Ricky Ford secoue le Duc des Lombards

Publié le par Guillaume Lagrée

Paris. Le Duc des Lombards. Vendredi 5 mars 2010. 20h

 

Ricky Ford

 

Ricky Ford: saxophone ténor

Kirk Lightsey : piano

Daryl Hall : contrebasse

John Betsch : batterie

 

 

La photographie de Ricky Ford est l'oeuvre du Spectaculaire Juan Carlos HERNANDEZ.

 

Un extrait filmé de ce concert se trouve ici.

 

« Maiden Voyage » (Herbie Hancock). Rythmique somptueuse. Gros son de sax ténor. C n’est tout de même pas Sonny Rollins, n’exagérons rien. Son un peu sale du ténor avec du vibrato. Ricky joue face aux musiciens ou face au public selon ses envies. Un son, un style à l’opposé de Stan Getz : noir, dense,  massif, lourd même, avec beaucoup de notes. Son attitude sur scène rappelle Rollins mais il n’a pas la place de danser sur scène en jouant comme Sonny. Le sax s’arrête, la rythmique repart légère par le piano, dense par la contrebasse, puissante par la frappe de John Betsch. La dame devant moi ondule des hanches, assise sur son tabouret. C’est charmant. Solo de John Betsch sur les tambours aux baguettes. Belle scansion rythmique et énergique. Le saxo reprend son chant de grand et gros oiseau. Un quartet de Jazz avec quatre Noirs Américains, c’est rare à Paris.

 

« Hosgeldin » ( « Bienvenue » en turc), morceau que Ricky Ford composa lors d’un séjour à Istanbul. C’est le bazar. Un désordre apparent mais tout est à sa place. Ce serait bien d’entendre Sonny Rollins avec une rythmique de ce calibre plutôt qu’avec ses zozos actuels. Encore faudrait-il qu’il le veuille. La rythmique repart, voguant de la Mer Noire à la Mer Méditerranée. Ricky Ford a quitté la scène. Va t-il revenir pour manger ses spaghetti sur le piano comme John Coltrane avec Mac Coy Tyner ? Non, il reprend sa place et salue le détroit du Bosphore avec un son ample, viril et majestueux. Le final au sax ténor est du pur Sonny Rollins.

 

  Une ballade. Un standard. « Somewhere over the rainbow ». Dans la ballade, Ricky Ford est aussi rollinsien. Décidément, c’est un disciple du Colosse du Saxophone. La rythmique ronronne comme un gros chat. Le fluide sympathique circule bien entre ces 3 là. Beau final groupé amené par le saxophone.

 

« Blues work » composition de Ricky Ford. Rick nous explique qu’il fut l’élève de George Russell en 1974. 30 ans après, en 2004, Ricky rencontre George Russell, lui parle de sa nouvelle composition et lui demande ce qu’il en pense. «  Et bien Ricky, on dirait que tu as lu le chapitre 25 de mon dernier livre » lui répondit George. « Ai je passé l’examen ? » conclut Ricky en riant. Blues rapide, très dense avec des gammes qui montent et descendent sans cesse. Ca sonne dans la lignée d’Eric Dolphy et John Coltrane. George Russell a écrit pour le grand orchestre de Dizzy Gillespie en 1946-48. 60 ans après, il écrivait encore. Sa méthode a inspiré Miles Davis, John Coltrane, Eric Dolphy. Pour les savants musicologues, ses travaux sont disponibles chez les éditeurs spécialisés. Les musiciens sont sages aujourd’hui. Ricky vient demander une bouteille d’eau au bar alors que, sur scène, la rythmique tourne comme un seul homme guidée par les doigts de magicien de Kirk Lightsey. C’est comme la Sainte Trinité : trois qui n’en font qu’un. Premier solo de Darryl Hall : chaud, grave, profond, bondissant relayé par le jeu de balais de John Betsch et ponctué par quelques notes de piano. Ca fait hurler de joie mon voisin de derrière. Le jeu de Darryl s’accélère, ses doigts virevoltent sur les cordes. Tchik, tchik, tchik des cymbales sous les baguettes. Breaks énergiques de batterie aux baguettes pour pousser le sax ténor qui ne demande pas mieux. John Betsch sait faire parler, chanter les tambours.

 

« Evidence » (TS Monk). Attaque en duo  piano/ténor. La rythmique reprend. Ils décalent du Monk qui est déjà décalé. C’est fort. Du Monk en éruption volcanique. Basse et batterie soutiennent alors que le ténor déploie ses ailes. Le piano vient alléger la sauce. La rythmique repart seule. Ca tourne mais pas en rond. Ca roule plutôt. Redémarrage du sax en douceur, en velouté, reprenant peu à peu de l’énergie. Ricky s’interrompt pour présenter les musiciens, repart avec le groupe, avec des fausses fins. Le Jazz ou l’art de la surprise. Il s’amusent bien mais, tout en rigolant, jouent sérieusement. Ils tournent autour du thème, le malaxent, le renversent, le redressent, le chiffonnent, l’exploitent jusqu’à le battre.

 

Enchaînement sur « Mood Indigo » (Duke Ellington). Un morceau que Charles Mingus adorait, sucré et velouté à souhait. John Betsch a pris les balais, presque les patins, tant ça va doucement. Doucement mais le jeu de ténor reste viril et puissant. Ma voisine de devant danse encore plus langoureusement sur son tabouret. Duke Ellington, ça marche toujours avec les dames. Version courte et bien menée.

 

Ci-dessous une vidéo extraite de ce concert. Rien à ajouter.

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Commenter cet article

Frédéric Rodriguez 11/03/2010 20:11


Toi, c'est sûr, t'as fini la soirée avec la voisine de devant... bon, elle était comment? Belle, mignonne, naturelle, typée, trop lourde, trop maquillée, trop cela? Sacré filou, va ! ;-) Sinon, le
Ricky Ford a un son très rollinsien en effet. L'ai vu deux fois en concert dans la région. Avec la même équipe, sauf que c'était Dré Pallemaerts aux fûts...


Guillaume Lagrée 12/03/2010 00:41


Que vas tu imaginer là petit chenapan?