La Renaissance d'Arratha par Tigran Hamasyan

Publié le par Guillaume Lagrée

 

 

 

Tigran Hamasyan Quartet. Arratha Rebirth.

Le New Morning. Paris. Jeudi 9 juillet 2009.21h.


Tigran Hamasyan : piano
Sam Minaie : contrebasse, guitare basse électrique
Art Juliard : batterie
Michael Valanum : guitare électrique
Areni : chant

Les musiciens montent sur scène à 21h37. L’abus de patience est caractérisé.

Une vague, une valse au tempo oscillant entre le tempo et le rapide se lève. La chanteuse est toujours aussi belle mais le chant traditionnel arménien ne swingue toujours pas. Elle chante une mélopée, dans une grande robe à bandes horinzontales multicolores. Le solo de Tigran coule comme un ruisseau dans la montagne. Aller direct pour l’Arménie. Le piano commence à gronder, le torrent à grossir. Ca pousse. Tigran joue en se levant, en s’asseyant comme s’il arrachait le piano de la surface terrestre. Le public est scotché, en haleine, n’osant imaginer ce qui va se passer ensuite. Le contrebassiste et le batteur luttent pour le suivre. La voix monte en transe et le trio pousse comme un power trio de rock. Une ligne mélodique implacable est accompagnée de brisures rythmiques incessantes. C’est la grande classe. Un guitariste vient s’ajouter au groupe. Le duo piano/voix est cristallin, liquide. Passage à la basse électrique. La basse gronde derrière un friselis de guitare qui vient se mêler à la voix d’Areni.

Sur un coup de batteire, ça repart sur l’air de départ, puissant, nerveux. Quand la guitare et la basse montent le son, je n’entends plus le piano de Tigran. Moins encore avec la batterie. La voix, grâce au micro, surnage. Ca devient du rock gothique arménien.
C’était « Sybilla » puis « Corrupt ». En effet, la chanteuse a des airs de Sibylle et le deuxième morceau était corrompu par l’électricité.

Retour au calme avec une version en trio piano/contrebasse/batterie d’un standard du Jazz « Just friends ». C’est léger, frais, rapide. Même là, le jeu reste un peu brusque, un peu rock’n roll. Solo de contrebasse ponctué par le piano et les balais sur la batterie. La tradition vivra longtemps avec des petits gars comme ça. Tigran quitte la ballade en accélérant tout en gardant le thème en arrière plan. Toute la fougue des 22 ans de Tigran s’exprime sur ce standard râbaché. Ses cassures rythmiques sont imparables. Retour au thème, tout en douceur. La musique progresse, s’arrête, repart, bifurque, avance par des chemins de traverse,  ad augusta per angusta . Même en trio acoustique, ce groupe dégage de purs moments de rock’n roll.

« Cinales ». Duo avec la chanteuse sur un air du folklore arménien dont je ne garantis pas le nom. Enfer et damnation ! Même au New Morning, il existe encore des crétins qui ne savent pas qu’un téléphone portable doit être éteint pendant un concert. C’est triste. Ca sent l’amour perdu, le bel Azéri interdit. Tigran explore cette chanson, la couvre d’or et de parfums comme un nouveau Roi mage. Areni sait tenir la note aigue dans un souffle. Le piano coule comme un ruisseau de montagne. Je ne peux pas mieux dire.

Retour du groupe avec basse et guitare. Ca démarre sec, précis, grave. Areni chante des ouh et des ah charmants mais moins qu’elle dans sa robe multicolore. Quand guitare, basse et batterie se déchaînent, il faut un clavier électrique pour qu’on t’entende, Tigran. !

PAUSE

En fond sonore, comme avant le concert, l’album « Giant Steps » de John Coltrane. Le concert est produit par une société nommée Giant Steps d’ailleurs. Retour du groupe avec basse et batterie, sans la chanteuse, à 23h05. Cool les gars.

J’ai entendu Tigran jouer ce morceau en trio avec les frères Moutin. Avec guitare et basse électrique ça change. La guitare joue plus doucement ce qui permet d’entendre le piano. Le piano brille en gouttes d’eau pure. La musique trouve son équilibre entre un solo de guitare genre rock progressif, basse et batterie rock et le piano qui swingue en diable. Le guitariste s’est assis pour écouter. Tigran fait monter le piano par vagues, de plus en plus puissantes, comme Keith Jarrett il y a quarante ans mais avec un feeling oriental, arménien qui n’appartient qu’à lui. Il est en train de rendre le public fou de joie. Quelle énergie chez ce petit bonhomme ! Fin en douceur avec pédale au piano et à la guitare.

« Love Story ». La chanteuse revient. Le guitariste s’en va. Retour à la contrebasse. C’est la ballade qui tue. Tigran distille les notes comme un chimiste des gouttes de parfum. Et toujours l’esprit de la danse . Le batteur tapote les tambours de ses mains. Le contrebassiste ponctue. Tigran plane, envolé avec le piano, si loin et si proche de nous. La chanteuse reprend sa mélopée montagnarde, caucasienne, arménienne. Léger cliquetis des baguettes sur les cymbales. Sont ce des Zijian (maison fondée par un Arménien) ? Accélération brusque qui laisse sur place. Ruptures rythmiques incessantes. Et le retour au calme d’un geste. Pas de clavier électrique. Tigran est concentré sur le piano ce soir. « Ecoute mon bien aimé mon chant franchir les montagnes et les vallées pour arriver jusqu’à toi ».C’est ainsi que je traduis le « Aaaaa… » d’Areni.

« Jenah Joh » chanson folklorique arménienne dont je ne garantis pas le titre. Un air ultra rapide comme Tigran sait le faire. Qu’est ce qu’il fabrique le bien aimé pour ne pas surgir appelé par le chant de la belle Areni, l’enlever sur son cheval blanc et passer la montagne pour l’emmener l’épouser au village ? Solo de piano. Tigran nous démontre ce que l’on peut sortir d’un piano à queue nippon. Est-il sponsorisé comme Ahmad Jamal par Steinway ? Il le mériterait vu ce qu’il en fait. A chaque fois que j’entends un solo de Tigran Hamasyan,j’attends un concert solo de ce garçon. J’attends depuis 2003 et j’attendrai le temps qu’il faudra. Retour au trio tout en souplesse, vigueur, relances rythmiques. Ces gars sont infatigables, intarissables et jamais ennuyeux. Un petit blues au milieu de l’air arménien. Une musique à la fois bourrée de surprises et d’une logique implacable. Tigran saute de joie tant il s’engage sur son piano. Retour de la chanteuse pour conclure.

RAPPEL

Solo de batterie, genre marche funky aux baguettes. Le scat-rap de Tigran Hamasyan en duo avec son batteur est toujours amusant. A chacun son tour de balancer ses rythmes. Tigran se remet au piano, retour du contrebassiste et de la chanteuse. Ca vole très vite, très haut, très fort. La voix plane comme un aigle au dessus des montagnes d’Arménie. Soudain, un solo calme, rêveur, mais toujours dansant, du piano. Ca repart aussi sec en trio avec la basse électrique. Le tempo est haché, dévoré, enjambé.

Ces jeunes gens ont faim. La révolution Tigran Hamasyan est en marche et rien ne l’arrêtera.

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Commenter cet article

Juan-Carlos Hernandez 15/07/2009 11:03

Tigran jouait un dimanche .. jours de dîners familiaux et j'en avais un ! La famille c'est important aussi !

Enfin, viva Tigran et viva la Musica

Guillaume Lagrée 15/07/2009 19:50


Tout à fait d'accord avec toi Juan.

La musique c'est vital mais la famille c'est sacré.


Juan-Carlos Hernandez 15/07/2009 01:31

Jésus Christ et la caravane passe

pour ma part, plus j'en lis de ta part sur Tigran, plus je regrette sa prestation genevoise en solo en 2008

je ne le manquerai pas à la prochaine occasion

Guillaume Lagrée 15/07/2009 07:12


Il me faudrait une raison de vie ou de mort pour manquer Tigran Hamasyan en solo


Fred 12/07/2009 19:28

comment peut-on parler de choses que l'on n'a pas vues, ni entendues ? Déjà des réactions sceptiques sur citizenjazz, au sujet de Tigran...

Guillaume Lagrée 13/07/2009 08:00


Ils ont des oreilles et ils croient entendre...