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RIP Clark Terry (1920-2015)

Publié le par Guillaume Lagrée

Lectrices Swing, lecteurs Hot, il ne vous a pas échappé que l'Immense Clark Terry est mort à l'âge vénérable de 94 ans.

Trompettiste et bugliste, il est le plus enregistré de l'histoire du Jazz sur son instrument: plus de 950 séances dont 114 sous sa direction.

Miles Davis, né lui aussi à Saint Louis, Missouri, mais en 1926, le considérait comme son Maître, spécialement au bugle.

Après avoir joué chez Count Basie de 1948 à 1951, il enchaîna avec Duke Ellington de 1951 à 1958 puis Quincy Jones de 1959 à 1960. En grand orchestre, comment faire mieux?

En petite formation, il échangea avec Thelonious Monk, Bob Brookmeyer, Gerry Mulligan, entre autres.

Il fut le premier musicien noir aux USA à faire partie d'un orchestre qui jouait en direct chaque soir en direct à la télévision dans le " NBC Tonight TV Show " à partir de 1960.

Pour les anglophones, je conseille son interview sur le blog Jazz Wax de Marc Myers en 2011.

Pour les francophones, la notice dans le Nouveau dictionnaire du Jazz constitue une bonne introduction à sa carrière.

Je recommande aussi la lecture du bel article de Francis Marmande pour Le Monde.

Pour tout savoir sur Clark Terry chez Duke Ellington, regardez et écoutez la conférence d'1h39 donnée le 11 février 2015 à Paris par Claude Carrière (journaliste et producteur) et François Biensan (trompettiste) pour la Maison du Duke.

Bref, la disparition d'un homme qui donna tant de joie au monde ne doit pas nous attrister car nous disposons d'heures d'image et de son pour en profiter, night and day.

Clark Terry possédait un piège d'amour, un joujou extra, un truc qui fait crac boum uhu: le mumbles. A écouter ci-dessous avec le trio d'Oscar Peterson (piano).

Les experts affirment que la plupart des musiciens joue faux au bugle. Pas Clark Terry. Jamais. Démonstration avec son solo dans " Moanin " (Bobby Timmons), morceau fétiche d'Art Blakey et des Jazz Messengers, au sein du grand orchestre de Quincy Jones en Belgique en 1960.

Une poule sur un piano ou Duke Ellington à Goutelas-en-Forez

Publié le par Guillaume Lagrée

Lectrices sophistiquées, lecteurs indigo, je vous ai déjà narré le séjour de Duke Ellington au château de Goutelas (42) et la musique qui y fut créée pour l'occasion le 25 février 1966.

Voici que Laurent Lukic, réalisateur français, stéphanois même, consacre un documentaire à ce séjour intitulé Une poule sur un piano.

La première projection du film est prévue le jeudi 25 février 2016 au château de Goutelas, à Marcoux, Loire, Rhône-Alpes, France pour fêter le 50e anniversaire de ce séjour mémorable dont Duke se souvint dans ses Mémoires (" Music is my mistress " ) et dans la Goutelas Suite qu'il enregistra avec son orchestre en 1971.

Le financement du film reste à boucler. N'hésitez pas à le soutenir de vos deniers, lectrices généreuses, lecteurs munificents. Merci d'avance pour votre soutien.

La photographie de Duke Ellington au pianoforte devant le Château de Goutelas appartient à Paris Match. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

Duke Ellington au pianoforte devant le château de Goutelas

Duke Ellington au pianoforte devant le château de Goutelas

34e festival de l'AMR à Genève du 24 au 29 mars 2015

Publié le par Guillaume Lagrée

Festival de l'AMR

34e édition

AMR, Genève, Suisse

Du mardi 24 mars au dimanche 29 mars 2015

Lectrices suisses, lecteurs francophones, retrouvez vous à Genève au 34e festival de Jazz de l'AMR, du mardi 24 au dimanche 29 mars 2015.

Chaque soir, deux concerts payants différents à 20h30 et 22h suivis d'un boeuf à 23h (entrée libre), sauf le dimanche 29 mars où les concerts auront lieu à 19h30 et 21h sans boeuf (Jam session in english) ensuite.

Tous les concerts seront enregistrés par la radio publique suisse Espace 2. L'émission JazzZ d'Espace 2 sera diffusée en direct du festival à partir de 22h40 le mardi 24, le mercredi 25 et le jeudi 26 mars. Pour celles qui ne peuvent se rendre à Genève pour assister aux concerts et ceux qui ne peuvent se rendre en Suisse pour écouter la radio, il reste la Toile.

Parmi le riche programme, voici ma sélection ignominieusement arbitraire et partiale, selon mes mauvaises habitudes.

Mardi 24 mars à 22h: Craig Taborn (piano solo). Un enfant de Minneapolis, Minnesota, USA comme Bob Dylan et Prince. Cette ville enfante des créateurs.

Jeudi 26 mars à 22h: The Impossible Gentlemen avec Gywlin Simcock (piano)

Vendredi 27 mars à 22h: Gary Bartz Quartet. Gary Bartz, c'est le saxophoniste alto qui joua avec Miles Davis, sur l'île de Wight, face à 600 000 spectateurs en extase, le 29 août 1970. Il créait avant, il crée depuis. Une légende sur scène.

La photographie de Gwylin Simcock est l'oeuvre du Gentilhomme Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanction civile et pénale.

Gwylin Simcock par Juan Carlos HERNANDEZ

Gwylin Simcock par Juan Carlos HERNANDEZ

Le trio de Pierre Perchaud emballe le Bab Ilo

Publié le par Guillaume Lagrée

Pierre Perchaud Trio

Bab Ilo

Paris, Ile de France, France

Samedi 14 février 2015. 22h.

Pierre Perchaud: guitare électrique, direction, compositions

Nicolas Moreaux: contrebasse, compositions

Jorge Rossy: batterie

Un week end à Paris. Je loge chez un couple d'amis et repère dans Pariscope ce concert que je n'avais pas vu sur le Net: le trio Perchaud/Moreaux/Rossy, des musiciens que je ne connais que de nom. Après vérification de leur CV, prestigieux, sur la Toile, nous voici partis. A pied car le concert est dans le quartier. Parfait.

Annoncé pour 22h, le concert n'a pas commencé avant 22h30. Heureusement, c'est le samedi soir et nous n'avons pas école demain.

Beau toucher de guitare. Léger, fluide. Une note de contrebasse par ci par là vient endiguer le flot de la musique. Le batteur glisse ses balais en douceur dans le morceau. C'était une nouvelle composition de Pierre Perchaud.

" Ya Ya " (Pierrre Perchaud). Belle attaque de guitare, à l'africaine. Rythmiquement, ça balance entre Afrique et Amérique. C'est de la dentelle et du solide. Il est rare d'avoir les deux à la fois. Fin comme une claque.

" Renaissance " (Nicolas Moreaux). Une ballade. Coucher de soleil sur la Riviera. Soleil rougeoyant, mer calme, yachts paresseux, température agréable, douce brise, tout est à point.

Tiens, un standard du Jazz. " I remember You " lancé en guitare solo. Chet Baker chantait si bien cette chanson. C'est joué allègrement. Break de batterie très efficace.

" Blues en forme de pipe " ( Pierre Perchaud). Blues composé en hommage à un oncle maçon et fumeur de pipe. Apparemment, il était très lent mais, en fait, il était très efficace car aucun de ses gestes n'était inutile. Belle leçon à méditer pour des musiciens. Blues lent, très relax. Cet oncle était un homme bien. Ca s'entend. Décidément, dans la guitare Jazz en France, nous sommes gâtés en ce moment avec Pierre Durand, Manu Codjia, Nelson Veras, Paul Jarret et Pierre Perchaud.

" Whispering ", le tube de Nicolas Moreaux annonce Pierre Perchaud. Je suppose que c'est du second degré car " Whispering " est un standard du Jazz, créé en 1920, qui servit de base à Dizzy Gillespie pour son " Groovin High ". Un morceau rapide, entraînant, joué groupé.

" Zen sleeper " (Nicolas Moreaux). Solo de batterie aux baguettes pour commencer. Morceau énergique, malgré son titre. Ca avance bien.

" Fox ", nouvelle composition de je ne sais qui. Morceau énergique, sautillant comme deux renards se défiant, dressés sur leurs pattes arrières.

RAPPEL

" And I love her " (Lennon/Mac Cartney). Une chanson des Beatles, c'est la garantie d'une belle mélodie surtout quand elle est essentiellement l'oeuvre de Sir Paul Marc Cartney. Batteur aux balais. C'est superbement joué. L'esprit pop song est bien là mêlé au feeling subtil du Jazz. Ca plane pour nous. Une très bonne vague nous ramène doucement au rivage. Parfait pour conclure ce concert.

Monsieur G, Madame N et moi avons tous apprécié la soirée qui a certainement apporté de bonnes vibrations au bébé de 8 mois que porte Madame N. L'éducation de l'oreille doit se faire dès le plus jeune âge.

Le trio Perchaud/Morreaux.Rossy enregistrera un album le mardi 17 février 2015. Affaire à suivre. Les compositions ne ressemblent pas à des exercices de style et les interprétations ne sont pas des démonstrations de virtuosité. Bref, c'est de la musique.

Le Bab Ilo propose des concerts pas chers (10€ la place en plus du verre car il s'agit d'un bar), dans une ambiance intimiste (30 places au sous sol maximum) mais pas étouffante. Adresse à retenir (9 rue du Baigneur, 75018 Paris, France).

En attendant la sortie de l'album de ce trio, lectrices exigeantes, lecteurs impatients, voici un extrait audio du dernier album de Pierre Perchaud en trio avec Nicolas Moreaux et Chris Cheek (saxophone ténor), " Waterfalls " ainsi qu'une vidéo d'une autre version de sa composition " Ya Ya " jouée en trio au Chat Vert à Rouen (76) avec Nicolas Moreaux et Karl Jannuska (batterie). Rien à ajouter.

Jazz et lynchage: en remontant le Mississipi

Publié le par Guillaume Lagrée

Lectrices historiennes, lecteurs géographes, je vous conseille vivement de lire la

Carte du lynchage publiée par le New York Times. Merci au Figaro de m'avoir aiguillé vers cette information.

Cette carte recense les exécutions sans jugement dans le Sud des Etats-Unis d'Amérique de 1877 à 1950. 3 959 Noirs lynchés durant cette période, dans cette région, selon l'enquête de l' association Equal Justice Initiative: Lynching in America. Confronting the legacy of racial terror. Soit 700 victimes de plus que les estimations précédentes.

La lecture de cette carte montre qu'à l'évidence le lynchage ou loi du juge Lynch, sévissait surtout le long du fleuve Mississipi, de la Louisiane à l'Arkansas, c'est-à-dire sur les terres de naissance du Jazz et du Blues. Ce n'est certainement pas un hasard.

A rapprocher de Strange Fruit chanté par Billie Holiday, évidemment.

Et des " Fables of Faubus " de Charles Mingus, dédiées au gouverneur de l'Arkansas, Orvell Faubus, qui mettait la Garde nationale en armes devant les écoles blanches pour empêcher les enfants noirs d'y entrer. Louis Armstrong interpella le président Einsenhower à ce sujet. Ike envoya l'armée fédérale pour permettre à des enfants noirs d'aller en cours dans des écoles blanches. Parmi les enfants blancs de l'Arkansas qui virent leurs camarades noirs arriver, accompagnés de l'armée, dans leurs écoles, il y avait un certain William Jefferson dit Bill Clinton, futur président des Etats-Unis d'Amérique. En 1959, la firme Columbia (CBS) refusa à Charles Mingus le droit d'enregistrer cette composition avec ses paroles. Voici dans leur forme originale " The Original Faubus Fables ". Rien à ajouter.

" Wash " Margaret Wrinkle

Publié le par Guillaume Lagrée

" Wash "

Margaret Wrinkle

Traduit de l'américain par Anne-Laure Tissut.

Editions Belfond, Paris, 2014, 432 p.

Merci au Canard Enchaîné pour m'avoir incité à lire ce livre.

" L'esclavage fut une bénédiction car, sans l'esclavage, il n'y aurait jamais eu de Jazz " (Max Roach).

" Never say more than Ur back can bear " (proverbe noir américain)

Cette histoire se passe dans une plantation du Tennessee entre 1823 et 1834. Le poids de l'esclavage pèse autant sur les maîtres que sur les esclaves. C'est la leçon de ce livre écrit par une descendante d'esclavagistes, une Blanche de l'Alabama, Margaret Wrinkle qui publie ici son premier roman. Elle frappe très fort d'entrée. Wash est le héros du livre. C'est un Noir esclave dont le pseudonyme (son nom africain ayant disparu) signifie aussi bien l'abrégé de George Washington, premier président des Etats-Unis d'Amérique qui libéra ses esclaves, que le verbe " laver " (to wash in english) tant la symbolique de l'eau, qu'elle soit de mer ou de rivière, est prégnante dans ce livre. L'eau qui lave, purifie, apaise, éteint l'incendie. L'eau sur laquelle les bateaux sont venus d'Afrique en Amérique amener les esclaves et parfois, dans l'autre sens, les ramener libres dans ce qui devint leur colonie, le Liberia.

Wash est un esclave rebelle. Il le porte sur son visage, sa joue étant marquée au fer rouge du R comme Reward (fugitif en français). Inapte aux travaux des champs, au dressage des chevaux, aux travaux du fer (le forgeron qui le marque est un ami qui finira en lançant une révolte), il est aussi invendable. Le tuer serait un aveu d'échec. Comment en tirer profit? En faisant de lui un étalon reproducteur qui, s'accouplant avec des femmes esclaves, donne naissance à des enfants esclaves qui se vendront cher.

Son maître note les saillies et les rejetons de Wash dans un registre du même type que celui qu'il tient pour ses étalons et ses poulains. Wash accepte son sort car il veut vivre. Il rencontrera l'amour avec une autre esclave noire, stérile mais médecin, Pallas comme Athéna, déesse de la ruse, de la sagesse, de la philosophie, de la stratégie.

L'esclavage pèse autant sur les maîtres que les esclaves, d'autant plus que les maîtres se sont battus contre les Anglais pour être libres, créer les Etats-Unis d'Amérique. Ils sont liés par un système économique absurde en contradiction tant avec leurs principes qu'avec les faits, car ils savent bien, pour vivre avec eux, que les Noirs ne leurs sont pas inférieurs. La preuve, ils leurs confient leurs enfants, leurs chevaux, leurs terres et se font même soigner par eux. Les familles de Blancs sont tiraillées entre esclavagistes et abolitionnistes, parfois même entre parents et enfants.

Bref, " Wash " est un roman très puissant où chaque phrase a un poids, une densité rare, où l'auteur sait aussi bien raconter l'histoire du point de vue des Blancs que des Noirs, des maîtres que des esclaves, des hommes que des femmes. D'ailleurs, qui est le maître, qui est l'esclave? Tout se trouble dans ces paysages de marais aux lumières et aux ombres incertaines.

Il n'est pas question de musique dans ce livre mais j'en recommande vivement la lecture à quiconque s'intéresse aux sources du Jazz.

Festival Jazz à l'Etage (35) du 11 au 22 mars 2015

Publié le par Guillaume Lagrée

Festival Jazz à l'Etage

Pays de Rennes & Saint Malo, Ille et Vilaine, Bretagne, France

du mercredi 11 au dimanche 22 mars 2015.

Audacieuses lectrices, aventureux lecteurs, je garde un souvenir ému du concert solo de Dan Tepfer (piano) lors de la 5e édition du festival Jazz à l'Etage à Rennes le 26 mars 2014.

La 6e édition fait toujours la part belle aux jeunes talents encadrés par quelques vedettes.

Jeudi 19 mars à 20h, à Rennes, à l'UBU: Lisa Spada (chant) suivi de Otis Taylor, le Bluesman du XXI° siècle. Otis Taylor est à la fois un poète, un conteur et un bûcheron. Il emporte tout sur son passage.

Vendredi 20 mars à 20h, à Rennes, la Maison des associations: Laura Perraudin (harpe, voix) suivi du quartet de Maxence Ravelomanantsoa (sax ténor) avec Emilie Roussel (piano), Matias Szandai (contrebasse) et Ariel Tessier (batterie). J'ai déjà entendu le sax et le batteur au sein du PJ5. A suivre dans une nouvelle aventure avec une jeune pianiste canadienne.

Samedi 21 mars à 21h, Saint Malo, Théâtre Chateaubriand: Moutin Factory Quintet avec François Moutin (contrebasse), Louis Moutin (batterie), Thomas Ehnco (claviers), Manu Codjia (guitare électrique), Christophe Monniot (saxophones). Un des rares groupes français de Jazz qui soit connu et respecté aux USA.

Samedi 21 mars à 21h, à Rennes, au Liberté: Dexter Goldberg Trio suivi de Diane Reeves (chant)

Dimanche 22 mars à 16h, à Saint Malo, à la Grande Passerelle, ciné concert: Buster Keaton " Sherlock Jr " avec Pascal Contet (accordéon). Parents, grands-parents, emmenez y vos enfants et petits-enfants pour que la flamme du Jazz s'allume en eux!

Outre ces concerts payants, le programme du festival Jazz à l'Etage comprend:

- des concerts gratuits à Rennes, Saint Malo, en campagne (Bruz, Guer, Pacé, Vern sur Seiche...)

- des ateliers pour enfants, adolescents, adultes de musique, vidéo, graphisme

- une exposition photographique " Le Jazz au bout des doigts " de Sophie Le Roux du 23 février au 23 mars à BNP Paribas Banque de Bretagne à Rennes.

La photographie de Diane Reeves est l'oeuvre du Synallagmatique Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

Diane Reeves par Juan Carlos HERNANDEZ

Diane Reeves par Juan Carlos HERNANDEZ

Duke Ellington au château de Goutelas (42): le dialogue des utopistes

Publié le par Guillaume Lagrée

Duke at Goutelas

Concert enregistré le 25 février 1966 au Château de Goutelas, Marcoux, Loire, Rhône Alpes, France. Album vendu au château de Goutelas.

Duke Ellington: piano, compositions

Cet article est dédié au couple d'amis stéphanois qui nous emmena, mon épouse et moi, découvrir le château de Goutelas le samedi 17 janvier 2015.

Paul Bouchet, résistant, avocat en droit social, président d'ATD Quart Monde, bâtonnier du barreau de Lyon, conseiller d'Etat honoraire (je ne puis mentionner toutes ses activités tant la vie de cet homme est riche), rencontra un jour le château de Goutelas dans la Loire, tomba amoureux de cette ruine Renaissance, décida de la rebâtir et mobilisa à cet effet ouvriers, paysans, intellectuels qui tous mirent la main à la pâte pour construire une abbaye de Thélème moderne, au pays de l'Astrée d'Honoré d'Urfez, le Forez.

Pour connaître la vie et l'oeuvre de Paul Bouchet, lisez ses mémoires: " Mes sept utopies " (Paris, Editions de l'Atelier, 2010).

Paul Bouchet fit la connaissance de Duke Ellington (1899-1974) chez un ami commun, Bernard Cathelin, peintre français. L'histoire de Goutelas et de sa reconstruction l'avait intéressé au plus haut point. Peu après, Paul Bouchet revit Duke Ellington à Lyon, après un concert, dans sa chambre du Grand Hôtel. Fasciné par ce groupement d'hommes venus de divers lieux, divers horizons, pour reconstruire un château et en faire une maison commune, Duke Ellington décida qu'il devait faire quelque chose pour ces hommes, jouer pour eux.

Il tint parole. En février 1966, il appela de Madrid annonçant son arrivée. Son avion atterrit à Genève où Bernard Cathelin et Paul Bouchet vinrent le chercher en voiture. D'après mes recherches sur le Net, sans prendre l'autoroute (il n'y en avait pas en 1966), cela fait 240km soit 4h46 de route. Le 25 février 1966, à 21 heures, Duke Ellington descendit de voiture devant le château de Goutelas . Il s'avança dans la cour d'honneur entre deux haies de torches tenues par les enfants du village pendant que de jeunes musiciens jouaient, dissimulés dans l'ombre, l'ouverture de Black, Brown and Beige. Emu jusqu'aux larmes, il entra dans une salle de concert aménagée dans l'ancienne écurie du château, chauffée par le poêle de l'église paroissiale déménagé par les militants de l'Amicale laïque (pas de conflit religieux pour la musique!) et où trônait un piano Steinway de concert amené depuis l'Opéra de Lyon grâce à l'aide de Roger Planchon.

Paul Bouchet introduisit le concert et Duke Ellington répondit en ces termes: " J'ai été accueilli dans une multitude d'endroits divers. Mais jamais dans un lieu comme Goutelas. Je suis heureux et fier d'être ici dans une maison qui a été bâtie et rebâtie par des gens de bien, pour une bonne cause: je vous salue frères! ". Puis il présenta le premier morceau: " Voici pour vous une de mes dernières oeuvres dédiées au monde nouveau qui arrive où il n'y aura ni guerre, ni mesquineries, ni catégories, où l'Amour sera inconditionnel ". Il joua alors sa " Symphonie pour un monde meileur " puis enchaîna ses standards, dans des interprétations particulièrement émouvantes et denses (chaque morceau dure 1mn ou 2 maximum à l'exception de la Symphonie qui dure plus de 8mn): It don't mean a thing if it ain't got that swing, Satin Doll, Solitude, I got it bad and that ain't good, Dont' get around much anymore, Mood Indigo, I'm beginning to see the light, Sophisticated Lady et Caravan pour finir.

L'enregistrement dure 20mn laissant l'auditeur à la fois ravi et frustré. Grâce à la technique, il est possible d'écouter cette musique encore et encore. C'est ce que j'ai fait, une bonne dizaine de fois, avant d'écrire cette chronique.

Je n'ai pas les connaissances musicologiques pour l'affirmer mais je me demande si Duke Ellington ne fut pas le seul Jazzman à jouer exclusivement des morceaux de sa composition. A vérifier, lectrices archivistes, lecteurs musicologues.

Suite à ce concert, un banquet pour 200 personnes fut servi au château de Goutelas avec Duke Ellington comme invité d'honneur. Duke resta trois jours sur place, logeant chez M. Magnan, maire de Marcilly le Châtel, village voisin de Goutelas.

Je laisse le soin aux lacaniennes fanatiques, aux lacaniens zélés, d'interpréter le séjour du compositeur de " Warm valley " au château de Goûte la.

Que reste t-il de ce séjour de Duke Ellington en Forez?

La Goutelas Suite que Duke composa et enregistra avec son orchestre en 1971. Un extrait audio illustre cet article.

Une statue de Duke Ellington qui se trouve, parait-il, au château.Je ne l'y ai pas vu.

Un souvenir ému de Duke Ellington dans ses mémoires " Music is my mistress ".

Un souvenir non moins ému de Paul Bouchet, le sauveur de Goutelas dans ses mémoires " Mes sept utopies "

Des photographies de Duke Ellington en Forez prises par Paris Match. Celle du banquet au château est visible dans l'une des tours du château.

L'enregistrement de ce concert disponible en CD au château de Goutelas. 20mn d'un récital de piano par Duke Ellington, cela vaut plus que des heures de concert d'un pianiste ordinaire.

Le château de Goutelas lui même, centre culturel public ouvert en toutes saisons, où se donnent conférences, concerts, pièces de théâtre, où il est possible de manger et dormir dans un cadre bucolique qui fascina toute l'Europe du XVII au XVIII° siècle avec l'Astrée d'Honoré d'Urfé, le roman des romans, adapté encore au XXI° siècle au cinéma et en bande dessinée.

" Chaque année, tous les Jazzmen du monde devraient se retrouver un jour au même endroit, s'agenouiller et prier Dieu pour le remercier d'avoir créé Duke Ellington " (Miles Davis)

La photographie de Duke Ellington au château de Goutelas appartient à Paris Match. Tous droits réservés. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

Pour finir cet article, je cède la parole à Duke Ellington, seul au piano, à Paris, dans les studios de l'ORTF en 1970. Attention, beauté.

" Tant qu'il y aura une jolie fille pour m'écouter jouer du piano, je continuerai " (Duke Ellington)

" Tant qu'il y aura une jolie fille pour m'écouter jouer du piano, je continuerai " (Duke Ellington)

Martial Solal: works for piano and two pianos by Eric Ferrand N'Kaoua

Publié le par Guillaume Lagrée

Martial Solal: works for piano and two pianos by Eric Ferrand N'Kaoua

Label Grand Piano distribué par NAXOS. 2015.

Eric Ferrand N'Kaoua: piano

Avec Martial Solal: piano pour La Ballade pour deux pianos (n°21)

Cet album comprend des enregistrements qui sont des premières mondiales.

Xavier Prévost, auteur du livre d'entretiens " Martial Solal. Compositeur de l'instant " (INA. Michel de Mausle. 2005) conclut l'article sur Martial Solal dans Le Nouveau Dictionnaire du Jazz en ces termes: " Un grand musicien dont l'importance excède largement les frontières de l'Europe - et celles du Jazz."

Cette importance de Martial Solal comme compositeur et pas seulement comme pianiste, chef d'orchestre, interprète, improvisateur n'a pas échappé au pianiste classique français Eric Ferrand N'Kaoua qui mêle en concert des oeuvres de Martial Solal à celles de Lizst et Chopin. Si le Jazz veut durer, il ne peut se contenter d'être une musique de l'instant, il doit être écrit tout en laissant libre cours à l'improvisation. C'est la leçon qu'a laissé André Hodeir et que poursuit encore à 87 ans Martial Solal.

Eric Ferrand N'Kaoua joue donc Martial Solal comme un artiste de répertoire, voyageant dans une Anatolie utopique c'est-à-dire sans localisation géographique (voyez la définition de l'anatole dans Le Nouveau Dictionnaire du Jazz pour ceux qui ne la connaissent pas), effectuant ses Etudes que je laisse les mélomanes éminents comparer avec celles de Frédéric Chopin quoique les titres en soient plutôt Satieriques, dans le style d'Esoterik Satie comme disait Alphonse Allais. Chopin le poursuit encore avec les Jazz Préludes. L'exercice de concert doit-il se jouer seul ou en duo? Ici, il est joué en solo. Cela se termine par un duo renversant de pianos entre l'interprète, Eric Ferrand N'Kaoua et le compositeur, Martial Solal.

Eric Ferrand N'Kaoua joue cette musique avec une technique sans faille, de l'amour, du respect, de la joie. Il nous livre un message de beauté, de raffinement, de subtilité trop rare chez les pianistes de Jazz, celui que défend depuis plus de soixante ans Martial Solal. Puisse t-il être entendu! Dans le livret de l'album, Eric Ferrand N'Kaoua explique l'intérêt pour un interprète de musique classique, comme lui, de jouer la musique d'un improvisateur de Jazz, créateur de l'instant, de la dimension de Martial Solal. Une leçon à méditer pour les gardes-frontière entre les styles musicaux.

Dans la vidéo ci-dessous, vous trouverez Eric Ferrand N'Kaoua jouant les compositions de Martial Solal en concert ainsi qu'un extrait d'une rencontre, au sujet d'André Hodeir, que j'avais organisée entre les pianistes Martial Solal, Eric Ferrand N'Kaoua et Olivier Calmel. La classe internationale.

" Pewter Session " Stéphane Guillaume Quartet

Publié le par Guillaume Lagrée

" Pewter Session "

Stéphane Guillaume Quartet

Gemini Records. 2014

Stéphane Guillaume: saxophones ténor, soprano, alto, flûte alto, clarinette basse, compositions (2, 4, 5, 6,7,8, 14)

Frédéric Favarel: guitare électrique, compositions (1, 10, 12)

Marc Buronfosse: contrebasse, compositions (9, 11)

Antoine Banville: batterie, composition (3)

Stéphane Guillaume est le couteau suisse du Jazz français. Il sait tout jouer sur toutes sortes d'instruments. ll en joue 5 et assure l'essentiel des compositions sur son nouvel album " Pewter Session ". Il est ici entouré d'une rythmique avec qui il joue depuis 10 ans: Frédéric Favarel (guitare électrique), Marc Buronfosse (contrebasse) et Antoine Banville (batterie). 10 ans pour un couple marié, ce sont les noces d'étain. D'où le titre de l'album " Pewter Session " .

A part " Dum Dum Dum " d'Eddy Louiss (n°13), tous les autres morceaux sont composés par les musiciens. Le problème est que " Dum Dum Dum " est, à mes oreilles, la meilleure composition de l'album et de loin.

L'ensemble est extrêmement bien structuré avec des interludes très élégants comme ce solo de batterie, composé et joué par Antoine Banville " Sure this is Art " (n°3), un morceau qui n'usurpe pas son titre. C'est du travail de grands professionnels. Avec une telle rythmique derrière lui, le leader ne peut pas tomber à côté à moins de se rendre ridicule et ce n'est pas le genre de Stéphane Guillaume.

A la réflexion, mes morceaux préférés ne sont pas joué au saxophone. " Miss Worry " (n°2) joué à la flûte, dédié à Romy Schneider. Je ne sais si Alain Delon l'a écouté mais il me semble que ce morceau cerne la personnalité de cette actrice. En tout cas, c'est particulièrement émouvant. Il faudrait demander l'avis d'Alain Delon. ll n'est pas ignorant du Jazz. Jimmy Smith composa même pour lui un " Delon's Blues " ( album " The cat " BO du film " Les félins " de René Clément avec Alain Delon et Jane Fonda, 1964, un suspense digne d'Alfred Hitchcock où tel est pris qui croyait prendre). " Illumilune " (n°14) est joué à la clarinette basse et correspond très bien à une nuit de pleine lune, en forêt, au printemps.

Dans cet album studio, il faut noter un morceau enregistré en concert " L'amphi en fard " (n°7) où Stéphane Guillaume fait les souffles de la fanfare à lui seul.

Quant au reste de l'album, il est bien agréable mais n'a pas retenu autant mon attention.

La photographie d'Antoine Banville est l'oeuvre du Percutant Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

" Pewter Session " Stéphane Guillaume Quartet

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