Défense et illustration du Blues

Publié le par Guillaume Lagrée

 

Après le Swing, passons à l'autre élément fondateur du Jazz, le Blues.

 

 

Ron Carter

 

La photographie de Ron Carter est l'oeuvre du Bluesy Juan Carlos HERNANDEZ.

 

Pour le public français, le Blues est connu grâce à une chanson de Johny Halliday, une des rares qu'il ait écrites, " Toute la musique que j'aime, elle vient de là, elle vient du Blues ". Même pour ceux qui, comme moi, changent de chaîne dès qu'ils entendent Johny chanter, il faut le remercier pour cette chanson et pour avoir fait découvrir Jimi Hendrix, le " Bluesman de l'espace " comme disait  John Lee Hooker au public français.

 

Pourquoi chanter le Blues? BB King  l'a clairement expliqué dans une de ses plus belles chansons " Why I sing the Blues ". 

 

Faut-il avoir ramassé le coton à la main pour avoir le Blues? Certainement pas. Miles Davis réplique sèchement à une de ses professeurs à la Juillard School of Music: " Madame, mon père est dentiste, ma mère donne des cours de piano. Je n'ai jamais souffert de la faim, je n'ai jamais ramassé le coton et pourtant, il y a des matins où je me lève avec le Blues ". De fait, le seul élément stable de la carrière de Miles Davis de 1945 à 1991, c'est le Blues. La musique change, les musiciens qui l'entourent aussi et Miles joue toujours le Blues que ce soit en acoustique ou en électrique.

 

Faut-il être triste pour jouer le Blues? Pas du tout. Il existe des Blues sardoniques, humoristiques voire même politiques. Exemples le " If You see Kay " de Menphis Slim qui est apparemment une chanson triste pleurant un amour perdu sauf que cela peut aussi se lire " F. U. C.K ".Ou bien pour la politique le " H2O Gate Blues " de  Gil Scott Heron. H2O=Water (Eau) pour ceux qui ont oublié leur tableau de Mendeleiev.

 

 

Faut-il être un Africain Américain (terme politiquement correct actuel) né dans le Vieux Sud pour jouer le Blues? Dizzy Gillespie, natif de Cheraw en Caroline du Sud estimait ne pas savoir jouer le Blues et ça l'agacait beaucoup que des petits Blancs nés en Angleterre prétendent le savoir. Pourtant, c'est bien grâce aux Anglais que des Bluesmen aussi importants que Muddy Waters, Howlin Wolf ont pu passer à la télévision américaine en prime time, que BB King a pu devenir un artiste cross over. Eric Clapton, Eric Burdon, Mick Jagger, Keith Richards comptent dans l'histoire du Blues comme promoteurs et interprètes.Quant à Dizzy Gillespie et le Blues, lorsqu'il se trouva sur scène avec T Bone Walker dans une tournée  Jazz at The Philarmonic produite et présentée par Norman Granz , il assura bien évidemment.

 

En fin de compte, les mots ne sont jamais les mêmes pour expliquer ce qu'est le Blues comme dit Johny. Pour l'expliquer, je renvois mes lecteurs avides de savoir, mes lectrices assoiffées de connaissance aux travaux de l'excellent Gérard Herzaft, musicien et musicologue à qui rien de ce qui est Blues n'est étranger.

 

Comme l'Esprit Saint cher aux Chrétiens, le Blues se manifeste ou non.Voici quelques exemples de sa présence dans le Jazz.

 

A tout Seigneur tout honneur, Louis Armstrong, le Roi du Jazz, natif de La Nouvelle Orléans, était aussi le Roi du Blues. Le voici chantant et jouant en hommage à sa ville natale Basin Street Blues. Avec l'Impératrice du Blues, Bessie Smith, Louis se fait accompagnateur pour un Sobbin Hearted Blues qui se passe de commentaire.

 

Il existe, à mon sens, une Sainte Trinité des chanteuses de Jazz, Ella Fitzgerald, la plus cross over, Sarah Vaughan  " The Divine Sassy " la plus belle et la plus virtuose, Billie Holiday " Lady Day " la plus Bluesy. La voici dans le premier Blues politique jamais enregistré " Strange Fruit ". Les paroles sont très claires. En 1939, Lady Day risqua sa vie et sa carrière sur cette chanson dont aucune maison de disques respectable ne voulait. Sur cette version des années 1950, je pense que Mal Waldron est au piano. A vérifier.

 

 

Comment mêler le Swing et le Blues pour créer du Jazz? La réponse est entre les mains du Colosse du Saxophone, Mr Sonny Rollins. Le voici dans une de ses plus bellles compositions "" Blue Seven " . Ouvrez bien vos yeux et vos oreilles mais éloignez les enfants de l'écran d'abord...

 

Faire à partir du Blues traditionnel une oeuvre personnelle, unique, inimitable et immédiatement reconnaissable, c'était le truc de Thelonious Sphere Monk. Le voici jouant sous l'oeil amusé de son Maître Count Basie une composition qui lui resta comme surnom " Blue Monk ".

 

Existe t-il des Jazzmen français capables de jouer bluesy? Assurément oui. J'ai eu la chance dans mon existence d'assister à un concert du duo Eric Le Lann (trompette)/ Michel Graillier (piano) au Petit Opportun, club parisien aujourd'hui disparu. Nous devions être 15 spectateurs au maximum et ils jouaient comme si nous étions à Carnegie Hall. Michel Graillier nous a quitté mais sa musique demeure. Voici donc un souvenir de ce duo tiré de leur album " 3h du matin " une version inoubliable de " The Man I love " . 

 

 

Et pour clore cet article sur un sujet inépuisable, une chanson s'impose " Almost Blue " d'Elvis Costello par et pour Chet Baker.

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