" Straight Life " Laurie & Art Pepper
Laurie & Art Pepper
" Straight Life "
Editions Parenthèses, Marseille, 2004, 360 p.
Traduction de l'américain par Christian Gauffre
Liminaire par Philippe Carles
Merci à l'ami depuis 1998 qui m'a offert ce livre en 2026. Ceci n'est pas un livre pour enfants. Drogue, sexe, violence et Jazz.
Arthur Edward Art Pepper. Saxophoniste alto & ténor, clarinettiste américain né le le 1er septembre 1925 à Gardena, Californie, mort le le 15 juin 1982 à Los Angeles, Californie. (...).
Formé très jeune sous l'influence de Benny Carter, le jeu d'Art Pepper s'est forgé davantage à l'aune lesterienne (Lester Young) qu'aux éclats parkeriens (Charlie Parker). Son exceptionnelle maîtrise de l'alto en fait un des plus remarquables stylistes de l'instrument. Totalement original, son jeu conjugue une exemplaire mise en place rythmique et une invention mélodique quasi illimitée qui lui confère une très grande liberté d'expression.
Ces mots laudateurs sont extraits de l'entrée Pepper Art par Jean-Paul Ricard dans le Nouveau dictionnaire du Jazz.
Art Pepper était un WASP (White Anglo Saxon Protestant) qui a mené une vie d'underdog comme disent les Américains (moins qu'un chien en français). Enfance malheureuse, sans argent ni amour. Sexe sans amour. Alcoolisme et toxicomanie. Un appétit frénétique pour l'autodestruction.
Malgré tous les obstacles qu'il mettait sur son chemin de vie, Art Pepper a toujours conservé un son de saxophone alto et ténor, de clarinette, d'une pureté immarcescible, d'une limpidité de torrent de montagne accompagné d'un sens rythmique implacable et d'un goût infaillible pour s'entourer des meilleurs musiciens.
Comme avec un autre toxicomane notoire, Chet Baker, sur l'album " The Playboys " (1958) justement nommé tant ces hommes étaient beaux comme des dieux et jouaient comme des dieux sous le soleil de la Californie des années 1950. Cf extrait audio au dessus de cet article.
Ou avec la section rythmique de Miles Davis (Red Garland, Paul Chambers, Philly Joe Jones) avec qui Art Pepper enregistra l'album " Art Pepper meets the rythm section " (1957). Sur cet album figure une composition d'Art Pepper , " Straight Life " qui donne son titre ironique à cette autobiographie. La vie droite. Pas vraiment en fait.
A force de défonce, Art Pepper finit par séjourner dans la prison de San Quentin, Californie. Un chapitre entier du livre est consacré à cette détention et aux trucs qu'il trouva pour survivre dans cet enfer carcéral.
A chaque chapitre, je me suis demandé comment cet homme avait pu survivre. Comment , tout en se noyant toujours plus profond, il finissait toujours par toucher le fond, rebondir, surgir et survivre.
Dans les années 1970, c'est la rencontre avec Laurie Pepper qui lui a sauvé la vie. Cette femme l'a aidé à se désintoxiquer, à vivre une vie plus réglée sans rien perdre de sa créativité. Elle lui fit écrire ce livre & réaliser un film autobiographie " Notes from a Jazz survivor " (1982) juste avant sa mort d'une crise cardiaque.
" Straight life " oscille entre récits de musique, de drogue dure, de vol, de mari indigne, de père indigne, d'homme indigne. Bref un type infréquentable mais un musicien de première classe. A la fois émouvant et horripilant. Et ce livre m'a donné envie d'écouter de nouveau Art Pepper.
Dans la vidéo ci-dessous, tournée en 1964 pour l'excellente émission Jazz Casual (1961-1968) de Ralph Gleason (1917-1975), Art Pepper vient de sortir de 4 ans de détention au pénitencier de San Quentin, présente un nouveau groupe, joue une nouvelle musique et en parle comme si de rien n'était. " The Trip " parle t-il de voyage ou de défonce? A vous de juger lectrices vénérées, lecteurs vénérables.
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