Vendredi 3 février 2012 5 03 /02 /Fév /2012 20:02

 

 

Paris. Le Sunset.

Jeudi 2 février 2012. 21h30.

Nicolas Kummert « Voices »

 

Nicolas Kummert : saxophone ténor, voix, composition, direction

Hervé Samb : guitares, voix

Alexi Tuomarila : piano

Lennart Heyndels : contrebasse

Lionel Beuvens : batterie

 

« Petit Simon millionnaire », morceau qui ouvre l’album. Nicolas commence en chantonnant une mélopée envoûtante. Doucement le groupe le rejoint. Les notes de guitare se détachent, nettes et précises. Ca, c’est de l’émotion ! Un sax ténor qui chante, c’est rare. Il y a Gato Barbieri mais, à part lui, je ne vois pas. Au saxophone ténor, il chante encore. Je ne connais pas le héros de cette histoire mais elle est prenante. Le piano sonne un peu bastringue mais c’est bien dans l’ambiance de la musique. Ca monte, ça monte. Bon son de sax ténor, très vocal. Un vrai Jazzman. L’instrumentation et les rythmes sont Jazz, l’émotion est digne des meilleures chansons populaires.

 

Solo de contrebasse pour commencer. Bien électrifié, puissant. Nicolas Kummert s’est fâché avec les héritiers de Jacques Prévert qui lui ont interdit de reprendre ses poèmes à sa façon. Il en a fait une chanson. « Compagnon des mauvais jours, je te souhaite une bonne nuit ». Ca gronde derrière, comme le texte. Il enchaîne au sax ténor et ça fait une belle vague puissante qui nous emporte. Si la musique ne provoque pas chez l’auditeur cette vague qui lui donne envie de se laisser emporter, à quoi bon l’écouter ? C’est très beau. Je peux pas mieux dire : c’est très beau. Oh, ils n’ont pas des voix de bel canto mais ils savent vous attraper l’âme. Beau solo de guitare, puissamment bluesy, bien soutenu par la rythmique. Le sax arrive, reprend l’air de la chanson alors que le guitariste poursuit son solo. C’est bon comme ça.  Tout se calme pour revenir à la chanson. Solo de piano toujours avec ce son amusant de bastringue. Basse et batterie rythment en douceur.

 

« Liberté », une composition plus ancienne. Morceau plutôt funky. La rythmique groove grave. Le sax ténor se détache calme au dessus d’une rythmique bien frappée. Le guitariste attend tranquillement son tour. Il arrive discrètement alors que la rythmique pulse toujours autant. Ils s’ébrouent librement effectivement.

 

« La théorie des cordes », hommage à la physique quantique. Le piano pleut doucement, pas des cordes, juste du goutte à goutte. Contrebasse sèche, précise, nette. Batteur aux balais. Le guitariste distille ses notes. Sax ténor de velours. Ca tient chaud. Ca fait du bien alors qu’il fait si froid dehors. Hervé Samb prend la main avec un gros son grave.

 

« Folon » (Salif Keita). Hervé Samb passe à la guitare électro acoustique. Il la fait sonner comme une kora. Très joli solo introductif à la guitare. Ca balance doucement. Le sax ténor entre dans le jeu, en duo avec la guitare, tout en douceur, à l’africaine lui aussi. Whaouash ! Tout le groupe s’y met. La batterie cliquète, les baguettes sur les bords de caisse. C’est parti. Ca chaloupe et ça chante. C’est tout bon. Tout le monde chante. Des jeunes filles aux grand-mères. Ya ya ya ya ya ya yeo. C’est la version malienne du Yeah Yeah des Américains je suppose. C’est tout aussi entraînant.

 

PAUSE

Ca démarre avec le batteur. Sax, guitare arrivent. Ca groove sévère. Toujours dans l’ambiance africaine. Encore un poème de Prévert qui a été refusé à Nicolas Kummert. La censure stimule la créativité des artistes. Ce morceau en est une nouvelle preuve. Solo bluesy, énergique de guitare électrique. Le sax ténor reprend la main. Le batteur tapote doucement. Nicolas joue et grogne alternativement. Une technique héritée du Free Jazz mais jouée ici plus harmonieusement. Ambiance tropicale mais pas frelatée. C’est bon en pleine semaine du froid à Paris.

 

«  (They long to beClose to You » (Burt Bacharach). Ca commence avec une boite à musique. Nicolas chante en harmonie avec la mécanique. C’est drôle et charmant. Ensuite, la ballade langoureuse et voluptueuse commence. Un petit retour de la boite à musique. La ballade redémarre. C’est le moment de faire craquer les mignons minets ou les mignonnes minettes selon vos goûts, envoûtantes lectrices, séduisants lecteurs. « Ah ah ah ah ah, close to You », vous voyez le film, n’est-ce pas ?

 

« Paseo de los tristes », une composition plus ancienne. Lennart Heyndels est actuellement l’élève de Riccardo del Fra au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris , section Jazz. C’est un bon élément. Cela s’entend. Le groupe repart. Ca chante, ça vibre. Le blues à l’africaine d’Hervé Samb, c’est sacrément efficace et parlant.

 

« Mourir vivant ». Une chanson de Nicolas Kummert qui est un hymne à la vie comme son titre l’indique. Quant aux paroles, je vous laisse les découvrir en écoutant l’album, lectrices curieuses, lecteurs impatients. C’est une très belle chanson malheureusement gâchée par un couple de jeunes pies, mâle et femelle, assis près de moi qui n’y prête aucune attention.

 

« Monk’s Dream » (Thelonious Sphere Monk). Monk joué en reggae. C’est dans l’esprit. Ca balance bien. Les pies s’admirent, se parlent, s’écoutent et n’écoutent pas. Les musiciens, eux, nous font partager un rêve éveillé, à la Monk. Il a vraiment un beau gros son, ce contrebassiste. Après nous avoir fait chanter, le groupe repart à bloc. Nous chantons à nouveau. Le couple de jeunes Italiens près de chez moi chante bien. Les pies, elles, jacassent.

 

L’album m’avait plu. En concert, cela me plaît aussi parce que c’est vivant, chaleureux, rythmé, varié, authentique. De plus, ce saxophoniste-chanteur-poète sait communiquer avec le public. Bref, il faut suivre les Voix de Nicolas Kummert.

 

Voici ce groupe jouant à domicile, en Belgique, à Bruxelles, sur la Grand Place. " Compagnon des mauvais jours, je te souhaite une bonne nuit ". A vous aussi, lectrices raffinées, lecteurs distingués.

 

 

Par Guillaume Lagrée
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Mercredi 1 février 2012 3 01 /02 /Fév /2012 20:47

Le jeune pianiste franco américain Dan Tepfer vient de nous offrir ses Variations sur les Variations Goldberg de Jean Sébastien Bach. Une interprétation qui fera date. Il a bien voulu répondre à mes questions sur ce projet musical. Que les dieux et les muses le protègent!

1. Pourquoi les Variations Goldberg? N'y a t-il pas déjà assez de versions de cette oeuvre sur le marché?


Il y en a effectivement beaucoup — c'est une oeuvre qui inspire beaucoup de musiciens (et pas seulement les pianistes). Mais je ne pense pas qu'il y en aura jamais 'assez', car c'est une œuvre qui est infiniment renouvelable. Le but de chaque interprète, face à une œuvre de cette profondeur, c'est de s'y retrouver à un niveau personnel, ce qui veut aussi dire y retrouver sa propre époque — trouver le présent dans le passé. Pour moi, cela passe par l'improvisation. 

2. Quelle interprétation t'a le plus inspiré? Pourquoi? Comment t'en es tu détaché pour créer ta version?

J'ai quelques enregistrements fétiches: les deux versions de Glenn Gould ('55 et '81), et le deuxième enregistrement de Pierre Hantaï, au clavecin, que je trouve tout aussi palpitante que les versions de Gould, tout en étant très différente. Et j'en aime également d'autres, par exemple l'enregistrement d'origine de Wanda Landowska, sombre et mystérieux, ou l'enregistrement ultra précis mais plus académique de Murray Perahia. Le travail de détachement se fait en intériorisant le texte le plus possible; à un certain point, on sent que la musique sort de nous-même. C'est à partir de ce moment là que ça devient personnel.

3. Pourquoi Bach? JS Bach me semble être le compositeur préféré des musiciens de Jazz. Pourquoi?

La réponse facile est que Bach est tout simplement excellent. En terme de qualité, de diversité, de structure, d'inventivité, il est indépassable. C'est le genre de musique qu'on aime d'avantage plus on l'étudie, car elle est infiniment profonde — on n'arrête pas d'y découvrir de nouvelles choses. Comme les grands romans, elle peut être lue à un nombre de niveaux différents. La relation avec le jazz est plus subtile. Je crois que ça à voir avant tout avec la ligne: à un niveau superficiel, Bach suit un procédé qui ressemble à celui du musicien de jazz. Il prend une base harmonique et trouve une mélodie à mettre par dessus, souvent en croches. Les musiciens de jazz sont amoureux de la ligne, et Bach en a composé des milliers, toutes magnifiques. C'est aussi une musique qui groove, issue de la danse, tout comme le jazz.

4. Comment une oeuvre composée au XVIII° siècle peut-elle inspirer la créativité d'un musicien de moins de 30 ans en 2011?

C'est bien ce qu'on se demande. Cela montre l'universalité de cette musique. Bach écrivait une musique d'une telle pureté qu'elle est difficilement démodable. Bach m'a toujours parlé, depuis mes premiers jours au piano. Et j'ai toujours eu envie de lui répondre avec mes propres paroles.

5. Bach n'est il pas d'une fausse simplicité et finalement dangereux à jouer?

Bach, c'est probablement ce qu'il y a de plus difficile à jouer dans la musique classique. Chaque note est essentielle; on ne peut pas se cacher derrière un brouillard de pédale. Oui, sa grande clarté extérieure peut lui donner un certain air de simplicité, mais ce n'est pas du tout une musique simple. C'est une musique extrêmement détaillée, avec plein de circularités internes, ce qui la rend difficile à mémoriser. Et en plus, le rythme y est essentiel; on ne peut pas jouer Bach bien sans avoir un sens profond de la pulsation, ce qui n'est pas donné à tout le monde. Mais c'est justement cette difficulté qui m'attire, chez Bach. On ne peut pas tricher; chaque concert est un vrai défi.

6. Beaucoup de Jazzmen se sont attaqués à Bach avec plus ou moins de bonheur. La version des Variations Goldberg par Keith Jarrett a été décriée. Les interprétations de Jacques Loussier jugées trop commerciales. John Lewis, lui, a suscité plus de respect et joué les Variations Goldberg en duo avec sa femme, claveciniste.

Il y a aussi la version complètement loufoque des Variations Goldberg par Uri Caine. C'est de la musique qui inspire, avec des résultats variés, effectivement.

7. Comment as tu créé tes improvisations? Sont elles improvisées sur l'instant ou as tu écrit quelque chose auparavant?

Elles sont improvisées sur l'instant, et sont différentes à chaque concert. Mon procédé est proche de l'art Zen, où, par exemple, un peintre étudie pendant longtemps une fleur sans faire le moindre dessin, pour pouvoir ensuite la rendre dans un instant, avec un seul coup de pinceau. J'étudie chaque variation pour en cerner l'essence (ou, du moins, celle que j'y voie), et c'est cette essence que j'essaie alors de rendre dans mon propre langage, dans l'instant. C'est ma façon d'exprimer ce que chaque variation veut dire pour moi. Note: c'est à la peinture zen que le pianiste Bill Evans fait référence dans les notes de l'album " Kind of Blue " de Miles Davis (1959). Sauf que cela convient mieux à l'album de Dan Tepfer puisque lui fait des variations, justement.

8. Les amateurs de baroque trouveront ton interprétation romantique donc à proscrire. Que leur répondre?

Comme je l'ai dit, Bach a écrit de la musique universelle. De plus, c'était un grand improvisateur qui a eu vingt enfants. Je ne pense pas qu'il était fermé d'esprit. Ce qui m'intéresse beaucoup plus que l'intégrité "historique" d'une interprétation, c'est sa force, sa vitalité. Il y a des interprétations baroques que j'aime car elles sont vivantes, et d'autres que je n'aime pas car elles sont trop académiques et ne m'engagent pas. La vérité est là, et non dans l'application de règles rigides.

9. Cet album te permet de concilier ta culture classique avec ta culture Jazz. D'autres compositeurs classiques pourraient ils t'inspirer aussi?

Oui, bien sûr. Je pense notamment à György Ligeti. Mais je ne pense pas sortir un autre album contenant de la musique classique avant longtemps. Mes racines, et ma vraie identité, se situent dans l'improvisation et le jazz.

10. En Europe, le pianiste italien Enrico Pieranunzi mêle avec bonheur cette double culture classique/Jazz depuis des décennies. S'il a abandonné son enseignement du piano classique au conservatoire de Rome, il a enregistré récemment ses versions de Scarlatti, Bach, Haendel. L'as tu écouté? Jouerais tu avec lui?

Oui, bien sûr, j'ai entendu Enrico. C'est un superbe pianiste, et effectivement, je pense qu'on s'amuserait pas mal si on faisait un jour un bœuf en duo...

 
Par Guillaume Lagrée
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Mercredi 1 février 2012 3 01 /02 /Fév /2012 19:44

 

Lectrices miséricordieuses, lecteurs généreux, je dois vous demander pardon de ne point vous avoir signalé la nuit John Coltrane sur France Musique qui eut lieu le 18 décembre 2011 de 1h à 7h du matin sous la responsabilité d'Eric Dahan. Pire, je ne l'avais pas remarquée.

Heureusement, vous pouvez désormais l'écouter en podcast à tout moment, n'importe où sur cette planète, du moment que vous avez accès à Internet.

Techniquement, John Coltrane (1926-1967) sonnait faux au saxophone ténor comme au saxophone soprano mais, émotionnellement, ce qu'il jouait était si puissant qu'il faisait oublier sa technique. Son batteur, Elvin Jones, disait de lui qu'il était un ange descendu sur Terre. Le voyage continue avec sa musique.

John Coltrane (saxophone ténor), Mac Coy Tyner (piano), Jimmy Garrison (contrebasse), Elvin Jones (batterie) jouent Naima, en France, au festival d'Antibes Juan les Pins le 27 juillet 1965. Heureusement, l'ORTF et Jean Christophe Averty étaient là pour capter cette musique pour l'éternité.

 

Par Guillaume Lagrée
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Mardi 31 janvier 2012 2 31 /01 /Jan /2012 21:31

 

 

 

Jazz à la Java

La Java . Paris.

Lundi 30 janvier 2012. 20h30.

Une soirée organisée par Gérard Terronès et  Futura Marge.

 

Première partie

Eve Risser : piano, piano préparé, divers instruments et objets détournés

 

DRAGONS

 

Alexandra Grimal: saxophones ténor et soprano

Nelson Veras : guitare

Jozef Dumoulin : piano

Dré Pallemaerts : batterie

 

 

Alexandra Grimal qualifie Eve Risser d’ « immense musicienne pour qui j’ai la plus grande admiration ». A mon goût, c’est à fuir. Pour vous faire votre opinion vous-mêmes, lectrices curieuses, lecteurs éveillés, vous pouvez écouter Eve Risser sur son site Internet et aller la voir en concert à Paris, au studio de l’Ermitage, le jeudi 16 février 2012 à 20h30.

 

DRAGONS

 

Pour ceux qui sont complètement coupés du monde extérieur, sachez que la Chine est entrée dans l’année du Dragon le lundi 23 janvier 2012. C’est un signe particulièrement bénéfique. Une hausse de 5% du nombre de naissances en Chine est attendue pour cette année. C’est sous ce signe bénéfique que se placent Alexandra Grimal et ses hommes. Cette chronique sera abrégée car mes notes sont parfois illisibles. Les aléas du direct comme disent les commentateurs sportifs.

 

Elle attaque au soprano. Aigu, plaintif. La batterie vient poser les fondations de l’édifice. Nelson Veras ajoute des douceurs à la guitare. Ca s’entrechoque de partout mais ça s’organise. Ca démarre cahin-caha. Ils refusent la facilité mais c’est tout de même coordonné. Ca repart sur une mélodie mais par soubresauts. Je comprends le refus de la facilité mais, vu l’aisance de chacun des musiciens, ce quartet pourrait jouer plus délié. C’était « L’arrivée dans le désert ».

(…)

Ah ces musiciens européens ! Ils ne savent pas enchaîner les morceaux, tenir le public en haleine, ne pas lui laisser le temps de reprendre son souffle, ce que font si bien les Américains. Certes, Nelson Veras est Brésilien mais, comme il vit en France depuis l’âge de 14 ans, je l’assimile à ses complices.

 

Une jolie ballade commence. Bien ensemble. Le batteur est aux balais, la saxophoniste au ténor avec un son velouté mais pas mièvre, mielleux. Ca ronronne tranquillement. Ces jeunes gens se sont bien assagis. Solo de Nelson Veras au dessus du piano, du batteur, du public, du monde, de tout. Le sax ténor revient, superbe et généreux. Le groupe décolle et devient Hénaurme ! Comment une demoiselle si menue peut sortir un son d’une telle puissance de son saxophone ? Cela laisse pantois l’auditeur.

 

Intro en piano solo, zigzagante, troublante. Jozef Dumoulin mouline bien. Ca, c’est fait. Désolé. Le sax ténor reprend son vol. Dré pulse terrible. Le piano attaque. Ca décolle à nouveau. Alexandra Grimal tient les rênes de l’ensemble. Elle assure grave. Il existe d’autres Françaises saxophonistes sur le marché mais pas de ce calibre. La batterie se tait. Ca joue très finement entre guitare et piano. De la dentelle. De Bruges et d’ailleurs. Tout devient gracieux, subtil, discret. Fin surprise au piano.

 

Duo piano/soprano pour commencer. La guitare vient s’en mêler. La batterie ajoute du coffre. Elle passe au ténor. Dehors, il fait froid, tout est figé. Ici, c’est chaud bouillant, une tempête tropicale se déchaîne à la Java (logique, vu le nom de la salle). Le son du ténor est rauque, puissant, échevelé, bref libre. La guitare calme le jeu. Alexandra passe au soprano. Maintenant, ils nous prennent par la douceur. Ca marche aussi. La rythmique accompagne la chef dans une vague de grâce.

 

BIS

 

« Mélodie pour Juan ». Un hommage d’Alexandra Grimal au photographe exclusif de ce blog, Juan Carlos Hernandez, assurément. C’est une ballade. Ils vont chercher la mélodie à trois d’abord. Puis le batteur arrive doucement aux balais. C’est devenu fusionnel, passionnel. Heureux Juan ! Il m’avait caché cette composition. Dré est aux baguettes, cela devient plus musclé. C’est de l’indépendance coordonnée à quatre musiciens. Elle passe au soprano, plus aigu, plus tranchant forcément. Nom de Zeus, c’est beau !

 

Au final, cette soirée Jazz à la Java m’a déçu : en mal d’abord, en bien ensuite. Alexandra Grimal n’a pas encore 30 ans. Il la faut suivre attentivement et pour longtemps. Que ses Dragons crachent feu et flamme bien au-delà de 2012 !

 

La Java est une salle créée en 1924 où Django Reinhardt joua. Elle a gardé son âme d'antan, accueille les musiques d'aujourd'hui et, détail agréable, le bar propose des fruits frais au lieu des habituelles cacahuètes salées. Même si Salt Peanuts (Dizzy Gillespie) est un standard du Jazz, c'est plus sain et plus savoureux.

 

Pour vous donner une idée de cette musique, voici une vidéo d'un précédent concert de ce groupeen avril 2010. Depuis, leurs recherches les ont conduit à de nouvelles découvertes. Allez les écouter pour en profiter, lectrices savantes, lecteurs experts.

 

 

 

Par Guillaume Lagrée
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Mardi 31 janvier 2012 2 31 /01 /Jan /2012 20:50

 

 

Paris. Le Sunside.

Samedi 28 janvier 2012. 21h.

 

Ari Hoenig : batterie

Rick Margitza : saxophone ténor

 

Ari Hoenig

 

La photographie d'Ari Hoenig est l'oeuvre du Vital Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette photographie sans autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

 

Ari Hoenig était au Sunside pour trois soirées en duo : la première avec Rick Margitza, la seconde avec Jean-Baptiste Trotignon (piano), la troisième avec Yaron Herman (piano). J’étais à celle qui m’intéressait. Bonne pioche !

 

La plainte du ténor, les maillets sur les tambours. Ca vibre. Ari passe aux baguettes. Ca commence à tricoter derrière. Le sax devient tout doux. La batterie pulse doucement. Ca commence à chanter. Je hoche la tête. Je suis pris. Tout bouge, vibre, ondule. C’est la mécanique ondulatoire comme disent les physiciens. Retour au calme. Ca glisse sur du velours. Je sens la pulsation de la basse absente.

 

Solo de sax pour commencer. Rick lance un air dansant, léger. La batterie ponctue aux baguettes avec un tic, tac pas mécanique. Ils partent sur un standard dont le titre m’échappe. Il y a de bonnes vibrations dans l’air. Ce n’est pas facile d’accès mais c’est beau. D’ailleurs, les beautés faciles ne sont pas les plus intéressantes. Je reconnais « The Peacocks » de Jimmy Rowles que le compositeur joua avec Stan Getz au sax ténor. Je passe l’information à Mlle A, captivée et à M. P, perplexe, mais qui suit tout de même.

 

Au batteur de démarrer une sorte de marche militaire. Un pied maintient un tempo lent sur la grosse caisse alors que les mains accélèrent. Au sax de jouer seul maintenant. C’est une ballade ancienne « Embraceable You » (écoutez la chantée par Sarah Vaughan avec Clifford Brown). Quel improvisateur ! Rick se promène autour du thème, s’en éloigne, y retourne tout en gardant l’émotion. Ce n’est pas un hasard si Rick Margitza fut le dernier saxophoniste recruté par Miles Davis.

 

Le batteur repart, fait chanter les tambours. C’est savant, construit. Pas de frime. La technique au service de l’histoire. Il accélère. Les baguettes sont sèches, vives comme des sarments ardents. Retour au thème. Un standard bien masqué. Il passe aux balais. Je reconnais « Naima » de John Coltrane. Une version tout en douceur, comme il faut. Le batteur repasse aux balais. Ca brûle, le feu monte en puissance. Ca s’énerve même franchement. Sous contrôle tout de même. Sans contrôle, la puissance n’est rien comme dit une réclame. Retour aux balais. Ca glisse tout doucement vers le final.

 

Ils enchaînent directement sur « Night in Tunisia » de Dizzy Gillespie. Hommage au printemps arabe ? A comparer avec les versions enregistrées en trio par Sonny Rollins « Live at the Village Vanguard » en 1957.  Ca pulse avec le feeling oriental qu’il faut. Du pur hard bop de classe mondiale.

 

PAUSE

 

Deux musiciens s’ajoutent au duo initial.

Mike Valianu : guitare électrique

Jérémie Louvière : contrebasse

Il y avait aussi une chanteuse mais je n’ai retenu ni son identité ni sa façon de chanter.  Je ne garantis pas l’identité des musiciens car ils ne figuraient pas sur le programme.

 

La formation est celle de Sonny Rollins sur son fameux album « The Bridge » (1962).  Pulsation tranquille de la basse, joli son bien cool de la guitare. Ca roule. Le guitariste se tient élégamment à la limite entre le Jazz et le Rock’n Roll. Le sax arrive souple, chaud, poussé par la rythmique. Nous sommes dans le schéma classique du Jazz : thème, variations avec un solo pour chaque musicien. Avec des improvisateurs de cette classe, c’est intéressant. Un standard dont le nom m’échappe. La chanteuse, jeune pourtant, est trop classique pour des musiciens aussi créatifs. La rythmique l’accompagne poliment et gentiment. Le sax ténor la remplace comme voix dominante. Là, c’est autre chose. Le guitariste brode élégamment bien poussé par la batterie et soutenu par la contrebasse. Joli dialogue contrebasse/batterie justement.

 

Le batteur commence seul. Les mains roulent sur les tambours. « You don’t know what love is ». Malheureusement pour la chanteuse, elle ne fait pas oublier Chet Baker, elle le fait même regretter. Le quartet ronronne derrière elle comme un tigre au repos. Dès qu’elle cède la place à Rick Margitza, la magie revient.

 

Un morceau de  TS Monk. Le titre m’échappe. La musique aussi car c’est un duo batteur/chanteuse.

 

Elle quitte la scène. Place à la musique. Le batteur commence seul aux maillets. Avec les coudes sur les tambours aussi. Curieuse vibration. « Moanin » (Bobby Timmons) ( Ecoutez la version studio d’Art Blakey et les Jazz Messengers dans l’album « Moanin » et la version en concert « Live au club Saint Germain », toutes deux en 1958). Ca swingue toujours autant. Enfin le sax ténor entre dans la danse. Ca chauffe. Ari est revenu aux baguettes. Ca swingue viril, énergique, comme il faut. Ils descendent tout en douceur vers le final. Rick semble jouer de la flûte.

 

Un standard du bop. Du Monk ? La rythmique déménage vite et fort. Le sax ténor s’ajoute. Ca nettoie les oreilles.

 

PAUSE

 

Il y avait un 3e set mais, pour Mlle A, M.P et moi, ce double messieurs avait gagné la partie en deux sets. Nous avions notre comptant de beauté et d’émotion. Nous quittâmes ce concert heureux.

 

J’avais assisté il y a quelques mois, au même endroit, au duo Ari Hoenig/ Chris Potter et je m’étais prodigieusement ennuyé. Je me doutais qu’avec Rick Margitza, il y aurait de la musique, de l’émotion, de la vie. Il y en eut à foison.

Par Guillaume Lagrée
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