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Duke Ellington au château de Goutelas (42): le dialogue des utopistes

Publié le par Guillaume Lagrée

Duke at Goutelas

Concert enregistré le 25 février 1966 au Château de Goutelas, Marcoux, Loire, Rhône Alpes, France. Album vendu au château de Goutelas.

Duke Ellington: piano, compositions

Cet article est dédié au couple d'amis stéphanois qui nous emmena, mon épouse et moi, découvrir le château de Goutelas le samedi 17 janvier 2015.

Paul Bouchet, résistant, avocat en droit social, président d'ATD Quart Monde, bâtonnier du barreau de Lyon, conseiller d'Etat honoraire (je ne puis mentionner toutes ses activités tant la vie de cet homme est riche), rencontra un jour le château de Goutelas dans la Loire, tomba amoureux de cette ruine Renaissance, décida de la rebâtir et mobilisa à cet effet ouvriers, paysans, intellectuels qui tous mirent la main à la pâte pour construire une abbaye de Thélème moderne, au pays de l'Astrée d'Honoré d'Urfez, le Forez.

Pour connaître la vie et l'oeuvre de Paul Bouchet, lisez ses mémoires: " Mes sept utopies " (Paris, Editions de l'Atelier, 2010).

Paul Bouchet fit la connaissance de Duke Ellington (1899-1974) chez un ami commun, Bernard Cathelin, peintre français. L'histoire de Goutelas et de sa reconstruction l'avait intéressé au plus haut point. Peu après, Paul Bouchet revit Duke Ellington à Lyon, après un concert, dans sa chambre du Grand Hôtel. Fasciné par ce groupement d'hommes venus de divers lieux, divers horizons, pour reconstruire un château et en faire une maison commune, Duke Ellington décida qu'il devait faire quelque chose pour ces hommes, jouer pour eux.

Il tint parole. En février 1966, il appela de Madrid annonçant son arrivée. Son avion atterrit à Genève où Bernard Cathelin et Paul Bouchet vinrent le chercher en voiture. D'après mes recherches sur le Net, sans prendre l'autoroute (il n'y en avait pas en 1966), cela fait 240km soit 4h46 de route. Le 25 février 1966, à 21 heures, Duke Ellington descendit de voiture devant le château de Goutelas . Il s'avança dans la cour d'honneur entre deux haies de torches tenues par les enfants du village pendant que de jeunes musiciens jouaient, dissimulés dans l'ombre, l'ouverture de Black, Brown and Beige. Emu jusqu'aux larmes, il entra dans une salle de concert aménagée dans l'ancienne écurie du château, chauffée par le poêle de l'église paroissiale déménagé par les militants de l'Amicale laïque (pas de conflit religieux pour la musique!) et où trônait un piano Steinway de concert amené depuis l'Opéra de Lyon grâce à l'aide de Roger Planchon.

Paul Bouchet introduisit le concert et Duke Ellington répondit en ces termes: " J'ai été accueilli dans une multitude d'endroits divers. Mais jamais dans un lieu comme Goutelas. Je suis heureux et fier d'être ici dans une maison qui a été bâtie et rebâtie par des gens de bien, pour une bonne cause: je vous salue frères! ". Puis il présenta le premier morceau: " Voici pour vous une de mes dernières oeuvres dédiées au monde nouveau qui arrive où il n'y aura ni guerre, ni mesquineries, ni catégories, où l'Amour sera inconditionnel ". Il joua alors sa " Symphonie pour un monde meileur " puis enchaîna ses standards, dans des interprétations particulièrement émouvantes et denses (chaque morceau dure 1mn ou 2 maximum à l'exception de la Symphonie qui dure plus de 8mn): It don't mean a thing if it ain't got that swing, Satin Doll, Solitude, I got it bad and that ain't good, Dont' get around much anymore, Mood Indigo, I'm beginning to see the light, Sophisticated Lady et Caravan pour finir.

L'enregistrement dure 20mn laissant l'auditeur à la fois ravi et frustré. Grâce à la technique, il est possible d'écouter cette musique encore et encore. C'est ce que j'ai fait, une bonne dizaine de fois, avant d'écrire cette chronique.

Je n'ai pas les connaissances musicologiques pour l'affirmer mais je me demande si Duke Ellington ne fut pas le seul Jazzman à jouer exclusivement des morceaux de sa composition. A vérifier, lectrices archivistes, lecteurs musicologues.

Suite à ce concert, un banquet pour 200 personnes fut servi au château de Goutelas avec Duke Ellington comme invité d'honneur. Duke resta trois jours sur place, logeant chez M. Magnan, maire de Marcilly le Châtel, village voisin de Goutelas.

Je laisse le soin aux lacaniennes fanatiques, aux lacaniens zélés, d'interpréter le séjour du compositeur de " Warm valley " au château de Goûte la.

Que reste t-il de ce séjour de Duke Ellington en Forez?

La Goutelas Suite que Duke composa et enregistra avec son orchestre en 1971. Un extrait audio illustre cet article.

Une statue de Duke Ellington qui se trouve, parait-il, au château.Je ne l'y ai pas vu.

Un souvenir ému de Duke Ellington dans ses mémoires " Music is my mistress ".

Un souvenir non moins ému de Paul Bouchet, le sauveur de Goutelas dans ses mémoires " Mes sept utopies "

Des photographies de Duke Ellington en Forez prises par Paris Match. Si j'obtiens l'autorisation de les diffuser, je les ajouterai à cet article.

L'enregistrement de ce concert disponible en CD au château de Goutelas. 20mn d'un récital de piano par Duke Ellington, cela vaut plus que des heures de concert d'un pianiste ordinaire.

Le château de Goutelas lui même, centre culturel public ouvert en toutes saisons, où se donnent conférences, concerts, pièces de théâtre, où il est possible de manger et dormir dans un cadre bucolique qui fascina toute l'Europe du XVII au XVIII° siècle avec l'Astrée d'Honoré d'Urfé, le roman des romans, adapté encore au XXI° siècle au cinéma et en bande dessinée.

" Chaque année, tous les Jazzmen du monde devraient se retrouver un jour au même endroit, s'agenouiller et prier Dieu pour le remercier d'avoir créé Duke Ellington " (Miles Davis)

Pour finir cet article, je cède la parole à Duke Ellington, seul au piano, à Paris, dans les studios de l'ORTF en 1970. Attention, beauté.

Martial Solal: piano and 2 piano works by Eric Ferrand N'Kaoua

Publié le par Guillaume Lagrée

Martial Solal: piano and 2 piano works by Eric Ferrand N'Kaoua

NAXOS. 2015.

Eric Ferrand N'Kaoua: piano

Avec Martial Solal: piano pour La Ballade pour deux pianos (n°21)

Xavier Prévost, auteur du livre d'entretiens " Martial Solal. Compositeur de l'instant " (INA. Michel de Mausle. 2005) conclut l'article sur Martial Solal dans Le Nouveau Dictionnaire du Jazz en ces termes: " Un grand musicien dont l'importance excède largement les frontières de l'Europe - et celles du Jazz."

Cette importance de Martial Solal comme compositeur et pas seulement comme pianiste, chef d'orchestre, interprète, improvisateur n'a pas échappé au pianiste classique français Eric Ferrand N'Kaoua qui mêle en concert des oeuvres de Martial Solal à celles de Lizst et Chopin. Si le Jazz veut durer, il ne peut se contenter d'être une musique de l'instant, il doit être écrit tout en laissant libre cours à l'improvisation. C'est la leçon qu'a laissé André Hodeir et que poursuit encore à 84 ans Martial Solal.

Eric Ferrand N'Kaoua joue donc Martial Solal comme un artiste de répertoire, voyageant dans une Anatolie utopique c'est-à-dire sans localisation géographique(voyez la définition de l'anatole dans Le Nouveau Dictionnaire du Jazz pour ceux qui ne la connaissent pas), effectuant ses Etudes que je laisse les mélomanes éminents comparer avec celles de Frédéric Chopin quoique les titres en soient plutôt Satieriques, dans le style d'Esoterik Satie comme disait Alphonse Allais. Chopin le poursuit encore avec les Jazz Préludes. L'exercice de concert doit-il se jouer seul ou en duo? Ici, il est joué en solo. Cela se termine par un duo renversant de pianos entre l'interprète, Eric Ferrand N'Kaoua et le compositeur, Martial Solal.

Eric Ferrand N'Kaoua joue cette musique avec une technique sans faille, de l'amour, du respect, de la joie. Il nous livre un message de beauté, de raffinement, de subtilité trop rare chez les pianistes de Jazz, celui que défend depuis plus de soixante ans Martial Solal. Puisse t-il être entendu!

Dans la vidéo ci-dessous, vous trouverez Eric Ferrand N'Kaoua jouant les compositions de Martial Solal en concert ainsi qu'un extrait d'une rencontre, au sujet d'André Hodeir, que j'avais organisée entre les pianistes Martial Solal, Eric Ferrand N'Kaoua et Olivier Calmel. La classe internationale.

" Pewter Session " Stéphane Guillaume Quartet

Publié le par Guillaume Lagrée

" Pewter Session "

Stéphane Guillaume Quartet

Gemini Records. 2014

Stéphane Guillaume: saxophones ténor, soprano, alto, flûte alto, clarinette basse, compositions (2, 4, 5, 6,7,8, 14)

Frédéric Favarel: guitare électrique, compositions (1, 10, 12)

Marc Buronfosse: contrebasse, compositions (9, 11)

Antoine Banville: batterie, composition (3)

Stéphane Guillaume est le couteau suisse du Jazz français. Il sait tout jouer sur toutes sortes d'instruments. ll en joue 5 et assure l'essentiel des compositions sur son nouvel album " Pewter Session ". Il est ici entouré d'une rythmique avec qui il joue depuis 10 ans: Frédéric Favarel (guitare électrique), Marc Buronfosse (contrebasse) et Antoine Banville (batterie). 10 ans pour un couple marié, ce sont les noces d'étain. D'où le titre de l'album " Pewter Session " .

A part " Dum Dum Dum " d'Eddy Louiss (n°13), tous les autres morceaux sont composés par les musiciens. Le problème est que " Dum Dum Dum " est, à mes oreilles, la meilleure composition de l'album et de loin.

L'ensemble est extrêmement bien structuré avec des interludes très élégants comme ce solo de batterie, composé et joué par Antoine Banville " Sure this is Art " (n°3), un morceau qui n'usurpe pas son titre. C'est du travail de grands professionnels. Avec une telle rythmique derrière lui, le leader ne peut pas tomber à côté à moins de se rendre ridicule et ce n'est pas le genre de Stéphane Guillaume.

A la réflexion, mes morceaux préférés ne sont pas joué au saxophone. " Miss Worry " (n°2) joué à la flûte, dédié à Romy Schneider. Je ne sais si Alain Delon l'a écouté mais il me semble que ce morceau cerne la personnalité de cette actrice. En tout cas, c'est particulièrement émouvant. Il faudrait demander l'avis d'Alain Delon. ll n'est pas ignorant du Jazz. Jimmy Smith composa même pour lui un " Delon's Blues " ( album " The cat " BO du film " Les félins " de René Clément avec Alain Delon et Jane Fonda, 1964, un suspense digne d'Alfred Hitchcock où tel est pris qui croyait prendre). " Illumilune " (n°14) est joué à la clarinette basse et correspond très bien à une nuit de pleine lune, en forêt, au printemps.

Dans cet album studio, il faut noter un morceau enregistré en concert " L'amphi en fard " (n°7) où Stéphane Guillaume fait les souffles de la fanfare à lui seul.

Quant au reste de l'album, il est bien agréable mais n'a pas retenu autant mon attention.

La photographie d'Antoine Banville est l'oeuvre du Percutant Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

" Pewter Session " Stéphane Guillaume Quartet

" Songs for quintet " Kenny Wheeler

Publié le par Guillaume Lagrée

" Songs for quintet "

Kenny Wheeler

ECM. Universal. 2015.

Kenny Wheeler: bugle

Stan Sulzmann: saxophone ténor

John Parricelli: guitare

Chris Laurence: contrebasse

Martin France: batterie

Kenny Wheeler (1930-2014), né au Canada, a passé plus de 60 ans de sa vie en Angleterre. En toute logique, son dernier album a été enregistré à Londres, dans les studios d'Abbey Road, ceux des Beatles. Il s'agit bien de chansons même s'il n'y a ni parole, ni la voix de Norma Winstone ou de Thierry Péala (cf son album " Innertraces. A Kenny Wheeler song book ", une de mes madeleines musicales). Kenny Wheeler est resté fidèle jusqu'au bout au label ECM comme Keith Jarrett un de ses accompagnateurs sur son fameux album " Gnu High ".

Toutes les compositions sont de Kenny Wheeler. Cela sent l'Angleterre, la brume, la pluie, l'odeur de terre humide, les vertes pelouses, la Mer et surtout cette aisance mélodique propre aux Britanniques, notamment aux Beatles.

Sachant que Kenny Wheeler avait 83 ans lors de cet enregistrement, l'énergie dégagée ne peut que frapper. Ce n'est pas parce que cela sonne mélancolique que ce n'est pas rythmé.

Kenny Wheeler joue peu, ce qui est compréhensible à cet âge, mais les morceaux, les ambiances sont bien de lui. Comme Duke Ellington, il a manifestement composé cette musique en pensant aux musiciens qui allaient la jouer. Elle leur est parfaitement adaptée. Comme son titre l"indique " Songs for quintet " est une musique d'ensemble. Je ne distinguerai donc pas les solistes, les morceaux. " Tout coule " (Héraclite).

Malheureusement, je ne dispose ni d'un lien audio, ni d'un lien vidéo pour vous faire découvrir cette musique, lectrices inventives, lecteurs novateurs. Elle est juste cachée. Il faut la trouver. La beauté se mérite. C'est une des leçons que nous laisse Kenny Wheeler.

La photographie de Kenny Wheeler est l'oeuvre du Précieux Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

Kenny Wheeler par Juan Carlos HERNANDEZ

Kenny Wheeler par Juan Carlos HERNANDEZ

" New Year New Job " Johann Lefevre Trio

Publié le par Guillaume Lagrée

" New Year New Job "

Johann Lefevre Trio

Johann Lefevre: trompette, bugle, compositions (1, 3, 4, 7, 8, 11, 12)

Nicolas Rousserie: guitare

Michel Saulnier: contrebasse

Lectrices esthètes, lecteurs raffinés, vous connaissez le trio de Chet Baker (trompette) avec Jean-Louis Rassinfosse (contrebasse) et Philip Catherine (guitare) et celui d'Eric Le Lann (trompette) avec Gildas Boclé (contrebasse) et Nelson Veras (guitare).

Cette lignée élégante et émouvante se poursuit avec un disciple d'Eric Le Lann, Johann Lefevre qui, à son tour, s'entoure d'un contrebassiste et d'un guitariste, sans instrument à percussion (ni piano, ni batterie).

Cela donne une musique libre et légère comme l'air. Cela sonne comme des standards du Jazz alors qu'il y en a fort peu ( " Broken wing " n°2 très proche de l'interprétation d'Eric Le Lann, " How deep is the ocean " n°6 et " Daybreak " n°10). C'est que les compositions de Johann Lefevre sonnent comme des standards, simples, faciles à retenir, avec un petit charme qui vous accroche le coeur.

A la première écoute, je me suis dit: Tiens, un nouveau suiveur de Chet Baker. Puis, c'est plus original, il suit Eric Le Lann, artiste authentique, jamais à la mode, toujours dans son style (La mode passe, le style reste disait Mademoiselle Chanel). Et plus j'écoute Johann Lefèvre, plus je sais que c'est lui et personne d'autre. Il a beaucoup étudié, écouté, s'est inspiré et petit à petit sa personnalité s'affirme.

Plus que sur ses compositions, je retiendrai son étonnante version de " How deep is Your love " des Bee Gees. Voilà un homme qui sait renouveler le matériau des standards suivant le vieux principe de Barney Wilen: " Le Jazz, ça consiste à transformer le saucisson en caviar ".

Comme le leader, les sidemen ne font pas d'esbroufe. Soutien souple et solide. Toujours au service de la musique, jamais de leur ego.

L'album n'est pas produit par une Major Company mais il est en vente libre. L'artiste ne vit pas à Paris mais en Mayenne, région Pays de la Loire, en France. Discrètement, patiemment, Johann Lefevre crée son univers sonore. Ecoutez le. Il est jeune et a encore beaucoup à nous dire.

" Une anthropologie du Jazz " Jean Jamin & Patrick Williams

Publié le par Guillaume Lagrée

" Une anthropologie du Jazz "

Jean Jamin & Patrick Williams

Paris, CNRS Editions, collection " Biblis ", 2013, 382p.

Lectrices savantes, lecteurs lettrés, vous savez assurément que l'anthropologie est la science qui étudie l'homme dans son ensemble. Pour une définition plus précise, je vous renvoie au Trésor de la langue française informatisé, oeuvre du CNRS (Centre National de la Recherche Scientifique) qui publie aussi l'Anthropologie du Jazz, objet de la présente chronique.

Il s'agit en fait d'un recueil d'articles que les auteurs ont rassemblé dans une logique qui se dévoile dans la table des matières:

le chapitre introductif s'intitule " Une anthropologie du Jazz est-elle possible ? ". J'avoue n'y avoir rien compris et je compte sur vous pour me l'expliquer, lectrices savantes, lecteurs lettrés.

Première partie: L'oeuvre, la vie ( ni ou ni et notez le bien)

Chapitre premier: De la discographie et de son usage: l'oeuvre ou la vie?

Chapitre intéressant sur une invention des fans de Jazz: la discographie. Cette manie de collectionner, de savoir que tel jour, à telle heure, dans tel studio, tels musiciens se sont réunis pour jouer sur tels instruments tels morceaux de tels compositeurs avec tel producteur, tel ingénieur du son est propre au Jazz. Une lubie qui risque de disparaître avec la dématérialisation de la musique. Sans pochette, fut-ce de CD, déjà plus petite que celle d'un vinyl, comment connaître des détails aussi essentiels à la création d'une oeuvre démocratique et participative comme l'est le Jazz? Comment comprendre " Way out west " de Sonny Rollins sans savoir que la séance fut enregistrée en studio, à Los Angeles, entre 2h et 6h du matin, après les concerts en club par un trio déjà chaud mais complètement relax composé de Sonny Rollins (sax ténor), Ray Brown (contrebasse) et Shelly Manne (batterie)? Le Jazz apparaît en même temps que le disque et la radio. Avec la puissance financière de l'industrie américaine du divertissement derrière eux, des musiciens créant une musique aussi neuve, aussi puissante ne pouvaient qu'emporter le monde avec eux. Ce qu'ils firent.

Chapitre II. De la biographie et de ses mésusages: l'oeuvre contre la vie?

Le passage le plus intéressant concerne, à mon avis, Billie Holiday dont l'autobiographie arrachée par son dernier mari (il y avait du fric à faire) s'intitule " Lady sings the Blues " alors que Lady Day n'en chanta quasiment jamais. C'est dire la confusion entre la vie et l'oeuvre.

Deuxième partie: communautés

Chapitre III: standards et standardisation: sur un aspect du répertoire des musiciens de Jazz

Comme le dit Lee Konitz, " je me suis vite aperçu que connaître 7 morceaux suffisait pour réussir dans ce business ". Le propre du génie de Lee Konitz est qu'il trouve encore du neuf à dire sur " All the things You are " depuis 70 ans qu'il le joue sur scène ou en studio. Aussi conservateur que puisse paraître un tel ressassement, ce sont des savoirs qui ne s'apprennent pas au conservatoire. Les techniques peut-être mais pas la fraîcheur et l'émotion. Au terme de ce chapitre, il reste un mystère non éclairci: pourquoi jouer toujours les morceaux de Tin Pan Alley des années 20 et 30 du XX° siècle et pourquoi ne pas utiliser les pop songs actuelles, à part de rares exemples comme Herbie Hancock, Manu Codjia ou Pierrick Pédron? Est-ce en raison des droits d'auteur, d'un manque d'imagination, de curiosité des musiciens, d'intérêt des tubes actuels?

" Le Jazz, ça consiste à transformer le saucisson en caviar " (Barney Wilen).

Chapitre IV: les trois communautés de David Murray

Ne connaissant rien de l'oeuvre de David Murray, je ne dirai rien de ce chapitre, fort intéressant au demeurant.

Chapitre V: un héritage sans transmission: le jazz manouche

Patrick Williams est un expert du sujet puisqu'il a écrit une biographie de Django Reinhardt qui fait autorité. Toutefois, sa thèse ne me convainc pas. Pas de transmission? Et la guitare offerte par Djano à son fils Babik alors? Et les disques qui laissèrent la trace des envolées de Django? Par contre, il est vrai que Django Reinhardt, tout en demeurant un symbole de l'identité manouche, a largement dépassé le cadre de sa communauté d'origine puisqu'il est le seul Jazzman français reconnu aux USA comme un authentique créateur. Ce n'est pas par hasard que John Lewis lui dédia " Django " une de ses compositions les plus fameuses. Phénomène curieux: ce musicien si innovant a produit, post mortem, des légions de clones qui sévissent encore, ne reproduisant que des tics de langage, sans âme, sans fraîcheur, sans création. Le même phénomène se retrouve pour Charlie Parker et John Coltrane mais me semble encore plus marqué pour les guitaristes de jazz manouche dans leur rapport révérentiel à Django.

Troisième partie: Réception, diffusion

Chapitre VI: Au-delà du Vieux Carré: considérations sur la réception et la diffusion du Jazz en France

Les auteurs, deux intellectuels français étudiant le Jazz, nous démontrent par A +B que cette intellectualisation du Jazz, est née en France et ne pouvait naître qu'en France. Je me rends à leurs arguments.

Chapitre VII: Le Jazz et La Création du Monde

Article consacré à Darius Milhaud, Provencal de confession israélite, comme il aimait se définir, qui se passionna pour le Jazz jusqu'à 1923 pour l'abandonner totalement ensuite. Le mystère de cet abandon demeure après la lecture de cet article. Ce compositeur aimait à se confronter à la négritude mais sans oser aller jusqu'à sa source, en Afrique.

En résumé, lectrices savantes, lecteurs lettrés, ce livre fourmille d'idées, d'informations et la riche bibliographie qu'il contient permet de pousser encore plus loin les recherches.

Pour conclure, " Anthropology " (Parker/Gillespie) par Dizzy Gillespie (trompette) et l'ensemble vocal français Les Double Six et l'oeuvre d'un ancien étudiant en anthropologie et musique de l'université du Nouveau Mexique à Albuquerque, John Lewis (piano) et son Modern Jazz Quartet au Swing si savant.

La photographie de Manhattan est l'oeuvre de l'Humain Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

Manhattan par Juan Carlos HERNANDEZ

Manhattan par Juan Carlos HERNANDEZ

RECLAME: Salon Musicora à Paris du 6 au 8 février 2015

Publié le par Guillaume Lagrée

Musicora

Salon de la musique classique et du Jazz

Grande Halle de la Villette, Paris, Ile de France, France

du vendredi 6 au dimanche 8 février 2015

10€ l'entrée

6€ pour les 12-18 ans et les étudiants de moins de 26 ans avec justificatif

0€ pour les moins de 12 ans.

Lectrices classiques, lecteurs Jazz, retrouvez vous au Salon Musicora à Paris du vendredi 6 au dimanche 8 février 2015.

Au programme, des ateliers et rencontres, des conférences professionnelles, des activités pour la jeunesse (entrée libre pour les moins de 12 ans, 6€ pour les 12-18 ans et les étudiants de moins de 26 ans avec justificatif), des showcases classique et jazz.

Les showcases Jazz auront lieu le samedi 7 février de 11h à 19h45 avec plusieurs artistes référencés sur ce blog:

11h - 11h45: Airelle Besson & Nelson Veras

12h30 - 13h15: Thomas Ehnco piano solo

14h30 - 15h15: Paul Lay Mikado Quartet

16h30 - 17h15: Grégory Privat & Sonny Troupé

18h -19h45: Thomas de Pourquery Supersonic Sun Ra

Charlie Hebdo aime le Jazz et lycée de Versailles

Publié le par Guillaume Lagrée

" Le Jazz, c'est la liberté " (Duke Ellington)

Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789:

Art. 10. Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la Loi.

Art. 11. La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi.

Lectrices humanistes, lecteurs démocrates, à Charlie Hebdo, il y avait et il y a des fous de Jazz.

Au premier chef, Cabu qui a dessiné des musiciens pour ses albums ou pour les leurs, allant jusqu'à réaliser ses propres compilations, illustrées par ses soins, pour le label Nocturne. Il adorait les Big Bands classiques: Duke Ellington, Count Basie, Cab Calloway ou atomique comme celui de Dizzy Gillespie.

A Charlie Hebdo travaille aussi Philippe Lançon, écrivain, critique littéraire pour Libération. Philippe s'était reconnu dans ma chronique d'un concert d'Aldo Romano au Sunside à Paris. C'est aussi au Sunside que je l'ai emmené découvrir Lenny Popkin, gentleman du Cool Jazz. Il avait eu la gentillesse d'écrire pour ce blog une chronique d'un concert de Tom Harrell au Village Vanguard à New York. Il venait de me promettre une chronique de l'album de photographies de Francis Wolff pour Blue Note lorsqu'il a été frappé lors de l'attentat du mercredi 7 janvier 2015. Il est vivant. Je ne sais ni quand il sortira de l'hôpital ni dans quel état. S'il ne peut m'écrire cette chronique, peu m' importe tant qu'il est en vie, libre de penser et d'agir.

La photographie de Tom Harrell est l'oeuvre du Sceptique Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

Tom Harrell par Juan Carlos HERNANDEZ

Tom Harrell par Juan Carlos HERNANDEZ

Festival Diagonales Jazz en Suisse du 10 janvier au 15 février 2015

Publié le par Guillaume Lagrée

Festival Diagonales Jazz

Suisse

Du samedi 10 janvier au dimanche 15 février 2015

Honorables lectrices, estimables lecteurs, si vous n'êtes pas à New York du 12 au 14 janvier 2015, pour écouter des Jazzmen français lors du festival French Quarter, rendez vous en Suisse qu'elle soit romande, alémanique, italophone ou romanche pour écouter 12 groupes donner 50 concerts dans 20 lieux différents du samedi 10 janvier au dimanche 15 février 2015 lors du festival Diagonales Jazz. Il s'agit de groupes suisses jouant en Suisse. Je n'en connais aucun. A vous de les découvrir car " le Jazz, c'est comme les bananes, ça se consomme sur place " (Jean-Paul Sartre).

La photographie d'Erika Stucky est l'oeuvre du Suisse Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

Erika Stucky par Juan Carlos Hernandez

Erika Stucky par Juan Carlos Hernandez

French Quarter. Jazz in NYC. January the 12th to the 14th 2015

Publié le par Guillaume Lagrée

French Quarter

Le meilleur du Jazz français à New York

Du lundi 12 au mercredi 14 janvier 2015 à New York, Etats Unis d'Amérique.

Lectrices francophiles, lecteurs francophones, je vous ai assez parlé de musiciens américains en concert à Paris. Il est temps de rendre la pareille avec French Quarter, festival de jazz dédié aux musiciens français qui aura lieu du lundi 12 au mercredi 14 janvier 2015, à New York City, USA.

Au programme, plusieurs artistes bien connus des lectrices assidues et des lecteurs fidèles de ce blog.

Lundi 12 janvier 2015 de 20h à 1h au Small's Jazz Club, Greenwich Village:

- Pierrick Pédron Trio " Kubic's Cure "

- Marion Badoi Trio invite les Doigts de l'homme

- Julien Alour " W.I. L. L. I. W. A. W " Quintet

- Olivier Bogé Quartet avec Dan Tepfer (piano)

- Jonathan Avishai Trio

Mardi 13 janvier 2015 à partir de 18h30 au Joe's Pub at the Public, East Village:

- Airelle Besson & Nelson Veras

- Cédric Hanriot Quintet

- Grégory Privat & Sonny Troupé

- Jean-Michel Pilc Trio

Mercredi 14 janvier 2015 de 19h30 à 21h30 au Dizzy's Club Coca Cola - Jazz at the Lincoln Center, Central Park

- Jean-Michel Pilc: piano solo

- René Urtreger Trio avec René Urtreger (piano), Yves Torchinsky (contrebasse) et Simon Goubert (batterie)

La photographie de Pierrick Pédron est l'oeuvre du Transatlantique Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

Pierrick Pédron par Juan Carlos HERNANDEZ

Pierrick Pédron par Juan Carlos HERNANDEZ

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