Médéric Collignon presse son Jus de Bocse au Théâtre Traversière

Publié le par Guillaume Lagrée

 

 

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Médéric Collignon et le Jus de Bocse.

Paris. Théâtre Traversière. Vendredi 30 avril 2010. 21h.

Concert pour fêter la sortie de l'album " Shangri - Tunkashi - La "

La photographie de Médéric Collignon est l'oeuvre du Divin Juan Carlos HERNANDEZ.

 

Médéric Collignon: cornet-trompette

Frank Woeste: Fender Rhodes

Frédéric Chiffoleau: contrebasse

Philippe Gleizes: batterie

 

Le théâtre Traversière appartient à la SNCF et se trouve près de la gare de Lyon à Paris, 12e arrondissement. Par fraternité avec la RATP, on sent le sol vibrer lorsque les wagons du chemin de fer métropolitain passent dessous. Les musiciens vont-ils jouer avec ce soir?

 

Solo de batterie pour commencer. Ils jouent la musique de Miles Davis période 1968-1975. Gros effets de pédale wah wah sur la trompette. Je ne comprends toujours pas pourquoi Médéric conserve une contrebasse pour jouer cette musique. Miles Davis, lui, est vite arrivé à la conclusion qu'il lui fallait une guitare basse électrique à la place. C'est pourquoi après avoir fait passer Dave Holland de la contrebasse à la basse (voir le concert à l'Ile de Wight le 31 août 1970 devant 600 000 spectateurs abasourdis par la musique du Miles Davis Octet: " Miles Davis Electric. A different Kind of Blue ") il chipa Michael Henderson à Stevie Wonder ( I am taking your fucking bass player dit Miles à Stevie après un concert de celui ci). Michael fut le seul élément stable du groupe de Miles de 1970 à 1975. La basse, la base.

 

Enchaînement direct sur un autre morceau, une autre ambiance, plus calme, comme Miles savait le faire. Médéric nous fait le sifflet d'Hermeto Pascoal ( cf. l'album Live Evil de Miles Davis/ Selim Sivad en 1970) mais sans sifflet. Superbe ligne de basse funky. Médéric fait des bulles de joie et de créativité avec son bel instrument. Si Miles Davis écoute ça, d'en haut ou d'en bas, il doit bien se marrer. Lui ne revenait jamais en arrière sur sa musique sauf si on le payait TRES cher comme pour les concerts de l'été 1991 à Paris (La Villette) et à Montreux. Il serait intéressant de demander l'avis de musiciens ayant joué cette musique avec Miles sur cette recréation par Médéric Collignon et ses fidèles complices. Dave Liebman, Steve Grossman, Chick Corea, Herbie Hancock, Keith Jarrett, Dave Holland, Michael Henderson, Jack de Johnette, Al Foster, tous sont encore à même d'en témoigner. Médéric réussit à produire un son de flûte en inclinant l'embouchure de sa trompette de manière à ce que le son ne sorte pas droit. La rythmique tourne chaude et souple, Médo vocalise dessus.

 

Un morceau tiré de Bitches Brew (Directions in music by Miles Davis) : Pharoah's Dance. Tou Tou Tou Tou Tou Tou Tou. La ligne de basse est hypnotique. Elle vous entre dans le ventre, la tête, ne vous lâche plus. Le groupe brode autour. Ca accélère, monte en puissance. Bons enchaînements. Miles enchaînait toujours les morceaux pour garder le public sous son emprise, celle du Prince des Ténèbres, du Sorcier (cf l'album Sorcerer, 1967). Un type s'agite debout devant la scène, faisant de grands signes des mains comme pour arrêter la musique. D'ailleurs la musique s'arrête.

 

Mademoiselle Marbry. Betty Marbry, compagne de Miles à la fin des années 1960, lui fit découvrir Jimi Hendrix.Cette chanteuse ferait passer Madonna pour une Sainte Nitouche. Médéric chante bien dans le ton avec ses envolées habituelles. Quand il veut, cet homme peut être élégant.

 

Petite démonstration de bruits de gorge selon la technique propre à Médéric. C'est Billy Preston un des morceaux les plus funky de Miles Davis composé en hommage à un joueur de claviers. Enchaînement direct sur Jack Johnson, un morceau vif, nerveux, sec. Un vrai combat de boxe. Jack Johnson fut le premier Noir champion du monde de boxe poids lourds. Il survécut au Titanic parce qu'on lui avait interdit d'y voyager en première classe. Quand il apprit la nouvelle du naufrage, il déclara que c'était une punition divine pour ne pas l'avoir laissé prendre ce bateau. La musique s'énerve franchement. Médéric doit encore apprendre à danser. Ils sont passés à In a silent way en version accélérée comme dans l'album Jack Johnson justement.

 

Solo de trompette pour commencer avec un effet d'écho. Ca avance comme un cheval. La rythmique arrive derrière bien funky. Les places sont assises. Dommage. Ca mériterait de la place pour danser. Médéric joue face au batteur, la trompette vers le bas. Le mimétisme avec Miles est frappant mais heureusement il n'en abuse pas. Même dans sa façon de siffler cet homme est spécial.

 

RAPPEL

 

Médéric donne le tempo des applaudissements puis joue dessus. Le groupe part derrière. On écoute. Ca sonne bien mais il n'y a pas le Dark Sound du Prince des Ténèbres, Mr. Miles Davis. Médéric Collignon fait de l'air guitar avec la voix. Pour finir, le final d'In a silent way. Le genre de musique qui impose le silence et le mot FIN sur un concert. Curieusement, ils repartent sur du bruyant, du rapide alors que ça ne s'imposait pas.

 

Après cette phase d'hommage, j'espère que Médéric Collignon se décidera enfin à mettre son immense talent au service de sa propre création comme il le fit, par exemple, lors d'un concert inoubliable d'improvisation totale au Triton en duo avec le batteur Damien Schmidt.

 

Après l'hommage, revenons à l'original. Nous sommes en Angleterre, sur lîle de Wight, le 31 août 1970. Face à 600 000 spectateurs écrasés par la puissance et la liberté de cette musique, Miles Davis (trompette), Gary Bartz (saxophones), Chick Corea et Keith Jarrett (claviers), Dave Holland (basse), Jack de Johnette (batterie), Airto Moreira (percussions). La prestation dura 37mn d'un seul tenant. Jamais un autre groupe de Jazz n'a produit une telle musique devant un tel public. En voici un extrait de 5mn. Dégustez!

 

 

 

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