Thomas de Pourquery Supersonic play Sun Ra

Publié le par Guillaume Lagrée

 

Thomas de Pourquery Supersonic

play Sun Ra

Quark Records. 2013

Thomas de Pourquery

 

 

La photographie de Thomas de Pourquery est l'oeuvre du Respectable Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

 

Thomas de Pourquery: composition, direction, arrangements, saxophones alto et soprano, chant, theremin, melodica, percussions (personnel détaillé dans l'album).

Album dédié par Thomas de Pourquery à son père François de Pourquery avec un amour éternel.

J'avoue peu connaître la musique de Sun Ra (1914-1993). Je sais seulement que tant de liberté fait peur. Je me souviens, il y a 15 ans, avoir fait écouter " Black Forest Myth ", concert de l'Arkestra enregistré en Allemagne en 1970, à un amateur de hard rock. Il a eu peur. Cette musique follement libre et joyeuse faisait aussi peur aux autorités. En 1972, Raymond Marcellin, ministre de l'Intérieur de la République française interdisait ses concerts en France pour anarchisme. Des Noirs américains déguisés en pharaons, avec des danseuses, des cracheurs de feu, des jongleurs, cela faisait peur.

En 2013, 20 ans après sa mort le 29 mai (Jazz Magazine titra alors " Un été sans soleil ")  Sun Ra a indirectement causé la peur de sa vie à Thomas de Pourquery. Il se réveilla un matin avec un inconnu chez lui, un voleur entré par effraction qui s'enfuit avec son ordinateur sur lequel était enregistré des heures de travail autour de la musique de Sun Ra. Tout semblait perdu. Thomas se replongea alors corps et âme dans cette musique, l'écouta jour et nuit, la nota, l'annota, la composa, la décomposa jusqu'à être prêt en studio avec son groupe Supersonic pour recréer cette musique venue de la BOSSA (Black Outer Space Secret Agency).

Officiellement, Sun Ra était né Noir à Birmingham, Alabama, USA, en 1914, certainement ^pas le meilleur endroit pour naître Noir, surtout en 1914. Pour échapper à son sort, il se recréa une identité, se proclama venu de la planète Saturne et coincé sur Terre pour délivrer son message. Quant à son nom de scène et son costume de pharaon, peut-être vient-il des thèses africanistes du penseur sénégalais Cheikh Anta Diop qui faisait des pharaons d'Egypte des hommes noirs (n°7: " Watusi Egyptian March ").

Derrière les apparences délirantes d'hommes déguisés, pratiquant un prêche cosmi comique, il y a la musique. Sun Ra fut le premier Jazzman à utiliser des instruments électroniques en 1956, un maître de l'improvisation collective reliant le Swing au Free Jazz via le Blues. Le showman tendait à cacher le compositeur, le directeur, l'interprète, finalement, le seul à avoir fait fructifier le message de Duke Ellington, jouer et chanter toutes les facettes de l'homme noir aux Etats Unis d'Amérique et bien au delà puisqu'il venait d'un autre espace (N°3: " Love in outer space ", n°2 " Rocket number nine ", n°5 " Three moons "). Un monde si sombre ne peut qu'être l'ombre du monde réel, thème platonicien repris par Sun Ra (n°1: " Shadow world ").

C'est cette musique que font revivre Thomas de Pourquery et ses hommes (une seule femme, Jeanne Added, ajoute sa voix sur le titre n°6) la réinterprétant ou créant des compositions qui font désormais partie intégrante de l'univers de Sun Ra. C'est aussi bien acoustique qu'électrique, instrumental ou vocal, calme ou agité. Il y a là une telle joie de jouer qu'elle emporte tout devant elle. Tout le monde est inspiré: les claviers électriques et acoustiques d'Arnaud Roulin, les voix, les souffles du leader, de Laurent Bardainne, de Fabrice Martinez,la batterie d'Edward Perraud libre tout en étant cadrée. Ce sont ici des Français , blancs de peau qui jouent. Leur contexte de vie n'a rien à voir avec celui de Sun Ra et des membres de son Arkestra. Ils partagent la liberté et la joie de jouer. De jouer à jouir, il n'y a qu'une voyelle de différence, celle qui fait peur à tous les censeurs.

David S Ware disait que Sun Ra devrait devenir un personnage de dessin animé pour que les petits Américains puissent découvrir qu'un tel personnage a pu exister chez eux au XX° siècle. Le dessin animé reste à créer. En tout cas, même si l'Arkestra est toujours en activité, Thomas de Pourquery et son Supersonic Orchestra contribuent eux aussi à maintenir cette musique en vie. Pour cela, merci.

 

Thomas de Pourquery et ses Supersonic Boys and Girls atteriront sur les scènes françaises suivantes en 2014 pour jouer Sun Ra:

- le samedi 15 mars au Théâtre de Vanves (92)

-le mardi 6 mai au théâtre du gymnase à Marseille (13)

- le mercredi 28 mai à Coutances (50) au festival Jazz sous les pommiers avec David Murray (sax ténor) en invité spécial

- le mardi 3 juin à 20h30 à Paris (75) au New Morning.

- le vendredi 20 juin à Orléans (45) au festival Orléans Jazz

- le samedi 5 juillet à Fleury Merogis (91). Joueront-ils en prison?

- le vendredi 22 août à Malguenac (56) au festival des Arts des villes et des Arts des champs

- le vendredi 3 octobre à Auxerre (89) au Silex

 

 

En attendant voici " Disco 2100 " composition de Thomas de Pourquery, en hommage à Sun Ra (9e titre de l'album).

 


 

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