" Une poule sur un piano " première projection à Paris

Publié le par Guillaume Lagrée

Une poule sur un piano

Cinéma Le Balzac
Paris. Samedi 25 juin 2016. 11h.

Lectrices duchesses, lecteurs ducaux, je vous ai déjà parlé à plusieurs reprises du documentaire de Laurent Lukic " Une poule sur un piano " consacré au séjour de Duke Ellington au château de Goutelas (Forez, France) en février 1966.

Séjour qui inspira à Duke Ellington la " Goutelas Suite " (1971) et un chapitre de ses Mémoires " Music is my mistress " (1973).

Que raconte ce film? Je l'ai appris en assistant à la première projection parisienne au cinéma Le Balzac le samedi 25 juin à 11h en compagnie de Ziad Kreidy le seul pianofortiste référencé sur ce blog.

Il s'agit d'une aventure humaine. Comment des hommes tombés amoureux d'un lieu, le château de Goutelas, l'ont ressuscité en y impliquant d'autres hommes, ceux qui croyaient en Dieu et ceux qui n'y croyaient pas, des paysans catholiques du Forez et des ouvriers communistes espagnols avec des intellectuels parisiens et lyonnais, au coeur à gauche sans avoir le portefeuille à droite.

Parmi ces hommes se distingue la figure de Paul Bouchet (1924), résistant, avocat, conseiller d'Etat, président d'ATD Quart Monde et de la Commission nationale consultative des droits de l'homme, bref une pointure. Le citoyen Bouchet achète le château de Goutelas avec quelques amis à un paysan de Marcoux, Marcel Durand, propriétaire du château, qui ne sait qu'en faire mais ne veut pas rester dans l'Histoire comme celui qui a laissé ce château mourir. Il ne veut pas le laisser mourir mais il ne veut pas non plus que le château devienne une propriété fermée interdite d'accès aux gens du village.

Paul Bouchet convainc le propriétaire, le maire et le curé et tout le monde se met à travailler. Tout le monde, c'est vraiment tout le monde. Les propriétaires et leurs amis intellectuels citadins, les paysans et les ouvriers du village tous viennent bénévolement déblayer, étayer, installer l'eau courante et l'électricité. 150 000h de travail bénévole en 10 ans.

Dès 1962, le château devient officiellement un centre culturel où sont organisés des spectacles et des expositions.

Et Duke Ellington dans tout cela, me direz vous lectrices duchesses, lecteurs ducaux?

En 1965, alors que Duke Ellington est en concert à Lyon et voit son ami Bernard Cathelin, peintre et graveur, Cathelin présente Paul Bouchet à Duke Ellington. L'avocat plaide sa cause et Duke est conquis. Il veut venir à Goutelas prendre sa part à l'oeuvre commune.

Début 1966, il appelle de Madrid pour dire qu'il se rend à Genève et que de là, il est prêt à se rendre à Goutelas. Branle bas de combat au château. Une salle de spectacle est créée pour l'occasion dans le château, un grand piano à queue Steinway est amené exprès de Lyon et une voiture vient chercher le Duke à l'aéroport de Genève Cointrin et le ramène à Goutelas dans la nuit et la neige.

Pour l'accueillir, une haie d'honneur avec des torches enflammées (Mme Bouchet a même craint que Duke se sente accueilli par le Klux Klux Klan!) et un orchestre de Jazz amateur local, les Flagada Stompers, qui joua, pétrifié par le froid et le trac, un thème de Duke Ellington, " Mood Indigo ".

Duke Ellington salua le public composé des ouvriers, paysans et intellos qui avaient reconstruit le château d'un vibrant " Je vous salue, mes frères " .

Il joua une composition créée pour l'occasion " Symphonie pour un monde meilleur " et quelques uns de ses standards. L'enregistrement de ce concert est en vente au château de Goutelas et pas ailleurs. Un bijou.

Duke séjourna trois jours sur place dégustant fourme de Montbrison et vins des côtes du Forez, se réchauffant même au brûlot, le ty punch des Foréziens.

Son séjour galvanisa les troupes. D'autres châteaux furent reconstruits, le tourisme rural naquit en Forez, des activités culturelles furent lancées.

50 ans plus tard, le château de Goutelas est toujours un centre culturel bien vivant, il est toujours en forme de H comme Humanisme, à la fois Renaissance et renaissant.

Paix sur la Terre aux hommes de bonne volonté (Evangile selon Saint Luc). Duke Ellington, grand lecteur de la Bible, avait trouvé ce message mis en action au château de Goutelas. Il l'est toujours, pour tous les hommes de bonne volonté, qu'ils croient en Dieu et/ou en l'Homme.

Le mot de la fin revient à un paysan du Forez qui passa des heures à rebâtir le château de Goutelas: " Il y a des gens qui souffrent de réunionnite. Ils se réunissent pour décider le jour et l'heure de la prochaine réunion. Nous, on travaillait d'abord, on se réunissait ensuite ".

La photographie de Duke Ellington au pianoforte devant le château de Goutelas est la propriété de Paris Match. Toute utilisation de cette oeuvre sans autorisation de son propriétaire constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civils et pénales.

Duke Ellington au pianoforte devant le château de Goutelas

Duke Ellington au pianoforte devant le château de Goutelas

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