L'Enchanteuse Claudia Solal charme le Triton des Lilas

Publié le par Guillaume Lagrée

Claudia Solal Spoonbox Quartet.

Les Lilas. Le Triton.

Jeudi 31 mars 2011. 21h.

 

 

Joe Quitzke

La photographie de Joe Quitzke est l'oeuvre du Précieux Juan Carlos HERNANDEZ.

 

Claudia Solal : chant

Benjamin Moussay : piano, claviers

Jean Charles Richard : saxophones soprano, baryton

Joe Quitzke : batterie

 

Rubrique people : Claudia Solal a changé de coupe et de couleur de cheveux. Opération réussie.

 

Jean Charles Richard commence au baryton. Le clavier gronde. Le baryton fait des ondes agitées. Ca démarre. « Suffer me to kiss thy mouth ». Demandé aussi élégamment et impérieusement, il est difficile de résister. Passage au sax soprano plus aigu. Joe Quitzke bâtit, derrière, le mur du son. Ca enchaîne sur un rythme plus heurté , plein de petits bruitages cosmi comiques tout en restant dans la même chanson. Oh le son planant du soprano ! C’était un extrait de la « Salomé » d’Oscar Wilde.

 

« A thought went out of my mind today » (Emily Dickinson). Claudia Solal a lu, chanté pendant des années sur scène, en duo avec Benjamin Moussay, des poèmes d’Emily Dickinson. De cette union musicale naquit l'album " Porridge Days " toujours hautement recommandable. Elle chante ce poème ci sans le lire. Benjamin mêle clavier électrique et acoustique en introduction de cette poignante ballade. Il frotte sur nos cordes sensibles. Pourquoi le système nous interdit-il d’écouter cette merveille à la radio, à la télévision, à des heures et dans des émissions de grande écoute ? Peut-être justement parce que c’est trop beau pour l’idée que se font les diffuseurs des auditeurs.Nonce Paolini, PDG de TF1, est un des plus grands collectionneurs de disques de Jazz en France. De là à ce qu’il passe du Jazz sur sa chaîne… Après cette chanson, un soupir passe dans le public avant qu’il n’applaudisse.

 

« Blocks » (Jean Charles Richard). Les bruits de la ville. New York CityLes voitures. Une musique speedée, stressée comme la ville meme. “Elle était debout leur ville “ comme l’écrit Céline dans “ Le voyage au bout de la nuit “. Le sax baryton grogne. La batterie hache. Le piano virevolte. Et la voix de Claudia court au rythme de la ville sans herbe, sans oiseau. C’est un cocktail très énergétique que cette chanson là.

 

Retour au piano. Une sorte de ballade . Joe est passé aux balais. Superbe chant du sax baryton auquel répond le chant plus haut de Claudia. Du nanan pour les portugaises aurait écrit Boris Vian. « All right ! » s’exclame une spectatrice avant les applaudissements. C’était « Soundscape » de Benjamin Moussay.

 

DJ Benji lance des bruits d’oiseau avec l’électronique. Bruitages divers du piano, du soprano et de la batterie. Nous sommes dans l’humour absurde musical. Le public est perturbé. Il ne sait plus quand applaudir. Claudia nous encourage.

 

DJ Benji sort maintenant des bruits d’hélicoptère. Il y a plusieurs adolescents dans la salle. Ils sont accrochés. Ils écoutent. Le sax soprano répond aux bruitages de l’électro alors que la voix de Claudia passe de la douceur à la brisure. Belles vibrations des cymbales. Des vagues contrôlées. Ca monte à quatre en pyramide. Claudia est la pointe, bien sûr. Superbe solo de soprano, aérien, touchant, du souffle au chant. Seul sur scène face au public, Jean Charles Richard nous emmène loin, loin. L’album est toujours là, le groupe aussi. La musique, elle, évolue. C’est le privilège des improvisateurs. Benjamin ajoute le clavier. Le groupe reprend et nous applaudissons. Ca balance. Les demoiselles devant moi hochent leurs têtes en cadence. C’était « Room Service » le titre éponyme de l’album.

 

« Double rabbit ». C’est l’histoire d’un hôtel étrange. DJ Benji lance des bruits bizarres. Le téléphone ne fonctionne plus. DJ Benji sort une grosse ligne de basse sourde, menaçante. Joe distille les sons en vrai barman (« Le batteur est un barman de sons » Jean Cocteau). Benjamin revient au piano pour un air joyeux et entraînant interrompu par le fracas de la batterie et le retour de cette terrible ligne de basse. Jean Charles Richard fait gémir le baryton. Le batteur martèle avec subtilité, art délicat. Les demoiselles devant moi sont dans le truc, prêtes à danser. Pour le final, Jean Charles Richard est passé au soprano. Cela devient dansant et grinçant à la fois. Cet homme est bien le digne successeur de Dave Liebman. Ne cherchez pas plus loin. C’est lui. « It might rain or something really grand might happen » chante Claudia. Quelque chose de grand se passé en effet. La musique de ce quatuor ultra moderne. Le texte se dérègle alors que les bruitages du départ reviennent.

 

PAUSE

 

Je n’ai pas assez dormi la veille et je dois aller à l’école le lendemain. Le concert s’arrête donc là pour moi. Je passe saluer la chanteuse et ses hommes en compagnie de Dan Tepfer et de Lee Konitz que j’irai écouter en concert le vendredi 1er avril. Et ce n’est pas une blague !

 

En cadeau, rien que pour vous, aimables lectrices, sympathiques lecteurs, Claudia Solal et ses hommes chantent la Salomé d'Oscar Wilde lors d'un concert au Studio de l'Ermitage à Paris le 5 mai 2010. La musique a évolué depuis, la coiffure de Claudia aussi.

 

 

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