Les frères Ferré reçoivent Chez Georges

Publié le par Guillaume Lagrée

Boulou & Elios Ferré

Chez Georges

Paris, Ile de France, France

Mardi 31 mars 2026, 20h

 

Boulou Ferré : guitare

Elios Ferré : guitare

Invité

William Brunard : contrebasse

 

Chez Georges est une maison fondée en 1950. Le mardi soir concert de jazz manouche. Par principe, je ne suis pas amateur de ce genre musical. A tout principe, des exceptions. Les frères Ferré en sont une, majeure.

Boulou fait ses gammes assis sur un banc au fond de la salle. Elios le rejoint, s’assied à côté de lui. Pas de micro, pas d’ampli. S'il y avait un ampli, je n'en ai pas souvenance. 

« La danse norvégienne » d’Edvard Grieg arrangée pour guitare par Django Reinhardt. La magie commence tout de suite. Les notes se détachent claires et nettes. Ca balance doucement. Le duo se lance. Boulou en soliste, Elios en accompagnateur. Jean-Jacques (1951) dit Boulou & Elios Ferré (1956) jouent ensemble depuis l’enfance même si leur duo a été créé officiellement en 1979. Ils ont d’abord été formé par leur père Pierre-Jean Matelo Ferret (1918- 1989), guitariste de Django Reinhardt. Leur dialogue est toujours aussi créatif. Ils m’emmènent danser avec les elfes et les fées. Attaque & vibrato de Boulou. Elios fait la pompe en finesse.

«Place Pigalle » (Matelo Ferret). C’est l’esprit de Paris, du bal musette façon jazz manouche (gipsy jazz in english). La guitare de Boulou sonne comme un accordéon. Ca valse, sapristi ! Mon voisin de droite Graziano est Calabrais. Il préfère être au concert que vivre une soirée d’angoisse à la télévision en suivant le dernier match de qualification de l’Italie pour le Mondial 2026 de football. Les deux frères attaquent. Je bats la mesure du pied gauche. Ca guinche. Un petit air classique surgit des doigts de Boulou.

« La rue des trois frères » (75018 Paris, France). Une rue où Georges Clemenceau tenait son dispensaire médical avant de se consacrer exclusivement à la politique et où vécurent plusieurs Résistants pendant l’Occupation. Au pied de la butte Montmartre. Plein de belles histoires dans cette rue. Cela s’entend. Boulou cite « Singin in the rain ». Même sous la pluie, la rue des trois frères est jolie. Boulou cite « Killer Joe » de Quincy Jones. Celle là, je ne m’y attendais pas du tout. Funky et acoustique. Pour conclure le morceau, ça tue. En douceur.

Une très belle composition de notre père, Matelo Ferret, « Gipsy Djoungalo ». Ecrite en coopération avec le violoniste Michel Warlop (1911 - 1947) avec qui il créa un septuor à cordes de Jazz. Le duo étire les notes, tranquille. Ca s’étire comme un chat. En souplesse. Sans forcer.

Elios sort de scène. Boulou nous explique qu’il a travaillé le piano, l’orgue, l’improvisation avec Olivier Messiaen (1908 - 1992), compositeur français qui avait horreur du Jazz. Boulou nous joue un exercice de style à la Raymond Queneau. Une improvisation à la guitare comme un orgue. Attaque très forte sur chaque corde. Ca se calme. Musique d’inspiration baroque il me semble.

Un standard du Jazz composé par Jérôme Kern. « All the things You are ». Un des 7 morceaux qu’il faut connaître par cœur pour être musicien de Jazz selon Lee Konitz (1927-2020) qui l’a joué toute sa longue vie. Retour au duo. Intro de Boulou. Jolie mais sans rapport avec le thème. La mélodie arrive au ralenti, jouée par le duo fraternel. Délicieux massage cérébral. Elios cite la berceuse française «  Do do l’enfant do » ou « Jean-Pierre » de Miles Davis selon le point de vue.

 

PAUSE

Hommage à la famille Ferré. Défense du patrimoine sans avoir un orgueil démesuré comme dit jolimen Elios Ferré. Une composition de Django Reinhardt. « Troublant Boléro ». Boulou installe le trouble. Une très bonne onde nous traverse. Le thème démarre en duo. Solide ligne de basse sans basse. Le thème, léger, s’envole comme des papillons. Fluide, évanescent, éblouissant. Le duo est tellement bon qu’il devrait être illégal.

« Swing Valse » (Gus Viseur). Un classique du Jazz musette. Démarrage en duo, plutôt valse. Lente, entraînante, avec élégance. Ca accélère et devient Swing tout en restant Valse. Le métissage musical fonctionne. Je ferme les yeux et savoure.

Un invité monte sur scène. William Brunard passe entre les tables en portant sa contrebasse sans rien renverser. Chapeau, l’artiste ! « Swing 42 » (Django Reinhardt). La guitare de Boulou entre en résonnance avec la contrebasse. Je reconnais le thème. Boulou cite « Singin in the rain ».  Solo de contrebasse qui malaxe bien. William Brunard sait aussi descendre en glissando avec les guitares. Boulou chantonne l’air pour finir. Ca coule comme une nouvelle vague, une bossa nova. Solo de contrebasse véloce soutenu par Boulou en douceur. Elios joue des percussions sur le corps de sa guitare. Il revient dans la danse.

« Nuages » (Django Reinhardt). Duo contrebasse& guitare. Boulou joue et chante les paroles en français écrites pour Lucienne Delyle.

Mon carnet de notes est fini. La chronique aussi. Merci à mon généreux et sympathique voisin de gauche, Graziano, Italien de Calabre. Merci aux frères Ferré qui font vivre la musique et le message de leur père Matelo Ferret. « On peut s’inspirer de Django Reinhardt mais on ne peut pas le copier sinon on est poursuivi pour usage de faux » (Matelo Ferret). Merci à l’équipe de Chez Georges de faire vivre une musique authentique dans un lieu authentique. 

 

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