout (Genoma, 1er album, 2021)

          Piano seul. Quelques notes suspendues. Des silences. Cela encourage à la fois l’attention et la divagation. En contretemps, quelques doux bruitages à la batterie s’ajoutent grâce aux cymbales, comme des cascades.

Cela s’éclaircit. C’est plus féminin ; plus aigu, plus doux et plus fin.

Une danse commence. Le piano et la batterie parlent en même temps. C’est un peu plus saccadé. Leurs sonorités se recouvrent puis se conjuguent de mieux en mieux. Désormais en retraits, ils nous laissent entendre davantage la contrebasse. Inlassablement ce soir, flux et reflux, reculs et mises en relief de chacun...

Cela devient très jazzy, si cela veut dire quelque chose.

Je trouve à ce moment que la batterie est trop forte, je la préférais plus en retrait pour laisser l’oreille apprécier davantage le jeu au piano. Je mets du papier dans mes oreilles. Cela s’endurcit. Il y a des réminiscences de certains moments du morceau. L’ampleur finalement diminue, se dépose. Une impression de douceur me poursuit depuis.

14. Genoma (Genoma, 1er album, 2021)

          Genoma, nom italien, est un titre que l’épouse d’Ismail lui suggéra. La notion de patrimoine génétique plut à Ismail en ce que s’y nichent et entremêlent celles de commun et de mélange.

          Le piano progresse. Il y a quelque chose d’oriental... Une méditation. Réponses de la contrebasse et de la batterie par ses balais et quelques touches légères ; ces sollicitations de l’ouïe en attisent la curiosité. C’est une mélodie douce.

Au fur et à mesure que le morceau progresse, il se densifie. Je m’y perds. C’est un songe plein qui s’étend puis semble s’éteindre lorsqu’il s’adoucit. Habitués nous devînmes aux brusques fins, notre oreille se concentre, mais nous n’y sommes point.

L’écoute du pianiste est active même lorsqu’il ne joue pas. Il bat le rythme.

C’est à mes yeux l’un des morceaux les plus sombres, les élévations ont un aspect chancelant. Il y a une accélération et des petites montées, vite ou tôt retenues, un phrasé dorénavant assez « mâché » au piano ; sans que cela n’efface toutefois l’aspect envoûtant. Les deux voix au piano se superposent ; il n’y en a maintenant plus qu’une, et ce défeuillage se poursuit jusqu’à la fin en une note d’espoir seulement, un petit ting, un ré, qui clôt.

15. Swanplant (Todo es Presente, 2nd album, 2025)

          On hèle à l’arrière. « Dans le fond là-bas il se passe quelque chose, non ? » plaisante Ismail. La mélodie du prochain morceau a été trouvée par son épouse.

          J’ai effectivement l’impression qu’il y a quelque chose de féminin dans la mélodie. L’air est agréable. Sa hauteur peu à peu s’abaisse, c’est le fait de la contrebasse puis du piano, les deux seuls instruments de ce morceau.

C’est lent et discret, ce qui ne retire rien à la profondeur qui s’instaure. On peut divaguer et s’imaginer que la voix plus grave, masculine explique qu’il l’aime lui aussi mais... qu’il y a un mais. C’est tout de même une berceuse.

Le morceau est fort court. Fort court et fort joli.

Une fin infiniment simple. Do.

Un passage.

16. Aniss (Genoma, 1er album, 2021)

          La contrebasse débute le morceau. Le bruit de la batterie rappelle celui de la traction des roues des anciens trains. La mélodie  incarnée par le piano s’éveille. J’imagine un homme qui marche dans un train qui lui-même avance.

Le phrasé du pianiste à la main droite est très joli. Nous aimerions comprendre ce que ces mélodies disent. Moment de trouble, une révélation est attendue. Finalement, latence, questionnement... Il n’est plus si certain qu’il y aura quelque chose.

Changement de tempo. Il est désormais très marqué et, d’emblée, le public se mit à – pas forcément en rythme – clapper. C’est moins chantant qu’au début, mais peut-être un poil plus jazzy.

Ismail Sentissi a une empreinte. Je me demande si de mêmes notes reviennent et que leur résurgence participe au façonnement d’une certaine familiarité. C’est entraînant tout en étant lent. La batterie et la contrebasse sont le gravier qui supporte à la fois le parcours du pianiste et l’alentour.

La musique s’apparente ici à une pensée sans fin et qui s’attarde sur chaque chose rencontrée. Une activité aussi bien foisonnante que momentanée : l’atmosphère toujours se métamorphose, il n’y est jamais très longtemps développée la même idée. Un parcours qui garde sa fraîcheur malgré les encombres.

Le jeu à la batterie est très joli. Les touches du piano jouées à la main gauche prennent le dessus.

Les divers rythmes qui se succèdent donnent aussi l’impression de ne pas avoir de maison. Retour toutefois d’un terrain connu. Et, enfin, d’un léger attendrissement qui ne suffit pas toutefois à rendre la teinte du morceau plus accessible.

Cela s’accélère et s’affirme, je m’attends à la fin que j’anticipe. Je saisis ce moment que je perçus auparavant, le regard entre le pianiste et le batteur qui se synchronisent. La fin est extrêmement preste, encore.

17. Semelles de Plomb (Genoma, 1er album, 2021)

          Plusieurs couleurs au piano. J’apprécie la cadence. Une des mains du pianiste fait le pendule. La contrebasse et la batterie s’accordent bien.

Ce morceau est plus conflictuel. Les mélodies propres aux trois instruments se rassemblent parfois. Nous surprenons avec surprise un moment parure classique au piano et un autre où la rythmique à la batterie fait penser à un tango. Le piano répète une même note et la contrebasse débute son solo avant que ce ne soit le tour d’Ismail. Nous nous baladons à travers diverses dynamiques avant que tout en la fin ne s’achemine.

18. Flocon (Genoma, 1er album, 2021)

          Très beau chant au piano. C’est lent et caressant. Souple aussi.

Le contrebassiste utilise l’archet, le batteur tapote légèrement la cymbale. Cela donne l’impression de grands mouvements circulaires. Il y a un peu de tambour.

On peut imaginer une danse très lente, les bras et les mains enveloppant l’air et le vent. La correspondance entre les voix des deux mains du pianiste participe également de cette impression et je pense aussi au Qi Gong. Une légère profondeur s’y associe et me vient à l’esprit l’instrument de musique incurvé, tibétain je crois, contre la paroi duquel l’on frotte un ustensile en bois pour en faire ressortir un son enveloppant et circulaire très singulier. C’est une jolie complainte.

Tout s’estompe, on peut croire à une fin. Est-ce mon morceau préféré ? Cela va repartir, on a hâte.

Ce n’était pas tout à fait le silence, la pédale retenait à peine encore ses sonorités.

La reprise a plus de poigne, notamment à la batterie, mais moins cependant que ce à quoi nous nous attendions. La musique a moins de souplesse. La fin de ce morceau est tel un songe.

 

19. Hors scénario (Todo es Presente, 2nd album, 2025). Cf vidéo sous cet article.

          Retour des soufflants pendant qu’Ismail annonce le dernier morceau. « C’est quoi le scénario ! » crie-t-on par derrière. « On est bien ici, chérissez vos places » intime le trompettiste.

          La patte du compositeur est reconnaissable dès le départ du morceau.

Je vois de grands paysages désertiques. Une falaise, l’océan, un peu de vert aussi. Quelques unissons entre le piano et la contrebasse.

Le saxophone soprano se met à chanter, il apporte de l’espoir ou de la compagnie – la même chose peut-être ? L’association du trombone et de la trompette donne de la matière. Bien que le timbre et la rythmique rappellent la fanfare, le morceau demeure doux. L’écoute ne demande aucune effort.

Je me retourne et observe que ma voisine qui était en B4 et qui était magnifique est partie. Mince.

Émerge un air qui donne envie d’être chanté et, en salle, effectivement, cela chante.

La dernière note des soufflants s’étire... Les toutes dernières seront celles du piano ; un ralentissement et une fin tel un dernier levé de pinceau.

 

20. In Other Wise (Titre présent sur les deux albums, ici la formation du second)

          Le précédent thème continue d’être chanté à l’arrière de la salle. Le saxophoniste débute une sorte de chanson paillarde. « Ne les encourage pas » sourit Ismail.

          Piano, batterie, soufflants, l’entrée en la matière est rapide. Le rythme aussi, parsemé de diverses petites touches. Le propos ne vient qu’ensuite, à nouveau amené par le soprano – par le pianiste aussi. On retrouve finalement un petit bouquet de ce que l’on a goûté le long du concert, un mélange d’aventures, de réflexivité, d’airs jolis et d’incorporations de saveurs orientales.

Le chant se situe désormais au piano, commune descente. Cela respire, les sonorités sont plus graves.

On donne de la texture, les voix se superposent. Si elles parlent en même temps, ce n’est pas comme une discorde à table, mais amplifie plutôt l’entente et la communion. J’observe que le compositeur est en retrait. Je suis touchée de le voir à nouveau couver les autres musiciens du regard, les uns après les autres. Pendant ce temps, le trombone, la trompette et le soprano se donnent la parole, se répondent les uns les autres. Une légère accélération est palpable, l’expression n’est plus celle d’interlocuteurs qui gardent leurs distances mais d’amis. La batterie bat de plus en plus fort, le souffle perce ou gronde davantage. Solo à la batterie. La puce à l’oreille sans doute, je trouve que cela sonne comme un au revoir. Le thème est reprit par Ismail et le saxophone qui marque la clôture, ferme le rideau.

 

Ordre de passage :

 

1. Chen (Todo es Presente, 2nd album, 2025)

2. Todo es presente (Todo es Presente, 2nd album, 2025)

3. Silences d’Oumma (Genoma, 1er album, 2021)

4. Cafouillages (Genoma, 1er album, 202)

5. Première fois (Genoma, 1er album, 2021)

6. Vent Sourd (Genoma, 1er album, 2021)

7. Éthiopique

8. Tuk Tuk (Titre présent sur les deux albums, ici la formation du premier)

9. Sans annonce

10. Sunny Delight (Todo es Presente, 2nd album, 2025)

   Entracte

11. Inconnu à cette adresse

12. Rabat (Todo es Presente, 2nd album, 2025)

13. Aît Tamejjout (Genoma, 1er album, 2021)

14. Genoma (Genoma, 1er album, 2021)

15. Swanplant (Todo es Presente, 2nd album, 2025)

16. Aniss (Genoma, 1er album, 2021)

17. Semelles de Plomb (Genoma, 1er album, 2021)

18. Flocon (Genoma, 1er album, 2021)

19. Hors scénario (Todo es Presente, 2nd album, 2025)

20. In Other Wise (Titre présent sur les deux albums, ici la formation du second)

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