Shirley Clarke " The Cool World " (1963)

Publié le par Guillaume Lagrée

 

Shirley Clarke

" The Cool World "

(1963)

 

Un film de Shirley Clarke (1919-1997).

Musique composée par Mal Waldron pour le quintette de Dizzy Gillespie.

Dizzy Gillespie: trompette

Yusef Lateef: saxophone ténor

Mal Waldron/Kenny Barron: piano

Aaron Bell: contrebasse

Art Taylor: batterie

 

New York

La photographie de New York City est l'oeuvre du Cool Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

 

Shirley Clarke est née dans une famille de la très grande bourgeoisie juive dans laquelle elle ne s'est jamais sentie à sa place. Ayant échoué comme danseuse et chorégraphe, elle s'est reconvertie dans le cinéma d'auteur filmant l'envers du décor de l'American Way of Life: les Noirs, les Jazzmen, les toxicomanes, les homosexuels, les prostitués.

" The Cool World " fut le premier film indépendant projeté lors de la Mostra de Venise en 1964. Sans gagner de prix. Le titre est une antiphrase. Rien n'est cool dans ce film tourné à Harlem, NYC, avec des acteurs amateurs et des vrais membres de gagns de jeunes. Cool rime plutôt avec Cruel. Le film est à la fois une histoire, celle de l'ascension ratée d'un délinquant juvénile et un documentaire sur les conditions de vie des jeunes gens de couleur (la prostituée mineure est une chicana) à New York, dans le quartier de Harlem, en 1963. Un film d'une modernité rare pour l'époque et toujours cruellement d'actualité. 50 ans d'avance sur le gangsta rap qui fait croire à la réussite par un comportement anti social, piège dans lequel ne tombe à aucun moment Shirley Clarke dont le regard sur ses personnages est toujours bienveillant mais lucide.

Duke, le héros, veut devenir le chef des Pythons, une bande locale et chasser du territoire les Wolves (Loups en français) la bande rivale. Son père a disparu, sa mère vit avec un énième compagnon, se bat contre la pauvreté, les cafards et les rats, sa grand-mère ne cesse de prier. Son seul modèle d'homme adulte, c'est Priest ( le Prêtre) un gangster noir qui vit avec une prostituée blanche. Duke se croit plus fort, plus malin que tous. Il veut un flingue (a piece in english) pour devenir le Roi du quartier, un tueur froid (cold killer in english). Il est évident dès le départ qu'il échouera et il n'y manquera pas. La fin est donc morale mais pas heureuse. La vie est déprimante, l'été est là mais la prostituée mineure qui l'accompagne ne sait même pas qu'il y a l'Océan à New York, l'Europe et l'Afrique en face, loin vers l'Est ou le Sud Est. Il l'emmène à Coney Island voir tous ces Blancs qui cherchent à noircir.

La musique colle parfaitement au film. Mal Waldron l'a composé, la joue dans le film mais lorsque Dizzzy Gillespie l'enregistra sous forme d'album ce fut avec son pianiste habituel, Kenny Barron. C'est du Blues urbain, sombre, glauque, ironique, mordant. Pas du tout le Dizzy Gillespie jovial et optimiste auquel est habitué l'amateur de Be Bop et d'Afro Cubain, les deux genres musicaux que Dizzy Gillespie a créé et porté au sommet de la musique du XX° siècle.

J'ai vu ce film avec Mademoiselle F dans le cadre du festival "  En avant la musique! " qui se tient à Paris, au Forum des Images jusqu'au dimanche 21 avril 2013. Il est trop tard pour aller voir " The cool world " à ce festival mais il il vous reste beaucoup de films à découvrir sur le thème " Musique et société ", lectrices cinéphiles, lecteurs mélomanes.

Voici " The Cool World "  dans son intégralité présenté à la télévision française par un fou de Jazz, l'acteur et chanteur Philippe Léotard (1940-2001).

 

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