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Alain Jean Marie Biguine Reflections Trio Pianissimo au Sunside

Publié le par Guillaume Lagrée

Festival Pianissimo

Sunside. Paris, Ile de France, France.

Mardi 23 août 2016.21h.

Alain Jean-Marie « Biguine reflections trio »

Alain Jean-Marie : piano

Eric Vinceno : guitare basse électrique

Jean-Claude Montredon : batterie

Lectrices métisses, lecteurs créoles, je vous prie de bien vouloir excuser mes fautes en créole des Antilles françaises. Je ne parle pas cette langue.

Alain Jean-Marie explique la musique qui va nous être jouée : « Reflets de biguine sur la musique de Jazz et reflets de Jazz sur la biguine. Des réflexions du Jazz sur la biguine, de la biguine sur le Jazz, De toute façon, ce sera de la musique ». Comme disait Jean Cocteau, premier président de l’Académie du Jazz : « Les miroirs feraient bien de réfléchir avant de nous renvoyer notre image ».

Petit solo de piano Jazz pour introduire le débat. La musique est ancrée par la basse, propulsée par la batterie et aérée par le piano. Même sur un air dansant plane cette douce nostalgie propre à Alain Jean-Marie. C’était « Sérénade » (Alain Jean-Marie). Sérénade créole ce soir.

« Jean-Claude » composition d’Alain Jean-Marie en hommage à son batteur Jean-Claude Montredon. Ca tourne, nom de Zeus ! La batterie jouée aux baguettes sonne comme un tambour joué à mains nues. Il joue des boucles rythmiques propres aux musiques noires et en même temps, avec la liberté, la variété du Jazz, musique métisse.

« Notre musique est tirée du patrimoine populaire antillais mais à notre façon de jazzmen » (Alain Jean-Marie).

« Déception »(André Valbert). C’est l’histoire d’un jeune Antillais qui ne trouve pas l’âme sœur au pays, va la chercher dans l’Hexagone mais ne la trouve pas non plus. De retour au pays, il chante sa déception. Cette déception se danse de façon lente mais bien rythmée. Avec cette belle biguine, j’espère que ce jeune homme a pu trouver sa bien aimée.

« Koi fé » (Robert Mavounzy). Cela signifie « Que t’a-t-elle fait pour te mettre dans cet état ? ». Ca balance sérieusement, de quoi évacuer le chagrin d’amour. Ces trois vieux messieurs aux blancs cheveux envoient terrible. Le dialogue se fait entre piano et batterie, la basse assurant le lien. C’est son travail et elle le fait bien. Pas de solo. Le pianiste est le leader mais chacun a sa part du gâteau.

En Martinique, la mazurka, originaire de Pologne, est très populaire . C’est une musique à 3 temps comme la valse et le Jazz alors que la biguine est à 2 temps comme les marches militaires et le rock’n roll. Une mazurka d’Eric Vinceno « Drive » (à prononcer à la française) qui exprime la dérive des gens qui ne font rien. Intro en piano solo. Toujours le toucher. Gros son de basse. Ca nous emmène.

Arrangement de Jean-Claude Montredon sur « Retour au pays » (Eugène Delouche), une biguine des années 40. Là, c’est du deux temps. Solo de batterie tranquille mais percussif. Au fond de la salle, des mains battent la mesure. Ce son là vient d’Afrique via les Antilles. Jean-Claude Montredon sait jouer vite et doucement ce qui est le plus difficile pour un batteur.

Nous sortons des Antilles françaises pour aller aux Antilles anglaises voisines, plus précisément à Sainte Lucie pour une calypso « I need a man but I don’t want no good looking man ». En effet, le rythme est différent, c’est celui de la calypso. Le balancement est plus pesant mais ça marche aussi.

« Papa moin cou » (Ne me bats pas). Une biguine en hommage aux femmes battues. La biguine est un journal musical de la vie économique et sociale. Comme le rap. De l’art de chanter joyeusement des choses tristes, comme le Jazz. Ca sonne funky avec la basse qui slappe.

PAUSE

Le bassiste, seul sur scène, commence à jouer doucement pour faire revenir ses collègues.

Ca reprend tranquillement, avec une conclusion toujours aussi bien amenée « Mi bel jouné » (Alain Jean-Marie)

« Vallée heureuse » (Alain Jean-Marie), un joli coin nommé « Vallée heureuse » près de Fort-de-France (Martinique) devenu aujourd’hui un fast food. Il fallait y être au bon moment. Ce morceau dégage une sensation de bien être avec une touche de nostalgie propre à Alain Jean-Marie.

« Haïti » dédié par Alain Jean-Marie à « un peuple vaillant, qui a subi beaucoup de malchance de la part de malveillants ». Je reconnais immédiatement ce morceau qui m’envoûte dès les premières notes. C’est saisissant de beauté. Une boucle rythmique superbe et du grand piano pour emballer le tout.

« 22 mai zouk », morceau écrit par Alain Jean-Marie pour fêter le 22 mai 1848, date de l’abolition de l’esclavage aux Antilles (en Martinique plus précisément. Le décret de Victor Schoelcher date du 27 avril). L’air est vif comme celui de la liberté.

Batterie et piano s’effacent pour laisser place à la basse. Solo subtil aux cordes frottées. Silence dans la salle. Par la porte ouverte nous parvient la rumeur de la terrasse. Exercice de concentration pour un public attentif. Nous sommes un mardi soir fin août à Paris et la salle est quasiment pleine. C’est rassurant.

Le trio repart groupé sur la précédente boucle. La musique couvre la rumeur. Ma voisine de gauche danse sur sa chaise. Ma voisine de droite est plus sage mais enthousiasmée par le batteur. Le trio progresse vers la transe avec les tambours qui roulent sous les baguettes comme sous des mains nues. Le public bat la mesure pour les encourager. Le jeu se calme. Alain Jean-Marie sort des tours de magie sonores. Ca bat bien la mesure au fond de la salle.

Ca balance plus fort qu’au 1er set. Le trio est chaud et le public aussi. C’est l’ « AJM Blues » composé par qui vous savez lectrices métisses, lecteurs créoles.

Le trio a maintenu cette tension et cette chaleur jusqu’à la 2e pause mais j’étais trop fatigué pour suivre le 3e set. De plus, il y avait école le lendemain.

Splendide concert qui s’est renouvelé non moins splendidement le lendemain, mercredi 24 août, au Sunside, à Paris.

A ce propos, deux témoignages fiables, précis et concordants me permettent d'affirmer que les spectateurs du concert du mercredi 24 août 2016 bénéficièrent d'un supplément de chantilly offert par la maison avec la présence de Luther François, natif de Sainte Lucie, domicilié en Martinique, au saxophone ténor. Un seul regret exprimé par un de ces témoins, pianiste amateur: le batteur ne joue pas de balais. Parfois, avec ses baguettes, il a tendance à couvrir le pianiste. C'est écrit.

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" Finding Fela " un film d'Alex Gibney

Publié le par Guillaume Lagrée

" Finding Fela "

Alex Gibney

Fela Films. 2014

Edité par Films Distribution. 2015.

Film visible sur grand écran, dans une salle de cinéma, au festival de Jazz à la Villette, à Paris, Ile de France, France, le mardi 6 septembre 2016 à 20h au cinéma MK2 Quai de Seine. Projection précédée d'une rencontre avec Seun Kuti (1983), le plus jeune fils de Fela, lui aussi saxophoniste et chanteur.

Lectrices européennes, lecteurs africains, lorsque j'étais étudiant, il y a 25 ans, un condisciple du Congo Brazzaville, Alphée, m'apprit qu'en Afrique Franco n'était pas un dictateur espagnol mais un guitariste et chanteur du Congo Kinshasa et qu'il existait au Nigéria, un saxophoniste ténor, chanteur, leader musical et politique nommé Fela, qui avait écouté John Coltrane et James Brown et mis cela à la sauce africaine. En échange, je fis découvrir à Alphée " Alfie " la seule musique de film composée et jouée par Sonny Rollins et " Tutu " de Miles Davis, un fan de Fela d'ailleurs.

Mutuellement, nous ouvrîmes nos champs d'investigation musicaux.

Alphée m'apprit aussi que même s'il a la peau noire, des ancêtres Africains et se dit Africain-Américain, un Américain reste un Américain. Culturellement, intellectuellement, il n'a rien d'Africain.

Cela se vérifie dans le documentaire d'Alex Gibney sur Fela Anikulapo Kuti (1938-1997).

Aux images d'archives qui narrent la vie, les combats, les dérives et les chants de Fela, s'ajoute une comédie musicale montée à Broadway qui raconte sa vie. Cette pièce est dirigée et jouée par des Noirs Américains mais l'Art ne se crée pas seulement avec de la bonne volonté et des bons sentiments. Ca sonne faux, chiqué. Tout le monde sait en voyant cette pièce que c'est pour de faux comme disent les enfants. Aucun risque n'est pris.

Alors que Fela jouait pour de vrai. A chaque album, presque à chaque chanson, il risquait de partir en prison, d'être torturé par les sbires des généraux nigérians ivres de pouvoir et de pétro dollars. C'est ce que montre le film avec les images d'archives et les témoignages de sa famille (ses fils Seun et Femi Kuti sont eux aussi saxophonistes et chanteurs mais sans la folie démiurgique de leur père).

Fela faisait ce qu'il voulait, quand il voulait, comme il le voulait. La seule femme qu'il respectait vraiment, c'était sa mère, la première femme à conduire une voiture au Nigéria, une militante politique et syndicale, dont la mort le laissa brisé. Avec les autres femmes, Fela jouait au sultan, épousant ses 27 danseuses en même temps, choisissant chaque soir celle qui coucherait avec lui. Il l'a payé de sa vie puisqu'il est mort du SIDA. Là aussi, il fit évoluer les mentalités puisque son frère médecin révéla immédiatement la cause de sa mort ce qui fit évoluer les consciences en Afrique même s'il reste beaucoup à faire (les préservatifs restent trop chers et l'éducation sexuelle quasi inexistante).

L'Afrobeat c'est Fela, le seul leader musical mondial, avec Bob Marley, qui soit issu de ce que les Occidentaux appellent le Tiers-Monde. Bob Marley eut plus de succès car il était beaucoup plus sage, plus consensuel (quoique, essayez de trouver " Burnin and lootin tonight " à la radio ). De plus, quand des producteurs américains voulant lancer la carrière de Fela dans le show business, lui demandèrent pourquoi il s'obstinait à enregistrer des chansons de 30mn, impossibles à passer à la radio, Fela répondit: " Reprochez vous aux concertos de Beethoven de durer une demi heure? Je suis comme Beethoven , un artiste ".

" Zombie " c'est la danse des morts vivants, ces généraux et leurs sbires dont Fela se moque joyeusement car, même mort, sa musique nous fait toujours danser.

" Nous croyions être le groupe le plus funky au monde. Puis nous sommes allés au Shrine à Lagos écouter en concert Fela & Afrika 70. Là nous comprîmes notre erreur. Le groupe, le plus funky au monde, c'était eux ".

(Fred Wesley, tromboniste des JB's, le groupe de James Brown)

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Avichai Ornoy " Sneakin'in "

Publié le par Guillaume Lagrée

Avichai Ornoy

" Sneakin’ in "

Jazz Family

Sortie le vendredi 26 août 2016.

Avichai Ornoy: flûte, flûte alto, saxophone soprano

Gasper Bertoncelj : batterie

Avri Borochov : contrebasse, guitare basse électrique

Roy Mor : piano, Fender Rhodes

Chen Levi : chant sur « Solitude/Freedom Dance » (n°4)

Lectrices irascibles, lecteurs colériques, voici pour vous un nouveau sujet d’énervement, le flûtiste israélien Avichai Ornoy. En plus d’être un flûtiste classique de valeur internationale dirigé par Zubin Mehta, Daniel Barenboïm, Lorin Maazel et Kurt Mazur comme soliste de l’orchestre philarmonique d’Israël, il dirige un orchestre klezmer (Kolsimcha Band) et joue de la musique traditionnelle israélienne avec Yoni Rechter et Shem Tov Levy. Maintenant, il s’attaque aussi au Jazz et au saxophone soprano. Si les complotristes sévissaient aussi en musique, ils auraient déjà dénoncé le lobby Avichai Ornoy. Le plus agaçant dans tout cela, c’est que, même en Jazz, il assure.

Ecoutez le jouer « First rain » (n°5) et vous entendrez cette première pluie de printemps, si féconde.

Il prend un standard rabâché tel que « You and the night and the music » (n°6) et il le rafraîchit à grands coups de flûte comme du blanc frais sur un mur vieilli.

Il est aussi capable de suggérer une douce inquiétude, toujours à la flûte, avec « Bipolar » (n°7) qui n’a rien à voir avec celle de Seu Jorge.

Il sait même jouer funky, sapristi ! " Hopscotch " (n°3).

Bref, lectrices irascibles, lecteurs colériques, vous trouverez bien quelques reproches à faire à Avishai Ornoy comme la mièvrerie finale de son album " Sneakin' in " (« Fin », n°8) mais vous devrez reconnaître sa parfaite maîtrise technique, son swing imparable et son art de nous raconter de belles histoires.

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Marc Benham " Fats food "

Publié le par Guillaume Lagrée

Marc Benham

" Fats food "

Autour de Fats Waller

Frémeaux. 2016.

Marc Benham: piano

Après " Herbst " voici le deuxième album de Marc Benham, de nouveau seul face au piano. Le manchot est de retour sur la pochette. Un animal fétiche forcément satirique tant l'artiste n'est pas manchot, justement. Formé au classique, fan de stride, né dans les années Disco, Marc Benham fait le pont entre Tin Pan Alley et les mangas.

Il s'empare ici d'un génie cosmicomique du Jazz, le pianiste et compositeur Theodore Fats Waller.

Contrairement à Jason Moran qui, à partir du même sujet, produisit un pudding indigeste à base de sirop de synthétiseur et de nappes de voix sucrées, Marc Benham nous offre un Saint Honoré fondant et croquant, un pur délice fait maison.

Que les compositions soient de Fats Waller ou de lui même, Marc Benham fait chanter le piano, nous raconte des histoires joyeuses ou tristes mais toujours légères, d'un rythme impair sur lequel rien ne pèse ni ne pose.

Pour un hommage aussi respectueux à la tradition mais sans copie, rien de tel que les éditions Frémeaux et associés, la librairie sonore, spécialisées dans les éditions soignées, l'équivalent en France pour la musique de la collection Pléiade chez Gallimard pour la littérature.

Le titre de l'album " Fats food " comme le manchot sur la pochette révèle chez Marc Benham un sens de l'autodérision hérité d'un de ses Maitres au piano, Martial Solal.

Pour résumer les influences de Marc Benham et ce qu'il en produit, écoutez sa petite fantaisie baroque " Les barricades mystérieuses " (n°12) où François Couperin , Maître du baroque français se retrouve transporté au rythme du boogie woogie.

Après un concert et deux albums en piano solo, j'ai hâte de découvrir Marc Benham en leader de formation. A lui de jouer.

Lectrices exigeantes, lecteurs insatiables, j'ai le regret de vous annoncer que je n'ai trouvé aucun extrait audio ou vidéo de l'album " Fats food " de Marc Benham pour illustrer cet article. A vous de l'écouter et d'en faire vos grandes délices.

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Palmarès des Victoires du Jazz 2016

Publié le par Guillaume Lagrée

Victoires du Jazz 2016

Mardi 13 juillet 2016. 20h.

56e Festival de Jazz d'Antibes-Juan-les-Pins.

Lectrices victorieuses, lecteurs triomphateurs, saluez les lauréats de l'édition 2016 des Victoires du Jazz.

Artiste de l'année: Anne Pacéo, batteuse que je ne suis plus guère, à tort certainement.

Révélation de l'année: Laurent Coulondre, pianiste et organiste inconnu de mes services.

Album de l'année: " Mechanics " du saxophoniste Sylvain Rifflet déjà célébré sur ce blog.

Parmi les nominés comme Révélation de l'année, figurait aussi le guitariste Pierre Perchaud fêté sur ce blog en studio et en concert.

Pour ceux qui l'ont manquée, l'émission est visible sur France 3 et audible sur FIP.

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Pharoah Sanders en mission au New Morning

Publié le par Guillaume Lagrée

Festival All Stars

New Morning

Paris. Mardi 12 juillet 2016. 21h.

Pharoah Sanders: saxophone ténor

William Henderson: piano

Oli Hayhurst: contrebasse

Gene Calderazzo: batterie

Lectrices passionnées, lecteurs éveillés, je n'ai pas assisté au concert de Pharoah Sanders au New Morning mardi 12 juillet dans le cadre du festival All Stars mais une Dame du temps présent, Dame M, y était. Voici ses souvenirs de cet intense moment d'élévation musicale et spirituelle.

" Dans le cadre du Festival All Stars, la légende vivante du saxophone ayant été appelée par John Coltrane à rejoindre son groupe, Pharoah Sanders s'est à nouveau exceptionnellement produit mardi 12 juillet 2016 au New Morning dont il est un fidèle et qu'il retrouve après son dernier concert de mai 2013.

Dans la salle on aura relevé la présence de l'ami Lonnie Liston Smith, complicité des barbichettes de ces deux sages qui ont tout vu, Smith est également programmé dans le cadre du Festival All Stars.

Pharoah Sanders un géant, un prophète, un démiurge qui rappelle au son chaleureux de sa voix The Power of God et à la puissance édifiante de son saxophone que The Creator has a Master Plan! Présence mystique, les mains au ciel, son souffle divin fait ressurgir des sons cristallins, les fidèles sont en véritable communion, incités à l'adoration de celui qui rappelle que la musique ainsi incarnée est une rédemption!

Pharoah Sanders invoque Dieu et clôt son concert de deux heures et demi par un God bless mais c'est lui le Dieu sur scène.

C'est du géant, du puissant, du saxo rayonnant. Généreux, savoureux, délicieux, Pharoah Sanders prodigue un acte d'amour fol et pur, le plaisir est immense et sûr. "

Lonnie Liston Smith sera en concert au New Morning, à Paris, le lundi 18 juillet à 20h30 dans le cadre du festival All Stars.

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" 3 minutes pour comprendre: les 50 concepts, styles et musiciens du JAZZ "

Publié le par Guillaume Lagrée

3 minutes pour comprendre

Les 50 concepts, styles et musiciens du Jazz

Dave Gelly. Traduit de l'anglais par Michel Rudel Tessier

Paris. Le Courrier du Livre, Editions Guy Tredaniel, 2016, 160p.

Titre original: " 30 seconds Jazz " The Ivy Press Limited

Lectrices novices, lecteurs néophytes, je vous ai déjà conseillé " Le nouveau dictionnaire du Jazz " pour votre instruction et votre édification morale et spirituelle.

Si la lecture de cette Bible vous impressionne, commencez par un ouvrage plus accessible, bref, imagé, " 3 minutes pour comprendre: les 50 concepts, styles et musiciens du Jazz " du musicien et journaliste britannique Dave Gelly.

Que ce soit par style, époque ou instrument, vous y trouverez l'essentiel pour vous retrouver dans les méandres de cette musique qui a effectué en 100 ans, grâce à la radio et au disque, le chemin de la musique classique en 500 ans.

Vous y trouverez aussi un glossaire, des portraits de musiciens, des albums essentiels dont " The Atomic Mr Basie " de Count Basie et " Kind of Blue " de Miles Davis qui illustrent cet article et figurent dans ma discothèque, bien sûr.

Cet ouvrage se lit vite et aisément. Il est fait pour ceux qui, comme moi, ne savent ni lire, ni écrire, ni jouer de la musique mais qui ont faim et soif de découvertes sonores.

C'est un bon ponton pour plonger dans l'Océan du Jazz sans perdre pied ni la rive de vue. Bon voyage.

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Natalia M King " Bluezzin t'il dawn "

Publié le par Guillaume Lagrée

Natalia M King

" Bluezzin t'il dawn "

Challenge Records . 2016.

Natalia M King: guitare, chant

Anthony Honnet: piano

Anders Ulrich: contrebasse

Davy Honnet: batterie

Ronald Baker: trompette

Xavier Sibre: saxophone, clarinette, flûte.

Lectrices bluesy, lecteurs groovy, retrouvez vous autour de la voix de Natalia M King. Née en 1969 à New York, d'une famille dominicaine (la République, pas l'ordre monastique!), elle a fait la route d'Est en Ouest, de New York City à Los Angeles et a fini par poser guitares et bagages en France.

Elle chante le Blues jusqu'à l'aube car le Blues n'a rien de désespéré. Il existe des Blues sarcastiques, érotiques, politiques. Elle chante un classique " Don't explain " (n°2) sans faire oublier Billie Holiday ou Abbey Lincoln. Elle peut implorer comme dans " Love You madly " ( n°5) ou être sensuelle dans " Baby brand new " (n°6). Elle peut être tour à tour emportée et suppliante dans ' " You came and go " (n°8) et elle finit sur une pluie bienfaisante " A little bit of rain " (n°9) pour saluer l'aurore.

Ses musiciens sont à son service et ils font le job avec précision et émotion.

Quand vous vous nommez King comme Freddie King ou BB King et que vous prétendez jouer et chanter le Blues, vous avez intérêt à assurer.

Natalia M King assure et le Blues est toujours en vie jusqu'au bout de la nuit.

Natalia M King sera en concert en France:

- le samedi 23 juillet au festival de Jazz d' Andernos les Bains (Gironde, Aquitaine)

- le mardi 23 août au festival Musique en Champagne (Marne, Champagne)

- le vendredi 14 et le samedi 15 octobre au Jazz Club Etoile du Méridien à Paris (Ile de France)

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Omer Avital " Abutbul Music "

Publié le par Guillaume Lagrée

Omer Avital

" Abutbul Music "

Un album du label Jazz Village.

Distribué par Harmonia Mundi. 2016.

Omer Avital: contrebasse, compositions, direction

Yonathan Avishai: piano

Ofri Nehemya: batterie

Asaf Yuria: saxophones ténor et soprano

Alexander Levin: saxophone ténor

Lectrices cosmopolites, lecteurs polyglottes, je vous ai déjà parlé d'Omer Avital en studio et sur scène. Né en Israël d'un père Marocain et d'une mère Yéménite, domicilié à New York City, USA, cet homme est un melting pot à lui seul.

Sa musique mélange l'Orient et l'Occident, selon le principe du métissage qui est au coeur du Jazz. Les saxophones évoquent le chophar de la liturgie juive, la contrebasse a la puissance de celle de Charles Mingus, le batteur mêle rythmes orientaux et africains et le pianiste vient apporter une couleur occidentale.

L'ensemble est chatoyant, coloré et épicé . Une musique de bazar oriental, de dîner entre amis, de fête.

Si le Proche Orient vit un jour en paix, ce sera au son de la contrebasse d'Omer Avital.

Que signifie " Abutbul "? C'est un nom de famille typique des Juifs du Maroc, notamment celui d'une famille majeure du crime organisé israélien. Rien de criminel dans cette musique à moins de penser comme Fats Waller " It's so good it must be illegal ".

Cette musique de chaleur et de partage est faite pour la scène.

A ce propos, Omer Avital sera en concert à Paris au Sunside le jeudi 21 juillet 2016 à 19h30 et 21h30 et au Petit Journal Montparnasse le vendredi 22 juillet à 21h30.

La photographie d'Omer Avital est l'oeuvre du Bouillonnant Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

Omer Avital par Juan Carlos HERNANDEZ

Omer Avital par Juan Carlos HERNANDEZ

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" Une poule sur un piano " première projection à Paris

Publié le par Guillaume Lagrée

Une poule sur un piano

Cinéma Le Balzac
Paris. Samedi 25 juin 2016. 11h.

Lectrices duchesses, lecteurs ducaux, je vous ai déjà parlé à plusieurs reprises du documentaire de Laurent Lukic " Une poule sur un piano " consacré au séjour de Duke Ellington au château de Goutelas (Forez, France) en février 1966.

Séjour qui inspira à Duke Ellington la " Goutelas Suite " (1971) et un chapitre de ses Mémoires " Music is my mistress " (1973).

Que raconte ce film? Je l'ai appris en assistant à la première projection parisienne au cinéma Le Balzac le samedi 25 juin à 11h en compagnie de Ziad Kreidy le seul pianofortiste référencé sur ce blog.

Il s'agit d'une aventure humaine. Comment des hommes tombés amoureux d'un lieu, le château de Goutelas, l'ont ressuscité en y impliquant d'autres hommes, ceux qui croyaient en Dieu et ceux qui n'y croyaient pas, des paysans catholiques du Forez et des ouvriers communistes espagnols avec des intellectuels parisiens et lyonnais, au coeur à gauche sans avoir le portefeuille à droite.

Parmi ces hommes se distingue la figure de Paul Bouchet (1924), résistant, avocat, conseiller d'Etat, président d'ATD Quart Monde et de la Commission nationale consultative des droits de l'homme, bref une pointure. Le citoyen Bouchet achète le château de Goutelas avec quelques amis à un paysan de Marcoux, Marcel Durand, propriétaire du château, qui ne sait qu'en faire mais ne veut pas rester dans l'Histoire comme celui qui a laissé ce château mourir. Il ne veut pas le laisser mourir mais il ne veut pas non plus que le château devienne une propriété fermée interdite d'accès aux gens du village.

Paul Bouchet convainc le propriétaire, le maire et le curé et tout le monde se met à travailler. Tout le monde, c'est vraiment tout le monde. Les propriétaires et leurs amis intellectuels citadins, les paysans et les ouvriers du village tous viennent bénévolement déblayer, étayer, installer l'eau courante et l'électricité. 150 000h de travail bénévole en 10 ans.

Dès 1962, le château devient officiellement un centre culturel où sont organisés des spectacles et des expositions.

Et Duke Ellington dans tout cela, me direz vous lectrices duchesses, lecteurs ducaux?

En 1965, alors que Duke Ellington est en concert à Lyon et voit son ami Bernard Cathelin, peintre et graveur, Cathelin présente Paul Bouchet à Duke Ellington. L'avocat plaide sa cause et Duke est conquis. Il veut venir à Goutelas prendre sa part à l'oeuvre commune.

Début 1966, il appelle de Madrid pour dire qu'il se rend à Genève et que de là, il est prêt à se rendre à Goutelas. Branle bas de combat au château. Une salle de spectacle est créée pour l'occasion dans le château, un grand piano à queue Steinway est amené exprès de Lyon et une voiture vient chercher le Duke à l'aéroport de Genève Cointrin et le ramène à Goutelas dans la nuit et la neige.

Pour l'accueillir, une haie d'honneur avec des torches enflammées (Mme Bouchet a même craint que Duke se sente accueilli par le Klux Klux Klan!) et un orchestre de Jazz amateur local, les Flagada Stompers, qui joua, pétrifié par le froid et le trac, un thème de Duke Ellington, " Mood Indigo ".

Duke Ellington salua le public composé des ouvriers, paysans et intellos qui avaient reconstruit le château d'un vibrant " Je vous salue, mes frères " .

Il joua une composition créée pour l'occasion " Symphonie pour un monde meilleur " et quelques uns de ses standards. L'enregistrement de ce concert est en vente au château de Goutelas et pas ailleurs. Un bijou.

Duke séjourna trois jours sur place dégustant fourme de Montbrison et vins des côtes du Forez, se réchauffant même au brûlot, le ty punch des Foréziens.

Son séjour galvanisa les troupes. D'autres châteaux furent reconstruits, le tourisme rural naquit en Forez, des activités culturelles furent lancées.

50 ans plus tard, le château de Goutelas est toujours un centre culturel bien vivant, il est toujours en forme de H comme Humanisme, à la fois Renaissance et renaissant.

Paix sur la Terre aux hommes de bonne volonté (Evangile selon Saint Luc). Duke Ellington, grand lecteur de la Bible, avait trouvé ce message mis en action au château de Goutelas. Il l'est toujours, pour tous les hommes de bonne volonté, qu'ils croient en Dieu et/ou en l'Homme.

Le mot de la fin revient à un paysan du Forez qui passa des heures à rebâtir le château de Goutelas: " Il y a des gens qui souffrent de réunionnite. Ils se réunissent pour décider le jour et l'heure de la prochaine réunion. Nous, on travaillait d'abord, on se réunissait ensuite ".

La photographie de Duke Ellington au pianoforte devant le château de Goutelas est la propriété de Paris Match. Toute utilisation de cette oeuvre sans autorisation de son propriétaire constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civils et pénales.

Duke Ellington au pianoforte devant le château de Goutelas

Duke Ellington au pianoforte devant le château de Goutelas

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