Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Marc Buronfosse Sounds Quartet Face the Music

Publié le par Guillaume Lagrée

Marc Buronfosse Sounds Quartet

" Face the Music "

 

Album composé et produit par Marc Buronfosse

 

Marc Buronfosse: contrebasse

Jean Charles Richard: saxophones, shenai, bansuri

Benjamin Moussay: piano, claviers

Antoine Banville: batterie, percussions

 

" Race. In Space. Face the Music " (Prince). Prince, face à l'état actuel de l'industrie phonographique, a décidé de s'autoproduire pour faire ce qu'il veut, quand il veut, comme il veut. Marc Buronfosse fait de même avec cet album.

 

Tout ne me plaît pas dans cette musique. L'engagement des musiciens est constant. S'en dégagent, à mon goût, quelques grandes délices.

 

" The Cherry Tree ", deuxième morceau de l'album, est à la fois un hommage à Don Cherry et aux cerisiers en fleur chers aux poètes nippons.

 

" After the Second Round ", cinquième morceau de l'album, exprime toute la fatigue du boxeur. C'est un morceau nostalgique, d'abandon, de relâchement. Puis ça s'anime, se réveille, comme dans un deuxième souffle, le lutteur est prêt à repartir au combat.

 

" Serial Blues ", sixième morceau de l'album, dégage un swing énergique, viril où les graves du saxophone baryton, de la contrebasse et des percussions correspondent sans cesse;

 

Au final, cet album autoproduit, qui ne bénéficiera pas des secours des séides de l'industrie spectaculair marchande, mérite l'attention de l'auditeur curieux de fraîcheur, de chaleur, d'audace et d'engagement.

Partager cet article

Repost0

Le nouveau trio français de Dan Tepfer à Paris

Publié le par Guillaume Lagrée

Paris. Le Sunside. Mardi 18 mai 2010. 21h30.

 

Dan Tepfer Trio

 

 

 

Dan Tepfer : piano

François Moutin : contrebasse

Louis Moutin : batterie

 

 

La grâce les touche dès les premières notes. Ca ondule, avance en vagues. Une marine impressionniste mais avec la tension sous-jacente du swing. « Et l’unique cordeau des trompettes marines » (Guillaume Apollinaire). Ca sent la Mer côté Manche. Brumeuse, fraîche, entre vert et bleu, le glaz des Bretons. Cela finit dans un murmure avec Louis Moutin tapotant ses tambours de ses mains.

 

Un petit swing tout en retenue, en allers et venues. Louis frappe aux balais. François chatouille sa contrebasse la faisant gémir de plaisir. Louis est repassé aux balais. Il grimace. Le morceau précédent était rêveur, élégiaque. Celui-ci est cérébral, énergique. Changement total d’ambiance. C’était «  Nines » puis « Diverge » de Dan Tepfer. « Diverge comme divergence pas comme dix verges » explique Dan Tepfer. « C’est dommage » dit une femme en riant. « Ca, c’est ma tante » précise Dan.

 

« Back area » (Dan Tepfer). Petit air swinguant tranquille mais avec des surprises. Je n’apprécie vraiment Louis Moutin que lorsqu’il joue ainsi à mains nues sur sa batterie. L’eau s’agite devient trouble, inquiétante. Nous avons changé de monde. Un solo de contrebasse de François Moutin c’est toujours un moment de grâce même quand son frère jumeau Louis l’accompagne. Dan Tepfer fait danser son piano. La contrebasse sonne majestueusement. Louis manipule ses tambours et ses cymbales. Là c’est bon. Dan tient un petit air qui ne nous lâche plus.

 

Intro au piano. Dan trouve un nouveau petit air entêtant et entraînant. C’est un standard mais drôlement balancé. Il n’en revient pas d’être joué comme ça le standard. C’était « Giant Steps » de John Coltrane.

 

« The Distance » (Dan Tepfer). Une ballade. Intro au piano. Contrebasse et batterie aux balais arrivent pour touiller doucement la sauce qui mijote à feu doux. Au milieu des trois, la contrebasse se détache claire, profonde, précise. Ondulant face à son piano, Dan cache et découvre tour à tour une belle femme brune qui l’écoute attentivement.

 

« Clio Repeal » (Dan Tepfer). Dan attaque véloce main droite, lent main gauche. Belle asymétrie sonore. Après cette belle introduction, sans lâcher le thème, le trio démarre. La promenade est belle. Note héros chevauche à travers la plaine fleurie. Giacomo Casanova est à la poursuite d’Henriette. « Toi aussi tu oublieras Henriette » lui a-t-elle écrit mais il ne l’oublie pas. La pulsation monte, descend. Ca glisse, coule comme la Vouivre. Louis Moutin se croit à la guerre avec ses tambours. Ce serait Barry Lyndon maintenant. Duel piano/batterie. François assiste puis repart avec eux. Ca monte en flamme et Louis, comme les Anglais à Fontenoy, tire le premier. Ca s’apaise pour reprendre cette course effrénée vers la liberté.

 

PAUSE

 

C’était mon deuxième concert en deux soirées et il faut toujours se lever pour aller à l’école le lendemain matin. Je suis donc parti à la pause.

Partager cet article

Repost0

Premier concert du Trio de Dred Scott à Paris

Publié le par Guillaume Lagrée

Paris. Le Sunside. Lundi 17 mai 2010. 21h30.

Dred Scott Trio.

 

Dred Scott : piano

Ben Rubin : contrebasse

Tony Mason: batterie

 

Belle attaque. Beau swing. Je bats la mesure tout de suite. C’est bon signe. C’est frais, clair, énergique. C’est le premier concert de ce trio à Paris. Lundi soir, ce n’est pas la bonne date. Ils s’en moquent, ils jouent. La batterie est métronomique mais pas lassante. Impulsion de la contrebasse. Le piano tourne comme une belle toupie. Ca donne du plaisir. Ils nous emmènent dans leur monde et nous ne sommes pas déçus du voyage. Fin avec une note prolongée par la pédale de droite sans les mains. Pas mal…

 

Une ballade. Intro au piano. Pour l’instant, ils jouent des compositions personnelles. Il y a des réminiscences de Martial Solal dans le démarrage du trio. Cela ne peut que me réjouir. Le batteur est en cuisine, aux balais, fouettant la sauce. Ca s’anime gracieusement. Le batteur est repassé aux baguettes. Autre similitude avec le jeu en trio de Martial Solal, ce n’est pas l’habituel défilé thème/solo/thème. Ca joue vraiment à trois en même temps. Le pianiste est bien le chef mais les deux autres ont leur mot à dire. Au tour du bassiste d’être le Boss. Pianiste et batteur dialoguent avec lui, jouant en arrière plan. Personne n’applaudit. Ce n’est pas un solo démonstratif, c’est une prise de parole. A chacun son tour. On applaudit l’ensemble. Dred Scott aime finir le morceau avec la pédale. C’était « Time for the hot stuff », expression idiomatique américaine qui signifie « le moment de boire des alcools forts ».

 

« Don’t fear the ripper ». Dred Scott teste son français. Il reviendra à Paris ce qui lui permettra de progresser. Ca sonne comme une chanson populaire (pop song in english). J’entends une voix de femme chanter dessus. Ca vous entraîne bien loin de Paris. Ca respire au large, les grands espaces américains, la forêt. Un petit intermède et ça repart plus brutal, plus inquiétant. Il y a un esprit rock’n roll, dans le bon sens du terme, chez ce trio. Retour au thème de chanson américaine juste le temps de passer à autre chose. L’humour de Dred Scott me fait aussi penser à Martial Solal.

 

Une ballade « Regrets ». Tout le monde a des regrets, n’est ce pas ? (Dred Scott). Alain Souchon en a fait une jolie chanson. Le batteur masse ses tambours avec ses balais. Le contrebassiste impulse doucement. Les doigts du pianiste semblent tituber, hésiter sur le clavier mais tout cela est maîtrisé pour exprimer les regrets.

 

« Mojo rhythm » écrit pour un enfant de deux ans nommé Mojo Rhythm Davis. Pas facile à porter ! Morceau très énergique, haché. C’est assez loin du « Mojo working » de Muddy Waters quoique… Le mojo est un grigri, un héritage des cultes africains chez les Noirs américains. C’est une œuvre explosive, pleine de bombes qui éclatent pacifiquement. Le jeu du piano est extrêmement libre mais il y a toujours une assise rythmique derrière comme dans le Free Jazz d’Ornette Coleman d’ailleurs. Autre point commun avec Martial Solal : Dred Scott joue sur le clavier et uniquement sur le clavier du piano. Solo bien énervé avec des influences du classique. C’est la charge de la cavalerie légère mais plutôt du côté des Indiens. Dred enlève sa veste à la fin du morceau. Il est bien échauffé.

 

« Press Play ». « Pousser Jouer » ça rime en français note Dred. Ca commence tranquillement mais avec des pauses, des virages surprenants. Un couple âgé vient d’arriver. La dame n’a pas apprécié la fin du précédent morceau. Avant le début de celui-ci, elle a dit : «  Je crains le pire ». Elle écoute en faisant la moue. Pendant ce temps là, le trio nous berce et nous réveille tour à tour. Ces trois là sont très à l’écoute. Le mari applaudit un peu. Pas l’épouse.

 

« Well you might » variation sur « Well you needn’t » de TS Monk. Un blues rapide. Il y a des rappels de la mélodie de Monk mais transformée, dilatée, accélérée, sévèrement secouée. La dame désapprouve toujours. Jusqu’à quand tiendra t-elle ? Des crabes fous courent sur le piano. Ce sont les doigts de Dred Scott. Breaks de batterie et non pas solo. C’est une solution préférable pour relancer la machine sans la casser. La dame n’est toujours pas d’accord avec les musiciens. Elle a dû applaudir deux fois.

 

« Casa de luz » (Shorty Rogers). Hommage à la West Coast car Dred Scott est originaire de San Francisco. Il y a en effet cette « Spanish tinge » chère à Jelly Roll Morton. C’est joyeux, lumineux. Ca swingue très agréablement. Le jeu est plus classique, West Coast. C’est une musique peu jouée aujourd’hui alors qu’il y a tant de clones du bebop et du hardbop. Merci à Dred Scott et son trio de nous rafraîchir la mémoire. Au batteur de mener la danse, bien poussé par les deux autres. La dame applaudit un petit peu.

 

Enchaînement sur un vieux standard. Ca pète et ça brille. Défi entre pianiste et batteur avec le contrebassiste pour arbitre. Après la présentation des musiciens, retour à un swing plus calme pour conclure.

 

PAUSE

 

Le couple de mécontents aux cheveux blancs est parti. C’est le premier concert de Dred Scott à Paris. Ca m’étonnerait fort de les revoir au deuxième.

 

Démarrage au piano sur une ballade. « Dansez sur moi » chantait Claude Nougaro sur « Girl talk » de Neal Hefti. Ca se ballade tranquillement. Le morceau est dédié aux deux personnes qui sont parties après le premier set parce que le batteur jouait trop fort. Vous avez deviné de qui il parlait, n’est ce pas ?

 

Swing plus puissant, en vagues. Le batteur hache fin. Le contrebassiste reste tranquille. Le pianiste démarre, accélère sans forcer. Ca swingue méchamment comme le chantait Claude Nougaro. Ca fait du bien par où ça passe.

 

Dred parle moins, n’annonce plus les morceaux. Une ballade. Le batteur frotte aux palais. Les notes sont distillées. C’est agréable mais ces musiciens sont plus surprenants, plus créatif, plus à leur aise sur tempo rapide. Ne boudons pas notre plaisir. Sur tempo lent, ils caressent bien les tympans. C’était «  Bobo », un hommage à Paris certainement. En tout cas, c’était délicieux, tout simplement délicieux.

 

« Doggy and Cookie ». Etes-vous un chien qui veut manger le biscuit ou un biscuit qui veut être mangé par le chien ? Telle est la philosophie de la vie de Dred Scott. Le morceau est bien agité au départ. C’est bien le chien qui court après le biscuit ; Le solo de contrebasse est assez agité lui aussi. Le batteur prépare les biscuits en malaxant les cymbales. Très beau solo à la fois rêveur et énergique.

 

Il est 0h05 et je dois aller à l’école demain matin pour 9h. Je m’en vais donc avant la fin du concert. Irai-je jusqu’à New York ou attendrai je leur retour à Paris pour écouter à nouveau le Dred Scott Trio en concert ? En tout cas, au loin ou au près, ce groupe mérite le voyage. Swing, blues, énergie, esprit rock’n roll, compositions, standards connus ou méconnus, la carte est variée. Il y a de quoi satisfaire tous les goûts sauf si vous avez peur d’être attrapé, secoué, surpris comme le couple de mécontents aux cheveux blancs.

Partager cet article

Repost0

Roy Haynes 85 ans au sommet de son art au Duc des Lombards

Publié le par Guillaume Lagrée

 

 

Paris. Le Duc des Lombards. Vendredi 14 mai 2010. 22h.

 

Roy Haynes. 85th Birthday Tour.

 

Roy Haynes: batterie

David Wong: contrebasse

Martin Bejerano: piano

Jaleel Shaw: saxophones alto, soprano.

 

Roy Haynes monte sur scène avec sa médaille de Chevalier des Arts et des Lettres autour du cou. Ses accompagnateurs pourraient être ses petits-enfants. 85 ans et Roy Haynes ne peut pas s’empêcher d’avoir la pêche. C’est du bebop. Roy Haynes peut se le permettre. Il a joué avec Charlie Parker. Comme Art Blakey, quand Roy Haynes est derrière ses futs, les autres musiciens ont intérêt à se mettre au niveau. Il ne va pas se mettre à jouer moins vite, moins haut, moins fort pour leur permettre de suivre. Le pianiste sait jouer. Les doigts virevoltent mais ce n’est pas le nouveau Tommy Flanagan. Solo de contrebasse très élégant. Roy Haynes place quelques notes senties, maîtrisées, à l’écoute. Il a des fentes d’escrimeur.

 

Un morceau plus calme. Roy Haynes est un bel exemple pour la vieillesse. 85 ans, nom de Zeus ! Le contrebassiste tient la maison. Le pianiste parcourt le clavier en long, en large et en travers. Pendant ce temps là, Roy Haynes nous met la claque à chaque frappe même quand il retient sa force. Travail tout en finesse, du bout des baguettes sur la cymbale charleston pendant le solo de contrebasse. Solo du Boss. J’espère qu’il y a des batteurs dans la salle venus prendre la leçon du Maître. J’avais vu ainsi Aldo Romano au fond de la salle du Sunside lors d’un précédent concert de Roy Haynes. Long silence. «  You are the best » dit une spectatrice. «  That’s true » ajoute un spectateur.

 

La rythmique repart sur un air léger, mystérieux. Roy Haynes hache le tempo menu, menu à nous rendre fou. « My heart belongs to Daddy ».Marilyn Monroe en prend un coup ! Manifestement, Roy Haynes n’a pas de rhumatisme ou alors il le cache bien. Cet homme peut vous rendre fou avec sa batterie tant il est puissant, renversant, impressionnant. Ca pulse tellement que le sax alto est obligé de mettre ses tripes sur la table et d’en faire quelque chose. L’accompagnement de batterie est très fin, très puissant, très créatif. Il ne s’agit pas d’une démonstration mais d’un Maître en ébullition permanente de création. Roy Haynes reprend sa frappe baguette sur baguette contre le bord de caisse. Leur cœur appartient toujours à Papa. Roy Haynes marche sur la scène en jouant baguette sur baguette. Le groupe brode élégamment, souple, sinueux. Ce que Roy fait est ancestral et ultramoderne. Ca se termine dans un souffle et un dernier tac de baguettes.

 

Introduction en douceur au saxophone alto. Agréable mais un peu long. Le groupe est parti sur « Everything happens to me », un standard. Roy est passé aux balais, toujours aussi souverain. Il joue à fleurets mouchetés mais il pique toujours. Le contrebassiste raconte de belles histoires en père tranquille. Fin avec des vibrations de cymbales sous les maillets.

 

Introduction du Maître. Les tambours chantent sous les maillets. Pédale légère et ferme de la grosse caisse. Il lance le son, le prolonge, l’arrête comme il claquerait un fouet. Il dompte sa batterie. Nous sommes tous ébahis et ébaubis. Le jeu des pieds est lent alors que celui des mains est ultra rapide. Il reprend les baguettes et le groupe repart sur un bon vieux be bop des familles. Non, c’est au-delà du bebop puisque c’est du Monk. « Si Monk m’avait entendu jouer son morceau comme cela ce soir, je pense qu’il m’aurait botté le cul » commente Roy Haynes. A écouter Thelonious Monk «  Misterioso »avec Johnny Griffin, Abdul Abdul Malik, Roy Haynes. Roy Haynes nous parle, nous raconte des histoires de Jazz, l’histoire du Jazz, son histoire. Il imite même Frank Sinatra «  When I was seventeen… » . « Quand j’ai joué avec Charlie Parker à Philadelphie en 1950, John Coltrane n’était qu’un des musiciens présents dans le public. Mais, dans les années 1960, John Coltrane avait un batteur en lui. Il n’y avait qu’à suivre ce batteur. » (A écouter John Coltrane « Live in Newport. 1963. » Roy Haynes remplace Elvin Jones dans le quartet de John Coltrane et le remplaçant fait oublier le titulaire).

 

Il ne reste que 3mn alors ils se remettent à jouer. Sax soprano. Assez coltranien en effet. Quels roulements de tambour ! Le dieu Siva est à la batterie ce soir.

 

En plein débat sur l’âge de la retraite, Roy Haynes, 85 ans, nous a donné une leçon de jeunesse. Cet homme n’exerce pas une profession. Il vit sa passion. Nuance…

Partager cet article

Repost0

Alain Jean Marie et le Gwadarama réchauffent le Sunside

Publié le par Guillaume Lagrée

Paris. Le Sunside. Jeudi 13 mai 2010. 22h.

 

Alain Jean Marie « Gwadarama »

 

Alain Jean Marie : piano

Marcel « Nano » Falla : guitare basse électrique

Raymond Grego : batterie

Roger Raspail : percussions

 

Avant de commencer cette chronique, je prie les lecteurs maîtrisant le créole de Guadeloupe de bien vouloir pardonner mes erreurs de transcription.

 

Ce soir, pour la première fois à Paris, Alain Jean Marie joue Gwadarama, son nouvel album, Panorama des musiques de Guadeloupe, allant au delà de la biguine dont il nous enchante depuis le temps qu'il lui plaît de nous enchanter.

 

 Les percussions ajoutent une couleur supplémentaire à la musique d’Alain Jean Marie. Tout est percussion mais il y a ce sens de la mélodie propre à ce merveilleux pianiste. Il ajoute une touche de nostalgie à cette musique énergique. C’était «  Za Si » de Franck Nicolas, jeune trompettiste guadeloupéen.

 

« Bato la » composition des années 1960 en hommage au bateau qui reliait la Guadeloupe à la métropole. C’est très dansant. Cette musique mériterait d’être jouée devant une piste avec leçons accélérées pour ceux qui, comme moi, ne connaissent pas les pas. Le piano devient un bateau voguant sur les flots de la rythmique. Roger Raspail s’intègre très bien au groupe ajoutant la couleur traditionnelle du Ka à une instrumentation Jazz. Pour ce projet Gwadarama, Alain Jean Marie a décidé d’aller au-delà de la biguine de sa jeunesse (il est né en 1945) jusqu’aux musiques actuelles de Guadeloupe.

 

Alain nous explique le contexte de chaque morceau. « Morena’s Reverie » est un hommage à son épouse, la chanteuse Morena Fattorini avec qui  il se produit régulièrement en duo. Le rythme est à 3 temps mais n’a rien à voir avec la valse. Quelle émotion ! Cet homme aime son épouse et cela s’entend. Chaleur, douceur, tendresse, balancement. Tout est à sa place pour cette femme. Le batteur travaille les cymbales alors que le percussionniste fait chanter les peaux des tambours. Il utilise aussi des maracas alors que le bassiste brode élégamment.

 

Le 15 août c’est la fête de la Vierge Marie (Assomption dans le calendrier catholique, apostolique et romain) et de nombreuses communes en Guadeloupe. « 15 août » (Roger Raspail). Introduction aux percussions. Son souple, chaud, métallique, vibrant. Les racines africaines ressortent à fleur de peau. C’est joyeux. La basse slappe. La batterie cingle. Le piano danse. Sur une note, Alain allège la musique, la rend plus Jazz.

 

« Thierry en l’an 2000 » (Alain Jean Marie). C’est un kaladja en hommage à un jeune musicien guadeloupéen. Rythme léger, avec des décalages, des surprises. Un défi pour les danseurs. C’est faussement prévisible. Alain Jean Marie est le seul musicien du quartet à ne pas porter de casquette sur scène. Ca doit être la marque du Chef.

 

La biguine est une musique urbaine, bourgeoise dansée dans les casinos mais aussi dans les bals populaires. La « biguine compas » date des années 1960. « Sérénade » (Alain Jean Marie). C’est plus énergique, plus haché rythmiquement que le morceau précédent. Je laisse les experts, dont je ne suis pas, expliquer la différence entre la biguine et la biguine compas.

 

« 23 mai zouk » (Alain Jean Marie) souvenir de l’abolition de l’esclavage. On est bien loin du zouk machinal de la bande FM. Ca joue, danse, chante la liberté. Très joli travail au triangle de Roger Raspail.

 

Changement d’air, de rythme. Mon voisin de devant, manifestement Antillais, joue des percussions sur ses cuisses. C’est dire si c’est bon. C’était «  Papa moen kou ».

 

PAUSE

 

Ca repart joyeusement. Le piano fait pouët pouët mais harmonieusement. C’est la fête. Ca sent le soleil, la mer, la chaleur ce qui n’empêche pas de bouger. Ma belle voisine Antillaise commence à danser sur place. Ces gars là assurent. Roger Raspail monte le son et ça se sent. C’est très bon.

 

Intro au piano d’une ballade dont Alain Jean Marie possède le secret. Le batteur est passé aux balais. Sur  un mouvement de poignet du pianiste, ça repart vif et dansant mais avec un parfum de nostalgie du pays natal. Cette musique change de la Guadeloupe des films et des affiches publicitaires. C’est plus colorié, plus varié, plus subtil mais toujours habité par les dieux du rythme et de la danse. Roger Raspail sait doser son effort en soutien comme en soliste. Ca joue juste. La rythmique tourne comme un seul homme. Dieux que c’est bon ! Cela nous allège et nous soulève. C’était « Dendé » de Roger Raspail.

 

Minuit. Le carrosse va se changer en citrouille. Un couple s’en va. Une ballade profonde. Un gros son de basse traverse la salle de part en part. Le piano chante sous les doigts d’Alain Jean Marie. Batterie et percussions correspondent. Comme le disait Duke Ellington, « comfortably hip and respectably cool ».

 

Alain Jean Marie n’explique plus les morceaux, ne les annonce plus. Le groupe joue et enchaîne. Morceau plus vif, plus dansant, plus joyeux. Ma belle voisine a des repères. Elle claque des doigts au changement de rythme. Alors que la rythmique tourne, Alain se lance dans des audaces pianistiques tout en restant dans le rythme. La grande classe. Le piano devient instrument de percussion en accompagnement du batteur et du percussionniste. C’est un jeu fait d’énergie, de maîtrise, de rigueur, de précision rythmique le tout avec imagination et émotion. Roger Raspail fait vibrer le Ka. C’était un hommage à « Ti Jean de Velo ».

 

Hommage aux amis de Kassav avec un de leurs tubes. « Kassav, c’est la musique de l’avenir » disait Miles Davis dans les années 1980. C’est très dansant mais à la manière d’Alain Jean Marie, plus subtile que l’originale. Je reconnais ce tube des années 1980 «  Scié, scié bois ».

 

Une dernière petite biguine avant d’aller boire un thé. C’est très joyeux, très vif et diaboliquement rythmé.

 

PAUSE

 

Il est 0h30. Je n’ai pas envie de partir, je n’ai pas sommeil mais il faut aller se coucher car il y a école le lendemain. Bien loin du simple folklore, au-delà de l’accompagnement des danseurs, Alain Jean Marie et son « Gwadarama » Quartet réinventent la musique guadeloupéenne, une musique métisse, antillaise qui peut toucher bien au-delà des amateurs de Jazz et d’îles des Caraïbes.

Partager cet article

Repost0

Jérôme Sabbagh Quartet de retour à Paris

Publié le par Guillaume Lagrée

Paris. Le Sunset. Mardi 11 mai 2010. 21h30.

 

Jerôme Sabbagh Quartet.

 

Jérôme Sabbagh

 

La photographie de Jérôme Sabbagh est l'oeuvre de l'Explosif Juan CARLOS HERNANDEZ.

 

Jérôme Sabbagh : saxophone ténor

Ben Monder : guitare électrique

Joe Martin : contrebasse

Joechen Rueckert : batterie

 

Ballade sombre, menaçante. Le groupe est soudé dès les premières notes. Ce soir, le batteur est à sa place. Le jeu de guitare est fin, cool, sans esbroufe. Il me rappelle même Elek Bacsik. Jérôme reprend les commandes avec un beau son majestueux. C’était « The Turn ».

 

« Electric Sun ». Morceau funky avec des accents antillais. Ca chauffe en douceur. Je hoche la tête de contentement. Ca balance bien. Belle composition énergique, ensoleillée, avec des réminiscences de Jimi Hendrix au fond d’un club de Jazz alors que la nuit est froide et humide dehors. Le son monte mais juste ce qu’il faut. Contrebasse et batterie ne lâchent pas la pulsation d’une microseconde. Ca donne envie de danser, d’agiter les bras, de bouger son corps sans effort.

 

Duo sax/guitare au mm pour entamer une ballade. Le quartet démarre impulsé par le gros son de la contrebasse et les maillets roulant sur les tambours derrière. C’était « Comptine ».

 

« Vantage ». Ce soir le groupe joue essentiellement des nouvelles compositions. C’est enjoué, délié. Ben Monder surveille les cordes de sa guitare en vol plané.

 

« La fée Morgane ». Celle qui captiva Merlin l’Enchanteur. Une sorte de mélopée heurtée. Cette fée est drôlement tourmentée. Son grand breton de la guitare. C’est juste car la légende de Bretagne avec l’enchanteur Merlin, la fée Morgane, les chevaliers de la Table Ronde vient plutôt de l’île de Bretagne que de la péninsule d’Armorique.

 

PAUSE

 

Gros coup de barre ce soir. Il faut aller à l’école le lendemain matin. Je ne suis pas resté plus longtemps. Le groupe est encore en rodage de nouvelles compositions du leader. « Electric Sun » est celle qui m’a le plus marqué. A réécouter.

Partager cet article

Repost0

Festivals de printemps à Paris et Montreuil sous Bois

Publié le par Guillaume Lagrée

" April in Paris " est un standard du Jazz. En voici une version mémorable chantée par The Divine Sarah Vaughan accompagnée notamment par Clifford Brown à la trompette.

 

C'est en mai que les festivals de Jazz commencent à fleurir avant l'éclosion de l'été.

  Giovanni-Mirabassi.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

  La photographie de Giovanni Mirabassi est l'oeuvre du Latin Juan Carlos HERNANDEZ.

 

Pour commencer, rendons hommage à la rive gauche à Paris, chantée par Alain Souchon.

 

S'il n'y a plus d'après à Saint Germain des Prés (Guy Béart), un festival de Jazz y fleurit désormais à chaque printemps, du 16 au 30 mai cette année.

 

Parmi les concerts proposés, je suggère en toute partialité d'aller faire un tour à l'église Saint Germain des Près.

D'abord parce qu'elle est belle, ensuite parce que deux immenses pianistes s'y produiront durant ce festival:

Michel Legrand en duo avec Catherine Michel, harpiste classique, le jeudi 20 mai à 21h.

Bojan Z en solo le jeudi 27 mai à 21h.

 

Michel Legrand n'est guère respecté sur la scène Jazz française. Un Français qui a dirigé deux fois Miles Davis (Legrand Jazz en 1960, Dingo en 1991), gagné trois Oscar de la musique de film à Hollywood, est l'ami de Quincy Jones, a composé What are you doing the reste of your life? qu'adorait jouer Bill Evans, forcément ça crée des jalousies. Michel Legrand est simplement un immense pianiste et compositeur, un éternel jeune homme à qui il faut rendre hommage de son vivant car la postérité ne fera rien pour lui comme disait Alphonse Allais.

 

Bonjan Zulfikarpasic dit Bojan Z est un pianiste yougoslave qui a su fusionner le Jazz et les musiques balkaniques, créant un nouveau style dont se nourrissent nombre de jeunes pianistes actuels.

 

Pour rester dans le luxueux, le calme et le voluptueux, allons au salon Président de l'hôtel Lutetia le vendredi 21 mai à 21h pour écouter l 'hommage à Claude Nougaro par son ancien batteur André Cecarelli avec David Linx (chant) .

Sans quitter le Lutetia, il est possible de déguster le nouveau quartet en vogue du British Jazz, Portico, le samedi 22 et le dimanche 23 mai.

 

Restons dans le piano avec le trio hyperbolique  Giovanni Mirabassi (piano)/Gianluca Renzi (contrebasse)/Leon Parker (batterie) le mardi 25 mai à 20h30 à l'hôtel Meridien Montparnasse.

 

 

Ensuite passons les barrières de Paris, chaussons nos bottes de banlieue pour le festival Montreuil Jazz Pulsations   à Montreuil sous Bois en Seine Saint Denis du 25 au 31 mai.

 

Deux de mes chanteuses préférées y seront, Elise Caron le vendredi 28 mai et  Jeanne Added le dimanche 30.

 

Sans oublier, entre autres délices musicales, l'excellent guitariste franco béninois Emmanuel (Manu) Codjia en duo avec le contrebassiste  Michel Benita le mercredi 26 mai.

Partager cet article

Repost0

La Fée Claudia Solal enchante l'Ermitage

Publié le par Guillaume Lagrée

 

 

Claudia Solal & Spoonbox. Room Service .

Paris. Studio de l'Ermitage. Mercredi 5 mai 2010. 21h.

 

2454156993 1

La photographie de Joe Quitzke est l'oeuvre du Percutant Juan Carlos HERNANDEZ.

 

Claudia Solal: voix

Jean Charles Richard: saxophones soprano, baryton

Benjamin Moussay: piano, claviers

Joe Quitzke: batterie

 

Ca commence dans le beau bizarre. Le son grave, chuintant du baryton se mêle au fluide des claviers. Ca plane déjà. Le chant de Claudia est sensuel et impérieux. Jean Charles Richard passe à l'aigu du soprano pour ajouter du piquant à la sauce. Joe Quitzke soutient, à l'écoute, tout en puissance contenue.

 

Enchaînement direct sur une autre ambiance plus agressive, plus dansante. " Suffer me to kiss thy mouth ", comment résister à un tel ordre chanté par la fée Claudia Solal? C'était l'histoire de Salomé par Oscar Wilde.

 

Benjamin Moussay s'est remis au piano entre cordes et touches. Cela ressemble à l'ordre de l'album: premier puis deuxième morceau. Le piano sonne à la fois comme une grande guitare et un piano. c'est magique. Duo avec la voix comme pour le précédent album de Claudia "  Porridge days ". C'est enivrant comme l'odeur d'un sous bois en automne après la pluie.

 

Le groupe repart. Vif échange piano/voix/soprano. Sur un cri de Claudia, Joe Quitzke s'ajoute. Bruits de trafic automobile en ville. Une sorte de course poursuite musicale s'engage. Claudia est censée marcher, selon les paroles de la chanson, mais ça sonne plutôt comme une course folle. Batterie et baryton percutent. Les claviers gronent. La voix de Claudia s'envole au dessus de cette masse organique en fusion.

 

Les bruits s'arrêtent. Le piano pose le silence. Claudia étire le temps. Joe Quitzke balaie doucement ses tambours. Son immense du saxophone baryton grand comme la Mer sous le vent. La voix de Claudia bondit sur les vagues souple, vive, légère, colorée comme un saumon. David Liebman lui même considère Jean Charles Richard comme une pointure. C'est son avis et je le partage.Une petite fille de 3 ans crie " Bravo! " à la fin du morceau. C'était " Blocks " (JC Richard) puis " Sound Scape " (B. Moussay).

 

" Double rabbit ". Il ne s'agit pas d'un lapin mais d'un hôtel. Plein de petits bruits bizarres pour commencer. Benjamin Moussay installe des boucles de dance floor déjanté. La batterie remplit les creux des boucles rythmiques des claviers. Ca repart en swing années 30 survitaminé. JC Richard arrive à faire de l'aigu avec le baryton. Retour à l'électro. Joe Quitzke prend un jeu funky. Tchik Pam! L'instant d'après, virage brutal vers le Swing. JC Richard est passé au soprano. Cela s'agite comme des arbres sous l'orage. Le séjour dans cet hôtel n'est pas de tout repos.

 

" The winter of our discontent ". Les anglophones raffinés auront remarqué que ce titre fait allusion au monologue introductif du  " Richard III " de William Shakespeare. Benjamin Moussay commence avec des cloches, des corbeaux et du vent. Shakespearien en diable. Les notes aigues du piano coulent sur le souffle chaud, grave du baryon. Joe touille aux balais. Ca balance comme dans un beau navire à voile. Duo piano/saxophone baryton de très haut vol. De nombreux musiciens plus célèbres et mieux payés peuvent aller se rhabiller face à Benjamin Moussay et Jean Charles Richard. Solo de batterie aux maillets. Les tambours roulent, crachent leuts ténébreux mystères. Retour du piano puis du chant. Le quartet repart en bloc. Ca dégage les bronches. Belle musique de films de vampires rock'n roll. Tout se calme pour un duo piano/voix venu d'un autre monde. Retour au thème originel par le baryton. Après les chemins de traverse sous l'orage, retour à la grand route au soleil. Claudia et Benjamin jouent ensemble depuis 2003 Le groupe Spoonbox s'est formé en 2006. Ils se sont rodés avant d'enregistrer. Ce soir, après avoir déposé le fruit de leurs travaux dans un album, le groupe prend un nouveau départ.

 

" Tara's room ". C'est la rencontre imaginaire entre un personnage de livre pour enfants de Maurice Sedank  et l'Ophélie de Shakespeare.Il y a un côté " Little Nemo in Slumberland " dans les chansons de Claudia Solal. Un monde imaginaire, enchanté par une femme qui a su ne pas perdre l'imaginaire et l'émerveillement enfantin.

 

Claudia reprend son livre de poèmes d'Emily Dickinson. Elle le lit accompagnée par les musiciens qui improvisent. Enfin, elle lit. Pas comme une institutrice. Elle improvise une lecture plutôt. Claviers et batterie s'amusent. Claudia chante l'enfant folle. Solo de baryton qui va, court, vole et nous enchante. Ca part sur un swing superbe. Piano, batterie, sax baryton envoient la fusée Claudia Solal chatouiller les étoiles. Tout s'apaise pour un solo de piano impressionniste. La voix le rejoint dans un souffle. JC Richard arrive même à sortir un son velouté d'un soprano. Cet homme est un magicien sonore. Peut-être tenons nous là le digne descendant de Jimmy Giuffre.

 

Après le jeu avec le silence, le jeu avec les bruits. Il se passe tellement de choses que ce n'est pas racontable. Ils s'amusent comme des grands enfants, pleins de fantaisie.  " I am a very lucky girl. I can invent things. " Cela résume bien le jeu et l'art de Mademoiselle Claudia Solal. C'était " Jelly Bird Pie ".

 

Un morceau qui ne figure pas sur l'album: " Throwing Party ". Duo vif léger, léger, printanier entre piano et soprano. La batterie scintille derrière. Effectivement, des objets volent dans tous les sens. Jolis bruitages électroniques de DJ Benji. La voix de Claudia chante une belle mélodie sur cet univers étrange et nocturne.

 

Solo de piano. Ca ressemble à du Jazz mais pas au sens classique du terme. Quoique... Une nouvelle histoire de lapin, de terrier cette fois. " In my rabbit's home ". Duo piano/voix enchanteur. Duo piano/soprano maintenant. Ca s'appelle jouer sur du velours. Retour au duo ludique piano/voix.

 

" Room Service " le titre album.Son aigu du soprano. Les claviers grondent. la batterie menace. La voix domine. Claudia Solal applique la devise des Lyonnaises ce soir: " Soie naturelle et rayonne ". La musique s'enflamme. Il ne reste pas grand chose de cet hôtel.

 

RAPPEL

 

" Porridge days ", titre éponyme du précédent album de Claudia Solal en duo avec Benjamin Moussay. Cette fois, c'est joué à 4. JC Richard ajoute la délicate aigreur du saxophone soprano, Joe Quitzke le scintillement de sa batterie. Ca sonne beaucoup plus brutal qu'en duo. C'est un autre genre de beauté. Ca décolle sévère.

 

Quelle est celle qui paraît comme l'aurore, belle comme la lune, resplendissante comme le soleil et redoutable comme une armée sous les bannières? Ce soir, à l'Ermitage, c'était Claudia Solal.

Partager cet article

Repost0

Marc Copland en trio au Sunside

Publié le par Guillaume Lagrée

Marc Copland Trio.

Paris. Le Sunside. Lundi 3 mai 2010. 21h.

 

 

Marc Copland

 

La photographie de Marc Copland est l'oeuvre du Délicat Juan Carlos HERNANDEZ.

 

Marc Copland: piano

Doug Weiss: contrebasse

Joechen Ruckert: batterie

 

Très belle contrebasse au vernis sombre. Un petit air entraînant et subtil s'élève dans l'air. C'est un standard " All the things You are ". Marc Copland joue la mélodie, contrebasse et batterie jouent autre chose qui complète. Ca tourne bien sur tempo rapide mais c'est sur les ballades que Marc Copland est à son meilleur. On n'applaudit pas pendant les soli. On écoute attentivement. Marc Copland sur un air dansant, Dieux que c'est réjouissant!

 

" Fall " (Wayne Shorter). Le batteur est un peu lourd pour ce morceau. Certes c'est de la chute dont il s'agit mais celle de l'ange, pas celle d'un rocher. Doug Weiss est merveilleux d'équilibre au milieu. Le batteur a tendance à couvrir le pianiste au lieu de le soutenir. C'est fâcheux. Gros son grave, profond de la contrebasse. Doug Weiss sait raconter de belles histoires.

 

Marc Copland joue plus vite, plus fort que d'habitude. C'est bien mais ce serait mieux avec un autre batteur. C'est d'autant plus dommage que Doug Weiss est un magnifique contrebassiste. Il n'est pas étonnant qu'Eric Le Lann l'ait choisi pour son dernier album enregistré à New York.

 

" In a sentimental mood " (Duke Ellington). Le batteur est enfin passé aux balais. Il ne verse plus à  côté de l'assiette. Bien au contraire, il forme un joli tapis de feuilles mortes bruissant sous des pas. Superbe solo de contrebasse. Là, ça joue, sapristi! Marc Copland fait tourner le piano. Doug Weiss est le point fixe qui permet à l'ensemble de tourner. Joechen Rueckert s'est enfin décidé à écouter et à jouer la musique. Il était temps.

 

Introduction à la contrebasse. Quel son, nom de Zeus! Le batteur fait rouler les tambours. Le piano arrive. " Dolphin Dance " d'Herbie Hancock. Marc Copland creuse inlassablement son répertoire en changeant d'interprètes et d'interprétation. L'auditeur est à la fois en terrain familier et toujours surpris. Le batteur retombe dans ses travers, à tort. Le dialogue entre le piano et la batterie est somptueux mais la batterie vient le perturber.

 

Agacés par ce batteur, Madame G. et moi sommes partis à la pause de ce concert. Nous retournerons écouter Marc Copland mais avec une autre formation.


Partager cet article

Repost0

Médéric Collignon presse son Jus de Bocse au Théâtre Traversière

Publié le par Guillaume Lagrée

 

 

mederic collignon 040

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Médéric Collignon et le Jus de Bocse.

Paris. Théâtre Traversière. Vendredi 30 avril 2010. 21h.

Concert pour fêter la sortie de l'album " Shangri - Tunkashi - La "

La photographie de Médéric Collignon est l'oeuvre du Divin Juan Carlos HERNANDEZ.

 

Médéric Collignon: cornet-trompette

Frank Woeste: Fender Rhodes

Frédéric Chiffoleau: contrebasse

Philippe Gleizes: batterie

 

Le théâtre Traversière appartient à la SNCF et se trouve près de la gare de Lyon à Paris, 12e arrondissement. Par fraternité avec la RATP, on sent le sol vibrer lorsque les wagons du chemin de fer métropolitain passent dessous. Les musiciens vont-ils jouer avec ce soir?

 

Solo de batterie pour commencer. Ils jouent la musique de Miles Davis période 1968-1975. Gros effets de pédale wah wah sur la trompette. Je ne comprends toujours pas pourquoi Médéric conserve une contrebasse pour jouer cette musique. Miles Davis, lui, est vite arrivé à la conclusion qu'il lui fallait une guitare basse électrique à la place. C'est pourquoi après avoir fait passer Dave Holland de la contrebasse à la basse (voir le concert à l'Ile de Wight le 31 août 1970 devant 600 000 spectateurs abasourdis par la musique du Miles Davis Octet: " Miles Davis Electric. A different Kind of Blue ") il chipa Michael Henderson à Stevie Wonder ( I am taking your fucking bass player dit Miles à Stevie après un concert de celui ci). Michael fut le seul élément stable du groupe de Miles de 1970 à 1975. La basse, la base.

 

Enchaînement direct sur un autre morceau, une autre ambiance, plus calme, comme Miles savait le faire. Médéric nous fait le sifflet d'Hermeto Pascoal ( cf. l'album Live Evil de Miles Davis/ Selim Sivad en 1970) mais sans sifflet. Superbe ligne de basse funky. Médéric fait des bulles de joie et de créativité avec son bel instrument. Si Miles Davis écoute ça, d'en haut ou d'en bas, il doit bien se marrer. Lui ne revenait jamais en arrière sur sa musique sauf si on le payait TRES cher comme pour les concerts de l'été 1991 à Paris (La Villette) et à Montreux. Il serait intéressant de demander l'avis de musiciens ayant joué cette musique avec Miles sur cette recréation par Médéric Collignon et ses fidèles complices. Dave Liebman, Steve Grossman, Chick Corea, Herbie Hancock, Keith Jarrett, Dave Holland, Michael Henderson, Jack de Johnette, Al Foster, tous sont encore à même d'en témoigner. Médéric réussit à produire un son de flûte en inclinant l'embouchure de sa trompette de manière à ce que le son ne sorte pas droit. La rythmique tourne chaude et souple, Médo vocalise dessus.

 

Un morceau tiré de Bitches Brew (Directions in music by Miles Davis) : Pharoah's Dance. Tou Tou Tou Tou Tou Tou Tou. La ligne de basse est hypnotique. Elle vous entre dans le ventre, la tête, ne vous lâche plus. Le groupe brode autour. Ca accélère, monte en puissance. Bons enchaînements. Miles enchaînait toujours les morceaux pour garder le public sous son emprise, celle du Prince des Ténèbres, du Sorcier (cf l'album Sorcerer, 1967). Un type s'agite debout devant la scène, faisant de grands signes des mains comme pour arrêter la musique. D'ailleurs la musique s'arrête.

 

Mademoiselle Marbry. Betty Marbry, compagne de Miles à la fin des années 1960, lui fit découvrir Jimi Hendrix.Cette chanteuse ferait passer Madonna pour une Sainte Nitouche. Médéric chante bien dans le ton avec ses envolées habituelles. Quand il veut, cet homme peut être élégant.

 

Petite démonstration de bruits de gorge selon la technique propre à Médéric. C'est Billy Preston un des morceaux les plus funky de Miles Davis composé en hommage à un joueur de claviers. Enchaînement direct sur Jack Johnson, un morceau vif, nerveux, sec. Un vrai combat de boxe. Jack Johnson fut le premier Noir champion du monde de boxe poids lourds. Il survécut au Titanic parce qu'on lui avait interdit d'y voyager en première classe. Quand il apprit la nouvelle du naufrage, il déclara que c'était une punition divine pour ne pas l'avoir laissé prendre ce bateau. La musique s'énerve franchement. Médéric doit encore apprendre à danser. Ils sont passés à In a silent way en version accélérée comme dans l'album Jack Johnson justement.

 

Solo de trompette pour commencer avec un effet d'écho. Ca avance comme un cheval. La rythmique arrive derrière bien funky. Les places sont assises. Dommage. Ca mériterait de la place pour danser. Médéric joue face au batteur, la trompette vers le bas. Le mimétisme avec Miles est frappant mais heureusement il n'en abuse pas. Même dans sa façon de siffler cet homme est spécial.

 

RAPPEL

 

Médéric donne le tempo des applaudissements puis joue dessus. Le groupe part derrière. On écoute. Ca sonne bien mais il n'y a pas le Dark Sound du Prince des Ténèbres, Mr. Miles Davis. Médéric Collignon fait de l'air guitar avec la voix. Pour finir, le final d'In a silent way. Le genre de musique qui impose le silence et le mot FIN sur un concert. Curieusement, ils repartent sur du bruyant, du rapide alors que ça ne s'imposait pas.

 

Après cette phase d'hommage, j'espère que Médéric Collignon se décidera enfin à mettre son immense talent au service de sa propre création comme il le fit, par exemple, lors d'un concert inoubliable d'improvisation totale au Triton en duo avec le batteur Damien Schmidt.

 

Après l'hommage, revenons à l'original. Nous sommes en Angleterre, sur lîle de Wight, le 31 août 1970. Face à 600 000 spectateurs écrasés par la puissance et la liberté de cette musique, Miles Davis (trompette), Gary Bartz (saxophones), Chick Corea et Keith Jarrett (claviers), Dave Holland (basse), Jack de Johnette (batterie), Airto Moreira (percussions). La prestation dura 37mn d'un seul tenant. Jamais un autre groupe de Jazz n'a produit une telle musique devant un tel public. En voici un extrait de 5mn. Dégustez!

 

 

 

Partager cet article

Repost0