Le quartet de Jérôme Sabbagh nous embarque dans la péniche Anako à Paris

Publié le par Guillaume Lagrée

Jérôme Sabbagh Quartet

Péniche Anako

Paris. Mardi 27 octobre 2015. 20h.

Jérôme Sabbagh : saxophone ténor

Ben Monder : guitare électrique

Joe Martin : contrebasse

Mark Ferber : batterie

En attendant le concert, Ben Monder teste sa guitare en sourdine. C’est délicieux. Il est dans sa bulle faisant ses gammes alors que les spectateurs s’installent petit à petit. Il s’en va. Le pré concert est fini.

Il y a des prises électriques aux murs de la péniche Anako. Le chroniqueur moderne peut écrire sa chronique en direct en gardant son ordinateur personnel ou son téléphone intelligent chargé. Magnifique !

Ca commence par une ballade très sombre. Son voilé du sax où le souffle se prolonge. La musique s’exhale comme des volutes de fumée, parole de non fumeur. C’était l’intro. Après une pause, le batteur accélère le tempo. La musique décolle. Energie rock de la guitare, feeling jazz du sax, pulsation sans faille de la basse et de la batterie. La contrebasse se place au centre du débat ponctuée par la guitare et la batterie. Bons breaks de batterie qui relancent le jeu. Ca dialogue ferme entre guitare et sax.

Le guitariste part seul en ballade. Batteur aux balais. La contrebasse marche lentement. Décidément, c’est une ballade. Berceuse très efficace. Excellent massage cérébral. Solo de sax avec un gros vibrato.

Tempo rapide lancé à quatre. Bonne vibration. Public nombreux et attentif. Ca balance bien. Un solo de guitare rock sans monter le son, c’est bon. S’ensuit un solo léger et efficace de la contrebasse, bien soutenue par la guitare et la batterie. Le groupe se tait pour un solo de sax ténor avec beaucoup de souffle, d’effets de langue, de cliquetis des doigts. Ben Monder vient s’immiscer doucement dans la musique, en prolongeant les sons du saxophone. S’ensuit un dialogue de sons mystérieux entre les cordes de la guitare et les cymbales de la batterie. C’est à la fois étrange et apaisant. Ils enchaînent sans transition sur un morceau tourmenté qui tangue bien plus que la péniche Anako, solidement amarrée au 61 quai de Seine, dans le 19e arrondissement de Paris. Cela devient un Free Jazz Rock qui sonne comme l’actualisation du « Dr Prof Leary » de Barney Wilen. Contrairement à celle de Martial Solal & Lee Konitz, cette musique n’est pas pensable sans amplification électrique. Le public est envoputé jusqu’au final.

Pour finir, le morceau final du dernier album de ce quartet, « The Turn », « Electric Sun ». Funky en diable. Ca ferait une excellente musique de film sentimental et joyeux.

Ils jouèrent dans l’ordre :

  • Eye of the storm
  • North
  • Comptine
  • Electric sun

Jérôme Sabbagh présente le groupe et la démarche. Ce quartet a 10 ans d’existence et 4 albums. Le concert mêle des morceaux des 4 albums.

PAUSE

Reprise en douceur du quartet sur un tempo medium. Solo très sec du guitariste qui pince très fermement les cordes. Le jeu de Ted Poor (batteur habituel du groupe) est riche, celui de Mark Ferber n’est pas pauvre.

Un tempo rapide. Ca swingue, sapristi. Ca pulse avec une énergie rock et la liberté du Jazz. Par un hublot de la péniche, je vois la lune jouer à cache cache avec les nuages, spectacle en accord avec la musique.

Une ballade. Duo guitare/sax. Tiens, un son sitar à la guitare électrique, c’est original.

Un morceau plus rapide, d’un hard bop presque classique. Ce quartet sait varier les plaisirs entre classicisme et avant-garde, comme l’un des Maîtres de Jérôme Sabbagh, Sonny Rollins. Le solo de guitare, lui, n’a rien de classique alors que le jeu du contrebassiste et du batteur le reste. Jérôme Sabbagh joue sans micro : un gros son suffit pour une petite salle. Longue descente conjointe vers le final. Pas tout à fait car Joe Martin ménage une transition. Le sax redémarre. Le sax se relance, avec le batteur aux balais. Ils caressent notre cortex et creusent dans nos émotions. La guitare déclenche l’orage, brutale, mais sans exagérer le volume sonore. Sa plainte fait écho à celle du sax.

Ils jouèrent donc, en enchaînant, Hand, Trip, La fée Morgane, Colt et Middle Earth.

Un petit final hard bop à leur manière.

Le quartet de Jérôme Sabbagh a quitté les rives de l’Hudson à New York pour celles du canal Saint Martin à Paris. Cela valait le déplacement pour eux et pour nous. Rien à ajouter.

La photographie de Jérôme Sabbagh est l'oeuvre du Pétrifiant Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

Jérôme Sabbagh par Juan Carlos HERNANDEZ

Jérôme Sabbagh par Juan Carlos HERNANDEZ

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