Hommage à Martial Solal avec Tigran Hamasyan au Balzac

Publié le par Guillaume Lagrée

 

Cinéma Le Balzac. Paris. Lundi 18 octobre 2010. 20h30.

 

Soirée hommage à  Martial Solal dans le cadre du concours de piano Jazz Martial Solal, concours international de la ville de Paris, édition 2010.

 

 

 

 

La photographie de Martial Solal est l'oeuvre de l'Ebouriffant Juan Carlos HERNANDEZ.

Martial Solal

 

Concert de  Tigran Hamasyan (piano). Projection du film de Michel Follin: " Martial Solal  Jazz never ends ».

 

Lectrices insensées, lecteurs inconscients, où étiez vous le lundi 18 novembre 2010 à 20h30 (heure de Paris)?  Pas au Balzac en tout cas car la salle était loin d'être pleine. Honte sur vous! LE pianiste des 50 prochaines années jouait en solo à Paris et vous n'y étiez pas. Vos descendants vous le reprocheront. Certes c’était un lundi soir mais un concert solo de Tigran Hamasyan à 9.50€ c’est donné. Ce ne sera pas le même prix à Pleyel dans quelques années. Je suis Tigran Hamsyan depuis 2003. Il avait 16 ans. C’est la première fois que j’ai  eu le plaisir de l’entendre seul face à un piano. 7 ans de réflexion viennent à aboutissement.

 

Il commence par une ballade romantique à souhait, très russe (il est Arménien).Ca sent l’automne, le bruit des pas sur les feuilles mortes.

 

Le charme Tigran commence à agir. Il accélère et le piano se met à danser dans les nuées. C’est frais, pur, intense. Dire que la salle est quasi vide.  Deux rangées devant moi, Louis Moutin accompagnateur de Tigran en 2007-2008 avec son frère François, batteur actuel de Martial Solal, écoute attentivement. Le piano n’est qu’un quart de queue mais il grandit sous les doigts de Tigran Hamasyan. Cette musique est plus enivrante qu’un alcool fort.

 

« Someday my prince will come » le dernier morceau enregistré par Miles Davis avec John Coltrane (Un jour mon prince viendra pour les francophones). La chanson de Blanche Neige dans le film de Walt Disney pour ceux qui n’ont pas vu un écran de cinéma ou de télévision depuis 50 ans. Ce standard du jazz est purifié, rajeuni, poli comme un diamant. Tigran chantonne comme Glenn Gloud, Keith Jarrett sauf que, chez lui, cela ne m’agace pas. Il explore l’aigu du piano en faisant sonner les touches comme des petites cloches.

 

Une chanson traditionnelle arménienne en hommage à un petit oiseau. Effectivement ça vole, ça plane dès les premières notes. Ce petit oiseau va très haut. Cette musique élargit l’espace, assainit l’air comme une fenêtre grande ouverte sur les vents de la montagne. Après un démarrage lent, Tigran accélère. Il ne nous laisse pas sur place mais nous emmène plus vite, plus haut, plus loin. Cette musique est la liberté. De plus, Tigran manifeste un goût de la tension rythmique, du décalage main droite, main gauche digne du Maître Martial Solal. Tigran met son cœur à nu devant nous. Qu’il est riche ce cœur là ! Il s’est coupé les cheveux et rasé la barbe. Presque le gendre idéal.

 

RAPPEL

 

Une sorte de ballade. Tempo medium. Ca chante. Ca sonne oriental, caucasien, arménien même. Cette musique diffuse un poison violent et troublant comme les colchiques de Guillaume Apollinaire.

 

Le piano est fermé comme un cercueil puis emmené hors de la scène. Qui saura le faire chanter à nouveau ? Personne comme Tigran Hamasyan.

 

Projection du film de Michel Follin « Jazz never ends » (2008) sur la vie et l’œuvre de Martial Solal. Le film est basé sur un dialogue entre Martial Solal et son contrebassiste, François Moutin. Avez vous déjà vu des araignées courir sur un piano ? Ce sont les doigts de Martial Solal. Ce film est une leçon d’improvisation, de passion et de travail. « Sans travail, le talent n’est qu’une sale manie » (Georges Brassens). Martial Solal dévoile ses influences : Teddy Wilson, le pianiste de Benny Goodman. Il est arrivé à Paris gare de Lyon à l’hiver 1950. Cela fait donc 60 ans que Martial Solal est pianiste professionnel à Paris. Il raconte comment il s’est incrusté au club Saint Germain pendant plus de dix ans avec Pierre Michelot (contrebasse) et Kenny Clarke (batterie). Il recevait les Américains de passage notamment Dizzy Gillespie, Stan Getz, Sonny Rollins. En 1952, il eut la chance d’enregistrer avec Roy Haynes venu accompagner Sarah Vaughan à Paris. Roy Haynes, un batteur qui avait alors un bagage technique largement supérieur à la moyenne comme dit Martial.

 

Autres influences de Martial Solal : Art Tatum, « Chopin devenu fou » (Jean Cocteau). Bud Powell, lui aussi partenaire de Pierre Michelot et Kenny Clarke à Paris.

 

Dans les années 1950, presque tous les Jazzmen parisiens étaient drogués par mode, par snobisme. Martial Solal n’y a pas touché. Cela ne l’intéressait pas. La musique suffisait à le faire décoller. Martial Solal a écrit entre 30 et 40 musiques de film mais une seule a suffi pour lui assurer la gloire et la fortune, celle d’A bout de souffle de Jean Luc Godard en 1959. La musique est essentielle dans ce film culte.

 

Le film comprend aussi un document rare, Martial Solal en duo avec Wayne Shorter sur « Footprints ». Cela change d'Herbie Hancock comme accompagnement. Figurent dans le film plusieurs extraits de la soirée jubilé Martial Solal à Paris au théâtre du Châtelet en 2008. J’y étais mais malheureusement j’ai perdu mes notes d’où mon absence d’article sur ce sujet. Un fabuleux duo de pianos avec Stefano Bollani sur « Caravan », Martial jouant avec sa fille Claudia et son complice de 30 ans Eric Le Lann.

 

« La qualité que je recherche, c’est la singularité » voici ce qui rapproche Martial Solal de Thelonious Sphere Monk malgré une approche totalement opposée du piano.

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