Mozart sort la nuit à Paris

Publié le par Guillaume Lagrée

 

 

« Mozart la nuit » par Antoine Hervé et Cie.

Paris. Théâtre du Châtelet. Lundi 14 juin 2010.21h.

 

 

Antoine Hervé

 

 

Antoine Hervé : piano

François Moutin : contrebasse

Louis Moutin : batterie

Médéric Collignon : bugle, cornet de poche, voix et bruitages

Véronique Wilmart : dispositif électronique

Maîtrise des Hauts de Seine

 

 

La photographie d'Antoine Hervé est l'oeuvre du Frétillant Juan Carlos HERNANDEZ.

 

 

 

Le chœur vient se ranger par ordre de taille du plus petit au plus grand derrière les musiciens.

Aux bruitages électroniques vient répondre le piano acoustique. Le rideau se lève et dévoile une maîtrise de 120 enfants (7 à 16 ans), la maîtrise des Hauts de Seine. Les frères Moutin entrent eux aussi dans la danse. Le liant de la chorale s’oppose aux cassures du groupe de Jazz. Un air de Mozart joué par une rythmique de Jazz, c’est une petite gourmandise sucrée et délicieuse garantie sans calorie. Par un glissement élégant, la rythmique passe de Mozart au Jazz tout en gardant la grâce. Médéric, au bugle, a mis la sourdine Harmon. Mozart devient bluesy. Le chœur répond au bugle et lycée de Versailles. Une nappe de sons électroniques vient nimber l’ensemble. Duo de conjoints entre piano et électro. Les frères Moutin ramènent le Jazz dans la place. Médéric sonne davisien en diable avec la sourdine.

 

Le chœur bavarde. D’un geste Antoine le fait taire. La pulsation électronique est relayée par la rythmique. La chorale scatte. Le chant mozartien devient haché, rythmé, Jazz. Des petites lumières s’allument près des visages des chanteurs comme des briquets dans un concert de variétés. Médéric se déchaîne, trafiquant le son de son cornet de poche. Louis Moutin hache menu ses cymbales. François pose les fondations et le chœur se place par-dessus. Médéric lance quelques notes au feeling hispanique. La rythmique tourne relax, bluesy installant l’attente. Médéric accompagne la maîtrise avec ses vocalises uniques. Dans son jeu de cornet passent des réminiscences du Miles Davis de  « Sketches of Spain ». La rythmique ronronne comme un gros chat aux pattes de velours. Le chœur s’envole par-dessus. Berceuse fort élégante ma foi. Le chef de chœur fait un beau travail en coordonnant ses élèves avec ces Jazzmen. La musique est très écrite mais il demeure une part d’improvisation. Médéric joue très appliqué et impliqué. Il joue même d’une sorte de flutiau bizarre.

 

La rythmique démarre franche et virile derrière une soprane en soliste. La musique est Jazz, pas le chant, mais ça colle. Un vieux Monsieur devant moi s’enfuit discrètement. Son petit fils doit chanter dans la Maîtrise et ne l’a pas prévenu du programme. Manifestement , il ne s’est pas remis de sa surprise. Médéric vient mouiller la musique avec son cornet au son trafiqué.

 

Antoine se lève pour scatter en duo avec Louis Moutin jouant des mains sur ses tambours. Ca marche. Le public bat la mesure. C’est l’intro du  Dies Irae du Requiem de Wolfgang Amadeus Mozart ! Le chœur se lance joyeusement. Le Dies Irae groove. Médéric souffle dans son délicat instrument. Le Dies Irae dies illa s’élève du chœur tout puissant. C’est le bazar organisé. Les choristes lancent leurs partitions en l’air. Médéric se lance dans des bruitages entre souffle et aigu. Il fait même le souffle du vent d’hiver dans les sapins enneigés. Grâce à la magie de la technologie, il lance sa voix en boucle et improvise par-dessus. « Extraordinaire » dit une voisine qui découvre le phénoménal Médéric Collignon. La rythmique swingue terrible. Médéric a repris son cornet magique, à mille parfums au moins. François fouille l’aigu de sa contrebasse alors que Louis malaxe à pleines mains ses tambours. Alliance de sonorités éloignées entre la rythmique Jazz, le cornet avec effet mouillé 70’s, l’électronique de Véronique et la chorale classique. Et pourtant ça colle.

 

RAPPEL

 

Reprise d’un morceau. Dialogue électro/piano pour commencer. Puis un bon gros swing de la rythmique. Il faut vraiment aimer Mozart pour le bousculer ainsi. Cela me rappelle ce que disait Alexandre Dumas père de l’Histoire : «  Certes je viole l’Histoire mais je lui fais de beaux enfants. ». Le chœur s’envole sur une rythmique bien ancrée nimbée d’électronique ; Médéric nous fait un solo de guitare électrique avec la voix. Cet homme a mille tours dans son sac comme ce flutiau coulissant avec lequel il joue. Ca finit comme ça.

 

RAPPEL

 

Le chœur est en pleine lumière. Ca swingue tranquille et énergique. Médéric monte le son pour se faire entendre avec le chœur. Les choristes portent tous une écharpe blanche. Ils ne sont pourtant pas magistrats ou avocats.

 

Une soirée fort divertissante et surprenante.Je n'ai pas pu interroger Mozart sur cette façon de revisiter sa musique mais quelque chose me dit qu'en homme libre il aurait aimé cette liberté.

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