Les arabesques de Bex à l'Alhambra

Publié le par Guillaume Lagrée

 

Emmanuel Bex « Open Gate »

Paris. L’Alhambra. Vendredi 27 novembre 2009. 20h.


La photographie d'Emmanuel Bex est l'oeuvre du Visionnaire Juan Carlos Hernandez.

Emmanuel Bex
: orgue Hammond
Francesco Bearzatti : saxophone ténor, clarinette
Simon Goubert : batterie
 « Omnia Vox »: choeur

Le balcon est rempli par des invités de BNP Paribas, mécène du groupe. Si investir dans le Jazz est déductible de l'impôt sur les sociétés, de nombreuses entreprises devraient le financer. N'est ce pas?

Début du concert à 20h05. Je n’ai jamais vu une telle exactitude chez des jazzmen depuis Miles Davis à Saint Brieuc le vendredi 26 octobre 1990. Simon Goubert échauffe ses baguettes sur un tambour. Ca virevolte. « Fly like a butterfly, sting like a bee » comme disait Mohamed Ali (le boxeur, pas le batteur). Simon ajoute la pédale sur la grosse caisse et le trio démarre. Bex règle le débat d’un geste de la main. Ca s’arrête et ça repart. Francesco est au sax ténor. Bex donne la sensation de bloquer puis de relâcher le son. Tous les trois sont chauds dès le premier morceau. Francesco feule comme un tigre. Sous les mains d’Emmanuel Bex, l’orgue devient spécial et spatial. Simon cliquète derrière. Fin vive comme l’éclair. C’était « It’s open », titre logique pour ouvrir un concert. Dans les films les portes s’ouvrent mais ne se referment pas observe Bex. Bien vu Emmanuel.

« Nice to Blues ». Après un démarrage calme, les balais alternent entre puissance et douceur. En solo, Bex chantonne. Cet homme est fou de ce qu’il joue. Simon semble frotter des graviers sur son tambour. Ca crisse et c’est bon. En faisant la queue devant l’Alhambra, j’ai entendu une vieille dame dire qu’elle avait connu Emmanuel Bex à 12-13 ans à Caen. Il a bien grandi depuis ce petit Normand. Francesco danse avec sa clarinette avant d’en jouer. Il chante sa joie comme un oiseau au printemps.

Enchaînement direct sur un autre morceau. Le public est froid et, surtout, ne sait pas quand applaudir. Francesco a repris le saxophone et attaque. Le duo batterie/sax ténor est très free, difficile d’accès pour les néophytes du balcon. Ca balance vite et fort. Bex ajoute le grondement de l’orgue aux grognements du sax et aux explosions de la batterie. Ils s’amusent bien mais c’est dur pour le public. Après tout, ils jouent leur jeu. Aux spectateurs de suivre ou non. Solo de batterie viril mais correct. Simon travaille au corps ses tambours. Bex repart à toute berzingue, toujours spatial. Francesco fait la sirène d’alarme avec son anche. Fin brusque.

Bex prend son micro, son Vocoder et ses lunettes noires pour nous impressionner. Il joue tout en douceur et vocalise. C’est planant et ça crépite en douceur. Simon prend les maillets pour caresser cymbales et tambours. Le sax ténor se glisse dedans, tout en douceur, chaud et viril. Il prolonge les notes comme un violoncelle. Simon balaie le gravier avec ses balais. Bex joue comme un brodeur de fils d’or sur un tapis d’Orient, fin et brillant. Simon creuse et tapote avec les maillets. Francesco plane au ténor. C’était « Que ne suis je ? » inspiré d'un poème de Fernando Pessoa.

« E pericoloso sporgersi ». Francesco a expliqué à Bex comment le dire correctement en italien. Emmanuel Bex remercie BNP Paribas et les invités de la banque d’être là. Il fait le métier. Il a enlevé ses lunettes noires et Francesco a pris sa clarinette. Morceau ludique, haché. La belle demoiselle extrême orientale qui était assise au bout de ma rangée est partie énervée à la fin du morceau précédent. Elle n’est pas entrée dans la musique. Tant pis pour elle. Les trois garnements s’amusent bien sur scène. Un chœur viendra pour la deuxième partie chanter un « Libera me » et un « Sanctus » parties d’un Requiem qu’Emmanuel Bex est en train de composer.

PAUSE

Un chœur monte sur scène : 4 femmes, 4 hommes. 2 altos, 2 sopranos pour les chanteuses; 2 ténors , 2 basses pour les chanteurs.

Ils commencent par le « Libera me ». Ce sont effectivement les paroles d’un Requiem en latin mais sur une musique Jazz, plutôt swing. Ca dépote. C’est moins rigolo que les Rigolettes de Rigolus, la fanfare qui sent bon l’anis. Normal, c’est un Requiem. Ca sonne bien mais c’est trop swinguant pour un requiem à mon avis. Avis que je partage avec une spectatrice invitée par France Musiques que j’ai rencontré au concert. Passage orgue, batterie, chœur. Puis ça repart avec le sax. Des choristes d’un requiem qui dansent, c’est bizarre et amusant. Il faudrait écouter cela dans une église avec un orgue liturgique pour en juger pleinement. Par exemple dans celle de Breteville sur Odon en Normandie là où Emmanuel Bex a enregistré mon morceau préféré de son dernier album « Slang in a church ».

Démarrage à l’orgue tout en douceur. Simon gratte une cymbale. Le « Sanctus »commence. L’orgue sonne liturgique, lent, majestueux. Le choeur chante seul le Sanctus. L’ambiance devient ecclésiale. Le batteur sonne la charge, l’orgue repart, le sax aussi alors que le chœur chante Hosanna. Le chant joyeux de l’Hosanna fusionne bien avec le Jazz du trio.

Emmanuel Bex nous explique joliment son requiem: « La disparition, ça appartient à tous, catholiques ou non et le latin, je trouve ça rigolo ». Le chœur Vox Mania s’en va. Le trio joue une Suite. Ca commence en ballade orgue/clarinette. Le batteur entre dans la danse et Francesco prend son saxophone ténor. Petit break de baguettes sur la cymbale hi hat. Puis le trio repart. Passage bien barré mais toujours sous contrôle. Solo de batterie qui nettoie la poussière sur les tambours.

Bex entame seul une ballade. Simon s’est levé, se promène sur la scène et joue avec le mur, le sol. Francesco se fait de velours, serpentin avec l’orgue. Solo total de sax ténor qui brille dans l’obscurité. Le souffle est haché, sussuré, enveloppé. Simon reprend son exploration sonore de la scène. Ca plane. Tout s’efface dans un souffle conjoint à 3.

« Inverse ». Morceau énergique, assez funky. Francesco reste au sax ténor. Bien peu de clarinette ce soir. Orgue et batterie crachent le feu. Francesco ne s’en laisse pas conter. Le morceau est dansable à condition d’avoir un bon sens du rythme.

RAPPEL

Simon lance avec les balais un rythme vif, énergique. Swing léger, chaud. La batterie ronronne. Bex fait des bruitages cosmi comiques. Francesco se ballade au sax ténor. Séance vive, hachée à 3. La balle circule bien dans ce groupe.

Pour finir, les choristes remontent sur scène pour saluer avec les musiciens. Tous nous saluent et nous envoient des baisers.

Salut à l'image de cette soirée, pleine de vie et de fantaisie. Laissons les portes ouvertes à " Open Gate "

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article