Soirée Aldo Romano au cinéma Le Balzac à Paris

Publié le par Guillaume Lagrée

Festival Jazz et Images

Cinéma Le Balzac. Paris.

Vendredi 20 mai 2016. 20h30

Soirée Aldo Romano

Concert du trio

Aldo Romano : batterie

Henri Texier : contrebasse

Vincent Le Quang : saxophones ténor et soprano

Puis projection du film « Appunti per un film sul Jazz » ( Gianni Amico, 1965, tourné au VIIe festival international de Jazz de Bologne avec Aldo Romano, Jean-François Jenny-Clark, Mal Waldron, Steve Lacy, Don Cherry, Gato Barbieri, Johnny Griffin).

Concert du trio d’Aldo Romano

Sax ténor pour commencer. Batteur aux maillets. Son profond de la contrebasse. Ambiance de polar. Le héros sombre, dans la nuit solitaire, sous une pluie fine. Aldo passe aux baguettes et Henri à un son plus clair. Ca marche souplement, à pas de chat. Quel moelleux dans la descente du ténor ! Quelle vibration de la contrebasse ! Maître Texier sur sa contrebasse penché . Aldo Romano revient aux balais pour malaxer la pâte sonore. J’ondule avec eux, assis sur mon siège. L’esprit de la danse est bien là. C’est de l’improvisation. Ils changent d’air en cours de route. Tout s’enchaîne et nous les suivons attentifs, en silence. Ils marchent l’amble. Premier solo du batteur, en finesse, aux baguettes. Le jeu minimaliste et poétique d’Aldo Romano est bien en place.

Le trio repart sur un autre air, chantant et dansant, avec un voile de mélancolie, bref tout ce qu’il faut pour réjouir les mélomanes. Après un solo pensif du sax, le trio repart à bloc. Ca dépote. Tchac! Quelques secondes de solo de batterie pour conclure.

Sax soprano. Son délicat du sax au dessus de la vague puissante de la rythmique. Ca chante vraiment. Il me semble reconnaître un air d’un magnifique album d’Henri Texier « An Indian’s week ».

Retour au ténor. Après un solo d’intro, contrebasse et batterie entrent dans la danse. Le sax grogne, la contrebasse ronronne alors que la batteur, aux baguettes, lâche les chevaux.

Ténor toujours. La contrebasse lance le débat. Je ferme les yeux et pars avec eux. Poussé par les deux grands Anciens, le jeune Vincent Le Quang se dépasse. Quelle vibration ! Sax soprano en résonnance avec les cordes délicatement pincées de la contrebasse. Aldo suggère du bout des baguettes, sur les bords des caisses. La musica è bella e libera. Evviva Aldo Romano !

RAPPEL

Aldo commence une marche militaire aux baguettes et en martelant du pied la grosse caisse. Pulsation puissante de la contrebasse. Son léger, aérien du soprano. Un autre petit air libre et dansant pour finir.

Vincent Le Quang explique la philosophie de cette musique, qui vient du Free Jazz des années 60. La mélodie se crée dans l’interaction de l’instant présent.

« Appunti per un film sul Jazz » (Gianni Amico, 1965)

C’était le premier voyage en Italie, pour jouer, d’Aldo Romano, maçon italien devenu batteur.

Le film de Gianni Amico est une série de saynètes tournées lors du 7e festival international de Jazz à Bologne. Paris et New York se retrouvent en Italie.

Cela commence avec l’arrivée en gare du train des musiciens. Don Cherry est heureux de retrouver le soleil de l’Italie deux ans après sa tournée avec Sonny Rollins. Il est possédé par la musique.

Steve Lacy répète en studio, du Monk forcément. « Round about midnight ».

Don Cherry, concentré, attend pour jouer de sa trompette de poche. Il monte sur scène pour retrouver Aldo Romano et Jean-François Jenny Clark pour jouer du Monk, bien sûr.

Steve Lacy explique que le Jazz est pour lui ce qui remplit le temps et réunit les gens. Il joue Monk depuis des années parce qu’il aime sa musique et qu’il est le seul à le faire. Aujourd’hui, tous les Jazzmen jouent Monk et Steve Lacy y a contribué.

Sur scène, Steve Lacy, Don Cherry, Karl Berger, Jean François Jenny-Clark et Aldo Romano jouent « Epistrophy » de Monk, évidemment. Felici Bolognesi ! Merci à Gianni Amico d’avoir fixé ce moment.

Dans les rues de Bologne, Mal Waldron explique sa peine après la mort de Malcom X et son soutien aux Black Panthers même s’il n’en fait pas partie. Le Jazz est pour lui une façon de protester contre les dures conditions de vie en Amérique, conditions qui n’existent pas en Europe.

Sur scène, Mal Waldron joue « Take five » de Dave Brubeck qu’il déconstruit, martèle, noircit jusqu’à en faire un Blues contestataire.

Annie Ross du trio Lambert, Hendricks and Ross, scatte avec un complice sur « Moanin » (Horace Silver). Un concentré de Swing.

Johnny Griffin rigolard à la fête foraine puis sérieux sur scène mais toujours rapide.

Gato Barbieri a déjà les lunettes mais pas encore le chapeau. Il entretient son saxophone ténor comme un fusilier commando son fusil.

Gato Barbieri a remplacé Steve Lacy dans le quintette de Don Cherry. La musique est belle et étrange. Les musiciens sont tous en costume cravate mais ils ne font pas une musique de bureaucrates. C’est tellement plus libre que le rock’n roll de la même époque !

Ted Curson (trompette) explique que la musique est sa liberté d’expression. Avec Gato Barbieri, il joue un hommage à Eric Dolphy, mort en 1964, avec qui il jouait chez Charles Mingus. Poignant.

Pour ces musiciens, le Jazz n’était pas un exercice de style mais une question de vie ou de mort, comme le football pour Diego Armando Maradona.

Pour vous faire votre propre idée de " Appunti per un film sul Jazz " le voici en lien vidéo sous cet article, respectables lectrices, honorables lecteurs.

Dernière séance du festival Jazz et Images le vendedi 17 juin 2016 à 20h30 au Cinéma Le Balzac, à Paris: soirée Billie Holiday avec le film " Lady Billie Holiday " (Frédéric Rossif et François Chalais, 1960, 30') et une création de Vincent Le Quang " Derniers souffles pour Billie Holiday ".

La photographie d'Aldo Romano est l'oeuvre de l'Irréductible Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

Aldo Romano par Juan Carlos HERNANDEZ

Aldo Romano par Juan Carlos HERNANDEZ

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