Christophe Marguet et associés en concert

Publié le par Guillaume Lagrée

 

Christophe Marguet Quartet

Paris. Le Sunside. Samedi 28 novembre 2009. 21h


La photographie de Christophe Marguet est l'oeuvre du Voyant Juan Carlos Hernandez.


Christophe Marguet
: batterie
Mauro Gargano : contrebasse
Bruno Angelini : piano
Jean Charles Richard : saxophones baryton et soprano, flûte

Sax baryton. Son coltranien au baryton. Batterie aux maillets, contrebasse à l’archet. Le contrebassiste a lâché son archet, le batteur a pris ses balais. La musique coule lentement comme un fleuve vers la Mer. Baguette main droite, balai main gauche. Jolie alliance de sons. Rythmique très soudée derrière le sax. Bruno fait cascader, triller le piano. Ca monte. Baguettes. Le sax s’envole alors que le piano continue de fuser.

Sax soprano. C’est plus heurté, plus sec. La rythmique s’énerve. Bruno fait le grand écart entre le grave et l’aigu. Duo batterie/sax. Ce n’est pas breton mais ça déménage.Le bassiste ajoute une pulsation lourde, menaçante. La bataille fait rage. Tout se calme pour le solo de contrebasse accompagné par les balais. Les notes rebondissent graves et souples. Le quartet repart avec les baguettes. Le sax pousse le thème dans ses retranchements.

Sax baryton. Morceau assez planant. L’archet gratte les cordes de la contrebasse. Piano et sax distillent le thème alors que les balais marquent un tempo léger, subtil et omniprésent. Après un interlude, le thème au swing étrange reprend. C’est léger et indélébile. Bruno avait des accords à la Chick Corea.

Le batteur leader a décidé de nous réveiller brutalement. Solo énergique aux baguettes. Les tambours vibrent dans le ventre, les cymbales dans les oreilles. Nettoyage à sec ! La contrebasse puis le piano entrent dans la danse. La musique nous prend comme une vague et nous emporte. Il n’y a qu’à se laisser aller. Aucun risque de se noyer. Sax soprano aigu au dessus de la masse grave et puissante de la rythmique. Ce groupe est soudé comme un pack de rugby. En un geste, le volume sonore baisse mais la tension ne se relâche pas.

Duo piano/sax baryton. Une ballade. Rythmique avec les balais. Le sax s’envole, jouant dans le registre haut de l’instrument. La rythmique est solide, soudée, créative. Le piano sonne clair et frais.

Un autre morceau sec et énergique. Baguettes. Sax soprano. Très belle musique pour une séance de retrouvailles entre amoureux dans un film. Par exemple sur le Pont des Arts à Paris. Puis ça s’énerve, la rythmique stimulant le sax. Retour au thème en piano solo. La contrebasse ponctue légère, souple. C’est beau à m’en mettre les larmes aux yeux. Pourquoi certaines musiques touchent elles plus que d’autres ? Il paraît qu’il y a des trucs pour ça. Le quartet repart. Dieux que c’est beau !

PAUSE

Sax baryton. Le groupe repart en bloc. La pause ne les a pas dessoudés. Bruno crée une ambiance brumeuse, mystérieuse au piano, trouée par des éclairs de batterie, des fractures de contrebasse. Montée en puissance du groupe. Ils envoient.

Sax soprano. Piano et contrebasse se répondent dans un dialogue de haute tenue. C’est une ballade. Les mains de Christophe tapotent les tambours. Bruno creuse le piano dans les graves. Il monte en puissance dans l’aigu et Christophe passe aux balais. Le soprano crisse, vrille, crie alors que la rythmique punche sans relâche. Christophe joue vite et fort aux balais. Pas facile. Il fait tinter des clochettes main gauche alors qu’il tient un balai main droite. La contrebasse vibre sous l’archet. Puis ça repart tout en douceur.

Sax soprano. Il y a toujours un temps d’attente entre chaque morceau comme s’ils savaient ni quoi ni comment jouer. Et puis ça part d’un coup à fond les manettes. Duo batterie/sax nerveux, sec. La rythmique se lance avec le pianiste aux commandes. Solo de piano où le piano crache tout crache tout ce qu'il a dans le ventre tant Bruno le travaille au corps. Gros son de contrebasse en solo au milieu du piano et de la batterie aux baguettes. Solo de batterie aux baguettes énergique, viril, basé sur les tambours. Ca vibre dans le ventre. Puis le groupe reprend sa sarabande.

Mauro Gargano travaille au corps sa contrebasse. Bruno distille le piano. Un souffle de magie parcourt la salle. Même les bavards accoudés au bar la mettent en veilleuse. Solo de piano coloré comme un champ de blé sous le vent. Les balais enchaînent sur la batterie. Le quartet reprend (balais puis baguettes). La musique monte la pente sans effort.

Jean Charles Richard prend une flûte traversière en bois. Maillet de la main gauche, clochettes de la main gauche. Le petit pâtre mongol chevauche dans la steppe poursuivi par les tambours de guerre chinois. Les deux maillets tambourinent alors que la flûte du pâtre mongol chante.La contrebasse vient ajouter de la tension. Sax soprano. La rythmique repart. Le sax soprano chante à son tour, aigre, acide. Avec sa petite taille, son costume, son crâne dégarni, Jean Charles Richard a l’air d’un comptable. Dès qu’il souffle dans un saxophone, c’est un Démon possédé par la Musique. Il remplace Sébastien Texier. Après 3 concerts, il est déjà parfaitement intégré à la mêlée de Christophe Marguet. Ce n'est pas là le moindre de ses mérites. Ca finit dans un souffle. Un silence admiratif puis on applaudit.

Le marchand de sable est passé. Je rentre me coucher enchanté par cette musique résistante et poétique.

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