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Hommage aux images de Juan Carlos HERNANDEZ

Publié le par Guillaume Lagrée

La lecture de ce blog serait bien fade sans les images de Juan Carlos HERNANDEZ, photographe professionnel basé à Genève, Suisse, citoyen du monde, ouvert à tous les chants de conscience.

A l'approche de l'an 2010, pensez à offrir, à vous offrir, ses oeuvres notamment son calendrier sur New York.

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La photographie de Peter Giron est évidemment l'oeuvre de l'Hispano-Helvétique Juan Carlos HERNANDEZ.

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New York, 1969: les deux saisons de Miles Davis

Publié le par Guillaume Lagrée

 

New York. 1969. Les deux saisons de Miles Davis.

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La photographie de New York est l'oeuvre de l'Immarcescible Juan Carlos Hernandez.





40 ans après, replongez avec moi, sympathiques lecteurs, charmantes lectrices dans deux albums qui changèrent la musique populaire du XX° siècle et dont l'influence se fait toujours sentir.

« In a silent way » ou l'hiver.

« Ce qui compte en musique, ce ne sont pas les notes. Ce sont les silences entre les notes » (Miles Davis). Il fallait s'appeler Miles Davis, être surnommé le « Sorcier », le « Prince des Ténèbres » pour intituler un album « De façons silencieuse ».

Nous sommes en février 1969. Miles Davis a écouté James Brown et Jimi Hendrix. Il a aussi écouté le rock anglais. De passage à Londres, il en ramène deux gamins blancs surdoués, le guitariste John Mac Laughlin et le contrebassiste Dave Holland. En 1989, j'ai entendu John Mac Laughlin jouer sur scène « In a silent way ». Le lendemain j'achetai l'album. Depuis je l'écoute sans me lasser.

Ah cette ligne de basse de Dave Holland sur le morceau titre ! Aujourd'hui encore, en concert, Sting fait hurler les jeunes filles avec.

Depuis 1964, Miles a trouvé son équilibre avec son dernier quintet acoustique : Herbie Hancock au piano, Ron Carter à la contrebasse, Tony Williams à la batterie, Wayne Shorter au saxohone ténor. Passant du Jazz acoustique au Jazz électrique, Miles change ses accompagnateurs. Comme un bon entraîneur de sport collectif, il change le personnel à petites doses pour assurer la cohésion et la créativité.

Dave Holland a remplacé Ron Carter à la contrebasse. Herbie Hancock est passé au piano électrique, rejoint par Chick Corea et Josef Zawinul aux claviers. . Ces trois là furent les trois chevaliers des touches des années 70. Seul Miles pouvait les réunir sous sa direction.Enfin John Mac Laughlin ajoute sa guitare électrique , ce blues blanc des Anglais

Tony Williams assure une pulsation à rendre dingue n'importe quelle boîte à rythmes. Quant à Wayne Shorter il joue juste au saxophone soprano. La pochette de l'album prétend qu'il joue du sax ténor mais si mes oreilles ne me trompent pas c'est bien du soprano qu'il joue.

La musique est froide et tranchante comme une lame de rasoir, chaude comme la pulsation de la ville, saisissante comme le vent venu de l'Océan Atlantique tout proche.

C'est l'hiver 1969 à New York. Pour y retourner il suffit d'écouter « In a silent way ».

« Bitches Brew » ou l'été.

« Bitches Brew. Directions in music by Miles Davis » tel est le titre complet de l'album. Cet été là, en août 1969, Miles Davis se lance dans une orgie de musique. Six mois après « In a silent way » le climat et le groupe ont changé. Herbie Hancock est parti mais il reviendra plus tard. Tony Williams n'est plus là et ne reviendra pas. A sa place, Jack de Johnette, autre tambour majeur, découvert avec Keith Jarrett chez Charles Loyd. Keith, lui, rejoindra Miles l'année suivante. Bennie Maupin vient ajouter le son étrange de sa clarinette basse. Le groupe et le son ont grossi, épaissi. Trois claviers, trois batteurs, un percussionniste, une contrebasse, une guitare basse électrique et la guitare électrique de John Mac Laughlin qui a droit à un morceau à son nom.

Plus encore qu' « In a silent way », « Bitches Brew » marque la naisssance du Jazz Rock, du Jazz Fusion. Le rock'n roll n'aurait pas existé sans le Jazz disait Louis Armstrong et la fusion est consubstantielle au Jazz, musique métisse.

Il n'empêche. Jazz fusion est bien le terme qui convient pour cette « bière des putains », ce « brouet des sorcières » préparée et mijotée par le « Sorcier » Miles Davis.

Cette musique est New York l'été. Les yellow cabs en maraude tournent dans la ville. L'ambiance est chaude, moite, vibrante. Touristes et salariés se croisent dans le subway. Ca suinte, ça chauffe, ça vit, ça baise, ça pue, ça enivre.

Toutes ces vibrations sont contenues dans cette musique et bien plus encore.

« Dans la musique contemporaine, Miles Davis définit les termes. C'est tout. C'est son boulot. » (Ralph J.Gleason, notes originales de l'album).

A partir des fondations posées dans « In a silent way » et « Bitches Brew » se bâtiront les groupes phares du Jazz Rock des années 1970 : Weather Report de Zawinul et Shorter, Return to forever de Chick Corea, Tony Williams Lifetime, Herbie Hancock et ses Headhunters. Tous ces musiciens, tous ces leaders, participèrent comme sidemen à ces sessions de 1969 pour Miles Davis.

Un détail pratique pour finir :
« In a silent way » et « Bitches Brew » enregistrés pour Columbia/CBS en 1969 sont disponibles sous la forme de l'album original ou sous forme de coffrets avec d'autres morceaux enregistrés à la même période. Pour les découvrir, les albums originaux suffiront d'autant plus qu'ils sont les seuls à refléter l'unité de pensée et de vision de Miles Davis et de son producteur Teo Macero.

 

Voici ce que cela donnait sur scène à Paris, salle Pleyel, en 1969. Concert filmé en couleurs par l'ORTF et présenté par André Francis. Miles Davis (trompette), Wayne Shorter (saxophones ténor et soprano), Chick Corea (clavier électrique), Dave Holland (contrebasse), Jack de Johnette (batterie). Ouvrez en grand vos oreilles et votre cerveau. C'est parti.

 

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CODONA ou le brassage universel

Publié le par Guillaume Lagrée

 

ECM. The CODONA Trilogy.

 

CODONA  ce n’est pas une bière mexicaine, c’est une musique universelle.

COllin Walcott

+ DOn Cherry

+ NAna Vasconcelos

= CODONA

 

Que jouent ils ?

Des instruments étranges voire inconnus et une musique de fusion universelle voire interstellaire.

COllin Walcott (1945-1984), citoyen caucasien des Etats Unis d’Amérique, joue du sitar, des tablas, du dulcimer, de la sanza, des tympani et chante.

Don Cherry (1936-1995), citoyen métis des Etats Unis d’Amérique, joue de la trompette de poche, du douss n’gouni, des flûtes, de l’orgue, du mélodica et chante.

Nana Vasconcelos (1944), citoyen noir du Brésil, joue du berimbau, du tambour, des percussions et chante.

Ce coffret , dû à la maison bavaroise ECM, réunit les trois albums de ce groupe nommés tout simplement CODONA (sorti en septembre 1978), CODONA 2 (mai 1980), CODONA 3 (septembre 1982).

Cette musique échappe à la classification. Trop variée pour être de la musique planante, trop ancrée dans les musiques du monde pour être du Jazz, trop Jazz pour être classé dans la World Music, ce terme fourre-tout qui n’a d’autre sens que de placer là des musiques qu’on ne sait pas mettre ailleurs. Pour autant, chez votre disquaire réel ou virtuel, vous la trouverez au rayon JAZZ.

Pour résumer cette musique, je dirait qu’elle est simple d’apparence, acoustique, en harmonie avec le silence. «  Si ce que tu as à dire n’est pas plus beau que le silence, alors tais toi » (proverbe marocain).

Elle est jouée par trois hommes dont les âmes se répondent et se confondent pour notre plus grande joie d’auditeur.

Collin Walcott, Blanc américain, a appris la musique traditionnelle indienne avec les Maîtres, Ravi Shankar notamment mais est toujours resté ouvert à sa culture d’origine, le Jazz.

Don Cherry, fruit du mélange entre les deux minorités les plus opprimées d’Amérique du Nord, Noir et Indien (Chocktaw), cofondateur du Free Jazz avec son ami d’enfance Ornette Coleman, fut le seul musicien capable de jouer aussi bien avec des moines tibétains qu’avec John Lee Hooker.

Nana Vasconcelos, percussionniste brésilien, alliance de mots qui est presque un pléonasme. « La musique est partout dans l’air au Brésil, même quand vous allez prendre un café » dit Nana.

« Nous pouvons jouer cette musique dans une salle de concerts, dans la rue, dans un temple ou au sommet d’une montagne » disait Don Cherry de CODONA.

Ecouter cette musique, c’est entrer en fusion avec l’Univers, aussi beau que de voir le soleil se lever et monter avec vous sur un sentier des Pyrénées ou se fondre dans l'Océan Atlantique, plein Ouest, au Cap de la Chèvre.

Nul besoin de religion, de gourou, de mystique, de prière, de substance illicite pou se connecter. Il suffit d’orner le silence par CODONA et de se laisser aller. Ces hommes étaient connectés entre eux et avec l’Univers. Leur musique est si simple, évidente, originale qu’elle est inimitable.

Grâce à ce coffret ECM, il est possible de pousser l’expérience jusqu’au bout en écoutant les trois albums à suivre, dans l’ordre de leur enregistrement, afin de sentir la progression de cette musique cosmique.

Il est difficile de distinguer un morceau, un musicien tant ce trio est cohérent, fusionnel. Ces trois hommes voyagent à travers l’Amérique, l’Afrique, l’Asie, l’Europe et d’autres univers encore, connus d’eux seuls, qu’ils nous font découvrir.

La percussion est au cœur de cette musique. Le cœur n’est il pas notre premier instrument de percussion celui qui nous donne notre rythme vital ?

Si à l’écoute de CODONA, votre cœur ne fait pas « Hey da da boom » sincèrement, je vous plaindrai.

 

Voici CODONA en concert à New York en 1984. Rien à ajouter.

 

 

 

 

 

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Stan Getz, violoniste ténor

Publié le par Guillaume Lagrée

 

 

 

De la musique avant toute chose
Et pour cela préfère l'impair`
Plus vague et plus soluble dans l'air
Sans rien en lui qui pèse ou qui pose

Paul VERLAINE

Comme le crawl, nage libre, le Jazz, musique libre, se joue et se respire sur un rythme ternaire.
Qu'est ce que le Jazz ? Le produit de la rencontre forcée entre la sophistication harmonique européenne et la puissance rythmique africaine pour reprendre la définition de Frank Ténot.

C'est dire que, contrairement à ce qu'affirment certains théoriciens et/ou musiciens de la Great Black Music, le Jazz n'est pas une musique africaine, pas même une musique noire. C'est une musique métisse. Le métis au sens latin du mélange. La Mètis au sens grec de la personnification de la sagesse et de la ruse.

Par ce mélange, les déclassés de la société des Etats Unis d'Amérique, tous les non WASP, Noirs, Juifs, Italiens, Irlandais, Cubains se sont retrouvés, mélangés pour créer LA musique du XX° siècle, celle dont dérivent toutes les autres musiques populaires, le seul apport de l'Amérique à la culture du monde comme dit Clint Eastwood.
Certes tous les révolutionnaires de cette musique sont Noirs. De Louis Armstrong à Sun Ra en passant par Duke Ellington, Charlie Parker, Dizzy Gillespie, John Coltrane, Ornette Coleman.

Plus forts encore, ces musiciens noirs produisirent une musique si raffinée, si élégante qu'ils purent s'annoblir eux mêmes et être reçus par la Reine d'Angleterre avec les honneurs dus à des princes : le Duc d'Ellington est devenu plus célèbre que le Duc de Wellington. Une université de Washington porte le nom du premier et sa musique est étudiée par les musicologues avec le même sérieux autrefois réservé aux seuls compositeurs de musique savante européenne, celle que l'on nomme « Classique ».

Cependant, c'est un Juif, clarinettiste, Benny Goodman qui, le premier, créa un groupe mélangeant Noirs et Blancs. Dans les années 1930 aux USA, avouez que c'était audacieux. D'ailleurs, sa maman qui voyait son fils en virtuose jouant du Mozart, ce qu'il faisait aussi très bien, était horrifiée de le voir jouer cette musique de sauvages avec des Nègres. Mais les Nègres en questions se nommaient Lionel Hampton (vibraphone), Charlie Christian (le Père de la guitare électrique. Un modèle de Gibson porte toujours son nom) et Teddy Wilson (piano).

Comme il serait absurde de brasser l'histoire du Jazz en quelques pages (je renvoie nos sympathiques lecteurs et nos adorables lectrices au « Dictionnaire du Jazz » Bouquins, Laffont, Paris, 1994 pour de plus amples informations), mon propos se bornera à quelques notes brèves sur Stanley Gaiesky, alias Stan Getz, alias « The Sound » (1927-1991), saxophoniste ténor.

Pour situer brièvement le personnage, sachez qu'il commença sa carrière professionnelle en 1942, dans l'orchestre de Jack Teagarden, ancien accompagnateur de Louis Armstrong. Stan Getz, âgé de 15 ans, bénéficia alors d'une dérogation écrite de ses parents pour partir avec l'orchestre en tournée à travers les USA.

Stan Getz porta toute sa vie « un singe sur son épaule » comme disent les Américains, réalisant son premier enregistrement à jeun à l'âge de 60 ans. Il craignait d'ailleurs de ne pas être à la hauteur sans substance illicite dans ses veines...

Le plus stupéfiant chez Stan Getz, c'est la permanence de l'excellence. En général, un musicien cherche son son pendant quelque temps avant de le trouver. Ainsi, Miles Davis, né en 1926, ne le trouva qu'en 1954 à l'occasion d'une fameuse session avec le pianiste Thelonious Monk.

Stan Getz trouva le sien dès les années 1940. Ainsi en 1948 son solo sur « Early Autumn » dans l'orchestre de Woody Herman reste d'une immarcescible beauté. Stan Getz fut aussi surnommé le « Sacha Heifetz » du saxophone ténor. Sacha Heifetz était un violoniste juif russe virtuose. Stan Getz, petit fils de tailleur londonien (qui fut auparavant un officier Juif de l'armée du Tsar !), fils d'imprimeur new yorkais, portait en lui l'âme slave, celle qui vous fend le cœur en un accord. Ainsi un ami d'origine juive polonaise écoutant « Les yeux noirs » , classique du folklore gitan d'Europe centrale, joué par Stan Getz sur l'album « For Musicians only » (1957), éclata en sangots. Il retrouvait dans ce jazzman newyorkais l'âme de ses ancêtres disparus dans la Shoah.

Stan Getz n'est ni un compositeur (il déchiffrait péniblement la musique), ni un révolutionnaire (son style est dit « Cool » dans la lignée de Lester Young).

Mais c'est un interprète de génie, immédiatement reconnaissable, la première influence de John Coltrane. « En fait, nous aimerions tous jouer comme Stan Getz » déclara un jour John Coltrane au nom de la confrérie des saxophonistes ténors . Comme Frank Sinatra fut surnommé « The Voice », Stan Getz est tout simplement « The Sound ».

Stan Getz ne se souciait pas des questions de couleur, de religion, de sexe chez un musicien. Seul le talent l'intéressait. Ainsi avec le trompettiste, chanteur, compositeur, chef d'orchestre, clown et philosophe noir américain Dizzy Gillespie, sa relation fut des plus fructueuses. Dès 1953, l'album « Diz and Getz » mêlant afro cubain et be bop place la barre très haut. Mais, avec « For Musicians Only » en 1957 , on atteint des altitudes stratosphériques, un au delà de la musique et un antidépresseur souverain non remboursé par la sécurité Sociale.

En 1961, Stan Getz s'insère avec aisance et en improvisation totale dans le tapis volant pour orchestre à cordes que lui composa le chef Eddie Sauter. Ce fut « Focus ». Expérience poussée encore plus loin avec le même compositeur pour la musique du film « Mickey One » d'Arthur Penn en 1965. Stan ne sachant pas bien lire la musique, écoutait l'orchestre jouer une fois, retenait le morceau d'oreille et jouait avec l'orchestre dès la deuxième prise. Ca, c'est un truc de Jazzman et d'un Grand même.

En 1962, le guitariste Charlie Byrd de retour du Brésil fait découvrir à Stan Getz la bossa nova, musique de Brésiliens blancs, beaucoup plus calme que la samba des Noirs mais néanmoins délicieusement rythmée. Stan Getz après avoir enregistré avec Charlie Byrd « Jazz Samba » fait venir du Brésil le chanteur et guitariste Joao Gilberto et son épouse Astrud. Joao ne voulait pas qu'Astrud chante sur l'album. Stan insista. Astrud chanta, quitta Joao pour Stan et « Garota de Ipanema » devenue « The Girl from Ipanema » devint la chanson la plus diffusée au monde après « Yesterday » des Beatles. Encore aujourd'hui, tous les synthétiseurs ont une touche bossa nova...

Devenu subitement riche et célèbre, Stan Getz refusa de se cantonner à ce rôle de medium entre Brésil et USA et se remit tout de suite en cause . En 1966, à Paris, salle Pleyel, il retrouvait son vieux complice Roy Haynes à la batterie et deux petits jeunes qui devinrent des géants du Jazz, Steve Swallow à la contrebasse et Gary Burton au vibraphone. Ecoutez ce que ces quatre là font de « The Knight rides again ». Stan Getz en preux chevalier chevauche le tempo. « Le Jazz c'est l'art de transformer le saucisson en caviar » disait Barney Wilen, autre sax ténor. Stan Getz, toujours à l'écoute du neuf, jouait en 1969 avec Chick Corea (claviers) et Tony Williams (batterie) empruntés à Miles Davis sans oublier Miroslav Vitous, contrebassiste tchèque, cofondateur de Weather Report, le groupe phare de la fusion des années 1970.

En 1971, Stan Getz arrive à Paris, écoute un trio (Eddy Louiss, orgue Hammond, René Thomas, guitare électrique, Bernard Lubat, batterie) . Il est enchanté et embauche le trio pour sa tournée européenne. Un Béké, un Belge, un Gascon accompagnant un Juif newyorkais, cela donne un pur miracle de chaleur et de douceur « Dynasty » enregistré Live in Concert au Ronnie Scott, LE club de Jazz de Londres. Si cette « Song for Martine » ne vous donne pas envie de déclarer votre flamme à la femme de votre vie, Messieurs, c'est que vous ne l'avez pas trouvé.

A noter en 1975, un live at The Famous Ballroom (Baltimore, USA) où , dans une version déchirante de " My Foolish Heart "  Stan se livre cœur et âme, à chaque note est suivie d'une Fiesta (Chick Corea) endiablée digne d'une résurrection.

Les années 1980 sont marquées pour Stan Getz par la rencontre avec le pianiste noir américain Kenny Barron qui est toujours un des Géants du Jazz actuel.

Affaibli par le cancer, Stan Getz refusa la chimiothérapie et tout autre traitement lourd préférant des herbes curatives . La mort finit par rattraper cet éternel jeune homme un jour de juin 1991. Mais avant de quitter cette vallée de larmes, Stan Getz nous laissa son chant du cygne, un duo avec Kenny Barron enregistré en concert au Montmartre Club de Copenhague en mars 1991 publié par Polygram France sous le titre de « People Time » ; Stan Getz donne tout ce qui lui reste, vainquant la souffrance par la beauté. La technique, l'inspiration illimitée, le son sont toujours là. Mais, en plus ici, il y a ce sentiment d'urgence cet adieu digne de Clément Marot:
Adieu la cour, adieu les dames
Adieu les filles et les femmes
Adieu la vie adieu la danse
Adieu mesure adieu cadence


L'intégralité de " People Time " vient d'être édité dans un coffret de 7 CD. Cassez votre tirelire ou faites le vous offrir!

« Si mon style est inimitable, c'est parce qu'il est trop simple » disait Stan Getz. Je ne sais si le style de Stan Getz est simple. Ce que je sais c'est que son son est toujours aussi pur que ses intentions. En résumé, comme le dit son collègue saxophoniste ténor, Joe Henderson : « Stan Getz, quel cadeau pour le monde ! ».
 
En 1966, Stan Getz était en concert en Angleterre, à la London School of Economics en compagnie de Gary Burton (vibraphone), Steve Swallow (contrebasse) et Roy Haynes (batterie). Quel groupe et quelle musique!
 
 
 

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Quelques définitions du Jazz

Publié le par Guillaume Lagrée

 

Trompette marine

 

      La photographie de la trompette lémanique est l'oeuvre du Lacustre Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

 

" Sinfonia absurdia " (Traduction du mot Jazz dans le Dictionnaire du Vatican)


" Le Jazz c'est la liberté " (Duke Ellington)


" L'histoire du Jazz tient en quatre mots, deux noms et deux prénoms: Louis Armstrong, Charlie Parker " (MilesDavis)


" Pourquoi lire du Platon alors que le son d'un saxophone ténor peut vous ouvrir la porte d'un autre monde?" (Cioran)


" Chaque année, tous les jazzmen du monde devraient se retrouver un jour précis, s"agenouiller et prier Dieu pendant un quart d'heure pour le remercier d'avoir créé Duke Ellington " (Miles Davis)


" Ce qui compte en musique, ce ne sont pas les notes. Ce sont les silences entre les notes " (Miles Davis)


" Pourquoi jouer beaucoup de notes alors qu'il suffit de jouer les plus belles? " (Miles Davis)


" L'esclavage fut une bénédiction. Sans l'esclavage, le Jazz n'aurait jamais existé " (Max Roach)


" Deux caractéristiques essentielles, notées dès 1926 par le musicologue-ethnologue André Shaeffner, sont indissociables du Jazz. D'une part, un traitement particulier des sonorités, dérivé de l'imitation des voix humaines et animales, de l'autre, une mise en valeur spécifique des rythmes. C'est la résultante de l'intégration à des méthodes instrumentales, harmoniques et mélodiques inventées en Europe, de traditions emmenées d'Afrique par les esclaves déportés aux Amériques du XVI° au XIX° siècles " Frank Ténot in Dictionnaire du Jazz ( Collection Bouquins, éditions Robert Laffont, Paris, 1994, 1388 p)


" It don't mean a thing if it ain't got that swing " (Duke Ellington)


" Monsieur Louis Armstrong, pouvez nous expliquer ce qu'est le swing?
Si tu le demandes, c'est que tu ne le sauras jamais mec!"

" Monsieur Ray Charles, comment faites vous pour dégager tant de joie, d'énergie dans votre musique alors que vous êtes aveugle?

Ca pourrait être pire, chérie. Je pourrais être Noir! "


" Pour que Dave Brubeck swingue, il faudrait qu'il pende au bout d'une corde " (Art Blakey)


" Le rythme afro cubain est comme la joie de l'homme qui a découvert le feu " (Michel Leiris)


" Le Jazz c'est comme les bananes. Ca se consomme sur place " (Jean-Paul Sartre)


" Si le rap excelle le jazz est l'étincelle qui flambe les modes qui sont toujours à temps partiel " (MC Solaar)


" Jouer avec Thelonious Monk, c'est comme entrer dans un ascenseur. Les portes s'ouvrent, vous faites un pas en avant et il n'y a pas d'ascenseur " (John Coltrane)


" Jazz is not dead. It just smells funny " (Frank Zappa)


" Harlem, c'est la patrie du jazz, c'est la mélodie nègre du Sud débarquant à la gare de Pennsylvanie, plaintive et languissante, soudain affolée par ce Manhattan adoré, où tout est bruit et lumière, c'est le rêve du Mississipi, devenu cauchemar, entrecoupé de trompes d'autos, de sirènes, comme à travers Wagner on pressent le tumulte des éléments, ce qu'on entend au fond du jazz, c'est la rumeur de Lennox Avenue. " (Paul Morand, New York, 1929)

" Le Jazz a renversé la valse.L'Impressionnisme a tué le " faux jour ", vous écrirez " télégraphique " ou vous écrirez plus du tout!
 
L'Emoi c'est tout dans la Vie!
Faut savoir en profiter!
L'Emoi c'est tout dans la Vie!
Quand on est mort c'est fini! "
 
Céline, préface de " Guignol's Band "

" Il n'y a que deux sortes de musique: la bonne et la mauvaise " (Duke Ellington)


" La première fois que j'ai entendu Bird et Diz jouer ensemble, ce fut la plus forte sensation de ma vie, habillé. Toute ma vie j'ai cherché à atteindre cette émotion dans ma musique. Je m'en suis parfois approché de très près mais je n'y suis pas encore parvenu. Je cherche encore " (Miles Davis)


" J'essaie de mettre toute ma vie dans chaque note que je joue " (Louis Armstrong)

« Les vrais génies du XXe siècle ne sont pas cinéastes, ni peintres, ni savants, ni écrivains... Ce sont des musiciens de jazz, comme Duke Ellington » - Orson Welles

 

 

" Le Jazz ça consiste à transformer le saucisson en caviar " ( Barney Wilen)

" Ce que j'aime surtout dans le Jazz, c'est que c'est un mot très pratique au Scrabble " (Philipe Geluck)

" Le Rock'n roll, ce n'est jamais que du mauvais Jazz " (Henri Salvador)

" Sans le Jazz, il n'y aurait jamais eu de Rock'n Roll " (Louis Armstrong)

" Le Rock'n roll, c'est du Jazz avec une base rythmique très solide " (Keith Richards)

" Il paraît qu'il existe des gens qui n'ont pas d'albums de Miles Davis chez eux. C'est quelque chose que je ne peux pas concevoir " (Charlie Watts)

" Le Jazz c'est comme la boxe. Mieux c'est, moins le public apprécie " (Georges Foreman).

" Jouer du Be Bop, c'est comme jouer au Scrabble mais sans les voyelles " (Duke Ellington)

" Vous, les Américains, prenez le Jazz trop à la légère. Vous semblez y voir une musique de peu de valeur, vulgaire, éphémère. Alors qu'à mes yeux, c'est lui qui donnera naissance à la musique nationale des Etats-Unis " (Maurice Ravel à George Gershwin).

" Je ne suis pas ce que je joue. Je joue ce que je suis " (Miles Davis)

" Le blues vraiment sale, obscène, pour moi c'est ça le vrai blues " (Ray Charles)

" A la trompette, on ne peut rien jouer qui ne vienne de Louis, pas même les trucs modernes " ( Miles Davis)

" J'y donne tout. J'oublie mon vieux corps. Je me vide. Je n'ai plus à penser, seulement à jouer " (Sonny Rollins, à propos de ses concerts)

" Je pense que le Jazz est surtout l'affaire des Noirs  mais quelques rares Blancs peuvent en jouer aussi bien, d'une façon aussi originale que n'importe quel Noir. Pas beaucoup mais je sais être l'un d'entre eux " (Stan Getz)

" Il avait une âme noire sous une peau blanche et il le savait " (Frank Sinatra défini par Quincy Jones)

" On a beau se couvrir de satin blanc jusqu'aux nichons, se mettre des gardénias dans les cheveux et se tenir loin des champs de canne à sucre, on se sentira toujours comme une esclave dans une plantation " (Billie Holiday)

" Je ne pense pas que je chante. J'ai plutôt l'impression que je joue d'un instrument à vent " (Billie Holiday)

" Je ne sais pas si je suis un trompettiste qui chante ou un chanteur qui joue de la trompette. J'aime à vrai dire faire les deux. Chaque note que je joue à la trompette je peux la chanter. Et je pense toujours profondément chacune des notes que je joue " (Chet Baker)

" il faut que je change tout le temps. C'est comme une malédiction " (Miles Davis )

" J'ai juste infléchi cinq ou six fois le cours de la musique " (Miles Davis)

 

 

 

 

 

 

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Les treize morts d'Albert Ayler

Publié le par Guillaume Lagrée

 

Collectif, «Les treize morts d'Albert Ayler », Série Noire n°2442, NRF, Gallimard, Paris, 288p, 1996.

Albert Ayler, saxophoniste ténor, alto, soprano et compositeur noir américain né à Cleveland, Ohio, le 13 juillet 1936, retrouvé mort dans l'East River à New York City le 25 novembre 1970. La police a conclu à la noyade. Il n'y a pas eu d'autopsie.

Sur cette mort inexpliquée, quatorze auteurs de polars, dix Français, un Haïtien, trois Américains ont brodé quatorze scenarii différents. Quatorze alors que le titre est bien « « Les treize morts d'Albert Ayler ». Pourquoi cette différence ? Parce qu'un quatorzième auteur s'est ajouté en route.

La plupart pensent au suicide. Albert Ayler ne réussissait pas à vivre dignement de sa musique, son frère Don, trompettiste, était à l'hôpital psychiatrique à l'époque des faits. Quelques uns envisagent le meurtre notamment Michel Le Bris qui l'imagine même commandité par Miles Davis.

Albert Ayler est mort la même année que Jimi Hendrix. Ils n'ont jamais joué ensemble alors que leurs points communs sont frappants. Tous deux ont commencé leur carrière comme accompagnateurs de Géants du Blues : Little Walter (harmonica) pour Albert Ayler, BB King (guitare) pour Jimi Hendrix. Tous deux aimaient les hymnes nationaux (Star Spangled Banner et God save the Queen pour Jimi, La Marseillaise pour Albert qui a vécu en France comme soldat américain en 1960-61). Tous deux avaient un son d'une puissance inconnue jusqu'alors sur leur instrument respectif. Leur mort commune en 1970 relèverait du complot blanc contre le pouvoir noir (cf le livre « Free Jazz, Black Power » de Phillipe Carles et Jean Louis Comolli) selon Michel Le Bris. Dans ce cas, pourquoi James Brown, Soul Brother n°1, est-il mort dans son lit ?

Les nouvelles sont d'intérêt variable. Ma préférée est celle de Thierry Jonquet qui imagine le désordre causé au Paradis, section des Musiciens, par l'arrivée d'Adolphe Sax et de ses disciples, les saxophonistes de Jazz. Mozart et Beethoven adorent. Wagner déteste. Normal. Le Jazz ne peut se marier avec l'antisémitisme et le culte de la race supérieure.

Que jouait Albert Ayler ?
Des choses simples : blues, gospel, marches militaires.

Comment les jouait-il ?
Comme personne avant lui. Comme personne après lui. Il jouait avec les anches en plastique les plus dures, celles qui fendent les lèvres des blancs becs. Il fendait les murs comme les trompettes des Hébreux devant Jericho. La puissance de cette musique renverse les montagnes, fait danser les étoiles. La dernière apparition terrestre d'Albert Ayler eut lieu en France, à Saint Paul de Vence, dans les jardins de la fondation Maeght. Par deux belles nuits de la fin juillet 1970, après avoir baigné dans le bleu du ciel et de Chagall dans la journée, au milieu des mobiles de Calder et des hommes en marche de Giacometti, Albert Ayler ramasse sa musique, la densifie, la délivre. La rythmique piano/contrebasse/batterie est classique dans son jeu. Elle donne des points de repère à un auditeur dérouté par un tel maelström musical. Ces concerts furent enregistrés et filmés sous le titre « Albert Ayler. Les nuits de la Fondation Maeght ».

Treize, quatorze, cent versions de la mort d'Albert Ayler ne nous en consoleront pas. Puissent ces nouvelles donner envie aux lecteurs de plonger dans la musique d?un homme plus grand que la vie.

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Dan Tepfer en trio français à Paris

Publié le par Guillaume Lagrée

Dan Tepfer Trio

Paris. Le Sunside. Mardi 15 décembre 2009.

Dan Tepfer : piano
Stéphane Kerecki : contrebasse
Anne Pacéo : batterie

Quelques jours après avoir dialogué avec Lee Konitz au Duc des Lombards, Dan Tepfer est au Sunside à la tête de son trio français. Il faut signaler qu'Anne Pacéo vient de gagner le Django d'Or de meilleur espoir du Jazz français. Le classement ne distinguant pas entre jeune espoir féminin et masculin, contrairement au cinéma, c'est encore mieux.

Solo de piano en intro. Le trio part en sautillant allègrement avec un voile de brume. Gros son de contrebasse, la batterie claque sur les cymbales. Le piano sonne à la fois heurté et fluide, comme le mélange réussi entre Bill Evans et Thelonious Monk. Dan danse avec son piano, son dos s’inclinant d’avant en arrière, d’arrière en avant, sur le côté. Une citation de Monk mais je ne retrouve pas le titre du morceau. C’était « Diverge » de Dan Tepfer.

Le second morceau est plus impressionniste. Maintenant, ils avancent. La main gauche maintient le tempo alors que la droite improvise, légère, mobile, gracieuse.Contrebasse et batterie fournissent un trampoline souple et ferme aux bonds du piano. Ca monte en puissance avec basse et batterie qui accélèrent imperceptiblement et le piano qui progresse à sauts de guépard. Le solo de contrebasse est large et solide comme une belle maison. Dan explore le thème, le fait briller sous toutes ses facettes. Je n’ai pas capté le titre du morceau.

« Under rhythm » (Dan Tepfer). L’influence de TS Monk est évidente dans le jeu heurté mais avec le délié du virtuose classique. Anne Pacéo est passée aux balais. Le tempo est vif, léger avec des hachures, des brisures. Là je retrouve l’ancien élève de Martial Solal.

Dan annonce qu’ils vont jouer un standard. C’est « All the things You are » reconnaissable immédiatement. Démarrage au piano. Le thème est joué en duo piano/contrebasse avec des décalages au piano. La batterie cliquète. Ca tourne mais pas en rond. Belle accélération sans coup férir. Solo d’Anne Pacéo qui envoie sévère avec de jolies grimaces qui soulignent l’intensité de sa concentration. Solo de piano avec les mains croisées. La main gauche passe au dessus de la main droite pour jouer à droite. A l’inverse, la main drote est en dessous de la main gauche pour jouer à gauche. Ce solo mélange le classique et le Jazz, l’influence de JS Bach et celle de TS Monk. Fin brusque et surprenante.

Intro au piano. Une ballade romantique, élégiaque, élégante.

« I was wondering ». Mes notes étant illisibles, je ne parlerai pas de ce morceau.

PAUSE

La main gauche lance un ostinato puis Dan se lance. Ca avance comme une voiture de sport sur une route de montagne faite de virages en lacets. Il fait nuit et il pleut. Peter arrivera t-il à temps pour sauver Cassandra des griffes du cruel John ? La voiture roule et tourne, obscure dans la nuit solitaire. Les yeux des lapins et des renards brillent dans la lueur des phares. La main gauche ne lâche pas le tempo de départ. Ca c’est le moteur. La main droite, c’est la route et ses virages. La contrebasse et la batterie sont la nuit, la pluie, les arbres, les herbes, les animaux qui risquent leur vie au bord de la route. Pour savoir si Peter a pu sauver Cassandra, il vous faudra écouter le morceau.

Intro au piano légère, cristalline, souple. Le trio redémarre. Ambiance méditative. Anne tricote aux balais. Stéphane assure le lien avec des notes qui s’allongent, durent. C’était « Cornelius ».

« Le plat pays » (Jacques Brel). Dan commence en triturant les cordes du piano de la main droite tout en jouant de la main gauche. Il joue vraiment le thème. Anne a pris les maillets. C’est sombre, inquiétant, poisseux comme le veut cette chanson. Douceur et inquiétude se mêlent. Beau son plein de la contrebasse. Dan a quitté le thème pour s’envoler loin au dessus du plat pays. Retour au thème avec le solo de contrebasse grave comme le canal de l’Escaut. Le pianiste aussi fait de belles grimaces tant il est concentré. J'explique à mon voisin de droite, un Noir américain, que c'est une chanson française sur la Belgique par un Belge très célèbre en France. Je ne suis pas sûr d'avoir été clair mais il a adoré le morceau et le concert.

Intro au piano en vagues montantes et descendantes. Le trio repart avec les baguettes qui font tinter les cymbales et les bords de caisse. Un labrador est couché sagement dans la salle, écoutant la musique. La tension et la vitesse montent. Dan semble en même temps faire du surplace et avancer à grands pas. C’est confondant de virtuosité. Dialogue piano/batterie. C’est une partie de badminton où le volant ne tombe jamais. Stéphane Kerecki asssiste au spectacle puis entre dans la danse. Ca monte en crescendo vers le final. Ce genre de truc marche toujours mais ils sont trop malins pour se contenter de ça. D’un geste, tout se calme alors que la tension sous-jacente se maintient. Solo de contrebasse superbement soutenu par le piano et la batterie. Ca joue.

« Body and Soul », standard des standards. Duo piano/contrebasse. Stéphane mène le bal bien secondé par le piano. Dan reprend la main et Stéphane ponctue avec un son superbe et généreux. Anne ne joue pas mais hoche la tête en mesure, les yeux clos, ravie. Dan va et vient autour du thème en bon disciple de Martial Solal et de François René de Chateaubriand ( « L’ennui naquit un jour de l’uniformité »).

« Un vieux thème que j’ai écrit en 2004 et que j’ai ressortir parce qu’il est amusant. Cela s’appelle Equivalence » annonce Dan Tepfer. Intro au piano. Le solo devient trio et ça accélère progressivement. Ca pulse bien. La demoiselle Pacéo groove méchamment. Derrière le pianiste, une spectatrice mime les gestes de la batteuse. Une fan d’Anne. C’est joyeux, dansant à condition d’être expert en changement de rythmes. La batterie tinte de partout, le piano aussi. La contrebasse maintient l’assise du morceau. Silence autour d’un solo de piano tout en douceur. Ca s’agite, s’énerve. Puis le trio repart comme un seul être humain. Nouveau duel piano/batterie arbitré par la contrebasse. Dialogue air/terre entre le piano et la contrebasse. Ca repart en trio avec une fausse fin prolongée par un solo très rapide au piano et la vraie fin à trois en un.

Fin du 2e set. J’ai école demain. Il est temps de rentrer. Dan Tepfer est décidément un pianiste qu’il faut suivre dès à présent dans la perspective d’un brillant avenir. Si Lee Konitz l’a choisi comme nouveau complice de jeu, ce n’est pas un hasard. Le Vieux Maître du saxophone alto a adoubé un nouveau chevalier des touches.

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Edouard Ferlet en quartet paritaire

Publié le par Guillaume Lagrée

 

Edouard Ferlet Quartet.

Paris. Le Sunside. Vendredi 11 décembre 2009. 21h.





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La photographie d'Edouard Ferlet est l'oeuvre du Tonique Juan Carlos Hernandez.


Edouard Ferlet
: piano
Airelle Besson : trompette
Alexandra Grimal : saxophone ténor, saxophone soprano
Fabrice Moreau : batterie



Après celui de Sébastien Llado, voici un nouveau quartet paritaire, deux gars/deux filles, celui d’Edouard Ferlet. Concert de sortie de l’album « Filigrane ». Je suppose que la contrebasse est en filigrane puisqu’elle est absente.Bref cet album est à l’opposé de « Sans tambour ni trompette » de Martial Solal (trio avec Jean François Jenny Clark et Gilbert Rovère aux contrebasses).

Démarrage en duo des souffleuses avec le sax soprano. Son rêveur, mystérieux, en fusion. Fabrice Moreau ajoute d’autres couleurs cuivrées avec les maillets sur les cymbales. Chants parallèles des cuivres. Lointains grondements de cymbales. Le pianiste vient distiller des notes espacées entre les silences. Les tambours roulent sous les maillets . Une rumeur d’orage sous des éclairs de cuivres. Le piano amène une mélodie cristalline reprise par les cuivres. Cette musique porte à la rêverie, sous le soleil noir de la mélancolie. Les quatre ne font qu’un, si bien liés que l’absence de contrebasse ne se fait nullement sentir. Ils vous prennent, vous emmènent, vous posent puis vous emmènent plus loin encore.

Solo de piano. Ils restent dans la rêverie, la mélancolie. Alexandra est passée au sax ténor.les deux demoiselles partent ensemble, ne faisant qu’un souffle. Ca accélère avec un duo piano/batterie aux balais qui lance le groupe. La musique se déploie, prend son envol. Le sax reste calme alors que piano et batterie s’agitent. Le sax commence à zigzaguer, à virevolter poussé par le piano et la batterie qui ne lâchent pas le tempo d’une milliseconde. Le public est capté. Personne n’applaudit un solo. Nous laissons l’œuvre se dérouler. C’est le premier concert du groupe et, vu le niveau atteint, cela augure bien de la suite.

« Julien » (Airelle Besson). Airelle fait siffler la trompette ne laissant passer qu’un filet de souffle. Le piano se promène alangui et nostalgique. Aux balais, Fabrice caresse les cymbales. Il y a de la chaleur, de la tendresse, de la douceur, de l’amour dans le son de la trompette. Ce Julien d’Airelle Besson c’est soit son homme, soit son fils. J’espère qu’il mérite autant d’amour, ce garçon. Alexandra au ténor répond à ce chant. Ca monte tout doucement en puissance. Arrivés sur un pic, ils se posent en douceur.

Solo de piano. Edouard s’amuse dans les graves puis se pose en medium. Alexandra a repris le soprano. Démarrage en douceur avec la batteie puis le piano et la trompette entrent dans la danse. Fabrice travaille ses cymbales avant de lancer la machine. Le chant et contrechant des cuivres brille dans l’azur. Le piano est plein, majestueux. Tout s’arrête pour un solo de piano impressionniste, très français. La petite plainte du soprano, le souffle de la trompette sont sinueux, légers, aériens. Airelle a mis la sourdine sur sa trompette ce qui donne un son nettement inspiré de celui de Miles Davis. Elle se ballade sur le tempo comme une péniche sur la Seine. La densité de cette musique permet au groupe d’obtenir un silence, une qualité d’écoute rare dans un club de Jazz.

PAUSE

Ecole française du piano. Son rêveur, léger, fluide. Le batteur ponctue aux baguettes. Alexandra étire le son du soprano. Le piano et la batterie deviennent plus tempêtueux. La pression monte. La demoiselle réagit poussant le soprano dans l’aigu, le strident qui le caractérisent. Ca se finit dans un souffle du soprano

Sax ténor. Airelle Besson a repris sa place au devant de la scène alors qu’elle ne jouait pas le précédent morceau. Edouard travaille les cordes du piano. Fabrice tapote doucement avec des baguettes. Le sax est chaud, souple. Au tour de la trompette de dérouler autour de l’agitation du piano et de la batterie. Rythmiquement, ça pousse derrière mais les supernanas ont du répondant. Solo de piano avec des éclats de virtuosité classique et un rythme purement Jazz. Il envoie. C’est impeccable et implacable rythmiquement. Les cuivres repartent synchrones. C’était « Sans titre apparent » après « Il n’y a plus d’après » ( qui ne ressemblait pas à la chanson de Guy Béart sur Saint Germain des Prés).

« Je viens d’apprendre » (Fabrice Moreau).Une ballade où les baguettes égrènent le temps sur les bords de caisses et les cymbales. Les cuivres soufflent et sifflent. Solo de trompette sussuré, respiré, s’ouvrant vers le soleil radieux. La pédale prolonge une note de piano jusqu’aux silences et aux applaudissements.

« Not yet » (Jean Philippe Viret). Morceau qu’Edouard Ferlet joue pour s’excuser auprès de Jean Philippe pour lui avoir chipé son batteur, Fabrice Moreau. Solo grave, espacé qui respire au piano.Les demoiselles des cuivres jouent dans le même souffle. Fabrice caresse avec ses balais. Complainte du soprano. La musique court comme des chamois dans les alpages légère, imprévisible, avec des temps d’arrêt, des relances. Son à l’unisson des cuivres. Piano et batterie les entourent mais leurs chants n’ont pas de clôture. Ils sont toujours ouverts. Une dernière caresse des balais pour finir.

Edouard frotte les cordes de son piano avec des maillets. Le batteur joue coupé/décalé aux balais mais pas à l’ivoirienne. Le piano gronde sous l’outrage. Les cuivres jouent en chant/contrechant entre l’aigu du soprano et le grave de la trompette. Les demoiselles se penchent pour chanter dans leurs micros alors que piano et batterie sont en promenade, tranquilles.

Ainsi se termine le 2e set et le répertoire joué sur l’album « Filigrane ». Je suis resté sur cette ambiance magique, poétique, onirique n’assistant pas au 3e set. Cette musique mérite toute notre attention. Alors que tant de musiciens veulent impressionner en faisant du bruit, en roulant des mécaniques, Edouard Ferlet construit une œuvre subtile, légère, rythmée, décalée. Sans rien forcer ni imposer, il vous emmène dans son univers. Vous y êtes si bien que vous regrettez d’en sortir. Pour y plonger, il suffit d’écouter l’album « Filigrane » ou d’assister au prochain concert de ce quartet paritaire.

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Le Boeuf du Neuf au Neuf

Publié le par Guillaume Lagrée

Le Neuf Jazz Club. Paris. Mercredi 9 décembre 2009. 20h.

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Rick Margitza
: saxophone ténor
Manuel Rocheman : piano
Peter Giron : contrebasse
Karl Jannuska : batterie
Plus divers jeunes musiciens parisiens.

La photographie de Peter Giron est l'oeuvre du Serein Juan Carlos Hernandez.


21h05. Les musiciens montent sur scène. Avis aux spectateurs. Il suffit de venir à 21h pour ne pas attendre les musiciens tout en ayant une place assise.

Le piano a le couvercle fermé pour ne pas couvrir les autres musiciens.

Ils commencent par « You don’t know what love is » tout en douceur, en souplesse mais avec du rythme. Karl est aux baguettes. Rick Margitza est le prince du Sax. Ca ronronne, ça tourne comme une voiture de sport luxueuse. Format classique : thème, solo, thème. Pete Giron, fin et souple, chante avec Karl aux balais et le pianiste qui ponctue. Après le solo de contrebasse, Rick revient sur scène et repart aérien, élégant, princier. Sur cette fin de premier morceau, Rick est déjà chaud bouillant. Les jeunes saxophnistes qui vont venir le relayer sur scène ont intérêt à être à la hauteur s’ils ne veulent pas être balayés. Les musiciens jouent un petit set puis ils invitent sur scène qui veut jouer.

Ils poursuivent avec « The Peacocks » du pianiste Jimmy Rowles immortalisé par Stan Getz au sax ténor (album « The Peacocks » avec Jimmy Rowles et Stan Getz justement). Manuel Rocheman s’en donne à cœur joie sur ce bijou pianistique. Il fait danser le piano. La maîtrise technique de l’ancien élève de Martial Solal est bien là. Il y met de l’énergie, de la vigueur, de la variété, de la vivacité. L’instant d’après, il se fait calme et discret derrière Rick qui déroule son serpent de cuivre. Solo de batterie axé sur les tambours qui vibrent, chantent, grondent.

Un petit air latin dans le tintement des cymbales. Baila ! C’est chaud, viril, dansant. Parfait pour une nuit de décembre. Ca cause derrière moi mais devant ça joue vite, haut et fort, dominant le tout. Après le solo de contrebasse, Rick repart à l’attaque comme un boxeur. La salle est remplie de très jeunes musiciens et auditeurs. Ca fait plaisir à voir. Le message continue de passer.

Morceau encore plus vif, plus nerveux. Après un morceau au style rollinsien, Rick est passé au style coltranien. Manuel Rocheman attaque. Belle bagarre avec le piano dont la musique sort vainqueur. Rick revient en corne de brume, poussé la contrebasse et la batterie. Ca balaie.L’ombre de Sonny Rollins revient avec ce trio sans piano. Le piano, main gauche, et la contrebasse tiennent le tempo alors que Karl enflamme ses tambours. Il se lance tout seul dans le chantier à grandes pelletées. Manuel tient sur sa main gauche puis ajoute un peu de main droite alors que Rick a repris son vol aquilin.

PAUSE

Peter Giron est le MC (Master of Ceremony) de la soirée. Il invite les musiciens à inscrire leur nom, prénom, instrument sur une liste ce qui permet de répartir leur ordre de passage. Il les présente lorsqu’ils montent sur la scène.Le tout avec un charmant accent made in USA.

Tous les musiciens sont remplacés : piano, contrebasse, batterie, saxophone soprano. Ils évitent la confrontation avec les Anciens.

Comme pour tout bœuf, les musiciens ont besoin de codes communs pour se retrouver. D’où le jeu des standards. Ici « On green dolphin street » pour commencer. La rythmique tourne bien. Le sax soprano joue bien de cet instrument si difficile techniquement. Il a déjà la maîtrise technique, le flux mais pas encore la personnalité. Tous ces jeunes gens sont Blancs. Le Jazz, musique métisse, a pâli. Pas de musicienne non plus.Très joli solo de contrebasse portant à la rêverie.

Ils jouent ensuite un morceau de TS Monk qui fait passer le souvenir de Steve Lacy dans le jeu du soprano.

Un autre saxophoniste monte sur scène, un alto. Standard joué de façon très cool, dérivée de Lee Konitz plutôt que de Charlie Parker. C’est assez rare pour être signalé. Je pense qu’ils jouent « Softly as in a morning sunrise ». Le saxophoniste Roland Sieyes (un descendant de l’abbé ?) est concentré. Il fixe un point imaginaire, n’osant pas regarder le public en jouant. Le contrebassiste a une belle chemise orangée en harmonie avec le vernis de la contrebasse. Bien vu. Jolies trilles du piano impeccablement soutenu par la rythmique. Ce jeune contrebassiste, Alexandre Perrot, sort du lot. Il joue souple, puissant, relâché et il sait raconter des histoires le long des cordes de sa contrebasse. Breaks de batterie tranquilles et efficaces. Le sax a le bouc, le goatee du bopper mais plus petit que celui de Dizzy Gillespie.

Changement des musiciens. Un guitariste électrique monte sur scène. Seul le sax reste. Ca sonne brésilien au départ mais c’est un standard du Jazz, « I remember april ». La rythmique swingue bien avec la couleur de la guitarre électrique en plus. Solo de guitare jazz dans le style années 1950. Sacha Distel peut être fier de sa descendance. Beau son de sax alto, clair, distinct, sans vibrato.

Un autre sax alto monte sur scène. Je m’en vais car minuit approche. Je n’ai pas de problème de citrouille pour rentrer mais j’ai école le lendemain. Je salue Sébastien Llado en partant. Je reviendrai au Bœuf du Neuf le mercredi soir en espérant entendre la rencontre sur scène des Anciens et des Modernes

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Keith Jarrett, compositeur au carrefour des musiques du XX° siècle

Publié le par Guillaume Lagrée

 

La leçon de Jazz d’Antoine Hervé.

« Keith Jarrett, compositeur au carrefour des musiques du XX° siècle ».

Paris. Auditorium Saint Germain. Mardi 8 décembre 2009. 19h30.

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La photographie d'Antoine Hervé est l'oeuvre de l'Abracadabrantesque Juan Carlos Hernandez.


Antoine Hervé : piano

Keith Jarrett est connu du grand public. Il y a plus de monde que d’habitude. La salle est presque pleine. La scène ne porte qu’un piano. Pas de contrebasse ni de batterie. Personne ne jouera les rôles de Gary Peacock et Jack de Johnette.

Pour commencer une chanson country passe dans les haut parleurs. Serait-ce Keith Jarrett au piano ? En fait c’est Keith qui joue du piano, de la contrebasse, de la batterie, de l’harmonica et chante « All right » sur son troisième album. Comme Stevie Wonder et Prince, Keith Jarrette sait tout jouer. Contrairement à ses deux confrères, Keith a choisi de se concentrer sur un instrument, le piano et même sur un genre, les standards du Jazz.

Keith Jarrett est né le 8 mai 1945, le jour de l’Armistice. C’est dire si c’est un homme de paix. Premières leçons de piano à 3 ans, premier concert à 7 ans, premier récital de ses compositions à 17 ans. Il a fait partie des Jazz Messengers d’Art Blakey, l’université Harvard du Hard Bop. En 1966, il accompagne Charles Loyd avec Jack de Johnette à la batterie. De Johnette joue toujours avec Keith aujourd’hui. Il a formé un trio avec Charlie Haden et Paul Motian, le premier batteur de Bill Evans. Il joue des claviers électriques chez Miles Davis en 1970-71 alors qu’il les a en horreur (écouter son témoignage dans le film « Miles Davis Electric. A different Kind of Blue » sur le concert à l’île de Wight en 1970 devant 600 000 spectateurs).Miles Davis l’avait abordé ainsi à Paris dans un club où il jouait avec Jean François Jenny Clarke et Aldo Romano : «Hi Keith! How does it feel to be a genius ? ». Il a joué avec son maître de la Berklee School of Music, le vibraphoniste Gary Burton.

Antoine Hervé nous joue « 45 » de Keith Jarrett qui mêle la pulsion binaire et les accords du Jazz. Il nous explique la différence entre un guitariste de Jazz et un guitariste de Rock. Un guitariste de Jazz joue 3000 accords devant 10 personnes. Un guitariste de Rock joue 10 accords devant 3000 personnes.

Antoine joue « Choral » de Keith Jarrett. Dans les années 1970, Keith Jarrett ajoute le saxophoniste Dewey Redman (père de Joshua, autre saxophoniste) à son trio.

En 1972, Keith Jarrett enregistre son premier album solo « Facing You » pour le label allemand ECM (Echoes of Contemporary Music/Munchen) dirigé par Manfred Eicher. Il est depuis resté fidèle à cette compagnie dont il a fait la fortune. Ce solo stupéfia Antoine Hervé à l’époque par sa nouveauté. En 1975 sort le « Köln Concert » un des albums les plus vendus de l’histoire du Jazz. 45mn d’improvisation sans interruption un soir de tournée. Nanni Moretti l’a utilisé pour son film « Caro diario » (« Journal intime ») en 1993. C’est une musique liquide et mobile qui laisse l’auditeur voguer au gré de son imagination. Antoine nous en joue joliment des extraits, restituant une improvisation qu’il connaît par cœur.

Keith Jarrett a aussi eu un groupe scandinave avec le saxophoniste Jan Garbarek, le Belonging Quartet. Antoine nous joue « Spiral Dance », un morceau très rythmé, peut-être inspiré des danses scandinaves comme le « Dear Old Stockholm » de Stan Getz. Un air dansant, puissant, qui emporte.

« The wind up » (album « Belonging »). Le morceau est rythmé, haché, brisé, joyeux. Le vent souffle dans les voiles. La métrique est complexe, les points d’appui sont déplacés (héritage de Charlie Parker). Le Professeur Hervé nous explique comment une mesure de 16 est divisée en 7+9 pour donner l’impression que le temps s’allonge à la fin. A l’intérieur du thème, passage en 4 temps mais ça change au bout de 2 temps. Tout est décalé, fait pour dérouter l’auditeur. Allusion à la musique médiévale que Keith a beaucoup écouté et analysé.

Dans les années 1980-90, Keith Jarrett a beaucoup travaillé la musique classique au piano, au clavecin, à l’orgue. Il a joué du baroque, des compositeurs contemporains américains. A la fin des années 1990, épuisé par des années de tournées et d’enregistrements (200 albums !), il est victime d’un syndrome de fatigue chronique, incapable de jouer.

Il se consacre aux ballades avec l’album « The melody at night with You ». Antoine nous joue un extrait de « Peace piece » de Bill Evans (extrait de l’album « Everybody digs Bill Evans », morceau très nettement inspiré des Gymnopédies d’Esoterik Satie). Il joue ensuite « Never leave me » de Keith Jarrett dans le même style. C’est épuré, dépouillé, cristallin, joué à l’économie pour concentrer l’émotion. Dans la même veine, Herr Professor Hervé joue un standard « Somewhere over the rainbow » en distillant les notes une à une, comme des gouttes d’eau tombant d’un robinet.

Keith Jarrett a aussi travaillé l’improvisation fuguée (Bach, Mozart, Beethoven), l’école française du contrepoint teintée de la période élisabéthaine (Elisabeth Ière, reine d’Angleterre du vivant de William Shakespeare). Il a reçu le Sonning Music Award au Danemark comme Igor Stravinski et Miles Davis.

Depuis bientôt 30 ans Keith Jarrett joue des standards en trio avec Gary Peacock (contrebasse) et Jack de Johnette (Batterie). Keith Jarrett est le moteur et le gardien du tempo. Tout est en place. Gary Peacock peut improviser. Il n’a pas à lier, tenir le trio comme le fait normalement le contrebassiste. La science de la percussion et du tempo est extrêmement poussée chez Keith Jarrett.

Sa filiation avec Bill Evans s’entend dans la gestion de la dynamique de la phrase passant du mezzo au forte puis revenant au mezzo (aux mezze s’il joue un tempo alla libanese).

Keith est aussi influencé par la guitare folk. Exemple avec le début du concert de Bregenz. Effectivement, à écouter Antoine Hervé le jouer, ça sonne guitare.Il en rajoute en chantant la chanson du film « Titanic » par dessus. La main gauche se ballade comme sur une guitare.Antoine scatte l’air en même temps qu’il le joue ce qui rend plus lisibles les rythmes. Comme Glenn Gould, Keith Jarrett chantonne en jouant du piano.

L’ostinato fait le style de Keith Jarrett. L’ostinato c’est quelque chose qui se répète, quelque chose qui se répète, quelque chose qui se répète... Il est aussi influencé par Paul Bley : beaucoup de silence dans la musique ce qui permet de suggérer. Et par Claude Debussy comme tous les pianistes de Jazz, par le baroque, par le gamelan tel Debussy fasciné par les danses balinaises à l’Exposition universelle de Paris en 1900.

Il aime jouer avec les pédales des notes bourdon comme la cornemuse. Il a aussi écouté la musique minimaliste de Michael Nyman rendue célèbre par le film « La leçon de piano » de Jane Campion (1993). C’est une musique ouverte à tout, qui retourne à la musique tonale ou modale. A l’opposé de la musique sérielle (séries de notes, de nuances, de timbres). Les Américains ont refusé le sériel. Ils préfèrent le tonal ou modal, la pulsation régulière.

Le truc de Keith Jarrett c’est l’ostinato. Démonstration avec le concert de Bregenz. Puis comparaison avec les Préludes et Fugues de JS Bach. Quand Keith Jarrett trouve un ostinato, l’énergie commence à monter. Il fait « tourner » disent les musiciens. Nouvelle démonstration avec le fameux ostinato du « Köln Concert » (solo de 1975). Au dessus se développent des gammes pentatoniques, des accords de passage avec des arrivées amorties, des phrases qui imitent la voix.

Un autre ostinato du Köln Concert plus rapide, plus percussif. Un thème grave se développe par dessus. Il Professore Antoine Hervé nous fait remarquer que cela sonne comme des tabmas indiens avec l’afterbeat marqué au piano. Le style de piano de Keith Jarrett fait entendre la contrebasse et la batterie en leur absence.

Séance d’écoute musicale avec Steve Reich, compositeur américain, batteur d’origine. Steve pratique le déphasage. Une rythmique ne bouge pas, l’autre se décale. Ecoute du morceau « Drumming » de Steve Reich. Par ses gestes, le Professeur Hervé nous explique le déphasage entre les deux percussionnistes et le passage à un autre tempo. Pas besoin d’électronique pour planer. Deux percussions bien jouées suffisent.

Le père de la musique répétitive c’est le Français Esoterik Satie, comme disait son concitoyen Honfleurais Alphonse Allais, avec ses « Vexations » jouées 840 fois. Erik Satie a aussi inventé la musique de film qu’il appelait d’ameublement.

Keith Jarrett pense la musique de manière horizontale comme Joseph Zawinul. Exemple du choral élisabethain. Le contrepoint permet au chanteur de créer des tensions et des détentes dans la grille.Keith Jarrett enrichit le discours contrapuntique avec des superstructures (notes modernes). Avec trois accords, on a fait des années de contrepoint et des années de rock’n roll. En altérant, en coloriant par ½ point on arrive au Jazz.

Pour finir, une question centrale dans le jeu de Keith Jarrett. Pourquoi bouge t-il autant ? C’est le Jazz, c’est physique. Il est en fusion avec son piano et sa création. Dans le taï chi chuan, art martial chinois, l’énergie vient des pieds, en contact avec le sol. C’est ce que pratique Keith Jarrett en jouant du piano debout et, pour lui, comme pour Michel Berger, ça veut dire beaucoup. En faisant jouer tout son corps, Keith donne plus d’énergie en en utilisant moins. Dans un autre genre d'expression corporelle, au tennis, Roger Federer est le modèle par sa coordination et son relâchement.

Il n’y a ni humour, ni cynisme chez Keith Jarrett. Il trouve des chemins qui n’appartiennent qu’à lui.

Pour finir Antoine Hervé joue « My song », un morceau naïf, simple.

Bel hommage que cette leçon de piano solo consacrée à Keith Jarrett. Je continue à ne pas apprécier Keith Jarrett et à lui préférer de très loin Martial Solal mais je remercie Antoine Hervé de nous avoir fait partager son amour et son respect pour ce Géant capricieux du piano.

Les leçons de Jazz ont lieu une fois par mois à l’Auditorium Saint Germain des Prés à Paris à 19h30. Certaines villes de province ont l'honneur et l'avantage d'accueillir le professeur Antoine Hervé.

Voici les thèmes des prochaines leçons :
- Antonio Carlos Jobim, pianiste brésilien, un des pères de la Bossa Nova le mercredi 13 janvier 2010
- Wayne Shorter, saxophoniste, « le plus grand compositeur du Jazz depuis la mort de Duke Ellington » (Stan Getz) le mardi 9 février 2010
- Le Blues au piano le mardi 16 mars 2010
- L’électro Jazz le jeudi 1er avril 2010. Non ce n’est pas une blague mais je pense qu’on s’y amusera bien.

 

La Leçon de Jazz d'Antoine Hervé sur Keith Jarrett est disponible en DVD. En voici un extrait.

 

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