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C'était Eddy Louiss (1941-2015)

Publié le par Guillaume Lagrée

Lectrices vocalistes, lecteurs organistes, vous savez certainement qu'Eddy Louiss, né le 2 mai 1941 à Paris, est mort le 30 juin 2015 à Poitiers.

Pianiste, organiste, chanteur, compositeur, chef d'orchestre, Eddy Louiss, né Edouard Louise, connaissait la musique. Il en était même l'incarnation vivante dans ce qu'elle a de meilleur.

Issu d'une famille de Békés (les Blancs de Martinique), fils du trompettiste Pierre Louise dit Louiss, aucun rythme ne lui était étranger.

Ses goûts étaient très simples. Il se contentait du meilleur.

Chanteur, il fit partie des Double Six, groupe français de Jazz vocal créé et dirigé par Mimi Perrin qui écrivit des textes en français, poétiques, collant aux standards du Be Bop. Dizzy Gillespie et Quincy Jones enregistrèrent comme invités des Double Six . C'est dire le niveau que le groupe avait atteint.

Pianiste, il accompagna Johnny Griffin dans les années 60.

Il décida un jour de passer à l'orgue Hammond afin de pouvoir rivaliser de puissance avec la batterie. Il en avait marre que le batteur joue en sourdine quand il prenait un solo de piano et de ne pouvoir rivaliser avec un solo de batterie.

A l'orgue, Claude Nougaro ne put se séparer de lui de 1964 à 1977. C'est Eddy qui partit afin de voler de ses propres ailes et, musicalement, Nougaro y perdit beaucoup. Eddy s'installa dans le Poitou. " Dans une ferme du Poitou, un coq aimait une pendule " (Claude Nougaro).

Son trio avec René Thomas (guitare électrique) et Bernard Lubat , autre membre des Double Six, (batterie) enthousiasma Stan Getz qui l'embaucha en 1970. Il en reste l'album Dynasty (1971), déjà célébré dans ce blog. Stan Getz qualifiait Eddy Louiss de génie. Bernard Lubat, lui, considère qu'Eddy Louiss est aussi important que Miles Davis dans l'histoire du Jazz.

Comme soliste, il dialogua avec Michel Petrucciani (piano) dans une " Conférence de presse " au Petit Journal (le club de Jazz, pas l'émission de TV), en 1994, restée fameuse. L'album Live est disponible dans le commerce.

Avec Jean Luc Ponty (violon électrique) et Daniel Humair (batterie), il forma le trio HLP (Humair, Louiss, Ponty) qui reste le meilleur groupe de la carrière de Daniel Humair, de l'aveu même de l'intéressé. Il en reste un double album live au Chat qui pêche, club parisien aujourd'hui disparu, en 1968. Les Américains peuvent aller se rhabiller. Ils n'ont jamais eu de groupe équivalent à HLP. Ce trio fut reconstitué pour une soirée spéciale Jean Luc Ponty à Paris, au théâtre du Châtelet, le 11 avril 2012. Idiot que je suis! Je n'y étais pas.

Comme chef d'orchestre, il créa, anima, dirigea à partir de la fin des années 80, la Multi Color Feeling Fanfare, big band pouvant aller jusqu'à 70 musiciens sur scène, réunissant musiciens professionnels et amateurs, dans une orgie de Swing. Il existe un album studio et un album live de ce Big Band.

Amputé des jambes, en fauteuil roulant, il continuait de dispenser la joie à pleines mains sur son orgue Hammond.

Bref, comme disent les Américains, Eddy Louiss était plus grand que la vie.

Claude Nougaro lui écrivit une chanson " C'est Eddy " pour un duo inoubliable. Tout Eddy.

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Seu Jorge " Musicas para churrasco II "

Publié le par Guillaume Lagrée

Seu Jorge

" Musicas para churrasco II "

Emarcy. Universal.

Sorti le 10 juillet 2015

Lectrices carnivores, lecteurs omnivoires, supposons que vous soyez au camping au mois d'août 2015 en France, entre Bretagne et Normandie, dans la baie du Mont Saint Michel, pour le festival Jazz en Baie et que vous prépariez au déjeuner des grillades d'agneau de prés-salés. Quelle musique servir en accompagnement? De la musique pour grillades évidemment.

Le Brésilien Seu Jorge nous en offre un deuxième volume avec ses " Musicas para churrasco II ". Churrasco ce sont les grillade typiques de l'Amérique du Sud (Brésil, Argentine, Chili), pays grands producteurs et mangeurs de viande.

Le titre indique l'absence de prétention de la musique faite d'abord pour danser. " It don't mean a thing if it ain't got that swing " disait Duke Ellington.

Danser n'empêche pas de penser. Tout en mélangeant Samba, Pop, Funk, Bossa, Seu Jorge fait le portrait du Brésil de 2015. La question de la femme le soucie. Certains croyants vous affirmeront même que la femme soucie l'homme depuis son apparition au jardin d'Eden mais rien ne vous oblige à croire les croyants. La preuve: " Ela e bipolar " (n°1) et " Babydoll " (n°9) qui se moque d'une jeune fille en plastique. Il sait aussi se moquer des hommes: " Motoboy " (n°7). Si la femme le soucie, c'est qu'il l'adore: " Felicidade " (n°8). Le bonheur c'est de vivre en ta compagnie. Tous les amoureux le comprendront.

Un album doit finir comme un feu d'artifices, par un bouquet final. C'est exactement ce que fait Seu Jorge avec le 10e et dernier morceau: " Everybody let's go ".

Le seul risque de cette musique, c'est de danser trop près des braises et de vous brûler. Une fois la distance de sécurité assurée, servez chaud et épicé, chantez et dansez avec Seu Jorge.

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Sélection de concerts de Jazz à Paris et au Mont Saint Michel pour août 2015

Publié le par Guillaume Lagrée

Lectrices festives, lecteurs d'estive, voici ma sélection de concerts de Jazz, éminemment personnelle et discutable, pour le mois d'août 2015.

Pour un agenda exhaustif des concerts, voyez Citizenjazz où j'ai sévi de 1998 à 2007.

Le mois commence avec la fin du Cosmo Jazz Festival à Chamonix Mont Blanc (74)

A Paris

Au Sunset-Sunside

Fin de l'American Jazz Festiv'Halles

Festival Pianissimo pour les déménageurs et amateurs de piano.

Mardi 4, mercredi 5 et jeudi 6 août, le trio Kurt Rosenwikel/Nasheet Waits/Eric Revis: la crème new yorkaise (guitare/contrebasse/batterie).

Vendredi 7 août à 21h le Quintet Utopia de la pianiste Leila Olivesi, bien connue des fidèles lecteurs de ce blog.

Samedi 8 août à 21h, Dan Tepfer en trio, pianiste bien connu des lecteurs assidus de ce blog.

Jeudi 13, vendredi 14 et samedi 15 août à 21h, le quartet de Giovanni Mirabassi, pianiste italien de Paris. Epoux, pères, cachez vos épouses et vos filles! Giovanni Mirabassi est en ville.

Mardi 18 et mercredi 19 août à 21h: le quartet composé de Wayne Escoffery, Ugonna Ogekwo, Daryl Hall et Ricky Peterson, la fine fleur new yorkaise.

Mercredi 26 août à 21h: Alain Jean-Marie, Bebop trio. Révisez vos classiques avec un Maître du piano.

Vendredi 28 et samedi 29 août à 21h: René Urtreger Trio. La rentrée approche. Continuez à réviser vos classiques avec un Maître du piano.

Au Duc des Lombards

Festival Go South, festival des musiques épicées

Mercredi 4 août à 19h30 et 21h30 le quartet d'Irving Acao. Chaud, Acao!

Jeudi 6, vendredi 7 août à 19h30 et 21h30: David Sanchez " Bamboula! ".

Lundi 17, mardi 18 et mercredi 19 août à 19h30 et 21h30: un Power quartet composé de Bireli Lagrène (guitare), Antonio Farao (piano), Eddie Gomez (contrebasse) et Lennie White (batterie). Chaud devant!

Mardi 25 et mercredi 26 août à 19h30 et 21h30: carte blanche à Cheikh Tidiane Seck (batterie). L'Afrique, c'est chic.

L'été, le Jazz s'épanouit le long des rivages. Après le Léman, la Méditerranée et l'Atlantique en juillet, rendez-vous en août sur les côtes de la Manche, en Normandie, dans la baie du Mont Saint Michel, avec le festival Jazz en Baie du mercredi 5 au dimanche 16 août 2015. Parmi les nombreux films et concerts au programme, je vous recommande le projet " My Chet, My Song " de Riccardo del Fra (contrebasse) en hommage à Chet Baker le dimanche 9 août à 18h30.

Eddy Louiss est mort le 30 juin 2015. Sa Multicolor Feeling Fanfare, mêlant musiciens professionnels et amateurs, pouvant compter jusqu'à 70 musiciens, n'enchantera plus nos étés. Au Paris Jazz Festival, en 2011, j'étais au concert dont est extrait la vidéo suivante. Ce n'est pas moi qui ai filmé. Assez parlé. Dansons maintenant!

La photographie de Daryl Hall est l'oeuvre du Phénoménal Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

Daryl Hall par Juan Carlos HERNANDEZ

Daryl Hall par Juan Carlos HERNANDEZ

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Mon worst of de l'été 2015

Publié le par Guillaume Lagrée

Lectrices généreuses, lecteurs magnanimes,

c'est l'été et la période des compilations de musique dites " best of " produites par l'industrie spectaculaire marchande.

Pour changer, je vous propose mon " worst of ", c'est-à-dire des albums que j'ai reçus, écoutés et dont je ne dis mot car je n'aime pas ça.

Comme disait ma grand-mère Suzanne, " c'est bon pour ceux qui aiment " et " si tu n'aimes pas ça, n'en dégoûte pas les autres ".

Pour ceux que ces albums intéressent, merci de me contacter afin de venir les chercher à Paris, Ile de France, France.

A défaut, je les enverrai en prison car les médiathèques des prisons françaises manquent de moyens.

Voici donc la liste de ces albums auxquels vous pouvez donner leur chance, lectrices généreuses, lecteurs magnanimes:

- Dida " Modern love songs "

- Géraud Portal - Etienne Deconfin " Brothers "

- Anoushka Shankar " Home "

- Nils Okland Band " Kjolvaln "

- Panam Panic " The black monk "

- Anne Carleton " So high "

- Pascal Contet " Utopian wind "

- Yaron Herman " Everyday "

- Eli Degibri " Cliff Hangin "

- RP3

- Stephan Micus " Nomad Song "

- Third Reel " Many more days "

- José James " Yesterday I Had the Blues "

- James Taylor " Before this world "

- Charlie Haden & Gonzalo Rubalcaba " Tokyo Adagio "

- Gary Peacock Trio " Now this "

- Terence Blanchard " Breathless "

- Kurt Elling " Passion World "

- Melody Gardot " Currency of Man "

- David Torn " Only sky "

- Tam de Villiers 4tet " Panacea "

Pour me nettoyer les tympans, après avoir écouté de la musique qui ne me plaît pas, je possède un produit très efficace, inusable, Thelonous Sphere Monk avec Art Blakey. Prenez n'importe quel enregistrement de ce pianiste avec ce batteur et vous êtes sûr de bénéficier de la quintessence du Jazz: humour, Swing, Blues, invention, surprise, innovation, émotion seront toujours au rendez-vous même à la 92 354e écoute.

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Tom Harrell Trip de passage au Duc des Lombards

Publié le par Guillaume Lagrée

Tom Harrell Trip

Paris. Le Duc des Lombards.

Samedi 18 juillet 2015. 21h30.

Tom Harrell : trompette, bugle

Mark Turner: saxophone tenor

Ugonna Okegwo: contrebasse

Adam Cruz: batterie

Cet article est dédié à Philippe Lançon, journaliste et écrivain, survivant de la tuerie du 7 janvier 2015 dans les locaux de Charlie Hebdo à Paris.

C’est avec Philippe Lançon que j’avais été écouter en 2013 le Tom Harrell Quintet à Paris au Duc des Lombards et c’est lui aussi qui écrivit, pour ce blog, la chronique d’un concert du Tom Harrell Trip à New York, au Village Vanguard.

Tom Harrell est toujours visiblement malade (schizophrénie paranoïde) mais il joue. Ils commencent avec un standard, « Caravan » (Juan Tizol). Sans piano mais avec le swing orientaliste propre à ce morceau. Trompette. Solo de Mark Turner. Techniquement, c’est impeccable mais, comme dit le président Jacques Chirac, « Ca m’en touche une sans me bouger l’autre ». Tom Harrell, en solo, joue moins de note mais chacune pèse son poids d’émotion. Derrière, la rythmique le porte sans faillir. Tom Harrell joue face au public, la trompette vers le bas, bref, à moitié comme Miles Davis. Beau solo de batterie sur les tambours. Roulez, jeunesse !

Un long silence puis le quartet démarre groupé. Suit aussitôt un solo de batterie là encore centré sur des roulements de tambour. Un peu long et démonstratif à mon goût. Le quartet repart sur un thème plutôt funky. Solo de bugle. Tout en douceur, en velouté mais avec un son déformé par cette invention diabolique, le microphone. Solo de contrebasse. Ca chante gravement, souplement. Je hoche la tête de satisfaction. Après un retour du quartet, nouveau solo de contrebasse, sans accompagnement du batteur cette fois. Silence dans la salle. Nous écoutons.

En fait, ils enchaînent les morceaux sans pause. Les spectateurs n’applaudissent que les soli ne sachant quand cela commence et où cela finit. En tout cas, cela reste subtilement funky. Le son d’ensemble est impeccable. Le solo de Mark Turner me fait toujours autant d’effet, i.e très peu. Heureusement, dès que Tom Harrell joue, l’émotion est de retour.

Ca repart sur un tempo funky. Je ne reconnais aucun morceau mais ça caresse bien les tympans. Dialogue trompette/sax entre émotion et démonstration. La musique serpente, vive et mordante. Après le standard d’ouverture, une sorte de suite orchestrale jusqu’ici.

Le quartet repart sur un tempo très funky. Le beat est bien présent. Vol méditatif des cuivres au dessus de cette pulsation. Mark Turner aimerait groover mais il suffit d’imaginer Sonny Rollins à sa place, même à 85 ans, pour savoir que ce n’est pas le cas. Solo de batterie, toujours basé sur les roulements de tambour. C’est le truc d’Adam Cruz. Il maîtrise. Il y ajoute un peu de cymbales tout de même. La contrebasse relance, simple et funky.

Bugle. Duo avec la contrebasse pour un standard dont le titre m’échappe. Je suis Ugonna Ogekwo pas à pas, dans la progression de sa pensée. Tom Harrell s’est tu après avoir lancé le thème. Deux gars viennent d’entrer et repartent aussitôt. La musique doit être trop subtile pour eux. Retour du duo bugle/contrebasse. Ils pourraient faire un album entier à eux deux. Ugonna Okegwo vérifie les préjugés: il est funky comme un NIgérian (son père) et précis comme une Allemande (sa mère). Je reconnais enfin « Laura » la chanson titre du chef d’œuvre d’Otto Preminger (1944). Cette chanson et ce film sont immortels.

Retour du quartet pour un morceau funky. Un solo de Tom Harrell, c’est abstrait mais c’est touchant. Du hard bop, style Jazz Messengers mais blanchi et adouci.

A ma droite, se trouvait une jeune fille très sage et très concentrée. Elle prenait des notes sur la « Sociologie de la prison » (Oeuvre de Philippe Combessie, professeur à l’université de Paris X. Paris, La Découverte, collection Repères, 2009). La musique ne l’a pas perturbé. A ma gauche, deux jeunes batteurs incapables d’écouter la musique sans s’agiter et renverser leurs verres de bière. Sur eux, heureusement pour moi.

La photographie de Tom Harrell est l'oeuvre du Subtil Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utiisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

Tom Harrell Trip de passage au Duc des Lombards

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Harold Mabern Trio, Maître du Swing, au Sunset

Publié le par Guillaume Lagrée

Harold Mabern Trio

American Jazz Festiv'Halles

Paris. Le Sunside.

Jeudi 2 juillet 2015. 21h.

Harold Mabern: piano

Fabien Marcoz: contrebasse

Joe Farnsworth: batterie

La salle est quasiment vide. J'espère qu'il y eut plus de monde le vendredi 3 et le samedi 4 juillet. Nous parlons ici du pianiste favori de Lee Morgan, de l'accompagnateur de Sonny Rollins, Miles Davis, Grant Green, Hank Mobley, Wes Montgomery, tout de même! Harold Mabern est une page vivante de l'histoire du Jazz.

Gros son. Le piano augmente de volume sous les doigts d'Harold Mabern. Contrebassiste et batteur sont à la hauteur de cette puissance. Nom de Zeus, ça swingue! Ce n'est pas un jeune minet qui se la joue mais un vieux matou qui joue. Cela s'entend tout de suite qu'il a secondé des Géants du Jazz. Quel feeling! Il respire le Blues. " I am a Blues pianist who understands Jazz " (Harold Mabern). Joe Farnsworth ne lâche rien aux baguettes. Le bassiste marque le tempo, tranquille au milieu de ces deux boxeurs poids lourds. Le piano fume comme un taureau de combat. C'est funky en diable! Ca relance sans cesse avec des soli de contrebasse et des breaks de batterie. C'était un standard " Alone together ". Quelle version survitaminée!

Solo de piano en intro. Du Blues, du Blues, du Blues comme le chante Michel Jonasz. " All Blues " (Miles Davis). Batteur aux balais. Le thème est traité, façon blues de dancing. Ca le fait. Ca balance, saperlipopette! Le batteur est repassé aux baguettes, sec, vif, précis. C'est puissant comme la Mer. Solo de contrebasse. Le piano aboie dans l'aigu. Le batteur est repassé aux balais tout en douceur mais le trio repart avec les baguettes.

Piano solo. Une sorte de ballade mais ça reste énergique. Petite citation du " Jésus que ma joie demeure " de Jean Sébastien Bach. Le trio enchaîne sur un standard dont le titre m'échappe. Ca vogue comme un bateau sur le Mississipi: trop solide pour naviguer, trop liquide pour marcher mais ça avance tout de même. Petite citation de La Marseillaise pour finir.

Ca vrombit dès le départ. Baguettes. Encore un standard dont le titre m'échappe. Solo du batteur qui, manifestement, préfère les tambours aux cymbales. " Salt Peanuts " de Dizzy Gillespie pour introduire et conclure le solo de batterie.

Un morceau dédié aux Jazz Messengers d’Art Blakey. Ca swingue funky, soul, bref noir américain. L’art de faire fumer le piano n’est pas perdu. Harold Mabern est né en 1936. Heureusement, il enseigne. Ecouter cette musique, c’est comme manger une pêche mûre à point. C’est le premier concert de Fabien Marcoz au sein de ce trio. Il a tout de suite trouvé sa place à la contrebasse, rebondissant à souhait.

Un petit air swinguant aux balais. Ca, ça vient du trio mythique d’Ahmad Jamal avec Israel Crosby et Vernell Fournier.

PAUSE

Le trio repart fermement. Chaque note jouée par Harold Mabern est gorgée de Blues. Cette composition est dédiée au trompettiste Lee Morgan qu’Harold Mabern accompagna jusqu’à sa mort brutale en 1972 (assassiné par une femme jalouse sous les yeux d'Harold Mabern).

« A child is born » (Thad Jones). Grosse attaque en piano solo. Puissant et émouvant. Batteur aux balais.

Baguettes. Ca envoie, nom de Zeus ! Nous sommes submergés par des vagues de musique. Si jamais j’arrive un jour à l’âge d’Harold Mabern (79 ans), j’espère bénéficier de la même énergie vitale. C’était du Mac Coy Tyner.

Un hommage à Ahmad Jamal, 85 ans le 2 juillet 2015.

Un bon vieux boogie woogie en piano solo. Le batteur nous fait battre la mesure des mains.

« Afro Blue » (Mongo Santamaria), titre éponyme du dernier album d’Harold Mabern. Ca envoie terrible. Il devrait y avoir plein de pianistes dans la salle venus découvrir ce qu’est le piano Jazz, celui qui raconte une histoire, celle du peuple noir américain. Il y eut des séances de rattrapage vendredi 3 et samedi 4 juillet. J’espère qu’ils furent présents.

PAUSE

J’étais fatigué par la journée de travail et la canicule. Je suis donc rentré chez moi après le 2e set. Mesdemoiselles A et W, venues de Pologne pour ce concert, sont restées jusqu’à la fin du 3e set. Jeu, set et match pour ce double dames.

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Cosmo Jazz Festival à Chamonix Mont Blanc (74) du 25 juillet au 2 août 2015

Publié le par Guillaume Lagrée

Cosmo Jazz Festival

Chamonix Mont Blanc, Haute-Savoie, Rhône-Alpes, France

du samedi 25 juillet au dimanche 2 août 2015

Lectrices alpinistes, lecteurs randonneurs, retrouvez vous dans les Alpes pour le Cosmo Jazz Festival du samedi 25 juillet au dimanche 2 août 2015 à Chamonix Mont Blanc et dans la vallée du Trient.

Au programme, le concert Jam chaque soir à 21h animé par le quartet composé de Malcom Braff (piano), Christophe Wallemme (contrebasse), Stéphane Huchard (batterie) et Hervé Gourdikian (saxophone ténor et duduk), des apéros Jazz à 16h et des concerts en altitude, sur les alpages en matinée et l'après-midi (en cas de mauvais temps, concerts reportés au Majestic à Chamonix).

A noter le dimanche 2 août 2015 à 11h, à la Tour Charamillon, le concert de piano solo de Dan Tepfer basé sur les Variations Goldberg de Jean Sébastien Bach, projet bien connu des fidèles lecteurs de ce blog.

Programmation assurée par André Manoukian, régional de l'étape, comme disent les bicyclistes.

Les concerts sont gratuits. Il est vivement conseillé de réserver votre place. L'accès aux remontées mécaniques est payant. Si vous êtes aussi sportifs qu'impécunieux, lectrices alpinistes, lecteurs randonneurs, vous pouvez monter et descendre à pied au concert.

Comme pour toute activité en montagne l'été, l'accès à ces concerts suppose des spectateurs, spécialement pour les enfants et les personnes âgées, le respect de consignes de sécurité élémentaires: port de vêtements et de chaussures adaptés, gourde remplie d'eau, crème solaire, casquette. Comme dit un vieux proverbe irlandais: " There is no such thing as bad weather. Only bad clothes " (Il n'y a pas de mauvais temps. Seulement des mauvais vêtements).

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David Krakauer Ancestral Groove renverse le Duc des Lombards

Publié le par Guillaume Lagrée

David Krakauer Ancestral Groove

Le Duc des Lombards

Paris. Lundi 29 juin 2015. 21h30.

En concert au Duc des Lombards le mardi 30 juin et le mercredi 1er juillet 2015 à 19h30 et 21h30.

David Krakauer: clarinettes

Sheryl Bailey: guitare électrique

Jerome Harris: guitare basse électrique

Michael Sarin: batterie

Keepalive: ordinateur, échantillonneur

" On va commencer avec un morceau pour vous. Ca s'appelle Kickin'it for You ". D'abord un sample de musique klezmer des années 20. Puis le groove hypnotique de la rythmique et au dessus la clarinette qui swingue la mémoire yiddish.Solo de guitare Blues Rock. Ce son de clarinette, c'est la joie-souffrance, l'âme juive d'Europe de l'Est. Un sépharade ne pourrait pas jouer cela.

David Krakauer parle bien français avec un délicieux accent new yorkais. Il nous explique la recherche de ses origines lorsqu'il a pris conscience de l'accent russe de sa grand mère. En 1992, il a pu jouer à Cracovie car le rideau de fer était tombé (David Krakauer est né en 1956). Il s'est senti chez lui. " Krakowski Boulevard ". La batterie entre en résonance avec des bruitages électroniques et funky. Il y a de l'agitation sur ce boulevard. Soldats allemands et russes sont partis. C'est la joie des jeunes filles dansant en liberté. David Krakauer n'est pas un américain moyen regardant des séries télé et faisant 2,5 enfants comme il le dit si bien. Sa culture est bien plus riche. Dans cette musique, il y a 2 sources essentielles: le klezmer (musique blanche) et le funk ( musique noire). C'est toujours du Jazz, musique métisse. La rythmique est vraiment très funky. Je retrouve Prince dans le feeling. D'ailleurs, c'est une femme à la guitare. Ca aussi, c'est Princier. Sacrée attaque à la clarinette et ce son aigu du klezmer, comme le vinaigre pour le molossol. Là, c'est carrément la chevauchée dans la steppe ou le bal nuptial.

Un hommage de David Krakauer au professeur qu'il n'a jamais rencontré, Sidney Bechet. " Klezmer à la Bechet ". Démarrage bien funky. Le son de la clarinette est lui tiut à fait klezmer. Bechet, lui même, joua " My yiddishe Mama ". La clarinette fend les murs. Le groove se fait plus subtil, plus discret mais toujours puissant. Le groupe repart plus rock, plus brutal.

" Offering " (David Krakauer et non John Coltrane). Un morceau commencé après le 11 septembre 2001, en hommage aux victimes, suite à une création avec un danseur japonais. Clarinette basse. Son grave, respectueux. Pas un chant funèbre mais de souvenir. Effets planants de la guitare mais de bon goût. C'est émouvant, nom de Zeus! Ca accélère doucement, souplement. Il monte dans l'aigu de l'instrument. Il y a du Eric Dolphy là dedans.

Puisqu'il s'agit d'un groupe new yorkais qui inaugure le festival " Nous n'irons pas à New York " au Duc des Lombards, le groupe va nous jouer un morceau de John Zorn, typique du Lower East Side. Le quartier juif, des artistes, des hippies, des punks. Un rap en hommage à ceux qui avaient raison de dénoncer la pollution. En anglais et en français, par David Krakauer, s'il vous plaît. La clarinette crie sa colère et sa rage de vive. Ca attaque ferme. Il manque une piste de danse dans la salle pour une musique aussi énergique.

Un morceau appris à Kichinev en 1989 d'un maître moldave, Emil Kroitor (accordéon). " Moldavian Voyage ". Comme certains musiciens noirs américains (Dizzy Gillespie, Art Blakey, Louis Armstrong, Duke Ellington) voyagèrent en Afrique à la recherche de leurs racines, David Krakauer a voyagé en Europe de l'Est à la rencontre des siennes. Il joue ce voyage à Paris, non loin du Marais, quartier important pour la communauté juive en Europe. Un chant traditionnel en boucle. Après quelques improvisations vocales, David Krakauer se remet à la clarinette. Une douce complainte. Ca groove toujours. Le tempo s'accélère. Le batteur hache le tempo. C'est la fête yiddish. Retour à la complainte. Enchaînement sur un beau solo de clarinette. David Krakauer fait tournoyer son instrument afin de déplacer le son. C'est la transe yiddish qui vient des chants et danses sacrés juifs. Le roi David dansa devant le Seigneur dit la Bible. La note est tenue grâce à un souffle continu. David Krakauer a t-il appris la technique du souffle continu auprès des maîtres du yoga en Inde comme Sonny Rollins? Le groupe le rejoint pour un air funky, dansant. La joie triomphe de la peine. Enchaînement sur une musique de danse qui pour moi, Français moyen, rappelle irrésistiblement Louis de Funès dansant dans " Rabbi Jacob ".

RAPPEL

" Moskovitz ", une autre chanson festive. Ca pulse. Les samples se fondent bien dans la musique, deviennent un instrument. La basse slappe avec un son énorme. Non seulement, c'est la canicule dehors mais, en plus, ces gars et cette fille chauffent la salle alors que leur musique vaincrait le Général Hiver, le meilleur défenseur de la Sainte Russie. Solo de guitare. Ca, c'est Prince! Mais Prince ne joue pas avec un clarinettiste klezmer.

Le public en veut encore. Ca tombe bien. Le groupe aussi. Un morceau de l'autre projet de David Krakauer " The Big Picture " dédié aux films qui ont marqué sa vie. Titre " La voix de ma mère ". A ce propos, quelle est la différence entre une mère juive et un terroriste irlandais? Avec un terroriste irlandais, tu peux négocier.

Merci à David Krakauer pour sa musique, son empathie avec le public et son excellent français mâtiné d'un délicieux accent new yorkais. Certains spectateurs américains se sont même plaints de ne pas comprendre ses propos. Tant pis pour eux. Nous n'étions pas à New York mais bien à Paris. Il a chauffé le public blasé du Duc des Lombards. Même mon compère, le flegmatique Mr Q, en perdit son calme légendaire.

La photographie de David Krakauer est l'oeuvre de l'Illustre Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

David Krakauer par Juan Carlos HERNANDEZ

David Krakauer par Juan Carlos HERNANDEZ

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Trio Soleil " Jazz Ka Philosophy 9 "

Publié le par Guillaume Lagrée

Trio Soleil

" Jazz Ka Philosophy "

Label Jazz Ka distribué par Franck Nicolas. 2015

Franck Nicolas: trompette, bugle, coquillages, mélodica, Fender Rhodes, composition

Nelson Veras: guitare acoustique

Sonny Troupé: batterie, Gwo Ka, casseroles

Invités

Keyko Ninsay, Léa Maï San Nimsay, Sylvain Prada:chant

Malou Seck: chant et percussion

Séga Seck : batterie

Cela fait plusieurs années que Franck Nicolas construit son oeuvre métisse, à partir d'un instrument emblématique de son île natale, la Guadeloupe , le Gwo Ka ou Gros Tambour. Ce mélange se nomme le Jazz Ka. Il en est au 9e épisode. Sa complicité rythmique avec son compatriote guadeloupéen Sonny Troupé fait merveille.

En vrais Jazzmen, leur vision de l'identité n'est pas figée. C'est pourquoi ils s'allient le meilleur guitariste brésilien de France, celui que les Brésiliens nous envient, Nelson Veras.

Ils vont même d'Amérique en Afrique, voyage retour de l'esclavage, avec la présence des Sénégalais Malou et Séga Seck. Le seul lieu où James Brown ait été vu pleurer en public, c'est l'île de Gorée, au Sénégal.

Alors que l'été commence chaudement en France métropolitaine, cette musique est parfaite pour nous aérer sans faire baisser la température. Elle est légère, rythmée, enjouée.

Le souci qu'a Franck Nicolas de propager la Jazz Ka Philosophy va jusqu'à la pédagogie. C'est pourquoi l'album est divisé en 2 parties: 12 morceaux à écouter, 13 morceaux à travailler. Pour les musiciens, il suffit de couper la trompette (facile avec la stéréo) pour se mettre au travail sur les gammes guadeloupéennes démont(r)ées dans la 2e partie de l'album, avec l'aide de la méthode éditée. Pour les mélomanes, le plaisir est renouvelé puisque ces gammes sont jouées chacune 2 fois dans l'album, en version longue d'abord, en version courte ensuite.

Les gourmets sont satisfaits: les plats sont passés deux fois mais avec des parts plus légères la deuxième fois pour faciliter la digestion de ces grandes délices musicales.

Démonstration avec la gamme Bondha Manjack (piment si fort qu'il arrache les dents!) dans la vidéo ci-dessous. Lectrices paresseuses, lecteurs lésineurs, au travail!

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Airelle Besson/Nelson Veras " Prélude "

Publié le par Guillaume Lagrée

" Prélude "

Airelle Besson/Nelson Veras

Naive. 2014.

Airelle Besson: trompette, composition

Nelson Veras: guitare acoustique, composition

Lectrices trompettistes, lecteurs guitaristes, ma récente chronique d'un concert parisien du duo Airelle Besson & Nelson Veras n'a pu vous échapper.

A mon tour, je vais chanter les louanges de l'album " Prélude " de ce duo d'une fée et d'un oiseau.

Le titre fait penser à Frédéric Chopin. La musique aussi, bien qu'il n'y ait pas de piano. C'est dire si la note bleue y est présente.

M'étendre sur une musique aussi épurée serait vulgaire.

Notez la joie de " Pouki Pouki " (n°2), la fraîcheur de " Neige " (n°4), le respect dû à Kenny Wheeler dans " Full moon in K " (n°6), le standard brésilien " O grande amor " (n°3) et celui de Jazz " Body and Soul " (n°9). Après " Time to say goodbye " (n°11), tout est dit.

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