Nelson Veras tout neuf au Neuf

Publié le par Guillaume Lagrée

Paris. Le Neuf Jazz Club. Vendredi 7 août 2009. 20h30.

Nelson Veras : guitare
Gildas Boclé : contrebasse
Marcello Pellitteri : batterie

Ils commencent sans prévenir. Un standard. Contrebasse à l’archet. C’est Paris au mois d’août. La salle est déserte. La musique est belle quand même. Nelson, assis, jambes croisées, déroule tranquille conforté par la contrebasse et la batterie aux balais. C’est « Stella by Starlight ». Nelson joue avec sensibilité, virtuosité en toute décontraction.Le batteru se cherche un peu. Il doit s’intégrer à un duo formé depuis des années. En cherchant, il les trouve.

« Brasil Nativo ». Comme le titre l’indique, ça sonne brésilien. Après des années à Paris, Nelson n’a pas perdu ses racines, heureusement. Contrebasse et batterie se trouvent et propulsent Nelson plus vite, plus haut, plus fort. Nelson nous emmène à la plage sur l’Atlantique Sud. Quel bonheur ! Gildas en solo à l’archet.Ca vibre.

Retour au Jazz. Swing léger et pugnace. « Fly like a butterfly, sting like a bee » (Mohamed Ali). Jeu de guitare vif, nerveux, haché. Ca suit derrière. Marcello les a vraiment trouvés. Solo de contrebasse finement ponctué de ciselures de guitare. Solo de batterie dynamique, nerveux, aux balais. Bonnes vibrations. C’était un morceau de Steve Coleman.

« Marie Louise » une composition originale. De Gildas je suppose puisqu’il entame à l’archet une ballade. Ca ressemble beaucoup aux harmonies d’ « I love You Porgy » (Gershwin). La guitare et la batterie entrent dans le morceau alors que Gildas passe au pizzicato. La musique coule de source. Le temps devient paresseux à les écouter. Langoureux même.

« The Song is You ». Un standard. Gildas lance le morceau, Marcello puis Nelson le rejoignent. Ce swingue, vole, aérien et charnel à la fois. Jeu de questions réponses entre guitare et batterie. Chauffe Marcel !

PAUSE

La salle résonne un peu comme une église. En grand professionnel, Marcello Pellitteri s’adapte et évite de jouer trop fort. Ca repart tranquille et swinguant. Le batteur martèle une sorte de marche funky. C’était un morceau de Steve Coleman. Avec eux, c’est chaud en plus d’être mathématique comme toute composition qui se respecte.

Démarrage en solo de contrebasse. Le batteur malaxe aux balais ; le contrebassiste fonde le tempo et Nelson glisse dessus comme un surfer. C’était « Windows » de Chick Corea.

Marcello Pellitterai a appris certains morceaux du premier coup il y a deux heures lors de la balance. Un grand professionnel. Introduction à l’archet. Gildas continue à l’archet jouant dans l’aigu de l’instrument. Il y a peu de spectateurs mais certains sont bavards. Ils ont des oreilles et ils croient entendre. C’était « Waltz » de Nelson Veras.

« Lilia » (Milton Nascimento). Je retrouve des morceaux que j’ai entendus joués par Nelson en duo avec Jonathan Keisberg dans le même club il y a quelques semaines. Brasil ! Ca danse. Marcello joue puissamment mais tout en retenue pour ne pas déborder sur ses compères. Gildas pose le rythme. Nelson est dans son élément. Ca sent le Brésil, le soleil, la mer et les petits culs des Brésiliennes qui bougent en cadence.

PAUSE

Ca repart à trois avec un standard « I am old fashioned ». Le batteur est aux balais. Comme la musique semble facile, respire avec ces gars là !

« Evidence » (Thelonious Sphere Monk). C’est curieux d’entendre Monk joué par un trio guitare/contrebasse/batterie. Ca le fait. Les compositions de Monk sont si puissantes qu’elles peuvent passer toutes les épreuves. Beau dialogue contrebasse/batterie aux balais. Ca monte en puissance et ça swingue. Old man rebop !

« Besame mucho » un standard immortel, inusable joué comme si c’était la première fois (la primera vez). Tout à coup, Nelson trouve une attaque aiguë, étonnante. La tension monte.

« Body and Soul » pour finir, standard dont la version absolue a été gravée par le saxophoniste Coleman Hawkins en 1939. Introduction par un solo de contrebasse à l’archet. Les ventilateurs font un bruit de fond mais les musiciens ne jouent pas avec. Ils ne doivent pas les entendre depuis la scène. Les balais pétrissent la pâte sonore. La guitare prend le dessus doucement. Après le déroulé de la guitare, le frottement de l’archet sur la contrebasse. Marcello joue tête baissée sur sa batterie, concentré. Ca finit en frottement, glissement, pincement. Con dolcezza. Même les bavards du fond se sont tus sur la fin.

Mieux que la plage, le Brésil à Paris et tant d’autres plaisirs encore. Merci à Nelson, Gildas et Marcello pour cette soirée de grandes délices.
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